PROIES, le livre anxiogène de MO HAYDER

*…juste là quand il est arrivé sur elle.
Il a dit allonge-toi salope. Elle n’a
reconnu sa voix parce qu’il gueulait. *
(Extrait : PROIES, Mo Hayder, édition originale fr. :
Pocket, 2011, 544 pages, version audio : Audible
studios, 2018. Narrateur : François Hatt. Durée
d’écoute : 12 heures 12)

Alors qu’elle dépose ses courses dans le coffre de sa voiture, une femme est jetée au sol par un individu qui prend la fuite à bord du véhicule. Pour la police, c’est un banal fait divers, l’agresseur ne s’est sans doute pas rendu compte de la présence d’une fillette sur la banquette arrière. Mais le scénario s’assombrit : l’enfant reste introuvable et une deuxième petite fille disparaît dans les mêmes circonstances. Les commissaires vont plonger dans l’horreur à l’état pur.

ANXIOGÈNE
*-C’est son anniversaire demain.
murmura-t-elle.  Vous allez la
ramener pour son anniversaire ? *
(Extrait)

Je dois dire d’entrée de jeu que j’ai été subjugué par la performance narratrice de François Hatt. Un registre vocal précis pour chaque personnage, celui du commissaire Jack Caffery particulièrement réussi. L’harmonique, la signature vocale de l’ensemble traduit une remarquable intensité dramatique.

Je n’ai pas lu la version papier mais je sais que la narration a mis en valeur une histoire particulièrement sombre tout en imprégnant l’auditeur/auditrice d’une atmosphère lourde, glauque. Le récit rappelle une toile d’araignée dont on ne peut s’échapper et qui nous rapproche inexorablement d’une finale au départ improbable. Ce n’est pas ce que je pourrais appeler à proprement parler un livre de détente.

Le rythme du récit n’est pas spécialement élevé sauf dans les deux dernières heures d’écoute, mais la violence contenue, calculée et sans pitié qui caractérise l’histoire est de nature à pétrifier l’auditeur/auditrice : meurtres violents, atmosphère torturée, quelques passages à soulever le cœur et des policiers dépassés mais opiniâtres. Avant d’aller plus loin, voyons le synopsis.

Le scénario est toujours le même. Un homme agresse une femme dans le seul but de lui voler sa voiture. L’agresseur se trouve à kidnapper par inadvertance l’enfant qui se trouve sur la banquette arrière. Le lecteur ou l’auditeur comprendra vite qu’il n’y a pas d’inadvertance, l’histoire étant sensiblement prévisible.

L’effort de Mo Hayder pour développer la psychologie du mystérieux personnage laisse à penser que c’est aux parents que l’agresseur veut s’en prendre en enlevant les enfants qui ont un point en commun. Ce sont des petites filles uniques, les parents, pour toutes sortes de raisons, ne pouvant avoir d’autres enfants.

Ce fait donne un élan capital au récit : *Ce qu’il a fait subir aux petites filles qui l’a enlevé, Dieu seul le sait, mais je n’espère plus grand-chose. Il connait la vie. Il sait que quand on s’en prend à un enfant, c’est à peu près comme si on tuait ses parents. * (extrait)

Côté classique : l’enquête est menée par deux policiers…deux par deux…très classique en effet surtout si on tient compte des états d’âme de ces policiers. Jack Caffery, un commissaire torturé par ses démons, son passé (Son frère a été enlevé par un pédophile il y a trente ans et le corps n’a jamais été retrouvé) mais qui est toutefois très attachant, et Flea Marley, une tête de mule à la discipline douteuse mais qui possède un instinct assez efficace.

La plume de Hayder est énergique. L’histoire est angoissante et est même enrichie, je le précise en passant, d’un mystérieux personnage appelé le MARCHEUR, et dont la sagesse sera d’une aide précieuse pour Caffery. C’est bien écrit. C’est très noir et l’auteure a déployé beaucoup d’imagination pour rendre une atmosphère lourde, intense et angoissante.

Notez bien, ça reste un roman policier, un polar. Il n’est pas horrifiant comme tel mais il est psychologiquement intrigant.

Enfin, je veux signaler au passage quelques faiblesses dans l’ensemble. Si le pouvoir descriptif de la plume est évident, je ne peux pas en dire autant sur le plan géographique. J’ai eu beaucoup de difficulté à me retrouver dans le tunnel, le canal, les péniches. Ce sont des endroits stratégiques du récit, plutôt mal définis et pauvrement décrits. Ça place le lecteur-auditeur dans une situation d’inconfort.

Un plan aurait été bienvenu je crois. J’ai trouvé le dénouement un peu rapide, un tantinet facile et prévisible. Il en aurait coûté quelques pages de plus pour mieux l’encadrer et l’approfondir. Ne prenez pas ce livre sous l’angle du thriller psychologique, vous seriez déçu. Comme je l’ai précisé plus haut, ça reste un roman policier.

Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé mon audition. J’espère que l’intensité dramatique ressort aussi efficacement dans la version papier.

Pour conclure, une petite pensée que nous laisse l’auteure en héritage : avoir des enfants équivaut à avoir des yeux tout le tour de la tête…et là encore, rien n’est garanti.

Fille d’universitaires anglais, Mo Hayder est née à Londres. À 16 ans, en 1978, elle quitte brutalement sa famille et exerce divers petits emplois avant de partir, à l’âge de 25 ans, au Japon où elle réside pendant deux ans. Attirée par le cinéma d’animation, elle s’installe à Los Angeles pour y entreprendre des études de cinéma. De retour en Grande-Bretagne, Mo Hayder décide alors de se consacrer à l’écriture.

Elle fréquente les milieux policiers, rencontre des médecins légistes, et met deux ans à écrire Birdman à partir de notes prises sur le terrain. Avec ce premier roman, elle fait une entrée très remarquée dans le monde du thriller et crée le personnage de Jack Caffery que l’on retrouvera dans quatre autres romans. En 2005, elle est lauréate du Prix SNCF du polar européen et obtient l’année suivante le prix des Lectrices de ELLE avec TOKYO.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 12 mars 2021

CETTE NUIT-LÀ, le livre de LINWOOD BARCLAY

VERSION AUDIO

*Trois types débattant des mérites d’un groupe de rock des années soixante-dix pouvaient-il réellement envisager de m’emmener quelque part pour me tuer ? L’ambiance dans la voiture n’aurait-elle pas été un peu plus sinistre ? *

(Extrait : CETTE NUIT-LÀ. Linwood Barclay, J’ai lu éditeur pour l’édition originale, traduction française. 474 pages. Version audio : Audiolib studios éditeur, 2016. Narrateur : Éric Aubrahn, durée d’écoute : 11h26)

 

Imaginez… Vous êtes une ado de quatorze ans. Vous avez fait le mur pour la première fois. Vous rentrez en cachette la nuit. Au matin, la maison est vide. Toute votre famille a disparu sans laisser de traces. Apparitions suspectes, coups de fils anonymes, messages accusateurs : vingt-cinq ans plus tard, le passé ressurgit… CETTE NUIT-LÀ suit le destin de Cynthia dont les proches disparaissent sans laisser aucun indice…


CRUEL MAL-ÊTRE
<Écoute-moi ducon. Tu sais seulement
à qui tu parles ? Ces types qui t’ont emmené ici.
t’as une idée de ce qu’ils sont capables de faire ?
Tu pourrais finir dans un broyeur à bois. Tu pourrais
être balancé d’un bateau au milieu du détroit…*
(Extrait)

Ce récit de forte intensité raconte l’histoire de Cynthia Bigge et de son mari Terry. L’histoire commence vingt-cinq ans après la disparition de la famille de Cynthia. En effet. Il y a déjà un quart de siècle, au retour d’une petite fugue nocturne bien alcoolisée, alors qu’elle avait quatorze ans, Cynthia constate avec horreur la disparition de sa famille.

Elle n’en aura plus jamais de nouvelles avant au moins 25 ans. La détresse de Cynthia est inimaginable.

Après vingt-cinq ans, Cynthia est obsédée par la disparition de sa famille. Sont-ils morts ? Et pourquoi Cynthia est encore là ? Vingt-cinq ans après, non seulement rien ne s’est arrangé mais Cynthia a développé une véritable obsession :

*Par moment, je les entends. Je les entends parler, maman, mon frère, Papa, je les entends aussi clairement que s’ils étaient dans la pièce. Avec moi. Ils me parlent…* (Extrait)

Décidée à tout essayer pour retrouver son frère et ses parents, Cynthia participe à une émission de télévision appelée DEADLINE qui se spécialise dans l’appel des personnes disparues.

Cette initiative de l’appel télévisé a le don d’entretenir le feu. En effet, Cynthia décèle plusieurs indices qui laissent supposer que sa famille est vivante. Pourquoi ne se montre-t-elle pas. Toute cette histoire ne serait qu’une sordide machination. Même son mari Terry croit que Cynthia pourrait développer une paranoïa.

Terry qui va prendre la relève, décidé à aller au bout de cette histoire grâce à certains jeux d’alliance dont une avec un truand qui était avec Cynthia il y a vingt-cinq ans. Une chose est sûre, quelqu’un sait quelque chose et Linwood Barclay a réussi à jouer avec mes nerfs, curieux de voir un petit prof d’anglais, Terry, aller de découverte en découverte.

Les trois premiers quarts du récit mettent l’accent sur l’obsession et l’opiniâtreté de Cynthia. Le dernier quart enchaînera les revirements et les rebondissements. Il suit Terry dans son enquête qui devient de plus en plus agressive. Ce genre de récit est courant en littérature. Barclay ne réinvente pas le genre et est tombé dans certains pièges : les longueurs et la redondance.

Les trois premiers quarts sont riches en indices, en petites observations intrigantes. L’intrigue est coriace…c’est la qualité de son défaut. Ça tient en haleine, d’autant que Terry prendra conscience de la folie d’une femme qui n’est rien de moins qu’un monstre. Toutefois, la motivation de cette femme est au cœur de milliers d’histoires comme celle-ci.

Je n’ai pas pu vraiment m’attacher aux personnages. Difficile de dire pourquoi mais une étincelle manquait. Certains même me tapaient sur le système comme Vince, ce petit dur qui me donnait l’impression de caricaturer un cowboy sortant d’un saloon avec l’envie de tuer.

Toutefois, je crois que le poids des forces excède celui des faiblesses. CETTE NUIT-LÀ est un suspense efficace doublé d’un thriller psychologique.

Le rythme est élevé, l’écriture efficace, le fil conducteur est solide et le tout maintient le lecteur ou l’auditeur dans une espèce de zone grise qui l’oblige à jongler avec des indices dont plusieurs sont très intéressants.

J’ajoute à cela que j’ai été enchanté par la performance narrative d’Eric Aubrahn qui a trouvé globalement le ton juste avec une signature vocale très distincte pour chacun des principaux personnages. CETTE NUIT-LÀ ne réinvente pas le genre, mais le thriller est fort bien ficelé et il m’a fait l’effet que j’attendais de lui : il m’a gardé captif.

Un thriller qui tient en haleine…à lire.

Suggestion de lecture : NE TE RÉVEILLE PAS, de Liz Lawler

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller. Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu. Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Bonne écoute
Claude Lambert

CARNET DE VOYAGE D’UN MORT DÉBUTANT

Je me pose des questions qui me font
Perdre du temps. C’est vrai,  mais j’ai
Toujours été ainsi.  Dois-je changer
Maintenant que je suis mort?

(extrait de CARNET DE VOYAGE D’UN MORT
DÉBUTANT, Isabelle Bouvier, Iboux éditions, 2012)

Commentaire sur le livre
D’ Isabelle Bouvier

La mort, c’est le meilleur moment de la vie, c’est pourquoi il est préférable de le garder pour la fin.

Gustave Parking

Isabelle Bouvier a imaginé le carnet de voyage de Paul qui, après sa mort se retrouve dans un endroit de transition où il peut, même mort, continuer à vivre une vie ressentie. Il y a bien sûr quelques exceptions, issues de l’imaginaire de l’auteure. Par exemple le fait de faire apparaître des choses en les souhaitant très fort. Dans ce monde mystérieux où apparemment il ne fait que passer, il attend une lettre qui lui expliquera la suite des évènements.

Paul profite de cette transition pour entreprendre une quête complexe : comprendre le sens de la vie et de la mort, comprendre ce qu’il fait là et comprendre aussi les gens qui l’entourent…bref une quête au bout de la mort.

Il retrouve son papy, fait la connaissance de l’énigmatique  monsieur jeudi, se fait une amie : Maria et entreprend un journal où il consigne ses questionnements,  ses observations, ses recherches et ses rencontres.

C’est un magnifique petit livre sans prétention et tout en sensibilité. Dans ce livre, il n’y a pas de discours, de manifestations morales ou de théories compliquées sur la vie après la mort. Isabelle Bouvier raconte très simplement sa vision du cheminement d’un homme simple, attachant avec un petit côté *enfant*, après sa mort.

En fait, c’est un livre qui pousse à l’introspection en évitant le piège de l’examen de conscience et de la fameuse psychose du ciel et de l’enfer. Avec un brin de poésie, une douce pointe d’humour, l’auteure laisse supposer que bien des questions trouvent leurs réponses dans le cœur des vivants.

Loin d’être moralisateur, l’ouvrage est de nature à apaiser l’esprit qui se préoccupe davantage de la mort que de vivre. C’est un petit livre rafraîchissant qui se lit vite et en douceur.

L’auteure Isabelle Bouvier

Je vous recommande CARNET DE VOYAGE D’UN MORT DÉBUTANT, le premier roman d’Isabelle Bouvie Bon jusqu’au dernier mot. Pour en savoir davantage sur Isabelle Bouvier, je vous invite à visiter son blog au http://monavistinteresse.blogspot.fr/

Suggestion de lecture : PASSAGE, de Yanick St-Yves

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
AVRIL 2014

Inferno

Mes chaleureuses salutations à vous amies lectrices et amis lecteurs!

C’est à mon tour de mettre mon grain de sel dans le débat entourant le dernier opus de Dan Brown : INFERNO.

Je dis débat parce que l’accueil du livre a été un peu mitigé…les avis sont partagés…beaucoup de critiques sont sévères et même caustiques dans certains cas.

Vous voulez savoir ce que j’en pense?
Alors je vous invite à lire mon article et plonger avec moi dans l’enfer de Dante…

Aller lire mon commentaire sur INFERNO de Dan Brown

JAILU

 

INFERNO, le sixième livre de DAN BROWN

*…L’humanité sans régulation se comporte
comme une maladie endémique, un cancer…
nous devenons plus nombreux à chaque
génération et bientôt ce qui nourrissait notre
vertu et notre altruisme sera réduit à néant.
Alors viendra le règne de la bête en nous…
Voici que vient le neuvième cercle de Dante…*
(extrait de INFERNO, Dan Brown, éd. JC Lattès, 2013)

Le sixième roman de Dan Brown : INFERNO met en scène encore une fois, le célèbre professeur et expert en symbologie Robert Langdon. Un jour, Langdon se réveille dans un hôpital de Florence, amnésique. Il n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé dans sa vie dans les 48 dernières heures. À partir de son réveil, les évènements se précipitent. Il semble qu’on en veut à sa vie. Il fuit, aidé par son médecin la docteure Sienna Brooks.

Il découvre qu’il transporte à son insu un tube métallique semblable à ceux qu’on utilise pour stocker des virus mortels hautement contagieux. Il semble que tout le monde cherche Langdon. Il est en danger et il a peu de temps pour éclaircir ce mystère car il semble que les habitants de la planète entière courent un grand danger.

Les énigmes que Langdon aura à résoudre sont inspirées de l’enfer décrit par DANTE ALIGHIERI, poète florentin du XIIIe siècle dans sa célèbre DIVINE COMÉDIE.

Robert Langdon sera finalement confronté à un savant transhumaniste, Bertrand Zolbrist, célèbre biochimiste, persuadé que l’humanité court rapidement à sa perte si le nombre d’habitants sur terre n’est pas drastiquement réduit.

AVANT-PROPOS : LE TRANSHUMANISME

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et de la technologie pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains tels que les handicaps, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort, subis comme inutiles et indésirables.

Comme le transhumanisme présente autant d’avantages que de dangers, la perspective d’une humanité transformée suscite de nombreuses réactions tant positives que négatives, issues de courants de pensée très divers.

En regard du livre de Dan Brown, INFERNO, je préciserai que Robert Langdon sera finalement confronté à une vision du transhumanisme extrapolée jusqu’à en être déformée. L’argumentaire développé à la fin du volume tend à amener le lecteur à prendre position ou l’amène tout au moins à une réflexion sur ce sujet controversé.

L’UNIVERS DE DANTE
*on ne peut voir la vérité
qu’avec les yeux de la mort*

Concernant INFERNO, j’ai lu beaucoup de critiques et de commentaire parfois favorables. mais souvent acides, disant que la formule *BROWN* est plutôt cuite, que plus ça change plus c’est pareil, que c’est toujours le même moule, toujours le même plat mettant en présence un concept scientifique et une œuvre d’art. Beaucoup de lecteurs s’attendaient à mieux de la part de Brown.

Je m’attendais à mieux moi aussi et pourtant, j’ai aimé ce livre. Me voici à contre-courant encore une fois je le crains.

Il est évident que la griffe de Brown est reconnaissable dans INFERNO car tous les ingrédients de sa recette habituelle sont réunis : enchevêtrements de notions d’art, d’histoire, d’architecture, une mystérieuse organisation, risques élevés de catastrophe, coïncidences, invraisemblances. Il se trouve ici que l’amnésie de Langdon est bien pratique pour l’auteur mais amène difficilement le lecteur à participer à la solution de l’intrigue.

L’aspect divertissant d’un livre est évidemment important pour moi, mais j’aime aller au-delà. J’aime apprendre, observer, réfléchir et méditer sur les thèmes et éléments divers qui portent à réflexion. Comme dans INFERNO, le lecteur est poussé à réfléchir et méditer sur les dangers potentiels d’une augmentation exponentielle de la population mondiale.

Il se trouve aussi que j’aime l’histoire et l’architecture. Quant aux invraisemblances, je crois qu’elles ont toujours fait partie de l’univers du roman, même si elles doivent avoir une limite.

Il faut donner à Brown ce qui lui revient. Ses livres sont très bien documentés et les aspects pédagogiques qui en ressortent sont crédibles.

Je note aussi que dans INFERNO, le fil de l’histoire est solide, stable, continu et tient sur la notion de transhumanisme décrite plus haut et sur un chef d’œuvre historique de la poésie : LA DIVINE COMÉDIE de Dante Alighieri, une œuvre remarquable connue et étudiée dans le monde entier.

Le poète y narre un voyage à travers les trois règnes supraterrestres : INFERNO (l’enfer), PURGATORIO (le purgatoire) et PARADISO (le paradis). Toutes les énigmes du livre de Brown sont basées sur le premier règne : INFERNO qui est devenu le titre du livre. Je savais peu de choses de Dante Alighieri et de la DIVINE COMÉDIE. Maintenant, je me considère pratiquement initié…presque

À ces aspects culturels et pédagogiques, j’ajoute quelques éléments intéressants que j’aime bien retrouver dans un suspense : des chapitres courts (il y en a une centaine dans ce livre de 525 pages, édition numérique), des rebondissements, du mystère, intrigues haletantes et une finale un peu spéciale qui n’est pas sans faire réfléchir grâce un argumentaire sur les motivations du savant qui a tout déclenché.

En fin de compte j’ai aimé ce livre même si je m’attendais à de la nouveauté et aussi à un peu plus d’originalité. Brown reste fort mais un petit changement de recette serait sûrement le bienvenu. J’aurais envie de lui dire, pour le prochain livre, cette fois, surprend-moi…

Suggestion de lecture : LE CERCLE DE DANTE de Matthew Pearl

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Août 2013

(En complément…)

ALBERT EINSTEIN – Comment je vois le monde

« La condition des hommes s’avérerait pitoyable s’ils devaient être domptés par la peur d’un châtiment ou par l’espoir d’une récompense après la mort. »

« Mais c’est la personne humaine, libre, créatrice et sensible qui façonne le beau et le sublime, alors que les masses restent entraînées dans une ronde infernale d’imbécillité et d’abrutissement. »

« Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement.

« Je crois que l’exagération de l’attitude férocement intellectuelle, sévèrement orientée sur le concret et le réel, fruit de notre éducation, représente un danger pour les valeurs morales. Je ne pense pas aux risques inhérents aux progrès de la technologie humaine, mais à la prolifération des échanges intellectuels platement matérialiste, comme un gel paralysant les relations humaines. »

« Et pourtant je crois profondément en l’humanité. Je sais que ce cancer aurait dû depuis longtemps être guéri. Mais le bon sens des hommes est systématiquement corrompu. Et les coupables se nomment: école, presse, monde des affaires, monde politique. »

« C’est le rôle essentiel du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître. »
(Voir le complément pour plus!)

« Si l’on sépare le judaïsme des prophètes, et le christianisme tel qu’il fut enseigné par Jésus-Christ de tous les ajouts ultérieurs, en particulier ceux des prêtres, il subsiste une doctrine capable de guérir l’humanité de toutes les maladies sociales. »

« Je m’imagine qu’une des motivations les plus puissantes qui incitent à une oeuvre artistique ou scientifique, consiste en une volonté d’évasion du quotidien dans sa rigueur cruelle et sa monotonie désespérante, en un besoin d’échapper aux chaînes des désirs propres éternellement instables. Cela pousse les êtres sensibles à se dégager de leur existence personnelle pour chercher l’univers de la contemplation et de la compréhension objectives. »

-Comment je vois  le monde, Albert Einstein

Ce sont ces citations et extraits qui m’ont poussé à chercher le livre Comment je vois le monde, de Albert Einstein. Il ne s’agit pas d’une biographie, ça semble plutôt être une réelle volonté d’Einstein d’en dire d’avantage sur sa vision des choses, ses idées, ses opinions. J’avoue qu’après une première lecture (et même la relecture de certains passages), eh bien je n’ai vraiment pas tout compris. Le texte est par moment dense et technique. Le livre est divisé en quatre grands thèmes (Le pacifisme, la lutte contre le nazisme, les problèmes juifs, et la science), eux même subdivisés en plusieurs articles. Ça aide un peu la lecture, mais ça ne rend pas vraiment le tout plus assimilable.

Ce que j’ai retenu surtout de Comment je vois le monde, c’est qu’Einstein parle de la paix, de la démilitarisation, de l’abolition du service militaire obligatoire, du désarmement. Il est aussi question de science évidement, et aussi de religion, surtout du judaïsme. Le tout à travers des textes personnels, des échanges de lettres et des discours  Certains passages sont parfaitement clairs et inspirants, alors que d’autres furent insaisissables pour un non-initié comme moi, quand il aborde la philosophie ou la physique par exemple.

Je ne regrette pas la lecture de ce livre, car malgré tout j’ai pu en apprendre beaucoup sur le personnage et son époque également (ce livre couvre de 1934 à 1955, l’année de la mort d’Einstein). Mais si quelqu’un veut vraiment se documenter, je conseillerais plutôt de partir en quête d’une bonne biographie. Je ne recommande ce livre qu’aux connaisseurs, aux collectionneurs, aux « Einsteinologues » en devenir. Suggestion

Suggestion de lecture : PHOBIE de Sarah Cohen-Scali

Phenixgoglu
Mars 2013
(En complément…)

LE SPLEEN DE PARIS, de CHARLES BAUDELAIRE

Je ne suis pas un grand amateur de poésie, si je compare au roman par exemple. Mais une ou deux fois par année j’aime bien me plonger dans un classique.

De temps en temps au travail, je lève les yeux de mon écran pour regarder par la baie vitrée. Celle-ci donne une vue très vaste du ciel surplombant une autoroute congestionnée au quotidien. Là, fixant les cumulus indifférents, dans une rêverie furtive, un désir d’éloignement, je me remémore le premier poème en prose du livre Le Spleen de Paris, de Charles Baudelaire. Si vous ne devez lire qu’un livre de ce poète, excluant évidement les traductions des nouvelles d’Edgar Allan Poe, que ce soit celui-ci!

Charles Baudelaire – Le Spleen de Paris – L’Étranger
« Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »

Dans un autre ordre d’idée, je me suis rendu compte récemment que j’ai lu de Baudelaire beaucoup plus de ses traductions d’Edgar Poe que de ses propres textes! Et je ne crois pas être le seul dans cette situation. Je ne connais pas grand chose sur Baudelaire mais je crois savoir que l’un comme l’autre avait ce côté artiste maudit tellement fascinant. Du coup je me suis posé la question, est-ce que c’est cette ressemblance, cette connexion profonde, qui a poussé Baudelaire à traduire Poe? Ou était-ce simplement parce qu’il admirait ses écrits?

Si ces questions vous intéressent, je vous recommande la lecture de cette page de blog. Bien que d’une présentation grossière, il s’agit d’une excellente analyse complète et riche en détails et en sources. Vous découvrirez que les motivations de Baudelaire étaient étonnamment beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît!

Suggestion de lecture : LES FLEURS DU MAL de Charles Baudelaire

Phenixgoglu
Février 2013

GENESIS, le livre de JOHN CASE, Jim/Caroline Hougan

Je viens de terminer GENESIS, le premier roman de John Case (Il s’agit d’un pseudonyme collaboratif, voir le complément). Le quatrième de couverture en parle comme d’un thriller scientifique, ce qui est ridicule. À mon avis le suspense n’y est pas suffisamment intense pour le qualifier de thriller, et la science n’y prend vraiment pas assez de place pour le qualifier de scientifique. Par contre il n’est pas mauvais! Mais  selon moi il s’agit plutôt d’un roman policier. Seul le dénouement nous immerge vraiment dans la science complexe de la génétique et c’est peut-être là où la classification est détournée.

Dans un petit village d’Italie, un vieux docteur fera une confession des plus troublantes au curé de la paroisse. Le sujet de cette confession restera inconnu du lecteur jusqu’à la fin. Une chose est sûre, il s’agit d’une révélation qui bouleversera la face du monde, et la face de la chrétienté. Plus tard à des kilomètres de là, la sœur et le neveu de Joe Lassiter périssent dans un terrible incendie criminel. Lassiter, à la tête d’une agence de détective prospère, fera enquête.

J’ai beaucoup aimé la plume de John Case dans ce livre. Il décrit bien les décors mais juste ce qu’il faut, il étale bien le style de ses personnages mais juste ce qu’il faut, il ajoute de la chair à son récit mais juste ce qu’il faut. Il a cette tendance à « décrire ce qui doit arriver avant que ça arrive ». Par exemple il décrit comment le curé devra obtenir un entretien avec les haut placés du Vatican, ou comment un grand brûlé sera traité à son arrivée à l’hôpital. Ces détails font de GENESIS un roman agréable et léger.

L’histoire est plutôt linéaire, une première intrigue est posée au début (la confession), puis mise en suspens pour laisser place à une autre (l’incendie criminel) qui évoluera très progressivement jusqu’à la fin du roman où, on s’en doute, elle rejoint la première.

Cette double intrigue compense pour le rythme un peu lent et le manque d’action dans la majeure partie du livre. Joe Lassiter, l’unique héros du roman, est un personnage qui gagne à être connu et pour lequel on éprouve de l’empathie, quoique son côté cossu de riche héritier prospère a parfois tendance à briser la magie.

J’ai bien aimé ce livre et je relierai assurément un autre livre de John Case un jour. J’ai lu des extraits assez convaincants de SYNDROME, je crois bien que ce sera le suivant!

Suggestion de lecture : PANDEMIA de Frank Thilliez

Phenixgoglu
Janvier 2013

(En complément…)

D’étoile en étoile, les livres de MAURICE LIMAT

Amateurs de lecture, je vous salue. Pour débuter cette série de collaborations
à ce blogue, j’ai pensé attirer votre attention sur une trouvaille que j’ai faite
récemment lors d’une de mes nombreuses pérégrinations sur internet. Attiré
cette fois par un goût de fantastique et de science-fiction, j’ai découvert Maurice
Limat, un auteur français extrêmement prolifique qui vécut de 1914 à 2002.

Quand je dis prolifique, c’est peu dire, d’autant qu’il a publié sous plusieurs
pseudonymes : Maurice Lionel, Maurice d’Escrignelles, Lionel Rey, Lionel
Rex. Vous verrez par vous-même en consultant la bibliographie très partielle
proposée à la fin de cet article.

Maurice Limat a publié une quantité considérable de petits romans d’aventure. Il est devenu célèbre pour ses romans de science-fiction réunis dans des collections non moins célèbres, en particulier FLEUVE NOIR dont il est devenu le pilier.

C’était un passionné d’occultisme, des mystères de l’espace, de science-fiction, de fantastique.

Maurice Limat a écris plus de 500 romans. C’est énorme pour un lecteur comme moi qui aime varier ses découvertes. Et puis il faut bien passer à autre chose. Néanmoins, je me suis attardé à la fameuse collection FLEUVE NOIR. J’ai lu en
tout 27 romans de cette collection. Voici les titres:

Un astronef nommé péril – La cloche de brume – Les cosmatelots de Lupus –Les créatures d’Hypnos – Un de la galaxie – Le dieu couleur de nuit – Et la comète passa – L’étoile de Satan – Le flambeau du monde – Flammes sur Titan – Les foudroyants – Fréquence ZZ – Ici finit le monde – J’écoute l’univers – Lumière qui tremble – Particule zéro – La planète de feu – Plus loin qu’Orion – Les portes de l’aurore – Le septième nuage – Les sirènes de Fao – Le soleil de glace – Les soleils noirs – Tempête sur Goxxi – La terre n’est pas ronde – Le treizième signe du zodiaque – Le voleur de rêves.

À la lecture de ces petits romans, j’ai été agacé par le manque d’aboutissement et de fini, des conclusions hâtives et quelques fois bâclées. Toutefois, cette faiblesse évidente est compensée par une force non moins évidente, soit l’idée que se fait l’auteur de l’univers. Ici, Limat fait preuve d’une imagination extraordinaire. Il a créé des centaines de mondes, sur des centaines de planètes avec leur flore, leur faune, leurs mystères, leurs phénomènes étranges, leurs peuples, leur organisation administrative et politique, leurs guerres et l’éternelle dualité entre les dominants et les soumis.

J’ai fait aussi des trouvailles étymologiques fort originales, des mots qui parlent par eux-mêmes : cosmatelot, astroport, volnager, coplanétriotes, etc. Enfin, je ne voudrais pas passer sous silence, les personnages que Limat a créé et qui gravitent autour de deux héros : Robin Muscat, policier de l’interplan (créé sur les bases de l’interpol actuelle), la police interplanétaire…un personnage énergique, brillant au caractère fort et pas toujours prévisible et son ami, le Chevalier Coqdor que j’appelle le détective de l’esprit, un personnage sympathique, sensible et attachant qui met ses importants pouvoirs paranormaux au service du bien et de la justice.

Je ne dirai pas que ces romans sont des chefs d’œuvre ou même des ouvrages de haut niveau, mais je vous recommande de les explorer, question de vous offrir une petite fantaisie rafraîchissante en pénétrant dans des mondes mystérieux et fascinants.

Maurice Limat a dépeint, pendant un peu plus de trente ans et un peu plus de cinq cents ouvrages, l’épopée d’une race humaine qui, partie de sa Terre natale, a su s’allier avec les races voisines de Mars et Vénus puis, de là, se lancer à la découverte de la Galaxie pour enfin fièrement prendre place aux côtés des natifs d’Altaïr et de Persée…

Dépaysement garanti…

suggestion de lecture : Esperanza 64 de Julien Centaure

JAILU
Octobre 2012
(En Complément…)