C’est d’abord au sein de l’inoubliable quatuor humoristique Les Cyniques, fondé par lui avec trois camarades d’université au début des années 1960, qu’il a entrepris sa carrière publique. Avec leur humour iconoclaste et subversif, Les Cyniques ont largement participé à l’éveil collectif des Québécois et ont reçu du gouvernement du Québec la médaille de Grands artisans de la Révolution tranquille.
La vie de Marc Laurendeau a été marquée par un passage qui n’a pas son pareil au Québec. En pleine gloire, après onze ans au firmament des étoiles du showbiz, il a tourné le dos à la scène pour entamer une toute aussi florissante carrière en journalisme, tant à la radio et à la télévision que dans la presse écrite.
De la Casa Loma, mythique cabaret montréalais où Les Cyniques ont naguère
triomphé, à la place Rouge, où il a couvert en direct une tentative de coup d’État ;
de son enfance à Notre-Dame-de-Grâce à ses 22 années à la revue de presse
radiophonique matinale de Radio-Canada, Marc Laurendeau nous entraîne dans
son univers.

Artiste et artisan

Marc Laurendeau a toujours été une énigme pour moi. Je me suis longtemps demandé comment un personnage aussi versé dans l’humour et qui a fait rire des millions de fois pendant plus de 10 ans avec ses trois comparses, ait pu passer de l’humour cynique au journalisme d’enquête et d’analyse sans jamais perdre de crédibilité. C’est toujours une énigme pour moi mais les faits sont là, Marc Laurendeau est un témoin rigoureux de la révolution tranquille au Québec et son esprit analytique fascine les Québécois.
Pour apprécier ce livre et, comme moi, le savourer sur le plan contextuel, il faut comprendre l’époque dans laquelle a évolué le personnage. Suivre Marc Laurendeau, c’est comprendre la révolution tranquille au Québec, incontournable période de réforme et de modernisation de l’état québécois, jugée inachevée par l’auteur mais qui a tout de même sorti le Québec de la grande noirceur.
Pour comprendre le cheminement de Marc Laurendeau, il faut retourner en arrière, autant au niveau de l’humour avec les Cyniques que dans son intégration au monde journalistique. : *…ce n’est pas une bonne idée de regarder le passé en le jugeant avec une grille du présent et des critères récemment forgés. * (Extrait)
Pour comprendre Laurendeau, il faut comprendre l’époque dans laquelle il a évolué, époque qui fut critique pour le Québec. Le Québec des années 60 n’avait pas de réseaux sociaux, internet allait connaître ses premiers balbutiements, l’humour n’était pas une industrie comme aujourd’hui et la liberté d’expression n’avait presque pas d’entraves. Il est en effet impensable que de nos jours, on puisse reproduire le sketch des Cyniques LES BALAYEURS dans lequel Laurendeau présente son briquet Lise Payette…une grosse torche…(Les Cynique, album EXIT, 1972)

Les Cyniques (1962-1972) de gauche à droite : Marcel Saint-Germain, Serge Grenier, Marc Laurendeau et André Dubois.
Aujourd’hui, la rectitude politique est la règle, les droits et liberté, le respect, la tolérance et un tas d’autres notions qui poussent à la rectitude littéraire. Ce qui a amené, pour ne donner qu’un exemple, les propriétaires des droits littéraires des œuvres d’Agatha Christie à changer le titre d’un des romans les plus vendus au monde LES DIX PETITS NÈGRES pour ILS ÉTAIENT DIX.
DU RIRE CYNIQUE AU REGARD JOURNALISTIQUE est plus qu’une biographie. C’est un manuel d’histoire. À l’époque des Cyniques, Laurendeau était déjà mon préféré, à cause sans doute de sa voix qui force l’attention, de son sens de la répartie et plus tard à cause de son sens aigu de la recherche et de ses exceptionnelles capacités analytiques. Il possède de plus un magnétisme hors du commun et une personnalité attachante.
Je précise ici que la transition de l’humour au journalisme n’a pas été simple. Elle aura nécessité sept années de travail acharné : *La mutation n’aura pas été facile et elle aura été semée d’embûches. J’ai trouvé le ton approprié à force d’ajustements et appris le métier en l’exerçant… * (Extrait) Malgré tout, les Cyniques sont omniprésents dans le livre de Laurendeau. Comme quoi on n’échappe pas à son passé. Ça ajoute une petite touche intrigante à l’œuvre.
J’ai beaucoup aimé cette autobiographie de Marc Laurendeau. Elle est un peu fleurie, sensiblement empreinte d’autosatisfaction mais tellement riche en histoire, celle d’un peuple, celle d’un quatuor versé dans l’humour et celle d’un homme, puits de connaissances, sympathique et attachant.
Suggestion de lecture : DOCTEURE IRMA, de Pauline Gill
Autre livre de Marc Laurendeau

SUGGESTION DE LECTURE

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 17 mai 2026







Ce fut une belle expérience pour moi de prendre connaissance des lettres de la marquise de Sévigné, qui n’a jamais rien publié et qui est pourtant une des femmes de lettres françaises les plus citées. Avant de lire les lettres, j’ai écouté une des nombreuses versions audios, celle de l’éditeur Frémeaux, ce qui a doublé mon émerveillement.










Ci-haut, le manuscrit d’Anne Frank. À gauche, extrait du film LE JOURNAL D’ANNE FRANK, version 1959, réalisé par George Stevens, avec Millie Perkins dans le rôle-titre. Autres versions : consultez la liste préparée par 



Ici, la vie de Morgan, quoique très romancée, est reconstituée avec une remarquable précision historique. Vous pouvez me croire quand je vous dis que Morgan ne l’aura pas facile car, n’ayant pas vu plus loin que le bout de leur nez, les autorités anglaises ont imposé ces déportations sans préparation, peu ou pas d’équipement de survie, alimentation pauvre, inadéquate, pas de directives d’installation. Souffrance et misère attendent les déportés et même leurs gardiens :



TINTIN ET LE QUÉBEC

La visite arrivait à point car dans les années 60, les préjugés sur la BD avaient la vie dure. Cet aspect est évoqué dans le livre et le charisme de Hergé va peut-être changer les choses. Le livre est centré sur la visite de Hergé au Québec, son itinéraire, son agenda, ses rencontres de presse et ses interminables séances d’autographe, confirmant qu’il était attendu et adulé. J’ai été déçu de ce choix car le contenu du livre ne livre pas les promesses du contenant, dont le titre.






L’ARCHIPEL DU GOULAG est un très long pavé (2 000 pages et plus selon les éditions) chargé de noirceur, de mort et de désespoir, cri du cœur de la réalité historique décriée froidement par Soljenitsyne. Plusieurs passages m’ont fait frémir et même, glacer d’horreur :
Je vous avertis d’aiguiser votre patience. L’ARCHIPEL DU GOULAG est un livre très long, très dur et quelque peu indigeste à cause de nombreux palabres pas toujours utiles, de nombreux termes russes, une phénoménale quantité de notes renvoyées à la fin de l’ouvrage et une traduction douteuse. La grande force du livre tient dans le fait que Soljenitsyne couvre absolument tous les aspects de la vie concentrationnaire.





J’ai adulé Lucky Luke pendant de nombreuses années. Je l’aime toujours mais mon intérêt a baissé d’un cran. Comme tous les inconditionnels de l’homme qui tire plus vite que son ombre, j’ai dû subir deux sevrages avec cette série de BD qui réussit à garder la tête hors de l’eau. D’abord, Morris a troqué la cigarette pur une brindille de paille. Je peux comprendre Morris, il ne faisait que devancer les exigences de la loi Elvin, adoptée au début des années 1980 en France et encadrant sévèrement la publicité sur le tabac. C’est un détail, loin d’être malsain mais je ne m’y suis jamais fait.
Autre sevrage important, le décès de Goscinny en 1977. Depuis ce jour, la série a perdu un peu de ses étincelles et a commencé à vieillir à mes yeux. La subtilité et la spontanéité de Goscinny manquent cruellement au scénario de FINGERS. Ça reste une bonne histoire, drôle par moment, pas désagréable à lire au contraire. Malheureusement, le personnage de Lucky Luke s’est affadit avec le temps. Il reste stoïque, sûr de lui mais il est devenu prévisible et sans éclat. Toujours vedette, mais d’une série essoufflée. Dans FINGERS, Luke est plus effacé, trop, en fait, par rapport au prestidigitateur à qui le scénariste a donné des pouvoirs surdimensionnés
Morris, très différent aussi de son prédécesseur Uderzo a fait quand même de son mieux pour rehausser le scénario de Van Banda et a réussi à rendre l’ensemble plus rigolo. L’histoire de Lucky Luke est quand même extraordinaire.
