NOYADE, André Mathieu

*Et pourtant, dans la tour du coin de sa chambre, Stéphanie contemplait la nuit monstrueuse qui eût pu redonner vie à tous les morts du cimetière si tant est qu’un docteur Frankenstein ait manipulé les courants électriques et les cerveaux de la manière appropriée. *

Extrait : NOYADE, d’André Mathieu. Format numérique, Les Éditions Coup d’œil, 2021, 334 pages, 1230 kb. Édition de papier : 1ère édition, Les éditions Nathalie, 1998, rééd. : Les Éditions Coup d’œil 2021, 403 pages.

À l’aube des années 2000, Marilou Forest, une adolescente que les épreuves ont fait vieillir avant le temps, se voit obligée de suivre sa mère, récemment divorcée, dans sa ville natale. Un retour aux sources qu’elles espèrent toutes les deux être l’occasion d’un nouveau départ.

Cependant, aussitôt engagée au McDo pour un emploi d’été, Marilou rencontre Stéphanie « Toupette » Lavigne, dont l’exubérance ne laisse présager aucun répit. C’est sans compter Sandra, Jonathan, Danny, Jérôme… La jeune fille devra décider si elle fera entrer dans sa nouvelle vie cette bande de personnages hauts en couleur, au risque de révéler ses blessures et de découvrir celles des autres.

 

La densité de l’adolescence

C’est une histoire triste mais tellement bien écrite. Elle m’a sensibilisé sur une période fragile et délicate de la vie : l’adolescence, un passage où tout est remis en question, où le besoin d’amour et de reconnaissance se manifeste avec force. Adolescence en mal de vivre qui doit affronter tous les problèmes induits par le réveil hormonal.

André Mathieu décrit avec beaucoup de sensibilité cette période phare de la vie. Il a beaucoup investi dans ses personnages en créant une intimité, pas seulement entre eux mais avec les lecteurs.

On suit Marilou Forest, une adolescente en deuil de son petit ami et qui revient aux sources avec sa mère. C’est par sa bouche que l’auteur déploie toute sa poésie. Notre héroïne sera par moment mise dans l’ombre par Stéphanie Lavigne, une jeune fille exubérante, extravertie, bavarde, fille à papa et qui manifeste un sérieux penchant pour l’alcool.

Il serait faux de dire, d’après moi, que les autres personnages sont secondaires. Danny, Jérôme, Sandra et Jonathan, forment, avec Marilou et Stéphanie un clan lié par une force indéfinissable qui subira la fureur du destin.

Je ne peux pas dévoiler ce qui les attend mais je vous invite à plonger dans cette histoire touchante et émouvante. Ce que je peux dire, c’est que les jeunes seront confrontés à l’amour, la mort, l’opposition sociale et l’étroitesse d’esprit de beaucoup d’adultes. Vous risquez d’être surpris, comme moi, du discours insignifiant fait par le père de Stéphanie alors que tout le monde était réuni dans son sous-sol.

Cette histoire pousse à une profonde réflexion sur le sens de la vie et de la mort aussi car le récit est assombri par une tentative de suicide et pas seulement. Elle fait aussi réfléchir sur les étapes qui conduisent inexorablement à l’alcoolisme. J’ai découvert des jeunes profondément attachant manifestant un besoin parfois désespéré de reconnaissance, d’empathie.

NOYADE est une ode chargée d’émotion et empreinte d’une poésie chaude et qui parle fort. J’ai beaucoup aimé cette histoire centrée sur deux jeunes filles que tout oppose mais qui sont beaucoup plus rassembleuses qu’elles ne le croient.

C’est un drame humain, bien bâti et développé, fort sur le plan psychologique avec des personnages qui pourraient être nos enfants, nos amis, nos frères, nos sœurs… Cette histoire, issue d’une plume exceptionnelle nécessite une bonne ouverture d’esprit. Je recommande chaleureusement NOYADE.

Suggestion de lecture : ANNA ET L’ENFANT-VIEILLARD de Francine Ruel


L’auteur André Mathieu

 DU MÊME AUTEUR


BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le samedi 8 août 2026

CAPTIVE, Sarah Rivens

*— Tu n’arrives plus à respirer ? murmura-t-il en serrant un peu plus mon cou. Ne t’avise plus jamais de me parler comme tu le fais en ce moment. Je te ferai vivre un enfer, et crois-moi, tu n’as aucune idée de ce dont je suis capable. *

Extrait : CAPTIVE tome 1, de Sarah Rivens. Édition de papier : Hachette livre éditeur, 2021, 550 pages. Format numérique : BMR éditeur, 2022, 468 pages, 2665 KB. Version audio : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 15 heures 10 minutes, narration : Cashou Kirsch.




Une dark Romance ???

Dans cette histoire, tous les réseaux criminels utilisent des captives. Ce sont des femmes redoutables, malignes. Elles sont dans l’ombre de leur réseau, représentantes de leurs chefs qui eux, sont appelés les possesseurs. Les captives sont utilisées pour différentes opérations : espionnage, infiltration, collectes d’informations, et autres.

Ici, nous suivons Ella Collins, une captive arrachée à un possesseur proxénète et appartenant dorénavant au réseau des Scott, dirigé par Asher Scott, un parfait mufle, grognon, froid et rude. L’histoire d’Ella se perd dans une confusion d’amour, de haine, d’affection et de frustrations. Au début, Asher voue à Ella une haine viscérale, d’autant que cette captive lui a été imposée.

Vous voyez où je veux en venir…au fil du temps, les sentiments peuvent changer, évoluer ou se transformer, mais dans cette histoire, ils sont entraînés dans une confusion totale, curieusement entretenue jusqu’à une finale tout à fait prévisible et sans saveur.

Je crois que ce livre a été écrit très vite. L’histoire, parsemée d’incohérences n’a pas été creusée. Elle est trouée et accuse une absence totale d’originalité. On a oublié de placer les lecteurs-lectrices dans le contexte. Que faisait le réseau des Scott. On sait qu’il est criminel et on apprend vers la fin qu’il verse dans le trafic d’armes. C’est à peu près tout. Les captives, elles font quoi à part magasiner et discuter ?

À part deux âmes qui ne se comprennent pas et les sempiternelles histoires de familles dynastiques imprégnées de jalousie, de règlements de compte et de pouvoir, il a été difficile pour moi de comprendre où l’autrice voulait en venir.

Les personnages sont superficiels, un peu caricaturés, et quelques-uns même insignifiants. Ella m’a carrément tapé sur les nerfs. Elle est geignarde, confuse, mêlée dans ses sentiments et à la limite, misérabiliste…une actrice ennuyante.. C’est le personnage principal après tout.

C’est dommage, parce que l’idée de départ était intéressante, même prometteuse. J’avais cru que Sarah Rivens allait plancher sur le rôle des femmes dans les réseaux criminels. Partant de cette idée, elle pouvait insuffler à son récit la force d’un roman d’espionnage et d’action.

En lieu et place, on a l’évolution lente et pénible d’une femme qui pleure sur son sort, qui aime, qui n’aime pas, qui sait, qui ne sait pas. Oui, CAPTIVE est une dark romance assise sur une relation toxique. Pour moi l’histoire est sous-développée et non-évolutive. L’idée au départ est bonne mais elle n’a pas été exploitée.

Et dire qu’il y a une suite…non merci.

Suggestion de lecture : LE PRÉDICATEUR, de Mila-Ha

 LA SUITE


L’autrice Sarah Rivens

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 28 juin 2026

Le trône de fer.1

Commentaire sur le livre de 
GEORGE R.R. MARTIN

En ces temps-là nimbés de brume, où la belle saison pouvait durer des années, et la mauvaise toute une vie, se multiplièrent un jour des présages alarmants. Au nord du Mur colossal qui protégeait le royaume, se massèrent soudain des forces obscures. Au sud, l’ordre établi chancela.

Le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge enserrèrent inexorablement le trône convoité… Le Trône de fer plonge le lecteur dans un tourbillon d’aventures sanguinaires, peuplé de créatures surnaturelles, de barbares et de traîtres. Un monde où parfois cependant l’amour et la tendresse triomphent.

Après avoir tué le monarque dément Aerys II Targaryen, Robert Baratheon est devenu le nouveau souverain du royaume des Sept Couronnes. Tandis qu’en son domaine de Winterfell, son fidèle ami le duc Eddard Stark rend paisiblement la justice.

Mais un jour, le roi Robert lui rend visite, porteur de sombres nouvelles : le trône est en péril. Stark, qui s’est toujours tenu éloigné des affaires du pouvoir, doit alors abandonner les terres du Nord pour rejoindre la cour et ses intrigues.
L’heure est grave, d’autant qu’au-delà du Mur qui protège le royaume depuis des siècles, d’étranges créatures rôdent.

 Un géant du fantasy
Mais ce soir différait des autres.  Les ténèbres avaient, ce soir,
une espèce d’âpreté qui vous hérissait le poil…

Il sentait les yeux des morts peser sur lui.
Il les savait tous à l’écoute. Et l’hiver venait.

Extraits : LE TRÔNE DE FER, TOME 1, LA GLACE ET LE FEU, de George R.R. Martin. Édition de papier : Jai lu éditeur, 480 pages en format de poche. Format numérique, Pygmalion éditeur, 2017, 420 pages, 4048 KB.

Version audio : Gallimard éditeur, 2015. Durée d’écoute : 17 heures 4 minutes, narrateur :  Bernard Métraux. Format BD : en 9 tomes, publiés entre 2012 et 2020 chez Dargaud éditeur. Aussi, adaptations disponibles en série télévisées, jeux de cartes à collectionner, jeux de société et jeux vidéos.

Quoique peu attiré par cette série, je me suis quand même penché sur le livre 1 pour voir comment l’histoire se présente, pourquoi la série est considérée comme un monument de la littérature du genre fantasy et comprendre aussi pourquoi la masse critique déploie un tel dithyrambe concernant cette saga de George R.R. Martin.

Je ne partage pas tous les avis flatteurs mais je rejoins quand-même beaucoup de commentaires positifs. Il faut admettre que quelque chose, quelque part a accroché le lectorat : 90 millions d’exemplaires vendus dans le monde, traduit en 47 langues et générant une phénoménale quantité de produits dérivés dont la plupart sont connus sous leur nom d’origine : GAMES OF THRONES, en plus de la série Télé.

Côté positif, ce qui m’a frappé, c’est l’élégance de l’écriture. La plume est imagée, recherchée. Elle a quelque chose de théâtral et rappelle fortement la notion de scénario ce qui n’est guère surprenant. Il y a plus d’intrigue que d’action. J’ai senti que Martin prenait bien son temps pour mettre une impressionnante quantité de personnages en place. Je ne vous cache pas que j’ai été mêlé par moment, que j’ai eu de la difficulté à entrer dans l’histoire.

Pour être plus précis sur le contenu, TRÔNE DE FER est un roman de fantasy dont l’histoire se déroule dans un monde médiéval, féodal. En principe, la magie et les créatures de légendes ont disparu mais on pourrait avoir des surprises. Il y a plusieurs intrigues, la principale étant que plusieurs maisons nobles rivalisent pour l’obtention du trône.

C’est ici qu’on entre dans les recettes habituelles du genre : manipulation, alliances douteuses, trahison, complot, hypocrisie. Je crois que l’ouvrage est loin de sortir des sentiers battus comme le suggèrent certains propos à caractère éditorial. On doit aussi faire attention au fait que la télé prend souvent des directions bien différentes des livres et on sait qu’il est souvent difficile de mettre la télé de côté. Moi j’ai préféré le livre. Je m’en suis tenu au premier je le rappelle et je ne crois pas continuer malgré ses belles qualités, momentanément lassé de la fantasy.

Allons-y maintenant avec un rapport de forces et de faiblesses. POINTS FORTS : L’écriture est magnifique et tend à intégrer le fantastique dans une trame où l’ambition est à l’avant-plan. C’est habile. Il se dégage de l’histoire une atmosphère spéciale de vieilles légendes, de créatures de l’ombre, de forêts où planent mystère et froid. Toutefois, dans mon cas, le pouvoir de l’intrigue a dépassé celui du ressenti. Aussi, Martin a le don de raccorder le langage moderne avec celui du médiéval, ce qui met les lecteurs en zone de confort et exacerbe l’intrigue en plus de contribuer à la crédibilité de l’ensemble. Enfin, j’ai été subjugué par la version audio. La narration de Bernard Métraux est tout simplement magistrale. La finale est un peu expédiée mais tout est en place pour donner au lectorat le goût de continuer.

POINTS FAIBLES : beaucoup de longueurs, de palabres. On sent le désir de l’auteur de pousser loin la saga et de tout mettre en place correctement pour la démarrer. Le problème est qu’il s’étend longtemps et avec la quantité énorme de personnages qu’il met en scène, ça peut pousser à la confusion et/ou au découragement.

Je note aussi que, comme ça se produit souvent dans ce genre de récit, beaucoup de personnages sont surfaits, les enfants en particulier à qui on prête une précocité irréaliste. Le début de l’histoire est pénible. J’ai fait des efforts pour m’accrocher et comprendre quelle direction prenait l’auteur. Introduction lente, longue et parfois ennuyante.

Autre irritant qui pourrait nécessiter un maximum de ténacité des lecteurs/lectrices : il y a huit narrateurs. Ça change à chaque chapitre. J’ai trouvé cela irritant parce que j’avais le sentiment que les personnages étaient dilués, moins intéressants ou attachants. Heureusement, dans la deuxième moitié du récit, l’histoire gagne un peu en limpidité.

Voilà. En ce qui me concerne, j’en reste là. Non que la saga ne mérite pas d’être poursuivie, au contraire mais j’ai besoin de sortir de l’univers de la fantasy pour un temps.

UNE PARTIE DE LA SUITE


L’auteur George R.R. Martin

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 23 mai 2026

KUKUM, Michel Jean

*Une mer au milieu des arbres. De l’eau à perte de vue, grise ou bleue selon les humeurs du ciel, traversée de courants glacés. Ce lac est à la fois beau et effrayant. Démesuré. Et la vie y est aussi facile qu’ardente. *

Extrait : KUKUM, de Michel Jean. Édition de papier et format numérique : Libre Expression éditeur, 2019, 224 pages. Version audio : Vues et Voix éditeur, 2020. Duré d’écoute 4 heures 42 minutes. Narratrice : Domonique Pétin

Ce roman raconte l’histoire d’Almanda Siméon, une orpheline amoureuse qui va partager la vie des Innus de Pekuakami. Elle apprendra l’existence nomade et la langue, et brisera les barrières imposées aux femmes autochtones. Relaté sur un ton intimiste, le parcours de cette femme exprime l’attachement aux valeurs ancestrales des Innus et le besoin de liberté qu’éprouvent les peuples nomades, encore aujourd’hui.

Chaleureux, positif et optimiste

C’est un récit intimiste à saveur biographique puisque Michel Jean raconte l’histoire de son arrière-grand-mère Almanda Fortier (1882-1977) et lui donne la parole. Voici donc le récit de Kukum Almanda, (Kukum : grand-mère) une orpheline courageuse qui, à 15 ans, devenue amoureuse d’un beau jeune chasseur innu, Thomas Siméon, adolescent, comme elle. Surmontant la barrière des langues, Almanda quittera sa petite ferme pour partager la vie aventurière des innus de Pekuakami (Lac-Saint-Jean).

Almanda passera donc du sédentarisme au nomadisme et développera au cours de ses aventures, des idées féministes, un désir d’abattre les barrières à une époque pas si lointaine où les amérindiens étaient appelés des sauvages. Almanda vivra aussi la sombre période au cours de laquelle le gouvernement fédéral à Ottawa travaillera à *désindianiser* les premières nations,

À ce chapitre, par la voix de son héroïne, l’auteur revient sur les évènements déjà évoqués dans son livre LE VENT EN PARLE ENCORE alors que les enfants de Mashteuiatsh sont arrachés à leur famille par la Gendarmerie Royale du Canada pour être emmenés dans un pensionnat de Fort George à mille kilomètres de leur foyer. Le vent en parle encore…

Je ne reviendrai pas sur ce véritable gâchis encore commenté de nos jours dans la grande actualité mais cela donne une bonne idée du combat et des sentiments de Kukum Almanda à une époque où les indiens étaient mal vus, et le féminisme, impensable.

J’ai adoré ce livre. J’ai écouté la version audio deux fois plus pour la beauté du texte que pour la voix de la narratrice qui ne débordait pas vraiment d’émotion. Kukum était une femme forte, hors du commun. Par sa voix, l’auteur a raconté la passion la vie d’une communauté Innu du Lac-Saint-Jean, ses traditions, sa culture, et bien sûr, toute la chaîne d’évènements issus de la sédentarisation forcée.

En écoutant ce récit, je n’ai pu faire autrement que de développer une gêne, une sorte de malaise, me demandant encore aujourd’hui comment on a pu tomber si bas autant chez les religieux que chez les politiques.

KUKUM est aussi une belle histoire d’amour. Je suis étonné qu’il soit aussi peu fait mention de Thomas dans les descriptifs du livre et dans la masse critique. Je me suis beaucoup attaché à Thomas. C’est un personnage ombrageux et surtout très proche de la terre, ce qui m’a plu énormément.

Une toute petite faiblesse si on peut l’appeler comme ça, c’est que j’aurais souhaiter avoir plus de détails sur les origines d’Almanda, ses parents, son adoption par son oncle et sa tante, une certaine généalogie, même chose pour Thomas. Je sais qu’Almanda est orpheline d’une famille de migrants irlandais. J’aurais juste souhaité en savoir un peu plus.

Mais autrement, Kukum est un récit qui parle fort, riche d’un vécu raconté à la première personne. Sa simplicité et sa sensibilité m’ont touché et les évènements évoqués me choquent encore aujourd’hui. Kukum semble vouloir me dire, avec une infinie douceur, qu’il ne faut tout simplement pas oublier….

KUKUM de Michel Jean…à mettre dans vos projets de lecture…

Suggestion de lecture : L’INDIEN MALCOMMODE, de Thomas King


L’auteur Michel Jean

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 19 avril 2026

Le vieil homme et la mer

Commentaire sur le livre
d’ERNEST HEMINGWAY

*Puis il se sentit malheureux en songeant que le poisson n’avait rien à manger et sa détermination à le tuer ne s’en trouva pas diminuée d’autant. Combien de personnes nourrira-t-il? pensa-t-il. Mais ces gens méritent-ils de le manger? Non, bien sûr. Il n’existe pas une personne qui mérite de le manger si l’on considère sa conduite et sa grande dignité. *

Extrait : LE VIEIL HOMME ET LA MER, d’Ernest Hemingway. Pour la présente, format numérique, Folio éditeur, 1952, 125 pages. Format papier, rééd. Futuropoli éditeur, 2014, 128 pages.

La chance a abandonné le vieux pêcheur : voici plusieurs semaines qu’il revient au port avec sa barque vide. Pourtant, tous les soirs, il prépare, avec son jeune ami Manolin, à qui il a appris l’amour de la mer, la pêche du lendemain qui lui accordera peut-être une dorade, un thon ou même un requin. Vient un jour où, en effet, le vieil homme rencontre son poisson. L’homme et l’animal vont alors s’affronter en un duel long et âpre qui va durer plusieurs jours, plusieurs nuits…

 Le dernier d’Hemingway

Quel récit splendide. Un enchantement. Un texte allégorique qui parle fort. Voici l’histoire d’un vieux pêcheur, Santiago, usé par la mer et le temps et d’un jeune homme, Manolin, qui l’a pris en amitié. Le récit est centré sur un combat long et dur, au large, entre le vieil homme et un énorme marlin, un très gros poisson, fougueux et rapide, qui s’apparente à l’espadon. Ce géant des mers serait pour Santiago, la prise de sa vie.


Le combat acharné entre le vieil homme et ce poisson hors-norme durera trois jours et deux nuits. Qui gagnera ? Je vous laisse le découvrir, mais ce n’est pas le plus important.

Au cours de cet implacable duel, un grand respect s’installe, teinté de dignité entre le vieil homme et le géant des mers : *Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C’est ton droit. Camarade,  j’ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m’est égal lequel de nous deux qui tue l’autre. * (Extrait)

Dans ce profond voyage intérieur, Santiago allait jusqu’à remercier Dieu pour ce combat à l’issue pourtant incertaine : *Le poisson, la mort dans le ventre, revint à la vie. Dans un ultime déploiement de beauté et de puissance, ce géant fit un bond fantastique. Pendant un instant, il resta comme suspendu en l’air au-dessus du vieil homme et de la barque… * Extrait

Avec sa plume d’une infinie profondeur, Hemingway développe des thèmes qui exercent une forte attraction sur l’esprit. Ces thèmes font que LE VIEIL HOMME ET LA MER est un immortel de la littérature, un incontournable qui demeure aujourd’hui d’une actualité criante. Il y a bien sûr l’image de l’homme seul devant la grandeur et la puissance de la nature. Mais l’auteur va plus loin en développant des thèmes qui sous-tendent le sens de la vie : le courage, l’amour, la dignité, la résilience.

Outre le combat d’un vieux pêcheur avec un géant de la mer, le récit, à saveur écologique, image le combat entre le cœur et la raison, et l’attraction entre les générations.

Ce texte d’une grande beauté complète magnifiquement l’héritage littéraire que nous a transmis Ernest Hemingway, héritage qui lui a valu le prix Nobel de littérature en 1954. J’ai trouvé LE VIEIL HOMME ET LA MER d’une grande profondeur et d’une grande maturité. Malgré la complexité des sentiments qui l’animent, l’écriture est fluide, la plume sensible. L’ensemble est réaliste et exprimé simplement.

Une belle histoire qui se lit vite et bien et qui va droit au cœur.

Suggestion de lecture : Moby Dick d’Herman Melville

Le vieil homme et la mer
au cinéma

Le livre d’Hemingway a été adapté plusieurs fois au cinéma. Par exemple, Spencer Tracy est excellent dans la version de 1958 réalisée par John Sturges. J’ai préféré toutefois la version de 1990 réalisée par Jud Taylor avec Anthony Quinn.


L’auteur Ernest Hemingway

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 12 avril 2026

 

Cemetery boys

Commentaire sur le livre de
AIDEN THOMAS

*-Tu sais qui tu es, je sais qui tu es et Notre Dame le sait aussi… alors que tous les autres aillent se faire voir. Maritza lui lança un sourire malicieux.
-Souviens-toi pourquoi on fait tout ça…Yadriel se blinda et parla avec tout le courage qu’il put rassembler. -Pour qu’ils voient bien que je suis un Brujo.
-Ils vont se sentir bien bêtes lorsque tu leur feras voir.

Extrait : CEMETERY BOYS, version française, d’Aiden Thomas. Édition de papier (poche) Big Bang éditeur, 2023, 456 pages. Format numérique : Actu SF éditeur, 2023, 405 pages, 1136 KB. Version audio : VOolume éditeur, 2023, durée d’écoute : 12 heures 37 minutes, narrateur : Loïc Richard.

Le choc de la tolérance

C’est un très bon roman. J’ai trouvé sa lecture agréable. Le thème est sensible mais habilement développé, en douceur, avec délicatesse. Pour le résumé de l’histoire, vous pouvez vous fier au quatrième de couverture plus haut. On ne pourrait faire mieux. Ce qu’il faut retenir, c’est que Yadriel est un garçon transgenre et qu’il veut devenir Brujo pour invoquer les esprits disparus, un pouvoir traditionnellement réservé aux garçons

Yadriel veut utiliser son pouvoir pour faire revenir l’esprit de son cousin qui a connu récemment une mort violente. Yadriel réussit effectivement à faire revenir un esprit. Mais voilà, ce n’est pas le bon. Ce qui apparaît est l’esprit d’un jeune homme lui aussi victime de mort violente. Il s’appelle Julian.

Julian ne veut pas repartir. Il veut rester pour protéger ses amis qui sont menacés et a besoin pour ce faire de la complicité de Yadriel. S’ensuit toute une série d’aventures et surtout, la naissance d’un petit sentiment qui grandit doucement surtout chez Yadriel. Mais bref, au départ, Julian veut rester pour sauver ses amis, Yadriel veut que Julian reparte mais on se rend vite compte qu’il en a de moins en moins envie.

Je veux m’attarder un peu sur Julian qui fut de loin mon personnage préféré. Jeune homme en fin d’ado, il est rebelle, un peu bougon, têtu et traînait de son vivant, une réputation de méchant garçon. Pourtant, L’auteur l’a doté d’une très bonne nature. Il a une carapace de dur à cuir mais ce n’est qu’une apparence. Il est sensible, protecteur et surtout, il a accepté Yadriel dans sa différence…le genre de bonhomme qu’on serait heureux d’avoir comme ami.

C’est un récit bien développé. L’action n’est pas à l’emporte-pièce mais il y a de l’émotion et la plume pousse les lecteurs à sympathiser avec les personnages qui ont tous un côté attachant et chaleureux. C’est un roman pour jeunes adultes mais aussi une réflexion de société alors que la reconnaissance des genres est au cœur de l’actualité. (voir LGBTQIA+)

Si le livre est venu me chercher et m’a touché, il comporte tout de même quelques irritants et faiblesses. Je note d’abord une surexploitation de mots et de termes espagnols. C’est un peu dérangeant, La version audio en particulier n’est pas aisée à suivre. Et puis, je suis toujours un peu heurté quand un livre en français porte un titre anglais. Pas fort. Enfin, l’intrigue tourne en rond et accuse un peu d’errance mais elle nous amène pourtant vers une finale surprenante. Le genre de finale qu’on a l’impression de vivre entre les mots…

Enfin, un mot sur les personnages. Ils sont forts mais sensibles. Certains luttent pour les traditions, d’autres luttent contre. Outre Julian et Yadriel, vous ferez la connaissance de Maritz, une vraie flamme celle-là, attachante et empathique, rejetée par les siens parce qu’elle est végane. Heureusement, deux petites perles que je vous laisse découvrir la protègent : Donatello et Michelangelo.

C’est un livre plein des mystères latins que l’auteur Aiden Thomas nous fait découvrir en toute simplicité en plus de thèmes que nous avons besoin d’explorer comme société : Amitié, Amour et bien sûr Respect des différences, Tolérance, Acceptation.  Je qualifierai ce livre de doux et fort.

Suggestion de lecture : LE BLEU DES GARÇONS, d’Éric Leblanc


Aiden Thomas est un auteur à succès figurant sur les listes best-sellers du New York Times. Il détient une maîtrise en création littéraire. Originaire d’Oakland (Californie), il est installé à Portland (Oregon). En tant que queer, trans et Latinx, il plaide pour une représentation de la diversité dans les médias.

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 19 décembre 2025

Le tatoueur d’Auschwitz

Commentaire sur de livre de
HEATHER MORRIS

 

*Tandis qu’ils disparaissaient dans l’obscurité, Lale fait un serment : Je sortirai vivant de ce camp. Je partirai en homme libre. S’il y a un enfer, je verrai ces assassins brûler dans ses flammes. *

Extrait : LE TATOUEUR D’AUSCHWITZ d’Heather Morris. Pour la version papier : J’ai lu éditeur, 2021, 256 pages. Pour le format numérique : City editions, 2018, 320 pages. Version audio : Audible studios éditeur, 2018, durée d’écoute : 7 heures 40, narratrice : Isabelle Miller.

La vie qui bat

C’est une histoire qui m’a beaucoup impressionné. L’autrice est venue me chercher très rapidement pour ne pas dire dès le départ. On suit, tout au long du récit, Ludvig Einsemberg, un jeune slovaque de 23 ans surnommé LELLE. Il est capturé vers 1942 et déporté dans le camp d’extermination d’Auschwitz en Pologne.

En arrivant dans ce camp de la mort, Lele s’est juré de survivre à tout prix. Il est fûté et débrouillard. Une chaîne d’évènements et de rencontres l’amènera à devenir le tatoueur du camp dont le rôle est de tatouer un numéro d’identification au bras des prisonniers. Ça améliorera très sensiblement son sort.

Pour tout le monde, il demeure Lele, volant dans les réserves pour aider les plus affamés et les malades. Les allemands l’appelleront le *tatöwierer* c’est-à-dire le tatoueur en allemand. Un jour, il aperçoit une jeune femme nommée Gita. C’est le coup de foudre, une nouvelle raison de vivre dans cet environnement de mort.

Graduellement, le coup de foudre devient partagé. Un amour profond s’installe. Il est difficile à exprimer car les conditions du camp d’extermination ne se prête pas tellement aux rencontres courtoises. Mais comme je l’ai dit plus haut, Lelle est débrouillard. Mais il aura trois ans à attendre avant la libération qui ouvrira la porte aux espoirs les plus fous…

Même si le récit est basé sur une histoire vraie, c’est un coup de génie d’Heather Morris d’avoir développé une aussi belle histoire d’amour dans un cadre aussi cruel et infernal que le camp d’Auschwitz conçu et créer pour torturer et tuer. Ce paradoxe démontre bien le pouvoir de l’amour.

Elle a bâti son histoire d’une plume habile et intelligente, avec beaucoup de sensibilité. Afin de maintenir un parfait équilibre dans son récit, Morris s’est gardée une réserve. Bien sûr, elle n’a pas pu contourner les horreurs historiquement avérées des camps d’extermination mais elle a évité les artifices et autres détails monstrueux. Elle s’est concentrée sur un garçon passionné et attachant et rusé comme un renard en plus et sur la naissance d’un amour en apparence impossible.

Il doit tout de même y avoir une part de fiction dans cette histoire. Je suis surpris par exemple qu’un homme ait tenu trois ans en vie à Auschwitz, même comme tatoueur. À ma connaissance, aucun document historique mentionne Ludvig Eisemberg. Sous l’angle historique, il se peut bien que la rigueur du récit soit discutable.

Peut-être que l’histoire a été bâtie sur des témoignages recoupés. J’éviterai donc le terme *biographie* ou encore roman historique. Je dirai un roman basé sur une histoire vraie.

Il reste que c’est une histoire d’une magnifique beauté. Une leçon de courage, d’amour et d’abnégation.

L’écriture est belle et sensible et ma dernière heure de lecture de ce livre a été pour moi très émouvante. Lisez sans crainte. C’est un coup de cœur.

Suggestion de lecture : L’ANGE DE MUNICH, de Fabio Massimi


L’autrice Heather Morris

 De la même autrice

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 21 septembre 2025

 

Pas le choix

Les chroniques d’un quotidien extraordinaire, tome 1 
d’AURÉLIE VENEM

*Beaucoup de gens disent que faire face à la mort, dans un accident par exemple, change votre vie. Pour moi, c’est exactement ce qui s’est produit. Sauf que ce soir-là, je me suis retrouvé non face à la mort mais devant des morts…et qui étaient pourtant bien vivants. * (prologue)

Extrait : SAMATHA WATKINS ou LES CHRONIQUES D’UN QUTIDIEN EXTRAORDINAIRE, tome 1 : PAS LE CHOIX, de Aurélie Venem. Édition de papier : Aurélie Venem éditrice, 2016, 460 pages. Format audio : Audible studios éditeur, 2017, durée d’écoute : 13 heures 18 minutes, narratrice : Ludmila Ruoso. Aussi disponible en version numérique.

Une nuit, alors qu’elle rentre chez elle, Samantha Watkins, jeune bibliothécaire au quotidien morne et insipide, va voir sa vie prendre un virage à 180 degrés de par sa rencontre avec un « ange »…

Loin des gardiens du paradis, l’homme qui la choisit pour devenir son assistante et mettre sa vie en danger dans l’enquête sur les étranges disparitions de la région, est un vampire de cinq-cents ans, dont la fonction principale est de veiller au maintien du secret de l’existence de son espèce. N’ayant d’autre choix que d’accepter, Samantha va découvrir un monde surnaturel tout aussi fascinant qu’effrayant…

 

Dans le sillage de TWILIGHT

La vie d’une jeune femme, Samantha Watkins va basculer alors qu’une chaîne d’évènements l’amènera à être sauvée par un ange. Mais celui-ci est loin de venir du paradis car il s’agit d’un vampire. Il a 500 ans et se fait appeler Phénix. Il a pour tâche de garder farouchement secrète l’existence de son espèce.

Phénix choisit Samantha pour être son assistante dans une importante enquête. Vous comprendrez très tôt dans l’histoire que Samantha n’a pas le choix. Elle doit aider son nouvel *employeur* à élucider le mystère de nombreuses disparitions dans la région. L’enquête s’annonce complexe, ardue, voire mortelle, même pour un vampire, car il pourrait s’agir de l’œuvre d’un réseau de trafiquants de sang et ils n’entendent pas à rire.

C’est ainsi que Samantha va entrer dans un monde surnaturel, effrayant et redoutable. Fait tout à fait prévisible, la relation d’employeur à employée devient une amitié et on pourrait bien assister à la naissance d’un petit sentiment entre un vampire et une humaine.

Variation sur un thème connu évidemment. Encore des vampires. Toutefois, il faut connaître les deux héros. Phénix a 500 ans. Il est bourru, grognon, intraverti et secret. Samantha, elle, est une caractérielle opiniâtre et tenace. Elle est pétillante et n’envoie pas dire ce qu’elle a à dire.

Voilà toute l’originalité de cette histoire. Deux solitudes, deux caractères aux antipodes qui, par la force des choses et la nature des évènements seront appelés à s’apprivoiser mutuellement.

Oui, ça peut rappeler Twilight mais *PAS LE CHOIX* est, à mon avis, moins abrutissant et moins fleur bleue avec des vampires et quelques humains. Pas de loups-garous, pas de séquences amoureuses interminables et ennuyeuses

L’histoire pose une intéressante question sur le plan littéraire : est-ce qu’un amour potentiel entre un vampire et une humaine peut amener à une union?

À Travers l’intrigue, le danger et la mort qui rôde en permanence, le sujet de l’amour est développé d’une façon sensible et assez particulière à cause du caractère de nos deux héros que tout oppose. Prévisible peut-être, mais loin d’être mièvre. Disons, sans être méchant, moins kitch que Twilight.

Au-delà d’un style pas toujours adroit, d’un sentimentalisme parfois mielleux et d’un thème dont on a de la difficulté à occulter la banalité, PAS LE CHOIX demeure une histoire intéressante à cause de la force de ses principaux personnages et de leur dualité qui n’a pas manquer de me faire sourire.

Aurélie Venem a mis en place, assez habilement, tous les éléments pour la suite des CHRONIQUES D’UN QUOTIDIEN EXRAORDINAIRES.

Suggestion de lecture : FASCINATION, de Stephenie Meyer


L’autrice Aurélie Venem

Bonne lecture
bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 9 août 2025

L’enfant des livres

Commentaire sur le livre de
FRANÇOIS FOLL

< La souffrance physique est un puissant anesthésique de la souffrance morale. En revanche, dès qu’elle s’estompe, l’autre revient au galop. Ce fut le cas pour Martin qui sentit monter en lui un mascaret d’idées sombres. La semi-hébétude dans laquelle il se trouvait fut soudain balayée par un flot d’amertume. Il prit clairement conscience de la situation.

Sans appui, sans aide à attendre de qui que ce fût, elle était désespérée. Certes, il avait tenu bon. L’implacable tourmenteur dont il ne comprenait pas l’acharnement n’avait pas réussi à lui faire avouer ce qu’il n’avait pas commis, la syncope provoquée par la douleur l’avait peut-être sauvé d’un délire incontrôlable. Avec l’aide de Dieu, il avait vaincu les méchants, prouvé sa bonne foi. >

Extrait : L’ENFANT DES LIVRES, François Foll, Nouveau Monde édition pour le format numérique, 2009, 504 pages. Point éditeur 2011 pour le format papier de 576 pages.

 

Les livres qui affranchissent

C’est un tout premier roman pour François Foll et je dois dire qu’il débute sa carrière sur des chapeaux de roues. Je ne m’attendais pas du tout à un tel déploiement de talent et d’imagination. Ce livre, magnifiquement documenté m’a touché et m’a fait vibrer…une de mes plus belles lectures. Avec ce livre entre les mains, le temps s’est arrêté.

On suit un jeune garçon attachant doté d’une nature généreuse, avide de connaissances mais malheureusement écrasé par les préceptes absurdes et débilitants de la religion. Mal aimé et maltraité, Martin a 10 ans au début de l’histoire. Son destin sera d’être pris en charge par un colporteur appelé à devenir un grand Chevaler : Raymond Puységur.

Martin évoluera avec son père adoptif, dans un monde fragilisé par d’interminables guerres de religion, cruelles et meurtrières opposant les catholiques aux calvinistes. À travers toutes ses tribulations, Martin connaîtra l’amour et aura recours à un abri moral de premier ordre : les livres.

J’ai dévoré et adoré ce livre et il y a tellement de raisons que je me permets ici d’emprunter un style télégraphique :

-Les personnages sont attachants, vivants, vigoureux et travaillés. J’ai développé une exceptionnelle empathie pour Martin et j’ai été fasciné par le caractère bien trempé de Puységur. Tous les personnages ont quelque chose d’authentique.

-Un élément important qui a retenu mon attention est l’omniprésence des livres. Bien que guerrier et habile au maniement de l’épée, Martin grandira dans les livres et vieillira dans les livres. J’ai vu dans ce récit de Foll un vibrant plaidoyer sur le pouvoir des livres.

-Non seulement l’auteur parle du contenu des livres mais en explique la fabrication du contenant. Il détaille comment, au XVIe siècle, on fabriquait un livre à travers le quotidien des maîtres imprimeurs: la fabrication des pages, la reliure, l’assemblage…comment on pouvait faire d’un livre, une véritable œuvre d’art. Foll est rentré dans les détails. Sa recherche est impressionnante et ça m’a captivé.

J’ai appris et compris plusieurs aspects des guerres de religion. Entre autres, Foll fait évoluer son personnage principal à travers les évènements qui conduiront un massacre de la Saint-Barthélemy en 1572, un innommable gâchis qui a fait plus de 3000 morts dans la seule ville de Paris et plus de 10 000 en France. Il y a dans ce livre une effrayante vision de ce carnage.

L’auteur met en perspective l’absurdité du fanatisme, de l’extrémisme, de l’intransigeance religieuse, de l’ultra orthodoxie. L’ENFANT DES LIVRE est un véritable plaidoyer en faveur de la tolérance, ce qui n’était pas pour me déplaire. Je suis curieux de voir ce que Voltaire en aurait dit.

La plume est fine, parfois très directe. L’écriture est belle, d’une grande richesse et l’auteur, fait appel pour ses dialogues au français d’un autre temps : *Cornedieu ! Je conjecturai bien l’issue de ce massacre ! Des bas de poil ! Des couards ! Des parjures incapables de faire une braverie pour transformer ce royaume acéphale ! Et puis celle-là. (Il fixa l’épouse de l’apothicaire). Voyez comme elle s’est pimplochée ! D’épouse exemplaire, la voilà transformée en caillette ! N’a-t-elle pas appris que l’excès de fard et la superfluité du vêtement sont le lot des femmes perdues ? * (Extrait) Savoureux …authentique.

François Foll m’a livré, avec L’ENFANT DES LIVRES sa vision du pouvoir des livres et des vertus de la connaissance. Je recommande chaleureusement cette perle littéraire, un des meilleurs romans historiques que j’ai lus.

Suggestion de lecture : LA SCRIBE, d’Antonio Garrido

 


Ingénieur retraité et passionné d’histoire, Français Foll est membre très actif de l’association Lire et Faire lire. Il a eu l’idée d’écrire L’Enfant des livres, son premier roman, après un an de lecture aux enfants des écoles, pour témoigner de l’importance du livre, de son rôle vital dans l’éducation, mais aussi du danger de son utilisation à des fins partisanes.

 

 

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT

Les étoiles de Noss Head

Commentaire sur le livre de
SOPHIE JOMAIN

*Je les distinguais à peine dans la nuit et sous la pluie battante, mais je savais que ce qui allait suivre serait d’une violence inouïe. Ils se tenaient debout, face à face, prêts à s’affronter. Pour moi. Dans un dernier effort, je parvins à me redresser et à m’adosser contre le mur. Je ne les quittais pas des yeux et retenais ma respiration. Quelque chose était en train de se passer. *

(Extrait : LES ÉTOILES DE NOSS HEAD, tome 1, VERTIGE, de Sophie Jomain. Version audio : Audible studios éditeur, 2020, durée d’écoute : 9 heures 24 minutes, narratrice : Mélina Sia. Édition de papier : Jailu éditeur, 2014, 352 pages.)

Hannah, bientôt dix-huit ans, était loin d’imaginer que sa vie prendrait un tel tournant. Ses vacances tant redoutées à Wick vont finalement se transformer en véritable conte de fée… puis en cauchemar. Sa petite vie tranquille, ses idées bien arrêtées, ses projets… tout va changer, brutalement. Elle devra affronter l’inimaginable, faire face à ce qu’elle n’aurait jamais pensé croire un jour, car les légendes n’en sont pas toujours…Leith ne s’attendait pas non plus à Hannah. Il tombe de haut, l’Esprit a choisi : c’est elle, son âme sœur. Pourra-t-il lui cacher sa vraie nature encore longtemps ? Osera-t-il lui avouer qu’il n’est pas tout à fait humain ? Il n’a pas le choix, leur rencontre l’a mise en danger. Lui seul peut lui venir en aide.

Ça rappelle quelque chose

Bel effort de Sophie Jomain pour dépoussiérer un genre déjà très usé en littérature. Pourtant son livre me rappelle étrangement l’œuvre de Stephenie Meyer FASCINATION, mieux connue sous le titre de TWILIGHT qui a fait le tour du monde et qui a été adulée pour des raisons que je m’explique plutôt mal. Même atmosphère, même machisme et la jeune héroïne, banale jusqu’à l’insignifiance, pure et innocente devant l’amour et béate dans les bras protecteurs de son amoureux garou.

Il y a quand même une différence fondamentale. Dans Vertige, il n’y a pas de vampire. C’est une histoire entre loups garous seulement avec, au milieu une humaine un peu perdue dans la généalogie, la biologie et la culture lycanthrope.


Donc l’histoire est simple. Hannah est au bord de ses 18 ans. Sa vie va basculer quand elle va rencontrer un beau jeune homme appelé Leith. Mais l’adonis n’est pas tout à fait humain et il devra bien l’avouer à Hannah tôt ou tard. S’annonce ainsi une liaison problématique qui bousculera les familles et mettra Hannah devant un danger potentiel.


Le malheur de cette œuvre est qu’elle est dans l’ombre d’une autre saga qui a captivé des millions de lecteurs et de téléspectateurs et certaines similitudes sont simplement navrantes. Je pense entre autres à l’immaturité des personnages et à l’image projetée de la jeune fille faible, fragile et innocente.


Il y a quand même des éléments intéressants dans cette histoire. Le contexte mythologique par exemple qui est documenté et intéressant. L’auteure donne beaucoup de détails sur les loups-garous : leur histoire, leur culture familiale, leur tradition cruelle et la subdivision de leur race, certaines familles étant beaucoup plus agressives que d’autres.


Autre élément digne de mention je crois. J’ai écouté la version audio de ce livre et ça change beaucoup de choses si je la compare à la version papier. Ça ma gardé dans le coup comme on dit, Mélina Sia ayant livré un excellent travail de narration… très agréable.


Donc finalement, nous avons ici une variation sur un thème très connu qui véhicule des valeurs ultra-conservatrices et qui ne tranche pas particulièrement par son originalité. Évidemment, ce n’est que le premier tome. Je n’ai pas vraiment envie de lire la suite car dans ce genre de saga, c’est vraiment dans le premier opus qu’il faut trancher par l’originalité et la nouveauté.


L’auteure Sophie Jomain


LA SUITE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 28 juin 2025