Commentaire sur le livre
de MARIAN PETROSYAN
*La maison exige une forme d’attachement mêlée d’inquiétude. Du mystère. Du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, elle gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue, fait vieillir, donne des ailes… C’est une divinité puissante et capricieuse, et s’il y a quelque chose qu’elle n’aime pas, c’est qu’on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportement se paie toujours. *
Extrait : LA MAISON DANS LAQUELLE, de Mariam Petrosyan. Édition de papier : Monsieur Toussaint Louverture éditeur 2020, 1088 pages. Format numérique : Monsieur Toussaint Louverture éditeur, 2016, 1118 pages, 5857 KB. Version audio : Audible studios éditeur, 2022, durée d’écoute 33 heures 48 minutes, narrateur : Julien Allouf.

Dans la Maison, vous allez perdre vos repères, votre nom et votre vie d’avant. Dans la Maison, vous vous ferez des amis, vous vous ferez des ennemis. Vous mènerez des combats, vous perdrez des guerres. Dans la Maison, vous connaîtrez l’amour, la peur, vous découvrirez des endroits dont vous ne soupçonniez pas l’existence, et même quand vous serez seul, ça ne sera jamais vraiment le cas. Dans la Maison, aucun mur ne peut vous arrêter, le temps ne s’écoule pas toujours comme il le devrait, et la Loi y est impitoyable. Dans la Maison, vous atteindrez vos dix-huit ans, transformé à jamais, effrayé de devoir la quitter.
Intemporel, étrange et fascinant

C’est un roman aussi étrange que fascinant. Vous vous apprêtez à pénétrer dans l’univers de l’adolescence, une période de la vie en perpétuelle ébullition. L’environnement de cette histoire est singulier : une maison délabrée, vieillotte et isolée dans un quartier esquinté comme oublié des dieux.
Cette maison est un internat où pensionnent des ados qui ont tous un point en commun : ils souffrent de handicaps…toutes sortes de handicaps, physique, psychologique, mental, troubles du développement, autisme. Tous ces troubles que notre bonne Société a classé au rayon des étiquettes. Le fait que L’autrice ait placé ce pensionnat dans un quartier dépouillé en dit long sur l’isolement de ces êtres fragiles.
Autre fait singulier : tous les adultes affectés à l’enseignement, au soutien, à la santé n’ont à peu près aucun rôle. Ils sont accessoires et n’influencent en rien le cours de l’histoire. En fait, tout est accessoire, même les murs de l’établissement ne constituent en rien des limites pour les jeunes.
Ajoutons à ce cadre très particulier que tous ces jeunes n’ont pas de nom. On leur a donné un surnom, évocateur de l’image qu’ils reflètent ou son contraire : fumeur, sauterelle, baleine, pisseur, gros-lard, aiguille, dodo, éléphant, crâne… Au départ, je craignais que ces sobriquets dépersonnalisent les acteurs de cette histoire mais au contraire, ça leur a donné un caractère très attachant.
Enfin, ces jeunes sont divisés en groupes qui portent aussi des noms significatifs comme les Faisans, les chiens, les rats, etc. chaque groupe a ses rituels, ses habitudes, ses envies, ses rêves et la rivalité trouve toujours son chemin bien sûr. Malgré tout, les groupes ont un point en commun : le besoin de sacraliser cette étrange institution et de trouver le chemin qui les conduira à leur liberté une fois atteints leurs 18 ans.
Voyager dans l’esprit d’un ado est une expérience extraordinaire. C’est la force de ce livre, la manifestation du besoin purement adolescent d’amour, de reconnaissance et de communication. L’univers des ados de la maison imaginée par Marian Petrosyan est déroutant : pas de murs, pas de règles adultes, mais un tas de lois et de rituels imaginés par les jeunes qui viennent densifier l’organisation de la maison. Tout est intemporel. J’ai trouvé mon immersion dans cet univers tout à fait fascinante.
C’est un roman en vase clos audacieux mais qui comporte des faiblesses qui vont au-delà du caractère déroutant de l’œuvre. D’abord, la galerie de personnages est tellement imposante que la redondance des profils était inévitable. L’histoire s’étend sur près de 1100 pages. C’est très long. Il y a un peu d’errance, des répétitions.
Il n’y a pas vraiment d’action. J’ai trouvé l’histoire contre-évolutive en ce sens que mon intérêt s’est amenuisé au fil des pages. Il m’a semblé que l’autrice s’est éparpillée et je n’ai pas été vraiment préparé à la finale qui, du reste manquait de saveur. Ici, cette opinion concerne l’histoire.
Toutefois, les personnages sont forts, attachants. Ce livre est un labyrinthe. Les ados y évoluent avec comme objectif d’aller au bout de leurs rêves et malgré la faiblesse du fil conducteur, je me suis laissé aller à l’aventure avec eux. J’ai ressenti de l’empathie pour eux et de l’espoir pour ce que la vie leur réserve lorsqu’ils sortiront de la maison.
LA MAISON DANS LAQUELLE est une histoire atypique, une expérience littéraire que j’ai vécue avec la même incertitude que celle manifestée par les ados, renforcée par leur handicap. Un appel au respect des différences. J’ai aimé cette expérience pour sa profondeur, sa singularité. Un beau moment de lecture.
Suggestion de lecture : SA MAJESTÉ DES MOUCHES de William Golding

L’autrice Mariam Petrosyan
Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 3 mai 2026


Je suis sorti de cette lecture ravi. Quelle plume magnifique que celle d’Yves Beauchemin qui nous a donné entre autres LE MATOU. Je sais bien que ce livre n’a pas été reçu par tout le monde de la même façon. Il a tous les aspects d’un récit pour enfants mais je ne crois pas qu’Yves Beauchemin ait eu à l’idée de soumettre les enfants à un conte de 300 pages.
J’ai beaucoup aimé ce récit malgré certains irritants comme par exemple la surexploitation d’un personnage, le canard athlète, vantard et fanfaron, qui a fini par me taper sur les nerfs. Le dénouement m’a semblé expédié et il y a de la redondance dans le récit quoique l’action s’installe durablement quand la résolution de l’énigme commence à travailler toutes les cervelles, même celui qui n’en a pas comme le gentil squelette.





France, 1562. Les tensions entre catholiques et protestants s’exacerbent, le royaume se déchire. Le prince de Condé et le duc de Guise se livrent un combat sans merci. Les huguenots sont persécutés, les massacres se succèdent. À Carcassonne, Marguerite Joubert, la fille d’un libraire catholique, fait la connaissance de Piet, un protestant converti dont la vie est en danger. Alors que la violence commence à se déchaîner dans la région, le couple se retrouve bientôt au centre d’un vaste complot lié à une sainte relique. Leur quête va les mener vers une ancienne forteresse, où sommeille un secret enterré depuis des décennies.
Mégane et Rosalie sont demi-sœurs et se détestent plus que tout au monde. À 9 ans, Mégane est la plus populaire de sa classe alors que Rosalie, âgée de 8 ans, a peur de tout, même de son ombre. Lorsque leur père les envoie une semaine chez leur grand-mère, muette, le séjour s’annonce horrible ! Ce que les 2 filles ignorent c’est, qu’aidées de leur aïeule, elles auront 7 jours, mais surtout 7 nuits, pour vaincre leurs plus grandes peurs et unir leurs forces afin de surmonter leurs pires cauchemars…dans une maison où les attendent monstres, fantômes et bibittes…

Alice est journaliste. Elle a un mari, des amies de « bons » conseils, deux enfants adolescents, elle ment sur son âge (même son passeport est faux), se fait mettre au placard parce que son boss la trouve « trop vieille », s’interroge sur le botox et la chirurgie et cherche la bagarre…Alice grandit, vieillit, enrage et s’apaise. Un livre à l’usage des femmes qui ne sont pas vieilles et ont quelques réserves sur l’idée de le devenir.


Les enfants de deux villages voisins se font la guerre. C’est sérieux. Moins sanglante que celle des adultes bien sûr, mais tout aussi dangereuse pour l’amour-propre de ceux qui, prisonniers, se retrouvent à la merci de leurs ennemis ! En effet, le butin de guerre des deux armées est constitué des boutons et lacets, attributs indispensables sans lesquels les malheureux tombés aux mains de l’ennemi se voient obligés de s’enfuir tout nus! Cette guerre épique et truculente rythme la vie des enfants de ces deux villages.







Vous voyez où je veux en venir. Voltaire marchait sur des œufs. Son traité sur la tolérance visait avant tout le renversement du jugement et la réhabilitation de la famille Callas. Il devait éviter tout emportement et rester à l’intérieur des limites de la diplomatie face à la royauté et à l’Église Catholique. Il a dû souffrir le pauvre. Je ressens sa frustration à travers sa plume : *On dirait qu’on a fait vœu de haïr ses frères; car nous avons assez de religion pour haïr et persécuter, nous n’en avons pas assez pour aimer et secourir*. (Extrait)



