LA BÊTE INTÉGRALE

Commentaire sur le livre de 
DAVID GOUDREAULT

*Ma mère se suicidait souvent*

Extrait : LA BÊTE INTÉGRALE, David Goudreault, Stanké éditeur, 2018, édition de papier, 720 pages. Version audio : Vues et voix éditeur, 2020, duré d’écoute, 16 heures 12 minutes, narrateur : Émile Proulx-Cloutier.

Le drame familial d’un homme seul, petit criminel accro à la porno et aux jeux de hasard, violent, manipulateur, sexiste, raciste et homophobe. Narrateur du roman, cet anti-héros a été séparé de sa mère à l’âge de sept ans et a trouvé du réconfort dans les livres.

Il rage contre les familles d’accueil qui se succèdent dans sa vie, carbure à l’alcool, à la drogue, aux amphétamines, et s’enfonce dans la criminalité. Il ne veut rien savoir des normes, rit des règles, profite de toutes les bonnes âmes qu’il croise, sans scrupule, jusqu’à commettre l’irréparable


Un personnage éclaté

Il n’y a rien de plus satisfaisant que de lire un auteur capable de me piéger dans des émotions contradictoires allant jusqu’à me faire éprouver de l’empathie pour la bête.

La bête, c’est le narrateur, l’anti-héros : un type sexiste, violent, manipulateur et mentalement instable, obsédé par sa mère qu’il voit partout, naïf à en être attendrissant et monsieur je-sais-tout qui étale un peu partout dans le récit sa philosophie de supermarché : *-Quant t’es rien, devenir un moins que rien, ça donne de la valeur. * (Extrait)

Notre homme livre ses connaissances, en général moralement satisfaisantes pour lui et termine très souvent ses affirmations par l’expression qui remplace avantageusement le point final et qui ne tolère pas de réplique : *C’est documenté* .

Bien sûr, c’est un récit violent renfermant de la sexualité plutôt crue et des propos dérangeants. En fait, c’est tout le récit qui est dérangeant, évoquant entre autres une froide manipulation, les règles impitoyables qui régissent les milieux carcéraux, spécialement entre les prisonniers. C’est une histoire sombre, celle du liquidateur liquidé par la vie…pas facile à assimiler.

Mais c’est une histoire bien écrite et d’une extraordinaire intensité et qui fut dans mon cas totalement addictive avec un fil conducteur impeccable. Le récit m’a à la fois ému et choqué, amusé et enragé, attendri et endurci, dégoûté et émerveillé. Il y a beaucoup d’action. La bête est toujours en mouvement.

L’histoire est aussi teintée d’humour. Il est noir évidemment mais d’une désarmante spontanéité : *La vie, ce n’est pas une boite de chocolat, c’est une poutine. On a rarement un goût pur, distinct. Tout est pogné, mélangé ensemble. Un peu de frites ou de fromage dans ta bouchée, mais ça baigne toujours dans la sauce.* (Extrait)

Je veux souligner en passant que la version audio de LA BÊTE fut pour moi une révélation, un véritable chef d’œuvre. Émile Proulx-Cloutier a su parfaitement cerner le personnage de David Goudreault et le rendre à la perfection. Il m’a même fait rire en imitant le type à qui il manque des dents à l’avant. Magnifique performance.

Malgré une confusion dans mes sentiments, je crois que c’est un excellent livre. Je suis arrivé à la fin du récit sans voir passer le temps. Quant au personnage principal, peut-être l’ai-je compris dans sa fureur, sa folie. Je ne sais toujours pas si je l’ai aimé ou détesté mais il demeure pour moi inoubliable.

Cette histoire, issue d’une plume habile et talentueuse vaut la peine d’être lue ou écoutée.

Suggestion de lecture : 11 SERPENTS, de Philippe Saimbert


L’auteur David Goudreault

 

Bonne lecture
Bonne écoute,
Claude Lambert

le samedi 29 mars 2025

HAUTE TENSION, le livre de RICHARD CASTLE

*Comment c’est possible ça ? Elle avait du sang partout sur elle quand tu l’as trouvée. Elle se vidait. Mais elle a quand même réussi à appeler les secours sans en perdre ne serait-ce qu’une goutte sur le téléphone.*

(Extrait : HAUTE TENSION de Richard Castle, City editions, 2016, édition numérique, 350 pages.)

New-York connaît une vague de terreur : dans la ville symbole de la liberté, les islamistes radicaux de Daech viennent de décapiter une journaliste américaine en direct à la télévision. Et c’est Nikki Heat qui est chargée de l’enquête.  Pour la détective, cette affaire est capitale.

Et surtout, le groupe terroriste vient d’annoncer sa prochaine cible : ce sera Jameson Rook, le célèbre journaliste qui n’est autre que le mari de Nikki Heat dont la vie se complique encore lorsqu’elle aperçoit fugacement, au détour d’une rue, une femme qui ressemble étrangement à sa mère. Sa mère qui est morte vingt ans plus tôt…

Un roman multipiste

*Quelque part, l’inimaginable se produirait.
Pendant un instant, personne ne bougea. On
aurait dit que la veillée funèbre avait commencé*
(Extrait : HAUTE TENSION)

Ce livre développe un sujet en surchauffe : le terrorisme islamique. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, beaucoup d’éditeurs ont fait du terrorisme leurs choux gras. Il devient difficile d’être original dans l’écriture d’un roman ayant le terrorisme comme toile de fond. Richard Castle a bien essayé, mais le résultat est un peu étrange.

Au départ, des islamistes radicaux décapitent une journaliste devant caméra. Nikki Heat prend connaissance de la vidéo et apprend que la prochaine victime annoncée est…son amant, Jameson Rook.

Parallèlement, tout à fait par hasard, Nikki aperçoit, au détour d’une rue, sa mère…sa mère morte vingt ans plus tôt : *Sa mère était bien morte dans ses bras non ? Son sang s’était bien vidé sur son chemisier non ? Nikki avait bien vu le couteau planté dans son dos non ? * (Extrait) 

Outre l’enquête sur la décapitation de la journaliste Tam Svejda, plusieurs volets sont développés en parallèle dont l’élection présidentielle américaine et le développement très graduel d’une conspiration majeure. J’avoue que par moment, j’avais de la difficulté à suivre tellement les volets s’imbriquent et s’entremêlent.

L’auteur en a peut-être pris conscience en écrivant une petite remarque qui en dit long sur l’état d’esprit de son enquêteur-vedette. Je ne pouvais qu’être d’accord : *Cette fois, ce n’était pas à cause de l’obscurité. C’était parce que, furieuse, elle gardait le regard rivé sur le pare-brise dans l’espoir de parvenir à trouver une logique dans l’enchaînement chaotique de tous ces évènements. * (Extrait) 

Il m’a fallu beaucoup de temps et de pages avant d’entrer dans l’histoire Le roman comportant des longueurs irritantes relatives, en particulier à la complicité entre les deux héros Nikki et Jameson et sur leurs petites manœuvres sexuelles. On commence à les connaître, HAUTE TENSION étant le huitième tome des enquêtes de Nikki Heat.

L’histoire n’est pas claire, comme si elle était sous-développé. Pour moi, ça constitue une zone grise dans le roman. Ça devient un peu plus clair vers la fin, mais l’incertitude et le questionnement sont demeurés. 

Tout n’est pas négatif au contraire. Si l’histoire est développée avec une plume un peu naïve et met à l’épreuve la patience du lecteur, je me suis tout de même laissé aller à son rythme jusqu’à la finale que j’ai trouvé intéressante et bien pensée. Le dernier quart de l’histoire réserve quelques rebondissements assez forts et une conclusion assez spectaculaire. 

Pour ce qui est de la mère de Nikki, Cynthia, il faut bien y revenir, car la conclusion du livre qui est presque brutale, laisse à penser qu’elle est vivante. Elle était agente secrète et vivait dangereusement. Nikki l’a vu mourir. C’est tout.

Voilà qui garantit la suite. On aura peut-être le fin mot de l’histoire dans le tome 9 des aventures de Nikki Heat : ORAGE DE CHALEUR qui entraîne le lecteur dans le trafic de fausse monnaie, le blanchiment d’argent et diverses activités criminelles d’une redoutable organisation mafieuse. 

J’ai suivi le rythme et j’ai pu profiter d’une finale satisfaisante. Mais je ne peux pas dire que cette histoire m’a emballé. Peut-être que pour l’apprécier davantage, il faut lire toute la série, même si les tomes peuvent être lus indépendamment. À la lecture de HAUTE TENSION, je n’en ai pas développé le goût tout simplement . 

Bref, un livre plutôt ordinaire mais avec une finale très bien imaginée. Amis lecteurs, amies lectrices, c’est maintenant à vous de voir…

Suggestion de lecture : SUR LE PONT DU LOUP, de James Patterson

Castle est l’auteur de 26 romans policiers, et autant de livres à succès, les plus connus étant ceux composant la série de « Derrick Storm ». La série commence alors que Castle commence à se lasser de son personnage et choisit de le tuer dans son dernier roman paru, décision critiquée aussi bien par les lecteurs que les collègues écrivains de Castle. Il retrouve l’inspiration à travers un poste de consultant auprès de la police de New York, notamment l’inspectrice Kate Beckett, poste qu’il obtient grâce à son amitié avec le maire de la ville.

Ça lui inspire le personnage de « Nikki Hard » (Nikki Heat dans la version originale), personnage décrié en public par son modèle, Beckett estimant qu’elle a « un nom de prostituée ». (source : wikipédia)

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 23 mai 2021