YOUTUBEURS, Olivier Simard

*Depuis quelques temps, chaque fois que j’allume mon ordi, une fontaine de balles de ping-pong jaillit dans mon ventre : 2,456 amis de Facebook, 13,000 followers sur Instagram, 23 nouveaux messages, 65 notifications. J’ai réalisé mon rêve. Je suis devenu youtubeur. Un vrai de vrai. *

Extrait : YOUTUBEURS 6, de la série YOUTUBEURS signée Olivier Simard., pour les 12-13 ans. Sur papier et en format numérique, aux Éditions de la Bagnole. Série échelonnée de 2016 à 2020

YOUTUBEURS est une Série de romans qui suit l’ascension de Henri Bastien, 15 ans, un garçon impopulaire qui souhaite atteindre la notoriété sur YouTube, mais surtout, se faire remarquer par Noémie, la fille qu’il admire de loin depuis si longtemps. 

Henri OMG regarde le monde d’en haut depuis qu’il a des centaines de milliers de followers. Les contrats s’enchaînent et les cadeaux pleuvent sur lui. Tout le monde veut le toucher. Tout le monde veut lui parler. Mais, au fond, plus on est haut, plus on est seul.

Quand Henri croise un jour la route d’Alicia Joly, une pétillante et charmante influenceuse, il est certain d’avoir trouvé l’âme sœur, tant elle semble comprendre ce qu’il vit. Mais dans ce monde où la renommée est plus importante que tout, peut-on compter sur ceux qui disent vous aimer ?

Les néologismes du siècle

YOUTUBEURS est une série de sept livres qui raconte l’histoire d’Henri Bastien, 14 ans, dont le rêve est de devenir youtubeur. La série est centrée sur son ascension dans le domaine de la création de vidéo, de partage en direct (technique de diffusion en continu défini par un anglicisme courant : streaming) et de communication sociale, avec, en cours de route, les petites incartades sentimentales.

Henri adopte un pseudonyme très révélateur : OMG, un terme très courant, anglais encore qui signifie OH MY GOD. Contrairement aux apparences qui voudraient pousser les jeunes à se lancer dans la création de vidéo et la recherche d’abonnés You Tube, l’objectif de la série, selon les dires mêmes de l’auteur est d’encourager les jeunes à lire. Les garçons en particulier.

Ainsi, Olivier Simard a créé une série rafraîchissante, aérée, profondément ado. Tous les livres de la collection d’une présentation très agréables avec des graphismes accrocheurs, des photos qui illustrent parfaitement le thème développé, sans oublier les émoticônes, langage graphique typique des communications digitales chez les jeunes.

Autre aspect très positif de cette série est son humour. Il est spontané, souvent hilarant. Rires et sourires garantis. L’auteur montre dans cette série une grande connaissance de l’adolescence, sa vie, son rythme, ses besoins et ses codes surtout.

La série donne beaucoup d’explications sur les exigences requises pour être youtubeur, explique ce qu’est un influenceur, le fonctionnement de You Tube, les aspects plus ou moins conciliables de la création vidéo avec la réussite scolaire, sans oublier l’aspect mercantile qui est loin d’être négligeable. Cette série m’a appris beaucoup de choses.

Le principal irritant de cette série tient dans son langage. Et là je suis un peu mitigé. L’auteur a voulu être le plus près possible de la réalité adolescente, en utilisant son langage, ses codes. À ce seul titre, c’est une réussite complète. Toutefois, la langue française y est massacrée. C’est la faiblesse de sa force si je peux m’exprimer ainsi.

C’est ainsi qu’on retrouve dans la série une quantité impressionnante d’anglicismes, de termes anglais, de néologismes pas tous passés dans l’usage, de termes dont le sens est difficile à saisir et d’associations de mots pour définir une fonction comme *youtubeuse-influenceuse-instagrammeuse-snapchateuse-tweeteuse* ou encore *play-list sud-americano-love-beat-groove-mambo-urbain*. Si vous êtes loin de l’adolescence, préparez-vous à lire YOUTUBEURS avec un dictionnaire et des outils de traduction.

L’anglais foisonne avec des followers, background, backdrop, post, vlogs, nice, skills, full, cool, top, power, best, cute, like et disliques et quantité d’autres. Mais la question se pose. Est-ce qu’un livre basé sur une expérience adolescente aurait le même impact sans tous ces termes propres au langage adolescent.

Mise à part la question incontournable du français, j’ai trouvé les histoires divertissantes, relaxantes, agréables et drôles et même motivantes pour les jeunes qui veulent aller au bout de leur rêve.

Suggestion de lecture : FAIRE DES SCIENCES AVEC STAR WARS de Roland Lehouck


L’auteur Olivier Simard

Les autres youtubeurs

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 24 janvier 2026

LA LIBRAIRIE DES OMBRES, de Mikkel Birkegaard

*Brusquement, l’expression du visage de Luca passa de
l’enthousiasme à la stupeur, il recula, vacilla, et son corps
vint percuter la vitrine derrière lui. Il continua sa lecture,
les yeux rivés sur le texte, tandis que des éclats de verre
lui pleuvaient dessus. *

(Extrait : LA LIBRAIRIE DES OMBRES,
Mikkel, Birkegaard, Fleuve Noir éditeur, 2010 pour la traduction
française. Édition de papier, 507 pages.)

Dans la ville de Copenhague, Luca Campelli, propriétaire de la librairie Libri di Luca spécialisée dans les livres anciens, meurt subitement. Son fils Jon hérite du magasin et découvre rapidement un secret fabuleux. Son père était à la tête d’un groupe de « lettore », des personnes dotées du pouvoir exceptionnel d’influencer la lecture des autres et même de pratiquer des manipulations mentales fort dangereuses. Dans ce contexte, la mort du père n’a plus l’air d’être naturelle, de même que le suicide de la mère qui s’est jetée par la fenêtre alors que Jon était encore enfant. Une société secrète existe-t-elle vraiment ? Quelqu’un cherche-t-il à s’emparer de ce don incroyable dans de mauvais desseins ? Jon se lance dans une enquête risquée.

Méfiez-vous de vos livres
*Le corps de Luca atterrit dans un bruit sourd
au milieu d’une étroite travée, où il fut
immédiatement enseveli sous un tas de livres,
de bois et de poussière. *
(Extrait)

Pour bien saisir la portée de cette histoire, imaginons la situation suivante. Vous êtes dans votre chambre et vous lisez un livre. Moi, je suis dans la chambre voisine et je peux capter mentalement ce que vous lisez. Je peux modifier, amplifier voire dramatiser la perception que vous avez de votre lecture, l’image que vous vous créez dans votre esprit avec en plus, la possibilité de modifier l’environnement physique. Souhaitons que vous ne lisiez pas TITANIC ou autres drames du genre ou pire.

Il y a un passage dans le livre ou un lecteur lit FRANKESTEIN de Mary Shelly. Je vous laisse deviner un peu comment devient le décor. Alors aux fins de l’histoire, en tant que lecteur, vous êtes l’émetteur, et moi, je suis le récepteur. Je reçois, je capte ce que vous lisez et j’en fais ce que je veux.

Cette histoire de Birkegaard se déroule à Copenhague et finit en Égypte. Elle a pour origine la *libri di luca* dont le propriétaire, Luca, meurt subitement. Sa librairie abritait une société secrète de *lettore*. Son fils, John, qui deviendra un puissant émetteur devient convaincu que la mort de son père n’est pas naturelle. Il y aurait complot. Il enquête et ça va le mener assez loin.

J’ai été séduit par la photo de la première de couverture, par le synopsis et je me disais que j’allais savourer un livre qui parle de livres. Le sujet est original. Mais j’ai été déçu car son intrigue est noyée dans la technique de lecture qui permet tant de merveilles. En fait, l’auteur a choisi de verser dans le fantastique, le surnaturel. La trame est prévisible et peu vraisemblable. L’ensemble manque de crédibilité. Par exemple, il y a eu mort d’homme, incendie…on n’entend jamais parler de la police ou d’enquête.

L’Idée de départ est bonne mais elle verse presque dans la carricature en ce sens que l’atmosphère de l’histoire prime davantage que la psychologie et même le rôle des personnages qui sont nombreux, suffisamment pour se perdre un peu. J’ai été déçu aussi de la finale que j’ai trouvée bâclée. Aussi, on perd la trace d’un jeune personnage-clé dans l’issue de l’histoire appelé PAW et dont on n’entendra plus parler.

Finalement, les véritables héros de ce livre sont…les livres même si on leur prête un rôle bizarre, disons tiré par les cheveux : *La douleur de voir Katherina soumise à ce genre de supplices lui aurait paru bien plus insupportable que d’en être lui-même victime. Mais lorsqu’il vit ce que contenait la valise, il fut pris de panique. Le petit homme aux lunettes avait plongé lentement les deux mains et extirpé un objet avec la plus grande précaution. C’était un livre. * (Extrait) Loin de moi l’idée de démolir ce livre.

C’est un bon roman mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Il ne m’a pas beaucoup atteint. J’ai aimé certaines idées comme le fait par exemple que plus un livre est lu plus il est chargé d’énergie. Intéressant comme concept et il y en a quelques autres mais dans l’ensemble, il manque un petit quelque chose, une étincelle qui aurait pu tout changer.

Peut-être est-ce le facteur humain qui est sous-exploité dans cette histoire…trop de surnaturel peut-être. On peut prêter aux livres certains pouvoirs mais celui de vie ou de mort…là je déchante un peu.

Suggestion de lecture : CRIMES À LA LIBRAIRIE,  collectif québécois

Mikkel Birkegaard est un auteur danois vivant à Copenhague et spécialisé dans la littérature fantastique. Il y a très peu d’informations disponibles sur cet auteur. Il faut dire qu’un seul de ses livres a été traduit au moment d’écrire ces lignes et c’est LA LIBRAIRIE DES OMBRES.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 5 août 2023