DREAMWALKERS, Alain Lafond


*1,2,3,4, le chien vint se placer à côté de l’homme qui posait la main sur sa tête. 5,6,7, l’homme et le chien disparurent. 8, 9, la ruelle cessa d’exister. * Extrait DREAMWALKERS, tome 1, LES VOYAGEURS DE LA NUIT, d’Alain Lafond. Édition de papier et format numérique : Coup d’œil édition, 2018, 747 et 697 pages. Version audio : Vues et voix éditeur, 2018, durée d’écoute : 24 heures 24 minutes. Narratrice : Aurélie Aubry.

Et si on pouvait fouiller dans les rêves ?

Cette fois, je réactualise un livre que j’ai lu en 2021 et que j’ai commenté sur ce site. Il s’agit de DREAMWALKERS d’Alain Lafond. J’ai utilisé pour la présente, la version audio. Malheureusement, je l’ai trouvé terne et sans conviction. J’ai pu toutefois apprécier le texte. Mon opinion n’a pas changé. C’est génial. Aussi, je peux donc rappeler, en résumé, mes propos publiés en 2022 sur ce site.

Pour mieux saisir la pensée et l’esprit de l’auteur, imaginez un instant que, pendant votre sommeil paradoxal, vous ayez une parfaite maîtrise de vos rêves, que vous puissiez interagir avec votre environnement onirique, changer de décors à volonté, rencontrer des personnes, en inviter dans votre rêve et avoir avec elles des conversations intelligentes, cohérentes et complètes.

Dans un niveau plus avancé, imaginez maintenant que vous vous immiscer dans le rêve d’une autre personne pour discuter avec elle. Vous n’avez pas la maîtrise de son rêve mais vous pouvez l’influencer. Imaginez enfin que, dans un top niveau vous pouviez imposer votre volonté dans le rêve d’une autre personne par hypnose et que le tout se traduise dans la réalité. Au réveil vous vous souvenez évidemment de tout. Vous êtes alors un DREAMWALKER et vous pourriez être détenteur d’un pouvoir énorme allant jusqu’à la démesure.

Voyons maintenant l’histoire. Au début, Samuel ne sait pas qu’il est Dreamwalker, et de haut niveau encore. Il ne se rappelle pas non plus avoir éborgné un monstre dégénéré, Viktor Karloff afin de sauver la vie d’une petite fille. Depuis, Viktor élabore une vengeance sans pitié et tue d’abord Solange et c’est sans parler du sort qui attend Sam.

Karloff est un dreamwalker top-niveau dont la cruauté et la soif de pouvoir dépassent l’imagination. Un noyau de dreamwalkers intercepte à temps Sam qui apprendra alors la vérité sur sa nature et acceptera d’être formé et entraîné dans un but précis. Les Dreamwalkers veulent débarrasser la planète du pire danger qui la guette : la domination de Viktor Karloff.

La question qui se pose est celle-ci : Comment se protéger d’un ennemi qui nous traque jusque dans nos rêves ? Ce pavé de science-fiction et de fantastique m’a captivé. Il n’y avait qu’un pas à faire de l’auteur pour transformer cette histoire en récit d’horreur. Il s’en est bien gardé. L’univers onirique est complexe. Lafond a préféré donner un produit crédible d’une grande profondeur capable d’aller chercher le lecteur et lui donner de la matière à réfléchir et à se divertir.

Je vois les rêves autrement maintenant. Juste l’idée de les manipuler et d’importer leur influence dans la réalité me fait frémir. DREAMWALKERS est un récit de nature à triturer l’esprit. Il faut le lire avec une certaine ouverture.

Malheureusement, la version audio est un peu pénible, mais la plume est superbe. Il y a de l’intrigue, du rebondissement, de l’imagination, de l’originalité. J’ai trouvé un peu difficile de m’attacher aux personnages, plutôt froids et changeants mais une jeune femme du noyau DREAMWALKERS a mis une belle empreinte humaine sur le récit et j’en ai été satisfait.

La plume de Lafond est vive et énergique. Il m’a accroché dès le début.

Suggestion de lecture : RÊVES ET CAUCHEMARS, d’Alexandre Charbonneau

La série


L’auteur Alain Lafond

 
Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le dimanche 4 octobre 2026


10 nouvelles de Jack London

*Puis vint le moment de la course de cent yards jusqu’aux fenêtres de parchemin éclairées, synonyme de bonheur domestique, de poêle ronflant et de théière brûlante…La porte s’ouvrit d’un coup et un homme portant l’uniforme rouge vif de la police du nord-ouest s’avança… *

Extrait : 10 nouvelles de Jack London, version audio, Joyvox éditeur. Durée d’écoute, 8 heures 49 minutes. 595 Mo. Recueil de nouvelles.

 

L’univers grandiose de Jack

Les titres :

  • Une odyssée du Grand Nord
  • Au Sud de la fente
  • Un bon bifteck
  • L’Apostat
  • La Maison de Mapuhi
  • La descendance de McCoy
  • La Force des Forts
  • Keesh, fils de Keesh
  • Un canyon tout en or
  • L’amour de la vie

LES THÈMES DÉVELOPPÉS

Le Grand Nord

La survie

La lutte contre la nature

La misère humaine

L’aventure

La critique sociale.

La grande force du livre réside dans sa puissance narrative : London sait créer une tension immédiate et omniprésente. Les descriptions qu’il fait du froid, de la faim, de la fatigue, de la nature sont saisissantes. Le cadre est aussi impressionnant allant du grand nord aux îles du Pacifique. La plume de London est directe, efficace et fluide.

Notez toutefois que le ton parfois sombre : certaines nouvelles sont dures, voire cruelles. Aussi, les descriptions que London fait du froid, de la faim et de la survie en général sont souvent répétitives. L’ensemble est toutefois réaliste.

Notez aussi que ce recueil est très emblématique de l’œuvre de Jack London, auteur incontournable de la littérature d’aventure. S’y trouvent sa vision du monde, ses paysages de prédilections et par-dessus tout sa capacité à transformer des situations extrêmes en récits profondément humains. Les mêmes thèmes reviennent souvent d’une nouvelle à l’autre mais dans l’ensemble, ça m’a plu.

Suggestion de lecture : AU SUD DE NULLE PART, recueil de CHARLES BUKOVSKY


L’auteur Jack London (1876-1916)

 

Quelques livres de Jack London

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le dimanche 27 septembre 2026

Il a jamais tué personne mon papa

Commentaire sur le livre de
JEAN-LOUIS FOURNIER

*Un jour, il est rentré avec sa traction dans un
troupeau. Il a abîmé quelques moutons, mais
il a pas écrasé le berger, il s’est arrêté juste
avant. *
Extrait, IL A JAMAIS TUÉ PERSONNE
MON PAPA, Jean-Louis Fournier, Stock éditeur,
1999, 152 pages, format numérique pour la présente.

Il était docteur, le papa de Jean-Louis Fournier. Un drôle de docteur qui s’habillait comme un clochard, faisait ses visites en pantoufles et bien souvent ne demandait pas d’argent. Ses patients lui offraient un verre.
Il n’était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait trop bu ; il disait alors qu’il allait tuer sa femme. Un jour il est mort : il avait quarante-trois ans.
Longtemps après, son fils se souvient. À petites touches, en instantanés, il trace le portrait de ce personnage étonnant, tragique et drôle à la fois. Il a appris, en devenant grand, l’indulgence. Et qu’il ne faut pas trop en vouloir à ceux qui, plus fragiles, choisissent de « mauvais » moyens pour supporter l’insupportable.
Il en résulte un livre drôle et poignant qui a bouleversé des dizaines de milliers de lecteurs.

Des pages de vie
*On a tout essayé pour que papa ne boive
plus : des prières, des neuvaines, des
messes…on a même essayé un curé…*
(Extrait)

C’est un petit livre fait d’histoires très brèves qui sont autant de pans de la vie du docteur Fournier…des histoires racontées par son fils, Jean-Louis, avec toute la candeur qui caractérise habituellement les petits garçons. Le bon docteur soigne des gens qui le paient mal ou pas du tout mais qui lui offrent toujours à boire : *On essayait de le ranimer : la cousine lui mettait des glaçons sur la tête, maman lui faisait boire du café très fort, puis elle repartait au salon faire des sourires aux invités, leur dire que papa allait bientôt rentrer, et elle retournait à la cuisine s’occuper de lui. Finalement…Les invités ne s’étaient rendu compte de rien. Ils disaient à maman qu’il n’était pas étonnant de voir papa fatigué, avec le nombre de client qu’il avait ! * (Extrait)

Telle était la vie de la famille Fournier, une reconstruction quotidienne des apparences autour d’un homme pas méchant malgré ses allures parfois menaçantes, gauche, maladroit, parfois drôle mais pour des résultats finalement assez tristes. Mais de petite histoire en petite histoire, j’ai découvert qu’on ne pouvait pas vraiment en vouloir à cet homme singulier. J’ai été surtout ému par la bonne nature de ses enfants et le courage de la maman.

Cette succession de petits épisodes est une bonne idée. On peut se les imaginer comme des sketches, des instantanés de l’école de la vie avec des moments comportant parfois un certain humour mais générant aussi de la tristesse. Voilà…humour et tristesse qui se côtoient : *Je me souviens, un jour, ils ont été au cinéma…C’était docteur Jekyll et Mister Hyde…C’était l’histoire d’un docteur très gentil et très savant. Il travaillait dans la journée, mais le soir, il se transformait. Il devenait comme un monstre…Est-ce que maman, elle s’est rendu compte que c’était un peu l’histoire de papa ? * (Extrait)

Il faut sans doute bien connaître Jean-Louis Fournier pour comprendre le petit ton de dérision qui caractérise son recueil. Il a un sens de l’humour assez aiguisé, il ne craint pas la controverse. J’ai l’impression qu’il part du principe que le ridicule ne tue pas. Bien que ces textes autobiographiques font passer les lecteurs par une gamme d’émotions, j’ai senti, dans les propos de Jean-Louis Fournier davantage d’affection que d’amertume pour son père, un raté au grand cœur, gentil mais imprévisible. D’ailleurs il dit lui-même qu’il ne lui en veut pas et qu’il aurait aimé mieux le connaître.

J’ai donc passé un bon moment de lecture, qui a passé très vite évidemment. Autodérision, humour grinçant. Une histoire de résilience et d’acceptation. Je me suis longtemps demandé, après la lecture de ce livre, comment un homme aussi graffigné par la vie ait réussi à me faire rire des épreuves de la vie. Ça fait réfléchir. d’autant qu’effectivement le bon docteur Fournier n’a jamais tué personne…à une exception près…Quand son papa est mort à 43 ans, Jean-Louis en avait 15…

*Maintenant j’ai grandi, je sais que c’est difficile de vivre, et qu’il ne faut pas trop en vouloir à certains, plus fragiles, d’utiliser des « mauvais » moyens pour rendre supportable leur insupportable. * (Extrait)



Auteur prolifique, Jean-Louis Fournier a toujours su mêler humour, culture et sincérité. Fournier est un homme-orchestre mais c’est surtout son humour à la fois pétillant et touchant qui gagne le cœur du public. Avec ses essais humoristiques, Jean-Louis Fournier rencontre un succès immédiat. Par exemple, dans ARITHMÉTIQUE APPLIQUÉE ET IMPERTINENTE, il apprend au lecteur et à la lectrice à calculer le poids du cerveau d’un imbécile. Je souligne enfin la publication de deux ouvrages sur l’enfance de l’auteur. On sait que dans IL A JAMAIS TUÉ PERSONNE MON PAPA, il aborde l’alcoolisme de son père et OÙ ON VA PAPA qui lui vaut le prix FÉMINA 2008 pour une évocation émouvante du handicap de ses fils. Enfin, en 2013, il publie LA SERVANTE DU SEIGNEUR, sur la vocation religieuse de sa fille.

Suggestion de lecture du même auteur : LE C.V. DE DIEU

Quelques livres de l’auteur

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le dimanche 20 septembre 2026

Insaisissable

Commentaire sur le livre de
CATHERINE MCKENZIE

*J’écoute le rythme de la musique, et cette fois, il semble me bercer. Je suis presqu’endormie lorsque mon téléphone s’illumine sur la petite table, l’écran m’aveuglant tel un faisceau lumineux. Je le prends. Jessica deux m’a répondu. Son texto dit :
«Je suis insaisissable.»
Impossible de trouver le sommeil après ça.

Extrait : INSAISISSABLE, de Catherine Mckenzie. Édition de papier. Goélette éditeur, 2023, 496 pages.

Jessica Williams vient de perdre son emploi. Pour décanter la situation, elle décide de s’envoler vers une plage au Mexique. Alors qu’elle attend à l’aéroport, elle rencontre une autre Jessica Williams, qu’elle surnomme Jessica Deux. Amusées par la coïncidence, les deux femmes apprennent à se connaître et échangent leurs informations. De retour à New York, une semaine plus tard, la voyageuse découvre toutefois que son compte en banque a été dévalisé. Les caméras de surveillance confirment ses soupçons.

 La coupable est Jessica Deux. Frustrée devant l’impuissance de la police, la malheureuse est bien décidée à retrouver elle-même l’arnaqueuse. Or ses recherches lui apprennent qu’il existe des dizaines de personnes portant le même nom qu’elle. Comment repérer la bonne ? Convaincue de ne pas être la première victime de cette fraude, la jeune femme lance un appel à tous sur les réseaux sociaux. Très vite, des pistes surgissent. Mais les menaces ne se font pas attendre non plus.

 

Le chat et la souris

C’est un thriller aussi complexe que captivant. Voyons d’abord le résumé et l’environnement du roman.

Voici l’histoire d’une jeune journaliste, Jessica Williams, viré de son emploi pour plagia. C’est un détail important parce que ça va lui coller à la peau tout au long du récit. Jessica a été élevée dans une secte dont le gourou tordu appelé Todd appliquait des règles dures, bizarres et ritualistes. Ça aussi c’est important car, même mort, Todd est omniprésent dans l’histoire et fait partie d’un calcul extrêmement précis de l’autrice.

Enfin un dernier détail qui n’est pas le moindre, Jessica a été rescapé de la secte par un homme appelé Liam, également présent dans toute l’histoire et dont le rôle est capital.

Un jour, dans le bar d’un aéroport, dans ce qui a toutes les apparences d’un hasard, Jessica rencontre une autre Jessica Williams, même âge, née le même jour. Cette autre Jessica sera appelée dans le récit Jessica deux. Les deux filles s’amusent de cette coïncidence, font connaissance, échangent des informations. Les téléphones cellulaires se touchent. Jessica, version originale ne s’en aperçoit guère.

Quelques jours plus tard, Jessica se rend compte qu’elle a été arnaquée de plus de deux-cents mille dollars. Compte de banque vidé. Elle fait enquête, La coupable est la Jessica deux. Comme la police dit ne pouvoir rien faire, Jessica persévère et découvre que des dizaines de filles portent le même nom qu’elle. Elle part sur les pistes des Jessica Williams. En trouve trois autres. Ce qui nous amène à Jessica cinq.

Ici, l’autrice nous entraîne dans un redoutable jeu du chat et de la souris. Un jeu farci de rebondissements et de revirements dont au moin un fort dramatique qui m’a pris par surprise et m’a poussé à persévérer dans la compréhension de l’histoire avec toutes ces Jessica. Heureusement, Catherine McKenzie a un don exceptionnel pour amener les lecteurs à pénétrer l’esprit de ses personnages. À défaut de cette force, j’aurais avancé dans l’histoire comme dans une pinata.

C’est une histoire extrêmement intrigante, captivante, avec du mystère, de l’action, sans oublier un peu de matière à réflexion sur la fraude numérique et le vol d’identité qui font de plus en plus de victimes. Bien sûr j’ai eu l’impression d’avancer dans le noir plus qu’une fois mais l’autrice nous laisse des pistes qu’il faut savoir saisir au vol.

Le personnage central, la Jessica Williams originale est tout à fait fascinant car tout au long du récit, l’autrice l’a mise en phase de déprogrammation de son passé sectaire. On découvre graduellement toute l’influence que Todd a eu et a toujours dans sa vie, même s’il est mort (reste à savoir dans quelles circonstances). C’est ce que l’autrice appelle le TODDISME. Intéressant barbarisme.

Le seul irritant que je vais signaler ici tient au fait qu’un peu partout dans le récit, l’action est gelée, parfois sur un grand nombre de pages pour parler de Todd, de Liam, et d’un personnage que je vous laisserai découvrir et qui s’appelle Kiki qui a son rôle dans l’intrigue. Alors que le lecteur cherche à savoir qui est qui et comment se débrouille Jessica, temps mort pour parler du passé. C’est parfois irritant et ces intermèdes ont tendance à diluer l’intrigue. Ces intermèdes sont nécessaires pour la plupart. C’est la longueur qui est parfois exaspérante.

Sinon, c’est un roman fort, bien écrit. Un thriller bien dirigé.

Suggestion de lecture : TRAQUÉ, de Ludovic Esmes

De la même autrice


L’autrice Catherine Mckenzie


Bonne lecture
Claude Lambert
le mardi 15 septembre 2026

Martiens, go home

Commentaire sur le livre de
FREDRIC BROWN

*Mais tous, autant qu’ils étaient, se montraient acariâtres, arrogants, atrabilaires, barbares, bourrus, contrariants, corrosifs, déplaisants, diaboliques, effrontés, exaspérants, exécrables, féroces, fripons, glapissants, grincheux, grossiers, haïssables, hargneux, hostiles, injurieux, impudents, irascibles, jacasseurs, korriganesques. Ils étaient lassants, malfaisants, malhonnêtes, maussades, nuisibles, odieux, offensants, perfides, pernicieux, pervers, querelleurs, railleurs, revêches, ricanants, sarcastiques, truculents, ubiquistes, ulcérants, vexatoires, wisigothiques, xénophobes et zélés à la tâche de faire vaciller la raison de quiconque entrait en leur contact… *

Extrait MARTIENS, GO HOME! de Frederic Brown. Edition de papier : Folio éditeur, 2016, 224 pages (poche). Version audio : SonoBook éditeur 2006, durée d’écoute : 4 heures 22 minutes. Narrateurs : Victor Vestia, Antoine Blanquefort, Philippe Ledem, Sabrina Tassel.

La sf humoristique
ou le comique sans âge

1964 : Dans une région isolée de la Californie, Luke Devereaux, un auteur de science-fiction en mal d’inspiration s’isole dans une cabane pour affronter la page blanche. Soudain, il lui vint une idée mettant en scène des martiens. À ce moment précis, tout bascule. On frappe à la porte. Luke a la surprise de sa vie : un martien et il ne sait pas encore que les martiens envahissent la terre par millions, se répandant comme un virus et semant un indescriptible chaos.

Pour décrire les attributs de ces petits hommes verts, consultez la liste dans l’extrait au début de l’article. Exaspérants et exécrables sont mes descriptifs préférés mais tous les termes conviennent. Ces êtres sont invivables même s’ils ne sont pas violents. Luke voit ici la possibilité de relancer sa carrière d’écrivain dans un domaine littéraire redondant et essoufflé.

Pour des raisons que je vous laisse découvrir, il se produit comme une espèce de déclic qui a pour effet de forcer Luke à occulter toutes ces créatures et à en nier l’existence. Pourtant les martiens sont partout dans le monde et empoisonnent la vie de milliards de personnes.. Aussi Luke déclare tout le monde fou sauf lui. Le monde a un énorme problème et certains sont persuadés que seul Luke est capable de le régler.

Ce livre est en fait une parodie de science-fiction, un genre littéraire difficile à renouveler, à rafraîchir. Même si le livre a été publié en 1957 avec les réalités politiques et sociales de l’époque, l’histoire n’a pas vieilli et Brown s’amuse à jeter sur la Société un regard humoristique quoique parfois caustique. Et cette critique des tendances humaines s’appliquerait encore aujourd’hui je crois.

Ce petits hommes verts prétentieux, grossiers et cabochards sont les instruments de Brown pour mettre à mal l’humanité et viser malicieusement les sempiternels clichés qui caractérisent la science-fiction, largement amplifiés par le cinéma mais surtout, et c’est là que le livre m’a vraiment accroché, le récit met en perspective l’extraordinaire pouvoir de l’imagination d’un écrivain, les mécanismes de sa pensée, l’exploitation poussée d’une idée brute au départ.

L’ouvrage est loin d’être un manifeste de psychologie mais il pose des questions intéressantes. Par exemple, quelle est la nécessité pour les gouvernements de garder secrètes certaines choses. Est-ce que toutes vérités sont bonnes à dire. Il y a là-dessus, un passage très explicite dans le livre. Il y en a au moins un qui donne le tournis :

*Ah ! oui, si quelqu’un dit qu’il peut mentir et ne ment pas en disant cela, alors il peut effectivement mentir ; mais dans ce cas, il ment peut-être en affirmant qu’il peut mentir, et alors il ne peut pas mentir ; et s’il ne peut pas, il est impossible qu’il ait menti en disant qu’il pouvait mentir… *

C’est un roman amusant dans lequel Brown tourne tout en dérision. Ça m’a plu. C’est bien ficelé. Je l’avoue *les bibittes vertes* m’ont porté sur les nerfs mais c’est en accord avec les principes de la parodie et de la dérision. Pas de doute. Le récit est en équilibre et la finale, un peu spéciale est cohérente.

Un excellent divertissement, encore très actuel.

Suggestion de lecture : CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE, de R.C. Wagner



Images de l’adaptation cinématographique du livre MARTIENS, GO HOME! une comédie de science-fiction sortie en 1990 mettant en vedette Randy Quaid, réalisée par David Odell


L’auteur Frederic Brown

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 23 août 2026

DISPARITION, Nicolas Nutten

*Dans la même seconde, le système d’urgence se déclencha et actionna les freins pour immobiliser la rame au plus vite. La puissance du freinage fit tomber plusieurs personnes à la renverse. Des cris de stupeur fusèrent des quatre coins du wagon.

Les néons du plafonnier vacillèrent donnant à la scène un côté apocalyptique. Les voyageurs s’accrochaient à ce qu’ils pouvaient, muscles tendus, mâchoires crispées, se préparant à un impact imminent. Durant une poignée de secondes d’éternité, tout le monde retint son souffle… *

Extrait : DISPARITION, de Nicolas Nutten. Formats papier et numérique : Les Nouveaux auteurs éditeur, 2020, 387 et 333 pages pages. Version audio : Audible studios éditeur, 2021, durée d’écoute 9 heures 24, narrateur : Stephane Ronchewski.


Paris 31 juillet 2018. La canicule a transformé la capitale en fournaise et les couloirs du métro en étuve. Un incident sur la ligne 1 contraint une rame à s’arrêter en urgence entre deux stations, prenant au piège des dizaines de passagers. Lors de l’évacuation de ces derniers, Célia n’atteindra jamais le quai de la station suivante. Comme happée par l’obscurité des tunnels, elle semble s’être volatilisée.

Malgré le peu d’indices dont il dispose, Maxime, son compagnon, se lance à sa recherche dans une course infernale où les secrets et les doutes l’entraîneront vers un univers macabre et dangereux…

 

Suspense en profondeur

Incident sur une ligne de métro parisienne : une rame doit s’arrêter d’urgence, au beau milieu d’un tunnel opaque, prenant tous les passagers au piège. Pendant l’évacuation, Célia est séparé de son compagnon Maxime mais ce dernier s’en aperçoit un peu tard. Il ne réussit pas à la retrouver. Il doit se rendre à l’évidence, Célia a disparu.

Refusant d’admettre l’inadmissible, Maxime décide de partir à sa recherche mais pour cela, il doit retourner sur les lieux de l’incident dans le tunnel obscur du métro. Il n’y a qu’un seul moyen d’y arriver : passer par les célèbres catacombes de Paris. Mais c’est risqué., très dangereux. Il y aurait laissé sa peau n’eut été de Chloé qui le sauve et devient son alliée. Maxime sera aussi aidé par un cataphile.

Dans cette quête serrée, Maxime ira de découverte en découverte. Il comprendra entre autres que Célia n’est peut-être pas celle qu’il croit connaître. La croisade de Maxime devient un chassé-croisé, un redoutable jeu du chat et de la souris contre des ennemis qui n’entendent pas à rire. Mais qui est donc Célia et où est-elle ?

C’est vraiment un thriller psychologique et il démarre sur des chapeaux de roue. L’intrigue s’installe de façon spectaculaire et tient en haleine jusqu’à la fin. L’enquête policière vient au second plan. La plume est efficace. Si, pendant l’avancée de Maxime dans les catacombes, j’ai eu l’impression de manquer d’air, c’est que l’auteur a trouvé le ton juste.

C’est une histoire violente. Beaucoup plus que le laisse croire le quatrième de couverture. Je n’ai pas ressenti l’enthousiasme de la masse critique dans son ensemble. C’est un bon suspense mais je n’ai pas été impressionné par son intensité dramatique. Toutefois, la visite des catacombes a été pour moi une révélation.

C’est vraiment la partie anxiogène du roman. Des kilomètres de couloirs bas, étroits, mal éclairés ou pas du tout. Outre les cataphiles, on y trouve des trafiquants, des voleurs, des sans-abris…tous protègent jalousement leur petit territoire obscur. C’est génial de voir évoluer Maxim dans ce labyrinthe inquiétant.

Pour ce qui est de Célia, c’est le cœur de l’intrigue. Tout le monde courre après. Son sort sera connu dans une finale assez ordinaire. Étrangement, le personnage le mieux travaillé selon moi est Chloé celle qui apparaît dans les catacombes comme un diable sorti d’une boîte pour prendre Maxime sous son aile. C’est un peu facile mais la suite en vaut la peine.

C’est un très bon suspense même si la critique dithyrambique qui l’entoure me semble un peu surdimensionné. Le livre mérite probablement son *prix du suspense 2020* mais le terme *bluffant* utilisé par l’auteur Jérôme Minier pour le décrire est peut-être un peu exagéré.

Suggestion de lecture : PARIS BRÛLERA-T-IL ? d’Éric Robinne


L’auteur Nicolas Nutten

 

DU  MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le mercredi 2 septembre 2026

 

MEMORY, Arnaud Delalande

Ils se souviennent parfaitement de leur vie jusqu’à leur accident, du nom de leur maitresse en maternelle, de la couleur de leurs chaussures à sept ans… Mais après, c’est la page blanche. Au bout de trois, cinq, six minutes, jamais plus, leur mémoire s’efface. Elle coule comme du sable. Et c’est implacable. Ici, nous leur offrons un accompagnement personnalisé. Le personnel s’appelle Memory, et les patients… nos Dory.

Extrait : MEMORY, d’Arnaud Delalande. Format papier : Cherche midi éditeur, 2020. 320 pages. Version audio, Lizzie éditeur 2022, durée d’écoute : 7 heures 43 minutes. Narratrice : Clémentine Domptail. Édition numérique : Cherche midi éditeur, 2021, 303 pages.

Un mort sous huit paire d’yeux

Dans une clinique spécialisée totalement isolée, lors d’une fête, un patient est retrouvé pendu. Le drame a les apparences d’un suicide mais il se trouve que ça pourrait bien être un meurtre déguisé. Un mort, huit témoins, un huis-clos. L’affaire ne semble pas aussi simple qu’elle en a l’air car les témoins souffrent d’amnésie antérograde, leur mémoire se limitant à environ six minutes.

C’est une histoire étrange qui représente un défi intellectuel intéressant pour les lecteurs et lectrices parce que la clé de l’énigme se trouve dans la mémoire de personnes amnésiques. Si ça se trouve, un patient pourrait très bien ignorer sincèrement avoir commis un meurtre. Quoiqu’il en soit, ce sera un vrai casse-tête pour l’inspectrice Jeanne Ricoeur.

Ce récit est chargé d’irritants. D’abord, son développement est d’une lenteur exaspérante. Même l’introduction ne finit pas de finir et pourrait pousser certains lecteurs à fermer le livre. Ensuite, j’ai trouvé que l’aspect médical n’a été qu’effleuré et mal inséré dans l’histoire qui devient plus difficile à suivre. Pour cette raison, j’ai eu de la difficulté à entrer dans cette histoire mais il y a pire.

Je n’ai pas pu m’attacher vraiment à l’inspectrice Jeanne Ricoeur, personnage froid continuellement rattrapée par son passé : retirée à ses parents à 3 ans, adoptée par la suite, adolescence difficile, problèmes d’alcool, et elle est maintenant en deuil de son père adoptif. C’est lourd, long et rasant.

Je me suis souvent exprimé sur ce site à propos de cette tendance des auteurs de romans policiers à surexposer les états d’âme de leurs héros policiers et les forcer à traîner leur passé comme un boulet de forçat. Il arrive que ce soit intéressant si ce n’est pas surdéveloppé mais j’ai souvent eu l’impression que les auteurs procédaient à du remplissage.

Et c’est encore plus compliqué dans le cas de Jeanne, car elle est menacée de mort dans cette histoire. Ça ajoute à la complexité du récit qui reste malgré tout sans saveur, sans suspense et malheureusement, l’élément-clé de cette histoire, rien de moins que la mémoire, est tristement sous-développé.

Il y a malgré tout des points intéressants auxquels on peut s’accrocher. L’intrigue est là. Comme je l’ai mentionné d’entrée de jeu, cette histoire est un beau défi pour la logique et qui tient le lecteur dans le coup. Le sujet est original.

J’ai trouvé aussi intéressant ce petit paradoxe qui s’est installé dans le récit et qui a été bien maîtrisé par l’auteur : la policière qui cherche à oublier son passé et qui se retrouve au milieu d’acteurs qui cherchent à se rappeler…le présent. C’est une mise en abîme qui s’imprègne efficacement dans l’ensemble du récit.

Enfin, MEMORY est un huis-clos qui pousse à la réflexion sur le fonctionnement de la mémoire et sur ce qui peut nous arriver le jour où elle nous manquera totalement. Ça pousse aussi à l’empathie.

Suggestion de lecture : CYANURE, de Camilla Läckberg


L’auteur Arnaud Delalande

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 22 août 2026

DEMAIN, Guillaume Musso

*Le vendeur lui tendit l’ordinateur qu’il venait d’emballer
dans son carton d’origine…Alors qu’ils rejoignaient
Boston, coincés dans les embouteillages, il ne se doutait
pas que l’achat qu’il venait de faire allait changer sa vie
à tout jamais. *
(Extrait : DEMAIN, Guillaume Musso, XO
éditeur 2013, édition de papier, 430 pages, liste de références

 

Emma vit à New York. À 32 ans, elle continue à chercher l’homme de sa vie. Matthew habite Boston. Il a perdu sa femme dans un terrible accident et élève seul sa petite fille.
Ils font connaissance grâce à Internet et, désireux de se rencontrer, se donnent bientôt rendez-vous dans un restaurant de Manhattan. Le même jour à la même heure, ils poussent chacun à leur tour la porte de l’établissement, sont conduits à la même table et pourtant… ils ne se croiseront jamais. Jeu de mensonges ? Fantasme de l’un ? Manipulation de l’autre ?
Victimes d’une réalité qui les dépasse, Matthew et Emma vont rapidement se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un simple rendez-vous manqué…

Les suites de l’improbable
*On ne peut pas liquider les souvenirs d’un simple coup de balai.
 Ils restent en nous, tapis dans l’ombre, guettant le moment
où l’on baissera la garde pour ressurgir avec une force décuplée. *
(Extrait)

Les acteurs :

-Mathew Shapiro, professeur de philosophie, veuf et père d’une petite fille de quatre ans. Mathew évolue en 2011.
-Kate Shapiro, épouse de Mathew, morte dans un accident pendant le *décalage* entre 2010 et 2011.
-Emma Lovenstein, sommelière de réputation, à la recherche de l’homme idéal. Elle évolue en 2010 mais reçoit un premier message de Mathew, daté d’un an plus tard.,

L’histoire repose sur une improbabilité, un phénomène inexplicable que les passionnés de science-fiction appelleraient sans doute une distorsion ou une faille temporelle :

*Tout concourait à lui faire croire à l’incroyable : grâce à cet ordinateur, il pouvait entrer en contact avec une femme, aujourd’hui décédée, qui recevait ses messages alors qu’elle vivait un an plus tôt. Comment était-ce possible ? Il ne se l’expliquait pas mais il pouvait d’ores et déjà dégager quelques règles :

1- Emma Lovenstein reçoit mes messages avec un décalage d’un an jour pour jour.

2- L’ordinateur que j’ai acheté à la brocante est notre unique moyen de communication. (Extrait)

C’est le meilleur livre de Guillaume Musso que j’ai lu jusqu’à maintenant. J’aurais pu le considérer comme un chef d’œuvre si je n’avais pas fortement ressenti un vide dans le lien de cause à effet.

Mathew vit en 2011, Emma vit en 2010. Les deux communiquent par ordinateur interposé. Aucune explication ni hypothèse sur ce phénomène extraordinaire. Pour moi c’est la principale faiblesse de l’histoire et pourtant, tout découle de ce phénomène car tout peut se produire dans un décalage d’un an, y compris la mort. On en vient à se demander si on doit vivre pour mourir, ou mourir pour vivre. Il faut lire attentivement pour comprendre, mais ça se lit assez bien.

Musso en profite donc pour introduire dans ce *décalage temporel* une puissante intrigue. En effet, Mathew tient là une occasion unique de sauver la vie de son épouse défunte. Emma, elle entreprend une enquête, aidée par un jeune génie de l’informatique. Ses découvertes font frémir et laissent à penser que Mathew connaissait bien mal sa femme.

Cette histoire n’est pas sans rappeler le film ENTRE DEUX RIVES, d’Alejandro Agresti, sorti en 2006, avec Keanu Reeves et qui raconte une histoire d’amour à travers le temps.

DEMAIN est une histoire aussi captivante qu’incroyable, issue du *scientifiquement impossible* mais fignolée d’une façon brillante et extrêmement serrée. Je suis sensible à ce genre de récit car le temps est mon thème préféré en science-fiction.

C’est donc bien écrit, bien développé avec une finale surprenante qui vient raccorder d’une certaine façon deux bouts du temps. L’histoire est originale mais repose davantage sur l’informatique que sur l’instinct et la psychologie des personnages.

Il y a bien quelques aberrations, mais elles sont inévitables dans ce genre d’histoire. J’aurais simplement souhaité que l’auteur *s’essaie* à une tentative d’explication de l’inexplicable. Mon bonheur de lire ce livre aurait été ainsi parfait.

Suggestion de lecture, du même auteur : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT

Romancier français né en 1974 à Antibes, Guillaume Musso est l’auteur le plus vendu en France. Écrivain prolifique, il sort chaque année un nouveau roman qui atteint directement le top des ventes. Traduit en 40 langues, il est également l’un des auteurs français les plus lus à l’étranger. Jonglant avec les genres, Guillaume Musso est un auteur qui se distingue pour son sens du suspense et son style très cinématographique.

Si ses romans se rapprochent du thriller, ils font également la part belle à l’amour et aux sentiments. Grand fan de Stephen King depuis son adolescence, Guillaume Musso aime également glisser des éléments surnaturels dans ses ouvrages, comme dans Sauve-Moi, Parce que je t’aime ou Je reviens te chercher. Au fil des années, il semble toutefois mettre de côté le fantastique pour se rapprocher davantage du polar.  Pour en savoir plus sur Guillaume Musso, cliquez ici.

 

Du même auteur…quelques suggestions

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 16 août 2026

Chroniques martiennes

Commentaire sur le livre de
RAY BRADBURY

*-Nous ne ruinerons pas Mars, dit le capitaine. C’est un monde trop vaste et trop intéressant.
-Vous croyez ça ? Nous autre, gens de la Terre, avons un talent tout spécial pour abîmer les grandes et belles choses. *

Extrait : CHRONIQUES MARTIENNES, de Ray Bradbury. Édition de papier : Recueil de nouvelles de science-fiction publié pour la première fois aux États-Unis en 1950 chez Doubleday. Il est publié en France aux éditions Denoël en 1954 dans la collection « Présence du futur » dont il est le premier numéro.  320 pages. Format numérique : Denoël éditeur, 2023, 315 pages. Version audio : Thélème éditeur, 2016, durée d’écoute : 10 heures 6 minutes. Narrateur : Hugo Becker.


INDÉMODABLE, IMMORTEL

Ce livre est un chef d’œuvre, issu d’une plume au style remarquable. LES CHRONIQUES MARTIENNES est un recueil de nouvelles qui peuvent se lire indépendamment mais qui sont toutes reliées entre elles par le thème qu’elles développent et qui vient me conforter dans l’idée que je me fais depuis longtemps de la nature humaine, à savoir que l’être humain ne changera jamais peu importe où on l’installera. Là est tout le génie de Bradbury, dépoussiérer un sujet vieux comme le monde, le revamper, le présenter sous un angle différent.

Voyons d’abord le contexte. Dans les années 2030, les premiers colons terriens débarquent sur la planète mars. Ce sera le début de la fin pour la très ancienne civilisation martienne déjà sur le déclin. Elle finira par disparaître devant l’arrivée massive des humains. Appelés à la guerre sur leur planète d’origine, les terriens quittent Mars à l’exception d’une poignée d’entre eux. Inutile de dire que Mars est ravagée. L’histoire de l’humanité est remplie des horreurs de la colonisation.

L’idée des l’auteur était de s’exprimer autrement sur un des thèmes les plus courants de la littérature de science-fiction. Quitter la terre, s’installer sur une autre planète, terraformer, coloniser et surtout, y aller avec l’idée de partir à zéro, sur de nouvelles bases en ne répétant aucune des erreurs humaines commises sur la terre au cours de son histoire. Est-ce possible ? C’est l’objet réel de la réflexion que nous propose Ray Bradbury.

L’auteur se garde bien de classer CHRONIQUES MARTIENNES comme un livre de science-fiction. Pour lui, ces chroniques sont de la mythologie à l’état pur. Il n’utilise pas non plus le terme *anticipation* mais je n’ai pu faire autrement que de la ressentir compte tenu entre autres de l’années où le livre a été publié : 1954. Ce livre n’a pas pris une ride et demeure un grand classique d’une brûlante actualité.

Mes préférées

Ma nouvelle préférée est USHER II, un magnifique clin d’œil à un de mes auteurs préférés, Edgar Allan Poe. La nouvelle fait référence à LA CHUTE DE LA MAISON USHER de Poe, publié en 1839.

Imaginez que sur mars, un excentrique décide de reproduire exactement la Maison Usher imaginée par Edgar Poe et ce, dans les moindres détails. Un endroit sinistre, glauque, lugubre et dans laquelle il prépare un destin très singulier à des invités de marque :

*Des personnages éminents, éminentissimes, du premier au dernier, membres de la Société pour la répression de l’imaginaire, partisans de l’abolition d’Halloween,… tueurs de chauve-souris, brûleurs de livre,… des gens très bien qui avaient attendu que les rudes pionniers aient enterré les martiens, nettoyé leurs cités, construit des villes… *

De plus, j’ai clairement reconnu dans cette nouvelle la semence d’un livre qui paraîtra un an après CHRONIQUES MARTIENNES, l’immortel FARENHEIT 451. Dans USHER II, j’ai pu constater le sens aigu de l’anticipation de Bradbury qui donne une place importante à l’intelligence artificielle.

Enfin, j’ai particulièrement apprécié la nouvelle LES BALLONS DE FEU qui met en scène des prêtres venus *apporter le bon Dieu sur Mars*, dont le Père Peregrine qui s’interroge sur la nature des péchés sur les autres mondes. Le dialogue entre les hommes d’église et les martiens est tout à fait savoureux. Je vous laisse découvrir par vous-même l’utilité d’une telle démarche.
Ça vous fera d’ailleurs beaucoup de surprises à découvrir.

Divertissant, original, porteur de réflexion et d’émotion, avec, soit dit en passant des martiens sympathiques et attachants, héritiers d’une bonne nature, CHRONIQUES MARTIENNES de Ray Bradbury restera pour moi un livre inoubliable.

Suggestion de lecture, du même auteur FAHRENHEIT 451


L’auteur Ray Bradbury

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 9 août 2026

 

NOYADE, André Mathieu

*Et pourtant, dans la tour du coin de sa chambre, Stéphanie contemplait la nuit monstrueuse qui eût pu redonner vie à tous les morts du cimetière si tant est qu’un docteur Frankenstein ait manipulé les courants électriques et les cerveaux de la manière appropriée. *

Extrait : NOYADE, d’André Mathieu. Format numérique, Les Éditions Coup d’œil, 2021, 334 pages, 1230 kb. Édition de papier : 1ère édition, Les éditions Nathalie, 1998, rééd. : Les Éditions Coup d’œil 2021, 403 pages.

À l’aube des années 2000, Marilou Forest, une adolescente que les épreuves ont fait vieillir avant le temps, se voit obligée de suivre sa mère, récemment divorcée, dans sa ville natale. Un retour aux sources qu’elles espèrent toutes les deux être l’occasion d’un nouveau départ.

Cependant, aussitôt engagée au McDo pour un emploi d’été, Marilou rencontre Stéphanie « Toupette » Lavigne, dont l’exubérance ne laisse présager aucun répit. C’est sans compter Sandra, Jonathan, Danny, Jérôme… La jeune fille devra décider si elle fera entrer dans sa nouvelle vie cette bande de personnages hauts en couleur, au risque de révéler ses blessures et de découvrir celles des autres.

 

La densité de l’adolescence

C’est une histoire triste mais tellement bien écrite. Elle m’a sensibilisé sur une période fragile et délicate de la vie : l’adolescence, un passage où tout est remis en question, où le besoin d’amour et de reconnaissance se manifeste avec force. Adolescence en mal de vivre qui doit affronter tous les problèmes induits par le réveil hormonal.

André Mathieu décrit avec beaucoup de sensibilité cette période phare de la vie. Il a beaucoup investi dans ses personnages en créant une intimité, pas seulement entre eux mais avec les lecteurs.

On suit Marilou Forest, une adolescente en deuil de son petit ami et qui revient aux sources avec sa mère. C’est par sa bouche que l’auteur déploie toute sa poésie. Notre héroïne sera par moment mise dans l’ombre par Stéphanie Lavigne, une jeune fille exubérante, extravertie, bavarde, fille à papa et qui manifeste un sérieux penchant pour l’alcool.

Il serait faux de dire, d’après moi, que les autres personnages sont secondaires. Danny, Jérôme, Sandra et Jonathan, forment, avec Marilou et Stéphanie un clan lié par une force indéfinissable qui subira la fureur du destin.

Je ne peux pas dévoiler ce qui les attend mais je vous invite à plonger dans cette histoire touchante et émouvante. Ce que je peux dire, c’est que les jeunes seront confrontés à l’amour, la mort, l’opposition sociale et l’étroitesse d’esprit de beaucoup d’adultes. Vous risquez d’être surpris, comme moi, du discours insignifiant fait par le père de Stéphanie alors que tout le monde était réuni dans son sous-sol.

Cette histoire pousse à une profonde réflexion sur le sens de la vie et de la mort aussi car le récit est assombri par une tentative de suicide et pas seulement. Elle fait aussi réfléchir sur les étapes qui conduisent inexorablement à l’alcoolisme. J’ai découvert des jeunes profondément attachant manifestant un besoin parfois désespéré de reconnaissance, d’empathie.

NOYADE est une ode chargée d’émotion et empreinte d’une poésie chaude et qui parle fort. J’ai beaucoup aimé cette histoire centrée sur deux jeunes filles que tout oppose mais qui sont beaucoup plus rassembleuses qu’elles ne le croient.

C’est un drame humain, bien bâti et développé, fort sur le plan psychologique avec des personnages qui pourraient être nos enfants, nos amis, nos frères, nos sœurs… Cette histoire, issue d’une plume exceptionnelle nécessite une bonne ouverture d’esprit. Je recommande chaleureusement NOYADE.

Suggestion de lecture : ANNA ET L’ENFANT-VIEILLARD de Francine Ruel


L’auteur André Mathieu

 DU MÊME AUTEUR


BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le samedi 8 août 2026