{"id":3106,"date":"2015-11-22T10:05:54","date_gmt":"2015-11-22T10:05:54","guid":{"rendered":"http:\/\/jailu.mllambert.com\/?p=3106"},"modified":"2023-02-02T14:25:42","modified_gmt":"2023-02-02T14:25:42","slug":"au-fond-des-bas-fonds","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2015\/11\/22\/au-fond-des-bas-fonds\/","title":{"rendered":"MEURTRES POUR R\u00c9DEMPTION, Karine Gi\u00e9bel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><strong><em>*Le poison continua son \u00e9trange cheminement.<br \/>\nOuvrant au hasard les tiroirs de son cerveau.<br \/>\nElle bascula brusquement dans le pass\u00e9. L\u00e0 o\u00f9<br \/>\nelle n\u2019aurait pas aim\u00e9 retourner\u2026l\u2019angoisse lui<br \/>\nparalyse le cerveau et les muscles. Elle a peur.<br \/>\nSon ventre se tord\u2026*<br \/>\n<\/em><\/strong>(Extrait de MEURTRES POUR R\u00c9DEMPTION, Karine<br \/>\nGi\u00e9bel, r\u00e9\u00e9dition\u00a0:\u00a0 Fleuve Noir, 2010, 765 pages, num.)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-12733  alignleft\" style=\"border: 0px none;\" title=\"r\u00e9demption1\" src=\"http:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/16-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"202\" height=\"322\" \/><strong> Marianne de Gr\u00e9ville, 20 ans est emprisonn\u00e9e \u00e0 vie pour de multiples meurtres. \u00c0 cause de son caract\u00e8re orageux, instable et violent, elle est d\u00e9test\u00e9e par ses cod\u00e9tenues et harcel\u00e9e par ses gardiennes qui veulent la *casser* en la torturant et l\u2019humiliant, ce qui est fort mal conna\u00eetre la nature meurtri\u00e8re et vengeresse de cette furie. Toutefois, un homme la remarque et tombe sous le charme de la sauvagesse. Alors que l\u2019espoir et l\u2019amour se pointent et que se d\u00e9veloppe lentement\u00a0 le d\u00e9sir de se racheter, Marianne se retrouve devant un horrible choix : tuer encore et gagner sa libert\u00e9 ou se laisser dompter et gagner par l\u2019espoir\u2026<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color: #993300;\"><strong><span style=\"font-size: 28px;\">Au fond des bas-fonds<\/span><\/strong><\/span><br \/>\n<strong><em>*Si je te faisais bouffer cette merde,<br \/>\nhein De Gr\u00e9ville?<br \/>\nTu cr\u00e8verais non?<br \/>\n-Vas-y, essaye!<br \/>\nNouveau coup de matraque.<br \/>\nNouveau hurlement.*<br \/>\n<\/em><\/strong>(extrait de MEURTRES POUR R\u00c9DEMPTION)<\/p>\n<p>C\u2019est une histoire tr\u00e8s longue\u2026pr\u00e8s de 800 pages\u2026une brique de violence et d\u2019actions d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es et l\u2019auteure Karine Gi\u00e9bel ne fait pas dans la dentelle, propulsant le lecteur dans un effroyable d\u00e9dale de violence, de cruaut\u00e9 et de sadisme.<\/p>\n<p>Il faut \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 pour lire un tel livre car la plume de Gi\u00e9bel est incroyablement efficace. J\u2019ai pens\u00e9 que pour mettre en perspective toute la noirceur de cette histoire, l\u2019id\u00e9al est encore de rassembler des extraits forts \u00e9vocateurs\u2026et j\u2019avais un choix pratiquement illimit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p><strong><em>*Trente jours. Dans ce trou inf\u00e2me, pestilentiel. Sept cent vingt heures de solitude. Quarante-trois mille deux cents minutes d\u2019une lente d\u00e9ch\u00e9ance\u2026Deux millions cinq cent quatre-vingt-douze mille secondes de d\u00e9sespoir\u2026*<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>*Je vais lui faire du mal! G\u00e9mit Marianne. J\u2019vais lui faire du mal! Je sais faire que \u00e7a! Je suis mauvaise, pourrie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os.*<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>*Apr\u00e8s la douleur, ce f\u00fbt la peur qui explosa en elle.*<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>*Comment pouvait-elle h\u00e9berger tant de cruaut\u00e9? Quel mal la rongeait pour la rendre aussi insensible? Aussi monstrueuse?*<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>*Pariotti semblait avoir perdu tout contr\u00f4le. Elle se vengeait de la terre enti\u00e8re, se vautrait dans la barbarie avec une fr\u00e9n\u00e9sie sanguinaire. Marianne encaissa encore plusieurs chocs\u2026*<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>*Il lui \u00e9crasait le dos avec sa chaussure. Avec ses cent quarante kilos de cholest\u00e9rol pur. Elle criait de douleur\u2026*<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>*Une nouvelle bestiole \u00e0 mille pattes rampa sur son pieds, elle secoua la jambe en g\u00e9missant.*<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>*\u2026Parce que sa vie se r\u00e9sumait \u00e0 des maux sans fin. Parce qu\u2019elle \u00e9tait Marianne. Qu\u2019elle n\u2019avait toujours connu que le malheur, l\u2019horreur. La noirceur d\u2019une vie sordide.*<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans MEURTRES pour r\u00e9demption, pas de soleil\u2026pas d\u2019espoir et surtout, pas de r\u00e9pit pour le lecteur. Je trouve extraordinaire que Gi\u00e9bel ait r\u00e9ussi \u00e0 ins\u00e9rer une histoire d\u2019amour cr\u00e9dible dans ce drame infernal\u2026et encore, je ne peux pas dire que cette histoire soit imbib\u00e9e d\u2019eau de rose.<\/p>\n<p>C\u2019est un livre \u00e0 l\u2019\u00e9criture puissante quoique j\u2019ai pens\u00e9 que 100 ou\u00a0 200 pages en moins de cruaut\u00e9, de torture, de haine et de trahison auraient tout de m\u00eame fait l\u2019affaire. Il y a des longueurs et c\u2019est sans compter les petits retours en arri\u00e8re qui sont parfois aga\u00e7ants.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, il y a de tr\u00e8s grandes forces dans ce livre qui vient nous rappeler que s\u2019il y a quelque chose de pourri dans les basses fosses que sont les prisons europ\u00e9ennes pour meurtriers et r\u00e9cidivistes irr\u00e9cup\u00e9rables, on trouve aussi de la pourriture dans les hautes sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 qui elles, s\u2019en tirent \u00e0 bon compte.<\/p>\n<p>Quant au personnage principal. Marianne, class\u00e9e comme un monstre, elle a un petit quelque chose d\u2019attachant qui appelle la compr\u00e9hension circonstancielle du lecteur.<\/p>\n<p>Elle a une forte personnalit\u00e9 teint\u00e9e de rudesse mais sans \u00eatre fonci\u00e8rement mauvaise. Voici une autre citation qui illustre mon propos\u00a0:<strong><em>*Oh oui! Et tu es encore plus jolie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Malgr\u00e9 tout ce que tu as commis\u2026Malgr\u00e9 tout ce que tu as subi aussi\u2026Tu restes capable du meilleur.*<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Comment d\u00e9crire ainsi une machine \u00e0 tuer et est-ce plausible? C\u2019est au lecteur de le d\u00e9couvrir. Ce livre ne m\u2019a laiss\u00e9 aucun r\u00e9pit. Il est d\u2019une noirceur opaque et pousse continuellement le lecteur \u00e0 se demander comment les choses peuvent d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer \u00e0 ce point. C\u2019est un livre d\u2019une violence parfois insoutenable, m\u00eame la r\u00e9demption dont il est question dans le titre est dramatique.<\/p>\n<p>Mais l\u2019\u00e9criture est magistrale et d\u2019une efficacit\u00e9 qui fige le lecteur d\u00e8s le d\u00e9but et le garde sur le qui-vive d\u2019un rebondissement \u00e0 l\u2019autre. Notez que je parle ici de la narration car les dialogues sont sans doute la principale faiblesse du livre.<\/p>\n<p>Une derni\u00e8re petite remarque peut-\u00eatre\u2026j\u2019ai trouv\u00e9 cocasse que l\u2019auteure cite <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fiodor_Dosto%C3%AFevski\">Dosto\u00efesvki<\/a> dans son livre\u2026<strong><em>*Nous ne pouvons juger du degr\u00e9 de civilisation d\u2019une nation qu\u2019en visitant ses prisons.* Dosto\u00efesvski\u00a0 <\/em><\/strong>Voil\u00e0 qui en dit long sur ce qu\u2019on appelle la civilisation.<\/p>\n<p>Je recommande ce livre aux \u00e2mes pas trop sensibles mais gardez-vous du temps, car il est tr\u00e8s long et l\u2019incroyable magn\u00e9tisme de la plume de Gi\u00e9bel risque de vous retenir\u2026prisonnier\u2026<\/p>\n<p>Suggestion de lecture : <a href=\"https:\/\/jailu.mllambert.com\/2014\/11\/09\/morts-mysterieuses-dans-la-solitude-de-st-anselm\/\">MEURTRES EN SOUTANE<\/a>, de Phyllis Dorothy James<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-12734  alignright\" style=\"border: 0px none;\" title=\"r\u00e9demption2\" src=\"http:\/\/biblioclo.com\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/17-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"215\" height=\"316\" \/><strong>Karine Gi\u00e9bel est une auteure fran\u00e7aise n\u00e9e en 1971. Pendant ses \u00e9tudes de droit, elle a d\u00e9velopp\u00e9 un go\u00fbt prononc\u00e9 pour l\u2019\u00e9criture\u00a0 et\u00a0 compl\u00e8te en 2004 un premier polar salu\u00e9 par la critique : TERMINUS ELICIUS qui re\u00e7oit en 2005 le grand prix marseillais du polar. MEURTRES POUR R\u00c9DEMPTION est son deuxi\u00e8me roman, publi\u00e9 en 2006 et nomin\u00e9 pour le prix Polar Cognac. Suivront deux autres volumes prim\u00e9s : LES MORSURES DE L\u2019OMBRE en 2009 et JUSTE UNE OMBRE en 2012. Son \u0153uvre est rehauss\u00e9e par une impressionnante collection de prix litt\u00e9raires.<\/strong><\/p>\n<p>BONNE LECTURE<br \/>\nJAILU\/Claude Lambert<br \/>\nNOVEMBRE 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marianne de Gr\u00e9ville, est emprisonn\u00e9e \u00e0 vie pour de multiples meurtres. Un homme tombe sous le charme de la sauvagesse. MEURTRES POUR R\u00c9DEMPTION. Karine Giebel <a href=\"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2015\/11\/22\/au-fond-des-bas-fonds\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\"> \u00bb<\/span><\/a><\/p>\n<div class='heateorSssClear'><\/div><div style=\"float:right\" class='heateor_sss_sharing_container heateor_sss_horizontal_sharing' data-heateor-sss-href='https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2015\/11\/22\/au-fond-des-bas-fonds\/'><div class='heateor_sss_sharing_title' style=\"font-weight:bold\" ><\/div><div class=\"heateor_sss_sharing_ul\"><a style=\"padding:7.35px 0 !important\" class=\"heateor_sss_facebook_share\"><div class=\"fb-share-button\" data-href=\"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/2015\/11\/22\/au-fond-des-bas-fonds\/\" data-layout=\"button\"><\/div><\/a><\/div><div class=\"heateorSssClear\"><\/div><\/div><div class='heateorSssClear'><\/div>","protected":false},"author":3,"featured_media":12733,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5,7],"tags":[32,397,1193,1743,1806,1845],"class_list":["post-3106","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-compterendus","category-critiques","category-extraits","tag-action","tag-cruaute","tag-noir","tag-thriller","tag-univers-carceral","tag-violence"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3106","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3106"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3106\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18842,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3106\/revisions\/18842"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12733"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/biblioclo.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}