SAUVAGE, le livre de Jamey Bradbury

*…c’était la chose la plus jolie que j’ai jamais vue et je
brûlais d’envie de le fourrer dans ma poche, mais
j’avais peur de le prendre, peur de passer la porte
avec le sac et le couteau…peur de ne pas pouvoir
revenir si je le faisais. *
(Extrait : SAUVAGE de Jamey Bradbury, à l’origine,
Galmeister éditeur, 2019, 313 pages. Version audio :
Lizzie éditeur, 2019, durée d’écoute : 11 heures 17
minutes. Narratrice : Karl-Line Heller)

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Elle respecte les trois règles que sa mère lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue », «ne jamais rentrer avec les mains sales » et surtout «ne jamais faire saigner un humain ». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Du rouge et du blanc
* On ne peut pas fuir la sauvagerie qu’on a en soi. *
(Extrait)

C’est un roman étrange mais très fort, développé dans un cadre glacial et pourtant, l’histoire est chaude et imprégnante. Le personnage principal me rappelle Turtle Alveston, l’héroïne de MY ABSOLUTE DARLING. Ceux et celles qui ont pu lire ce chef d’oeuvre de Gabriel Tallent se rappelleront cette jeune fille que son père abuseur appelait Croquette. Une jeune caractérielle de 14 ans, attachante, une battante.

Dans SAUVAGE, nous entrons dans l’intimité d’une jeune fille de 17 ans, Tracy, rebelle, agressive, volontaire et c’est aussi une battante. Les ressemblances s’arrêtent là mais le lien demeure enveloppant et intéressant. Dans SAUVAGE, après avoir été attaquée dans une intense forêt de l’Alaska, Tracy se réveille couverte de sang, certaine d’avoir tué son agresseur. Elle décide de garder le secret, mais il pèsera lourd.

Alors qu’entreront dans sa vie des personnages mystérieux et inquiétants : Tom, agresseur en liberté, Jesse, arrivé de nulle part pour s’installer dans la famille Perikov, le tout assorti d’une passion pour les chiens et les courses, Tracy prend graduellement conscience d’une faculté exceptionnelle qu’elle développe tout au long du récit. Vous dire de quoi il s’agit équivaudrait à tout révéler mais ce don vient donner au récit un caractère fantastique qui cadre bien avec les forêts de l’Alaska, enveloppées de neige et de mystère.

J’ai été captif de cette histoire qui n’est pas sans rappeler certains romans de Stephen King qui prête à des jeunes personnages des pouvoirs surnaturels, CARRIE ou LES ENFANTS DU MAÏS par exemple. SAUVAGE est un thriller psychologique à tension élevé qui regroupe plusieurs éléments du conte initiatique. La pièce maîtresse de l’oeuvre est encore l’imagination de l’auditeur et de l’auditrice, l’auteure y a vu, à cause du non-dit, de l’atmosphère, d’une espèce de vide autour de Tracy qu’il appartient à l’auditeur de combler.

J’ai trouvé le suspense totalement immersif. Le dernier quart du récit m’a particulièrement impressionné jusqu’à une finale que je n’aurais jamais pu prévoir, dure, déroutante mais parfaitement cohérente. Autre élément important, la nature alaskaine tient une place importante et ajoute au caractère attractif de l’histoire et puis, il y a les chiens, l’affection de Tracy pour cet animal qui tient une place si importante dans la vie de l’Alaska à cause des courses mais aussi à cause du fait que dans cette histoire, les chiens symbolisent une irrésistible recherche de liberté et de compréhension dans tout ce qui dépasse Tracy.

C’est un roman fort, troublant et profond qui ne vous laissera pas indifférent. Je le recommande sans hésiter.

Jamey Bradbury est née en 1979 dans le Midwest. Après avoir obtenu une maîtrise en beaux-arts de l’Université de Caroline du Nord, elle est tombée amoureuse de l’Alaska et s’y est installée. Elle partage son temps entre l’écriture et l’engagement auprès des services sociaux qui soutiennent les peuples natifs de l’Alaska. Chaque année, elle fait partie de l’équipe des bénévoles encadrant l’Iditarod, la célèbre course de chiens de traîneau dont elle s’est inspirée pour écrire son œuvre. Sauvage est son premier roman et a reçu le Prix Littérature Monde Étonnants Voyageurs de Télérama.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert

LE GARÇON ET L’UNIVERS, livre de Trent Dalton

*La signature. La signature. En bas à droite…
– Nom de Dieu Gus ! J’associerai ce nom au
jour où j’ai appris comment manipuler le temps. *
(Extrait : LE GARÇON ET L’UNIVERS, Trent Dalton,
Harper Collins éditeur. t.f. : 2019 format numérique,
1 496 pages. Varie selon la police utilisée.)

Darra, banlieue de Brisbane, 1985. Eli, bientôt 13 ans, grandit entre une mère toxico, un grand frère mutique et, en guise de baby-sitter, l’un des anciens prisonniers les plus célèbres d’Australie : Arthur « Slim » Halliday. Mais Eli ne connaît rien d’autre et, en l’absence de son père biologique, peut compter sur les « good bad men » qui l’entourent : son beau-père Lyle, qui a plongé sa mère dans la drogue mais tente maintenant de l’en sortir ; Slim, que sa longue expérience en cellule d’isolement a rendu philosophe ; Gus, son frère, qui communique en écrivant dans l’air et semble avoir des talents de devin.

Un jour, Eli découvre dans le pavillon familial une pièce secrète qui contient de la drogue et un mystérieux téléphone rouge : il suit Lyle et comprend que celui-ci travaille pour un gang de trafiquants local. Furieux et fasciné à la fois, Eli demande à travailler pour lui…

De la misère à l’Univers
*Il y a une fille, sur la plage : elle trempe les pieds dans
l’océan de l’univers. Elle tourne la tête et m’aperçoit,
là-haut, perché sur le mur. Elle sourit. – Allez, dit-elle,
Saute. Elle me fait signe de la rejoindre. – Viens Eli. Et
je saute dans le vide.
(Extrait)

Cette belle histoire est celle d’Eli Bell, 12 ans, et de son frère, August, affectueusement appelé Gus, 13 ans. Gus a une particularité, Il ne parle pas. Non pas qu’il en est incapable. Il ne veut pas pour des raisons que vous aurez à découvrir, mais que j’ai gardé à l’esprit tout au long du récit.

Gus préfère s’exprimer autrement : *August écrit dans l’air de la même façon que Mozart jouait du piano, comme si le destin de chaque mot était d’arriver jusqu’à nous tel un colis expédié depuis un lieu imaginé par son esprit en ébullition. * (Extrait) Gus a aussi le don de pressentir certains évènements.

Ces deux enfants sont élevés en milieux criminels : une mère toxicomane, un beau-père trafiquant de drogues et un baby-sitter de type *gentil bandit* spécialiste des évasions de prison le plus célèbre d’Australie. Il n’y a pas plus dysfonctionnel comme famille et pourtant je me suis attaché à tous ces personnages que j’ai trouvé fouillés, bien campés à la psychologie mise à nue.

Je les ai même trouvés parfois drôles avec leur philosophie de supermarché. Mais j’ai surtout adoré les enfants à cause de leur bonne nature et c’est là que l’auteur a vraiment relevé un beau défi : à partir d’un milieu aussi perturbé, faire évoluer des enfants desquels émanent douceur, émotion, amour et respect de la vie.

Il y a plus énigmatique encore de voir comment deux enfants s’en tirent dans un milieu aussi hostile et désorganisé. Il y a, dans leur maison, une pièce secrète qu’Eli découvre par hasard. Au centre de cette pièce trône un téléphone rouge. On peut le considérer comme le fil conducteur de ce roman qui prend un peu l’allure d’un conte philosophique ou initiatique.

Avec candeur et naïveté, des enfants élevés dans un milieu hostile et désorganisé nous livrent leur vision des adultes avec justesse mais sans haine. Quant au téléphone rouge, il est omniprésent dans le récit et place le lecteur et la lectrice dans un contexte évolutif pouvant même prendre le caractère de la petite bête noire. Quelle est cette voix qui interpelle Eli? Existe-t-elle vraiment? Imagination? Illusion. Pourquoi le téléphone sonne-t-il précisément quand Eli entre dans la pièce.

Eli y entendrait-il la voix de sa propre conscience. La réponse est livrée au lecteur dans une finale éblouissante où toutes les pièces du puzzle finissent par s’imbriquer parfaitement. L’expression qui m’est venue à l’esprit à la fin du livre est : *Comme c’est bien pensé, bien imaginé*, et comme le titre est bien trouvé.

Il y a quelque chose dans ce récit qui m’a enveloppé, une chaleur, une poésie et un train d’émotions : *Il a juste décidé de faire ce que lui dictait son cœur. C’est peut-être tout ce qui compte pour devenir un héros* (Extrait) L’ensemble n’est pas sans nous faire réfléchir sur le sort des enfants élevés en milieux dysfonctionnels, les enfants de parents criminels. Ici les frères Bell sont spéciaux car l’auteur fusionne dans son récit la magie de l’enfance avec la complexité du monde des adultes.

J’ai trouvé l’écriture belle et délicate, la plume très inspirée et d’une grande profondeur. Avec Eli et August, j’ai été très heureux de faire une première incursion dans la littérature australienne.

Suggestion de lecture : TRAQUÉ, roman initiatique de Ludovic Esmes

Trent Dalton écrit pour le magazine australien primé The Weekend. Ancien rédacteur en chef adjoint du Courier-Mail, il a remporté un prix Walkley, a été quatre fois lauréat du prix National News Awards Feature Journalist of the Year et a été nommé journaliste du Queensland de l’année aux Clarion Awards 2011 pour l’excellence Médias du Queensland.

Son écriture comprend plusieurs scénarios de courts et longs métrages. Son dernier scénario de long métrage, Home, est une histoire d’amour inspirée de sa collection non-fiction Detours: Stories from the Street (2011), le point culminant de trois mois plongés dans la communauté des sans-abris de Brisbane, dont le produit est revenu à 20 personnes.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 9 septembre 2023

 

 

CETTE NUIT-LÀ, le livre de LINWOOD BARCLAY

VERSION AUDIO

*Trois types débattant des mérites d’un groupe de rock des années soixante-dix pouvaient-il réellement envisager de m’emmener quelque part pour me tuer ? L’ambiance dans la voiture n’aurait-elle pas été un peu plus sinistre ? *

(Extrait : CETTE NUIT-LÀ. Linwood Barclay, J’ai lu éditeur pour l’édition originale, traduction française. 474 pages. Version audio : Audiolib studios éditeur, 2016. Narrateur : Éric Aubrahn, durée d’écoute : 11h26)

 

Imaginez… Vous êtes une ado de quatorze ans. Vous avez fait le mur pour la première fois. Vous rentrez en cachette la nuit. Au matin, la maison est vide. Toute votre famille a disparu sans laisser de traces. Apparitions suspectes, coups de fils anonymes, messages accusateurs : vingt-cinq ans plus tard, le passé ressurgit… CETTE NUIT-LÀ suit le destin de Cynthia dont les proches disparaissent sans laisser aucun indice…


CRUEL MAL-ÊTRE
<Écoute-moi ducon. Tu sais seulement
à qui tu parles ? Ces types qui t’ont emmené ici.
t’as une idée de ce qu’ils sont capables de faire ?
Tu pourrais finir dans un broyeur à bois. Tu pourrais
être balancé d’un bateau au milieu du détroit…*
(Extrait)

Ce récit de forte intensité raconte l’histoire de Cynthia Bigge et de son mari Terry. L’histoire commence vingt-cinq ans après la disparition de la famille de Cynthia. En effet. Il y a déjà un quart de siècle, au retour d’une petite fugue nocturne bien alcoolisée, alors qu’elle avait quatorze ans, Cynthia constate avec horreur la disparition de sa famille.

Elle n’en aura plus jamais de nouvelles avant au moins 25 ans. La détresse de Cynthia est inimaginable.

Après vingt-cinq ans, Cynthia est obsédée par la disparition de sa famille. Sont-ils morts ? Et pourquoi Cynthia est encore là ? Vingt-cinq ans après, non seulement rien ne s’est arrangé mais Cynthia a développé une véritable obsession :

*Par moment, je les entends. Je les entends parler, maman, mon frère, Papa, je les entends aussi clairement que s’ils étaient dans la pièce. Avec moi. Ils me parlent…* (Extrait)

Décidée à tout essayer pour retrouver son frère et ses parents, Cynthia participe à une émission de télévision appelée DEADLINE qui se spécialise dans l’appel des personnes disparues.

Cette initiative de l’appel télévisé a le don d’entretenir le feu. En effet, Cynthia décèle plusieurs indices qui laissent supposer que sa famille est vivante. Pourquoi ne se montre-t-elle pas. Toute cette histoire ne serait qu’une sordide machination. Même son mari Terry croit que Cynthia pourrait développer une paranoïa.

Terry qui va prendre la relève, décidé à aller au bout de cette histoire grâce à certains jeux d’alliance dont une avec un truand qui était avec Cynthia il y a vingt-cinq ans. Une chose est sûre, quelqu’un sait quelque chose et Linwood Barclay a réussi à jouer avec mes nerfs, curieux de voir un petit prof d’anglais, Terry, aller de découverte en découverte.

Les trois premiers quarts du récit mettent l’accent sur l’obsession et l’opiniâtreté de Cynthia. Le dernier quart enchaînera les revirements et les rebondissements. Il suit Terry dans son enquête qui devient de plus en plus agressive. Ce genre de récit est courant en littérature. Barclay ne réinvente pas le genre et est tombé dans certains pièges : les longueurs et la redondance.

Les trois premiers quarts sont riches en indices, en petites observations intrigantes. L’intrigue est coriace…c’est la qualité de son défaut. Ça tient en haleine, d’autant que Terry prendra conscience de la folie d’une femme qui n’est rien de moins qu’un monstre. Toutefois, la motivation de cette femme est au cœur de milliers d’histoires comme celle-ci.

Je n’ai pas pu vraiment m’attacher aux personnages. Difficile de dire pourquoi mais une étincelle manquait. Certains même me tapaient sur le système comme Vince, ce petit dur qui me donnait l’impression de caricaturer un cowboy sortant d’un saloon avec l’envie de tuer.

Toutefois, je crois que le poids des forces excède celui des faiblesses. CETTE NUIT-LÀ est un suspense efficace doublé d’un thriller psychologique.

Le rythme est élevé, l’écriture efficace, le fil conducteur est solide et le tout maintient le lecteur ou l’auditeur dans une espèce de zone grise qui l’oblige à jongler avec des indices dont plusieurs sont très intéressants.

J’ajoute à cela que j’ai été enchanté par la performance narrative d’Eric Aubrahn qui a trouvé globalement le ton juste avec une signature vocale très distincte pour chacun des principaux personnages. CETTE NUIT-LÀ ne réinvente pas le genre, mais le thriller est fort bien ficelé et il m’a fait l’effet que j’attendais de lui : il m’a gardé captif.

Un thriller qui tient en haleine…à lire.

Suggestion de lecture : NE TE RÉVEILLE PAS, de Liz Lawler

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller. Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu. Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Bonne écoute
Claude Lambert

LE LIVRE qu’il ne faut surtout, surtout, surtout pas lire

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE
SYLVIE LAROCHE

*Il a lu et puis…rien. Aucun effet. Alors, il a essayé à voix haute. Fiasco. Les mots se dégonflaient sur le bord de ses lèvres comme des ballons de Baudruche. De rage, Max a balancé le bouquin à l’autre bout de sa chambre. Et tant pis si ce n’était pas le sien ! Le vendredi suivant,  pourtant, il a retrouvé toute la magie de l’histoire dans la voix de madame Coquelicot. Il s’est dit ce jour-là qu’il appartenait à l’espèce rare et méconnue de ceux qui lisent avec leurs oreilles.*  

(Extrait : LE LIVRE QU’IL NE FAUT surtout, surtout, surtout pas lire, Sophie Laroche, éditions de Mortagne 2019,  réédition, MicMac, papier, 293 pages)

<L’AVENTURE DE TES RÊVES> est le dernier livre à la mode. Tout le monde le lit. Tout le monde sauf Max ! Il déteste la lecture ! Surtout depuis que cet étrange livre a envoûté toute l’école, surtout ses meilleurs copains. Plus personne ne joue à l’heure de la récré. Il y a de quoi se poser quelques questions.

Max est le seul à pouvoir percer le mystère de ce livre plus qu’inquiétant… Seul ? Ça reste encore à voir… Il y a des alliés qu’on imagine pas !

L’INTERDIT QUI ATTIRE
*Max, seul face à sa feuille blanche fulmine.
Il n’a aucune idée. Enfin, oui, il en a bien
une. «Ce serait l’histoire d’un escroc qui
se fait passer pour un écrivain et d’élèves
qui se laissent berner. Sauf un. Parce qu’il
a horreur de lire.*
(Extrait)

C’est une belle petite histoire. Elle n’a rien de spectaculaire ni de compliqué et pourtant, il en sort comme une espèce de magie. Faut-il se surprendre que le héros d’un livre soit quelqu’un qui n’aime pas lire ? Max est un jeune préado qui déteste lire. Depuis quelque temps il est seul. Pourquoi? Parce que tout le monde est plongé dans la lecture d’un livre qui envahit d’un coup le marché de la littérature jeunesse et qui est signé Marc Norenêt.

Tout le monde a le nez dans ce livre, les jeunes, les parents et même le directeur de l’école. Max ne comprend pas et trouve même louche cet engouement soudain pour un livre et surtout d’une directive capitale de son auteur pour ne pas raconter l’histoire aux autres. Max décide de tirer tout ça au clair. Mais pour enquêter, il aura besoin d’alliés.

Une élève de sa classe, Hortense pour laquelle le livre a un peu moins d’attraction et madame Coquelicot, la bibliothécaire, acceptent d’aider Max dans son enquête. Ce qu’ils vont découvrir va les laisser pantois…non seulement sur le contenu du livre mais sur son auteur, le fameux Marc Norenêt, tant adulé.

Tout m’a attiré dans ce livre. D’abord, l’originalité. Regardez à nouveau l’image plus haut : un gros cadenas verrouillé sur des chaînes liées dans le quatrième de couverture. Pour les jeunes lecteurs et lectrices le titre peut être à double sens. Soit qu’il ne faut pas lire ce livre ou que CE LIVRE PARLE d’un livre qu’il ne faut surtout pas lire.

C’est peut-être mêlant mais avouez que c’est de l’interdit plutôt attractif, surtout si on tient compte de pages de garde remplies de têtes de mort qui sont comme on le sait, les symboles du poison.

Donc la présentation est fort originale, attire l’attention et attise la curiosité. Ça ne s’arrête pas là. J’ai beaucoup apprécié Max. Beaucoup de jeunes de 9 à 13 ans vont se reconnaître à travers ce gentil bonhomme. C’est vrai, il n’aime pas lire mais il aime qu’on lui fasse la lecture, idée que je trouve excellente et qui fait un beau clin d’œil aux livres audios.

En général, tous les personnages sont attachants et sympathiques. les illustrations de Jean Morin expressives et vivantes et bien sûr je ne parlerai pas de ce qui rend ce livre si addictif. Je mentionnerai simplement que j’ai trouvé l’idée excellente.

La petite faiblesse de l’histoire réside dans le développement du procédé qui rend le livre addictif. L’idée est géniale, mais à mon avis, elle est sous-développée. Peut-être l’auteure a-t-elle reculé devant les explications techniques qui auraient pu rebuter les jeunes lecteurs. l’idée première es d’encourager les jeunes lecteurs à lire et je ne soulignerai jamais assez l’importance de développer ce goût de la lecture.

C’est très personnel, et je suis loin d’avoir 10 ans (dans mon cas, il faut multiplier un peu) mais j’aurai aimé en savoir plus sur les facteurs qui rendent le livre si irrésistible ainsi que sur les agissements et la personnalité de Marc Norenêt.

Pour résumer, c’est une petite lecture irrésistible dont le but à la base est de donner le goût de la lecture aux lecteurs et lectrice de première génération et d’établir certains des principes de l’addiction. Sincèrement, j’espère avoir d’autres nouvelles de Max…ce jeune homme qui aime *lire avec les oreilles*…

Suggestion de lecture : ROBINSON CRUSOÉ, de Daniel Defoe

   

Sophie Laroche a grandi au bord de la mer, à Wimereux, dans le Pas-de-Calais. Mère de trois enfants, elle partage sa vie entre l’écriture pour la jeunesse, la rédaction d’articles comme pigiste pour un magazine féminin et les rencontres dans les écoles. Elle a obtenu plusieurs Prix de littérature jeunesse dont le Prix Au Fil des Pages, -le Prix Graines de lecteur de Pau, le Prix Renaudot des Benjamins. Elle a signé près d’une quarantaine de livres.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 24 septembre 2021

 

BASTIEN, GAMIN DE PARIS, de BERTRAND SOLET

*…la viande rationnée à cinquante grammes par jour, bientôt introuvable…on mange du chien maintenant, il vaut cher : quatre à cinq francs la livre. Le rat est à deux ou trois francs pièce et encore on n’en trouve plus. Le chat est un mets de riche. Dans les restaurants, il est appelé «agneau». Personne n’est dupe…*

(Extrait : BASTIEN, GAMIN DE PARIS, Bertrand Solet, Nouveau Monde éditions,  2009, 145 pages, édition numérique.)

Récit d’un adolescent de 14 ans, Sébastien Blanchard dit Bastien né dans le Faubourg Saint-Antoine près de la Bastille à Paris. Son récit est consigné dans un journal qui débute en 1870 et dans lequel il décrit ses aventures et les épreuves qu’il a dû subir pendant la guerre franco-prussienne de 1870, marquée par la domination militaire de la Prusse et de ses alliés sur Paris. Il décrit aussi la misère engendrée par la Commune de Paris, une période insurrectionnelle qui dura un peu plus de deux mois. Enfin, Bastien parle de sa participation à une enquête policière sur les agissements d’un espion allemand. Bref…une adolescence agitée.  

Un ado en eaux troubles
*Tout à coup, d’énormes détonations m’ont
déchiré les tympans; les pavés se sont
soulevés juste devant moi…nous avons
riposté; l’air sentait la poudre, on ne
s’entendait plus; des gardes tout autour
tombaient à terre. J’étais plein de
fièvre…*
(Extrait : BASTIEN, GAMIN DE PARIS)

BASTIEN, GAMIN DE PARIS est un court roman historique écrit pour les jeunes et auquel se greffe une petite intrigue policière. Je ne dirais pas que c’est un récit génial mais il m’a accroché à quelques égards.

Je crois qu’il devrait plaire aux jeunes parce que Solet met en scène un ado de 14 ans qui fait face beaucoup trop vite aux soubresauts de la vie et à la bêtise des hommes…je fais référence ici aux nombreuses guerres, révolutions, rébellions et insurrections qui ont marqué l’histoire de la France.

Dans son récit, Bastien consigne dans son journal les souffrances qu’il a endurées pendant la guerre franco-prussienne de 1870 et plus particulièrement pendant la mort lente et douloureuse des communes, spécialement celle de Paris.

Ça devrait intéresser les jeunes lecteurs parce que, entre autres raisons, le jeune personnage principal est crédible. Solet n’en a pas fait un héros infaillible qui sait tout et qui a tout vu. Au contraire, Bastien est sensible, il a du courage mais il fait des erreurs.

La chance n’est pas toujours avec lui, mais il est inventif, il a de l’imagination. Il est facile de s’identifier à lui. En fait le jeune lecteur va s’inquiéter pour lui et même souffrir pour lui.

Le récit développe une chaîne d’évènements, avérés sur le plan historique, qui viennent basculer une adolescence jusque-là paisible. Ce n’est pas sans faire réfléchir sur la situation intenable des enfants de partout dans le monde qui sont souvent les premières victimes des guerres et des insurrections, sans parler des enfants-soldats, un rôle pénible que joue Bastien pendant un temps.

C’est un petit livre agréable à lire. Le fil conducteur tient dans l’intrigue policière. L’ensemble est crédible sur le plan historique malgré une faiblesse dans les détails contextuels, ce qui ne devrait pas trop déranger le jeune lectorat. L’idée du journal comme réceptacle du récit est intéressante et bien exploitée…

*Tout à l’heure je fouillais le grenier, cherchant je ne sais plus quoi. Je suis tombé sur ce cahier aux feuilles jaunies…je l’ai relu, souriant de mes naïvetés enfantines, mais le cœur serré par certains souvenirs brusquement resurgis de très loin. Je me souviens…je ferme les yeux et je me souviens.* (Extrait : BASTIEN, GAMIN DE PARIS)

Les jeunes et même les adultes devaient se laisser tenter. Ce livre est une valeur sûre pour les 9-14 ans.

Suggestion de lecture : JE M’ENNUIE, de Micheline Cumant

Bertrand Solet, de son vrai nom Bertrand Soletchnik est un auteur français né à Paris en 1933. Il est issu d’une famille d’émigrés russes. C’est pendant un épisode douloureux où il fut atteint de poliomyélite qu’il développa une passion pour la lecture et l’écriture. Comme il adorait l’histoire, il s’est spécialisé dans la littérature historique pour la jeunesse. Pour plusieurs, son œuvre majeure est IL ÉTAIT UN CAPITAINE, devenu un classique, plusieurs fois réédité et qui aborde de façon remarquable L’AFFAIRE DREYFUS à l’intention des jeunes. Son œuvre a été récompensé de plusieurs prix prestigieux.

BONNE LECTURE
JAILU/CLAUDE LAMBERT
le 2 avril 2017