MYTHOS, Stephen Fry

*De nos jours, on explique la naissance de l’Univers par un Big Bang, une singularité originelle qui, en un instant aurait engendré la matière dont tout et tous sont constitués. Les Grecs de l’Antiquité s’en faisaient une idée bien différente. Selon eux, tout n’avait pas commencé par un « bang », mais par le Chaos. Le Chaos était-il à leurs yeux un dieu – un être divin – ou plus simplement, un état de néant ? Ou n’était-ce qu’un mot décrivant, comme pour nous, un foutoir absolu, comme une chambre d’ado, mais en pire? *

Extrait : MYTHOS, de Stephen Fry. Édition de papier : LGF éditeur (poche) 2023, 568 pages. Version audio : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 13 heures 20 minutes. Narrateur : Frédéric Souterelle.

Tout sauf ennuyeux

Ce n’et pas la première fois que j’en parle sur ce site et sans doute pas la dernière. La mythologie grecque a toujours été une de mes grandes passions autant sur le plan littéraire, cinématographique et iconographique. Je croyais tout savoir à ce sujet, mais après avoir lu MYTHOS de Stephen Fry, j’ai dû faire acte d’humilité.

D’abord, j’ai vu que beaucoup de choses ne changent pas d’un livre à l’autre. Le caractère tordu des dieux par exemple. Ils sont toujours aussi torves, hypocrites, cruels et dépravés. J’ai compris dans le livre de Fry que Zeus lui-même pouvait être le pire des obsédés sexuels de tous les panthéons réunis. Une fille dans chaque port comme on dit mais pas seulement. Dans MYTHOS, j’ai appris par exemple beaucoup de détails sur la liaison homosexuelle entretenue par Zeus avec le beau Ganymède.

La liste qui suit n’est pas exhaustive évidemment, mais dans MYTHOS, j’ai appris beaucoup de choses, d’histoires et de détails sur l’origine du nœud gordien, la signification du chant du cygne, l’histoire des constellations comme la Grande Ourse, la Petite Ourse et le Verseau, l’origine des araignées, le terrible secret de la célèbre boîte de Pandore, l’histoire d’amour d’Éros et de Psyché, la mort de Narcisse (à l’origine du narcissisme) et l’origine de l’écho, l’histoire de la pomme de discorde et j’en passe.

Difficile d’être exhaustif dans ce domaine et l’auteur Stephen Fry précise bien que son livre ne l’est pas. Ce qu’il faut retenir, c’est que la mythologie grecque nous a laissé un héritage inestimable et Stephen Fry nous en livre l’essentiel sur un ton décalé, parfois facétieux, d’autres fois mordant, mais jamais ennuyant. Et puisque je parle de ton, je précise en passant que la version audio est une pure merveille. J’ai tout simplement adoré la narration de Frédéric Souterelle.

L’histoire de la mythologie grecque est longue et complexe. Sa généalogie est vaste et lourde. À ce niveau l’auteur a déployé de très beaux efforts de vulgarisation. Tout est présenté clairement en commençant par le départage des acteurs à l’origine de la mythologie : Le chaos, le tartare, les Titans, Gaïa, les géants, les cyclopes et autres.

J’ajoute à cela, en ce qui me concerne du moins, de nouvelles connaissances acquises sur les personnages secondaires de la mythologie : les nymphes, les muses, les centaures, les satyres et autres.

Dans MYTHOS, la mythologie, sans être servie totalement à la moderne comme le ferait Rick Riordan avec son célèbre Percy Jackson, est abordable. Le récit est agréable, fluide, bien ventilé, chapitres courts, à la portée d’un vaste lectorat.

C’est un livre rafraîchissant que je verrais très bien être adapté en télésérie type docu-série.

Pour terminer, je vous propose deux liens qui pourrait intéresser les amateurs de mythologie et qui complèteraient à merveille la lecture ou l’audition de MYTHOS. Premièrement, pour avoir en un seul coup d’œil la généalogie mythologique grecque, allez sur http://andreetgyps.centerblog.net/6331-arbre-genealogique-de-la-mythologie-grecque c’est un peu lourd mais ça répond à beaucoup de questions au premier coup d’œil.

Enfin, le clan du dragon propose un résumé de 30 des contes les plus célèbres de la mythologie grecque. La présentation est très agréable. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt.

Suggestion de lecture : PETITES HISTOIRES DE LA MYTHOLOGIE, de Hélène Montardre


L’auteur Stephen Fry

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 6 février 2026

MÉMOIRES D’OUTRE-MORT, de CHRISTOPHER BUEHLMAN

*Si vous cherchez une histoire de gens sympas qui font
des trucs sympas, passez votre chemin. Vous allez
être plombé par un narrateur peu fiable qui va vous
décevoir et vous répugner au détour de chaque page.*
(Extrait : MÉMOIRES D’OUTRE TOMBE, Christopher Buelham,
Hugo roman éditeur, 2019, 429 pages. Version audio : Audible
éditeur, 2019. Durée d’écoute : 11 heures 52, narrateur : Pierre
Rochefort)

1978: Si New York est une ville sale et dangereuse pour les vivants, Joey Peacock, vampire aux traits éternellement jeunes, y voit toujours un magnifique terrain de chasse. La nuit tombée, du fameux Studio 54 aux appartements du Village en passant par le CBGB cher aux punks, il écume Manhattan en quête d’une artère compatissante. Première des règles : charmer la proie, ne jamais la tuer.

Quand vient l’aube, Joey rejoint dans une station de métro désaffectée ses frères et soeurs de sang, parmi lesquels Cvetko le Slovène philosophe, Billy Bang le fou de free jazz et, bien sûr, la patronne, Margaret, qui administre son territoire d’une main de fer. Jusqu’au jour où de nouveaux arrivants menacent la survie de la petite communauté : des enfants aux yeux brillants et aux longues canines, redoutables tueurs dont les besoins semblent sans limite…

On ne nait pas vampire, on le devient
*Je vais vous raconter comment on fait souffrir
 des gens, et si vous aimez ce genre d’histoire,
 c’est que vous êtes mauvais.*
(Extrait)

MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE aurait pu s’intituler <journal d’un vampire>. En effet, dans ce récit, un vampire, transformé dans son adolescence se raconte…son visage est d’ailleurs marqué par une éternelle jeunesse. Son nom est Joey Peacok. C’est le narrateur et il nous entraîne dans les basses fosses de New-York, c’est-à-dire les égouts qui constituent sa résidence, qui le protègent de la lumière et qui lui permettent de remonter à la surface ponctuellement afin de se nourrir.

Il raconte comment il arrive à charmer les humains avant de s’en nourrir en tuant le moins possible car, faut-il le préciser, Joey a des états d’âme. On trouve dans le récit beaucoup des clichés courants sur les vampires, mais Joey profite du <micro> pour en démonter quelques-uns comme le fameux crucifix par exemple. En effet, celui-ci fonctionne si le vampire y croit, sinon il devient aussi utile qu’un fusil à l’eau. Joey nous raconte et nous explique les mœurs des vampires, leur langage, leurs manies.

Un jour, de nouveaux arrivants menacent la petite communauté vampirique des sous-sols new-yorkais: des enfants, de véritables monstres, petits tueurs impitoyables aux appétits illimités. Le récit devient alors glauque, macabre, terrorisant et pourrait bien générer chez certains auditeurs sensibles de sérieux frissons.

Première observation, malgré un ton monocorde, j’ai senti que le narrateur s’adressait à moi. Il me raconte son monde. Je sens parfois la conviction mais en général le ton est détaché et froid ce qui est peut-être normal quand on pense qu’ici, c’est un vampire qui s’exprime. Malheureusement, l’histoire n’est pas facile à suivre. Le fil conducteur est instable et prend toutes sortes de directions. J’en ai perdu des bouts je l’admets.

Dans ce récit, il y a peu d’action. L’histoire génère un peu d’émotion quand on y explique avec des détails parfois croustillants la cruauté des enfants. Mais je m’attendais à plus d’action, un caractère plus soutenu dans le développement du récit, un rythme plus élevé ou tout au moins un peu plus nerveux.

Au début, c’est prometteur mais au final, le sujet m’a semblé sous-développé. Et puisque je parle de finale, je dois vous dire que je l’ai trouvé bizarre, peu claire. Je n’ai pas vraiment compris où l’auteur voulait en venir. J’aurais souhaité quelque chose de plus précis sur le sort des enfants et les effets sur la communauté de vampires.

Sur le plan littéraire, si vous ne gagnez pas l’auditeur ou le lecteur dans les cinquante premières pages, il devient très difficile de le gagner pour l’ensemble de l’œuvre. La première moitié du récit justifie le titre : des mémoires imbriqués sans suite. Dans la deuxième partie, l’écriture est plus limpide mais nous dirige vers une finale étrange. La première idée qui m’en est venue se résume à ces mots: C’est n’importe quoi.

Je veux quand même terminer sur certains points positifs : entendons-nous, il n’est pas question ici de <gentils vampires> mais la sincérité de Joey m’a semblé évidente. Il y a dans l’histoire de bonnes idées, entre autres sur les mœurs vampiriques. La plume est directe, le sang coule à flot, beaucoup vont apprécier sans doute. Plusieurs passages sont très durs. Amis auditeurs et auditrices, la balle est dans votre camp.

Suggestion de lecture : DRACULA, de Bram Stocker

Christopher Buehlman est né en 1969 à Tampa en Floride. Il est l’auteur de deux romans et a obtenu le prix Bridport 2007 en poésie. Il a également publié plusieurs pièces de théâtre et incarne, en tant que comédien, le personnage « Christophe the Insultor » devenu culte grâce à de nombreux festivals. Il est diplômé en histoire et en français, et vit à St. Petersburg, en Floride.

 

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert

le vendredi 5 avril 2024

RUMEURS et légendes urbaines, d’ALBERT JACK

Le livre dont je vous parle aujourd’hui n’est pas un chef d’oeuvre, et je ne le qualifierais même pas d’ouvrage. Il s’agit de RUMEURS ET LÉGENDES URBAINES de Albert Jack, un petit recueil de légendes urbaines pour lesquelles l’auteur donne tantôt le maigre résultat de ses recherches, tantôt son commentaire personnel.

Je vous partage cette lecture car je l’ai tout de même trouvé divertissante. Les légendes urbaines sont un peu comme des blagues: des histoires courtes qui retiennent l’attention et dont la chute est inattendue (ou presque). Plusieurs types de légendes sont abordés: des histoires d’épouvantes aux  anecdotes embarrassantes en passant par les histoires obscures de personnalités célèbres.

Comme je disais, il ne s’agit que d’un recueil. Il y a très peu de mythes démystifiés ou dont l’origine est détaillée. Et soyons franc, une recherche google suffit à trouver une source encore plus riche de légendes urbaines. Je pense à un vieux site qui date du début du siècle et qui est encore en ligne: http://pages.infinit.net/ginov/legende.htm (allez y jeter un coup d’oeil, c’est difficile de décrocher!)

Ce que j’aimerais maintenant, c’est un livre qui explique, décortique, définit, détaille le phénomène des légendes urbaines, en donnant des exemples. Bref j’aimerais un véritable ouvrage sur ce sujet qui m’intéresse beaucoup.

Pour finir, je peux vous recommander l’achat de RUMEURS ET LÉGENDES URBAINES, car même si ça ne sera pas le joyau de votre bibliothèque, il pourrait bien avoir une place de choix dans votre salle de bain!

Suggestion de lecture : PEURS SUR LA VILLE, recueil de nouvelles

Phenixgoglu
Décembre 2012

(En Complément…)