Celle qui a tous les dons

Commentaire sur le livre de
M.R. CAREY

*Elle pense à tous les gamins de cette planète qui ont disparu sans avoir grandi. Ils ont dû se compter par milliards. Des hécatombes, des apocalypses, des génocides entiers. Au cours de chaque guerre, chaque famine, sacrifiés, annihilés. Trop petits pour se protéger, trop innocents pour s’écarter. Tués par des fous, des pervers, des juges, des soldats, des passants qui se trouvaient là par hasard, des amis, des voisins, leurs propres parents. Par un destin idiot ou, impitoyablement, sur décret…*

Extrait : CELLE QUI A TOUS LES DONS, de M.R. Carey. Version papier et numérique : Atalante Éditeur, 2014, 448 pages. Version audio : Hardigan éditeur, 2018, durée d’écoute : 13 heures 19, narrateur : Nicolas Planchais. Format numérique : 858 KB

Les clichés du post apocalyptique

Intéressante variation sur le thème des zombies. Une pandémie mondiale tend à éradiquer l’humanité. En effet, les humains sont réduits à l’état de zombies. Mais pas tous. Une poignée d’enfants sont devenus zombies tout en conservant leur conscience. C’est là qu’est toute l’originalité du récit.

Ces enfants, menottés et muselés, sont enfermés dans un camp militaire dirigés par le sergent Parks. Ils sont étudiés par une scientifique froide et calculatrice, madame Caldwell qui a même disséqué des enfants vivants pour comprendre comment un zombie, considéré comme mort pouvait être conscient.

Le récit tourne autour de la plus intelligente et sensible de ces enfants, Mélanie, une petite fille de 10 ans qui s’est liée d’amitié avec son enseignante, mademoiselle Justineau qui se rebelle contre Caldwell qui juge le moment venu de *traiter* Mélanie. Mais bientôt, le camp militaire est infiltré. Les survivants doivent fuir, mais où ?

L’idée du zombie conscient est bien développée et exploitée tout au long du récit même si elle devient un peu polluée par les clichés du genre. Dans cette histoire, le monde prend une nouvelle forme et celle-ci est dévoilée à la petite cuillère ce qui donne un certain aspect intriguant au récit même s’il est difficile de parler d’intrigue quand il est question de zombie.

Malgré la qualité du plat, on n’échappe pas vraiment aux ingrédients habituels de la recette. Cette histoire est extrêmement violente. Le récit de la fuite n’apporte rien de neuf et dirige le lecteur et la lectrice vers une finale intéressante dotée d’un parfum de terreur.

L’idée d’un zombie doté de conscience demeure une trouvaille mais force est de constater qu’au final, un zombie, ça reste un zombie et que renouveler le genre n’est pas chose facile. Je dirais que l’auteur, Mike Carey a réussi à dépoussiérer le genre, donnant en plus à son récit l’allure d’un thriller.

Quand aux personnages, mon préféré fut celui du sergent Parks. Il a une enveloppe de dur à cuir mais on lui découvre une fibre profondément humaine, même à la limite un peu nounours. C’est sans doute le plus authentique et le plus travaillé des acteurs de ce drame. Je n’ai pas été impressionné vraiment par la jeune héroïne que j’ai trouvé un peu surfaite.

La plus grande force de cette histoire tient dans son originalité. Comme dans un livre, je cherche toujours un certain sens, ou un message que cherche à faire passer l’auteur, je dirais que la plume de Carey pousse au questionnement et à la réflexion sur la fragilité de l’être humain.

Suggestion de lecture : LA ROUTE, de Cormac McCarthy

Au cinéma


Affiche du film post apocalyptique britannique réalisé en 2016 par Colm McCarthy, Adaptation du roman homonyme de M.R. Carey qui a scénarisé le film.


L’auteur Mike Carey

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 17 juillet 2026

CAPTIVE, Sarah Rivens

*— Tu n’arrives plus à respirer ? murmura-t-il en serrant un peu plus mon cou. Ne t’avise plus jamais de me parler comme tu le fais en ce moment. Je te ferai vivre un enfer, et crois-moi, tu n’as aucune idée de ce dont je suis capable. *

Extrait : CAPTIVE tome 1, de Sarah Rivens. Édition de papier : Hachette livre éditeur, 2021, 550 pages. Format numérique : BMR éditeur, 2022, 468 pages, 2665 KB. Version audio : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 15 heures 10 minutes, narration : Cashou Kirsch.




Une dark Romance ???

Dans cette histoire, tous les réseaux criminels utilisent des captives. Ce sont des femmes redoutables, malignes. Elles sont dans l’ombre de leur réseau, représentantes de leurs chefs qui eux, sont appelés les possesseurs. Les captives sont utilisées pour différentes opérations : espionnage, infiltration, collectes d’informations, et autres.

Ici, nous suivons Ella Collins, une captive arrachée à un possesseur proxénète et appartenant dorénavant au réseau des Scott, dirigé par Asher Scott, un parfait mufle, grognon, froid et rude. L’histoire d’Ella se perd dans une confusion d’amour, de haine, d’affection et de frustrations. Au début, Asher voue à Ella une haine viscérale, d’autant que cette captive lui a été imposée.

Vous voyez où je veux en venir…au fil du temps, les sentiments peuvent changer, évoluer ou se transformer, mais dans cette histoire, ils sont entraînés dans une confusion totale, curieusement entretenue jusqu’à une finale tout à fait prévisible et sans saveur.

Je crois que ce livre a été écrit très vite. L’histoire, parsemée d’incohérences n’a pas été creusée. Elle est trouée et accuse une absence totale d’originalité. On a oublié de placer les lecteurs-lectrices dans le contexte. Que faisait le réseau des Scott. On sait qu’il est criminel et on apprend vers la fin qu’il verse dans le trafic d’armes. C’est à peu près tout. Les captives, elles font quoi à part magasiner et discuter ?

À part deux âmes qui ne se comprennent pas et les sempiternelles histoires de familles dynastiques imprégnées de jalousie, de règlements de compte et de pouvoir, il a été difficile pour moi de comprendre où l’autrice voulait en venir.

Les personnages sont superficiels, un peu caricaturés, et quelques-uns même insignifiants. Ella m’a carrément tapé sur les nerfs. Elle est geignarde, confuse, mêlée dans ses sentiments et à la limite, misérabiliste…une actrice ennuyante.. C’est le personnage principal après tout.

C’est dommage, parce que l’idée de départ était intéressante, même prometteuse. J’avais cru que Sarah Rivens allait plancher sur le rôle des femmes dans les réseaux criminels. Partant de cette idée, elle pouvait insuffler à son récit la force d’un roman d’espionnage et d’action.

En lieu et place, on a l’évolution lente et pénible d’une femme qui pleure sur son sort, qui aime, qui n’aime pas, qui sait, qui ne sait pas. Oui, CAPTIVE est une dark romance assise sur une relation toxique. Pour moi l’histoire est sous-développée et non-évolutive. L’idée au départ est bonne mais elle n’a pas été exploitée.

Et dire qu’il y a une suite…non merci.

Suggestion de lecture : LE PRÉDICATEUR, de Mila-Ha

 LA SUITE


L’autrice Sarah Rivens

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 28 juin 2026

FLOTS, Patrick Sénécal

*Là, j’ai vu papa arriver dans le salon. Il était en bobettes parce qu’il dort toujours en bobettes. Je pouvais voir sa face avec la lampe du salon allumée. Il y avait tout un côté de sa face qui était plein de sang, il y avait une grosse fente dans son front et on ne voyait plus son œil. Il ressemblait vraiment à ceux qui se font tuer dans les films d’horreur, mais là, c’était vrai. * (Extrait FLOTS, de Patrick Sénécal, Éditions Alire, 2021, 978-2-89615-225-4, édition de papier, 370 pages, photo ci-haut : quatrième de couverture.)

Patrick Sénécal dévie quelque peu de son modus operandi en nous livrant un roman sous la forme du journal personnel d’une petite fille de 8 ans : Florence. Florence adore les livres et est particulièrement talentueuse en français. Son oncle l’encourage à écrire son journal croyant que ça l’aiderait à maîtriser ses émotions et qui sait, peut-être même juguler les horreurs de sa vie. Mais voilà…Florence nourrit son journal avec un zèle qui fait enfoncer tout lentement le lecteur dans l’horreur…

Livre noir, comme le journal

Angoissant, addictif, à glacer le sang. C’est du Sénécal…du grand Sénécal. Pas de dentelle, aucune délicatesse. L’histoire est celle d’une petite fille de 8 ans, Florence Roberge, appelée Flo. Le titre du livre est FLOTS. Le lien serait facile à faire mais ce n’est pas aussi simple et je ne peux pas le dévoiler sans trahir l’auteur. Çà vous fera je crois, une belle découverte.

Sous l’impulsion d’un ami de sa mère, Flo, enfant unique d’une famille dysfonctionnelle, décide d’écrire son journal intime. Le journal devient le roman. Le roman est le journal et Sénécal n’est pas long à dévoiler les premiers malaises, palpables au début de l’histoire lorsque Flo fait mention d’un grondement dans sa tête.

J’ai senti très vite que quelque chose n’allait pas dans la tête de la gamine. Malsain, anxiogène. Il m’a semblé que la frontière entre le bien et le mal était complètement occultée chez Florence dont la conscience est devenue une immense zone grise, envahie par un improbable mélange de naïveté et de cruauté.

*C’est la première fois que je voyais quelqu’un de mort. C’était spécial, mais pas tant que ça. Bye. * (Extrait)

*…si la fatigante à Mégane est morte, elle ne nous achalera plus avec ses histoires de fraîche-pet. * (Extrait)

*J’étais déçue parce qu’il n’était pas mort. * (extrait)

Je vous laisse découvrir la suite. Vous ne serez pas déçu. Vous risquez toutefois d’être tendu. Personne ne l’aura facile. C’est une histoire noire, très noire, qui pénètre dans les arcanes d’un esprit torturé. Comme dans tous ses livres, avec l’habilité et la plume qu’on lui connait, Sénécal installe rapidement le doute, qui se mue en malaise, qui devient de l’angoisse, puis l’horreur pour aboutir sur la plus pure terreur.

Incapable d’en sortir, je n’ai pu faire autrement que de lire le livre d’une traite, la plume de Sénécal forçant irrésistiblement mon attention. C’est un thriller très dur et tout est développé par un enfant de 8 ans et c’est à ce niveau que j’ai repéré quelques irritants.

Il m’a semblé en effet qu’un tel déploiement d’imagination, de finesse et, à la fois, de naïveté et de cruauté chez une enfant de 8 ans était surréaliste. C’est plus fort que moi, ce principe joue sur la crédibilité de l’histoire et m’a agrippé jusqu’à la fin. Même chose pour le langage. Je note, entre autres, la surexploitation du verbe *chier*…assez singulier pour une enfant de cet âge.

La finale m’a paru étrange. Mais je crois qu’elle ouvre la voie à une suite. Sinon, je dirais que quelque chose m’a échappé.

Est-ce le meilleur de Patrick Sénécal ? Ou le pire ? Je crois qu’il est impossible de le dire. Dans chacune de ses histoires, l’auteur québécois développe une facette particulière de l’horreur et y met tout son talent, comme le doigt sur la noirceur de l’âme, inconsciente plus souvent qu’autrement.

Je demande toujours la même chose aux auteurs. Surprenez-moi. À ce titre, Patrick Sénécal n’a jamais failli.

Suggestion de lecture du même auteur : FAIMS


Pour parcourir la biographie de Patrick Sénécal, cliquez ici.
Dossier de presse : Journal de Québec, La Presse.

À lire du même auteur

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 13 juin 2026

Le trône de fer.1

Commentaire sur le livre de 
GEORGE R.R. MARTIN

En ces temps-là nimbés de brume, où la belle saison pouvait durer des années, et la mauvaise toute une vie, se multiplièrent un jour des présages alarmants. Au nord du Mur colossal qui protégeait le royaume, se massèrent soudain des forces obscures. Au sud, l’ordre établi chancela.

Le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge enserrèrent inexorablement le trône convoité… Le Trône de fer plonge le lecteur dans un tourbillon d’aventures sanguinaires, peuplé de créatures surnaturelles, de barbares et de traîtres. Un monde où parfois cependant l’amour et la tendresse triomphent.

Après avoir tué le monarque dément Aerys II Targaryen, Robert Baratheon est devenu le nouveau souverain du royaume des Sept Couronnes. Tandis qu’en son domaine de Winterfell, son fidèle ami le duc Eddard Stark rend paisiblement la justice.

Mais un jour, le roi Robert lui rend visite, porteur de sombres nouvelles : le trône est en péril. Stark, qui s’est toujours tenu éloigné des affaires du pouvoir, doit alors abandonner les terres du Nord pour rejoindre la cour et ses intrigues.
L’heure est grave, d’autant qu’au-delà du Mur qui protège le royaume depuis des siècles, d’étranges créatures rôdent.

 Un géant du fantasy
Mais ce soir différait des autres.  Les ténèbres avaient, ce soir,
une espèce d’âpreté qui vous hérissait le poil…

Il sentait les yeux des morts peser sur lui.
Il les savait tous à l’écoute. Et l’hiver venait.

Extraits : LE TRÔNE DE FER, TOME 1, LA GLACE ET LE FEU, de George R.R. Martin. Édition de papier : Jai lu éditeur, 480 pages en format de poche. Format numérique, Pygmalion éditeur, 2017, 420 pages, 4048 KB.

Version audio : Gallimard éditeur, 2015. Durée d’écoute : 17 heures 4 minutes, narrateur :  Bernard Métraux. Format BD : en 9 tomes, publiés entre 2012 et 2020 chez Dargaud éditeur. Aussi, adaptations disponibles en série télévisées, jeux de cartes à collectionner, jeux de société et jeux vidéos.

Quoique peu attiré par cette série, je me suis quand même penché sur le livre 1 pour voir comment l’histoire se présente, pourquoi la série est considérée comme un monument de la littérature du genre fantasy et comprendre aussi pourquoi la masse critique déploie un tel dithyrambe concernant cette saga de George R.R. Martin.

Je ne partage pas tous les avis flatteurs mais je rejoins quand-même beaucoup de commentaires positifs. Il faut admettre que quelque chose, quelque part a accroché le lectorat : 90 millions d’exemplaires vendus dans le monde, traduit en 47 langues et générant une phénoménale quantité de produits dérivés dont la plupart sont connus sous leur nom d’origine : GAMES OF THRONES, en plus de la série Télé.

Côté positif, ce qui m’a frappé, c’est l’élégance de l’écriture. La plume est imagée, recherchée. Elle a quelque chose de théâtral et rappelle fortement la notion de scénario ce qui n’est guère surprenant. Il y a plus d’intrigue que d’action. J’ai senti que Martin prenait bien son temps pour mettre une impressionnante quantité de personnages en place. Je ne vous cache pas que j’ai été mêlé par moment, que j’ai eu de la difficulté à entrer dans l’histoire.

Pour être plus précis sur le contenu, TRÔNE DE FER est un roman de fantasy dont l’histoire se déroule dans un monde médiéval, féodal. En principe, la magie et les créatures de légendes ont disparu mais on pourrait avoir des surprises. Il y a plusieurs intrigues, la principale étant que plusieurs maisons nobles rivalisent pour l’obtention du trône.

C’est ici qu’on entre dans les recettes habituelles du genre : manipulation, alliances douteuses, trahison, complot, hypocrisie. Je crois que l’ouvrage est loin de sortir des sentiers battus comme le suggèrent certains propos à caractère éditorial. On doit aussi faire attention au fait que la télé prend souvent des directions bien différentes des livres et on sait qu’il est souvent difficile de mettre la télé de côté. Moi j’ai préféré le livre. Je m’en suis tenu au premier je le rappelle et je ne crois pas continuer malgré ses belles qualités, momentanément lassé de la fantasy.

Allons-y maintenant avec un rapport de forces et de faiblesses. POINTS FORTS : L’écriture est magnifique et tend à intégrer le fantastique dans une trame où l’ambition est à l’avant-plan. C’est habile. Il se dégage de l’histoire une atmosphère spéciale de vieilles légendes, de créatures de l’ombre, de forêts où planent mystère et froid. Toutefois, dans mon cas, le pouvoir de l’intrigue a dépassé celui du ressenti. Aussi, Martin a le don de raccorder le langage moderne avec celui du médiéval, ce qui met les lecteurs en zone de confort et exacerbe l’intrigue en plus de contribuer à la crédibilité de l’ensemble. Enfin, j’ai été subjugué par la version audio. La narration de Bernard Métraux est tout simplement magistrale. La finale est un peu expédiée mais tout est en place pour donner au lectorat le goût de continuer.

POINTS FAIBLES : beaucoup de longueurs, de palabres. On sent le désir de l’auteur de pousser loin la saga et de tout mettre en place correctement pour la démarrer. Le problème est qu’il s’étend longtemps et avec la quantité énorme de personnages qu’il met en scène, ça peut pousser à la confusion et/ou au découragement.

Je note aussi que, comme ça se produit souvent dans ce genre de récit, beaucoup de personnages sont surfaits, les enfants en particulier à qui on prête une précocité irréaliste. Le début de l’histoire est pénible. J’ai fait des efforts pour m’accrocher et comprendre quelle direction prenait l’auteur. Introduction lente, longue et parfois ennuyante.

Autre irritant qui pourrait nécessiter un maximum de ténacité des lecteurs/lectrices : il y a huit narrateurs. Ça change à chaque chapitre. J’ai trouvé cela irritant parce que j’avais le sentiment que les personnages étaient dilués, moins intéressants ou attachants. Heureusement, dans la deuxième moitié du récit, l’histoire gagne un peu en limpidité.

Voilà. En ce qui me concerne, j’en reste là. Non que la saga ne mérite pas d’être poursuivie, au contraire mais j’ai besoin de sortir de l’univers de la fantasy pour un temps.

UNE PARTIE DE LA SUITE


L’auteur George R.R. Martin

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 23 mai 2026

LE VER À SOIE, Robert Galbraith

*— Je n’imagine pas une femme capable de commettre de telles atrocités, rétorqua        Robin en regardant le portable de Strike, posé sur le bureau.
— C’est que vous ne connaissez pas l’histoire de cette Australienne qui a écorché son amant, lui a coupé la tête et les fesses et les a fait cuire en ragoût. Elle a poussé le vice jusqu’à servir le plat aux enfants de sa victime.
— Vous plaisantez ?
— Pas du tout. Vous n’avez qu’à regarder sur Internet. Quand les femmes s’y mettent, elles n’y vont pas de main morte. *

Extrait : LE VER À SOIE, UNE ENQUÊTE DE CORMORAN STRIKE, de Robert Galbraith. Édition de papier : Le Livre de Poche éditeur, 2015, 696 pages. Format numérique, Grasset éditeur, 2014, 574 pages, 1 237 KB. Version audio : Audiolib éditeur 2014, durée d’écoute : 17 heures 5 minutes, narrateur : Philippe Résimont.

VITRIOLIQUE

Robert Galbraith récidive avec un autre opus ayant comme héros le détective privé Cormoran Strike et sa débrouillarde assistante Robin Ellacot. Un célèbre écrivain, Owen Quine a disparu. Faut-il s’en surprendre ? Quine a écris un roman pour le moins acide, caricaturant des personnalités bien connues et très chatouilleuses.

Le livre, intitulé BOMBIX MORI (traduction : LE VER À SOIE) publié suite à une maladresse d’une éditrice contient du matériel suffisamment explosif pour énerver beaucoup de personnalités en vue. Son corps est retrouvé complètement éviscéré, tel que Décrit d’ailleurs dans une scène macabre de BOMBIX MORI. Œuvre d’un tueur particulièrement cruel tel que Strike n’en a jamais vu dans sa carrière.

Pour résoudre cet horrible crime, Cormoran et sa fidèle Robin devront remonter une filière complexe : pénétrer le monde hermétique de l’édition dont Galbraith donne une image peu flatteuse. En fait, dans LE VER À SOIE, le portrait que dresse Galbraith des auteurs et des éditeurs est carrément négatif, noir.

C’est une histoire complexe, un peu lourde mais je l’ai trouvé originale parce que, comme je l’ai exprimé dans mon commentaire sur SANG TROUBLE, le cinquième volume de la série Cormoran Strike, elle repose davantage sur l’intuition que sur le dialogue ainsi que sur le caractère glauque de son atmosphère.

C’est bien écrit, avec beaucoup d’imagination, encore faut-il tolérer les états d’âme de Strike. C’est parfois lourd mais je maintiens que la force de ce roman réside dans la force de caractère de Strike et Ellacot. Je les ai trouvé attachants. Cormoran est un fils de star, unijambiste dont la prothèse le fait souffrir et ça se sent tout le long du récit. Ça peut paraître énervant mais j’ai fini par développer de l’empathie. Robin est une débutante qui rêve de devenir détective et qui donne un soutien inconditionnel à son bourru collègue.

J’ai trouvé ces deux héros humains et ça donne à ce roman particulièrement gore, un très bel équilibre. Autre point positif, malgré la complexité du sujet et une certaine lourdeur, il n’y a pas de longueur. Le rythme est élevé et constant jusqu’à la finale que j’ai trouvé très bien imaginée quoiqu’abrupte.

Une petite curiosité soit-dit en passant. Il m’est venu à l’idée de relire le livre, ne serait-ce que pour compter le nombre de fois où Strike prononce le mot *merde*. J’ai renoncé évidemment. Disons que son utilisation est abondante…peut-être un peu trop.

Donc, LE VER À SOIE est une très bonne histoire avec des personnages forts et des couteaux qui volent bas.

Suggestion de lecture : UNE PLACE À PRENDRE, de J.K. Rawling


L’autrice Robert Galbraith

LA TRILOGIE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 16 mai 2026

DÉMONS, Marc Laine

*Voilà comment tout avait commencé. L’immonde mégère lui servant de mère l’avait plongé dans un univers insoutenable où ne devaient régner qu’horreurs et cruautés. Un monde coupé du nôtre, sans surveillance, sans barrière, où les travers de ces futurs pervers avaient pris naissance et puent s’alimenter de l’innocence et des peurs d’un être rendu fragile par le délaissement d’une marâtre indifférente. *

Extrait : DÉMONS, de Marc Laine. Édition de papier : Pocket éditeur, 2018, 576 pages. Format numérique : Les Nouveaux Auteurs éditeur, 2016, 517 pages. Version audio : Audible studio éditeur, 2017. Durée d’écoute : 14 heures 5 minutes. Narrateur : Hervé Carrasco.

Lourd et fort

C’est le thriller policier le plus addictif que j’ai lu depuis de nombreuses années. C’est un roman noir, glauque. Son atmosphère est glaciale et déroutante. Et c’est une histoire extrêmement violente, gore à la rigueur.

Un tueur en série échappe résolument à la traque policière, spécialement celle de Maxime, un lieutenant de la police judiciaire à l’âme torturée, visage scarifié et qui carbure aux antidouleurs et à la vodka. Maxime est obsédé par la capture du tueur dont les meurtres sont d’une inimaginable cruauté et tous accompagnés d’énigmatiques messages.

Le modus operandi du tueur est d’une perfection sans faille. Pas de trace, pas d’indice, pas de signature génétique, même pas un cheveu, rien qui le trahit. À croire qu’il commet ses atrocités, vêtu d’un costume de cosmonaute. Sa férocité est incroyable et la description de ses mises en scène sont à soulever le cœur.

Le seul outil de travail dont disposent les policiers, c’est le raisonnement, la déduction, la logique, le recoupage, la recherche. C’est d’ailleurs la force de ce polar qui pousse les lecteurs à explorer la déviance d’un esprit et la noirceur de l’âme. Et il y a bien sûr les mystérieux messages auxquels on fait peu attention parce qu’ils sont incompréhensibles et pourtant…

 J’ai été surpris par l’imagination déployée par l’auteur pour amener les lecteurs exactement là où il veut, l’entraînant de rebondissement en rebondissement même jusqu’à quelques pages de la fin.

C’est étrange mais c’est un récit à la fois précis et chaotique mais les personnages sont tellement forts et travaillés que j’ai fait confiance à l’auteur et je n’ai pas été déçu.

J’ai eu de l’empathie pour Maxime même si parfois, son obsession du mal me tapait sur les nerfs mais j’ai ressenti sa souffrance et le respect que tous ses collègues lui portaient.

Si la psychologie des personnages est bien travaillée, entrer dans l’esprit du tueur fut une expérience angoissante et troublante. Une fois entreprise, il est difficile d’abandonner la lecture de ce livre que je ne recommande vraiment pas aux âmes sensibles.

Le livre comporte tout de même quelques petites faiblesses. Prenons par exemple Mathieu, 19 ans, une des victimes du tueur. Il n’a pas été tué de la même façon que les autres. Il n’a pas de points communs avec les autres victimes. Pourquoi ? Il y a une explication vers la fin du récit mais elle n’est pas aboutie. J’aurais aimé mieux comprendre ce que ce jeune homme venait faire dans le tableau.

Je me suis interrogé aussi sur le psychiatre, Florian qui a l’air de venir d’une autre planète, désireux de collaborer à l’enquête mais qui semble détaché de ce qui se passe dans son propre établissement. Dans la galerie de personnages, Florian est le maillon faible.

Le livre m’a captivé jusqu’à la fin, mais j’ai trouvé la finale un peu quelconque. Disons brève et facile. Mais le récit est en crescendo, rythmé, farci de fausses pistes qui sont autant de défi pour les lecteurs/lectrices, troublant, gore par moment. Je recommande ce livre à ceux et celles qui ont le cœur solide.

Pour ceux que ça intéresse, vous pourrez continuer à suivre le *calvaire* de Maxime dans FLAMBEAU qui suit DÉMONS, deuxième tome de la trilogie du mal absolu, un titre parfaitement réaliste.

Suggestion de lecture : L’HOMME QUI AIMAIT LES TUEURS, de Bernard Boudewau

Du même auteur


L’auteur Marc Laine

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 6 mars 2026

PEUR SUR LA CROIX

Commentaire sur le livre de
JEAN-MARC FAYOLLE

*ces pseudos journalistes qui nous abreuvent à longueur d’année d’articles critiquant nos institutions qu’ils considèrent blasphématoires… Ces pseudos croyants qui sont à la solde du Vatican ou de l’opus-Dei. Ces individus, chers frères, sont à faire disparaître de la circulation.

On ne peut tolérer de tels propos insultants envers nos soldats. Rappelez-vous mes frères que nous combattons cette église… depuis que la vérité a été occultée lors du concile de Nicée en l’an 325…Rappelez-vous toutes ces horreurs que nous a infligées le clergé durant ces deux millénaires, tous nos soldats brûlés vifs sur le bûcher pour hérésie. *

Extrait : PEUR SUR LA CROIX, de Jean-Marc Fayolle. Édition de papier et format numérique: Erato éditeur, 2016, 330 pages. (923 KB)

Une menace à fuir

Je ne sais pas trop comment classer ce roman. Sa structure est étrange et ses changements de direction sont frustrants. Je trouve même que le titre et le quatrième de couverture ne remplissent pas leur office.

L’histoire, du moins dans sa première partie repose sur le terrorisme religieux. Rien à voir avec l’Islam. Il s’agit d’une secte chrétienne appelée SARAH qui combat l’Église Catholique prétendant que les deux mille ans d’histoire de cette Église repose sur le mensonge et qu’il est grand temps de scander la vérité à la face du monde.

Comme c’est trop souvent le cas dans les conflits religieux, la secte se radicalise et décide d’utiliser des moyens musclés pour se faire entendre. Résultat : violence et terrorisme.

Une chaîne d’évènements amène un expert en compétitions automobiles à combattre cette secte et tenter d’empêcher une inimaginable catastrophe.

Si je me base sur la première moitié du récit, le roman aurait pu être très intéressant, captivant même. Mais vers la fin du troisième quart, l’histoire accuse une chute vertigineuse de l’action et de l’intrigue et verse mielleusement dans le romanesque avec de longs palabres courtois, des propos explicites et des descriptions sexuelles à peine voilées.

Puis vers la fin, un revirement de situation que j’ai trouvé assez insignifiant pour me rendre compte finalement qu’il était parfaitement inutile. Mais je l’admets, il a quand même attisé ma curiosité, croyant que l’aspect dramatique de la première moitié allait revivre et me donner quelques frissons. À la place, j’ai simplement eu l’impression que l’auteur s’adonnait au remplissage.

J’ai trouvé ça dommage car l’introduction de l’histoire était vraiment prometteuse et s’ajustait avec les réalités du terrorisme et du fanatisme religieux. J’ai déchanté quand le texte a pris les allures d’un drame d’espionnage où tout s’imbrique un peu trop facilement pour finir enfin par une passion amoureuse avec, au passage, une petite chicane de ménage, le tout, entremêlé de courses automobiles.

Autre facteur qui ne m’a pas vraiment aidé à aimer ce roman, c’est qu’il est bourré de fautes. L’orthographe y est malmenée, des mots sont escamotés, d’autres sont glissés par erreur. Je crois que l’éditeur ne s’est pas trop forcé.

Il faut donc considérer la première partie du récit comme une base de roman, mais ça s’est arrêté là. Pas fort.

Suggestion de lecture : LA RELIGION, de Tim Willocks

Du même auteur

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 21 décembre 2025

Les Hauts de Hurle-vent

Commentaire sur le livre
d’EMILY BRONTË

*Mon amour pour Linton est comme le feuillage dans les bois : le temps le transformera… comme l’hiver transforme les arbres. Mon amour pour Heathcliff ressemble aux rochers immuables qui sont en dessous : source de peu de joie apparente, mais nécessité. Nelly, je suis Heathcliff ! Il est toujours… dans mon esprit ; non comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être. Ainsi, ne parlez plus de notre séparation ; elle est impossible…*

Extrait : LES HAUTS DE HURLE-VENT, d’Émilie Brontë. Édition de papier : Livrepoche éditeur, 1997, 403 pages. Format numérique : Culture commune éditeur, 2011, 1646 KB. Version audio : Éditions Thélème 2016, durée d’écoute : 14 heures 8 minutes, narratrice : Mélodie Richard.

Un fleuron de la littérature

LES HAUTS DE HURLE-VENT est l’unique roman d’Emily Brontë, emportée par la tuberculose à l’âge de 30 ans seulement. Pourtant, ce roman est considéré comme un des plus grands de la littérature du XIXe siècle. Pour moi, c’est peut-être un peu fort, mais il reste que c’est un roman dérangeant, qui ne laisse pas indifférent. Résumons d’abord un peu l’histoire.

LES HAUTS DE HURLE-VENT est le nom qu’on donne à un domaine dans lequel vit confortablement une famille : monsieur et madame Earnshaw qui ont deux enfants, un garçon et une fille. Un jour, monsieur Earnshaw ramène avec lui, d’un de ses voyages, un enfant abandonné appelé Heathcliff, ne se doutant pas qu’il a introduit dans la famille rien de moins qu’un serpent.

Dès le départ, les enfants de Earnshaw méprisent le nouveau venu. Heathcliff devient amoureux de la fille, Catherine, mais ça n’ira pas loin. Dès lors Heathcliff n’est mû que par la vengeance et ça coûtera très cher à la famille ainsi qu’à sa descendance, au moins jusqu’à ce que la fille de Catherine tombe amoureuse d’une petite réplique d’Heathcliff, un être tout ce qu’il y a de méprisable.

C’est un roman très sombre, insolite, dur, atypique par sa violence si on tient compte des conventions morales qui régissaient la Société Britannique du XIXe siècle, ce qui a valu d’ailleurs beaucoup de critique à l’endroit d’Emily Brontë. Je ne me suis pas soucié des conventions de l’époque mais j’ai été ébranlé par la plume redoutable de Brontë et l’oppression qu’elle inspire est avérée.

Il n’y a pas beaucoup de monde dans cette histoire qui aurait le bon Dieu sans confession ce qui m’amène aux irritants. Le monde de Hurle-vent est peuplé de salauds, de coups bas, de vengeance. La vertu est rare. Il y a dans cette histoire un certain déséquilibre qui fait toute la différence entre le drame et le mélodrame. Ça devient lassant parce que sans aboutissement.

Heureusement, les descriptions environnementales sont tout simplement magnifiques et à elles seules en valent la peine.

L’histoire est assez agréable à lire mais attention. Il y a plusieurs narrateurs qui s’entrecroisent et il me serait difficile de démontrer l’utilité de quelques-uns d’entre eux. LES HAUTS DE HURLE-VENT demeure pour moi un très bon roman, probablement emblématique de son époque, mais pas assez convaincant à mon goût pour le qualifier d’un des meilleurs de la littérature.

Trop de tristesse sans compensation, trop de redondance, pas assez de conviction. Il y a toutefois suffisamment d’éléments pour faire bouillir les lecteurs et lectrices.


Suggestion de lecture : LA DERNIÈRE DES STANFIELD, de Marc Levy

Au cinéma

Il existe de nombreuses adaptations de l’oeuvre LES HAUTS DE HURLE-VENT, y compris celle de 2026. Pour en parcourir la liste, je vous réfère au site SENS CRITIQUE.


L’autrice Emily Brontë (1818-1848)

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
Le samedi 20 décembre 2025

ENFERS, Ismaël Lemonnier

*Une tête de taureau apparut dans leur champ de vision, vissée sur le haut du corps, se substituant à ce qui aurait dû être une tête humaine. De longues cornes pointues aux extrémités, le poil rêche et frisé de couleur sable, les naseaux grands ouverts et encore humides, de grandes oreilles tombantes et poilues…Ils hurlèrent comme jamais ils n’avaient hurlé… *

Extrait : ENFERS, d’Ismaël Lemonnier, versions brochée et numérique : Hugo roman, 2022, respectivement 375 et 288 pages.

C’est le premier jour de Clément dans la brigade criminelle de Paris. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne sera pas de tout repos. Le jeune bleu au QI hors normes se retrouve associé au capitaine Lothar Kessel, son opposé en tout point. Et, pour couronner le tout, les cadavres semblent se multiplier dans la capitale !

Les deux flics vont devoir mettre de côté leurs différends pour comprendre qui se cache derrière le tueur infernal et, surtout, pour l’empêcher de récidiver… Enfers, troisième série originale proposée par NEXTORY, vous plongera dans les sous-sols parisiens à la recherche d’un tueur à l’imagination débridée et aux méthodes particulièrement violentes.

 

Un récit asphyxiant

Le moins que je puisse dire, c’est que ce livre m’a rivé à mon siège. Son idée de base est une série de meurtres basée sur LA DIVINE COMÉDIE, le célèbre poème de Dante Alighieri qui décrit les neuf cercles de l’enfer. Le but du tueur, aussi fou que génial, est de compléter les neuf cercles. Et les meurtres, d’une horreur inimaginable, s’accumulent.

L’idée de s’inspirer de la DIVINE COMÉDIE pour faire évoluer un monstre est loin d’être neuve. Elle a fait par exemple l’objet du livre de Matthew Pearl LE CERCLE DE DANTE en 2004.

Et puis le modus operandi du tueur me rappelle beaucoup le célèbre Jigsaw dans la série de film DÉCADENCE produite entre 2004 et 2025. DÉCADENCE est un mélange de policier, thriller et de torture porn gore. Jigsaw, incarné par Tobin Bell était un tueur *justicier* qui utilisait son génie hors du commun pour torturer et tuer ses victimes en leur laissant une ridicule possibilité de rédemption.

ENFERS m’a rappelé aussi le livre culte de Dan Brown DA VINCI CODE qui est un véritable jeu de piste aux énigmes pénibles à résoudre. De plus, que ce soit ENFERS, DÉCADENCES ou DA VINCI CODE, c’est toujours une course contre la montre.

Pour moi, le lien était facile à faire avec ENFERS, le livre d’Ismaël Lemonnier qui est un véritable recueil d’abominations. Le tueur s’aligne parfaitement avec la philosophie de LA DIVINE COMÉDIE, sa cruauté est au-delà de toute description, tout comme l’imagination qu’il déploie pour les exécutions.

Bien que l’histoire puisse sembler réchauffée, une foule de détails et un soupçon d’originalité font d’ENFERS un ouvrage intéressant. Par exemple, l’auteur dirige l’enquête vers deux lieux célèbres de la France : LES CATACOMBES, véritable labyrinthe dans le sous-sol parisien de 1,5 kilomètres à 20 mètres de profondeur. Le plus grand ossuaire du monde et le CIMETIÈRE DU PÈRE LACHAISE, autre lieu non moins mythique, un des plus grands cimetières du monde (45 hectares de superficie) où reposent de nombreuses célébrités.

J’avais l’impression d’être dans une visite guidée…pas du tout désagréable.

Autre détail, les deux principaux enquêteurs. Deux êtres totalement disparates : un vieux de la vieille, grincheux et mal embouché et un jeunot débutant, ce que les français appellent un *bleu* … donc sans expérience mais extrêmement brillant. Ça fait des étincelles et ça amène une agréable diversion dans une histoire froide et violente.

Pour conclure, ENFERS est un roman fort, noir et violent. La cruauté qui l’imprègne induit des passages à soulever le cœur. La plume est solide, fluide et très directe. Un petit cauchemar de 300 pages développé avec intelligence.

Suggestion de lecture : CHARADE, de Laurent Loison


L’auteur Ismaël Lemonnier

Bonne lecture

Claude Lambert

le samedi 8 novembre 2025

La nuit des enfants rois

Commentaire sur le livre de
BERNARD LANTERIC

*Le garçon que j’ai découvert, avant que je n’épouse sa mère, n’avait pas encore réussi à maîtriser- ou à effacer, j’ignore quelle explication est la bonne- l’invraisemblable violence qu’il porte en lui. *
(Extrait : LA NUIT DES ENFANTS ROIS, Bernard Lenteric, Olivier Orban éditeur, 1992,
Format numérique pour la présente, 294 pages.)

Une nuit, dans Central Park, à New York : sept adolescents sont sauvagement agressés, battus, certains violés. Mais ces sept-là ne sont pas comme les autres : ce sont des enfants-génies. De l’horreur, ils vont tirer contre le monde une haine froide, mathématique, éternelle. Avec leur intelligence, ils volent, ils accumulent les crimes parfaits. Car ces sept-là ne sont pas sept : ils sont un. Ils sont un seul esprit, une seule volonté. Celui qui l’a compris, Jimbo Farrar, lutte contre eux de toutes ses forces. A moins qu’il ne soit de leur côté… Alors, s’ils étaient huit, le monde serait à eux et ce serait la nuit, la longue nuit, La Nuit des enfants rois.

Quelque chose a dérapé
*-Ils veulent nous tuer tous les deux Ann. Toi et moi…
-Ils allaient te tirer dessus. Ils l’auraient fait si je ne
t’avais pas appelée…-Ils arrivent, dit Jimbo, chucho-
tant à son oreille. Elle se retourna et vit les sept qui
sortaient de l’ombre. *
(Extrait)

Dès le début de ma lecture, un petit frisson d’angoisse s’est installé dans ma colonne vertébrale et y est resté jusqu’à la fin. Malgré sa structure bizarre et son développement quelque peu déficient, ce roman a de quoi faire frémir.

L’ordinateur le plus puissant du monde appelé Fozzy et créé par un informaticien de génie, Jimbo Fararr, repère dans le monde sept enfants dont l’intelligence est quasi surnaturelle. Ce repérage a été fait dans le cadre du programme CHASSEUR DE GÉNIE développé par la fondation Killian. Chaque année, Jimbo prend contact avec chaque enfant, chaque année jusqu’à leur adolescence.

Chaque enfant ne connait aucun des six autres…jusqu’à leur adolescence où la Fondation les réunit à New-York. Un soir, alors que les sept se trouvaient à Central Park pour apprendre à se connaître, ils sont brutalement agressés et violés pour certains. C’est alors que tout bascule. À la fin de ce drame, *Les sept n’échangèrent pas un mot. Ils n’auraient désormais plus besoin de se parler pour se comprendre. * (Extrait) Car les sept étaient mus par un seul et même esprit.

*Ce qui est arrivé à Central Park a scellé l’union des sept. La fraternité dans la haine. *  (Extrait) À l’arrière-plan de cette sinistre toile…des idées d’apocalypse. Une abomination était née. Avec leur intelligence hors-norme, ils arnaquent et tuent. Et les cadavres s’accumulent.

Fararr connaissait l’énorme pouvoir des sept car il est clair qu’il faut les mettre hors d’état de nuire. L’intrigue ici est de savoir dans quel camp se trouve Fararr. Si c’est dans celui des sept, ils seraient maintenant 8 et ce serait un inimaginable désastre.

Ce livre a été réédité de nombreuses fois depuis sa publication initiale en 1981. Avec le temps, j’ai l’impression que le contenu a été modifié voir tassé. L’édition que j’ai lue comporte des longueurs pénibles portant entre autres sur les arnaques bancaires. Il y a aussi des imprécisions et des éléments manquants. Rien sur la psychologie des jeunes génies, leur passé, leur histoire. Aussi, le rôle de Fararr n’est pas toujours clair. Enfin, j’ai trouvé la finale étrange, dégageant un parfum d’inabouti.

J’ai remarqué que la masse critique est divisée sur l’archaïsme de l’informatique dont il est question dans le récit. Moi je crois que les dangers de la surexploitation technologique et informatique n’ont pas d’âge. Le principe a toujours été le même et dans le récit de Lanteric, ça ne change rien. Sept petits génies ont un pouvoir conjugué tel que le monde entier est en danger.

Le génie de Lanteric a été d’installer dès le départ une atmosphère anxiogène et de la conserver tout au long du récit mettant en relief le pouvoir diabolique des sept éclos après l’évènement de Central Park qui est le point de bascule de l’histoire. La précision des meurtres et la cruauté froide et indifférente qui suivront sont à faire blanchir les lecteurs/lectrices.

Malheureusement, l’aspect dramatique de l’histoire est quelque peu noyé dans les interminables palabres sur les arnaques financières, les itinéraires compliqués des voyages de Fararr et la complexité des relations entre Jimbo et deux femmes.

Malgré tout, j’ai aimé. Ce livre m’a fait un effet…disons plutôt décoiffant…

Suggestion de lecture : LES ENFANTS DE MINUIT, de Salman Rushdie

Bernard Lenteric, nom de plume de Bernard Bester, né à Paris le 19 janvier 1934 et mort dans la même ville le 24 mars 2009, de la maladie de Charcot, est un écrivain et un producteur de cinéma français, auteur de nombreux best-sellers. Par exemple, Bernard Lenteric publie en 1993 Les Maîtres du pain, une saga familiale adaptée la même année à la télévision en deux parties. Il a également publié L’Empereur des rats, un roman fantastique qui met en scène des rats transgéniques. Pour ce roman, il s’est inspiré des Fourmis de Bernard Werber, après lui en avoir demandé l’autorisation.

DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 1er novembre 2025