POPULATION : 48

Commentaire sur le livre
d’ADAM STERNBERGH

version audio

*L’existence de cette ville – notre survie – repose sur des principes partagés, des intérêts et une confiance mutuelle, comme dans n’importe quelle autre communauté. Sauf que dans cette communauté, quand ces principes ne sont pas respectés, les gens souffrent et meurent. * (Extrait de POPULATION : 48  d’Adam Sternbergh, version audio, Audible studios éditeur, 2019, durée d’écoute : 11 heures 11 minutes. Narrateur : Erwan Zamor

Caesura Texas – une minuscule bourgade clôturée, au fin fond du désert. Population ? 48 habitants. Des criminels, a priori. Ou des témoins. Comment savoir ? Tous ces gens ont changé d’identité, et leur mémoire a été effacée. Pour leur bien. Dans l’optique d’un nouveau départ.

En échange de l’amnistie, les résidents doivent accepter trois règles simples : aucun contact avec l’extérieur, aucun visiteur, et aucun retour possible en cas de départ. Une expérience unique, menée par un mystérieux institut. Pendant huit ans, tout ce petit monde est resté à peu près en place. Jusqu’à aujourd’hui.

Errol Colfax, en effet, s’est suicidé… avec une arme qu’il n’aurait jamais dû posséder. Puis Hubert Humphrey Gable est assassiné. Calvin Cooper, le shérif local, est contraint de mener l’enquête. Ce faisant, il risque de déterrer des secrets que l’essentiel des habitants auraient préféré voir rester enfouis. 

Chaos en vase clos

Cette histoire est une variation d’un thème déjà connu : une mystérieuse institution dirigée par une psychiatre du type *savant fou* et bénéficiant d’un obscur financement, crée une petite agglomération où on entasse les pires criminels : meurtriers, tueurs en série, psychopathes violents, pédophiles et violeurs d’enfants, bref, une variété de monstres à qui on a enlevé la mémoire. 48 cervelles qui n’ont aucune idée des horreurs inimaginables qu’ils ont pu commettre et à qui on offre sursis et confort grâce à un programme appelé CEASURA dont les motivations sont plus ou moins définies.

Un seul résident échappe à ces définitions : un jeune garçon nommé Isaac qui tient sans le savoir le destin de CEASURA dans ses mains. On appellera cette agglomération une ville portant le nom du programme : CEASURA. Personne d’autres ne peut y entrer mais les habitants peuvent en sortir, sans toutefois jamais y revenir. Les règles sont clairement établies dès le départ par le personnage central de l’histoire, le shérif Cooper. Cet aspect du récit place les lecteurs-lectrices dans une zone de confort appréciable.

Ce que j’ai compris assez vite c’est que le traitement infligé aux criminels par la psychiatre Judi Halliday n’empêche pas la vérité de se camoufler près de la surface et je suis resté en haleine pour savoir quand ça se produira et surtout COMMENT ça se produira et qu’est-ce qui se passera, en particulier avec Isaac.

C’est un récit d’une incroyable violence et j’ai été rivé à mon livre par une plume qui frappe très fort au point de me donner des frissons. J’ai déchanté un peu à la finale avec la description crue et froide d’un carnage qui dépasse l’entendement et dont je n’ai pas saisi tout à fait l’utilité à part peut-être me conforter dans l’idée qu’il n’y a pas de limite à la folie.

Bien sûr la vérité finit par éclater mais il faut voir comment… j’ai trouvé la finale simpliste, lourde, chargée d’informations données par une impressionnante quantité de personnages qui s’entrecoupent et…s’entretuent. Bref, une finale qui ne finit pas de finir me laissant à penser que l’esprit le plus dérangé de cette histoire est encore celui de la psychiatre qui révèle sa vraie nature dans un dialogue très édifiant.

C’est un récit un peu atypique mais féroce et qui frappe fort. Le sujet développé n’est pas nouveau mais son développement laisse place à beaucoup de rebondissements et il est intéressant pour les lecteurs/lectrices de connaître graduellement les détails de la vie des résidents et les raisons pour lesquelles ils choisissent de rester à CEASURA et le jeune Isaac m’a gardé dans l’histoire plus que les autres car jusqu’’aux dernières pages, on n’est pas fixé ni sur ses origines, ni sur son sort on sait simplement qu’il a un rôle à jouer et qu’un cœur pur n’a pas sa place dans une colonie d’esprits aussi sordides.

Bref, c’est un polar fort, intrigant, démesuré sur le plan de la violence, bien ficelé sur le plan psychologique, le récit est immersif et m’a fait beaucoup ressentir de *non-dit* un élément qui laisse une large place à l’imagination des lecteurs à cause de l’épaisseur du mystère qui entoure CEASURA. POPULATION : 48, un huis-clos que je garderai en mémoire.

Suggestion de lecture : LE LIVRE SANS NOM, anonyme

Adam Sternbergh a passé son enfance et une partie de son adolescence à Toronto. Puis Il s’est installé à Brooklyn où il a travaillé comme journaliste entre autres au Times de New-York. Il se décrit tantôt génial, tantôt méprisant mais il ne laisse pas indifférent en particulier avec LE FOSSOYEUR et maintenant POPULATION : 48.

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 18 mai 2024

PRESCRIPTION MORTELLE, de Robin Cook

*Elle voulut se redresser. La pièce se mit aussitôt
à tournoyer devant ses yeux. Sa tête retomba sur
l’oreiller tandis qu’une puissante sensation de
vertige presque nauséeuse la submergeait. Son
cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. *
(Extrait : PRESCRIPTION MORTELLE, Robin Cook,
Le livre de poche 2016, version audio : Audible studio
éditeur 2017. Durée d’écoute : 12 heures 6 minutes.
Narrateur : Olivier Chauvel)

George, jeune radiologue, a contribué à la création d’un smartphone qui permet d’ausculter le patient en direct, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et de lui délivrer diagnostics et ordonnances. Un bijou qui pourrait bien réduire de façon spectaculaire les dépenses de santé aux États-Unis. Mais les choses se gâtent quand les participants à la phase test décèdent les uns après les autres… 
Mêlant nouvelles technologies, et intérêts financiers, le livre sonne l’alarme sur les dérives de certaines recherches de pointe.

Les dérives de la recherche
Cette santé publique, les médecins auraient dû eux aussi la défendre.
 Mais ils n’ont pas voulu parce qu’ils ont eu peur de perdre le contrôle
 de leur profession. Et aujourd’hui, ironiquement, c’est exactement ce qui
va leur arriver avec les outils numériques comme iDoc. Peut-être que nous
 méritons ce qui nous tombe dessus, après avoir si longtemps pratiqué la 
  médecine comme des marchands de maladie !
(Extrait)

Malgré une ou deux petites déceptions, je maintiens que Robin Cook est une valeur sûre. Ici, il se sert de la folle progression des percées technologiques pour pondre une histoire originale qui fait froid dans le dos. L’histoire est celle de George, interne en radiologie dans un grand hôpital. Une amie de George, Paula décide de développer une idée émise par George il y a quelques temps : la création d’un logiciel pour téléphones intelligents capable de remplacer intégralement le médecin de famille.

Imaginez, une application qui, 24 heures par jour, ausculte, examine, analyse, émet un diagnostic et délivre des ordonnances. Toutefois, pour des raisons qui sont au cœur de l’intrigue, le système *pète les plombs* et dérive complètement. Il y a des morts dont la conjointe de George ainsi que son meilleur ami.

Georges soupçonne une action criminelle et décide d’aller jusqu’au bout pour mettre les responsables hors d’état de nuire, et ce, sans trop savoir qu’il le fait au péril de sa vie surtout qu’il y a plus de traîtres que d’alliés dans son entourage.

Histoire originale dont le rythme va crescendo. Le personnage principal George est attachant mais je crois que l’auteur l’a affublé d’un peu trop de naïveté. Dans l’ensemble, c’est bien construit avec revirements et rebondissements. J’ai été un peu déçu par la finale qui laisse pratiquement George en suspension. Pas de détails, pas d’explications…une suite peut-être, mais qui ne viendra jamais. Dans l’oeuvre de Cook il y a toujours des questionnements ou une morale à extraire de ses histoires.

Ici, il nous donne beaucoup de matière à réflexion sur les dérives des Nouvelles Technologies et ce n’est pas pour me déplaire. À ce titre, PRECRIPTION MORTELLE a un petit quelque chose de dérangeant. C’est un roman branché sur notre réalité quotidienne, sur l’actualité et sur les infinies possibilités de la technologie à partir du moment où on est connecté. Le tout présenté sous forme de polar parfois essoufflant.

En ce qui concerne la version audio, le gros irritant réside dans la technique. Beaucoup de fins de phrases et de finales sont escamotées comme si le micro automatique était mal réglé. De plus, dans le dernier quart du livre, le relâchement technique va jusqu’à laisser entendre des toussotements, raclements de gorge et reniflements.

Je crois que ce livre n’a pas été réécouté avant sa mise en marché ou alors, je ne comprends vraiment pas pourquoi l’éditeur a accepté un résultat aussi mauvais.

Suggestion de lecture : CHIMÈRE, de Tess Gerritsen

Médecin de formation, diplômé de l’université de Columbia, Robin Cook manie aussi bien la plume que le scalpel et excelle dans la rédaction de romans. Surtout des récits policiers inspirés de ses expériences dans le milieu médical avec l’objectif de faire prendre conscience des dangers et enjeux éthiques de la médecine moderne.

Cook développe des thèmes controversés qui deviennent sujets à effrayer le commun des mortels et à ce titre, il connait des succès plus que flatteurs. L’écrivain explique l’engouement du public par la portée des thèmes abordés en comparaison avec certains thrillers moins réalistes. Robin Cook a su inventer un genre novateur et transmet sa passion pour la médecine tout en sensibilisant son public aux problèmes éthiques liés à la santé publique.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 23 septembre 2023

Les chroniques d’une mère indigne, Caroline Allard

Livres 1 et 2

*Les chroniques rassemblées dans ce livre se divisent en deux catégories. Premièrement, il y a les situations dans lesquelles nous pouvons rire de nos enfants en général. Et, deuxièmement, il y a les situations lors desquelles j’ai moi-même ri de mes enfants en particulier.

Oui, du vécu ! Des trippes ! De la réalité authentique ! Que voulez-vous, ça vend de la copie et l’éditeur m’y a forcée. Ah, j’allais oublier : je ris aussi beaucoup des papas dans ce livre, mais chut ! ne leur en parlez pas. *

(Extrait, LES CHRONIQUES D’UNE MÈRE INDIGNE, tome 1, Caroline Allard, Les Éditions du Septentrion, 2012, total des deux tomes en édition numérique : 280 pages)

***

Changer des couches quinze fois par jour encouragerait les pensées impures? On pourrait le croire en lisant les aventures et les réflexions d’une mère de famille qui, après sept mois de congé de maternité, s’est soudainement révélée à elle-même et à la communauté virtuelle comme étant irréversiblement une mère indigne.

Depuis mars 2006, elle développe tous les aspects cachés, et parfois tabous, de la maternité: des pièges que recèle la préparation des fêtes d’anniversaire pour enfants au cauchemar d’endormir un bébé qui a la volonté plus arrêtée qu’un dictateur, en passant par les dessous nauséabonds de l’accouchement, rien ne leur est épargné.

Les Chroniques d’une mère indigne souhaitent démontrer aux parents qu’il est parfois bon de rire de la vie familiale et même de leurs enfants.

Un vent d’irrévérence
*Puis prendre un enfant par la main, comme disait
Yves Duteil, c’est tellement émouvant… Remarquez,
on pourrait aussi changer les paroles pour :
Prendre un enfant par le bras pour le sortir du IGA
s’il pète une crise devant le rack à bonbons
et qu’il prend ses parents pour des cons
…mais bon, on y reviendra sûrement… *
(Extrait LES CHRONIQUES D’UNE MÈRE INDIGNE 2)

Voici un livre assez divertissant dont l’auteure est une maman qui, au sixième mois de son congé de maternité se déclare Mère indigne, titre qui s’étend au papa et à la fille aînée dont les hormones semblent vouloir se réveiller assez tôt. Mère indigne utilise donc un blog afin d’étendre ses observations, expériences, remarques, exemples, annotations et réflexions à connotation souvent sexuelles et exprimées dans un langage à peine ganté :

*Écoute mon petit poussin. Moi j’ai des bébés qui sont passés par là. Deux. La madame, elle sait ce que c’est, avoir du gros trafic sur l’autoroute. C’est pas deux baguettes, aussi magiques soient-elles, qui vont épater une parturiente expérimentée. * (Extrait)

Langage direct mais relativement élégant. Ça donne une suite de deux petits volumes qui jettent un regard fou mais sans méchanceté sur le quotidien d’une maman. Ça n’a rien d’un récit à haute teneur sociologique mais ça pourrait vous faire sourire grâce à une plume légère et fluide empreinte d’une petite philosophie bon marché et beaucoup d’humour :

*Parce que Bébé, quand nous sommes à vélo se fait un malin plaisir de tirer sur l’élastique de mon short ET de ma culotte, de se pencher sur le résultat et de s’écrier : Ooooh, gô caca maman ! * (Extrait)

*Bébé lui, porte en permanence un filet de morve au nez, d’un vert qui n’a jamais été tendance. Il rechigne et produit encore plus de morve. * (Extrait)

Bien sûr le quotidien d’une maman ne se limite pas à la morve, au caca et à la bave. L’expérience s’étend bien au-delà de ces gluantes considérations. Il y a par exemple, les moments où maman a chaud : *Je suis tellement hot aujourd’hui que, si je mange de la soupe, c’est elle qui va se brûler. * (Extrait)

Autre exemple, peut être encore plus significatif…ces petits épisodes du quotidien où le silence parle vraiment très fort :
*Chéri, est-ce que tu fais une bêtise ?
<Oui. >
<Qu’est-ce que tu fais exactement ? >
 <Je ne veux pas te le dire. >

Pour faire court, je dirai que Caroline Allard fait une tournée assez exhaustive des émotions maternelles sous le couvert de l’humour…humour qui confine parfois au burlesque. J’ai trouvé que ça fait réaliste et authentique.

Nous avons donc une petite suite bourrée de moments cocasses et dans laquelle la maternité, loin d’être idéalisée comme on le constate souvent, est présentée comme une expérience de vie qui a ses hauts et ses bas. La marque indélébile le l’auteur : humour, irrévérence, auto-dérision, insolence. Tout le monde s’y retrouve, même le papa que je suis. Ça se lit vite et bien mais ça finit par s’oublier.

Les deux volumes, qui n’auraient plus faire qu’un, souffrent d’un peu de redondance et d’un soupçon de nombrilisme. L’humour y est calculé. Moi je préfère la spontanéité. Même raisonnement pour l’écriture. La plume met l’accent sur la dérision mise en perspective par un langage un peu précieux dans les circonstances. C’est un peu difficile d’y adhérer.

Mais allez savoir pourquoi, les chroniques ont un petit côté attachant et m’on fait l’effet d’un bon divertissement…avec un peu de mordant…

Suggestion de lecture : LES CHRONIQUES DE HALLOW, de Marika Gallman

Caroline Allard est une écrivaine et scénariste québécoise née en 1971 à Saint-Roch-de-l’Achigan dans la région de Lanaudière. Elle est l’auteure de LES CHRONIQUES D’UNE MÈRE INDIGNE. Ces chroniques ont commencé par un blog puis sont devenues un roman, publié en deux tomes et enfin une série Web sur la maternité et la vie de famille.

Carole Allard a aussi publié UNIVERSEL COIFFURE en 2012, un roman humoristique et LA REINE ET-QUE-ÇA-SAUTE, un roman jeunesse. En 2013, elle signe le scénario de l’album de bande dessinée LES CHRONIQUES D’UNE FILLE INDIGNE.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 25 juin 2022

TRUCS DE PEUR 1- Perdues dans le noir

Commentaire sur le livre de
ALEXANDRA LAROCHELLE et YOHANN MORIN

*Rosalie, de son côté, frissonne d’effroi. La maison de leur grand-mère est si vieille et immense…En plus, elle craque de partout ! C’est certain qu’elle est remplie de fantômes ou pire, de monstres qui se cachent sous les lits !

(Extrait : TRUCS DE PEUR, tome 1, PERDUES DANS LE NOIR, texte : Alexandra Larochelle, dessins, Yohann Morin, Éditions de la Bagnole, 2019, papier, 283 pages, très grosses lettres. Jeunesse.)

Mégane et Rosalie sont demi-sœurs et se détestent plus que tout au monde. À 9 ans, Mégane est la plus populaire de sa classe alors que Rosalie, âgée de 8 ans, a peur de tout, même de son ombre. Lorsque leur père les envoie une semaine chez leur grand-mère, muette, le séjour s’annonce horrible ! Ce que les 2 filles ignorent c’est, qu’aidées de leur aïeule, elles auront 7 jours, mais surtout 7 nuits, pour vaincre leurs plus grandes peurs et unir leurs forces afin de surmonter leurs pires cauchemars…dans une maison où les attendent monstres, fantômes et bibittes…

La peur qui rassemble
*-Ça se peut pas…Ça se peut pas…Ça se peut pas…,
répète Mégane en frottant ses yeux derrière ses
lunettes. Les filles s’approchent prudemment de la
tablette, comme si elle risquait de les attaquer. Après
l’avoir regardée un moment sans savoir quoi faire,
Mégane ose la prendre *
(Extrait)

Avec PERDUES DANS LE NOIR, Alexandra Larochelle introduit une nouvelle série très prometteuse pour les premiers lecteurs et les premières lectrices, le thème central de la série étant la peur… la petite ou la grande frousse que les jeunes recherchent.

Une littérature qui permet aux jeunes d’identifier les mécanismes de la peur pour mieux l’affronter et pourquoi pas commencer la série par les coins sombres, portes  grinçantes, bruits inquiétants et de mystérieux textos venus d’on ne sait où…

Cette histoire repose sur la résolution de deux énigmes qui ne sont pas évidentes même pour les adultes. À ce sujet, j’ai beaucoup apprécié les deux principaux personnages créés par Alexandra Larochelle. Parlons-en un peu et voyons, en propos très résumé, ce que raconte le récit.

Voici l’histoire de deux jeunes pré-adolescentes : Mégane 8 ans, sûre d’elle et Rosalie qui est tout le contraire. Elle a 9 ans. Elle a peur de tout même de son ombre. Les deux filles, qui sont demi-sœurs, se détestent singulièrement.

Elles se disputent continuellement au point qu’un bon jour, le bon papa en a ras le bol et décide d’envoyer ses filles chez Mamie Léo, dans sa vieille maison perdue en forêt. Les filles auront sept jours pour s’entendre jusqu’à faire équipe pour affronter les mystères de cette maison. Sept jours…sinon…

Est-ce que sept jours seront suffisants ? L’auteur veut démontrer que s’entendre avec quelqu’un qu’on aime pas, mettre de l’eau dans son vin, faire des concessions, faire preuve de tolérance…tout ça dans un jeu qui se joue à deux, ce n’est pas si simple et il faut y mettre le temps…les filles développeront un point en commun. Elles connaîtront la peur.

C’est une chouette petite histoire. En plus de donner une petite leçon raisonnablement moralisante, les jeunes sont initiés à la forme, la texture et l’épaisseur du livre, c’est-à-dire le nombre de pages. Personnellement, quand je fus premier lecteur, j’aurais été fier de crier sur les toits que j’ai lu au complet un livre de 288 pages. Eh oui…les jeunes lecteurs ne doivent pas avoir peur de l’épaisseur du livre et du nombre de pages.

L’important est d’entrer dans l’histoire, de s’accrocher au fil conducteur et de se laisser emporter dans des chapitres courts, des enchaînements rythmés et les superbes illustrations de Yohann Morin qui mettent vraiment le texte en valeur, qui ajoutent à l’émotion chez les jeunes lecteurs et lectrices et qui rendent le tout vivant et attrayant. Ce livre constitue une excellente transition de la bande dessinée au roman avec de nombreuses illustrations et chaque chapitre comporte quelques bulles de dialogue.

À chaque fois qu’on tourne la page, une petite araignée descend de sa toile de plus en plus, indiquant ainsi la progression de la lecture. Original et même *joyeusement* lugubre. J’ai essayé de lire ce livre avec un cœur d’ado, mais même les adultes vont le trouver captivant. N’est-ce pas la première qualité qu’on cherche en littérature jeunesse?

Quant à savoir si Mégane et Rosalie vont s’entendre, je vous laisse le découvrir. La finale pourrait vous surprendre. Mais d’une façon ou d’une autre, tout est en place pour une suite ou les jeunes auront sans doute la chance d’aborder un autre aspect de la peur.

Ce livre offre une façon agréable d’introduire les jeunes à la lecture.

Suggestion de lecture : DESMUND PUCKET, LA MAGIE MONSTRE, de Mark Tatulli

Alexandra Larochelle est une jeune écrivaine née à Laval au Québec le 5 mai 1993. Elle a publié en 2004, à l’âge de dix ans, un premier roman, qu’elle avait écrit à l’âge de neuf ans dans sa classe à degrés multiples. AU-DELÀ D’UN UNIVERS, premier tome d’un cycle, elle a publié cinq autres romans de cette série. En 2015, elle publie le roman Des papillons pis de la gravité, suivi en 2016 de Des papillons pis du grand cinéma.

Yohann Morin commence sa carrière comme caricaturiste et illustrateur pour des journaux locaux et étudiants. Il a ensuite participé au magazine Safarir à la fin des années 1990. Parallèlement, il a publié quatre tomes de la série bd Biodôme avec le scénariste Frédéric Antoine.

 Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
janvier 2020

LE PETIT PSYCHOLOGUE ILLUSTRÉ, S. Rusinek

Les psychologues font en sorte que l’étude du comportement soit scientifique. Ils tentent d’établir des lois pour expliquer le fonctionnement psychique humain en s’intéressant à de nombreux domaines comme la mémoire, la perception, l’apprentissage, la lecture, l’intelligence, le développement, la communication, etc…

Je vous parle aujourd’hui du livre de Stéphane Rusinek LE PETIT PSYCHOLOGUE ILLUSTRÉ : un ouvrage de vulgarisation proposant plus d’une cinquantaine de petites expériences scientifiques à réaliser chez soi pour mieux comprendre la psychologie. Ces expériences sont présentées avec pédagogie et illustrées.  (LE PETIT PSYCHOLOGUE ILLUSTRÉ, Stéphane Rusinek, Éditions Dunod, hors-collection, 2009, 184 pages)

Je crois que ce petit extrait-préambule suffira à confirmer si ce genre d’ouvrage vous intéresse ou non. Car il ne s’agit que de cela : une suite d’expériences permettant d’observer les divers mécanismes de l’esprit humain.

Ces expériences, aussi simples qu’enrichissantes, définissent de véritables phénomènes largement admis en psychologie, tels que le priming, les chunks de Miller, l’effet Von Restorff, l’effet Treisman, etc etc etc… (Il y en a presqu’une soixantaine!).

Trois façons de lire ce livre :

1- Une simple lecture, sans note ni mise en pratique, permet au moins une meilleure compréhension du travail des psychologues, de leur utilité et de leurs objectifs.

2- Une lecture plus réfléchie, avec notes et quelques expériences, rendra le lecteur plus attentif, plus observateur devant le comportement des gens autour (et du sien également).

3- Le futur psychologue, qui voue une véritable passion au domaine, sans en être tout-à-fait initié, gagnera à prendre le temps d’effectuer chacune des expériences avec la collaboration de son entourage, tout en notant et en comparant les résultats.

Ces trois approches sont parfaitement valables. Le petit psychologue illustré est un petit ouvrage de psychologie élémentaire accessible, facile à lire, et grand public. Les livres de psycho sont malheureusement de qualité très inégale, dû à leur aspect commercial et bon marché.

Ici l’auteur manifeste une réelle volonté de « faire découvrir », sans embrouiller le lecteur en poussant les explications à l’extrême, et sans l’ennuyer avec des théories personnelles. Ce n’est peut-être pas particulièrement original ou innovateur, mais c’est certainement du bonbon pour les curieux.

Suggestion de lecture : 150 PETITES EXPÉRIENCES DE PSYCHOLOGIE DES MÉDIAS

Quelques extraits de mes notes de lecture personnelles

p. 13 Les chunks de Miller : Regroupement d’informations en mémoire à court terme afin d’y stocker plus d’éléments (ex : se souvenir de 42 50 87 24 12 66 au lieu de 4 2 5 0 8 7 2 4 1 2 6 6)

p. 24 Effet Von Restorff : Lorsqu’une info n’est pas congruente avec les autres, elle prend une place particulière en mémoire, elle s’y inscrit plus profondément.

Section illusion d’optique : Nous sommes abusés par nos interprétations car il est plus efficace d’avoir une vision rapide de la réalité,  même tronquée, plutôt qu’une vision exacte après une longue analyse des subtilités physiques.

p.100 : En lecture, le sens lexical prévaut sur le sens grammatical.

p.130 : Décrit la tendance que nous avons de nous imposer des contraintes dans la résolution de problèmes. Le fait même de proposer un problème amène à croire que c’est compliqué. C’est l’anticipation de la difficulté qui crée la difficulté.

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Bref LE PETIT PSYCHOLOGUE ILLUSTRÉ est un ouvrage accessible, distrayant et instructif, *à mettre entre toutes les mains*…

PHÉNIXGOGLU
(collaboration spéciale : jailu)
MARS 2015