Insaisissable

Commentaire sur le livre de
CATHERINE MCKENZIE

*J’écoute le rythme de la musique, et cette fois, il semble me bercer. Je suis presqu’endormie lorsque mon téléphone s’illumine sur la petite table, l’écran m’aveuglant tel un faisceau lumineux. Je le prends. Jessica deux m’a répondu. Son texto dit :
«Je suis insaisissable.»
Impossible de trouver le sommeil après ça.

Extrait : INSAISISSABLE, de Catherine Mckenzie. Édition de papier. Goélette éditeur, 2023, 496 pages.

Jessica Williams vient de perdre son emploi. Pour décanter la situation, elle décide de s’envoler vers une plage au Mexique. Alors qu’elle attend à l’aéroport, elle rencontre une autre Jessica Williams, qu’elle surnomme Jessica Deux. Amusées par la coïncidence, les deux femmes apprennent à se connaître et échangent leurs informations. De retour à New York, une semaine plus tard, la voyageuse découvre toutefois que son compte en banque a été dévalisé. Les caméras de surveillance confirment ses soupçons.

 La coupable est Jessica Deux. Frustrée devant l’impuissance de la police, la malheureuse est bien décidée à retrouver elle-même l’arnaqueuse. Or ses recherches lui apprennent qu’il existe des dizaines de personnes portant le même nom qu’elle. Comment repérer la bonne ? Convaincue de ne pas être la première victime de cette fraude, la jeune femme lance un appel à tous sur les réseaux sociaux. Très vite, des pistes surgissent. Mais les menaces ne se font pas attendre non plus.

 

Le chat et la souris

C’est un thriller aussi complexe que captivant. Voyons d’abord le résumé et l’environnement du roman.

Voici l’histoire d’une jeune journaliste, Jessica Williams, viré de son emploi pour plagia. C’est un détail important parce que ça va lui coller à la peau tout au long du récit. Jessica a été élevée dans une secte dont le gourou tordu appelé Todd appliquait des règles dures, bizarres et ritualistes. Ça aussi c’est important car, même mort, Todd est omniprésent dans l’histoire et fait partie d’un calcul extrêmement précis de l’autrice.

Enfin un dernier détail qui n’est pas le moindre, Jessica a été rescapé de la secte par un homme appelé Liam, également présent dans toute l’histoire et dont le rôle est capital.

Un jour, dans le bar d’un aéroport, dans ce qui a toutes les apparences d’un hasard, Jessica rencontre une autre Jessica Williams, même âge, née le même jour. Cette autre Jessica sera appelée dans le récit Jessica deux. Les deux filles s’amusent de cette coïncidence, font connaissance, échangent des informations. Les téléphones cellulaires se touchent. Jessica, version originale ne s’en aperçoit guère.

Quelques jours plus tard, Jessica se rend compte qu’elle a été arnaquée de plus de deux-cents mille dollars. Compte de banque vidé. Elle fait enquête, La coupable est la Jessica deux. Comme la police dit ne pouvoir rien faire, Jessica persévère et découvre que des dizaines de filles portent le même nom qu’elle. Elle part sur les pistes des Jessica Williams. En trouve trois autres. Ce qui nous amène à Jessica cinq.

Ici, l’autrice nous entraîne dans un redoutable jeu du chat et de la souris. Un jeu farci de rebondissements et de revirements dont au moin un fort dramatique qui m’a pris par surprise et m’a poussé à persévérer dans la compréhension de l’histoire avec toutes ces Jessica. Heureusement, Catherine McKenzie a un don exceptionnel pour amener les lecteurs à pénétrer l’esprit de ses personnages. À défaut de cette force, j’aurais avancé dans l’histoire comme dans une pinata.

C’est une histoire extrêmement intrigante, captivante, avec du mystère, de l’action, sans oublier un peu de matière à réflexion sur la fraude numérique et le vol d’identité qui font de plus en plus de victimes. Bien sûr j’ai eu l’impression d’avancer dans le noir plus qu’une fois mais l’autrice nous laisse des pistes qu’il faut savoir saisir au vol.

Le personnage central, la Jessica Williams originale est tout à fait fascinant car tout au long du récit, l’autrice l’a mise en phase de déprogrammation de son passé sectaire. On découvre graduellement toute l’influence que Todd a eu et a toujours dans sa vie, même s’il est mort (reste à savoir dans quelles circonstances). C’est ce que l’autrice appelle le TODDISME. Intéressant barbarisme.

Le seul irritant que je vais signaler ici tient au fait qu’un peu partout dans le récit, l’action est gelée, parfois sur un grand nombre de pages pour parler de Todd, de Liam, et d’un personnage que je vous laisserai découvrir et qui s’appelle Kiki qui a son rôle dans l’intrigue. Alors que le lecteur cherche à savoir qui est qui et comment se débrouille Jessica, temps mort pour parler du passé. C’est parfois irritant et ces intermèdes ont tendance à diluer l’intrigue. Ces intermèdes sont nécessaires pour la plupart. C’est la longueur qui est parfois exaspérante.

Sinon, c’est un roman fort, bien écrit. Un thriller bien dirigé.

Suggestion de lecture : TRAQUÉ, de Ludovic Esmes

De la même autrice


L’autrice Catherine Mckenzie


Bonne lecture
Claude Lambert
le mardi 15 septembre 2026

MEMORY, Arnaud Delalande

Ils se souviennent parfaitement de leur vie jusqu’à leur accident, du nom de leur maitresse en maternelle, de la couleur de leurs chaussures à sept ans… Mais après, c’est la page blanche. Au bout de trois, cinq, six minutes, jamais plus, leur mémoire s’efface. Elle coule comme du sable. Et c’est implacable. Ici, nous leur offrons un accompagnement personnalisé. Le personnel s’appelle Memory, et les patients… nos Dory.

Extrait : MEMORY, d’Arnaud Delalande. Format papier : Cherche midi éditeur, 2020. 320 pages. Version audio, Lizzie éditeur 2022, durée d’écoute : 7 heures 43 minutes. Narratrice : Clémentine Domptail. Édition numérique : Cherche midi éditeur, 2021, 303 pages.

Un mort sous huit paire d’yeux

Dans une clinique spécialisée totalement isolée, lors d’une fête, un patient est retrouvé pendu. Le drame a les apparences d’un suicide mais il se trouve que ça pourrait bien être un meurtre déguisé. Un mort, huit témoins, un huis-clos. L’affaire ne semble pas aussi simple qu’elle en a l’air car les témoins souffrent d’amnésie antérograde, leur mémoire se limitant à environ six minutes.

C’est une histoire étrange qui représente un défi intellectuel intéressant pour les lecteurs et lectrices parce que la clé de l’énigme se trouve dans la mémoire de personnes amnésiques. Si ça se trouve, un patient pourrait très bien ignorer sincèrement avoir commis un meurtre. Quoiqu’il en soit, ce sera un vrai casse-tête pour l’inspectrice Jeanne Ricoeur.

Ce récit est chargé d’irritants. D’abord, son développement est d’une lenteur exaspérante. Même l’introduction ne finit pas de finir et pourrait pousser certains lecteurs à fermer le livre. Ensuite, j’ai trouvé que l’aspect médical n’a été qu’effleuré et mal inséré dans l’histoire qui devient plus difficile à suivre. Pour cette raison, j’ai eu de la difficulté à entrer dans cette histoire mais il y a pire.

Je n’ai pas pu m’attacher vraiment à l’inspectrice Jeanne Ricoeur, personnage froid continuellement rattrapée par son passé : retirée à ses parents à 3 ans, adoptée par la suite, adolescence difficile, problèmes d’alcool, et elle est maintenant en deuil de son père adoptif. C’est lourd, long et rasant.

Je me suis souvent exprimé sur ce site à propos de cette tendance des auteurs de romans policiers à surexposer les états d’âme de leurs héros policiers et les forcer à traîner leur passé comme un boulet de forçat. Il arrive que ce soit intéressant si ce n’est pas surdéveloppé mais j’ai souvent eu l’impression que les auteurs procédaient à du remplissage.

Et c’est encore plus compliqué dans le cas de Jeanne, car elle est menacée de mort dans cette histoire. Ça ajoute à la complexité du récit qui reste malgré tout sans saveur, sans suspense et malheureusement, l’élément-clé de cette histoire, rien de moins que la mémoire, est tristement sous-développé.

Il y a malgré tout des points intéressants auxquels on peut s’accrocher. L’intrigue est là. Comme je l’ai mentionné d’entrée de jeu, cette histoire est un beau défi pour la logique et qui tient le lecteur dans le coup. Le sujet est original.

J’ai trouvé aussi intéressant ce petit paradoxe qui s’est installé dans le récit et qui a été bien maîtrisé par l’auteur : la policière qui cherche à oublier son passé et qui se retrouve au milieu d’acteurs qui cherchent à se rappeler…le présent. C’est une mise en abîme qui s’imprègne efficacement dans l’ensemble du récit.

Enfin, MEMORY est un huis-clos qui pousse à la réflexion sur le fonctionnement de la mémoire et sur ce qui peut nous arriver le jour où elle nous manquera totalement. Ça pousse aussi à l’empathie.

Suggestion de lecture : CYANURE, de Camilla Läckberg


L’auteur Arnaud Delalande

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 22 août 2026

DEMAIN, Guillaume Musso

*Le vendeur lui tendit l’ordinateur qu’il venait d’emballer
dans son carton d’origine…Alors qu’ils rejoignaient
Boston, coincés dans les embouteillages, il ne se doutait
pas que l’achat qu’il venait de faire allait changer sa vie
à tout jamais. *
(Extrait : DEMAIN, Guillaume Musso, XO
éditeur 2013, édition de papier, 430 pages, liste de références

 

Emma vit à New York. À 32 ans, elle continue à chercher l’homme de sa vie. Matthew habite Boston. Il a perdu sa femme dans un terrible accident et élève seul sa petite fille.
Ils font connaissance grâce à Internet et, désireux de se rencontrer, se donnent bientôt rendez-vous dans un restaurant de Manhattan. Le même jour à la même heure, ils poussent chacun à leur tour la porte de l’établissement, sont conduits à la même table et pourtant… ils ne se croiseront jamais. Jeu de mensonges ? Fantasme de l’un ? Manipulation de l’autre ?
Victimes d’une réalité qui les dépasse, Matthew et Emma vont rapidement se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un simple rendez-vous manqué…

Les suites de l’improbable
*On ne peut pas liquider les souvenirs d’un simple coup de balai.
 Ils restent en nous, tapis dans l’ombre, guettant le moment
où l’on baissera la garde pour ressurgir avec une force décuplée. *
(Extrait)

Les acteurs :

-Mathew Shapiro, professeur de philosophie, veuf et père d’une petite fille de quatre ans. Mathew évolue en 2011.
-Kate Shapiro, épouse de Mathew, morte dans un accident pendant le *décalage* entre 2010 et 2011.
-Emma Lovenstein, sommelière de réputation, à la recherche de l’homme idéal. Elle évolue en 2010 mais reçoit un premier message de Mathew, daté d’un an plus tard.,

L’histoire repose sur une improbabilité, un phénomène inexplicable que les passionnés de science-fiction appelleraient sans doute une distorsion ou une faille temporelle :

*Tout concourait à lui faire croire à l’incroyable : grâce à cet ordinateur, il pouvait entrer en contact avec une femme, aujourd’hui décédée, qui recevait ses messages alors qu’elle vivait un an plus tôt. Comment était-ce possible ? Il ne se l’expliquait pas mais il pouvait d’ores et déjà dégager quelques règles :

1- Emma Lovenstein reçoit mes messages avec un décalage d’un an jour pour jour.

2- L’ordinateur que j’ai acheté à la brocante est notre unique moyen de communication. (Extrait)

C’est le meilleur livre de Guillaume Musso que j’ai lu jusqu’à maintenant. J’aurais pu le considérer comme un chef d’œuvre si je n’avais pas fortement ressenti un vide dans le lien de cause à effet.

Mathew vit en 2011, Emma vit en 2010. Les deux communiquent par ordinateur interposé. Aucune explication ni hypothèse sur ce phénomène extraordinaire. Pour moi c’est la principale faiblesse de l’histoire et pourtant, tout découle de ce phénomène car tout peut se produire dans un décalage d’un an, y compris la mort. On en vient à se demander si on doit vivre pour mourir, ou mourir pour vivre. Il faut lire attentivement pour comprendre, mais ça se lit assez bien.

Musso en profite donc pour introduire dans ce *décalage temporel* une puissante intrigue. En effet, Mathew tient là une occasion unique de sauver la vie de son épouse défunte. Emma, elle entreprend une enquête, aidée par un jeune génie de l’informatique. Ses découvertes font frémir et laissent à penser que Mathew connaissait bien mal sa femme.

Cette histoire n’est pas sans rappeler le film ENTRE DEUX RIVES, d’Alejandro Agresti, sorti en 2006, avec Keanu Reeves et qui raconte une histoire d’amour à travers le temps.

DEMAIN est une histoire aussi captivante qu’incroyable, issue du *scientifiquement impossible* mais fignolée d’une façon brillante et extrêmement serrée. Je suis sensible à ce genre de récit car le temps est mon thème préféré en science-fiction.

C’est donc bien écrit, bien développé avec une finale surprenante qui vient raccorder d’une certaine façon deux bouts du temps. L’histoire est originale mais repose davantage sur l’informatique que sur l’instinct et la psychologie des personnages.

Il y a bien quelques aberrations, mais elles sont inévitables dans ce genre d’histoire. J’aurais simplement souhaité que l’auteur *s’essaie* à une tentative d’explication de l’inexplicable. Mon bonheur de lire ce livre aurait été ainsi parfait.

Suggestion de lecture, du même auteur : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT

Romancier français né en 1974 à Antibes, Guillaume Musso est l’auteur le plus vendu en France. Écrivain prolifique, il sort chaque année un nouveau roman qui atteint directement le top des ventes. Traduit en 40 langues, il est également l’un des auteurs français les plus lus à l’étranger. Jonglant avec les genres, Guillaume Musso est un auteur qui se distingue pour son sens du suspense et son style très cinématographique.

Si ses romans se rapprochent du thriller, ils font également la part belle à l’amour et aux sentiments. Grand fan de Stephen King depuis son adolescence, Guillaume Musso aime également glisser des éléments surnaturels dans ses ouvrages, comme dans Sauve-Moi, Parce que je t’aime ou Je reviens te chercher. Au fil des années, il semble toutefois mettre de côté le fantastique pour se rapprocher davantage du polar.  Pour en savoir plus sur Guillaume Musso, cliquez ici.

 

Du même auteur…quelques suggestions

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 16 août 2026

ORACLE, Andrew Pyper

*Lorsqu’on lui a demandé de décrire l’homme, Nathaniel a seulement dit qu’il était grand et qu’il était moitié couvert de peau moitié squelette. Le sac d’os. Contrairement aux esprits menaçant d’Amittyville qui voulaient que les Lotts sortent, le sac d’os de Johnstown voulait que les Russo restent et qu’ils y goutent.. *

Extrait : ORACLE d’Andrew Pyper, en version audio seulement chez Audible Originals éditeur, 2022, durée d’écoute : 9 heures 7 minutes. Narrateur, Patrick Labbé.

Une petite famille, papa, maman et deux garçons achète une maison. Personne ne leur a dit qu’il s’y trouve un revenant que seul le plus jeune des garçons : Nathaniel peut voir et entendre. Les parents apprennent donc que leur fils est médium. La révélation de cette histoire entraîne beaucoup de péripéties à découvrir. À l’âge adulte Nath est régulièrement sollicité par la police dans le cadre de disparitions.

Aujourd’hui adulte, Nathaniel est devenu médium du FBI qui aide à résoudre des enlèvements et des homicides en touchant les proches des personnes disparues. Son don unique a toutefois un prix terrible: il voit les moments d’horreur ayant précédé la disparition des victimes.

 

Amityville fait écho

ORACLE est un livre essentiellement audio édité par Audible. Au moment d’écrire cet article, il n’existe pas de version papier ou numérique. J’ai beaucoup aimé l’écoute de cette histoire qui tranche moins sur son originalité que sur l’excellente interprétation de Patrick Labbé, un acteur québécois dont je suis la carrière avec intérêt depuis sont tout premier rôle dans la série ROCK réalisée par Jean Lepage en 1988, puis LES BOYS,  et quantité d’autres.

ORACLE est donc une variation sur un thème connu et dont le développement  me rappelle, du moins sur le plan de l’atmosphère de l’histoire,  l’affaire d’Amityville qui fait référence à des évènements réels survenus dans les années 1970 à Amityville, une petite ville côtière à l’est de New York. Des évènements empreints de mystère et de fantastique qui ont inspiré toute une série de livres et de films d’horreur.

Comme on l’a vu plus haut, l’histoire est celle de Nathaniel Russo, qui, tout jeune, pouvait voir et entendre un revenant dans la maison qu’il occupait avec sa famille. Nath est donc médium et accepte de mettre son talent au service du FBI dans la résolution d’affaires à caractère mystérieux et même surnaturels. Oui, ça peut rappeler X FILES mais en beaucoup plus glauque.

Avec ce don de voyant, Nath a une particularité qui fait frémir : il peut décrire avec précision l’agonie des victimes avant leur disparition. Tout est là. Tout, dans cette histoire se joue sur le talent de Nath et l’atmosphère que ça induit. Une ambiance à la Edgar Poe, glauque, noire, inquiétante, lugubre, sinistre. J’ai aussi ressenti une espèce de non-dit qui suppose que l’auteur nous amène exactement là où il veut.

ORACLE repose aussi sur le personnage principal, Nathaniel Russo, particulièrement bien travaillé avec une psychologie complexe qui pimente l’ensemble. Russo est un homme atypique. Il est grognon, mufle, timoré et ce qui n’arrange pas les choses, il est alcoolique…un alcolo à la recherche d’un sevrage définitif. Ça joue sur le caractère. Je peux le comprendre.

Malgré cette sensation tenace de déjà vu, j’ai été enchaîné à ce thriller psychologique à forte connotation fantastique à cause de son atmosphère, à cause du personnage principal, Nath Russo, aussi caractériel qu’intelligent, à cause de certains détours habiles de l’auteur et bien sûr à cause de l’excellente interprétation de Patrick Labbé.

La seule faiblesse de la narration est un léger manque de nuance dans l’interprétation des personnages mais il n’y a aucun doute que la narration de Labbé force l’attention.

Enfin, ORACLE est un roman plein de rebondissements, quelques notes d’humour mais surtout générateur d’émotions que les auditeurs et auditrices n’auront aucune difficulté à ressentir… la peur, la colère, l’effroi. Je n’insisterais pas pour offrir ce livre à une personne impressionnable. En ce qui me concerne, je peux dire que j’ai passé un très bon moment de lecture.

Suggestion d’écoute : ALIEN LA SORTIE DES PROFONDEURS, de Tim Lebbon


L’auteur Andrew Pyper

Depuis qu’il a incarné Rock dans la série télévisée du même nom en 1986, Patrick Labbé a enchaîné les rôles importants. À la télévision, nous avons pu le suivre dans plusieurs séries, telles que Lance et compte, La vie, la vie, Yamaska, Mirador, District 31, Virage et Classé secret, pour n’en nommer que quelques-unes. Il a également participé à plusieurs long-métrages, dont Les boys. Patrick Labbé s’est aussi illustré sur le marché anglophone, entre autres dans les productions The Dead Zone, Quantico, Street Legal et The Transplant. Oracle est le troisième livre audio auquel le comédien prête sa voix.

 

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 2 août 2026

Ce qui est enfoui, Julien Freu

*Il perçoit un mouvement, dans son dos. La peur et le froid compressent ses poumons. C’est avant tout une rumeur, un bruissement de feuilles mortes qui se précipite sur lui. Ben laisse libre cours à sa terreur. Il galope. Il serre les mâchoires. Son cartable est trop lourd. Il sent le cuir des lanières supplicier ses épaules. Quelqu’un court derrière lui. Ben n’arrive pas à se retourner. Il hurle. Il est projeté sur le bas-côté. *

Extrait : CE QUI EST ENFOUI, de Julien Freu. Édition de papier, Actes Sud éditeur, 2023, 368 pages. Version audio : Actes Sud audio éditeur, 2023, durée d’écoute : 10 heures 28 minutes, narrateur : Christophe Grégoire. Format numérique : Actes sud éditeur, 2023, 390 pages.

Canton d’Estanville, automne 1990. Jérémie et Guilhem découvrent le collège. Dans la cour, on évoque la disparition d’un élève de 4e, survenue quelques mois plus tôt et dont seuls les vêtements parfaitement pliés ont été retrouvés au milieu d’un sentier. On parle à bas mot de « l’homme qui marche », ce croque-mitaine insaisissable qui pourrait être vu en plusieurs lieux, au même moment. Malgré la détermination glaciale du capitaine Ernevin – dépêché sur place avec sa fille, Aurore -, un nouvel enlèvement se produit.

 

…Qui rappelle *Stranger Things*

CE QUI EST ENFOUI est un mélange de genres, amalgame de *déjà vu* de *déjà ressenti* J’y ai reconnu Stranger things, cette série Américaine de Ross et Matt Duffer qui repose sur la disparition d’un garçon. J’ai aussi reconnu des éléments de *Ça*, célèbre roman de Stephen King qui commence par la mort d’un jeune garçon tué par un clown maléfique et qui met aussi en scène des ados.. D’ailleurs, les allusions à King ne manquent pas dans l’ouvrage de Freu.

L’histoire me rappelle aussi un peu la série télévisée allemande DARK de Baran Bo Odar, encore un cas de disparition d’un ado. Aussi, j’exagèrerais à peine en disant que les ados qui mènent l’enquête ont le courage et l’abnégation des compères de SOS fantôme.

Je craignais de me lasser très rapidement. Et c’est tout à fait le contraire qui s’est produit. Il se trouve que cet assemblage d’ingrédients a donné au final une soupe tout à fait délicieuse.

Nous sommes à l’automne 1990, petite communauté située au milieu de nulle part, dans un décor de faubourg, de forêts, de champs. Comme dans STRANGER THINGS, l’histoire commence par l’évocation de la disparition d’un jeune collégien dont on a retrouvé que les vêtements, et encore, pliés à la perfection. Un évènement vient jeter de l’huile sur le feu : une autre disparition. Seuls sont retrouvés les vêtements de la victime, soigneusement pliés. Rien de moins qu’intrigant.

La communauté se démène, le bon et déterminé capitaine Ernevin et surtout un quatuor d’adolescents dont le charisme et le courage m’ont fasciné. Leur amitié et leur sincérité en font des personnages absolument attachants et c’est dans leurs actions que le récit prend tout son caractère immersif.

Pour vraiment apprécié ce livre, il faut le lire un peu comme j’ai regardé STRANGER THINGS : sans hâte, sans attente, sans chercher à déduire. L’auteur sait où il s’en va et sait où il nous amène et c’est fort bien ficelé.

Il faut surtout s’accrocher aux repaires qu’il nous laisse et qui font toute l’originalité du livre et consacre sa nature fantastique : Le mystérieux homme qui marche, La Distoria, un mystérieux laboratoire hautement surveillé qui donne la chair de poule, une distorsion dans l’écoulement du temps.

Accrochez-vous. C’est débridé, mais sans excès. La plume est singulière et parfois brûlante. CE QUI EST ENFOUI est un véritable roman d’apprentissage qui mêle habilement le thriller et le fantastique. J’ai été accro de la première à la dernière page. Ce livre m’a comblé parce qu’il m’a amené dans un autre ailleurs et j’ai oublié le temps.

Chaudement recommandé.

Suggestion de lecture : LE ROMAN MAUDIT, de Frank Thilliez


L’auteur Julien Freu

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 26 juin 2026

LUCIA, Bernard Minier

*- Avant, la plupart des assassinats et des crimes violents étaient faciles à comprendre, dit-il. Mari jaloux, meurtre crapuleux ou crise de folie, les mobiles étaient toujours les mêmes. Aujourd’hui, les choses ont changé. Violences gratuites, règlements de comptes, crimes sexuels, menaces de mort sur les réseaux sociaux : la violence est partout. Y compris dans nombre de nos actes, de nos paroles et des spectacles que nous regardons quotidiennement. *

Extrait : LUCIA, de Bernard Minier. Édition de papier : Pocket éditeur, 2023, 512 pages. Format numérique : XO éditeur, 2022, 3914 kb. Version audio : Lizzie éditeur. Durée d’écoute : 11 heures 45 minutes. Narratrice : Alice Taurrand.



Le malaise qui ne lâche pas

Bernard Minier introduit, dans sa galerie de personnages, une nouvelle actrice, appelée à devenir récurrente dans la production future de l’auteur. Il s’agit de l’enquêtrice Lucia Guerrero. C’est une femme chaotique, rebelle, continuellement rattrapé par son passé instable et qui utilise des méthodes d’enquête aux limites de l’éthique.

Première déception : l’héroïne. Lucia a un caractère bien trempé, ce qui me plait mais il n’y a rien de plus classique en littérature policière qu’un policier caractériel rattrapé par son passé tortueux. Pas d’originalité de ce côté.

Ensuite, dans LUCIA, le meurtrier s’inspire des MÉTAMORPHOSES du fameux poète latin Ovide (43 av. J.-C.-18 ap. J.-C.) pour mettre en scène ses crimes et en déployer toute l’atrocité. Je ne me suis pas imposé l’œuvre d’Ovide. LES MÉTAMORPHOSES sont composées de 15 livres totalisant 12,000 vers. C’est assez lourd. Je veux surtout dire que l’idée de créer un meurtrier s’inspirant des classiques est loin d’être nouvelle en littérature policière. Encore là, rien de bien neuf ou d’original.

Le roman démarre sur des chapeaux de roues alors qu’un collègue de Lucia est découvert, crucifié et maintenu à son poteau par une colle très forte. Première mise en scène macabre…d’autres suivront. Ce meurtre pour le moins singulier fait l’objet d’une enquête poussée qui nous permet d’apprécier Lucia dans toute la force de son caractère et beaucoup d’éléments permettent de croire à un récit prometteur.

Toutefois, un peu avant le milieu de l’histoire, ça devient plus difficile à suivre. Le fil conducteur prend toutes sortes de directions. Le récit devient lourd avec une tendance au remplissage. Je vais de déception en désenchantement jusqu’à la finale que j’ai trouvée d’une inimaginable banalité.

Si on porte attention, on observe des retournements de situation, un certain rythme, de l’intrigue et je sens que dans l’exploitation du personnage principal, le meilleur est à venir. Faudra-t-il être très patient ?

Je note enfin que l’environnement de l’histoire est intéressant. Ayant pour cadre l’Espagne, cette histoire se déroule dans les coulisses de l’Unité Centrale des Opérations de la Guardia civile Espagnole à Madrid. Ça donne au récit une certaine couleur, voire une chaleur.

Certains passages sont oppressants. LUCIA reste, malgré les longueurs et redondances, un thriller dur par moments. Sa principale force est l’atmosphère qui s’en dégage, issue de légendes étranges, de traditions baroques et bien sûr des MÉTAMORPHOSES qui viennent alimenter la cruauté d’un esprit dégénéré. Dommage que la finale soit aussi simpliste. Le roman aurait gagné beaucoup de points.

Suggestion de lecture : CHARADE, de Laurent Loison


L’auteur Bernard Minier

D’autres livres

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert

Le dimanche 15 mars 2026

DÉMONS, Marc Laine

*Voilà comment tout avait commencé. L’immonde mégère lui servant de mère l’avait plongé dans un univers insoutenable où ne devaient régner qu’horreurs et cruautés. Un monde coupé du nôtre, sans surveillance, sans barrière, où les travers de ces futurs pervers avaient pris naissance et puent s’alimenter de l’innocence et des peurs d’un être rendu fragile par le délaissement d’une marâtre indifférente. *

Extrait : DÉMONS, de Marc Laine. Édition de papier : Pocket éditeur, 2018, 576 pages. Format numérique : Les Nouveaux Auteurs éditeur, 2016, 517 pages. Version audio : Audible studio éditeur, 2017. Durée d’écoute : 14 heures 5 minutes. Narrateur : Hervé Carrasco.

Lourd et fort

C’est le thriller policier le plus addictif que j’ai lu depuis de nombreuses années. C’est un roman noir, glauque. Son atmosphère est glaciale et déroutante. Et c’est une histoire extrêmement violente, gore à la rigueur.

Un tueur en série échappe résolument à la traque policière, spécialement celle de Maxime, un lieutenant de la police judiciaire à l’âme torturée, visage scarifié et qui carbure aux antidouleurs et à la vodka. Maxime est obsédé par la capture du tueur dont les meurtres sont d’une inimaginable cruauté et tous accompagnés d’énigmatiques messages.

Le modus operandi du tueur est d’une perfection sans faille. Pas de trace, pas d’indice, pas de signature génétique, même pas un cheveu, rien qui le trahit. À croire qu’il commet ses atrocités, vêtu d’un costume de cosmonaute. Sa férocité est incroyable et la description de ses mises en scène sont à soulever le cœur.

Le seul outil de travail dont disposent les policiers, c’est le raisonnement, la déduction, la logique, le recoupage, la recherche. C’est d’ailleurs la force de ce polar qui pousse les lecteurs à explorer la déviance d’un esprit et la noirceur de l’âme. Et il y a bien sûr les mystérieux messages auxquels on fait peu attention parce qu’ils sont incompréhensibles et pourtant…

 J’ai été surpris par l’imagination déployée par l’auteur pour amener les lecteurs exactement là où il veut, l’entraînant de rebondissement en rebondissement même jusqu’à quelques pages de la fin.

C’est étrange mais c’est un récit à la fois précis et chaotique mais les personnages sont tellement forts et travaillés que j’ai fait confiance à l’auteur et je n’ai pas été déçu.

J’ai eu de l’empathie pour Maxime même si parfois, son obsession du mal me tapait sur les nerfs mais j’ai ressenti sa souffrance et le respect que tous ses collègues lui portaient.

Si la psychologie des personnages est bien travaillée, entrer dans l’esprit du tueur fut une expérience angoissante et troublante. Une fois entreprise, il est difficile d’abandonner la lecture de ce livre que je ne recommande vraiment pas aux âmes sensibles.

Le livre comporte tout de même quelques petites faiblesses. Prenons par exemple Mathieu, 19 ans, une des victimes du tueur. Il n’a pas été tué de la même façon que les autres. Il n’a pas de points communs avec les autres victimes. Pourquoi ? Il y a une explication vers la fin du récit mais elle n’est pas aboutie. J’aurais aimé mieux comprendre ce que ce jeune homme venait faire dans le tableau.

Je me suis interrogé aussi sur le psychiatre, Florian qui a l’air de venir d’une autre planète, désireux de collaborer à l’enquête mais qui semble détaché de ce qui se passe dans son propre établissement. Dans la galerie de personnages, Florian est le maillon faible.

Le livre m’a captivé jusqu’à la fin, mais j’ai trouvé la finale un peu quelconque. Disons brève et facile. Mais le récit est en crescendo, rythmé, farci de fausses pistes qui sont autant de défi pour les lecteurs/lectrices, troublant, gore par moment. Je recommande ce livre à ceux et celles qui ont le cœur solide.

Pour ceux que ça intéresse, vous pourrez continuer à suivre le *calvaire* de Maxime dans FLAMBEAU qui suit DÉMONS, deuxième tome de la trilogie du mal absolu, un titre parfaitement réaliste.

Suggestion de lecture : L’HOMME QUI AIMAIT LES TUEURS, de Bernard Boudewau

Du même auteur


L’auteur Marc Laine

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 6 mars 2026

La liste

Commentaire sur le livre de
FLORIAN DENNISSON

*« -Je les ai tous tués ! … Le brigadier de garde avait haussé des sourcils broussailleux et avait instinctivement effleuré de la paume son arme de service. L’inconnu s’enfonça lentement dans la pièce et, à chaque pas, le gendarme serrait un peu plus la crosse de son Sig Sauer. Les yeux du visiteur étaient injectés de sang… * 

Extrait : LA LISTE, de Florian Dennisson. Édition de papier, publication indépendante 2022, 386 pages. Édition numérique : Chambre noire éditeur, 2019, 388 pages. Version audio : Samarkand éditeur, 2021, durée d’écoute : 7 heures 35 minutes. Narrateur : Frédéric Kneip.

Quatre assassinats inscrits

J’ai constaté que les avis sont très partagés sur ce roman de Florian Dennisson. Moi j’ai bien aimé. Du même auteur, j’avais lu TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE en 2021 et c’était pour moi un beau moment de lecture.

L’idée de base est simple, mais fortement énigmatique. Un homme se présente à la brigade criminelle avec en main…une liste de quatre noms et en bouche, une petite phrase qui a de quoi saisir : *Je les ai tous tués* (Extrait) impossible d’en savoir plus sur ce bonhomme. Il refuse de parler. Les victimes sont introuvables. Les policiers ont 24 heures pour élucider ce mystère avant de relâcher cet homme comme l’exige la loi.

Si le thème qui sous-tend TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE est *la loi de Murphy* , le thème qui sous-tend LA LISTE est très différent. Il s’agit de la synergologie qui interprète le fonctionnement de l’esprit humain à partir du langage corporel. Ce serait en fait une sorte de profilage instantané.

Le personnage principal du roman est Maxime Monceau*, synergologue, passé obscur, accro aux anxiolytiques, nerveux, intraverti, irritable mais d’une efficacité redoutable et qui fera toute la différence dans cette course contre la montre à la finale tout fait surprenante.

Le développement de ce roman est d’une logique implacable qui a pour mérite de justifier une finale que j’ai trouvée tout à fait inattendue et même crédible. C’est un des aspects du récit qui fait balancer la critique. Pour moi c’est clair, ce roman est parfaitement ficelé et on sent qu’il y a de la recherche.

Il y a toutefois des irritants. La synergologie, encore considérée comme une pseudo-science, est surexploitée dans LA LISTE. Son utilisation est démesurée et met dans l’ombre les policiers en général et les techniques policières conventionnelles en particulier. Ça devient surréaliste. C’est trop.

Ensuite, Monceau recueille un tas d’indices qui le rattachent à son passé. Cette aspect du policier aux prises avec ses démons me lasse habituellement très vite. J’admets toutefois que, dans ce cas-ci, ces démons ont un lien avec l’enquête.

Donc dans l’ensemble, c’est bien ficelé. L’histoire est originale et ne prépare pas vraiment les lecteurs-lectrices à une finale que j’aurais qualifié au départ d’improbable. Beaucoup d’éléments viennent rythmer le récit : revirements, fausses pistes, des acteurs caractériels et de l’inattendu.

Le synergologue Monceau* n’est pas toujours facile à suivre mais il est attachant, la fluidité de la plume aidant. À mon avis, c’est une autre réussite pour Florian Dennisson.

Suggestion de lecture, du même auteur : TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE

*le personnage de Maxime Monceau a été introduit dans le livre L’OUBLIÉE de Florian Dennisson.


L’auteur Florian Dennisson

 DU MÊME AUTEUR



Bonne lecture
bonne écoute
Claude Lambert

le dimanche 1er mars 2026

L’homme aux papillons

Commentaire sur le livre de
DAVID MOITET

*Étrange…conclut la jeune femme. En résumé, le type est assassiné d’un coup
au cœur, puis on s’amuse à briser presque tous ses os, pour ensuite
le congeler ? *

Extrait : L’HOMME AUX PAPILLONS, de David Moitet. Édition de papier et format numérique : Les Nouveaux auteurs, éditeur, 2010. 372 pages, 2794 Kb

Mené en bateau

C’est un roman fort. Une histoire solidement bâtie, avec beaucoup d’habileté et surtout beaucoup d’imagination. Et…oui…l’auteur m’a mené en bateau car chaque fois que je croyais avoir trouvé une clé de l’énigme, on m’aiguillait sur une piste plus plausible à laquelle m’accroché…alors, je m’accrochais. C’est ainsi que de revirement en rebondissement, le livre est devenu addictif.

L’histoire est celle d’Alex Ablance, un policier de la brigade criminelle, brillant, sans histoire et dont les relations sentimentales sont tortueuses. Un jour, un appel anonyme place Alex devant une mise en scène pour le moins macabre : un cadavre, vêtu d’un costume neuf, tenant dans ses mains une enveloppe portant le nom d’Alex Ablance et contenant une photo déchirée et un poème étrange.

Le poème laisse à penser qu’il faut raisonner le mystère comme on raisonne dans une partie d’échecs. Un pion menace…dangereux parce que porteur de vérité. À partir de cette découverte, la vie d’Ablance deviendra une véritable descente aux enfers, le chasseur devenant le chassé dans une histoire qui n’a pas de sens…et pourtant, l’auteur a tout mis en place pour amener le lecteur où il veut.

L’intrigue est un calcul parfait, l’écriture bien maîtrisée au point de me donner le goût de protéger Ablance. Je ne peux pas dévoiler l’intrigue ni vous dire le lien entre l’histoire et les papillons que j’ai trouvé brillant. Mais je peux vous dire que le mystère est épais et agrippe les lecteurs/lectrices au collet :

*Une autre question commençait à prendre forme dans l’esprit du policier. Il avait l’impression d’avoir été entraîné dans un tourbillon sans pouvoir à aucun moment se raccrocher à quelque chose. Et plus il y réfléchissait, plus il était convaincu que cet enchaînement d’évènements qui l’avaient peu à peu transformé en homme à abattre ne devait rien au hasard. * (Extrait)

Mais il y a quand même une raison pour laquelle la vie d’Alex Ablance bascule à un tel point :

*Alors oui, d’une certaine manière, quand on se projetait quinze jours en arrière, le commandant Alex Ablance, jeune limier de la crim, était bel et bien perdu… Mais en deux semaines, tant de choses avaient changé. Il était passé de traqueur à traqué, sans même s’en apercevoir. * (Extrait)

Cette raison est expliquée vers la fin dans un déploiement comparable à une fontaine. Je ne peux en dire plus sauf peut-être ce détail : L’HOMME AUX PAPILLONS est surtout une histoire de famille d’une horreur sans nom. Notre sympathique Alex a un lien avec cette famille, à découvrir. Ça risque d’occuper les lecteurs-lectrices pour quelques heures.

Voilà L’HOMME AUX PAPILLONS. De l’action, un rythme rapide, une trame angoissante, une intrigue ficelée au quart de tour, une finale surprenante. Le personnage central est d’une trempe singulière, obligé qu’il est de se méfier de tout le monde

Et dire que c’est un premier thriller pour Moitet, un auteur émergent déjà détenteur d’un grand prix et qu’il faudra surveiller de près car à mon avis, il démarre sa carrière sur des chapeaux de roues

Suggestion de lecture : ENFERS, d’Ismaël Lemonnier


L’auteur David Moitet


Du même auteur


BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT

le vendredi 23 janvier 2025

1794

Commentaire sur le livre de
Niklas Natt Och Dag

*…Les orbites n’étaient plus que des flaques rouges, la mâchoire pendait de travers et il ne restait plus qu’une bosse pleine d’éclats d’os à la place du nez. Dawis s’accouda au-dessus de lui pour écouter le gargouillis de sa respiration, puis haussa les épaules et lança des regards entendus aux spectateurs, qui tous se retournèrent démonstrativement tandis que l’aubergiste plaquait sa large main sur la bouche et le nez. L’homme à terre, à peine conscient, tenta gauchement de résister, mais Dawis le berça jusqu’à ce que ses talons cessent de marteler le sol et que sa respiration se taise. *

Extrait : 1794, de Niklas Natt Och Dag. Édition de papier : Pocket éditeur, 2022, 640 pages. Format numérique : Sonatine éditeur 2021, 504 pages, Version audio : Lizzie éditeur, 2022. Durée d’écoute : 13 heures 16 minutes. Narrateur : Martin Spinhayer.

Les fosses de la dépravation

Un jeune noble ado, Erik de Trerozar tombe amoureux d’une fille de fermier, Linnea Carlotta et veux l’épouser. Le père d’Erik s’oppose à cette union et envoie son fils à l’île de Saint-Barthélemy, un centre international de transactions esclavagistes. Erik y fait la rencontre d’un truand appelé Tycho Cetton. Erik s’enfuie de Saint-Barthélemy pour retrouver sa belle. Le mariage a lieu mais ne sera jamais consommé.

Le soir, après la cérémonie, la soirée est fortement arrosée. Le lendemain, Linnea est retrouvée morte, assassinée d’une horrible façon. Erik, encore dans les vapeurs, ne se rappelle de rien. On conclut à une attaque de loup, ce qui est parfaitement ridicule. La mère de Linnea n’en croit rien et fait appel à Jean-Michael Cardel, enquêteur invalide de guerre mais talentueux pour faire la lumière sur ce meurtre d’une cruauté barbare.

Cardel, qui doit déjà composer avec un passé tortueux n’aura pas le choix d’affronter ses démons car ses investigations vont le mener vers une secte étrange dans un mystérieux orphelinat sans compter les manœuvres tordues de Cetton. Toute l’horreur de la vérité risque de lui laisser un goût amer.

C’est un roman très noir, glauque qui tranche par son atmosphère opaque. On plonge d’abord dans le quotidien misérable de la Stockholm du XVIIIe siècle, un dépotoir malfamé indescriptible qui n’a rien à voir avec la capitale suédoise d’aujourd’hui, puis dans la fange et les fosses de l’île de Saint-Barthélemy ou les africains débarqués en esclave sont traités comme des marchandises. C’est sans compter sur l’épais mystère qui pousse Cardel vers une découverte lourde et douloureuse.

C’est un roman cru et dérangeant sous plusieurs aspects. Par exemple, l’esclavagisme y est traité avec une légèreté choquante et l’ensemble est plutôt sanglant. Le récit ne laisse pas indifférent mais il est un peu irritant de par sa structure. Je peux comprendre plusieurs lecteurs de la masse critique de ne pas avoir terminé le roman.

On dirait que l’auteur a déployé un concentré d’imagination dans la première moitié de l’histoire. Par la suite, l’intérêt décroît. Le fil conducteur ne tient plus. Ça devient lourd avec des longueurs, des palabres inutiles et de nombreux passages invraisemblables.

Heureusement, j’ai pu m’attacher à Cardel. C’est un boudin. Terme irrévérencieux utilisé à l’époque pour définir un policier un peu comme le terme *poulet*, terme utilisé de nos jours même s’il est devenu archaïque J’ai éprouvé de l’empathie pour ce personnage malmené par la vie, pour sa sincérité, son opiniâtreté et sa clairvoyance.

Enfin, c’est un roman très dur et sa finale m’a un peu laissé sur mon appétit. L’histoire m’a semblé non aboutie. L’ensemble est complexe et accuse parfois de la dilution. La force réside dans les personnages, Cardel en particulier et la reconstitution historique m’a semblé sans faille. Bref, donnez-vous du temps et soyez patient.

Suggestion de lecture : EN SACRIFICE À MOLOCH, d’Asa Larsson

 
La série


L’auteur : Niklas Natt Och Dag

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 15 novembre 2025