RAINBOW 6, livre 2

Commentaire sur le livre de
TOM CLANCY

*…Et il était embringué dans une affaire dont
les implications dépassaient en envergure
un massacre collectif. *
(Extrait : RAINBOW SIX, tome 2, Tom Clancy,
T.f. Alabin Michel éditeur, 1999. Papier, 510 p.)

Une terrible menace pèse sur le monde. À la veille des jeux Olympiques, les attentats terroristes aveugles se multiplient en Europe. Aux États-Unis, le FBI enquête discrètement sur de mystérieuses disparitions. Un grand trust pharmaceutique édifie un étrange centre de recherches avancées en plein Kansas. John Clark, qui a déjà combattu sur le terrain les maniaques du chantage nucléaire, économique ou biologique, va se retrouver au cœur d’intrigues infernales. Récemment nommé à la tête d’une cellule antiterroriste internationale , Rainbow, il peut tenter l’impossible et sauver le monde d’une menace mortelle. Car c’est l’incroyable objectif des terroristes : la fin de l’espèce humaine

Le scénario de la fin
*…ce sont des druides, une secte de types qui vénèrent
la nature comme si c’était une divinité. Ils disent que
la planète appartient aux animaux mais pas aux hommes.
Ils disent qu’ils veulent restaurer l’ordre naturel… et
pour y parvenir, ils sont prêts à éliminer la totalité du
genre humain…de la folie pure… *
(Extrait)

Pour ceux et celles qui n’ont pas lu le livre 1, la bonne nouvelle est que le livre deux se lit très bien indépendamment. L’essentiel est de savoir que, vu la montée du terrorisme à l’échelle mondiale, des américains prendront une initiative très particulière mais hautement efficace. Entre autres, des agents de la CIA, John Clarke et Domingo Chavez se joindront à Alistair Stanley pour former une unité antiterroriste internationale baptisée RAINBOW, basée au Royaume-Uni et mise à la disposition de l’OTAN même si elle est entièrement financée et commandée par les États-Unis.

Voilà pour la création de RAINBOW. Le livre deux est basé sur un complot écologiste et développe le thème des savants fous et des dérives scientifiques. Je dois dire que la corde est sensible parce qu’au moment d’écrire mon article, la pandémie COVID 19 fait rage depuis un an sur l’ensemble de la planète. Maintenant voyons le résumé et vous allez comprendre ma petite gêne.

À l’approche des jeux olympiques en Australie, les attentats terroristes se multiplient et on signale de mystérieuses disparitions pendant qu’un puissant consortium pharmaceutique bâtit un centre de recherches ultra-secret au Kansas. Le FBI ne tarde pas à faire des liens et met au jour une menace biologique qui atteint la terre entière, ourdie par des écologistes extrémistes obsédés, tordus, dirigés par un milliardaire qui s’est adjoint des scientifiques sans scrupules dans le but de créer une saloperie qui éliminerait l’humanité et ainsi sauver la nature.

Relisez bien le synopsis. Quel serait selon vous le meilleur endroit pour lâcher un virus qui tuerait tout le monde en moins de deux semaines? Mais la grande pharmacie arrive en héros avec un vaccin, en fait, deux vaccins. Un pour les élus, l’autre pour les condamnés. C’est fou mais intrigant. Il semble que ce livre vieillissant se soit remis au goût du jour en s’ajustant à l’actualité.

Évidemment, le livre met en garde contre les déviations scientifiques, l’insuffisance de rigueur et appelle à l’intensification d’une conscience, d’une éthique. En dehors de ce fait, beaucoup de passages m’ont paru invraisemblables, peu crédibles et exagérément spectaculaires. Puisque je suis dans les irritants, il y a de la redondance dans les explications techniques qui sont déjà parfois lourdes comme ça arrive souvent dans les livres de Clancy. Ça se répète.

Enfin, le livre suit une tendance littéraire bien américaine qui, heureusement, semble vouloir s’atténuer : il glorifie les américains dans une logique de bons et de méchants. Les américains sont évidemment les bons, les gardiens de la vérité, les policiers du monde. Ça m’énerve à un point… Dans les points forts…l’histoire ne manque pas d’action. L’intrigue est bien développée et tient en haleine. Le sujet du livre a un côté terrifiant qui garde le lecteur et la lectrice dans le coup.

C’est un roman fort, techno-thriller, sensiblement dépoussiéré par la situation dans le monde. Intéressant…

Suggestion de lecture : LE VENGEUR, de Frederick Forsythe

Thomas Leo Clancy Jr., dit Tom Clancy, né le 12 avril 1947 à Baltimore (Maryland), où il meurt le 1er octobre 2013, est un romancier américain. Ses romans d’espionnage, du genre techno-thriller ou thriller politique, sont technologiquement très documentés et tournent autour du milieu du renseignement américain, plus précisément la CIA — à l’exception de TEMPÊTE ROUGE — sur fond de guerre froide ou de terrorisme. Certains de ses romans connaissent des adaptations au cinéma, notamment À la poursuite d’Octobre rouge ou La Somme de toutes les peurs. Au moment d’écrire cet article, RAINBOW 6 était en projet d’adaptation au cinéma pour 2022.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 7 décembre 2024

SEVENTEEN, le livre de KENZABURÔ Ôé

*Voilà un gauchiste qui tape à côté de la cible!
dit ma sœur sur un ton moqueur. Ça m’a mis
hors de moi. En hurlant, je lui donné un coup
de pied en plein dans le front. Elle est tombée
à la renverse…son visage aux traits ingrats a
blêmi de manière effrayante…*
(extrait de SEVENTEEN de Kenzaburô Ôé, 1961,
traduit en français chez Gallimard en 2005, éd. Num.
rééd. 2011, Folio)

SEVENTEEN est une nouvelle extraite de FASTE DES MORTS de Kenzaburô Ôé. C’est le récit d’un adolescent japonais de 17 ans perturbé et accablé par l’indifférence et le laxisme de son père, les moqueries de ses camarades, obnubilé par son physique et ses désirs sexuels. Un jour, il est recruté par le Parti de droite. Sa vie va basculer dès son enrôlement dans cette organisation politique utilisant la violence et la perturbation sociale pour parvenir à ses fins. L’ado à l’esprit torturé y voit enfin la possibilité de devenir QUELQU’UN. Cette nouvelle évoque la recrudescence de l’ultranationalisme  du parti impérial japonais dans les années 60.

JEUNE CONSCIENCE À LA DÉRIVE
*L’uniforme de l’Action Impériale imitait
celui des S.S. Lorsque je marchais dans
les rues ainsi vêtu, j’éprouvais là-aussi
une vive sensation de bonheur…j’avais
la certitude que les autres ne voyaient
plus ce qu’il y avait en moi de mou, de
faible, de vulnérable, de disgracieux
et je me sentais au paradis.*
(extrait de SEVENTEEN)

Seventeen est le dur récit d’un adolescent japonais frappé de plein fouet par les travers impitoyables de l’adolescence dans un contexte culturel complexe et évolutif, et où pour beaucoup de jeunes japonais, atteindre le bonheur consiste à vivre à l’américaine. Le jeune narrateur est perturbé, son estime de soi est à peu près nulle, aussi nulle que l’attention que lui accorde son père, aussi nulle que ses relations avec ses pairs…

C’est un récit d’une grande violence empreint de rancœur, de tristesse et d’une recherche désespérée d’amour et de reconnaissance.

Ôé raconte comment l’extrême fragilité de cet adolescent à l’esprit torturé l’amènera à adhérer à un système politique mû par l’absolutisme impérial et qui utilise largement la violence pour arriver à ses fins. Notre jeune *seventeen* y voit une occasion unique d’être reconnu par les siens, d’être respecté, bref, d’être quelqu’un.

Avec une plume dramatique, Ôé décrit de façon détaillée la détresse psychologique d’un ado déjà pris dans un étau social car il faut comprendre le contexte du début des années 60 au Japon pour saisir cette détresse. Les jeunes japonais étaient piégés entre l’impérialisme, le socialisme, le communisme,  les factions de droite et le libéralisme à l’américaine. Ce sont les extrémistes qui ont eu raison de la fragilité de *seventeen*.

Ce contexte politique et social est peu développé dans le récit. Je peux comprendre car SEVENTEEN est une nouvelle. Mais comme l’auteur décrit avec un luxe de détails les pulsions sexuelles du garçon, il aurait pu je crois, sacrifier un peu cet aspect au profit d’une description plus complète du contexte social des années 60 au Japon. Le récit commence même par la croustillante description d’une séance d’onanisme qui n’apporte pas grand-chose à l’ensemble.

Tout de même, le récit est bref, il se lit vite et bien et surtout, il propose une profonde réflexion sur la fragilité de l’adolescence et les nombreuses façons dont elle peut être influencée dans une société en déséquilibre.

Suggestion de lecture : MENVATTS IMMORTEL, de Dominic Bellavance

Kenzaburô Ôé est un écrivain japonais né dans l’île Shikoku au Japon en 1935. Ses premiers textes sont publiés dans les années 50. En 1958, il reçoit le prix AKUTAGAWA, l’équivalent du prix GONCOURT français, pour GIBIER D’ÉLEVAGE adapté au cinéma par Nagisa Oshima sous le titre UNE BÊTE À NOURRIR. En 1964, la naissance de son fils, anormal, bouleverse sa vie tout comme son univers littéraire. Il écrit un livre déchirant s’inspirant de ce drame : UNE AFFAIRE PERSONNELLE.  Écrivain original, Kenzaburô Ôé  reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre en 1961.

BONNE LECTURE
JAILU
AOÛT 2015