Commentaire sur le livre de
THOMAS DISCH

*-Qu’entendez-vous par de nouvelles techniques éducatives ? Dois-je comprendre qu’il s’agit de l’utilisation de drogues ?
-Ah, ah ! Ainsi vous avez un peu réfléchi à la question. Oui, certainement, il s’agit de drogues. Mais peut-être pas dans le sens où vous le supposez. *
Extrait : CAMP DE CONCENTRATION, de Thomas Disch. Papier, Jai Lu éditeur, 2001, 192 pages.

L’INTELLIGENCE QUI ABRUTIT

D’abord, il ne faut pas faire trop attention au titre et ne pas se laisser abuser. Il ne s’agit pas d’un camp de concentration comme ceux que nous a fait connaître la grande histoire de la deuxième guerre mondiale tel Auschwitz. Vous pouvez toutefois vous fier au quatrième de couverture (ci-haut).
L’histoire se déroule dans un contexte encore impensable au moment d’écrire cet article. L’Amérique devient un état totalitaire à la George Orwell (voir 1984) et est engluée dans une guerre qui ne finit pas de finir avec l’Asie, ce qui n’est pas sans rappeler cet incroyable gâchis que fut la guerre du Vietnam.
Dans ce contexte dystopique, nous suivons un poète polémiste appelé Louie Sacchetti, condamné à cinq ans de prison pour avoir refusé d’intégrer l’armée, et rapidement transféré dans une prison spéciale appelée CAMP ARCHIMÈDE à cause de son intelligence hors-norme.
Dans ce camp, on procède à des expériences sur des prisonniers, ce qui n’est pas nouveau dans les grandes guerres sauf qu’ici, les savants fous expérimentent une drogue redoutable appelée pallidine qui confère au récepteur une intelligence décuplée jusqu’au génie et qui confine à l’horreur. Rares sont les savants dégénérés qui contrôlent vraiment leurs expériences avec un sens aigu de l’éthique. Vous voyez sans doute où je veux en venir.
Ce n’est pas un livre facile à lire parce que d’une part, le fil conducteur de l’histoire craque de partout et d’autre part, le récit est fortement imprégné de philosophie comme on le voit d’ailleurs un peu partout dans l’œuvre de Disch :
*Pour en revenir à nos deux poulettes, elles avançaient cet argument séculaire que l’univers est semblable à une montre et qu’il n’y a pas de montre sans horloger. Ou si vous voulez, qu’il n’y a pas de première cause qu’aucune autre cause ne cause. * (Extrait)
Au titre que j’attends d’un auteur qu’il me surprenne, ce livre ne m’a pourtant pas déçu. Certains passages m’ont même un peu graffigné : *L’enfer n’est pas simplement préférable au ciel…d’un but qui vaille la peine que les efforts tendent vers lui-que l’imagination humaine ait été capable de découvrir. * (Extrait)
*Croyez-moi, un jour, Himmler sera canonisé. Après tout, Pie l’est déjà… * (Extrait)
J’ai trouvé dans ce livre beaucoup de matière pour alimenter ma réflexion sur différents sujets. Par exemple, l’indolence de Pie XII face au sort des juifs. Plusieurs approches de l’auteur sont irrecevables mais ils ont le mérite de faire réfléchir. Je pense entre autres aux dérives de la science et aux éthiques douteuses. On peut toujours réfléchir sans s’infléchir. C’est le point fort du livre.
En résumé, CAMP DE CONCENTRATION est une histoire sombre, tortueuse, très centrée sur les abus de la science et l’expérimentation visant à améliorer l’être humain. L’histoire est donc encore d’actualité. Il n’y a pas vraiment d’action. La finale est en plongée mais tout de même surprenante. Beaucoup de matière à réflexion même si parfois, la logique est dure à suivre. Bien que publié à l’origine en 1968, ce livre n’a pas vieilli.
Suggestion de lecture, du même auteur : LE PRISONNIER

L’auteur Thomas Disch
Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 2 mai 2026
L’ARCHIPEL DU GOULAG est un très long pavé (2 000 pages et plus selon les éditions) chargé de noirceur, de mort et de désespoir, cri du cœur de la réalité historique décriée froidement par Soljenitsyne. Plusieurs passages m’ont fait frémir et même, glacer d’horreur :
Je vous avertis d’aiguiser votre patience. L’ARCHIPEL DU GOULAG est un livre très long, très dur et quelque peu indigeste à cause de nombreux palabres pas toujours utiles, de nombreux termes russes, une phénoménale quantité de notes renvoyées à la fin de l’ouvrage et une traduction douteuse. La grande force du livre tient dans le fait que Soljenitsyne couvre absolument tous les aspects de la vie concentrationnaire.






Staline fut une malédiction de plus pour la Russie : *Toute l’histoire de la Russie est une succession de tyrannies. * (extrait)

1920, Russie centrale. La terreur s’est abattue sur le pays. À la mort de son frère, Nikolaï Levitski a déserté l’Armée rouge pour aller l’enterrer dans son village. Mais lorsqu’il arrive dans la petite communauté, perdue en pleine nature, c’est la stupéfaction. Les rues sont vides et silencieuses. Les hommes ont été massacrés dans la forêt alentour, les femmes et les enfants ont disparu. Nikolaï se met alors sur la piste des siens. C’est le début d’une quête aussi désespérée que périlleuse dans une nature hostile, au cœur d’un pays ravagé par la guerre civile.
Fruit d’une longue et rigoureuse enquête, le livre raconte un obscur épisode de l’exil en Amérique latine de l’un des plus grands criminels de guerre. Jeune savant eugéniste, Josef Mengele fut chargé de faire exploser le taux de naissances aryennes, afin de fournir les futurs soldats du Reich. À Auschwitz, il sélectionnait à l’arrivée des trains des enfants, juifs et tziganes – souvent des jumeaux –, sur lesquels il pratiquait d’effroyables expériences.
Jorge Camasara (1953-2015) était un écrivain et journaliste argentin qui a vécu à Córdoba. Il a travaillé dans plusieurs journaux et a servi en tant que conseiller du Centre Simon Wiesenthal. Il a aussi participé à des colloques, et donné des conférences dans plusieurs pays d’Amérique latine et d’Europe. Sa bibliographie comprend près d’une quinzaine de livres dont quelques-uns sont devenus référentiels.