La maison dans laquelle

Commentaire sur le livre
de MARIAN PETROSYAN 

*La maison exige une forme d’attachement mêlée d’inquiétude. Du mystère. Du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, elle gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue, fait vieillir, donne des ailes… C’est une divinité puissante et capricieuse, et s’il y a quelque chose qu’elle n’aime pas, c’est qu’on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportement se paie toujours. *

Extrait : LA MAISON DANS LAQUELLE, de Mariam Petrosyan. Édition de papier : Monsieur Toussaint Louverture éditeur 2020, 1088 pages. Format numérique : Monsieur Toussaint Louverture éditeur, 2016, 1118 pages, 5857 KB. Version audio : Audible studios éditeur, 2022, durée d’écoute 33 heures 48 minutes, narrateur : Julien Allouf.

Dans la Maison, vous allez perdre vos repères, votre nom et votre vie d’avant. Dans la Maison, vous vous ferez des amis, vous vous ferez des ennemis. Vous mènerez des combats, vous perdrez des guerres. Dans la Maison, vous connaîtrez l’amour, la peur, vous découvrirez des endroits dont vous ne soupçonniez pas l’existence, et même quand vous serez seul, ça ne sera jamais vraiment le cas. Dans la Maison, aucun mur ne peut vous arrêter, le temps ne s’écoule pas toujours comme il le devrait, et la Loi y est impitoyable. Dans la Maison, vous atteindrez vos dix-huit ans, transformé à jamais, effrayé de devoir la quitter.

Intemporel, étrange et fascinant

C’est un roman aussi étrange que fascinant. Vous vous apprêtez à pénétrer dans l’univers de l’adolescence, une période de la vie en perpétuelle ébullition. L’environnement de cette histoire est singulier : une maison délabrée, vieillotte et isolée dans un quartier esquinté comme oublié des dieux.

Cette maison est un internat où pensionnent des ados qui ont tous un point en commun : ils souffrent de handicaps…toutes sortes de handicaps, physique, psychologique, mental, troubles du développement, autisme. Tous ces troubles que notre bonne Société a classé au rayon des étiquettes. Le fait que L’autrice ait placé ce pensionnat dans un quartier dépouillé en dit long sur l’isolement de ces êtres fragiles.

Autre fait singulier : tous les adultes affectés à l’enseignement, au soutien, à la santé n’ont à peu près aucun rôle. Ils sont accessoires et n’influencent en rien le cours de l’histoire. En fait, tout est accessoire, même les murs de l’établissement ne constituent en rien des limites pour les jeunes.

Ajoutons à ce cadre très particulier que tous ces jeunes n’ont pas de nom. On leur a donné un surnom, évocateur de l’image qu’ils reflètent ou son contraire : fumeur, sauterelle, baleine, pisseur, gros-lard, aiguille, dodo, éléphant, crâne… Au départ, je craignais que ces sobriquets dépersonnalisent les acteurs de cette histoire mais au contraire, ça leur a donné un caractère très attachant.

Enfin, ces jeunes sont divisés en groupes qui portent aussi des noms significatifs comme les Faisans, les chiens, les rats, etc. chaque groupe a ses rituels, ses habitudes, ses envies, ses rêves et la rivalité trouve toujours son chemin bien sûr. Malgré tout, les groupes ont un point en commun : le besoin de sacraliser cette étrange institution et de trouver le chemin qui les conduira à leur liberté une fois atteints leurs 18 ans.

Voyager dans l’esprit d’un ado est une expérience extraordinaire. C’est la force de ce livre, la manifestation du besoin purement adolescent d’amour, de reconnaissance et de communication. L’univers des ados de la maison imaginée par Marian Petrosyan est déroutant : pas de murs, pas de règles adultes, mais un tas de lois et de rituels imaginés par les jeunes qui viennent densifier l’organisation de la maison. Tout est intemporel. J’ai trouvé mon immersion dans cet univers tout à fait fascinante.

C’est un roman en vase clos audacieux mais qui comporte des faiblesses qui vont au-delà du caractère déroutant de l’œuvre. D’abord, la galerie de personnages est tellement imposante que la redondance des profils était inévitable. L’histoire s’étend sur près de 1100 pages. C’est très long. Il y a un peu d’errance, des répétitions.

Il n’y a pas vraiment d’action. J’ai trouvé l’histoire contre-évolutive en ce sens que mon intérêt s’est amenuisé au fil des pages. Il m’a semblé que l’autrice s’est éparpillée et je n’ai pas été vraiment préparé à la finale qui, du reste manquait de saveur. Ici, cette opinion concerne l’histoire.

Toutefois, les personnages sont forts, attachants. Ce livre est un labyrinthe. Les ados y évoluent avec comme objectif d’aller au bout de leurs rêves et malgré la faiblesse du fil conducteur, je me suis laissé aller à l’aventure avec eux. J’ai ressenti de l’empathie pour eux et de l’espoir pour ce que la vie leur réserve lorsqu’ils sortiront de la maison.

LA MAISON DANS LAQUELLE est une histoire atypique, une expérience littéraire que j’ai vécue avec la même incertitude que celle manifestée par les ados, renforcée par leur handicap. Un appel au respect des différences. J’ai aimé cette expérience pour sa profondeur, sa singularité. Un beau moment de lecture.

Suggestion de lecture : SA MAJESTÉ DES MOUCHES de William Golding


L’autrice Mariam Petrosyan

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 3 mai 2026

Camp de concentration

Commentaire sur le livre de
THOMAS DISCH

*-Qu’entendez-vous par de nouvelles techniques éducatives ? Dois-je comprendre qu’il s’agit de l’utilisation de drogues ?
-Ah, ah ! Ainsi vous avez un peu réfléchi à la question. Oui, certainement, il s’agit de drogues. Mais peut-être pas dans le sens où vous le supposez. *

Extrait : CAMP DE CONCENTRATION, de Thomas Disch. Papier, Jai Lu éditeur, 2001, 192 pages. 

L’INTELLIGENCE QUI ABRUTIT

D’abord, il ne faut pas faire trop attention au titre et ne pas se laisser abuser. Il ne s’agit pas d’un camp de concentration comme ceux que nous a fait connaître la grande histoire de la deuxième guerre mondiale tel Auschwitz. Vous pouvez toutefois vous fier au quatrième de couverture (ci-haut).

L’histoire se déroule dans un contexte encore impensable au moment d’écrire cet article. L’Amérique devient un état totalitaire à la George Orwell (voir 1984) et est engluée dans une guerre qui ne finit pas de finir avec l’Asie, ce qui n’est pas sans rappeler cet incroyable gâchis que fut la guerre du Vietnam.

Dans ce contexte dystopique, nous suivons un poète polémiste appelé Louie Sacchetti, condamné à cinq ans de prison pour avoir refusé d’intégrer l’armée, et rapidement transféré dans une prison spéciale appelée CAMP ARCHIMÈDE à cause de son intelligence hors-norme.

Dans ce camp, on procède à des expériences sur des prisonniers, ce qui n’est pas nouveau dans les grandes guerres sauf qu’ici, les savants fous expérimentent une drogue redoutable appelée pallidine qui confère au récepteur une intelligence décuplée jusqu’au génie et qui confine à l’horreur. Rares sont les savants dégénérés qui contrôlent vraiment leurs expériences avec un sens aigu de l’éthique. Vous voyez sans doute où je veux en venir.

Ce n’est pas un livre facile à lire parce que d’une part, le fil conducteur de l’histoire craque de partout et d’autre part, le récit est fortement imprégné de philosophie comme on le voit d’ailleurs un peu partout dans l’œuvre de Disch :

*Pour en revenir à nos deux poulettes, elles avançaient cet argument séculaire que l’univers est semblable à une montre et qu’il n’y a pas de montre sans horloger. Ou si vous voulez, qu’il n’y a pas de première cause qu’aucune autre cause ne cause. * (Extrait)

Au titre que j’attends d’un auteur qu’il me surprenne, ce livre ne m’a pourtant pas déçu. Certains passages m’ont même un peu graffigné : *L’enfer n’est pas simplement préférable au ciel…d’un but qui vaille la peine que les efforts tendent vers lui-que l’imagination humaine ait été capable de découvrir. * (Extrait)
*Croyez-moi, un jour, Himmler sera canonisé. Après tout, Pie l’est déjà… * (Extrait)

J’ai trouvé dans ce livre beaucoup de matière pour alimenter ma réflexion sur différents sujets. Par exemple, l’indolence de Pie XII face au sort des juifs. Plusieurs approches de l’auteur sont irrecevables mais ils ont le mérite de faire réfléchir. Je pense entre autres aux dérives de la science et aux éthiques douteuses. On peut toujours réfléchir sans s’infléchir. C’est le point fort du livre.

En résumé, CAMP DE CONCENTRATION est une histoire sombre, tortueuse, très centrée sur les abus de la science et l’expérimentation visant à améliorer l’être humain. L’histoire est donc encore d’actualité. Il n’y a pas vraiment d’action. La finale est en plongée mais tout de même surprenante. Beaucoup de matière à réflexion même si parfois, la logique est dure à suivre. Bien que publié à l’origine en 1968, ce livre n’a pas vieilli.

Suggestion de lecture, du même auteur : LE PRISONNIER


L’auteur Thomas Disch

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 2 mai 2026

Bien après minuit

 

Commentaire sur le livre de
RAY BRADBURY

*Les fonds de la mer morte charriaient de la poussière qui inondait la terre lorsque le vent lui commandait de redonner vie à une vieille légende de déluge. Les cités étaient profondément enfouies sous des greniers de silence, de temps ensilé, de bassins et de fontaines de calme et de souvenir.

Mars était morte. *

Extrait de la nouvelle LE FLACON BLEU, du recueil BIEN APRÈS MINUIT, de Ray Bradbury. Édition de papier : Denoël éditeur, 1998, 256 pages. Format numérique : Denoël éditeur pour la traduction française, 1977, 165 pages.

LES NOUVELLES :

  1. Le Flacon bleu
  2. Un printemps hors du temps
  3. Le Perroquet qui avait connu papa
  4. L’homme brûlant
  5. Un morceau de bois
  6. Le Messie
  7. B.S. modèle V
  8. Boire en une fois : contre la fureur des foules
  9. Intermède au soleil
  10. A jamais la Terre
  11. Les Miracles de Jamie
  12. Le Jeu d’octobre
  13. Bien après minui
  14. La Tablette de chocolat

DE TOUT POUR TOUS

BIEN APRÈS MINUIT est la première partie d’une série de deux recueils de nouvelles publiées pour la plupart dans des magasines américains entre 1946 et 1976. Le deuxième tome de la série a été publié en 1979 sous les titres UN DIMANCHE TANT BIEN QUE MAL.

Bien que je parle ici du grand Ray Bradbury qui demeure dans le top 10 de mes auteurs préférés à vie, le recueil BIEN APRÈS MINUIT n’échappe pas à la règle classique : certaines nouvelles plaisent, d’autres plaisent moins et certaines pas du tout. BIEN APRÈS MINUIT est un recueil multi-tendances. Plusieurs de ces nouvelles sont devenues des morceaux d’anthologie.

La première observation est que BIEN APRÈS MINUIT m’a semblé comme une extension des CHRONIQUES MARTIENNES publiées en 1954. C’est sans doute le plus célèbre recueil de Bradbury. Il raconte l’histoire des premiers colons terriens installés sur la planète Mars. La planète rouge a largement inspiré l’auteur dans BIEN APRÈS MINUIT.

Le recueil commence en force avec LE FLACON BLEU. Sur Mars, deux astronautes recherchent activement un mystérieux flacon dans les décombres d’une ville morte parce qu’ils sont persuadés d’y boire leur destin. Profond…bien écrit. Comme toujours, Bradbury s’inspire de sa vision du futur pour bâtir des textes sur de la matière à réflexion, philosophique ou brûlante d’actualité encore aujourd’hui.

Plusieurs textes posent des questions embarrassantes auxquelles on n’ose répondre encore aujourd’hui. Par exemple, dans L’HOMME BRÛLANT :

*-Qu’est-ce que vous, les officiers, feriez, que feraient les hommes, que ferait le monde, si demain nous nous réveillions tous avec des canons complètement hors d’usage et en ruine? (Extrait)

Autre exemple, cette fois dans G.B.S. MODÈLE V : *Regardons les profondeurs et voyons à quoi Dieu s’est occupé pendant les dix milliards d’années depuis qu’il est entré en collision avec lui-même et a procréé l’immensité. * (Extrait)

Je ne peux que confirmer l’extraordinaire imagination de Bradbury qui m’a marqué avec FARENHEIT 451 et qui me marque encore. Quelques nouvelles de BIEN APRÈS MINUIT m’ont laissé froid. C’est normal. Mais le recueil dans son ensemble fut pour moi un vrai p’tit bonheur.

Suggestion de lecture : LE PROJET BRADBURY, de Neil Jomunsi


L’auteur Ray Bradbury

 DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 26 avril 2026

Le secret du coffre bleu

Commentaire sur le livre de
LISE DION

*…Ma mère était sommée d’obéir aux ordres sous peine de mort. J’v’nais de basculer dans un autre univers, celui de la seconde guerre mondiale. De nombreuses questions m’envahissaient sans que j’puisse pour l’instant trouver les réponses adéquates. Comment ma mère avait-elle pu être engagée dans ce conflit ?… *

Extrait : LE SECRET DU COFFRE BLEU, de Lise Dion, édition de papier et numnérique, à l’origine, Libre Expression éditeur, 2011 208 pages. 1245 kb Rééd. Pap. Guy Saint-Jean éditeur. Version audio : Vues et Voix éditeur, 2020. Durée d’écoute 4 heures 54 minutes, narratrice : Lise Dion.

Un pan d’histoire noire

J’imaginais mal l’humoriste québécoise Lise Dion dans un récit dramatique. Pourtant, elle m’a ému, touché avec LE SECRET DU COFFRE BLEU, un récit biographique romancé. Voyons le contexte.

En vidant l’Appartement de sa mère adoptive, décédée plus tôt, Lise trouve le fameux coffre bleu dont elle connaissait déjà l’existence mais auquel elle n’a jamais eu accès car il était cadenassé. Dans ce coffre, Lise découvre de vieux carnets qui constituent, un peu comme un journal, le parcours de vie de sa mère. Plusieurs passages étant incompréhensibles ou occultés, Lise entreprend une longue recherche, s’appuyant sur des faits historiques et sur des témoignages afin de reconstituer la vie de sa mère.

Elle découvre principalement que sa mère a été religieuse, envoyée par sa communauté dans la France occupée par les Nazis pendant la deuxième guerre mondiale. Elle fut arrêtée par les allemands et soumises aux travaux forcés pendant quatre ans. Lise réalisa ainsi que sa mère fut cruellement victime de la guerre, victime de sa communauté religieuse et je pourrais dire sans me tromper, victime de sa religion dénuée d’empathie et de charité.

Je n’en dévoile pas plus, mais plusieurs passages pourraient vous surprendre. Lise Dion livre un récit essentiellement humain. Elle ne s’est pas attardée au contexte politique ou de guerre. Je n’ai pas senti de jugements de valeurs même si j’ai été choqué encore une fois par les règles absurdes et aberrantes de l’Église.

En extirpant le secret du coffre bleu, Lise Dion nous fait pénétrer dans une période noire de l’histoire mais il y a plus…expliquant le pénible mécanisme de transformation d’un être humain par la guerre.

Bien sûr, les histoires ayant comme toile de fond la deuxième guerre mondiale abondent mais LE SECRET DU COFFRE BLEU a des attraits bien spécifiques, une fille qui découvre le passé secret de sa mère contenant suffisamment d’éléments pour donner au livre un caractère surréaliste.

Par une recherche ardue et constante, Lise Dion a fait des carnets découverts dans le fameux coffre bleu un récit porteur d’émotions. J’ai été heureux de lire ce livre, d’autant qu’il a été écrit par une autrice qui en était à sa première expérience en écriture et qui pour la circonstance a pu se défaire pour un temps de son enveloppe d’humoriste adulée des québécois.

Fortement recommandé.

Suggestion de lecture : Le secret interdit, de Bernard Simonay


L’autrice Lise Dion

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 25 avril 2026

KUKUM, Michel Jean

*Une mer au milieu des arbres. De l’eau à perte de vue, grise ou bleue selon les humeurs du ciel, traversée de courants glacés. Ce lac est à la fois beau et effrayant. Démesuré. Et la vie y est aussi facile qu’ardente. *

Extrait : KUKUM, de Michel Jean. Édition de papier et format numérique : Libre Expression éditeur, 2019, 224 pages. Version audio : Vues et Voix éditeur, 2020. Duré d’écoute 4 heures 42 minutes. Narratrice : Domonique Pétin

Ce roman raconte l’histoire d’Almanda Siméon, une orpheline amoureuse qui va partager la vie des Innus de Pekuakami. Elle apprendra l’existence nomade et la langue, et brisera les barrières imposées aux femmes autochtones. Relaté sur un ton intimiste, le parcours de cette femme exprime l’attachement aux valeurs ancestrales des Innus et le besoin de liberté qu’éprouvent les peuples nomades, encore aujourd’hui.

Chaleureux, positif et optimiste

C’est un récit intimiste à saveur biographique puisque Michel Jean raconte l’histoire de son arrière-grand-mère Almanda Fortier (1882-1977) et lui donne la parole. Voici donc le récit de Kukum Almanda, (Kukum : grand-mère) une orpheline courageuse qui, à 15 ans, devenue amoureuse d’un beau jeune chasseur innu, Thomas Siméon, adolescent, comme elle. Surmontant la barrière des langues, Almanda quittera sa petite ferme pour partager la vie aventurière des innus de Pekuakami (Lac-Saint-Jean).

Almanda passera donc du sédentarisme au nomadisme et développera au cours de ses aventures, des idées féministes, un désir d’abattre les barrières à une époque pas si lointaine où les amérindiens étaient appelés des sauvages. Almanda vivra aussi la sombre période au cours de laquelle le gouvernement fédéral à Ottawa travaillera à *désindianiser* les premières nations,

À ce chapitre, par la voix de son héroïne, l’auteur revient sur les évènements déjà évoqués dans son livre LE VENT EN PARLE ENCORE alors que les enfants de Mashteuiatsh sont arrachés à leur famille par la Gendarmerie Royale du Canada pour être emmenés dans un pensionnat de Fort George à mille kilomètres de leur foyer. Le vent en parle encore…

Je ne reviendrai pas sur ce véritable gâchis encore commenté de nos jours dans la grande actualité mais cela donne une bonne idée du combat et des sentiments de Kukum Almanda à une époque où les indiens étaient mal vus, et le féminisme, impensable.

J’ai adoré ce livre. J’ai écouté la version audio deux fois plus pour la beauté du texte que pour la voix de la narratrice qui ne débordait pas vraiment d’émotion. Kukum était une femme forte, hors du commun. Par sa voix, l’auteur a raconté la passion la vie d’une communauté Innu du Lac-Saint-Jean, ses traditions, sa culture, et bien sûr, toute la chaîne d’évènements issus de la sédentarisation forcée.

En écoutant ce récit, je n’ai pu faire autrement que de développer une gêne, une sorte de malaise, me demandant encore aujourd’hui comment on a pu tomber si bas autant chez les religieux que chez les politiques.

KUKUM est aussi une belle histoire d’amour. Je suis étonné qu’il soit aussi peu fait mention de Thomas dans les descriptifs du livre et dans la masse critique. Je me suis beaucoup attaché à Thomas. C’est un personnage ombrageux et surtout très proche de la terre, ce qui m’a plu énormément.

Une toute petite faiblesse si on peut l’appeler comme ça, c’est que j’aurais souhaiter avoir plus de détails sur les origines d’Almanda, ses parents, son adoption par son oncle et sa tante, une certaine généalogie, même chose pour Thomas. Je sais qu’Almanda est orpheline d’une famille de migrants irlandais. J’aurais juste souhaité en savoir un peu plus.

Mais autrement, Kukum est un récit qui parle fort, riche d’un vécu raconté à la première personne. Sa simplicité et sa sensibilité m’ont touché et les évènements évoqués me choquent encore aujourd’hui. Kukum semble vouloir me dire, avec une infinie douceur, qu’il ne faut tout simplement pas oublier….

KUKUM de Michel Jean…à mettre dans vos projets de lecture…

Suggestion de lecture : L’INDIEN MALCOMMODE, de Thomas King


L’auteur Michel Jean

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 19 avril 2026

Apocalypse blues

Commentaire sur le tome 1
LA SAISON DES RAVAGES

de CHLOÉ JO BERTRAND

*On a passé six jours bouclés dans cet abri anti-tempête de merde, j’ai cru que j’allais péter un plomb. Grand-père me bourrait de médocs et essayait de me garder occupé en me faisant jouer aux cartes, mais comment tu veux que je reste calme ? La dernière fois qu’on a eu des nouvelles du monde, New-York était sous la flotte. *

Extrait : APOCAYPSE BLUES, tome 1 : LA SAISON DE RAVAGES, de Chloé Jo Bertrand.  Version numérique : Bragelonne éditeur, 2018, 325 pages. Version papier : Castelmore éditeur, 2019, 416 pages.

Ils s’appellent Kiran, Matthew, Tobias et Charly. Ils ont quatorze, vingt, dix et seize ans. Ils vivent en Inde, en Australie et dans l’Utah lorsque les conséquences cataclysmiques du dérèglement climatique s’abattent sur leurs têtes. Tornades, tsunamis, inondations ravagent subitement leur monde. Chacun d’eux se retrouve seul dans la tourmente ― jusqu’à ce qu’ils se rencontrent sur la route dévastée. Ensemble, ils vont devoir affronter territoires hostiles et folie humaine pour survivre… et retrouver ce qui leur a été arraché.

 

Ados de par le monde hostile

L’histoire est celle de quatre jeunes garçons que le destin réunit sur un chemin post apocalyptique. Nous sommes en 2030.

Acteurs :

-Charly, 16 ans, caractère de chien, comportement puéril. Affectionne les chevaux mais un cheval lui écrasera une jambe dans un mouvement de panique. L’incident provoquera la gangrène. Charly est le personnage central.
-Kiran,
14 ans, d’une incroyable maturité doublée d’une patience quasi surnaturelle. Sauvera Charly en lui amputant la jambe avec des moyens de fortune et lui confectionnera même une prothèse.
-Mathew, 20 ans. Perdra un œil par arme à feu lors d’une émeute au cours de laquelle il sera séparé de son petit frère.
-Tobias, appelé Toby, 10 ans, le petit frère de Mathew qui connaîtra un inimaginable destin dévoilé à la fin du récit.

C’est une histoire intéressante même si le thème a été visité des centaines de fois. L’auteur a mis l’accent moins sur la destruction, les catastrophes et le chaos que sur le drame humain vécu par quatre jeunes hommes. Donc sur le plan environnemental, l’autrice a fait preuve d’une belle retenue en évitant les artifices.

L’autrice a gardé l’équilibre en maintenant l’apocalypse en arrière-plan, tout en faisant ressentir aux lecteurs son caractère effrayant, : *C’est la fin du monde. Y a eu des tornades, des tremblements de terre, des inondations, des tsunamis partout. New-York est en plein black-out.

Y a des rivières en furies qui emporte les voitures dans les rues, le vent arrache les portes, les fenêtres et les gens… * (extrait)

Donc, ce premier volet de la trilogie APOCALYPSE BLUES est surtout un drame humain. Sa finale est toutefois d’une forte intensité dramatique et met tout en place pour la suite.

Ce que j’ai surtout apprécié dans LA SAISON DES RAVAGES est la qualité des personnages que l’autrice a doté d’un caractère bien trempé et qui sont terriblement attachants, même Charlie, ce petit détestable a quelque chose d’attractif et de sympa…

C’est une histoire de fuite, d’errance dans laquelle l’espoir semble fuir d’une bombonne aux capacités inhumainement réduites.

La finale m’a surpris. Elle est largement centrée sur Tobias, séparée trois mois plus tôt de son frère et dont la vie a pris un incroyable tournant. Je ne peu en dire plus à part que c’est bien fignolé et que ça promet pour le tome 2, LE CRÉPUSCULE DU MONDE.

J’ai beaucoup aimé cette lecture axée sur la fatalité d’un changement climatique brutal et destructeur. Le caractère environnemental de l’histoire et le message qu’il sous-tend sont classiques. C’est difficile de réinventer le genre. Encore une histoire de fin du monde mais j’admire la finesse avec laquelle l’autrice l’a développé malgré la rudesse qui l’enveloppe.

Une très bonne lecture en ce qui me concerne. Vivement la suite.

Suggestion de lecture : CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES D’UNE ENFANT SAGE d’Annie Bacon

Apocalypse blues la suite




L’autrice Chloé Jo Bertrand

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 18 avril 2026

 

Le vieil homme et la mer

Commentaire sur le livre
d’ERNEST HEMINGWAY

*Puis il se sentit malheureux en songeant que le poisson n’avait rien à manger et sa détermination à le tuer ne s’en trouva pas diminuée d’autant. Combien de personnes nourrira-t-il? pensa-t-il. Mais ces gens méritent-ils de le manger? Non, bien sûr. Il n’existe pas une personne qui mérite de le manger si l’on considère sa conduite et sa grande dignité. *

Extrait : LE VIEIL HOMME ET LA MER, d’Ernest Hemingway. Pour la présente, format numérique, Folio éditeur, 1952, 125 pages. Format papier, rééd. Futuropoli éditeur, 2014, 128 pages.

La chance a abandonné le vieux pêcheur : voici plusieurs semaines qu’il revient au port avec sa barque vide. Pourtant, tous les soirs, il prépare, avec son jeune ami Manolin, à qui il a appris l’amour de la mer, la pêche du lendemain qui lui accordera peut-être une dorade, un thon ou même un requin. Vient un jour où, en effet, le vieil homme rencontre son poisson. L’homme et l’animal vont alors s’affronter en un duel long et âpre qui va durer plusieurs jours, plusieurs nuits…

 Le dernier d’Hemingway

Quel récit splendide. Un enchantement. Un texte allégorique qui parle fort. Voici l’histoire d’un vieux pêcheur, Santiago, usé par la mer et le temps et d’un jeune homme, Manolin, qui l’a pris en amitié. Le récit est centré sur un combat long et dur, au large, entre le vieil homme et un énorme marlin, un très gros poisson, fougueux et rapide, qui s’apparente à l’espadon. Ce géant des mers serait pour Santiago, la prise de sa vie.


Le combat acharné entre le vieil homme et ce poisson hors-norme durera trois jours et deux nuits. Qui gagnera ? Je vous laisse le découvrir, mais ce n’est pas le plus important.

Au cours de cet implacable duel, un grand respect s’installe, teinté de dignité entre le vieil homme et le géant des mers : *Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C’est ton droit. Camarade,  j’ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m’est égal lequel de nous deux qui tue l’autre. * (Extrait)

Dans ce profond voyage intérieur, Santiago allait jusqu’à remercier Dieu pour ce combat à l’issue pourtant incertaine : *Le poisson, la mort dans le ventre, revint à la vie. Dans un ultime déploiement de beauté et de puissance, ce géant fit un bond fantastique. Pendant un instant, il resta comme suspendu en l’air au-dessus du vieil homme et de la barque… * Extrait

Avec sa plume d’une infinie profondeur, Hemingway développe des thèmes qui exercent une forte attraction sur l’esprit. Ces thèmes font que LE VIEIL HOMME ET LA MER est un immortel de la littérature, un incontournable qui demeure aujourd’hui d’une actualité criante. Il y a bien sûr l’image de l’homme seul devant la grandeur et la puissance de la nature. Mais l’auteur va plus loin en développant des thèmes qui sous-tendent le sens de la vie : le courage, l’amour, la dignité, la résilience.

Outre le combat d’un vieux pêcheur avec un géant de la mer, le récit, à saveur écologique, image le combat entre le cœur et la raison, et l’attraction entre les générations.

Ce texte d’une grande beauté complète magnifiquement l’héritage littéraire que nous a transmis Ernest Hemingway, héritage qui lui a valu le prix Nobel de littérature en 1954. J’ai trouvé LE VIEIL HOMME ET LA MER d’une grande profondeur et d’une grande maturité. Malgré la complexité des sentiments qui l’animent, l’écriture est fluide, la plume sensible. L’ensemble est réaliste et exprimé simplement.

Une belle histoire qui se lit vite et bien et qui va droit au cœur.

Suggestion de lecture : Moby Dick d’Herman Melville

Le vieil homme et la mer
au cinéma

Le livre d’Hemingway a été adapté plusieurs fois au cinéma. Par exemple, Spencer Tracy est excellent dans la version de 1958 réalisée par John Sturges. J’ai préféré toutefois la version de 1990 réalisée par Jud Taylor avec Anthony Quinn.


L’auteur Ernest Hemingway

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 12 avril 2026

 

Projet Dernière Chance

Commentaire sur le livre
d’ANDY  WEIR

*Je vais donc mourir, mais pas pour rien. Je m’efforcerai de découvrir comment on peut stopper les astrophages, puis j’enverrai mes réponses à la Terre. Après quoi je mourrai. En matière de suicides sans douleurs, j’aurai l’embarras du choix. Overdose de médicaments, réduction du taux d’oxygène dans l’atmosphère jusqu’à perdre connaissance et décéder. Joyeuses perspectives. *

Extrait : PROJET DERNIÈRE CHANCE, d’Andy Weir. Version audio : Hardigan éditeur, 2022, durée d’écoute : 18 heures 18 minutes. Narrateur : François Montagut. Version numérique : Bragelonne éditeur, 2022, 600 pages. Format papier : Bragelonne éditeur, 2021, 480 pages.

Scientifiquement crédible, imaginatif

PROJET DERNIÈRE CHANCE est un huis-clos qui m’a parfois donné l’impression de manquer d’air, un peu comme ce que j’ai ressenti en lisant SEUL SUR MARS. Les différences sont toutefois notables. Je veux surtout dire ici que l’auteur a trouvé le ton juste pour me river à ma lecture. Voyons le résumé, de façon chronologique.

Une espèce de bactérie, si je peux l’appeler ainsi, appelé astrophage, grignote graduellement et lentement le soleil qui perd de sa luminosité, de sa chaleur et de son magnétisme. La terre est en danger d’extinction à moyen terme. Une imposante équipe de scientifiques, militaires et technologues s’unissent sous la direction d’une femme froide et coriace appelée Strate pour mettre au point le PROJET DERNIÈRE CHANCE, un vaisseau spatial avec une équipe réduite qui hérite d’une mission suicide.

L’espoir de l’équipe réside dans des échantillons rapportés d’une sonde de la planète Vénus. Mais tout ne marche pas rondement. Un matin, Ryland Grace se réveille fin seul dans le vaisseau. Ses coéquipiers sont morts. Il doit se consacrer entièrement à sa mission, seul…pour un temps…car il fera une rencontre très étrange. Le défi demeure le même : empêcher l’extinction de l’espèce humaine.

C’est un tourne-page fort, un vrai de vrai avec un personnage attachant et sympathique qu’on aurait envie de soutenir et d’aider car il se débat avec l’énergie du désespoir. Le sujet est original. La terre est en danger mais pour une fois, l’homme n’y est pour rien. C’est ce danger de mort qui amènera les hommes à s’unir pour tenter une dernière chance.

L’auteur aborde, de façon innovante, des questions qui sont toujours d’actualité : Sommes-nous seuls dans l’univers ? Comment combattre l’infiniment petit ? La science a-t-elle ses limites ? Pourra-t-on se promener un jour d’une planète à l’autre ?

La seule petite faiblesse que j’ai repérée dans ce livre est un imposant déploiement de connaissances scientifiques et de manœuvres expérimentales qui prend le pas sur l’intrigue. Sinon, la plume est extrêmement bien maîtrisée et le langage scientifique très bien vulgarisé rend l’ensemble fluide.

L’auteur fait des bonds en arrière pour passer en revue les préparatifs du PROJET DERNIÈRE CHANCE. Souvent, ce type de récit à deux temps m’irrite mais pas dans ce cas-ci pour deux raisons : le charisme et l’humanité de Grace et le caractère de chipie d’Eva Strate. Les personnages sont peu nombreux mais ils sont forts, y compris celui que je vous laisse le soin de découvrir, un être brillant et attachant, qui pourrait peut-être changer la donne et que Grace appelle Rocky.

Ce livre a aussi quelque chose de touchant, d’attendrissant avec un petit côté humoristique dans le sens de l’auto-dérision. Et c’est sans compter les bonnes idées qui y sont développées dont le mystérieux matériau rapporté par la sonde en provenance de Vénus.

Je crois que vous apprécierez ce livre. Il est crédible et palpitant. En tout cas moi, je ne me suis pas ennuyé une seconde.

Suggestion de lecture, du même auteur : SEUL SUR MARS


L’auteur Andy Weir

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 11 avril 2026

Les sœurs de Montmorts

Commentaire sur le livre de
JÉRÔME LOUBRY

*Julien, je te promets de raconter ton histoire à tout le pays. Tout le monde saura ce qu’il s’est passé, dans ce village maudit. Dès que j’aurai les explications à cette folie, j’écrirai la vérité, et alors …. Alors Montmorts ne pourra plus se cacher derrière ses histoires de sorcières ridicules. *

Extrait : LES SŒURS DE MONTMORTS, de Jérôme Loubry. Format papier : Calmann-Levy éditeur, 2021, 414 pages. Format numérique : Éditions de l’épée, 2021, 349 pages, 1 465 KB. Version audio : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 9 heures 43. Narration : Slimane Yefsah.. Aussi disponible en CD audio, chez Audiolib.

UN BEAU DÉFI DE LECTURE

LES SŒURS DE MONTMORTS est un thriller à l’intrigue très soutenue sur fond de paranormal qui se déroule dans une petite ville impeccable, sans criminalité, trop parfaite pour être vraie. Toutefois, Montmort traîne un lourd passé de sorcellerie encore palpable.

Julien Perreault vient d’y être nommé chef de police et sent très vite que quelque chose cloche. Le propriétaire et maire du village charge Julien d’enquêter sur la mort de sa fille. En plus, à peine débarqué, une mort violente requiert toute son attention. Et ce n’est que le début.

Le force du roman réside en partie dans son atmosphère, noire, consistante, énigmatique, mystérieuse, voire malsaine qui définit l’intrigue. Cette ambiance addictive m’a vraiment fait travailler les neurones. L’auteur a été très habile pour me pousser à comprendre l’origine du malaise et il n’y a pas que des sorcières. Attendez-vous à des surprises étonnantes.

Fait intéressant, l’histoire de Montmorts, qui remonte à un retentissant procès en sorcellerie au XVIIe siècle, est mise en abîme dans le récit de Loubry. C’est bien écrit mais la mise en abîme fragilise sensiblement le fil conducteur de l’histoire. C’est un fait qu’au XVIIe siècle, on voyait des sorcières partout. Mais en est-il encore de même dans le présent de Montmorts.

Là-dessus, Loubry pousse au questionnement grâce à la force de ses personnages. Je pense à la journaliste, qui sera plongée dans une mission beaucoup plus considérable qu’elle le croyait, je pense surtout au maire, propriétaire du village (ce qui est assez singulier au départ), appelé Albert de Thionville, énigmatique, aux motivations obscures, intrigant.

Ne vous en faites pas…beaucoup de secrets sont dévoilés au compte-gouttes avec une habileté telle que le lecteur, la lectrice soit attiré(e) irrésistiblement à la page suivante. LES SŒURS DE MONTMORT devient alors ce que les anglais appellent un *page turner*.

Mais le véritable génie de Jérôme de Loubry a été de créer une espèce de jonction entre le paranormal et la science en gardant intacte la crédibilité de l’ensemble.

La dérive de la science est abordée dans ce volume surtout dans le sens de l’éthique et pousse aux questionnements sur les savants fous mais surtout sur l’absence de l’éthique en recherche et expérimentation. Quel est le lien avec notre histoire ? Ça vous fera je crois une agréable découverte.

C’est une histoire originale, captivante à l’atmosphère enveloppante quasi irréelle et dotée d’une finale qui *casse la barraque* même si elle comprend un palabre assez long, et évidemment, hors du bon sens et vous comprendrez pourquoi à la fin. Pour moi ce fut limpide. Ce qui m’a fait dire en tournant la dernière page que c’était simplement génial.

Suggestion de lecture : LA PORTE D’ABADDON, de Mathieu Bertrand

Du même auteur


L’auteur Jérôme Loubry

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 29 mars 2026

La mort me va si bien

Commentaire sur BETTY ANGEL, tome 1 de
LOUISA MÉONIS

*Il faut dire qu’avant de mourir, j’avais tout misé sur le cardio pour la perte du gras de mes fesses et non sur le yoga. -Ce foutu régime ne m’aura servi définitivement à rien ! … J’ai de grosses fesses, zéro souplesse et moins dix mille en équilibre. *

Extrait : BETTY ANGEL, tome 1, LA MORT ME VA SI BIEN, de Louisa Méonis. Édition de papier et format numérique, Milady éditeur, 2018, 264 et 201 pages. 682 KB

L’OBSESSION DES KILOS

L’histoire est divertissante jusqu’à un certain point. La plume est fluide, le livre est court, heureusement car le sujet est traité de façon insignifiante, s’appuyant sur l’obsession de la grosseur avec une insistance particulière sur la recherche de la perfection des fesses. Vous avez compris sans doute. Les fesses sont omniprésentes dans cette histoires…trop grosses…trop larges…trop longues…trop massives…

*C’est pas la robe qui est trop petite, c’est tes fesses qui sont trop grosses ! chuchote la voix de mon ami l’esprit. * (Extrait) Notre héroïne n’est pas sans avoir un faible pour les fesses masculines… *En plus là, Grégoire ne viendra pas me sauver avec ses belles fesses et son jean Levi’s. * (Extrait)

Dans ce petit livre d’à peine 300 pages, il est question de fesses une quarantaine de fois, et autant indirectement. Comme si les fesses avaient de l’importance après la mort.

L’histoire débute bizarrement. Betty, qui se considère elle-même la petite grosse de l’histoire, meurt noyée dans sa toilette. (J’ignorais que c’était possible) Après sa mort, son esprit est accueilli dans une grande chambre blanche et des tâches sont assignées sous la supervision d’un mentor. Le mentor de Betty est nul autre qu’Azrael, c’est-à-dire la mort en personne. Betty doit suivre une formation pour devenir ange gardien.

Si j’ai trouvé la note de départ originale, j’ai vite déchanté car je n’ai guerre trouvé de différences entre la vie et l’après-vie. Dans ce récit, la mort est fonctionnarisée…faim, soif, chaud, froid, étudier, travailler, éprouver du désir, manger, boire, tomber en amour car la mort elle-même a un sentiment disons hors-norme pour celle qui se fait appelée la boulotte.

Les passages à connotations sexuelles sont aussi fort abondants dans ce récit de même que les références au livre CINQUANTE NUANCE DE GREY de E L James, sans doute la pire nullité que j’ai lue dans ma vie. Ici, le sexe semble être un prétexte, pour ne pas dire le centre du récit. Des esprits qui jouent aux fesses…franchement…j’ai trouvé ça un peu ennuyant.

L’histoire est bourrée de clichés, fortement imprégnée de machisme et a tendance à mettre les personnes en surpoids sur une voie de garage alors qu’elle aurait pu pousser ses mêmes personnes à s’accepter, s’aimer comme elles sont et ainsi rayonner, donner et recevoir du bonheur. L’autrice a passé à côté de l’essentiel pour verser dans une histoire sans crédibilité.

Ce livre est le premier d’une série mais je crois bien que je vais arrêter là.

Suggestion de lecture : DEUX NUANCES DE BROCOLI de Marie Laurent

Suite de la série Betty Angel


À droite en bas L’autrice Louisa Méonis

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 28 mars 2026