RESSUSCITER, le livre de Colleen Houck

*Dans un instant, les trois rois demanderaient l’impensable.
Une faveur qu’aucun roi, aucun père, ne devrait demander
à son fils. Cette pensée glaçait le sang du roi Heru et lui
donnait des cauchemars saisissants où son cœur trouvé
indigne ne faisait pas le poids contre la plume légère de la
vérité lors du jugement dernier. *
(Extrait : RESSUSCITER, de
Colleen Houck, t.f. AdA éditeur, 2017, papier, 570 pages.)

Lorsque Lilliana Young, une jeune fille de 17 ans, entre un matin de la relâche scolaire au Musée Métropolitain d’art de New York, la dernière chose qu’elle escomptait voir était un prince égyptien aux pouvoirs divins, se réveillant après 1 000 ans de momification. Elle ne s’imaginait vraiment pas être choisie pour l’accompagner dans une quête qui les mènera de l’autre côté du globe.
Mais le destin emporte Lily, et avec son prince solaire, Amon, elle doit se rendre dans la vallée des rois afin de réveiller les frères de ce dernier, dans l’espoir d’empêcher le dieu métamorphe et maléfique Seth de prendre le contrôle du monde.

De New-York à la Vallée des Rois
*Je piquai du nez vers l’avant juste comme
Amon m’attrapait dans ses bras.
Je ne pouvais plus rien sentir.
Je ne pouvais plus rien entendre.
Un instant plus tard,
Je ne pouvais plus rien voir. *
(Extrait)

J’avais déjà lu deux volumes de la SAGA DU TIGRE de Collen Houck.  Avec RESSUSCITER, j’ai l’impression d’avoir goûter un peu au même plat : de l’archéologie, une remontée dans le temps, des divinités de la mythologie, de la magie, le tout avec un peu de sentiment. La différence est qu’au lieu de nous emmener dans les Indes, Collen Houck nous transporte cette fois en Égypte.

L’histoire est celle de Lilliana Young, une jeune fille sans histoire de 17 ans qui, en visite au Musée métropolitain des arts de New York voit un jeune prince égyptien se réveiller après 1000 ans de momification. Il s’appelle AMON et il persuade Lily (elle n’avait pas vraiment le choix) de mettre en commun leur énergie pour retrouver ses frères qui doivent aussi être réveillés en Égypte. Le but : empêcher le maléfique dieu Seth de diriger le monde et de le plonger dans le chaos.

Cette histoire est une variation sur un thème usé surdéveloppé en littérature et au cinéma. Toutefois, le livre renferme de très belles forces. Heureusement, avec le temps, j’ai pu surmonter cette impression de déjà vu et soutenir une lecture jusqu’au bout afin de trouver des éléments accrocheurs, un peu d’originalité, un petit quelque chose capable de venir me chercher et de me *capturer*. Je dois admettre que même si le thème est répétitif, RESSUSCITER est un roman fort qui pourrait intéresser les jeunes lecteurs.

Le livre a tout de même 560 pages, c’est un long pavé qui nous plonge dans la mythologie égyptienne, loin d’être simple en passant. Je dirais que c’est une lecture avancée pour les 13 ans et plus. Mais une des forces du roman est de permettre aux jeunes lecteurs/lectrices de s’identifier aux héros : deux jeunes de 17 ans, Lily et un jeune dieu solaire du même âge et ses frères à peu près du même âge : Asten et Amhose, sans peur et sans reproche.

Il y a ensuite le fait que l’histoire est richement documentée. J’ai appris beaucoup de chose sur l’Égypte, ce pays à l’histoire fascinante. Et une chose très importante, en tout cas pour moi qui n’est pas très attiré par les histoires d’amour et les contenus *fleurs bleues*, c’est qu’il se développe un sentiment très fort entre AMON et Lily, mais c’est un sentiment réservé, timide et j’en ai compris les raisons en cours de lecture et ça se tient.

La réserve d’Amon, n’empêche pas quelques envolées romantiques : *La vérité, c’est que si je pouvais embouteiller ta fragrance de lys d’eau et la porter sur moi pendant que j’erre dans le désert, même si je souffrais d’insolation et de déshydratation, et que je me voyais secouru par un cheik du désert qui voudrait me l’échanger, et même si ce troc devait sauver ma propre vie, je ne m’en départirais pas pour tous les bijoux, les soies et les richesses précieuses de l’Égypte, ainsi que toute les terres qui l’entourent. * (Extrait) Beaucoup d’éléments intéresseront les jeunes.

Ce livre comporte beaucoup de longueurs, des redondances et des passages plus ou moins nécessaires. Il faut le lire avec patience et profiter d’une belle plume, colorée, imagée et très descriptives. La finale a été bien imaginée. J’ai eu un peu de difficulté à m’attacher aux personnages même l’héroïne Lily m’a semblé froide et un peu caractérielle.

Vous voyez, je sors un peu mitigé de cette lecture mais je ne la regrette pas. Je vous le recommande au moins pour son contenu mythologique et historique.

Suggestion de lecture : LE CHÂTEAU DES FANTÔMES, de Sophie Marvaud

Colleen Houck est l’auteure à succès de LA SAGA DU TIGRE, quatre fois primée par le New-York Times. Elle a reçu le prix Parent’s Choice et a fait l’objet de multiples recensions et reportages dans les grands magazines et réseaux de télévision. Notons au passage que le Romantic Times a désigné LA MALÉDICTION DU TIGRE <<comme l’un des meilleurs livres que j’ai jamais lus.>> Colleen Houck habite à Salem en Oregon avec son mari et une imposante collection de tigres en peluche.

LA SUITE

Bonne lecture 
Claude Lambert
le dimanche 23 juillet 2023

 

LA CITÉ DE FEU, de Kate Mosse

*Les pattes de mouche à l’encre jaunie, la langue surannée
viennent à sa rencontre, traversant les siècles ; Elle en
connait chaque syllabe, comme une leçon de catéchisme.
La première entrée. -Ceci est le jour de ma mort-. *
(Extrait : LA CITÉ DE FEU, Kate Mosse, Mantle éditeur 2018.
Pour la traduction française, Sonatine Éditions, 2020, édition de
papier, 610 pages.)

France, 1562. Les tensions entre catholiques et protestants s’exacerbent, le royaume se déchire. Le prince de Condé et le duc de Guise se livrent un combat sans merci. Les huguenots sont persécutés, les massacres se succèdent. À Carcassonne, Marguerite Joubert, la fille d’un libraire catholique, fait la connaissance de Piet, un protestant converti dont la vie est en danger. Alors que la violence commence à se déchaîner dans la région, le couple se retrouve bientôt au centre d’un vaste complot lié à une sainte relique. Leur quête va les mener vers une ancienne forteresse, où sommeille un secret enterré depuis des décennies.

Ce que l’histoire a de pire
*L’histoire des injustices commises au nom de la religion
 – envers ses ancêtres – est sûrement la preuve que Dieu
n’existe pas. Car quel Dieu accepterait que tant meurent
 en son nom dans la souffrance et la terreur ? *
(Extrait)

Le récit a pour toile de fond les troubles, violences et tensions qui opposent les Catholiques et protestants de France. On sait que le protestantisme est issu du calvinisme britannique mais aux fins du récit, les protestants français et navarrais sont appelés HUGUENOTS. J’ai fait une recherche sur l’étymologie du mot HUGUENOT et je me suis aperçu que c’est une très longue histoire. Je vous fais grâce de cette saga, mais pour mieux comprendre, je vous suggère le dossier préparé sur les HUGUENOTS par Wikipédia. Cliquez ici.

Nous sommes donc en France en 1562, au cœur des guerres de religions. Les Huguenots du Prince Condé et les catholiques du Duc de Guise s’entre-déchirent sans pitié. Les Huguenots en particulier sont malmenés. Beaucoup sont massacrés. Au milieu de cet enfer, à Carcassonne, fleuron de l’Occitan, la fille d’un catholique, Marguerite Joubert, appelé Minou tout au long du récit, fait la connaissance de Piet, un protestant converti mais en danger.

Une chaîne d’évènements pousse le couple dans un vaste complot lié à une sainte relique, plus précisément à un suaire. L’aventure amènera Minou et Piet là où sommeille un grand secret.

J’ai adoré ce roman historique. En fait, c’est une fiction enclavée dans des faits historiques avérés. J’ai dévoré ce volume avec beaucoup d’intérêt pour tellement de raisons que je ne peux pas en faire le tour ici. Je dirais que les raisons les plus importantes sont les suivantes :  d’abord, c’est une belle histoire, qui en dit long sur le Moyen-âge à travers des évènements dramatiques mais exempts de tout sensationnalisme, à travers des personnages courageux et attachants qui pourraient être nos amis, nos frères nos sœurs.

Je pense au jeune frère de Minou, Aimeric un adolescent qui nous rappelle ceux d’aujourd’hui : veut participer, s’affirmer, assumer ses droits, exige la justice. Je pense aussi à Alys petite sœur de Minou qui s’affirme par sa sagesse et son courage, ce qui m’a mené à dévoiler la deuxième raison pour laquelle j’ai aimé ce roman : la place qu’il laisse aux femmes, phénomène rare dans un livre dont l’histoire se situe au Moyen âge, abstraction faite des histoires d’amour. Des femmes qui, dans ce contexte, passe à travers les mailles patriarcales et machistes, ça ne manque pas d’originalité. Ça me plait.

Enfin, ce livre de Kate Mosse pousse inévitablement à la réflexion sur la tolérance religieuse et me conforte dans mon opinion (qui peut être discutable, je vous l’accorde) à l’effet que la religion pourrait n’être qu’une étiquette justifiant la folie, la violence des hommes soi-disant soucieux de servir le vrai Dieu alors que les vrais Dieux, on en compte douze à la dizaine. Massacres, tortures de l’inquisition, pouvoir clérical, trahison, manipulation… *La menace d’une dénonciation terrifiait tout le monde. Un homme pouvait être pendu pour avoir récité la mauvaise prière, s’être agenouillé devant le mauvais autel. * (Extrait)

Kate Mosse a rassemblé avec une parfaite habileté tous les ingrédients pour faire de LA CITÉ DE FEU une magnifique fresque littéraire bien documentée et tout à fait captivante. Il y a bien quelques longueurs mais il n’y a pas d’errance. Ça se lit très bien. Il est difficile de fermer le livre. Je me suis laissé aller dans les mains d’une conteuse hors-pair. Un beau moment de lecture.

Suggestion de lecture : UNE COLONNE DE FEU, de Ken Follet

Kate Moss OBE , est une romancière britannique née le 20 octobre 1961 dans le Sussex en Angleterre. Elle fait ses classes au Chichester High School et au New College, d’Oxford. C’est là qu’elle rencontre son futur mari, Greg Mosse. Après avoir obtenu son diplôme, elle travaille pendant sept ans dans l’édition.

En 1996, elle publie son premier roman, Eskimo Kissing, suivi en 1998 par Crucifix Lane. De 1998 à 2001, elle occupe le poste de directrice exécutive du Chichester Festival Theatre. Parallèlement à ses activités, elle est toujours en recherche pour un nouveau roman. Kate Mosse est devenue officière de l’Ordre de l’Empire Britannique en 2013 pour services rendus à la littérature.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 18 mars 2023

IMMORTELLE RANDONNÉE (2) Compostelle malgré moi

Commentaire (partie 2) sur le livre de
JEAN-CHRISTOPHE RUFIN

*On aperçoit déjà ce qui fait la nature profonde du chemin.
Il n’est pas débonnaire comme le croient ceux qui ne se sont
pas livrés à lui. Il est une force. Il s’impose, vous saisit, vous
violente et vous façonne. Il ne vous donne pas la parole mais
vous fait taire. *
(Extrait : IMMORTELLE RANDONNÉE, Jean-Christophe Rufin)

Pour faire suite aux propos de l’article précédent, Le seul petit reproche que je peux faire à ce livre est le choix des photographies. Elles sont superbes je le précise mais la thématique développée est surtout architecturale, religieuse, iconologique ou paysagère. La thématique humaine est malheureusement sous-développée, du moins à mon goût. Il y a bien quelques marcheurs de dos.

Il aurait été intéressant de voir l’expression des visages burinés et en sueur, les regards pris sur le vif des pèlerins spécialement à leur arrivée à Compostelle, des photos illustrant le quotidien des pèlerins.

Bref, des photos évoquant le caractère humain du pèlerinage. Heureusement, les photos de Marc Vachon sont magnifiques et ajoutent à l’œuvre une qualité exceptionnelle. IMMORTELLE randonnée n’est pas seulement un bon livre, c’est un beau livre qui atteint le cœur et l’esprit.

Enfin, je pense que l’auteur a jeté sur son *odyssée*, et avec le recul du temps, un regard le plus réaliste possible…un regard sur le chemin de Compostelle tel qu’il est, à l’image de la vie : des fois beau, souvent décevant…

*Réservant de permanentes surprises et des Émotions  à contre-courant, il n’a rien d’un parcours semé de rose.* (Extrait) Je crois que les lecteurs et lectrices prendront plaisir à partager le quotidien de Jean-Christophe et de Marc se sentant proche du pèlerin et prêts à démystifier le chemin de la plus profonde spiritualité.

Je vous invite sans hésiter à lire, à voir et à vivre IMMORTELLE RANDONNÉE, Compostelle et moi. Un très bon livre qui vous amène à la croisée des chemins et lance le cri du cœur…*rendez-vous à Saint-Jacques*…

Suggestion de lecture : L’ALCHIMISTE, de Paulo Coelho

Acteur engagé de la vie internationale, Jean-Christophe Rufïn a dirigé plusieurs grandes organisations humanitaires.
Il est aujourd’hui ambassadeur de France au Sénégal. Ses expériences ont inspiré une œuvre riche, essais (Le Piège humanitaire, Un léopard sur le garrot) et romans (l’Abyssin, Rouge Brésil, Concourt 2001, Le parfum d’Adam). Il a été élu à l’Académie française au fauteuil d’Henri Troyat en 2008
.

Marc Vachon est né à Montréal, en 1963. Abandonné à la naissance, il connaît tout ce que la vie dans nos pays  » développés  » offre de plus noir : violence, abus… Un jour, il découvre Médecins sans frontières. On l’engage et dès lors, une autre vie commence : il met au service de cette cause l’instinct de survie qu’il a acquis dans la rue. Il devient le logisticien de choc de MSF. Les missions se succèdent l’Irak, le Mozambique, le Soudan, Sarajevo, le Rwanda, où Il découvre que l’humanitaire est aussi un lieu où s’exerce le pouvoir. Ce qui l’amène à écrire, à photographier, à être témoin… des dérives de l’humanité.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

SUGGESTION DE FILM DOCUMENTAIRE

UN FILM QUI PORTE UN REGARD DE TOLÉRANCE ET D’OUVERTURE SUR LE MONDE. Le pèlerinage de Compostelle est une expérience qui attire de plus en plus de personnes. 

Le pèlerin est amené à dépasser ses limites, à se confronter à lui-même et à son environnement. Les épreuves sont physiques, mais surtout psychologiques.  Le réalisateur, Freddy Mouchard a suivi pendant 3 ans le parcours de plusieurs pèlerins. Étape après étape un nouveau rythme de vie s’installe offrant de nouvelles perceptions.

L’alchimie du chemin opère peu à peu. Quand le pèlerin arrive enfin au terme de son périple, au cap Finistère, il brûle ses anciens vêtements face au soleil couchant. Le vieil homme disparaît pour faire naître l’homme nouveau.

 

Bonne lecture
Claude Lambert
janvier 2020

LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE, d’Anne Robillard

TOME 1
LE FEU DANS LE CIEL

*Ces magnifiques soldats devinrent les premiers Chevaliers
d’Émeraude et ils repoussèrent finalement l’envahisseur
dans l’océan d’où il était venu. *

(Extrait : LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE, tome 1 LE FEU DANS
LE CIEL, Anne Robillard, 3e édition, De Mortagne, éditeur, 2004,
275 pages. Version audio : Audible studio éditeur, 2018. Narrateur :
Raymond Desmarteau, durée d’écoute : 8 heures 14 minutes)

Apprenant que l’Empereur Noir s’apprête à envahir le continent de nouveau, le Roi d’Émeraude, soucieux de Enkidiev, ressuscite un ancien ordre de chevalerie. Choisis pour leurs dons particuliers, les nouveaux Chevaliers d’Émeraude, dotés de pouvoirs magiques sont au nombre de sept: six hommes et une femme. Au moment où les compagnons d’armes se disent prêts à combattre, la Reine de Shola demande audience à Émeraude et lui confie Kira, alors âgée de deux ans.

Ce jour-là, Wellan, le grand chef des Chevaliers, devient amoureux de la reine. Malheureusement, le Royaume de Shola subira les attaques féroces des dragons de l’Empereur Noir, et tous les Sholiens, y compris la reine, seront massacrés. Le cœur brisé, Wellan devra organiser la défense d’Enkidiev  et repousser les forces du Mal… 

La genèse de la chevalerie
D’Émeraude
*Hommes, femmes et enfants périrent sous les lances
des guerriers et les crocs de leurs redoutables dragons.
Et les dieux eux-mêmes durent intervenir pour que les
humains ne soient pas rayés de la surface de la terre. *
(Extrait)

LE FEU DANS LE CIEL est le premier tome d’une série de 12. Il jette les bases d’une extraordinaire épopée de fantasy, LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE, une série que j’ai dévorée et qui s’est taillée une place plus qu’honorable dans la francophonie internationale.

LE FEU DANS LE CIEL est facile à lire. Son fil conducteur est simple et solide. Les personnages sont attachants. L’écriture est fluide. L’auteure met en place efficacement les éléments d’un univers intriguant avec son code d’honneur, sa magie et la lutte sans merci du bien contre le mal.

Il est important de bien saisir le premier tome pour une compréhension optimale de la trame de la série. L’auteure a fait  le nécessaire pour que ce premier opus soit facile et agréable à lire. Voyons voir comment débute la saga.

Pressentant un danger potentiel d’attaque et d’invasion de son royaume d’Enkidiev, le roi suzerain Émeraude 1er décide de faire revivre l’ancien ordre de la Chevalerie d’émeraude (disparue il y a très longtemps parce qu’elle s’est détournée de son but au profit du pouvoir et des richesses) sur de nouvelles bases avec un code d’honneur et de discipline et l’objectif prioritaire de protéger tout le continent d’Enkidiev.

Il semble que les évènements donneront raison à Émeraude 1er. L’apparition d’une mystérieuse boule de feu coïncide avec l’arrivée à la cour du roi d’un mystérieux bébé violet. Une petite fille aux oreilles pointues. Or son père, l’empereur noir Amecareth recherche sa fille et est prêt à virer le royaume sans dessus-dessous et tuer tout le monde au besoin.

Les premiers Chevaliers du nouvel Ordre d’Émeraude reçoivent donc leur première mission : parcourir tout le continent et avertir tous les rois vassaux de la menace qui pèse sur leur royaume. C’est le cœur de ce premier volet de la saga et le fil conducteur qui s’enrichit toutefois d’un élément capital : le sort de la petite fille fraîchement arrivée à la cour d’Émeraude serait intimement lié au sort d’Enkidiev.

Cette petite fille fait peur et n’est pas appréciée de tous dans l’environnement du roi Émeraude. Voilà donc le contenu du tome 1. Prévenir tout le monde du danger. Vous vous doutez bien qu’on ne peut pas éviter l’inévitable. La finale dévoile juste ce qu’il faut pour ressentir la nécessité de poursuivre avec le tome 2 :  LES DRAGONS DE L’EMPEREUR NOIR.

Cette quête me rappelle, à certains égards la quête de la Communauté de l’Anneau dans LE SEIGNEUR DES ANNEAUX. Les héros doivent parcourir d’énormes distances pour préparer la défense du territoire.

Ce n’est pas un livre qui tranche par son originalité. Les bons sont très bons et les méchants aussi cruels que stupides. Il est difficile de renouveler un genre vieux comme le monde. Anne Robillard ne renouvelle pas du tout le genre et ses personnages bien qu’attachants ont des natures trop parfaites. C’est une petite tache qui contribue à rendre l’histoire simpliste.

Ayant choisi la version audio, je mentionne ici que la narration de Raymond Desmarteaux est satisfaisante mais sensiblement déclamée et ne contribue pas vraiment à rendre le récit crédible. Le livre possède toutefois des forces indéniables. Il est accrocheur et beaucoup d’éléments nourrissent une intrigue qui s’approfondit en cours de récit. Je pense par exemple à la petite Kira. La petite fille colorée qui fait peur à tout le monde sauf au roi.

Je pense aussi à la tournée des royaumes d’Enkidiev. On est fixé dès le départ sur les mentalités de chaque royaume et sur la trempe de leur roi. Très utile à savoir pour la suite des évènements. Je sais que les avis sont un peu mitigés sur ce premier volet mais l’écriture d’Anne Robillard a quelque chose de magnétique, d’agrippant et au final d’irrésistible. Elle a séduit le lectorat. Les adolescents en particulier.

Ce n’est pas pour rien que les exemplaires de LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE se sont vendus par millions. Dans un rapport de forces et de faiblesses, le premier opus de la saga sort gagnant, signé par une des auteures les plus prolifiques de la francophonie.

Suggestion de lecture, de la même autrice : A.N.G.E 1 ANTICHRISTUS

Née le 9 février 1955, à Longueuil, au Québec, Anne Robillard a grandi dans la magie des arts de la scène. Le fantastique et la fantaisie ont toujours fait partie de ses écrits. Le premier tome des Chevaliers d’Émeraude a vu le jour le 15 octobre 2002 et a été complétée en 2008. La série compte 12 tomes et s’est vendue à plus de 3 000 000 exemplaires au Québec et en France.

Anne a reçu le Grand Prix littéraire Archambault en 2006 pour le cinquième tome des Chevaliers d’Émeraude et le Prix des lecteurs du Salon du livre de Trois-Rivières en avril 2007. La saga des Chevaliers d’Émeraude a été suivie en 2010 par Les Héritiers d’Enkidiev. En 2006, Anne a publié Qui est Terra Wilder ? 

suivi en 2010 du Capitaine Wilder, racontant la suite des aventures de cet homme au passé arthurien. En 2007, elle offrait la série A.N.G.E., en 10 tomes, qui raconte les sept années des Tribulations précédant la fin du monde. 

LA SÉRIE

Pour parcourir la collection LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE, cliquez ici

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi  juillet 2022

LES MONDES CACHÉS, bandes dessinées

Commentaire sur la série en bd de
DENIS-PIERRE FILIPPI et SILVIO CAMBONI

Réalisant que la magie ne peut tout résoudre, Grégoire a décidé de ne plus faire usage de ses pouvoirs. Mais lorsque son amie Itsuki disparaît au sein du mystérieux Arbre-Forêt, il s’élance sans hésitation à sa poursuite. S’ensuit une haletante course contre le temps qui l’entraine au plus profond d’un monde merveilleux et sauvage. La quête de Grégoire s’étend sur trois tomes : 1 : L’ARBRE FORÊT, 2 : LA CONFRÉRIE SECRÈTE, 3 : LE MAÏTRE DES CRAIES.

Ci-bas, extrait de LES MODES CACHÉS, tome 2, LA CONFRÉRIE SECRÈTE de Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni. Les Humanoïdes associés éditeur, 2016. Le tome 1 est sorti en 2015 et le tome 3 en 2019. Édition de papier, 46 pages. Aussi disponible en numérique. Coloristes : Joëlle Comtois (tomes 2 et 3) Chantal Boudreau, Jessica Bodart, Valérie Martineau (tome 2) Yvan Gaspard (tome 1).

 
Plus fort que la magie

Eh oui ! C’est, pour moi, une nouvelle incursion dans l’univers de la bande dessinée et ma foi, j’ai l’impression d’y prendre goût. J’ai observé quand même attentivement son évolution depuis mon enfance. L’enrichissement de ce genre littéraire s’est fait plus rapidement que pour les autres. Explosion de talents, autant que de couleurs. Cette fois, je me suis intéressé à une œuvre de Denis-Pierre Filippi et Sylvio Camboni, les créateurs de Gargouilles. Il s’agit de LES MONDES CACHÉS qui raconte l’histoire d’un jeune mage : Grégoire. Ceux qui ont suivi Gargouilles connaissent bien Grégoire.

C’était encore un enfant quand il a été admis mage dans sa dernière aventure au royaume de Gargouilles. Aujourd’hui, dans LES MONDES CACHÉS, Grégoire est un ado. Et il est de retour dans son p’tit monde ordinaire. Enfin, façon de parler. Pour une vie ordinaire, Grégoire accepte de renoncer à ses pouvoirs. Mais la donne change quand son ami Itsuki disparaît dans l’arbre-forêt. La quête de Grégoire comportera beaucoup de danger.

Dans le tome 2, LA CONFRÉRIE SECRÈTE, Grégoire travaille à protéger les mondes merveilleux de l’hostilité des hommes et empêcher la magie de prendre le pas sur la réalité. Dans le tome 3, Grégoire retrouve sa cousine Edna. Ils se retrouvent malgré eux dans le monde caché, happé par un dessin. Ils en reviendront avec une magnifique surprise.

Depuis ce jour où il est devenu mage, Grégoire est garant de la bonne cohabitation entre le monde des hommes et celui des créatures magiques. Il est le gardien des mondes cachés. Cette mignonne petite série m’a beaucoup plus.

En fait, le seul petit reproche que je peux faire est que Grégoire fait montre d’une sagesse qui n’est pas compatible avec son âge. Mais les auteurs ont pris soin de rendre le pétillant jeune homme sympathique et attachant.

Cette série m’a surpris par la qualité de ses graphismes. On dirait que la créativité crayonnée a pris le pas sur la facilité informatique. Chapeau aux coloristes qui ont donné à leurs planches un indéniable petit caractère magnétique qui fait évoluer Grégoire et ses amis dans un monde pastel qui rend la lecture confortable et attirante.

Quoique le travail soit abouti, j’aurais souhaité plus de détails sur Edna et une plus lente évolution des personnages dans le monde du dessin. Quoiqu’il en soit, LES MONDES CACHÉS constituent une suite évolutive de GARGOUILLES, un peu plus mûre alors que le personnage principal se dirige allègrement vers l’âge adulte, tout en gardant une bonne nature et une générosité toute naturelle.

Le texte est de nature à amener les jeunes lecteurs/lectrices à se poser des questions. Par exemple pourquoi Grégoire renoncerait-il à la magie. Que ferions-nous à sa place. Ce texte véhicule de belles valeurs comme l’empathie, l’amitié et même l’esprit de famille.

Je ne peux pas dire que le récit tranche par son originalité, son thème étant très récurent mais j’ai été séduit par la présentation, la fluidité de la plume, l’imagination des auteurs et la qualité du graphisme.

Dans LE MAÎTRE des craies, tout semble en place pour une suite…Je suis curieux de voir ce que réserve la vie à Grégoire et ses amis. J’ai passé plus qu’un beau moment de lecture, ce fut pour moi un beau moment d’évasion.

Suggestion d’écoute : ASTÉRIX LA BD AUDIO, d’après René Goscinny et Albert Uderzo

Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni lors d’une entrevue vidéo sur leurs albums mettant en scène les personnages de Disney dont Mickey bien sûr. Nourri très tôt au Spirou, Denis-Pierre Filippi (photo à droite) est l’auteur-scénariste. Il excelle dans les scénarios où une pointe d’imaginaire vient enchanter le récit. Il trouve sa place aussi bien dans des récits pour la jeunesse, que dans l’érotisme, dans les histoires de marins que dans celles de policiers, dans le thriller que dans le fantastique…

Silvio Camboni (photo à gauche) naît le 4 septembre 1967 à Santadi en Italie. C’est le dessinateur. Dès 1989, il collabore sur plusieurs films de Walt Disney dont Mickey, Monster Allergy… En 1998, Silvio Camboni fonde la « Sardinian School », l’école de bande dessinées de Caglieri, dans laquelle il enseigne la BD et l’illustration. En 2001, il reçoit le prix de la revue Fumo di China, dans la catégorie BD d’humour, jeunes auteurs. 

 Quelques BD de Filippi-Camboni


NOTE : ne pas confondre GARGOUILLES qui sont des personnages créés par Filippi et Camboni et GARGOUILLE (sans *s*), un personnage de BD créé par le québécois Tristan Demers.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 5 juin 2022

LES SENTIERS DES ASTRES 1, Stefan Platteau

 

*La main encore un peu tremblante, je prends ma plume
pour inscrire quelques mots dans le grimoire de bord,
Attiré sur le vélin le fil de l’encre, la tension s’en va peu
à peu. Les questions, elles, demeurent. Fourbe est le vieux
 fleuve et folle qui prétend lire le cours de ses eaux. *

(Extrait de MANESH, premier volet de la série LES SENTIERS
DES ASTRES, Stefan Platteau. À l’origine, J’ai lu Librio éditeur,
2016, 736 pages. Version audio : Audible studios éditeur, 2018,
durée d’écoute : 20 heures 33 minutes, narration : Matthieu Dahan)

Le Roi-Diseur est le dernier espoir d’une nation ravagée par la guerre civile. Le capitaine Rana remonte le fleuve à sa recherche, avec une poignée de braves. Personne n’a jamais navigué si loin. Pourtant, un naufragé dérive à leur rencontre, accroché à une branche. Qui est-il? Est-il un simple humain, ou l’héritier d’un sang plus ancien ? En ces terres du Nord, les géants et les dieux marchent encore sous les arbres. Déjà, la forêt frémit des prémices de leur colère…

Un périple envoûtant
*Puis cette euphorie inattendue s’est dissipée comme
elle était venue. L’aîné des Mahhtmar avait baissé à
nouveau les yeux vers le vieux compagnon qui se
mourrait au sol et toute sa douleur était revenue lui
étreindre les tripes. Alors, sans dire un mot mais en
serrant les dents de chagrin, il avait levé son épée.
(Extrait)

C’est avec MANESH, le premier volet de LES SENTIERS DES ASTRES, que Stefan Platteau se lance dans l’écriture et vient enrichir la littérature de fantasy et de mythologie. La saga compte cinq tomes.

On peut dire six tomes si on tient compte du préquel à l’Univers des Sentiers des Astres : Le dévoreur. Ce récit m’a séduit par la beauté de son écriture qui est un heureux mélange de caractère et de poésie.

L’histoire a une forte empreinte celtique, médiévale et les légendes et la mythologie y ont une place importante. Voyons d’abord comment débute la grande saga. Le narrateur de l’histoire est Fintan Calathyn. C’est un barde à la Cour du royaume, une position élevée. Il est aussi capitaine en second d’un navire qui poursuit une quête très spéciale.

En fait, deux navires sillonnent les bras et estuaires du fleuve framar à la recherche du roi-diseur, un oracle légendaire que le capitaine Frama veut interroger pour connaître l’avenir du Royaume menacé par la guerre civile.

En chemin, les bateliers vont repêcher le corps inanimé d’un homme blessé. Le Capitaine Rama veut savoir à tout prix qui est cet homme, son but et surtout s’assurer qu’il n’est pas un danger pour le Royaume.

Rama charge son second, Fintan, de soigner l’homme et de l’interroger. Malgré un grand état de faiblesse, l’homme accepte de se raconter. Il dit s’appeler LE BATARD. Mais en cours de récit, ce nom ne suffira plus à Fintan. Ce dernier exige de connaître le nom véritable. Il s’appelle MANESH.

C’est ainsi que débute une belle et longue histoire. Étant donné la nature de la quête, il m’est difficile d’en dévoiler davantage mais vous verrez que le voyage des bateliers sur le Framar et le récit de Manesh se recoupent de façon à dévoiler d’étonnantes révélations. Tout le récit est concentré sur l’histoire de Manesh, ses origines, son caractère, sa nature.

Le lecteur et la lectrice feront sa connaissance par le biais de nombreux épisodes de sa vie parmi les plus significatifs. La question est de savoir si LE BATARD est un danger potentiel pour le royaume ou un allié de taille qui pourrait sauver la quête. La réponse est dévoilée à la petite cuillère…très graduellement à travers les aventures du mystérieux personnage.

C’est un roman-fleuve raconté en un peu plus d’une vingtaine d’heures par un narrateur habile qui nous fait oublier, par sa voix envoûtante et sa capacité d’adaptation, les nombreuses longueurs qui auraient tendance à alourdir l’histoire.

Il n’y a pas vraiment d’action dans ce pavé mais le récit est immersif et met en perspective la vie du bâtard, une vie dans laquelle se chevauche la bonté et la cruauté et une intrigue continue sur sa nature.

D’après l’auteur Jean-Philippe Jaworsky, l’auteur de la trilogie MÊME PAS MORT, *Toute la force du livre est d’entrelacer la puissance du mythe avec la structure même du récit. *  (J.-P. Jaworsky) Je le cite ici car je n’aurais pu mieux m’exprimer. Je peux dire que l’auditeur et l’auditrice verront très vite que Manesh est très spécial…

*Manesh avait déjà cette carnation cuivrée que l’on ne retrouvait chez nul autre membre de la famille, le visage rond et une tignasse d’un noir de jais, semblable à celle de sa mère par la couleur mais non par la forme…On aurait dit qu’il cherchait toujours les visages derrière les visages, les mots derrière les mots.

Ses grands yeux verts possédaient une étrange acuité. Ils laissaient parfois à ses proches l’impression de les dépouiller de leur écorce et de les lire en dedans* (Extrait) L’irrésistible besoin d’en savoir plus fera le reste.

Malgré les longueurs, quelques passages un peu plus lourds et le fait que l’intrigue se dévoile très lentement, peut-être un peu trop, j’ai été envoûté par la beauté du récit, la sensibilité de la plume qui n’enlève rien à sa vivacité, ses personnages attachants, la qualité des dialogues et un savant mélange de réalisme et de fantastique, le tout encadré par un narrateur efficace. Vous passerez, je crois, de très belles heures d’écoute.

Suggestion de lecture : LA CITÉ ET LES ASTRES, d’Arthur C. Clarke

Stefan Platteau est l’auteur francophone du surgissement mythique. Il revient aux fondations de la fantasy, à cet exotisme magique fait de splendeurs, de fascinations, de terreurs, où l’on tremble devant les dieux, où les actes surnaturels se paient au prix fort, où l’on ne ressort pas indemne des combats.

L’auteur y parvient grâce à un allié de poids : une plume charnue et pleine d’âme. Salué dès son premier ouvrage par de grandes figures de l’imaginaire (Ayerdhal, Jean-Philippe Jaworski, Justine Niogret…), Stefan Platteau aime mêler dans ses textes humanité des personnages et souffle de l’aventure.

En quatre livres puissants (Manesh – prix Imaginales du roman francophone 2015), Dévoreur (Prix « les petits mots des libraires » 2016), Shakti (2016) et Meijo (2018), l’écrivain belge s’impose comme une voix importante de la fantasy de langue française.
(Les moutons électriques)

SUITE À LIRE OU À ENTENDRE

Bonne écoute
Claude Lambert
les samedi 26 mars 2022

 

LES DOUZE ROIS DE SHARACKHAÏ de Bradley P. Beaulieu

COMMENTAIRE


Tome 1, version audio

*Elle fit glisser ses doigts calleux sur son torse, son ventre, ses hanches avant de descendre quelques centimètres plus bas. Elle se figea et échangea un sourire carnassier avec l’ancien guerrier. Rien de plus…*

(Extrait : LES DOUZE ROIS DE SHARAKHAÏ, tome 1, Bradley P Beaulieu, Bragelonne éditeur, 2016, 575 pages. Version audio : Hardigan éditeur, 2018, narratrice : Anne Cardonna,. 21 heures 12)

Grand centre culturel et marchand du désert, la cité de Sharakhaï est dirigée depuis des siècles par douze rois immortels, cruels et omnipotents. Ils ont écrasé tout espoir de liberté avec leur armée et leur unité d’élite de guerrières. Çeda, jeune fille des quartiers pauvres, va pourtant braver leur autorité. Le lien qu’elle découvre entre les secrets des tyrans et les énigmes de son propre passé pourrait bien changer son destin… comme celui de Sharakhaï. <<douze Rois immortels, protégés par leurs guerrières surentraînées règnent d’une main de fer sur une population à la fois apeurée et révoltée.>> (smallthings.fr)

L’ombre des mille et une nuits
*<Il reposera en dessous de l’arbre tordu
jusqu’à la mort par son engeance portée
Par les larmes de Lanamaee et par la
crainte divine, le sang du sang gagnera
les sombres terres>*
(Extrait)

Dans un royaume dirigé par douze rois tyranniques pour autant de tribus, nous suivons une jeune fille : Çedamin  Ayaneshala, appelée au cours du récit Çeda. Nous suivons aussi l’ami de toujours de Çeda : Emery. Çeda a perdu sa mère alors qu’elle avait huit ans.

Elle a été pendue en public par les rois pour donner l’exemple et d’autres raisons plus politiques mais sans fondement. Très graduellement, Çeda entreprend une recherche pour comprendre cette barbarie qui hante Sharakhaï et l’assassinat froid et cruel de sa mère.

Très tôt dans son investigation, Çeda découvre un livre écrit par sa mère et qui prend la forme d’un journal dans lequel se trouvent des poèmes. C’est un de ses poèmes qui fera germer dans l’esprit de Çeda l’idée de venger sa mère. Le livre lui fera aussi comprendre que Çeda a été trompée sur ses origines.

Tout est en place pour le développement d’une longue saga : *Il reposera en dessous de l’arbre tordu- Jusqu’à la mort par son engeance portée- par la crainte divine- Le sang du sang gagnera les sombres terres. * (Extrait) Tout est dans ce poème. Il est à l’origine de tout. C’est la quête de Çeda : découvrir le sens de ce poème. 

Pour exercer sa vengeance, le cheminement de Çeda sera très long, complexe et physiquement très dur. Il n’y avait qu’un moyen pour elle d’arriver à ses fins : adhérer à la garde rapprochée des rois, et pour ce faire, Çeda subira de nombreuses épreuves dont elle n’est pas du tout certaine de sortir vivante. Mais Çeda était stimulée par la nécessité de mettre fin au règne de ces 12 rois cruels qui ont piétiné tout espoir de liberté.

Un de ces rois avait tué sa mère. Au cours de ces terribles épreuves, Çeda apprendra la vérité sur ses origines, une vérité qui l’ébranlera jusqu’au plus profond de son âme. Le récit mêle habilement quête personnelle, vengeance, univers mythologique, cruauté des rois à la tête d’une société dystopique et ambiance orientale.

L’histoire est très complexe, j’en ai autant d’ailleurs pour le personnage principal Çeda. Mais la plume est habile. Elle dévoile très graduellement la personnalité, au départ embrouillée, de notre héroïne.

C’est un récit très long qui fait cheminer le lecteur dans un environnement littéraire qui me rappelle un peu les CONTES DES MILLE ET UNE NUIT développés dans une atmosphère arabo-musulmane d’une forte intensité, style fantasy avec magie, des dieux, légendes, des mythes. La saga comprenant plusieurs tomes, on comprend que l’auteur prend son temps.

J’avais cru au départ que j’aurais à subir des longueurs, de la lourdeur, mais non. L’auteur livre les secrets de son univers avec une lenteur qui peut paraître désespérante, mais suivre Çeda vers son destin est un bonheur.

En fait, le récit comporte deux éléments addictifs : Çeda et la Cité de Sharakhaï elle-même qui est décrite tout au long de l’œuvre avec un extraordinaire souci du détail : ses modes, ses traditions, ses façons de vivre et même sa gastronomie.

Un bon point pour Bradley Beaulieu, il n’a rien négligé comme s’il s’était imprégné de cet univers avant de nous en livrer les secrets. Et ce souci du détail sera très utile pour la suite.

Du côté des faiblesses, plusieurs lecteurs/lectrices pourraient être irrités par la longueur du récit, près de 22 heures en mode audio. Si vous vous accrochez comme moi à la nature des personnages, ça devrait aller. Sinon, vous risquez de trouver le compte-gouttes passablement serré et l’aspect dramatique dilué.

Ensuite, pour un récit aussi long et qui est en plus le premier volet d’une saga, et avec une aussi imposante galerie de personnages, l’auteur aurait dû faire une présentation des personnages principaux au début. J’y aurais référé souvent.

Ajoutons à cela l’utilité d’un glossaire et un petit tableau résumant les mythes et légendes. Le lecteur pourrait se sentir livré à lui-même pour le premier quart du volume. À mon avis, les éditeurs devraient imposer cette règle pour les bouquins de plus de 500 pages. Quant à la narration, je l’ai trouvé perfectible mais acceptable.

Bref, ce livre est une mise en place pour une très longue histoire…longue mais prometteuse si je me réfère au tome 1.

Suggestion de lecture : À LA CROISÉE DES MONDES, de Philipp Pullman

Bradley P. Beaulieu a commencé à écrire son premier roman fantastique au collège. Il ne l’a pas terminé. 

La volonté d’écrire est revenue au début des années 2000, au cours de laquelle Brad s’est consacré au métier, écrivant plusieurs romans et apprenant sous la direction d’écrivains comme Nancy Kress, Joe Haldeman, Tim Powers et beaucoup d’autres. Les romans de Beaulieu ont fait l’objet de nombreux éloges.

En plus d’être lauréat du prix L. Ron Hubbard pour les écrivains du futur, les récits de Brad ont paru dans diverses publications, notamment le magazine Realms of Fantasy, Writers of the Future 20 et plusieurs anthologies de DAW Books.  Son histoire, « Aux yeux du chat de l’impératrice », a été élue Histoire remarquable de 2006 dans le Million Writers Award.

LA SUITE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
Le vendredi 27 août 2021

HIVER ROUGE, par l’auteur du VILLAGE : DAN SMITH

*Serrant les dents, je baissai la tête. J’avais besoin de ma famille. Elle seule pourrait dissiper les ténèbres qui, chaque jour un peu plus, engloutissaient mon âme. Elle était forcément là, quelque part. Il fallait que je la trouve.* (Extrait : HIVER ROUGE, Dan Smith, t.f. : Éditions du Cherche-Midi,  collection thrillers, 2015, édition numérique et de papier, 470 pages)

1920, Russie centrale. La terreur s’est abattue sur le pays. À la mort de son frère, Nikolaï Levitski a déserté l’Armée rouge pour aller l’enterrer dans son village. Mais lorsqu’il arrive dans la petite communauté, perdue en pleine nature, c’est la stupéfaction. Les rues sont vides et silencieuses. Les hommes ont été massacrés dans la forêt alentour, les femmes et les enfants ont disparu. Nikolaï se met alors sur la piste des siens. C’est le début d’une quête aussi désespérée que périlleuse dans une nature hostile, au cœur d’un pays ravagé par la guerre civile.

 

La sombre réalité du totalitarisme
*on les tuera tous. Je nous imaginai, nous barricadant
dans cette isba minuscule au toit crevé pour attendre
Larrivée de Kroukov et de son unité de soldats bien
entraînés, mais ce scénario ne pouvait sachever que dans
Un bain de sang. Le nôtre.*
(Extrait : HIVER ROUGE)


Nikolaï Levitsky, soldat déserteur, ancien membre de la Tcheka s’est réveillé à peu près à temps pour se rendre compte que la Tcheka n’était qu’un vaste crime contre l’humanité allant au-delà de toutes les horreurs imaginables. La Tchéka n’est qu’une des idées tordues et idiotes de Lenine pour mettre le peuple russe au pas en utilisant la terreur et la violence.

Donc nous sommes en 1920, à la mort de son frère Alek, Nilolaï déserte l’armée pour regagner son village afin d’enterrer son frère. À son retour au village, stupéfaction et consternation.

Nikolaï constate avec horreur que tout le monde a été massacré ou enlevé. La vision d’horreur qui s’offrait à lui prouvait la visite des exécuteurs les plus cruels de la doctrine bolchévique : les tchékistes. Alors, le déserteur entreprend une quête qui sera très dure : retrouver sa famille disparue, sa femme Marianna et ses fils Pavel et Micha. 

Tout en avançant et en se faisant quelques rares alliés, Nikolaï développe la certitude que le redoutable Kochtchei, personnage horrible et cruel des contes russes se serait incarné pour faire souffrir davantage le peuple russe.

Cette histoire, très bien ficelée développe donc une quête très rude au cœur de l’immensité glaciale de la Russie et qui met en perspective les abus du totalitarisme qui n’a jamais eu de respect pour la vie humaine :

*Rien de ce que j’avais pu voir au cours de la guerre n’était plus perturbant que le tableau macabre qui s’offrait à mon regard. Après toutes ces années, je ne savais que trop bien de quelles horreurs les hommes étaient capables les uns envers les autres, mais je n’avais jamais vu une telle variété d’atrocités… * (Extrait) 

La plume est très directe, très dure. Je n’ai pas eu l’impression de *poudre aux yeux*. Une petite recherche rapide confirme les bassesses sans noms imposées par des dégénérés comme Lenine au nom de la révolution.

L’ouvrage est donc crédible et son caractère réaliste est de nature à secouer le lecteur : *Et merci à vous. –Pourquoi ? –Pour ne pas m’avoir tué. » Et ces mots confirmèrent pour moi quel terrible pays notre patrie était devenue, pour qu’un homme arrive à en remercier un autre de l’avoir laissé vivre. * (Extrait) 

Le livre aurait pu s’intituler HIVER ROUGE dans un enfer blanc, tellement l’auteur met en évidence la rudesse du climat de l’hiver russe : froid mordant, neige, glace, vents, bourrasques. Survivre dans ces conditions est un pari.

La justesse du ton et la sensibilité de la plume m’ont atteint. On y trouve des éléments de réflexion sur la valeur de la vie et les difficultés pour des sociétés de s’organiser dans le respect des droits et libertés face à la soif de pouvoir et d’ambition de bouchers despotes comme Lénine et Hitler qui ont répandu leur crasse sur l’histoire. 

Je n’ai pas réussi à m’attacher totalement au personnage principal entre autre à cause de son stoïcisme et parce qu’il avait beaucoup de choses à cacher jusqu’à la fin. Mais son enquête est très intrigante. Et cette intrigue, elle est bien bâtie. Elle mystifie le lecteur autant que le caractère enveloppant de la forêt russe.

C’est un roman de tension et de violence qui donne une place, petite mais douce, à l’amour et à l’amitié. C’est une lecture qui secoue et qui ne laisse pas indifférent…un coup de cœur.

Suggestion de lecture : GRAVÉ SUR CHROME, de William Gibson

Dan Smith a grandi en suivant ses parents de par le monde. Il a vécu en de nombreux endroits, notamment en Sierra Leone, à Sumatra, dans le nord et le centre du Brésil, en Espagne et en Union Soviétique.

Son premier roman, DRY SEASON, a fait partie des œuvres sélectionnées pour le BEST FIRST NOVEL AWARD de l’Authors’club et a été nominé pour le prix littéraire international IMPAC d Dublin. Juste avant la publication de HIVER ROUGE, son livre LE VILLAGE a connu un grand succès.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 18 juin 2021

À LA CROISÉE DES MONDES, de PHILIPP PULLMAN

LES ROYAUMES DU NORD

*Après avoir ôté le bouchon d’une carafe contenant un vin à la riche robe dorée, Il
déplia le papier et versa dans la carafe un filet de poudre blanche avant de chiffonner
la feuille et de la jeter dans le feu. Il prit ensuite, dans sa poche, un crayon avec lequel il remua le vin jusqu’à ce que la poudre soit totalement dissoute.>

(Extrait : À LA CROISÉE DES MONDES, tome 1 LES ROYAUMES DU NORD, Philip Pullman, édition originale : Gallimard, 2007, papier, 1032 p. présente édition : livre audio, éditeur : Gallimard jeunesse, année de publication : 2015, durée d’écoute : 14 heures 55) Narrateur : Jean-Claude Drouot

Pourquoi la jeune Lyra, élevée dans l’atmosphère confinée du prestigieux Jordan College, est-elle l’objet de tant d’attentions ? De quelle mystérieuse mission est-elle investie ? Lorsque son meilleur ami disparaît, victime des ravisseurs d’enfants qui opèrent dans le pays, elle se lance sur ses traces. Un périlleux voyage vers le Grand Nord, qui lui révélera ses extraordinaires pouvoirs et la conduira à la frontière d’un autre monde.

UN NOUVEAU FLEURON DE LA FANTASY
N’existait-il qu’un seul monde finalement,
qui passait son temps à rêver à d’autres
mondes ?
(Extrait)
L’histoire se déroule dans une société parfaitement humaine à une exception près : Chaque humain possède un prolongement de lui-même sous forme animale appelé DAEMON. Le deamon est intimement lié à son humain et vit en symbiose avec lui. Ici, nous suivons une petite fille de onze ans, Lyra Bellacqua, adoptée par les érudits du Collège Jordan.

Dans une conversation qu’elle n’était pas sensée entendre, Lyra apprend l’existence de la POUSSIÈRE : des particules visibles seulement dans les Royaumes du Nord et qui auraient le pouvoir d’ouvrir une voie de communication avec des mondes parallèles. Les autorités œuvrent pour empêcher Lord Asriel, le père de Lyra d’ouvrir cette mystérieuse voie.

Parallèlement à ces évènements, une femme aussi énigmatique que froide, Marysa Coulter dirige un projet secret via le conseil général d’oblation qui met les daemons en danger. Jetée au cœur du conflit, Lyra part à la recherche de la poussière et se fera de nombreux alliés pour sauver ses amis et empêcher madame Coulter de mener à bien son projet.

J’ai eu plaisir à retrouver les personnages de ce roman qui chevauche le fantastique, le fantasy et la science-fiction : Lyra Bellacqua et son ami Roger, Lord Asriel, Yorek Bernison, l’ours en armure, Farder Coram et les gitans, Seraphina Peckala la sorcière…

J’ai lu ce livre il y a plusieurs années et cette fois, j’ai entrepris la trilogie complète en utilisant la version audio qui est à elle seule un spectacle sonore exceptionnel présenté par Jean-Claude Drouot. J’ai beaucoup apprécié sa prestation même si, à mon avis, elle est un peu trop déclamée.

PASSER PAR LA POUSSIÈRE

Le but de la trilogie est de raconter le rite de passage de Lyra et de son daemon, Pantalémon dans les univers parallèles ouverts par la poussière. À un certain degré, la série présente le caractère de romans philosophiques dans lesquels il y a de la matière à questionnement.

Mais si j’en reste au but premier de la trilogie, on y trouve tout ce que les ados et les jeunes adultes apprécient dans ce type de roman : Action, revirements, rebondissements, énigmes, mystère, fantasy, de la science-fiction, liés à des thèmes contemporains, comme l’Église, encore empêtrée dans un jeu de pouvoir et d’ambition, présentée d’une façon peu flatteuse.

Ce n’est qu’un exemple. Pullman s’est bien gardé d’alourdir les thèmes exploités dans le récit, gardant une plume forte mais fluide et claire dans ses explications et ses descriptions. Il y a beaucoup d’idées originales dans l’œuvre et même géniales à certains égards. Les daemons par exemple, celui de Lyra étant particulièrement attachant.

Autre exemple, l’aléthiomètre, chargé de symboles…et de vérités, intimement lié à la Poussière qui est aussi une trouvaille. Beaucoup de ces idées sont liées de près ou de loin aux Nouvelles technologies. Ce lien devrait plaire aux jeunes lecteurs.

Un dernier détail, moins positif celui-là : j’ai eu beaucoup de difficultés à m’attacher au personnage principal : la jeune Lyra Bellacqua. Elle n’a que onze ans et elle en met beaucoup trop pour son âge. J’en ai déjà parlé sur ce site.

C’est le problème et la faiblesse de beaucoup de romans qui mettent en scène des jeunes héros : surdoués, intelligence supérieure, des raisonnements qui leur donne raison sur tout. Trop forts et trop indépendants pour leur âge. Dans le cas de Lyra s’ajoute des tendances qui s’approchent de la suffisance, l’arrogance et un peu aussi l’insolence.

J’ai beaucoup de difficulté à admettre une telle supériorité. Pour savoir si j’exagère, comparez simplement Lyra à son copain Roger qui a à peu près le même âge et qui est VRAIMENT de son âge.

Heureusement, l’histoire est divertissante et enlevante. On ne s’ennuie pas en lisant ce livre qui nous enlace d’une part de voyage, de rêve et d’émotions. Je reparlerai sûrement bientôt des deux autres tomes.

Suggestion de lecture : LE SECRET INTERDIT, de Bernard Simonay

 Philip Pullman est né en 1946, à Norwich, en Angleterre.  À partir de l’âge de dix ans, Philip passe son temps à lire, à écrire des poèmes, à peindre. À travers la lecture du roman de Mikhaïl Boulgakov, «Le Maître et Marguerite», Philip Pullman découvre le genre du réalisme fantastique. Il commence à écrire un premier roman puis il publie un thriller métaphysique pour lequel il obtient un prix.

C’est en préparant des représentations théâtrales pour ses élèves qu’il se met à écrire lui-même la première ébauche de ses romans pour enfants. À partir de 1985, les romans s’enchaînent. C’est avec la trilogie «A la croisée des mondes», qu’il a mis sept ans à écrire, que Philip Pullman connaît ses heures de gloire.

LA TRILOGIE DE LA CROISÉE DES MONDES

Dans le tome 2, Will est en fuite et pénètre dans un monde parallèle où il rencontrera Lyra. Ils auront à lutter contre des forces obscures afin de pénétrer dans la mystérieuse tour des anges.

Dans le tome 3, avec l’aide des anges, Will parviendra à libérer Lyra des griffes de sa mère, la cruelle madame Coulter. La quête de nos amis est plus désespérée que jamais car il leur faudra affronter maintenant le monde des morts.

Bonne lecture et bonne écoute
Claude Lambert
Le dimanche 20 septembre  2020

PASSAGE, le livre de YANICK St-YVES

*De douloureux et familiers souvenirs refirent
surface. Plus d’angoisse, plus de cauchemar,
seulement les empreintes du passé. Thomas
retourna huit ans en arrière. À ce jour qui avait
séparé l’avant de l’après.
*
(Extrait : PASSAGE, Yanick St-Yves,  Les Édtions de
Mortagne, 2012, édition de papier,  480 pages)

De retour d’un voyage d’affaires, Thomas retrouve sa femme, Catherine qui, pendant son absence, s’est métamorphosée. Femme aimante, elle devient agressive ; sa douceur devient violence. Thomas n’y comprend plus rien. Aucune piste, aucun indice pour expliquer ce changement. Pour faire la lumière sur cet évènement et se réapproprier sa vie, Thomas devra emprunter un passage qui le mènera au cœur de la pire des tourmentes.

« Nous y voilà, vous et moi. Là où s’enracine le germe. Au commencement d’un long voyage. Laissez-moi vous conduire à travers les méandres chaotiques de l’inconnu…Ouvrez la porte et venez me rejoindre.» Yanick St-Yves. Dans les rêves de Thomas et dans sa réalité maintenant déphasée, il est question d’un certain passage…

LES MÉANDRES CHAOTIQUES DE L’INCONNU
*…alors que le sang lui couvrit une partie de la
figure…L’homme hurlait à présent : «Je suis
aveugle…tu m’as crevé les yeux, bâtard. Tu
m’as crevé les yeux !

Un ingénieur en électricité qui se lance dans la publication d’un premier roman. Ça m’a intrigué. J’ai voulu voir si Yanick St-Yves avait publié quelque chose de vraiment électrisant. Jeu de mot facile me direz-vous? Sans m’électriser, Yanick a réussi à me rendre captif. D’abord, PASSAGE est un livre en deux parties.

Dans la première partie, Thomas constate que sa femme s’est transformée…elle est devenue chipie, violente et invivable. Quelque chose lui échappe. Il découvre finalement que sa femme n’est plus elle-même : une entité s’est emparée d’elle. Ce n’est pas sa femme, c’est son corps.

Sa femme est morte assassinée alors qu’il était sur le chemin du retour. Thomas ne peut accepter cela, lui, déjà affecté par la mort de son meilleur ami Simon. Une petite voix rappelle souvent à Thomas qu’il lui faut *sauter*, ce que Thomas finit par faire. Le seul objectif de son suicide : emprunter le PASSAGE et retrouver Catherine.

Première découverte fantastique : Thomas s’incarne intact dans un autre monde. Oui, il y a de la vie après la mort et ce dans des centaines de mondes. Ainsi se dessine clairement sa nouvelle raison de vivre : retrouver Catherine, prisonnière de l’entité qui a complètement chamboulé la vie de Thomas. Rien ne sera facile. La deuxième partie est donc la quête. Il se fera des amis et alliés en cours de route. Il retrouvera Simon entre autres.

J’ai retrouvé dans ce livre toutes sortes de tendance que j’ai toujours appréciées en littérature, un caractère fantastique, une âme violée. Jamais l’auteur utilise le mot possession ni même de double-personnalité. L’auteur en appelle à son propre pouvoir descriptif afin de créer l’image appropriée dans l’esprit du lecteur.

Le style de l’auteur me rappelle un peu Dean Koontz, Patrick Sénécal et même Stephen King…je pense à SIMETIERRE et un peu aussi à LA TOUR SOMBRE à cause de la complexité de sa quête. St-Yves décrit à sa façon la force d’une profonde amitié, les avantages de l’esprit d’équipe, l’opiniâtreté et la persévérance.

Il décrit aussi de façon inattendue l’éternelle dualité entre le bien et le mal. J’ai vu là le principal trait d’originalité de l’ouvrage. Si en littérature, plus souvent qu’autrement le bien triomphe, la lecture de PASSAGE vous réserve des surprises.

J’ai trouvé la deuxième partie aussi essoufflante qu’accrochante jusqu’à la finale qui n’est pas du tout celle à laquelle je m’attendais. J’ai été surpris mais ça ma plu. J’ai été aussi surpris à la fois de la douceur et de l’étrangeté de nombreux passages :

*Il douta être en mesure de s’assoupir, car le bruit des roues d’acier sur la route sablonneuse était insupportable, pourtant, quelques secondes après que sa tête eut touché l’oreiller, il s’endormit depuis la première fois depuis sa mort* (Extrait)

Dans PASSAGE, l’auteur a une vision très élaborée de la vie après la mort. J’ose espérer que moi personnellement, j’aboutirai dans un monde plus calme. Blague à part, en débutant le livre, je m’attendais à un sujet élimé.

Cette impression de déjà-vu a perduré pendant presque toute la première partie. Par la suite, l’auteur m’a entraîné dans une voie complètement différente qui m’a déstabilisé, ce qui ne l’a pas empêché de me faire verser dans l’addiction avec son écriture parfois allusive, de nombreux rebondissements et une finale qui confirme que St-Yves se démarque des autres auteurs.

Le récit donne parfois l’impression d’être scénarisé, donc plus en fonction du cinéma que pour le lectorat. C’est un élément qui peut déplaire, mais j’ai passé par-dessus. Bravo à l’auteur car à chaque fois que je devais faire une pause dans la lecture de son livre, je ressentais de la frustration et l’envie d’y revenir très vite.

Donc Yanick St-Yves a frappé fort à mon avis, pour sa première publication. C’est un livre que je vous recommande…un long voyage dans l’inconnu, un face à face avec le chaos et je laisse à l’auteur le dernier mot : *Vous trouverez, je le souhaite, un peu de moi et beaucoup de vous*.

Suggestion de lecture : PASSAGE, de Connie Willis

Je n’ai pas trouvé d’informations sr l’auteur mais il y en a sur l’ingénieur. Yanick St-Yves est effectivement titulaire d’un baccalauréat en génie électrique, spécialisation en technologie de l’information, expert en réseau de télécommunication. Il est également scénariste à la Fuica Productions depuis 2012 et bien sûr, auteur d’un premier roman : PASSAGE. Avec le talent qu’il y a mis, on peut considérer que Yanick St-Yves est un auteur à surveiller.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 29 septembre 2019