La fois où j’ai écrit un livre

Commentaire sur le livre de
ROSALIE BONENFANT

*Féminisme : idéologie choquante selon laquelle les femmes devraient être considérées comme égales aux hommes sur les plans politique, économique et social. C’est tout ! Aucune misandrie, aucun désir de domination mondiale, aucune sorcellerie qui nous fait pousser le poil des jambes ou qui nous rend lesbiennes ! Le seul bémol, c’est qu’on ne pourra effectivement jamais atteindre l’égalité physique. *

Extrait : LA FOIS OÙ J’AI ÉCRIT UN LIVRE, de Rosalie Bonenfant. Édition de papier et format numérique: Hurtubise éditeur, 2018, 256 pages. Version audio : Vues et voix éditeur, 2018, durée d’écoute : 4 heures 43 minutes, narratrice, Rosalie Bonenfant.

D’abord présentées sur les ondes d’Énergie puis de Rouge FM, les chroniques de Rosalie Bonenfant ont conquis des dizaines de milliers d’auditeurs. Tantôt mordantes et cyniques, tantôt intimistes et sensibles, les « humeurs » de Rosalie ne rejoignent pas que les gens de sa génération mais tous les Québécois, de l’adolescent au boomer… à l’exception de quelques « matantes » indignées par son ton direct ou la crudité d’un thème ou d’un mot.

Qu’elle parle d’enjeux sociaux importants (le couple, le consentement, la famille, le féminisme, les préjugés, l’image de soi, le suicide) ou plus légers (le pot, la relâche, les potins, les galas, le temps des fêtes), Rosalie sait extraire de chaque sujet le zeste qui pique et qui fait mouche. (Présentation de l’éditeur)

Une compilation

Peu de choses à dire sur ce livre. Il s’agit d’une série de billets d’humeur déjà diffusés à la radio, au Québec, en 2017 et 2018. Rien de vraiment nouveau. Le livre ne tranche pas par son originalité mais développe toutefois des sujets ajustés à l’actualité et aux tendances de Société.

Pour ce titre, j’ai lu le livre et j’ai écouté la version audio narrée par l’autrice ou devrais-je dire *criée et déboulée*. Valérie Bonenfant parle tellement vite et articule si peu que ça frôle l’escamotage. Bref, ça ne m’a pas réconcilié avec les billets d’humeur qui font souvent office de spectacle, même s’ils atteignent des cordes souvent sensibles. Au moins, la version audio est vivante et dynamique   même si elle trop saccadée.

La version papier m’a fait réaliser à quel point les textes manquent de profondeur. Plus le sujet est brûlant, plus c’est flagrant.

Je mentionne toutefois que ces textes étaient destinés à la radio, donc à la transmission orale. Il faut en tenir compte. Ayant évolué moi-même dans les milieux de la radio, je sais que les communicateurs sont limités dans le temps et que souvent, il faut réduire, voire couper court. Trop, c’est comme pas assez.

Enfin, la crudité du langage dans les chroniques de l’autrice m’a frappé. Je me suis toujours demandé pourquoi les gens de la radio privée au Québec semblent persuadés qu’il est nécessaire de trafiquer la langue française pour être proche de l’auditoire et passer le message. Par exemple, pourrait-on dire *C’est nul* au lieu de *C’est d’la marde* ?

Il y a moyen d’être direct et même frôler la crudité à la rigueur, sans massacrer la langue française. Je vous rassure, en matière de langue, je ne suis pas puritain. Mais je crois qu’il faut déployer un minimum d’efforts pour préserver la langue française. Malheureusement, les billets d’humeur se prêtent peu à cette tendance.

Malgré les points que j’ai défendus plus haut, si vous aimez les propos mordants et cyniques, des billets généralistes, qui touchent tout et tous, même s’ils sont quelque peu superficiels, vous devriez trouver un peu de bonheur dans ce livre.

Suggestion de lecture : EN AS-TU VRAIMENT BESOIN ? de Pierre-Yves McSween


L’autrice et chroniqueuse Rosalie Bonenfant

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 28 février 2026

 

LES MEILLEURES INSOLENCES D’UN TÉLÉPHONE Tex Lecor

*-J’ai une idée un p’tit peu spéciale pis j’aimerais savoir si eeee …j’prépare justement mon temps des fêtes…j’voudrais mettre des ampoules violettes par exemple moé dans…autour du cercueil…humhum…ou ben don après la tête d’oreiller tsé…*
(Extrait du livre audio LES MEILLEURES INSOLENCES D’UN TÉLÉPHONE de Tex Lecor, narrateur et auteur, production originale, Édition Coffragants, Alexandre Stanké livres audio, 2018. Bibliothèque : Audible, durée d’écoute : 59 minutes, tags : humour et satire)

Cette première série des insolences d’un téléphone vous rappellera les meilleurs moments de la radio québécoise. Elles mettent en vedette des célébrités telles, Rock Voisine, Gilles Vigneault, Richard Ségin et des personnages bien connus des auditeurs : Madame Legault, Adidas Boudreault et Micky L’Angel. Ils raviveront de joyeux souvenirs et déclencheront des éclats de rire, de bons souvenirs et la bonne humeur !

UN PLAISIR FOU
*Ya des façons madame de se servir de certaines choses en s’servant d’sa tête pas d’ses pieds…comprenez c’que j’veux dire han? Écoutez monsieur ! Vous êtes monsieur qui? J’va vous raccrocher la ligne au nez. Quand vous mettez un frigidaire devant la porte, qu’y’a une porte dans l’frigidaire quand y’était dans boîte, c’est certainement pas moé qui l’a cassée…pis la pognée était tout croche…vous agissez comme une enfant madame… (
Extrait du huitième)

J’ai eu un plaisir fou à réentendre les NOUVELLES INSOLENCES D’UN TÉLÉPHONE de Tex Lecor. J’aimais beaucoup Tex Lecor. C’était un homme-orchestre jovial qui avait un fou rire communicatif. Parmi ses multiples talents, il avait celui d’humoriste. À le regarder aller, je le trouvais extraordinaire. Sans doute parce qu’il était passionné par tout ce qu’il entreprenait sans se prendre au sérieux.

Tex ne faisait pas de stand-up. Son talent d’humoriste s’est manifesté au Festival de l’humour québécois qui a fait les beaux jours de CKAC MONTRÉAL. Tex s’amusait comme un p’tit fou aux côtés de Roger Joubert, Louis-Paul Allard, et Shirley Théroux. Et la deuxième corde de Tex à son arc humoristique fut LES INSOLENCES D’UN TÉLÉPHONE.

Avec ses canulars, Tex prenait au piège, au téléphone, monsieur et madame tout le monde et aussi des personnalités du monde culturel, politique, social et commercial. Le livre audio que j’ai écouté comprend 16 insolences choisies parmi les meilleures. Il n’y a pas une seule insolence de ce livre qui ne m’ait poussé au fou rire. Je devais être beau à voir moi aussi.

Il n’y a pas d’insolences ordinaires. Quand Tex rit parce qu’il n’en peut plus, selon ses propres termes, il communique son hilarité à l’auditeur. C’est pratiquement infaillible. Et pour ajouter à cette hilarité, toutes sortes de bruits insolites et cocasses pour camoufler des jurons dont on imagine très bien la nature.

Le ton est donné dès le départ alors que Tex se fait passer pour un thanatologue qui  veut donner un air de fête à ses tombes à l’occasion de Noël en installant des petites lumières clignotantes sur l’oreiller du défunt par exemple. La personne piégée est prise d’un fou rire, Tex devient pris d’un fou rire. Que croyez-vous que fera l’auditeur ? Rire aux larmes.

Une des meilleures du livre concerne le bouillant comédien Paul Buissonneau, reconnu pour son caractère tranchant. Paul a eu le malheur de faire une mauvaise publicité aux pneus quatre saisons. Tex se fait passer pour un représentant et réussit à faire sortir Paul Buissonneau de ses gonds…*salop* *fumier* et autres gentillesses fusaient. Tordant…

Parlons maintenant de la présentation générale. Elle m’a déçu. Ce livre audio ne comporte aucune histoire. L’audio contient 16 capsules présentées à la que-leu-leu. C’est tout. Pas d’introduction, pas de conclusion, pas de dates, pas de notes biographiques. Une insolence après l’autre, ça s’arrête là.  Il y avait tellement de matière pour enrichir un tel livre : des bouts d’entrevue avec Tex par exemple, des extraits de chansons et même de pub…

On aurait pu incorporer des extraits du festival de l’humour québécois se rapprochant du caractère de certaines insolences. On aurait pu faire une présentation de l’artiste au début et terminer le livre par une petite conclusion.  Voilà. Difficile de parler de présentation globale quand il n’y a pas de présentation du tout.

Je crois que l’éditeur a passé à côté d’une opportunité intéressante. Mais l’écoute du livre induit le rire continuel. Même, si vous avez déjà entendu ces insolences plusieurs fois…rire garanti. C’est ce que le livre audio se limite à vous offrir. Pour beaucoup, ce sera une raison suffisante d’acheter le livre. Il n’est pas mauvais du tout pour la santé.

Suggestion de lecture : LE FABULEUX MAURICE ET SES RONGEURS SAVANTS, de Terry Pratchett

Auteur, compositeur, interprète, animateur, humoriste et peintre, Paul Lecorre est né en 1933. Véritable homme-orchestre, il deviendra artistiquement actif dans les années 1960 alors qu’il fait partie des quelques chansonniers considérés comme vedette populaire. Son plus grand succès, LE FRIGIDAIRE, écrit par Georges Langford le fera connaître hors de nos frontières.

Chaque année, pendant les fêtes, la chanson NOËL AU CAMP sait nous tirer quelques larmes. Pendant quelques saisons, Paul, devenu Tex Lecor anime l’émission SOUS MON TOIT et fera partie du Festival de l’Humour à CKAC avec Roger Joubert, Louis-Paul Allard et Shirley Théroux.

C’est pendant ce passage particulièrement prolifique à Télémédia dans les années 1960 et 1970 que Tex Lecor réalise une impressionnante série intitulée LES INSOLENCES D’UN TÉLÉPHONE. À partir des années 1990, Tex s’adonne presque exclusivement à la peinture.

Tex Lecor meurt le 9 septembre 2017 à la suite de complications pulmonaires liées à la maladie du Légionnaire. (source. Je vous invite aussi à lire l’excellente biographie avec photos de Tex Lecor publiée par Multiart.net)

Le Nouveau Festival de l’humour Québécois 1982
Pierre Labelle, Tex Lecor, Roger Joubert, Louis-Paul Allard

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le vendredi 24 juillet 2020