DISPARITION, Nicolas Nutten

*Dans la même seconde, le système d’urgence se déclencha et actionna les freins pour immobiliser la rame au plus vite. La puissance du freinage fit tomber plusieurs personnes à la renverse. Des cris de stupeur fusèrent des quatre coins du wagon.

Les néons du plafonnier vacillèrent donnant à la scène un côté apocalyptique. Les voyageurs s’accrochaient à ce qu’ils pouvaient, muscles tendus, mâchoires crispées, se préparant à un impact imminent. Durant une poignée de secondes d’éternité, tout le monde retint son souffle… *

Extrait : DISPARITION, de Nicolas Nutten. Formats papier et numérique : Les Nouveaux auteurs éditeur, 2020, 387 et 333 pages pages. Version audio : Audible studios éditeur, 2021, durée d’écoute 9 heures 24, narrateur : Stephane Ronchewski.


Paris 31 juillet 2018. La canicule a transformé la capitale en fournaise et les couloirs du métro en étuve. Un incident sur la ligne 1 contraint une rame à s’arrêter en urgence entre deux stations, prenant au piège des dizaines de passagers. Lors de l’évacuation de ces derniers, Célia n’atteindra jamais le quai de la station suivante. Comme happée par l’obscurité des tunnels, elle semble s’être volatilisée.

Malgré le peu d’indices dont il dispose, Maxime, son compagnon, se lance à sa recherche dans une course infernale où les secrets et les doutes l’entraîneront vers un univers macabre et dangereux…

 

Suspense en profondeur

Incident sur une ligne de métro parisienne : une rame doit s’arrêter d’urgence, au beau milieu d’un tunnel opaque, prenant tous les passagers au piège. Pendant l’évacuation, Célia est séparé de son compagnon Maxime mais ce dernier s’en aperçoit un peu tard. Il ne réussit pas à la retrouver. Il doit se rendre à l’évidence, Célia a disparu.

Refusant d’admettre l’inadmissible, Maxime décide de partir à sa recherche mais pour cela, il doit retourner sur les lieux de l’incident dans le tunnel obscur du métro. Il n’y a qu’un seul moyen d’y arriver : passer par les célèbres catacombes de Paris. Mais c’est risqué., très dangereux. Il y aurait laissé sa peau n’eut été de Chloé qui le sauve et devient son alliée. Maxime sera aussi aidé par un cataphile.

Dans cette quête serrée, Maxime ira de découverte en découverte. Il comprendra entre autres que Célia n’est peut-être pas celle qu’il croit connaître. La croisade de Maxime devient un chassé-croisé, un redoutable jeu du chat et de la souris contre des ennemis qui n’entendent pas à rire. Mais qui est donc Célia et où est-elle ?

C’est vraiment un thriller psychologique et il démarre sur des chapeaux de roue. L’intrigue s’installe de façon spectaculaire et tient en haleine jusqu’à la fin. L’enquête policière vient au second plan. La plume est efficace. Si, pendant l’avancée de Maxime dans les catacombes, j’ai eu l’impression de manquer d’air, c’est que l’auteur a trouvé le ton juste.

C’est une histoire violente. Beaucoup plus que le laisse croire le quatrième de couverture. Je n’ai pas ressenti l’enthousiasme de la masse critique dans son ensemble. C’est un bon suspense mais je n’ai pas été impressionné par son intensité dramatique. Toutefois, la visite des catacombes a été pour moi une révélation.

C’est vraiment la partie anxiogène du roman. Des kilomètres de couloirs bas, étroits, mal éclairés ou pas du tout. Outre les cataphiles, on y trouve des trafiquants, des voleurs, des sans-abris…tous protègent jalousement leur petit territoire obscur. C’est génial de voir évoluer Maxim dans ce labyrinthe inquiétant.

Pour ce qui est de Célia, c’est le cœur de l’intrigue. Tout le monde courre après. Son sort sera connu dans une finale assez ordinaire. Étrangement, le personnage le mieux travaillé selon moi est Chloé celle qui apparaît dans les catacombes comme un diable sorti d’une boîte pour prendre Maxime sous son aile. C’est un peu facile mais la suite en vaut la peine.

C’est un très bon suspense même si la critique dithyrambique qui l’entoure me semble un peu surdimensionné. Le livre mérite probablement son *prix du suspense 2020* mais le terme *bluffant* utilisé par l’auteur Jérôme Minier pour le décrire est peut-être un peu exagéré.

Suggestion de lecture : PARIS BRÛLERA-T-IL ? d’Éric Robinne


L’auteur Nicolas Nutten

 

DU  MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le mercredi 2 septembre 2026

 

ARRIVÉE, Morgan Rice

*-Et si c’était les extraterrestres, ou des personnes contrôlées par eux ? – demanda-t-elle. -Et s’ils faisaient le tour des refuges pour capturer les survivants ? – Pourquoi le feraient-ils ? – Demanda Kevin. Cependant, à cette idée, il sentit la peur l’envahir peu à peu. Et si c’était bien le cas ? Et s’ils entraient ?

Extrait : LES CHRONIQUES DE L’INVASION, tome 2 : ARRIVÉE. Format numérique, Morgan Rice 2018, 290 pages

Le SETI a reçu un signal venant d’une civilisation extraterrestre. Est-il encore temps de sauver le monde ? Pour des raisons à découvrir, Kevin, 13 ans, comprend qu’il le seul à pouvoir sauver le monde. Mais est-il encore temps ? Que doit-il faire ? Et qu’est-ce que les extraterrestres prévoient de faire ensuite ?

Intéressant mais forte
impression de déjà vu

La série développe un sujet encore très prisé des jeunes lecteurs et lectrices : l’envahissement de la terre par des extraterrestres hostiles. Les acteurs de ce drame sont des ados. Morgan Rice s’est appliquée à atteindre directement et sans détour l’imaginaire des adolescents et des jeunes adultes. Vu sous cet angle, je crois qu’elle a réussi. Les lecteurs moins jeunes pourraient trouver le contenu réchauffé.

Kevin a 13 ans. Il souffre d’une maladie incurable au cerveau. Cette même maladie a permis à Kevin de capter un message extra-terrestre annonçant un envahissement imminent de la terre. Kevin reçoit, d’un extraterrestre ami, une idée pour détruire l’envahisseur.

À plusieurs égards, LES CHRONIQUES DE L’INVASION me rappellent INDEPENDANCE DAY, le célèbre film de Roland Emmerich dans lequel on voit des engins volants de 20 kilomètres de diamètres avec des extraterrestres laids et belliqueux, capable de prendre le contrôle de l’esprit humain, et venu vider la terre de ses ressources naturelles. Le même principe est exprimé dans les chroniques de l’invasion, mais différemment, y compris l’idée d’introduire un virus dans le vaisseau pour détruire les envahisseurs, ce qui m’a rappelé un peu la guerre des mondes.

Certaines idées m’ont rappelé L’INVASION DES PROFANATEURS, le film de Philip Kaufman, d’autres idées m’ont rappelé les rencontres du quatrième type qui relèvent plus du paranormal. L’idée de confier à des adolescents le rôle de sauver le monde n’est pas non plus nouvelle en littérature.

J’ai beaucoup aimé cette série. Je me suis attaché rapidement aux jeunes personnages. Je pense quand même que les dialogues et les raisonnements exprimés faisaient un peu trop adulte pour leur âge.

Mais j’ai trouvé ces jeunes profondément humains et l’autrice a évité le piège des *héros sans peur et sans reproche*. Ce ne sont pas des superhéros et c’est exactement ce que je souhaitais.

Donc l’histoire est bonne, quoique pas tellement originale, le rythme est rapide et ça devient même addictif. L’autrice a bien travaillé à rendre son récit le plus plausible possible.

Un récit comme celui-ci, surtout s’il est bien écrit et porteur d’émotions, comme c’est le cas ici, demeure résolument actuel et nous pousse à nous poser la question à laquelle on cherche désespérément la réponse : SOMMES-NOUS SEULS DANS L’UNIVERS ? Très bonne lecture.

Suggestion de lecture : IDEALIS, de Christopher Paolini


L’autrice Morgan Rice

Les autres livres de la série

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Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 30 mai 2026

Pas le choix

Les chroniques d’un quotidien extraordinaire, tome 1 
d’AURÉLIE VENEM

*Beaucoup de gens disent que faire face à la mort, dans un accident par exemple, change votre vie. Pour moi, c’est exactement ce qui s’est produit. Sauf que ce soir-là, je me suis retrouvé non face à la mort mais devant des morts…et qui étaient pourtant bien vivants. * (prologue)

Extrait : SAMATHA WATKINS ou LES CHRONIQUES D’UN QUTIDIEN EXTRAORDINAIRE, tome 1 : PAS LE CHOIX, de Aurélie Venem. Édition de papier : Aurélie Venem éditrice, 2016, 460 pages. Format audio : Audible studios éditeur, 2017, durée d’écoute : 13 heures 18 minutes, narratrice : Ludmila Ruoso. Aussi disponible en version numérique.

Une nuit, alors qu’elle rentre chez elle, Samantha Watkins, jeune bibliothécaire au quotidien morne et insipide, va voir sa vie prendre un virage à 180 degrés de par sa rencontre avec un « ange »…

Loin des gardiens du paradis, l’homme qui la choisit pour devenir son assistante et mettre sa vie en danger dans l’enquête sur les étranges disparitions de la région, est un vampire de cinq-cents ans, dont la fonction principale est de veiller au maintien du secret de l’existence de son espèce. N’ayant d’autre choix que d’accepter, Samantha va découvrir un monde surnaturel tout aussi fascinant qu’effrayant…

 

Dans le sillage de TWILIGHT

La vie d’une jeune femme, Samantha Watkins va basculer alors qu’une chaîne d’évènements l’amènera à être sauvée par un ange. Mais celui-ci est loin de venir du paradis car il s’agit d’un vampire. Il a 500 ans et se fait appeler Phénix. Il a pour tâche de garder farouchement secrète l’existence de son espèce.

Phénix choisit Samantha pour être son assistante dans une importante enquête. Vous comprendrez très tôt dans l’histoire que Samantha n’a pas le choix. Elle doit aider son nouvel *employeur* à élucider le mystère de nombreuses disparitions dans la région. L’enquête s’annonce complexe, ardue, voire mortelle, même pour un vampire, car il pourrait s’agir de l’œuvre d’un réseau de trafiquants de sang et ils n’entendent pas à rire.

C’est ainsi que Samantha va entrer dans un monde surnaturel, effrayant et redoutable. Fait tout à fait prévisible, la relation d’employeur à employée devient une amitié et on pourrait bien assister à la naissance d’un petit sentiment entre un vampire et une humaine.

Variation sur un thème connu évidemment. Encore des vampires. Toutefois, il faut connaître les deux héros. Phénix a 500 ans. Il est bourru, grognon, intraverti et secret. Samantha, elle, est une caractérielle opiniâtre et tenace. Elle est pétillante et n’envoie pas dire ce qu’elle a à dire.

Voilà toute l’originalité de cette histoire. Deux solitudes, deux caractères aux antipodes qui, par la force des choses et la nature des évènements seront appelés à s’apprivoiser mutuellement.

Oui, ça peut rappeler Twilight mais *PAS LE CHOIX* est, à mon avis, moins abrutissant et moins fleur bleue avec des vampires et quelques humains. Pas de loups-garous, pas de séquences amoureuses interminables et ennuyeuses

L’histoire pose une intéressante question sur le plan littéraire : est-ce qu’un amour potentiel entre un vampire et une humaine peut amener à une union?

À Travers l’intrigue, le danger et la mort qui rôde en permanence, le sujet de l’amour est développé d’une façon sensible et assez particulière à cause du caractère de nos deux héros que tout oppose. Prévisible peut-être, mais loin d’être mièvre. Disons, sans être méchant, moins kitch que Twilight.

Au-delà d’un style pas toujours adroit, d’un sentimentalisme parfois mielleux et d’un thème dont on a de la difficulté à occulter la banalité, PAS LE CHOIX demeure une histoire intéressante à cause de la force de ses principaux personnages et de leur dualité qui n’a pas manquer de me faire sourire.

Aurélie Venem a mis en place, assez habilement, tous les éléments pour la suite des CHRONIQUES D’UN QUOTIDIEN EXRAORDINAIRES.

Suggestion de lecture : FASCINATION, de Stephenie Meyer


L’autrice Aurélie Venem

Bonne lecture
bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 9 août 2025

STEEL BROTHERS

livre 1, CHÂTIMENT

Commentaire sur le livre de
MANON DONALDSON

<Il fait si noir autour de moi. Je suis tapie dans l’ombre et j’attends. Je n’entends que mon pouls battre à mes tempes. La main devant la bouche, j’essaie de respirer sans laisser échapper le moindre bruit susceptible de me trahir. Je sais à présent qui il est… J’ai passé sept ans à le traquer sans relâche pour mieux comprendre, et maintenant que je touche enfin au but, je suis cachée dans un minuscule cagibi, terrorisée. J’aurais dû les écouter, j’aurais dû abandonner. Je suis maintenant prise au piège, et cette nuit est probablement ma dernière.>

Extrait : STEEL BROTHERS T1, LE CHÂTIMENT, Manon Donaldson, Black Ink éditeur, 2018, 496 pages. Version audio : Audible Studios éditeur, 2019, durée d’écoute : 16 heures 35 minutes. Narratrice, Arianne Brousse.

Quand Evelynn, adolescente de 14 ans, découvre sa famille massacrée, son traumatisme se transforme en haine qui alimente son désir de vengeance. Evelynn devient Ivy. 7 ans après le drame, elle réussit à s’infiltrer et à se faire accepter par les Steel Brothers, gang de bikers aux mœurs peu recommandables.

Ils sont responsables de la mort de sa famille, ils doivent payer, et Ivy a mis sur pied un plan infaillible. À leur tête, le ténébreux Dante pourrait bien tout remettre en question. Dangereux, sans foi ni loi, le puissant chef de gang va tenir un rôle inattendu.

Ivy pourra-t-elle jouer cette partie dont elle ne connaît pas toutes les règles ?

 

Une plume à subjuguer

C’est un ouvrage à tension élevée dont le ton et le rythme forcent l’attention. Le sujet est simple : une ado appelée Evelynn découvre sa famille massacrée. Une fois développée la question de savoir pourquoi elle a échappé à l’hécatombe, son traumatisme se transforme en une insatiable soif de vengeance. Les Steel Brothers, des motards criminalisés seraient responsables de cette tuerie.

Son plan est d’infiltrer les Steels, découvrir la vérité, identifier le ou les tueurs et d’exercer une implacable vengeance. Simple le plan ? Pas tant que ça.

LE CHÂTIMENT est le premier tome d’une trilogie. C’est avant tout une histoire de vengeance assortie d’alliances, d’aventures sentimentales et sexuelles et où la mort est omniprésente. Le lecteur est balloté je dois dire de rebondissement, en fausse piste, en revirement. Au cœur de l’intrigue : traîtrise, guerre de motards, infiltration, règlements de compte et des découvertes étranges qui n’ont pas fini de surprendre Evelyne devenue Ivy, mue par l’obsession de la vengeance.

C’est un roman puissant. Sa première force est son personnage principal, Ivy que l’auteur a doté d’une trempe et d’une audace extraordinaires et attachante au point que le lecteur est poussé à l’empathie pour elle. Je suis toujours sensible à l’attraction d’un personnage approfondi et bien travaillé.

Autre force, l’histoire évolue dans le monde des *bikers* avec lequel l’auteure nous familiarise non sans une retenue recherchée. C’est violent sans être excessif. Aussi, les revirements rythment le récit. L’auteure réserve de nombreuses surprises bien réparties dans l’évolution du récit. Pas de temps morts, pas de longueur et malgré la violence, l’histoire est porteuse d’émotions, particulièrement dans la finale que je n’aurais du reste jamais pu prévoir.

C’est bien fait, bien écrit et bien pensé. L’auteure m’a amené exactement là où elle voulait et ne m’a pas ménagé. Les personnages ne sont jamais ceux qu’on pense. Je me suis senti agréablement brassé et si vous êtes comme moi, vous vous accrocherez au personnage central, une tête dure comme j’en ai rarement vu. Soit dit en passant, j’ai adoré la performance de la narratrice Arianne Brousse dans la version audio.

Enfin, l’auteure a savamment mis en place tous les éléments nécessaires pour la suite. Je recommande donc STEEL BROTHERS 1, le Châtiment. Pas d’erreur, ça décoiffe.

Suggestion de lecture :  POUR SEUL REFUGE, de Vincent Ortis


L’auteure Manon Donaldson

LA SUITE

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le dimanche 23 mars 2025

L’ANOMALIE, Michael Rutger

Tout le monde a conscience que c’est censé être un sujet crucial, et soit on y croit, soit on n’y croit pas. Quoi que l’équipe puisse trouver en Alaska, ça ne changera pas la donne. Nous, en revanche… on sera peut-être en mesure de prouver à l’establishment … que toute notre histoire officielle est biaisée.

Extrait : L’ANOMALIE de Michael Rutger, format numérique, Bragelone éditeur, 2020, 375 pages.

Oppression sans plus

Un explorateur, Nolan Moore et son équipe publient sur YouTube une série d’émissions intitulée AUX FRONTIÈRES DE L’ANOMALIE :

<Nous avons besoin qu’une voix décisive combatte le portrait mensonger que les scientifiques, le gouvernement et l’autocratie libérale brossent de notre monde, cette interprétation erronée de l’histoire humaine, cette façon de tomber à bras raccourcis sur tout ce qui ne colle pas avec leurs desseins. > Extrait

L’équipe de Moore décide de frapper un grand coup en réalisant un documentaire sur une mystérieuse grotte, découverte en 1909 par l’explorateur Kincaid, dans le grand canyon en Arizona. Une gigantesque formation rocheuse s’étendant sur 446 km de longueur avec une profondeur moyenne de 1 600 mètres. Longé à sa base par le vigoureux fleuve Colorado.

*Nous avions ‘impression d’avoir pénétré dans un lieu secret, étrange et ancien… un environnement antérieur aux attentes humaines, et où l’inhabituel pouvait devenir réalité. * Extrait

Il fallait donc trouver cette caverne à partir des maigres données de Kincaid dans ce colossal univers de roche. L’histoire raconte comment, de peine et de misère, Moore a découvert la grotte comment l’équipe y a pénétré et comment elle s’est trouvée piégée.

Pas de lumière, peu d’eau, peu de nourriture, impossible de sortir, une immense sphère s’étant déplacée pour bloquer la sortie. Pire, l’équipe semble épiée par d’étranges créatures. Sont-ils sur les lieux qui cachent le mystérieux secret de nos origines ou pourrait-il y avoir comme une odeur de complot ? Ou les deux ?

Malgré l’ambiance mystérieuse de l’histoire et son caractère imprévisible, le livre raconte tout mais ne dit à peu près rien. Beaucoup d’évènements surviennent dans la grotte mais très peu sont expliqués. Le mystère est continu et linéaire. Presque rien sur les origines de cette mystérieuse grotte. Beaucoup de descriptions, mais pas d’explications.

Sur ce plan, je me suis retrouvé un peu comme une coquille vide avec une histoire qui nous fait dire en fin de compte *Tout ça pour en arriver là*

Toutefois, l’histoire n’est pas dénuée d’intérêt. J’ai été piégé par son atmosphère oppressante au point d’avoir l’impression de manquer d’air. J’ai été aussi sensible à cette espèce de rayonnement surnaturel omniprésent dans la grotte mais jamais affirmé. Un peu surpris aussi de la débrouillardise de cette équipe d’archéologues amateurs peu préparés et mal équipés. Même si les personnages sont plus ou moins travaillés, j’ai réussi tout de même à développer un peu d’empathie.

L’idée de base est bonne mais malheureusement, la plume est beaucoup plus descriptive qu’explicative. Ce manque d’équilibre nuit à la crédibilité de l’ensemble. La finale est à l’image de l’histoire. On sait ce qui se passe mais on ne sait pas pourquoi, Ça force le lecteur à spéculer sans jamais être sûr de rien.

Dommage parce qu’il y a dans cette histoire de très bonnes idées qui font tout de même qu’elle vaut la peine d’être lue.

Michael Rutger, auteur de L’ANOMALIE

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 14 mars 2025

LE FEU DE DIEU

Commentaire sur le livre de
PIERRE BORDAGE

*Le fleuve se vida tout à coup dans un bruit prolongé de succion, l’eau s’évanouit à une vitesse sidérante, comme aspirée par la gueule béante d’un monstre, dévoilant un lit tapissé d’une végétation luisante et de poissons frétillants, des bateaux se retrouvèrent plantés dans la vase, d’autres se renversèrent dans un fracas de bois et de vitres brisées. *

Extrait : LE FEU DE DIEU, Pierre Bordage, Audvauvert éditeur, 2009 et 2012, respectivement pour les versions papier et numérique, 480 pages. Version audio :  Audible studios éditeur. Durée d’écoute : 10 heures 3 minutes, narrateur : Emmanuel Lemire

Franx a anticipé le cataclysme planétaire qui s’apprête à détruire une grande partie de l’humanité. Il a réalisé une arche avec trois autres familles dans un coin du Périgord. Ce domaine, appelé le Feu de Dieu, doit bénéficier d’une autonomie totale de sept ou huit ans. Quand le cataclysme se déclenche sous ses yeux, à Paris, Franx rentre immédiatement chez lui, accompagné d’une étrange petite fille autiste qu’on lui a confiée, et dont les dons de voyance pourraient lui être bien utile.

Une recette du genre

 

Premier point, faites attention à l’interprétation du titre. Le récit ne décrit pas la fin du monde ni une catastrophe. Il est développé dans un contexte essentiellement post apocalyptique. LE FEU DE DIEU est une arche fortifiée et isolée dans laquelle prennent place trois familles qui devraient pouvoir survivre quelques années à une catastrophe mondiale.

L’arche a été imaginée par un homme qui a anticipé le cataclysme, Franx, qu’on suit tout au long de l’histoire. Mais lors du désastre, Franx est piégé à Paris. Il entreprend de marcher les 500 kilomètres qui le séparent de l’Arche et frôlera souvent la mort de très près.

En chemin, Franx adopte une petite fille autiste appelée Sauria. Cette jeune fille, confiée à Franx par sa mère juste avant de mourir, a un don particulier : celui de la voyance. Pendant ce temps, un homme habitant l’Arche et surnommé le Grax prend le contrôle de l’abri avec une main tyrannique.

C’est un récit post apocalyptique de plus qui n’apporte pas grand-chose de neuf au genre. Je n’ai trouvé aucune originalité quant au thème de la fin du monde qui est carrément sous-développé et je n’ai développé aucune sympathie pour les personnages sauf peut-être Franx sur lequel l’auteur donne peu de détail.

Du déjà vu à tous égards y compris le personnage-cliché, monstrueux, exécrable, celui pour lequel on aime se lever de bonne heure pour le détester plus longtemps.

La force du récit tourne autour de Sauria, une jeune autiste qui *parle par son silence* et qui a le don de voyance. Ça va même un peu plus loin. Sauria apporte au récit une petite touche de surnaturel qui force quelque peu l’attention. Franz doit se dépenser sans compter pour la protéger. C’est un élément intéressant qui enrichit l’intrigue.

Il est même très intéressant de suivre le lien qui se développe entre Franx et Sauria. Franx y puise de l’inspiration et même de la force. On peut dire que c’est le point fort de ce récit survivaliste.

L’histoire est développée en deux formes narratives alternées : les évènements tragiques qui se déroulent dans l’Arche et ce qu’on pourrait appeler la route de la mort empruntée par Franx qui sera bientôt rejointe par une héroïne en devenir, Sauria.

LE FEU DE DIEU est un road trip noir, violent, variation sur un thème usé mais qui tient en haleine malgré tout avec une plume efficace et facile à suivre. Le récit met en perspective ce dont l’homme est capable lorsqu’il croit sa dernière heure arrivée. Sujet intéressant mais usé.

Suggestion de lecture :

WARDAY, de W. STRIEBER et J. KUNETKA 


L’auteur Pierre Bordage

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 2 mars 2025

Un voisin étrange

Commentaire sur le livre de
FLORIAN DENNISSON

*j’AI ZOOMÉ SUR LES PETITES CAISSES. Sur chacune d’elles, il y avait une sorte d’autocollant carré, jaune et noir, sur lequel était imprimé un logo. Un logo que j’avais déjà vu auparavant. Un logo qui m’a toujours fait peur.

(Extrait : UN VOISIN ÉTRANGE, Florian Dennisson, livre 1 de la série HISTOIRES ÉTRANGES, Florian Dennisson et Chambre noire Éditeurs, 2019, version numérique, équivalence : 130 pages brochées, littérature jeunesse.)

  

Pendant les vacances de la Toussaint, Olivier Leroy pénètre sans en avoir le droit sur le terrain d’une des maisons de son village et fait une découverte étrange ayant peut-être un rapport avec l’une des énigmes les plus célèbres de l’Histoire. Le lendemain, un voisin bizarre vient s’installer en face de chez lui, dans une maison délabrée dont personne n’a jamais voulu depuis des décennies. Puni et ayant interdiction de sortir de chez lui, Olivier va avoir beaucoup de mal à mener son enquête et résoudre les mystères qui s’accumulent autour de lui.

 Olivier et les templiers

UN VOISIN ÉTRANGE est un roman court, léger, agréable à lire, un récit parfait pour introduire les jeunes au polar et pour les encourager à aller plus loin dans leurs lectures. Voici l’histoire d’olivier Leroy, un ado de 13 ans. Un jour, Olivier observe une pelleteuse tomber dans un énorme trou sur le terrain des Imbert, les voisins qui voulaient se faire construire une piscine. Une fois le terrain déserté, c’était plus fort que lui, Olivier s’y est aventuré et a découvert une grande quantité de caisses portant un drôle de dessin sur leurs côtés. C’était un sigle.

Pour sa curiosité, Olivier a été puni par son père qui lui interdit de sortir pendant plusieurs jours, mais décide tout de même de faire enquête avec l’aide de sa nouvelle amie Amanda. Le duo observe également un drôle de voisin dans de mystérieuses activités nocturnes dans sa grange.

Entre temps, la mère d’Olivier, qui est prof d’histoire, apprend à son fils que le sigle qu’il a observé sur les caisses est celui des templiers, un ordre religieux et militaire issu de la chevalerie du Moyen-âge, chargés de protéger les pèlerins sur la route de Jérusalem et ayant accumulé au fil du temps de fabuleuses richesses, jamais retrouvées à ce jour. Amanda et Olivier mettront ainsi à jour un inimaginable complot.

Brillante, l’idée de Florian Dennisson d’introduire dans son récit une notion d’histoire avérée, intrigante et de nature à stimuler l’imagination du jeune lectorat d’autant que l’Ordre des Templiers est encore de nos jours, entouré de mystère, de secrets et d’énigmes.

Les pré-ados et jeunes ados vont se reconnaître dans cette belle aventure et s’identifieront facilement à Olivier et Amanda. Ils découvriront dans ce petit livre ce qu’ils aiment en général : de l’intrigue, du mystère, du danger et surtout, la douceur et l’efficacité d’un bel esprit d’équipe et de l’amitié. Dans cet opus, tous les éléments sont réunis pour donner aux jeunes le goût de la lecture.

C’est un bon roman pour les jeunes qui pourrait être aussi un baume pour le cœur des adultes…à une condition toutefois, il ne faut pas le lire avec des yeux et un esprit d’adulte car vous y découvririez un sérieux manque de profondeur, qualité qui ne figure pas dans les priorités des jeunes lecteurs de 8 à 13 ans et c’est normal. Il faut bien commencer par le commencement. L’important est de lire.

Enfin, dans son livre, l’auteur a bien résumé l’histoire et l’objectif des templiers, mais j’invite les jeunes qui veulent pousser leurs recherches à ce sujet à consulter le dossier publié par Vikidia.

Suggestion de lecture : LE LIVRE QU’IL NE FAUT SURTOUT,SURTOUT,SURTOUT PAS LIRE, de Sylvie Laroche

DU MÊME AUTEUR


L’auteur Florian Dennisson

Bonne lecture
Claude Lambert

ARTEMIS FOWL, d’Elowin Colfer

version audio

Artemis Fowl est un impitoyable génie du crime. Il a douze ans. Artemis a un plan pour rétablir la fortune de sa famille. Il a découvert l’existence du peuple des fées et avec l’aide de Butler, son majordome, s’apprête à kidnapper leur capitaine Holly Short pour exiger une rançon. Seul bémol : les fées sont armées, puissantes, terriblement dangereuses et Artemis semble avoir quelque peu sous-estimé leurs pouvoirs. Au moins, il peut se réjouir d’avoir enfin trouvé un adversaire digne de ce nom.

 Artemis est sans nul doute un enfant prodige. Mais pourquoi
un être aussi brillant a-t-il décidé de consacrer sa vie
à des activités délictueuses? Voilà une question à laquelle
une seule personne serait en mesure de répondre. Or, il prend
un malin plaisir à ne jamais parler de lui-même. (Extrait)

Quelque part chez les fées

Sur le plan technique, la version audio d’Artémis Fowl est un petit chef d’œuvre de production omni sonore. Tout y est, les effets sonores, la qualité du son, la musique qui m’a littéralement envoûté, une parfaite synchronisation, un tout accrocheur et irrésistible, rendu par le narrateur Jean-Paul Bordes et une dizaine de comédiens qui se distinguent par la justesse du ton et de l’expression. À l’écoute de cette merveille, le temps m’a paru court. Sur le plan littéraire toutefois, je serai peut-être un peu moins dithyrambique. Je résume d’abord.

L’histoire est celle d’un jeune gamin qui entre à peine dans l’adolescence, imbu, égocentrique et avide, mais doté d’une intelligence supérieure : Artemis Fowl, 12 ans, issue d’une famille historiquement redoutée de voleurs, d’exploiteurs, de manipulateurs et d’arnaqueurs. Pour refaire la fortune de la famille, Artemis découvre l’existence du peuple des Fées, puissantes créatures qui vivent sous terre et décide de capturer leur capitaine, Holly Short. Ce ne sera pas simple, mais Artemis est tellement sûr de lui…

C’est une histoire bien développée, comportant de très bonnes idées mais elle a des irritants dont le principal est à mon avis le personnage principal. En effet, Artemis Fowl est plus grand que nature, l’auteur lui a donné des attributs qui ne font pas du tout son âge. C’est surfait et ça décrédibilise sensiblement l’histoire. Toutefois, je dois préciser que cette histoire est écrite et interprétée à la manière d’un conte.  Et moi, je l’ai forcément écoutée (le résultat aurait été le même en lecture) avec mes oreilles et mon esprit d’adulte.

Je crois que les jeunes lecteurs, 9 à 12 ans pourraient être séduits par cette histoire. Et la version audio plairait je crois davantage aux jeunes qui rechignent à lire. Ils apprécieront sans aucun doute le côté aventurier d’Artémis Fowl. C’est mon cas même si j’ai préféré le capitaine Holly Short, l’ombrageuse et courageuse Holly qui pourrait ne pas être facile à sortir des griffes de Fowl.

En résumé, Artemis Fowl est une grande réussite technique, l’histoire est originale mais certains personnages sont sous-développés comme le majordome de Fowl, Butler. Le rythme est soutenu mais pas l’intrigue. L’humour demeure au stade de tentatives. Le monde des fées est une petite merveille d’imagination. Quant au monde humain, l’histoire laisse à penser qu’il ne changera jamais.

Est-ce par hasard que dans cette histoire, l’auteur a donné au monde des humains le nom de *peuple de la boue* ?  J’ai passé un très bon moment d’écoute. Je suis sûr que les jeunes apprécieront ce moment de cinéma réservé exclusivement aux oreilles…

Suggestion de lecture : LE GARÇON ET L’UNIVERS, de Trent Dalton

ARTÉMIS AU CINÉMA

Ferdia Shaw dans le rôle d’Artémis Fowl.

Pour parcourir la distribution et la fiche technique du film réalisé par Kenneth Branath et sorti en 2020, cliquez ici. Vous pouvez également consulter ici la biographie de l’auteur ainsi que sa bibliographie. Je vous invite également à consulter l’impressionnant parcours du narrateur principal, Jean-Paul Bordes.

 
                                 l’auteur Eoin Colfer                              Jean-Paul Bordes, narrateur

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 4 mai 2024

LE SECRET DE DIEU, d’Yves La liberté

Commentaire sur les

Tome 1 : Le message des templiers
Tome 2 : Le trésor enfoui

*Les caïnites prétendaient que la perfection consistait
à commettre le plus d’infamies possibles. *
(Extrait : LE MESSAGE DES TEMPLIERS, Yves Laliberté,
Les éditions Coup d’œil, 2014, LE SECRET DE DIEU,
LIVRE 1 format numérique, 718 pages)

Après avoir déjoué de justesse un attentat à l’anthrax à Ottawa, l’agente fédérale Kristen Vale est chargée de l’enquête sur la mort d’élèves atteints d’une nouvelle forme de peste pulmonaire. De son côté, le jeune historien de la Chambre des communes, Quentin DeFoix, reçoit un courriel obscur qui le mènera sur les traces d’un signe mystérieux et du cadavre d’un sénateur au parlement canadien. Ensemble, Kristen et Quentin feront tout pour gagner une incroyable course contre la montre qui les entraînera d’Ottawa à Niagara Falls et les mettra sur le chemin des Templiers. La sécurité de la population en dépend.

Bien qu’ils aient échappé à des pièges infernaux, l’agente Kristen Vale et l’historien Quentin DeFoix sont loin d’avoir terminé leur mission : découvrir le secret de Dieu. Le temps est compté. Attentat, tentatives de meurtre et prise d’otages, les événements s’enchaînent, et dans cette atmosphère de panique, on ne sait plus qui dit vrai. Pendant que l’équipe continue son enquête qui l’entraîne toujours plus loin dans le passé et dans les souterrains cachés d’Ottawa et de Montréal, le neveu de l’agente Vale, Grady, dont l’état de santé est fort inquiétant, perçoit d’étranges phénomènes que personne d’autre ne semble comprendre.

Les aventuriers de l’histoire
*Vous m’impressionnez vivement, d’abord pour avoir
décodé le texte gravé sur la tour de la paix. Il fallait un
historien de votre trempe pour retourner un siècle en
arrière *
(Extrait livre 2, LE TRÉSOR ENFOUI)

J’ai toujours été intrigué par les templiers, qui étaient, au départ, un petit groupe de chevaliers pauvres du Christ, vivant spirituellement, dans le dénuement. Leur premier but était d’escorter les pèlerins sur la route de Jérusalem vers les lieux emblématiques de la vie de Jésus.

On sait que par la suite, les Templiers sont devenus un ordre, qui a grandi et s’est enrichi mais toujours en gardant l’objectif premier. Comme on le sait, les choses ont beaucoup évolué jusqu’au reniement par le pape et l’exécution des templiers par le roi de France Philippe IV Lebel qui, ce faisant, a pu regarnir un peu les coffres de l’état. C’est vite dit, mais dans les faits, c’est un peu plus compliqué.

L’auteur Yves Laliberté nous en apprend beaucoup plus dans son roman LE SECRET DE DIEU, une fiction mais évoquant des hypothèses intéressantes. Tout débute de nos jours avec un courriel mystérieux reçu par un jeune historien, Quentin Defoix qui formera un binôme avec l’agente fédérale Kristen Vale qui enquête sur la mort d’enfants atteints d’une nouvelle forme de peste pulmonaire. Sans le savoir, les deux enquêteurs prendront la route du SECRET DE DIEU.

Ce sont les mystères entourant les templiers qui m’ont attiré vers ces livres. Ils sont très riches en explications, en idées, en hypothèses et assez bien en accord avec le contexte historique. L’intrigue de base est intéressante et même captivante. Malheureusement, elle est noyée dans des explications qui ne finissent pas de finir.

Bien qu’intéressants, les exposés historiques sont beaucoup trop longs. Quentin et Kristen m’on plusieurs fois donné l’impression qu’ils s’écoutaient parler. Heureusement, les chapitres sont courts et assez bien ventilés.

J’aurais préféré que l’auteur vulgarise davantage, simplifie les exposés, fasse un peu plus court et donne davantage de place à l’intrigue au centre de laquelle se trouve LE SECRET DE DIEU. Pour ceux qui aiment les longues descriptions parfois stylisées, ce sera parfait.

Malheureusement, l’auteur m’a perdu. En simplifiant un peu la science qui garnit son œuvre, il aurait pu me surprendre, ce qu’il a tout de même réussi à faire un peu dans le second volume dans lequel il y a plus d’action. Je crois que l’œuvre aurait pu être réduite à un volume.

Bref, intéressant mais trop long, répétitif avec beaucoup de dialogues statiques. Le sujet reste toutefois digne d’intérêt.

Suggestion de lecture : LES ROIS MAUDITS, de Maurice Druon

Détenteur d’un doctorat en lettres françaises et sémiotique, enseignant de littérature québécoise à l’Université, Yves Laliberté est l’auteur de deux essais et quatre thrillers. Il a œuvré toute sa vie dans le domaine de l’information. Il a été plongé dans le roman d’aventure dès son jeune âge. À onze ans, il aimait déjà écrire des romans et des histoires pour bandes dessinées. Aujourd’hui, il se sent animé par la passion du détective dans les recherches qu’il mène en criminologie, en médecine légale et en histoire québécoise.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 17 mars 2024

LONGWOR, L’ARCHIPEL-MONDE, de Denis Duclos

*«Tlacacalilizli ! Les flèches, les flèches vivantes
qui tuent !… Ah, malheur, il est mort ! » hurlait
maintenant la sorcière, des sanglots dans la
gorge. Elle secouait en tous sens sa chevelure
épineuse.*

(Extrait : LONGWOR, L’ARCHIPEL-MONDE,
Le Cycle de l’Ancien Futur, livre 1, Denis Duclos, édition
de papier, J’ai lu éditeur, édition numérique mai 2001,
Rivages/Fantasy éditeur 1999, 345 pages)

Longwor : un minuscule archipel au nord-est de la Guyane, que les courants marins et les anomalies magnétiques ont caché aux yeux du monde. Augustin Coriac, disparu dans ces parages voici un siècle, y aurait-il surpris des secrets encore plus étranges que ceux qui l’ont guidé jusque-là ? Sur la Majeure, la plus grande île de l’archipel, Augustin découvre chemins forestiers, passages souterrains et marais pestilentiels. Mais il est vite confronté à la violence des jeux de pouvoir qui agitent ce micro monde. Il échappera à mille dangers tout en découvrant le pouvoir secret du « Grand Dragon » qui régit la destinée de l’archipel.

Un surprenant microcosme
*« Buvons, mes amis, au Grand Équilibre, qui, comme par miracle,
interdit aux puissances de ce monde de nous faire sombrer dans
l’apocalypse ! Buvons à la vie qui permet à ce pauvre être de
résister à tous les traitements inhumains qu’on lui a fait subir !»
On trinqua à l’adresse du thrombe endormi. *
(Extrait)

LONGWOR, L’ARCHIPEL-MONDE est le premier opus d’une série appelée LE CYCLE DE L’ANCIEN FUTUR. C’est un grand récit aventurier qui a attiré mon attention pour plusieurs raisons. Il s’agit de la démarche d’un aventurier. Ça n’a rien d’extraordinaire comme récit, cependant, l’histoire a certains attributs très intéressants. Voyons d’abord le synopsis.

À la fin du XIXe siècle, un aventurier appelé Augustin Coriac trouve le moyen d’atteindre et d’explorer un endroit légendaire quelque part au nord-est de la Guyane, mais pourtant caché aux yeux du monde par des courants marins capricieux et des anomalies magnétiques.

Dès son arrivée, il rencontre Phial d’Atoy de Parinofle qui deviendra guide officiel de cette odyssée extraordinaire dans cet archipel à la beauté aussi luxuriante qu’hostile. L’objectif de Coriac est d’atteindre Clotone, la capitale de l’Archipel mais il devra affronter de nombreux dangers, les subtils jeux de pouvoirs des principaux acteurs étant les moindres.

Le premier élément qui m’a sauté aux yeux est le soin particulier que Denis Duclos a mis dans la création de Longwor. Il a donné à l’archipel une histoire, des légendes, des mœurs, une géographie, un système politique, une mythologie, toutes sortes de créatures, espèces et sous-espèces et j’en passe mais non sans mentionner le plus important : LE GRAND ÉQUILIBRE, une expression rituelle qui se réfère à des croyances partagées dans tout Longwor.

C’est la caractéristique majeure de l’Archipel qui rend capital le souhait des insulaires de ne jamais entrer en contact avec le Nouveau-Monde. *On m’a parlé d’un jeu entre les îles, d’un lien compliqué entre la politique et les courants marin…* (Extrait)

toutes ces caractéristiques attribuées à Longwor sont tellement vastes et, je dois le dire, inutilement compliquées, que l’auteur a consacré 20% de son livre (un cinquième…je trouve ça énorme) à une petite encyclopédie des Îles de Longwor, c’est-à-dire un dictionnaire d’êtres de toutes sortes peuplant l’imaginaire de l’archipel : hommes, dieux, fées, chevaux, navires, thrombes et même des morts vivants. Ajoutons à cela trois dictionnaires thématiques spécifiques à Longwor.

Autre élément qui m’a frappé dans ce livre est la beauté de l’écriture. L’auteur y décrit un microcosme qui n’est pas sans rappeler les envolées descriptives de Jules Verne : *Vous ne le connaissez pas dit fièrement Propio. « Elle court comme une brenèle, grimpe comme une chevirelle et nage comme un phomar. Éventuellement, elle mord comme un petit traquart… » (Extrait)

Beaucoup de mots sont des déformations ou des extensions de mots courants comme *gouvernoral* au lieu de gouvernemental ou *BLIN* au lieu de lin. Évidemment, donner autant d’attributs à un peuple caché comme l’histoire et la mythologie nécessitait qu’on lui attribue également un langage.

Voilà. Je vous ai donné les principales raisons qui me poussent à vous recommander ce livre…des raisons qui constituent un côté dépaysant avec beaucoup de trouvailles. Sur le plan de l’histoire, c’est plus ordinaire…un aventurier qui découvre et explore un monde nouveau, étrange et pouvant être dangereux. Ordinaire, et courant en littérature. Mais il y a beaucoup d’autres choses que l’histoire dans Longwor et ça fait de cette lecture une belle diversion.

Suggestion de lecture : SAUVAGE, de Jamey Bradbury

Denis Duclos est sociologue, docteur d’État, directeur de recherche au CNRS à Paris, écrivain et chercheur associé à un groupe de recherche de l’Institut Télécom. Denis Duclos est intervenu régulièrement dans le Monde diplomatique depuis 1993. Il a écrit des récits mythiques et d’Heroic fantasy inspirés par sa réflexion sur le concept de pluralité. Le « cycle de Longwor » est inspiré du cycle homérique. Il décrit des aventures épiques dans un archipel imaginaire, où la liberté des personnages se confronte à la « machine » des fonctions identitaires de chaque île.

LA SUITE

Bonne lecture
Claude Lambert

le samedi 25 novembre 2023