Le meilleur des mondes

Commentaire sur le livre 
d’ALDOUS HUXLEY

*- Mais n’est-ce pas une chose naturelle de sentir qu’il y a un Dieu?
– Vous pourriez tout aussi bien demander s’il est naturel de fermer son pantalon avec une fermeture éclair … Comme si l’on croyait quoi que ce soit d’instinct! On croit les choses parce qu’on a été conditionné à les croire. *

Extrait : LE MEILLEUR DES MONDES, d’Aldous Huxley. Publié à l’origine chez Chatto & Windus en 1932. Réédité plusieurs fois. Références actuelles : Édition de papier : Pocket éditeur, 2017, 320 pages. Format numérique : Plon éditeur 2013, 305 pages 2890 KB. Pour la présente, version audio.  Audiolib éditeur 2015, durée d’écoute : 8 heures 49 secondes, narrateur : Thibault de Montalembert. L’œuvre est aussi disponible en CD




UNE ŒUVRE LUMINEUSE

Dans un futur peut-être proche, peut-être loin, Aldous Huxley nous fait entrer dans le meilleur des mondes, c’est-à-dire dans une Société parfaite, avec des femmes et des hommes parfaits, parfaitement heureux, avalant des cachets pour être encore plus heureux. Les enfants y sont stimulés pour adhérer à leur tour au bonheur.

C’est un monde dystopique où tout est figé dans le positivisme, la joie, le bien-être. Les citoyens sont au summum de la perfection, laissant supposer la pratique de l’eugénisme. L’État est partout, veillant au bonheur parfait de ses citoyens.

En marge de ce monde idyllique, on trouve une réserve d’indien. Contrairement aux humains parfaits, les indiens ont une personnalité propre à ressentir, aimer, détester, tantôt doux, tantôt caractériels (Au moins ont-ils une vie privée) à la recherche de l’équilibre. L’indien caractéristique, y compris un des principaux personnages de ce roman se fait appeler *le sauvage*.

L’auteur, combinant des éléments d’utopie et de dystopie m’a donné l’impression de chevaucher entre deux mondes me laissant toujours le libre arbitre. Par la force et la justesse psychologique de sa plume, Huxley a fixé mon attention. M’a poussé à choisir mon camp et à me   questionner. Un monde où la joie est parfaite, ce qui laisse supposer l’absence de défis, de challenge et où les sentiments sont occultés, peut-il être le meilleur des mondes ?

LE MEILLEUR DES MONDES est un petit bijou d’anticipation qui place Aldous Huxley dans la lignée des George Orwell, Ray Bradbury, René Barjavel entre autres. Le livre a été publié en 1932, et il n’a pas vieilli. Sa classification littéraire parle de dystopie et d’Anticipation, mais je lui ai aussi trouvé une forte empreinte dramatique. Sa finale en particulier m’a bouleversé.

Le livre pousse à la réflexion et je n’ai pas échappé à son argumentaire. Sommes-nous si loin de cette Société de cauchemar qui ne tolère aucune forme de déviance et où le bonheur se forge dans les éprouvettes, les cachets et le contrôle étatique total comme le *Big brother* imaginé par Orwell ?

Le livre se lit assez bien malgré la complexité de la plume. Le départ est chaotique mais ça vaut la peine de persévérer à cause du caractère exploratoire qui imprègne le récit. On ne peut pas vraiment critiquer un tel livre mais plutôt s’accrocher au raisonnement de l’auteur qui pend parfois l’allure d’un coup de poing et se poser la question : doit-on préférer un bonheur parfait à notre libre arbitre.

Un livre accrocheur…coup de poing…coup de cœur…

Suggestion de lecture : I.R.L. d’Agnès Marot


l’auteur Aldous Huxley

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 1er février 2026

CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE, R.C. WAGNER

*Sa voix s’étrangla dans sa gorge à la vue du trait de
lumière écarlate qui venait de frapper le rocher non
loin de lui, creusant un petit cratère fumant dans la
pierre grise. Il leva les yeux, en quête de l’origine de
l’éclair mortel…*
(Extrait : CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE, Roland
C. Wagner, Actusf, 2006, rééd. LES TROIS SOUHAITS,
nouvelle, format numérique, 90 pages)

1890, dans l’Ouest américain. Les derniers rapports des Tuniques bleues relatent d’étranges événements. Les Indiens, soutenus par des alliés invincibles, mènent des combats d’une force insoupçonnée et refoulent, pour la première fois, l’armée vers l’est. La rumeur tend à justifier ce revirement : leurs alliés seraient-ils des esprits démoniaques ? Des monstres venus d’une autre planète ? Kit Carson ― chasseur de prime ―, le professeur Lévêque et le séduisant détective Nat Pinkerton forment l’équipe intrépide qui dénouera la vérité dans une quête périlleuse à travers le mythique Far West et ses légendes : Calamity Jane, Jesse James, les Dalton.

La marque de Lovecraft
*Scott O’Bannon se demandait sérieusement s’il n’avait
Pas commis une erreur en laissant ce charmant vieux
savant consulter le Necronomicon. Pour tout dire, il
craignait d’avoir été victime de quelque mystérieuse
manipulation mentale.*
(Extrait)

CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE est une nouvelle hors-norme. Un bijou d’originalité de style steampunk : un courant littéraire uchronique lié au XIXe siècle qui a été marqué par l’envahissement des voies maritimes de bateaux à vapeur.

C’est un texte au rythme élevé qui, première originalité, réunit les personnages les plus célèbres du far-west, dont des criminels, réactualisés par la littérature, incluant la BD comme l’incontournable série LUCKY LUKE crée par le dessinateur belge Morris : Kit Carson, Buffalo Bill, les Dalton, Jessy James, Billy the kid, Nat Pinkerton et j’en passe.

*C’est la nation indienne toute entière qui s’est soulevée, Sioux, Arapahos, Crows, Cheyennes, Pawnees, Pieds-bleus ou Apaches, toutes les tribus ont entrepris de refouler les pionniers vers l’est, infligeant défaite sur défaite à la cavalerie des États-Unis* (Extrait) 

Pourquoi une telle impuissance des soldats américains appelées *tuniques bleues* ? Eh bien il semble, et c’est là une deuxième originalité, que les Indiens se sont fait un précieux allié. Allié qui sera identifié plus tard comme étant des martiens : d’impossibles créatures vertes à quatre bras.

Très rapidement, on sent l’influence de Lovecraft dans le récit. Car plus tard, les vénusiens se mettront de la partie, non pas pour aider qui que ce soit, mais pour combattre…les martiens. Puis, un mystérieux personnage s’ajoutera au milieu du récit : un être surnaturel énorme qui mange des humains avec un appétit démesuré.

Cette entité, gardienne des portes dimensionnelles a été annoncée par le Nécronomicon, un ouvrage fictif du mythe de Cthulhu, inventé par l’écrivain-phare Howard Phillip Lovecraft et évoqué dans treize de ses œuvres.

Le Nécronomicon inspirera aussi des dizaines d’auteurs dont Rolland C Wagner pour la présente dans laquelle l’horrible livre est convoité quitte à rendre son lecteur fou ou abruti. Quant à cette créature de cauchemar sortie de nulle part et qui bouffe des humains à la douzaine seulement pour sa collation, on lui donnera le nom de CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE…pour des raisons évidentes.

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire cette nouvelle. Là je peux dire que l’auteur m’a surpris avec un mélange de genres qui a quelque chose d’hilarant. Comme je suis un inconditionnel de Lovecraft, la nouvelle m’a accroché et a eu sur moi l’effet d’une toile d’araignée.

Attiré au départ par ce titre étrange et un quatrième de couverture improbable qui m’apprend que le gouvernement américain engage le célèbre chasseur de primes Kit Carson pour régler le problème. Le résultat est un mélange détonnant : du Far West américain pure laine avec de la science-fiction introduisant des créatures pas spécialement appétissantes.

Une petite initiative qui pourrait vous faire goûter davantage CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTTE serait de faire connaissance avec LOVECRAFT. Wikipedia vous offre un dossier complet sur lui. Toute son œuvre repose sur l’horreur cosmique et la méconnaissance de l’homme sur tout ce qui concerne l’univers. Les détails de sa vie et de son œuvre, incluant le Necronomicon pourrait vous surprendre à bien des égards.

Le seul reproche que je pourrais faire à cette nouvelle, est la sous-exploitation du thème. J’ai souvent cette impression avec des nouvelles originales ou particulières. CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE aurait eu suffisamment de matière pour en faire un roman complet.

Ça nous aurait sans doute donné des personnages mieux travaillés, plus aboutis, plus fouillés sur le plan psychologique. L’auteur aurait pu enrichir l’aspect anecdotique et décrire davantage la vie sociale, politique et économique du Far West du XIXe siècle. Enfin l’auteur aurait pu en profiter pour vulgariser le Necronomicon, le rendre un peu plus compréhensible.

Ceci dit, j’ai passé une petite heure tout à fait passionnante avec CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE.

Suggestion de lecture : LE PROJET BRADBURY, de Neil Jomunsi

Né à Bab-el-oued en pleine Guerre d’Algérie, ayant grandi en banlieue parisienne entre rock et livres (du Fleuve Noir à Victor Hugo !), Roland Wagner a participé à sa première convention de SF à un peu moins de 14 ans, et fait paraître sa première nouvelle dans un fanzine l’année suivante.

Depuis 1987, Wagner a publié plusieurs dizaines de romans, au Fleuve Noir dans un premier temps, chez l’Atalante pour ce qui est du millénaire en cours. Ceci sans négliger d’autres éditeurs (Le Livre de Poche, J’ai Lu, Le Bélial, Le Rocher etc.).

Il est revenu sur le devant de la scène en 2011, avec RÊVES DE GLOIRE, une incroyable uchronie polyphonique sur la Guerre d’Algérie. Couverte de récompenses, dont le Prix Utopiales des Pays de Loire 2011 et le Grand prix de l’Imaginaire 2012, un monument littéraire, liant le souffle de l’imaginaire à la passion pour l’histoire contemporaine.

Né en 1890, Howard Phillips Lovecraft est un enfant chétif, qui sort peu et devra être scolarisé à la maison. En 1915, il fonde son propre journal. Deux ans plus tard, il compose ses premières fictions. En 1928, il publie « L’appel de Cthulhu », ouvrant la voie à un nouveau style dans le genre de l’horreur. La période qui suit est prolifique.

L’univers imaginaire qu’il met en scène a un énorme retentissement. Certaines de ses créatures surnaturelles sont reprises par d’autres écrivains de science-fiction. Nombre de ses personnages souffrent de désordres mentaux. L’ambiance de ses récits est pessimiste. Un cancer l’emporte en 1937, à 47 ans. Il est aujourd’hui cité comme source d’inspiration par des écrivains aussi célèbres que Stephen King, Peter Straub ou Neil Gaiman.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 13 novembre 2021