{"id":10712,"date":"2020-09-26T08:49:43","date_gmt":"2020-09-26T08:49:43","guid":{"rendered":"http:\/\/jailu.mllambert.com\/?p=10712"},"modified":"2023-03-05T11:26:30","modified_gmt":"2023-03-05T11:26:30","slug":"le-journal-dun-fou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2020\/09\/26\/le-journal-dun-fou\/","title":{"rendered":"LE JOURNAL D&rsquo;UN FOU, de NICOLAS GOGOL"},"content":{"rendered":"<p><strong>AVANT-PROPOS :<\/strong><\/p>\n<p><strong>Depuis sa premi\u00e8re publication en 1835, LE JOURNAL D\u2019UN FOU de Nicolas Gogol a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 un nombre incalculable de fois. Ce qui m&rsquo;a d\u00e9cid\u00e9 de faire la lecture de cette nouvelle un peu sp\u00e9ciale, c&rsquo;est son insertion dans une m\u00e9ga-\u00e9dition r\u00e9unissant *50 CHEFS-D&rsquo;\u0152UVRE QUE VOUS DEVEZ LIRE AVANT DE MOURIR*. Le journal d&rsquo;un fou, d&rsquo;un comique plut\u00f4t acide est devenu un grand classique \u00e0 cause de l&rsquo;exploration de l&rsquo;\u00e2me humaine qu&rsquo;il sugg\u00e8re. C&rsquo;est tr\u00e8s noir, c&rsquo;est aussi tr\u00e8s \u00e9mouvant.<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\">(Nouvelle extraite des *golden deer classics*<br \/>\n50 chefs-d&rsquo;\u0153uvre que vous devez<br \/>\nlire avant de mourir. vol. 1)<\/p>\n<p align=\"right\"><strong><em>*J&rsquo;avoue que, depuis quelque temps, il<br \/>\nm&rsquo;arrive parfois de voir et d&rsquo;entendre<br \/>\ndes choses que personne\u00a0 n&rsquo;a jamais<br \/>\nvues ni entendues. \u00abAllons, me suis-<br \/>\nje dis, je vais suivre cette chienne et<br \/>\nje saurai qui elle est et ce qu&rsquo;elle<br \/>\npense.*<br \/>\n<\/em><\/strong>(\u00e9dition originale, 1835 dans le recueil<br \/>\narabesque, Nicolas Gogol, r\u00e9\u00e9dition 2009<br \/>\n\u00e9ditions th\u00e9l\u00e8ne, la nouvelle est inscrite<br \/>\ndans la m\u00e9ga-\u00e9dition num\u00e9rique 50 chefs<br \/>\nd&rsquo;\u0153uvre que vous devez lire avant de mourir)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/le-journal-dun-fou-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10715\" style=\"border: 0px none;\" title=\"le-journal-dun-fou-1\" src=\"http:\/\/jailu.mllambert.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/le-journal-dun-fou-1-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/le-journal-dun-fou-1-190x300.jpg 190w, https:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/le-journal-dun-fou-1.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 190px) 100vw, 190px\" \/><\/a><strong>LE JOURNAL D\u2019UN FOU relate comment un citoyen russe ordinaire sombre graduellement dans la folie pour \u00e9viter les souffrances que lui impose sa vie. Poprichtchine est un citoyen qui occupe un poste minable dans un minist\u00e8re quelconque. Un jour, il tombe amoureux de la fille de son directeur, inaccessible \u00e0 cause de sa noblesse. Pour compenser, l\u2019homme \u00e9conduit va entretenir une relation avec la chienne de la jeune fille, persuad\u00e9 qu\u2019elle lui parle. \u00c0 travers Poprichtchine, se jouent les conditions humaines incluant la fronti\u00e8re parfois fragile entre la folie et la normalit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color: #333399; font-size: 24px;\"><strong>LA D\u00c9MENCE QUI D\u00c9NONCE<\/strong><\/span><br \/>\n<strong><em>*\u00ab Reste l\u00e0, et si tu racontes que tu es le roi Ferdinand, je<br \/>\nte ferai passer cette envie. \u00bb Sachant que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019<br \/>\nune \u00e9preuve, j\u2019ai r\u00e9pondu n\u00e9gativement. Alors le<br \/>\nchancelier m\u2019a donn\u00e9 deux coups de b\u00e2ton sur le dos,<br \/>\nsi douloureux que j\u2019ai failli pousser un cri, mais je me<br \/>\nsuis domin\u00e9, me rappelant que c\u2019\u00e9tait un rite de la<br \/>\nchevalerie, lors de l\u2019entr\u00e9e en charge d\u2019un haut dignitaire. *<\/em><\/strong><br \/>\n(Extrait\u00a0: LE JOURNAL D\u2019UN FOU\/ 50 chefs d\u2019\u0153uvre que vous<br \/>\ndevez lire avant de mourir. Volume 1)<\/p>\n<p>Le fou dont il est question est un petit fonctionnaire russe, tailleur de plume, qui tombe secr\u00e8tement amoureux de la fille de son directeur et d\u00e9cide d\u2019\u00e9crire son journal. Premi\u00e8re \u00e9vidence \u00e0 travers toutes les incoh\u00e9rences qui mettent en perspective un cerveau sensiblement tordu mais qui conserve tout de m\u00eame un certain sens de l\u2019expression, monsieur Propichtchine a un faible pour tout ce qui est inaccessible.<\/p>\n<p>J\u2019observe ici que monsieur Propichtchine, un parfait indolent, nonchalant et incapable partage en fait les m\u00eames d\u00e9sirs qu\u2019un peu tout le monde. C\u2019est une tendance tr\u00e8s humaine qui veut que ce soit g\u00e9n\u00e9ralement mieux dans la cour du voisin\u00a0:<\/p>\n<p><em><strong>*Tout ce qu&rsquo;il y a de meilleur au monde \u00e9choit toujours aux gentilshommes de la chambre ou aux g\u00e9n\u00e9raux. On se procure une modeste aisance, on croit l&rsquo;atteindre, et un gentilhomme de la chambre ou un g\u00e9n\u00e9ral vous l&rsquo;arrache sous le nez. *\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il se d\u00e9gage de ce journal chaotique, incoh\u00e9rent et affubl\u00e9 d\u2019une logique d\u00e9faillante une question int\u00e9ressante que semble vouloir poser Gogol\u00a0: lequel est le plus fou ? En lisant le journal, la question est moins \u00e9vidente. Notre fonctionnaire se prend pour le roi d\u2019Espagne, ce grand pays qui aurait enfin trouv\u00e9 son guide, entend et interpr\u00e8te des conversations entre chiens et d\u00e9cide de suivre, d\u2019espionner une chienne, animal de compagnie de sa dulcin\u00e9e.<\/p>\n<p>Ces propos d\u2019un esprit d\u00e9rang\u00e9 soul\u00e8vent des questions que l\u2019auteur se pose sur la Soci\u00e9t\u00e9, sur la d\u00e9finition de la folie et tout ce qui peut la justifier. Les effets de la folie, ses cons\u00e9quences. Le portrait de la Soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9coule du d\u00e9lire de Poprichtchine est peu flatteur. Notre pauvre petit fonctionnaire m\u00e9pris\u00e9 et rejet\u00e9 va finir \u00e0 l\u2019asile mais la question se pose toujours : lequel est le plus fou? Il est plus facile bien s\u00fbr de pointer du doigt un individu qu\u2019une collectivit\u00e9. Peut-\u00eatre la diff\u00e9rence r\u00e9side-t-elle dans la coh\u00e9rence.<\/p>\n<p>Il se d\u00e9gage du texte de la sensibilit\u00e9, une certaine \u00e9motion. De la tristesse. Malheureusement, la nouvelle est trop courte. La d\u00e9ch\u00e9ance de Poprichtchine est trop rapide. Je n\u2019esp\u00e9rais pas vraiment un roman, mais tout de m\u00eame un texte un peu plus fourni et travaill\u00e9 et une d\u00e9connexion moins rapide avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre Gogol y a-t-il pens\u00e9 et aurait senti le danger de diluer sa pens\u00e9e. Quoiqu\u2019il en soit, le personnage est attachant et ce, malgr\u00e9 le caract\u00e8re absurde de son raisonnement, la d\u00e9formation quasi spectaculaire de sa notion du temps et la perte graduelle de sa notion de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a de grandes forces en pr\u00e9sence dans ce texte. Par exemple, le dialogue avec les chiens, son apparition au minist\u00e8re alors que, se croyant le roi d\u2019Espagne, il regardait de haut son directeur\u2026des forces qui mettent en perspective la fragilit\u00e9 de l\u2019esprit humain en prenant l\u2019exemple d\u2019un pauvre *monsieur personne* coinc\u00e9 dans une inimaginable solitude.<\/p>\n<p>Avec un humour parfois grin\u00e7ant et bien que je ressentisse tristesse et empathie pour Poprichtchine, l\u2019auteur \u00e9tablit une \u00e9norme zone grise entre la raison et la folie. Les limites sont tr\u00e8s discutables. Il y a mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion. C\u2019est une lecture d\u2019une belle profondeur qui ne laisse pas indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Suggestion de lecture : <a href=\"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2018\/10\/20\/vol-au-dessus-dun-nid-de-coucou\/\">VOL AU-DESSUS D&rsquo;UN NID DE COUCOU<\/a>, de Ken Kesey<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/le-journal-dun-fou-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-10718\" style=\"border: 0px none;\" title=\"le-journal-dun-fou-2\" src=\"http:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/le-journal-dun-fou-2.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"282\" srcset=\"https:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/le-journal-dun-fou-2.jpg 500w, https:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/le-journal-dun-fou-2-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p><b>Nicolas Gogol (1809-1852) est un auteur ukrainien qui sera t\u00e9moin et partie prenante \u00e0 l\u2019explosion du roman dans la litt\u00e9rature russe. Au fil du temps, Gogol se persuada d\u2019\u00eatre un g\u00e9nie. Cela va le conforter dans ses n\u00e9vroses qui se retrouveront \u00e0 peu pr\u00e8s dans toutes ses \u0153uvres. <\/b><\/p>\n<p><strong>Il \u00e9crit son premier livre \u00e0 20 ans : LES VEILLES DANS UN HAMEAU PR\u00c8S DE DIKANKA o\u00f9 il reprend les contes populaires de son enfance. Cette \u0153uvre, \u00e0 la fois p\u00e9trie de fantastique, de romantisme et d\u2019humour va rapprocher du lectorat russe, en route vers la gloire et ses exc\u00e8s. Il devient ador\u00e9 par le tsar et l\u2019aristocratie russe.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Son \u0153uvre majeure sera LES \u00c2MES MORTES. Toutefois elle subira la critique n\u00e9gative de Poushkine et des critiques litt\u00e9raires. Cela plongera Gogol dans un d\u00e9sespoir profond. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Pourtant, LES \u00c2MES MORTES connait un succ\u00e8s fulgurant. Au bout du compte, le livre sera jug\u00e9 tellement mauvais que Gogol se r\u00e9soudra \u00e0 le bruler. Puis, souffrant de d\u00e9pression nerveuse, il se laissera mourir de faim chez un de ses amis, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 44 ans. (<\/strong><a href=\"https:\/\/www.fichesdelecture.com\/auteurs\/nicolas-gogol\"><strong>Fiches de lecture<\/strong><\/a><strong>)<\/strong><\/p>\n<p><strong>BONNE LECTURE<br \/>\nClaude Lambert<br \/>\nle samedi 26 septembre 2020<br \/>\n<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un citoyen russe sombre graduellement dans la folie pour \u00e9viter les souffrances que lui impose sa vie. LE JOURNAL D&rsquo;UN FOU de Nicolas Gogol.  <a href=\"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2020\/09\/26\/le-journal-dun-fou\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\"> \u00bb<\/span><\/a><\/p>\n<div class='heateorSssClear'><\/div><div style=\"float:right\" class='heateor_sss_sharing_container heateor_sss_horizontal_sharing' data-heateor-sss-href='https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2020\/09\/26\/le-journal-dun-fou\/'><div class='heateor_sss_sharing_title' style=\"font-weight:bold\" ><\/div><div class=\"heateor_sss_sharing_ul\"><a style=\"padding:7.35px 0 !important\" class=\"heateor_sss_facebook_share\"><div class=\"fb-share-button\" data-href=\"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2020\/09\/26\/le-journal-dun-fou\/\" data-layout=\"button\"><\/div><\/a><\/div><div class=\"heateorSssClear\"><\/div><\/div><div class='heateorSssClear'><\/div>","protected":false},"author":3,"featured_media":10715,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5],"tags":[433,513,722,1024,1199,1306,1358,1424,1462,1624],"class_list":["post-10712","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-compterendus","category-critiques","tag-decheance","tag-drame-psychologique","tag-folie","tag-logique-defaillante","tag-nouvelle","tag-perte-de-realite","tag-portrait-de-societe","tag-raison","tag-reflexion","tag-soltude"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10712","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10712"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10712\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19024,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10712\/revisions\/19024"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10715"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10712"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10712"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10712"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}