THE SANDMAN, Neil Gaiman

*–Tenir parole ? J’espère que tu plaisantes! Regarde un peu, Morphée. Un million de seigneurs de l’enfer t’entourent, massés contre toi. Dis-nous, pourquoi te laisserions-nous partir ? Casque ou pas, tu n’as aucun pouvoir ici. Quels pouvoirs ont les rêves, en enfer?

–Je n’ai pas de pouvoir, dis-tu ? Tu as peut-être raison. Mais tu prétends que les rêves n’en ont pas non plus ? Dis-moi, Lucifer Morningstar. Et vous tous, demandez-vous: quel pouvoir aurait l’enfer si ceux qui étaient emprisonnés ne pouvaient pas rêver du ciel ? *

Extrait : THE SANDMAN, d’après le roman graphique de DC COMICS écrit par Neil Gaiman, adapté en audio et réalisé par Dirk Maggs. Audible originals éditeur, 2021, durée d’écoute 10 heures 21 minutes. Interprété par Guillaume Orsat et sept comédiens. À l’origine, The Sandman est une collection de 11 bd chez DC comics

Sandman, aussi appelé Morphée, roi des songes, des histoires et de l’imagination, est capturé dans son royaume des rêves. Emprisonné sur Terre par une secte, il croupit pendant plusieurs décennies avant de parvenir à s’enfuir. Une fois libéré, il se met en quête de ses trois « outils » qui lui permettront de retrouver ses pouvoirs et de rebâtir son royaume, qui s’est effondré en son absence.

Au cours de ses multiples aventures, il devra descendre en Enfer pour affronter Lucifer, traquer des cauchemars échappés de son royaume, et il rencontrera des personnages issus de l’univers de DC, ainsi que des mythes antiques et de l’histoire anglaise, comme des patients de l’asile d’Arkham, Docteur Destinée, la muse Calliope, les Parques, William Shakespeare, et bien d’autres.

 Tout y est…

Sandman fut pour moi une expérience sonore de premier plan. Je veux rappeler d’abord que la série audio SANDMAN a été librement adaptée des célèbres bandes dessinées de DC COMICS une série de romans graphiques totalisant plus de 2 000 pages et qui a fait le tour du monde. Moi je me suis limité à la version audio et j’ai été comblé. Ce premier acte est l’adaptation audio des trois premiers romans graphiques de la série : PRÉLUDES ET NOCTURNES, LA MAISON DE POUPÉE et DOMAINE DU RÊVE.

Sandman est le nom donné à Morphée, divinité grecque des rêves et du sommeil, dont la seule vocation est d’endormir les humains, le terme *endormir* pouvant avoir ici plusieurs sens dont le littéral : faire dormir, d’où l’expression *tomber dans les bras de Morphée*. Dans le tome 1, on donne toutes sortes de noms au Sandman. Le plus beau que j’ai entendu fût *tisseur de rêves*.

Sandman est en fait une série d’aventures pour une seule et même quête. Le premier opus de la série, est lui-même une série d’épisodes, écrit, dirait-on, à la façon d’une chronique ou d’un feuilleton. Notez, c’est une question de perception.

Dans le SANDMAN, Morphée est délivré d’une prison de verre dans laquelle il fut enfermé pendant plus de 70 ans, perturbant ainsi les rêves humains et causant dans le monde des dégâts considérables. Son objectif : trouver trois artefacts qui lui permettront de retrouver sa toute-puissance et le contrôle des rêves. Cet objectif, qui est le fil conducteur de l’histoire entraînera Sandman dans une série d’aventures pour la plupart originales et/ou spectaculaires et quelques-unes un peu plus platoniques.

Le livre 1 a largement inspiré la série télé, longtemps proposée par Netflix

Permettez-moi une petite parenthèse sur l’épisode que j’ai préféré. Imaginez Lucifer, roi des enfers, qui décide d’abandonner son royaume après avoir mis tout le monde à la porte. L’immense territoire infernal étant maintenant vacant, Morphée décide d’en prendre possession très rapidement et de le céder par la suite au plus offrant. Les divinités se bousculeront aux portes pour influencer ou soudoyer le Sandman afin de prendre le contrôle du territoire et d’y faire revenir les démons. (Comme quoi on est vraiment bien que chez soi)

L’enfer aux enchères. Ça m’a accroché. Mon attention fut par la suite pleine et entière d’autant que j’ai été impressionné par le jeu des acteurs.

Je dois toutefois mettre en garde les âmes sensibles. Même si l’œuvre est spectaculaire, originale, fort bien jouée par des dizaines d’acteurs et fortement immersive, LE SANDMAN est un roman glauque, très violent. Son langage est souvent explicite et l’ensemble contient des scènes à fort caractère sexuel.

Pour moi, c’est non-recommandable aux moins de 16 ans. Sur le plan littéraire, c’est rempli d’horreur et de fantasy et ces remarques s’appliquent aussi aux romans graphiques

Pour le reste, certains épisodes manquent de fluidité. Par moment, l’histoire se perd dans son caractère gore mais le fil conducteur est solide et on a l’impression de découvrir une personnalité chez les dieux. C’est un point fort. Horreur et terreur teintent cette œuvre qui a grandement participé à la gloire de DC COMICS.

Pour parcourir la série SANDMAN, cliquez ici.

SUGGESTIONS D’ÉCOUTE MULTISONORE :
ALIEN, LA MER DES DÉSOLATIONS, de Dirk Maggs et James A. Moore

Et

ALIEN, LA SORTIE DES PROFONDEURS, de Tim Lebbon


À gauche, l’auteur Neil Gaiman. À droite, l’adaptateur audio Dirk Maggs

 

The sandman

Bonne écoute
Bonne lecture

Claude Lambert
le samedi 27 juin 2026

TRUCS DE PEUR 1- Perdues dans le noir

Commentaire sur le livre de
ALEXANDRA LAROCHELLE et YOHANN MORIN

*Rosalie, de son côté, frissonne d’effroi. La maison de leur grand-mère est si vieille et immense…En plus, elle craque de partout ! C’est certain qu’elle est remplie de fantômes ou pire, de monstres qui se cachent sous les lits !

(Extrait : TRUCS DE PEUR, tome 1, PERDUES DANS LE NOIR, texte : Alexandra Larochelle, dessins, Yohann Morin, Éditions de la Bagnole, 2019, papier, 283 pages, très grosses lettres. Jeunesse.)

Mégane et Rosalie sont demi-sœurs et se détestent plus que tout au monde. À 9 ans, Mégane est la plus populaire de sa classe alors que Rosalie, âgée de 8 ans, a peur de tout, même de son ombre. Lorsque leur père les envoie une semaine chez leur grand-mère, muette, le séjour s’annonce horrible ! Ce que les 2 filles ignorent c’est, qu’aidées de leur aïeule, elles auront 7 jours, mais surtout 7 nuits, pour vaincre leurs plus grandes peurs et unir leurs forces afin de surmonter leurs pires cauchemars…dans une maison où les attendent monstres, fantômes et bibittes…

La peur qui rassemble
*-Ça se peut pas…Ça se peut pas…Ça se peut pas…,
répète Mégane en frottant ses yeux derrière ses
lunettes. Les filles s’approchent prudemment de la
tablette, comme si elle risquait de les attaquer. Après
l’avoir regardée un moment sans savoir quoi faire,
Mégane ose la prendre *
(Extrait)

Avec PERDUES DANS LE NOIR, Alexandra Larochelle introduit une nouvelle série très prometteuse pour les premiers lecteurs et les premières lectrices, le thème central de la série étant la peur… la petite ou la grande frousse que les jeunes recherchent.

Une littérature qui permet aux jeunes d’identifier les mécanismes de la peur pour mieux l’affronter et pourquoi pas commencer la série par les coins sombres, portes  grinçantes, bruits inquiétants et de mystérieux textos venus d’on ne sait où…

Cette histoire repose sur la résolution de deux énigmes qui ne sont pas évidentes même pour les adultes. À ce sujet, j’ai beaucoup apprécié les deux principaux personnages créés par Alexandra Larochelle. Parlons-en un peu et voyons, en propos très résumé, ce que raconte le récit.

Voici l’histoire de deux jeunes pré-adolescentes : Mégane 8 ans, sûre d’elle et Rosalie qui est tout le contraire. Elle a 9 ans. Elle a peur de tout même de son ombre. Les deux filles, qui sont demi-sœurs, se détestent singulièrement.

Elles se disputent continuellement au point qu’un bon jour, le bon papa en a ras le bol et décide d’envoyer ses filles chez Mamie Léo, dans sa vieille maison perdue en forêt. Les filles auront sept jours pour s’entendre jusqu’à faire équipe pour affronter les mystères de cette maison. Sept jours…sinon…

Est-ce que sept jours seront suffisants ? L’auteur veut démontrer que s’entendre avec quelqu’un qu’on aime pas, mettre de l’eau dans son vin, faire des concessions, faire preuve de tolérance…tout ça dans un jeu qui se joue à deux, ce n’est pas si simple et il faut y mettre le temps…les filles développeront un point en commun. Elles connaîtront la peur.

C’est une chouette petite histoire. En plus de donner une petite leçon raisonnablement moralisante, les jeunes sont initiés à la forme, la texture et l’épaisseur du livre, c’est-à-dire le nombre de pages. Personnellement, quand je fus premier lecteur, j’aurais été fier de crier sur les toits que j’ai lu au complet un livre de 288 pages. Eh oui…les jeunes lecteurs ne doivent pas avoir peur de l’épaisseur du livre et du nombre de pages.

L’important est d’entrer dans l’histoire, de s’accrocher au fil conducteur et de se laisser emporter dans des chapitres courts, des enchaînements rythmés et les superbes illustrations de Yohann Morin qui mettent vraiment le texte en valeur, qui ajoutent à l’émotion chez les jeunes lecteurs et lectrices et qui rendent le tout vivant et attrayant. Ce livre constitue une excellente transition de la bande dessinée au roman avec de nombreuses illustrations et chaque chapitre comporte quelques bulles de dialogue.

À chaque fois qu’on tourne la page, une petite araignée descend de sa toile de plus en plus, indiquant ainsi la progression de la lecture. Original et même *joyeusement* lugubre. J’ai essayé de lire ce livre avec un cœur d’ado, mais même les adultes vont le trouver captivant. N’est-ce pas la première qualité qu’on cherche en littérature jeunesse?

Quant à savoir si Mégane et Rosalie vont s’entendre, je vous laisse le découvrir. La finale pourrait vous surprendre. Mais d’une façon ou d’une autre, tout est en place pour une suite ou les jeunes auront sans doute la chance d’aborder un autre aspect de la peur.

Ce livre offre une façon agréable d’introduire les jeunes à la lecture.

Suggestion de lecture : DESMUND PUCKET, LA MAGIE MONSTRE, de Mark Tatulli

Alexandra Larochelle est une jeune écrivaine née à Laval au Québec le 5 mai 1993. Elle a publié en 2004, à l’âge de dix ans, un premier roman, qu’elle avait écrit à l’âge de neuf ans dans sa classe à degrés multiples. AU-DELÀ D’UN UNIVERS, premier tome d’un cycle, elle a publié cinq autres romans de cette série. En 2015, elle publie le roman Des papillons pis de la gravité, suivi en 2016 de Des papillons pis du grand cinéma.

Yohann Morin commence sa carrière comme caricaturiste et illustrateur pour des journaux locaux et étudiants. Il a ensuite participé au magazine Safarir à la fin des années 1990. Parallèlement, il a publié quatre tomes de la série bd Biodôme avec le scénariste Frédéric Antoine.

 Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
janvier 2020