NOÉMIE, LES SEPT VÉRITÉS, de GILLES TIBO

*…que madame Lumbago…Yahou… est ma
vraie grand-mère pour vrai! J’en suis toute
étourdie, bouleversée, chamboulée, ravie,
émue et…super choquée. Toute la planète
connaissait la vérité sauf moi.*
(extrait de NOÉMIE LES SEPT VÉRITÉS, Gilles Tibo,
Québec Amérique Jeunesse, 1997, 175 pages, papier)

Dans LES SEPT VÉRITÉS, Noémie apprend une nouvelle qui la bouleverse…sans doute la plus importante nouvelle de sa vie : sa gardienne, madame lumbago est en réalité sa grand-mère. Eh oui, sans blague, pour Noémie, madame Lumbago a d’abord été grand-mère en cachette.  Dans cette touchante histoire, Noémie veut maintenant toute la vérité, rien que la vérité. Alors, le cœur chamboulé par tant de souvenirs, madame Lumbago, émotive, fait remonter à la surface tous ses souvenirs et se met à raconter à sa chère Noémie l’histoire de sa vie…la véritable histoire…

La collection Noémie

Au milieu des années 90, l’auteur Québécois Gilles Tibo publiait le premier volume d’une impressionnante série. Le succès de NOÉMIE devint immédiat auprès des jeunes de 7 à 11 ans. Aujourd’hui, c’est-à-dire au moment d’écrire ces lignes, la collection compte 23 volumes alors qu’elle est à moins de deux ans de son vingtième anniversaire. Monsieur Tibo est un auteur pour le moins prolifique.

Donc depuis LE SECRET DE MADAME LUMBAGO (publié en mars 1996 et adapté par la suite au cinéma) le succès de Noémie ne s’est jamais démenti. La série raconte les sympathiques tribulations d’une petite fille de sept ans et trois quarts curieuse, perspicace et pleine d’imagination. Noémie passe presque tout son temps chez madame Lumbago qui est pas mal au centre de sa vie puisqu’elle est sa grand-maman, sa gardienne, son amie et…sa complice.

Noémie est une petite québécoise bien sympathique qui aime les chasses au trésor, les ptits secrets et les grandes aventures. Encore une fois, les enfants sont bien servis par un savoir-faire québécois plus qu’intéressant en matière de littérature-jeunesse. Pour en savoir plus sur la collection, consultez l’index des titres et auteurs chez www.quebec-amerique.com et surtout, visitez www.lesamisdenoemie.com  Aujourd’hui j’ai choisi de vous parler du quatrième volume de la série…un volume choisi au hasard.

Une chouette petite fille
*On dirait que les mots naissent quelque part
très loin au fond de son ventre et qu’ils
doivent emprunter le long chemin de la
mémoire.
(extrait de NOÉMIE LES SEPT VÉRITÉS, madame Lumbago
commence à débiter ses mémoires)

Au départ, l’idée de Gilles Tibo était très simple : créer un jeune personnage très proche de la réalité des enfants et développer dans chaque volume un aspect de son quotidien ou de sa personnalité. Il faut donc prendre le volume dont je vous parle aujourd’hui pour ce qu’il est, c’est-à-dire un épisode dans la vie de Noémie. Il y a des volumes avec beaucoup d’action, d’autres sont plus statiques comme c’est le cas pour ce quatrième volume de la série.

Dans LES SEPT VÉRITÉS, Noémie apprend tout sur ses origines et apprend non sans surprise que madame Lumbago est plus qu’une simple gardienne. C’est sa grand-mère. Avec beaucoup d’émotion, madame Lumbago entreprend de dire toute la vérité à Noémie…les vérités devrais-je dire, car il y en a six. La septième vérité est un petit ajout tout mignon.

Dans cet opus, les enfants apprendront que dévoiler un grand secret ou exprimer une grande vérité n’est pas une chose nécessairement facile. L’auteur plonge cette fois profondément dans l’histoire de Noémie et nous met en lien avec l’intimité de son environnement et de ses proches, en particulier de madame Lumbago qui est gardienne et même grand-mère apprend-on cette fois…mais qui est plus que tout ça finalement : elle est une complice de Noémie. Chez les enfants, la complicité est le prélude aux grandes amitiés.

C’est une petite histoire écrite avec beaucoup de sensibilité et des moments très touchants magnifiquement exprimés par les illustrations de Louise-Andrée Laliberté.

Il y a dans cette petite histoire de l’émotion, de la délicatesse et de la tendresse et l’auteur alterne adroitement les évènements passés avec le présent sans mêler ou décourager les jeunes lecteurs. Ça demande beaucoup de talent car comment, en lecture, exposer des enfants aux problèmes liés aux adultes? C’est une belle réflexion sur la maturité et le tissu familial.

Le livre fait 175 pages mais comme disaient mes enfants, *les lettres sont grosses*, ça se lit vite et les très belles illustrations ventilent magnifiquement l’ensemble. Il n’y a pas beaucoup d’action toutefois, mais je n’hésite pas à inviter les enfants à parcourir d’autres tomes.

Suggestion de lecture : LA GUERRE DES BOUTONS, de Louis Pergaud

Gilles Tibo est un écrivain, illustrateur et caricaturiste québécois né à Nicolet dans la région de Trois-Rivières en 1951. Au milieu des années 90, après une longue carrière d’illustrateur, il décide d’écrire pour les enfants et crée NOÉMIE LE SECRET DE MADAME LUMBAGO, adopté par les enfants à une vitesse fulgurante.

Prix littéraire du Gouverneur Général du Canada en 1996, ce titre sera le coup d’envoi d’une longue série de titres et de collections pour les enfants (À PAS DE LOUP, LES ROMANS ROUGES entre autres)  et inspirera un film. Il accumule les honneurs littéraires avec entre autres le prix ODYSSÉE en 2002 catégorie Roman Jeunesse pour LA PETITE FILLE QUI NE SOURIAIT PLUS.

Le film NOÉMIE LE SECRET est l’adaptation des quatre premiers tomes de la série de Gilles Tibo. Il est très conforme aux livres, allant d’une énigme à l’autre de  façon prévisible et quelques fois en longueur, mais les enfants sont dirigés avec brio par le réalisateur Frédérik D’Amour et la jeune Camille Felton qui tient le rôle-titre est terriblement attachante. Dans le film, Noémie a connaissance d’une histoire relatant l’existence d’un trésor dans l’appartement de madame Lumbago, sa gardienne. Avec son aide, elle entreprend de dénicher ce trésor. Sa découverte est surprenante. Un peu dépassé, mais très rafraichissant.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
SEPTEMBRE 2015

RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE, Steven Spielberg

*Ce qu’ils virent les laissa muets, assommés de stupeur.
Cela les dépassait, bouleversait toutes les idées qu’ils
avaient pu se faire. C’était trop. Trop pour des mots.
-Seigneur! Parvint enfin à murmurer Roy, la gorge serrée.
-Mon Dieu!  Oh mon Dieu! Dit Jillian. Incapables d’en
dire plus, ils s’abimèrent dans leur contemplation…*
(Extrait de RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE, Steven Spielberg,
t.f. Ed. P. Belfond. 1978, 205 pages. Or.  Columbia pictures)

RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE. PHOTO DU LIVRE ET AFFICHE DU FILM

du grand Spielberg

Une équipe de savants venus du monde entier et dirigée par un français, le professeur Claude Lacombe établissent un lien formel entre des évènements pour le moins troublants qui viennent perturber le quotidien de la planète : des passages d’ovnis signalés par des Tours de contrôle par exemple, ou la découverte d’un navire échoué sur un plateau désertique tibétain.

Parallèlement à ces évènements, un jeune garçon est enlevé par une force mystérieuse et aux quatre coins du monde, des femmes et des hommes tombent sous l’emprise d’une mélodie et tous sont obsédés par une mystérieuse montagne. Parmi eux, Roy Neary qui connaîtra le fin mot de l’histoire, car, le professeur Lacombe est catégorique là-dessus, une rencontre du troisième type se prépare…

Une histoire qui ne vieillit pas

*Cinquante points lumineux jaillirent du nuage
et se rapprochèrent à une vitesse fulgurante*
(extrait RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE)

Je dirai d’entrée de jeu que le livre, c’est le film. On ne peut pas parler de l’un sans parler de l’autre. Les deux sont intimement liés. Une fois scénarisé, le livre écrit par Steven Spielberg est devenu le film réalisé par Steven Spielberg qui lui est devenu une des plus grandes réussites de l’industrie cinématographique américaine…un film culte.

Si vous avez vu le film, le livre pourrait vous sembler monotone et ennuyeux. Vous aurez l’impression de lire un script. Si vous lisez le livre sans avoir vu le film, vous douterez peut-être du talent de Spielberg comme écrivain car bien que le lecteur puisse se sentir aspiré par un crescendo de crainte et d’émerveillement en alternance, l’écriture est d’une naïveté parfois désarmante. Morale de l’histoire…voyez le film.

Cela dit l’histoire a quelque chose de mélodieusement onirique. Spielberg arrive à nous faire espérer que si on avait à être visité par des extra-terrestres ça serait comme dans le scénario de RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE…la longue préparation à une rencontre avec de sympathiques créatures frêles au sourire réservé et attachant venus nous saluer comme de bons voisins à bord d’un magnifique vaisseau à côté duquel notre technologie semble à l’âge de pierre.

Dans les faits, je considère que Spielberg a eu le génie de créer, pour son histoire, des extra-terrestres amicaux, sympathiques, attachants et sans malice tout en les entourant d’une aura nébuleuse et mystérieuse (et même qu’il récidivera en 1982 avec E.T. l’Extra-terrestre. Il y aura aussi quelques essais un tantinet timides comme Abyss ou encore Cocoon du réalisateur Ron Howard)

Ainsi, Spielberg allait à contre-courant de ce que nous ont pratiquement toujours offert le cinéma et la télévision : de vilains extra-terrestres hideux, méchants, destructeurs et tueurs et les exemples ne manquent pas : Alien, Independance day, la guerre des mondes, Mars attaque, *V*, les envahisseurs, Predator, La Chose et j’en passe.

Donc l’idée de Spielberg était d’exploiter l’émerveillement plutôt que la terreur, ce qui a donné une petite merveille qui a révolutionné la science-fiction autant en littérature qu’au cinéma.

Bien sûr, comme des millions de personnes, j’ai vu le film et comme des millions de personnes, j’ai été enchanté. J’ai voulu lire le livre surtout pour voir s’il ne m’apporterait pas quelque chose de plus.

Tel ne fût pas le cas, quoique j’aie quand même pu laisser mon imagination vagabonder agréablement en pensant aux différentes séquences de la finale. Je pense par exemple à cette scène où on voit tous ces gens réunis dans la montagne (…la fameuse montagne qui faisait l’obsession de Roy Neary et de tant d’autres), tous ces savants béats devant le vaisseau colossal qui se tenait devant eux sans toucher le sol…

…ou encore cette scène pendant laquelle Neary est entraîné dans le vaisseau par les petites créatures ou encore cette scène superbe ou le prof Lacombe montre à un extra-terrestre un signe d’amitié en guise d’adieu.

Juste pour la finale et le plaisir d’imaginer, je pourrais vous recommander le livre, mais il y a mieux…voyez le film…ça vaut le coup.

Suggestion de lecture : LA 5e VAGUE, de Rick Yancey

Steven Spielberg est un réalisateur et producteur américain né à Cincinnati en 1946. C’est un des scénaristes et metteurs en scène les plus prolifique de toute l’histoire de l’industrie cinématographique. En parler ici serait beaucoup trop long même pour un simple résumé car sa carrière couvre près d’une trentaine de succès historiques à partir de DUEL, le déclencheur de sa carrière sorti en 1971 jusqu’à LINCOLN sorti en 2012 en passant par LES DENTS DE LA MER, LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, E.T. L’EXTRA TERRESTRE, JURASSIC PARK, IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN et j’en passe.

Ça continue évidemment. Plusieurs livres et essais ont été publiés sur l’homme et sa carrière. Ici, je vous recommande STEVEN SPIELBERG, UNE RÉTROSPECTIVE de Richard Shickel publié aux Éditions de La Martinière. Véritable coup de coeur, ce livre, rempli d’illustrations, passe en revue les exploits légendaires de Spielberg. C’est un livre-rétrospective qui rend hommage à 40 années d’excellence dans l’univers du septième art. En ce qui concerne l’aspect biographique, je vous invite à visiter le site internet http://www.drjones.fr/biographie.php

BONNE LECTURE
JAILU
SEPTEMBRE 2015

 

LE COFFRE D’AVLEN, livre de L. SPRAGUE de CAMP

*…On discerna bientôt des pointes de lance qui
perçaient le sol et brillaient au clair de lune.
Puis des cimiers de casque apparurent, et
bientôt, dans le clair de lune, se dressèrent
cent quatre-vingt-huit géants, hauts de huit
pieds et armés jusqu’aux dents.*
(extrait LE COFFRE D’AVLEN, de L. Sprague de Camp,
t.f. 1970, Éditions Denoel, num. 177 pages)

Jorian, un voyageur, fait halte dans une ville en effervescence : XYLAR. Il ne sait pas qu’à tous les cinq ans, le roi est décapité et que sa tête est lancée dans la foule en fête. Celui qui attrape la tête devient roi pour cinq ans avant d’être décapité à son tour. Jorian reçoit la tête et est reconnu l’élu. Il fait un bon roi, mais il n’a aucune envie de perdre la tête à la fin de son règne. Notre héro va s’associer à un sorcier qui accepte de l’aider à abolir cette coutume. Il y a toutefois une condition : Jorian doit voler le Coffre d’Avlen et le remettre au sorcier. Ce coffre, précieusement gardé contient des sorts qui permettrait au sorcier et à ses acolytes d’obtenir un pouvoir absolu. 

…de quoi perdre la tête…

*Cela semble être une règle de la royauté que,
sur six rois, il y ait un héros, un coquin, un fou
et trois médiocres…

*-Que la Sainte Grenouille nous sauve.-*
(Extrait de : LE COFFRE D’AVLEN, de Lyon Sprague de Camp)

C’est un petit livre intéressant. L’histoire est originale. Toutefois, je l’ai appréciée davantage pour son aspect descriptif que pour l’intrigue. En fait l’histoire commence alors que, sur le point d’être décapité, Jorian s’échappe avec l’aide d’un magicien nommé Karadur. En échange de son aide, Karadur exhorte Jorian à trouver et lui remettre le coffre d’Avlen qui renferme des sorts et des incantations qui assureraient un énorme pouvoir au magicien.

Bien sûr, tout le monde court après Jorian…sa vie est continuellement menacée mais l’auteur a créé un personnage tellement parfait qu’il se sort de toutes les situations périlleuses. Il n’y a pas vraiment d’intrigues, pas de rebondissements, peu d’émotions. L’histoire a un petit côté prévisible et inachevé d’autant que le destin semble reléguer aux oubliettes le contenu du coffre qui me donnait parfois l’impression d’être secondaire dans l’histoire.

J’ai été toutefois agréablement surpris par la description des étapes dans la quête de Jorian. En effet, Sprague de Camp décrit avec beaucoup d’intelligence, de fluidité et d’imagination l’organisation politique et sociale des pays visités, ce qui est peu courant dans les romans de type *fantasy*.

À la fin de l’histoire par exemple, le conclave des magiciens est une vraie trouvaille, nous rappelant nos congrès modernes avec leurs règles parfois lourdes, régissant les assemblées délibérantes. En fait Sprague de Camp a créé tout un univers de petits états en plein développement avec leurs travers, leurs traditions parfois tordues (comme le fait de décapiter un roi après cinq ans de règne) mais aussi leurs bons côtés faits de têtes et de cœurs tournés vers le futur.

Ce type de développement littéraire est intéressant car il ouvre la porte au sens de l’humour qui marque quelque peu le livre, vient alléger la violence qui caractérise souvent le *fantasy* et va jusqu’à donner au lecteur l’impression de lire une histoire vraie ou tout au moins que l’univers décrit a déjà existé. De plus, l’auteur semble vouloir démontrer que la magie a ses limites et que rien ne peut remplacer le courage, l’abnégation, la volonté et l’imagination.

Autre fait intéressant dans LE COFFRE D’AVLEN : Jorian est un conteur…un excellent conteur et dans sa quête, il raconte des histoires captivantes au point de faire oublier quelque peu le véritable sens de cette quête sans oublier le fait que Jorian est un costaud qui aime se battre et qui est un voleur hors-pair.

Je vous suggère sans hésiter la lecture de ce livre. Il est assez court, rythmé, agréable à lire grâce à son langage riche et coloré et demeure, malgré son originalité et ses petites trouvailles, un roman de fantasy avec ses ingrédients habituels : des aventures, des héros, des magiciens et sorciers, des prêtres, des bêtes étranges, des bretteurs et de belles bagarres.

LE COFFRE D’AVLEN est finalement un très bon divertissement.

Suggestion de lecture : PROIES, de Mo Hayder

Lyon Sprague de Camp (1907-2000) était un écrivain américain. Admirateur de Lovecraft, ami d’Isaac Asimov, Sprague de Camp était un passionné de science-fiction et de fantasy. Il a entre autres insufflé une seconde vie au célèbre personnage de Robert Howard CONAN LE BARBARE dont il a poursuivi la saga avec, au passage une biographie de Howard. Il a été un des premiers auteurs de fantasy à imbriquer l’histoire et les sciences linguistiques à ses récits.  Il a écrit des biographies, romans historiques. De Camp s’est aussi intéressé à différentes tendances littéraires dont la poésie et le roman policier. Il a été membre d’un club littéraire appelé TRAP DOOR SPIDERS qui servit de modèle au CLUB DES VEUFS NOIRS de son ami Isaac Asimov.

BONNE LECTURE
JAILU
SEPTEMBRE 2015