Gardez l’œil ouvert

Commentaire sur le livre de
VICTORIA CHARLTON

Qu’est-il arrivé à Jean Spangler, une jeune actrice d’Hollywood qui n’a plus jamais donné signe de vie ? Et à Rebecca Coriam, qui semble s’être volatilisée en pleine croisière ? Johnny Gosch, disparu à l’âge de 12 ans, l’un des cas les plus médiatisés aux États-Unis, serait-il encore vivant ?

Reconstitution des faits, décryptage des éléments de l’enquête, anecdotes de recherche et théories personnelles, la youtubeuse Victoria Charlton, connue pour ses vidéos consacrées au true crime, propose des récits captivants, empreints de suspense et d’émotions. De la France aux États-Unis, en passant par le Québec, elle nous entraîne sur la piste des quinze disparitions parmi les plus énigmatiques.

*Je souhaite que ces histoires vous hantent comme elles m’ont hantées. *

Citation : GARDEZ L’ŒIL OUVERT, recueil de Victoria Charlton. Édition de papier et format numérique : Les éditions de l’homme, 2019, 248 pages. Version audio : Vues et voix éditeur, 2020, durée d’écoute : 6 heures 24 minutes, narratrice : Victoria Charlton.

Le phénomène du documentaire criminel

GARDEZ L’ŒIL OUVERT est un documentaire de type *true crime story* qui reconstitue, décrypte et analyse les disparitions les plus célèbres de personnes au États-Unis, en France et au Québec.

Pour bien saisir la portée de ce livre, il faut d’abord comprendre ce qu’est le *true crime* qu’on appelle au Québec le documentaire criminel. C’est un genre, littéraire au départ, largement diffusé sur toutes sortes de plateformes et qui vise à décrire, avec un maximum de précision et de détails, des crimes réels qui n’ont jamais vraiment été résolus.

Certains auteurs y ajoutent une dose de fiction, ce qui ne semble pas le cas de Victoria Charlton. L’autrice ajoute toutefois, à la fin de chaque présentation une touche personnelle : observation, commentaire, interrogation, remarques. Cette touche personnelle a comme titre *À MES YEUX* et est pertinente dans la plupart des cas.

C’est un livre intéressant mais qui est bien loin de renouveler le genre. L’autrice rapporte des faits médiatisés, y a joute un peu de son ressenti personnel et ça s’arrête là. En général les faits sont rapportés consciencieusement rien de plus. Le mystère reste entier et les chapitres s’achèvent sur d’autres questionnements.

Ce n’est pas sans me rappeler LES DOSSIERS SECRETS de Pierre Bellemare. Ce dernier verse peut-être un peu plus dans l’insolite mais l’auteur a tout de même un point en commun avec Victoria Charlton : amener le lecteur à jongler avec ce qui se cache sous les apparences. Étant donné le caractère mystérieux et souvent sordide des affaires traitées, les lecteurs et lectrices s’impliquent forcément sur le plan émotif. Ça pourrait plaire à beaucoup.

Mais je le rappelle, ce genre littéraire n’apporte rien de neuf. Pour moi il stagne. Bien sûr les affaires sont différentes et le lectorat s’interroge, mais au final, comme le dit si bien le titre, il faut GARDER L’ŒIL OUVERT car rien n’a été réglé.

C’est un petit zoom sur les affaires judiciaires les plus nébuleuses et sur le caractère glauque de l’âme humaine. C’est vrai. Je suis lassé du genre mais ça reste un bon livre, bien écrit assez clair et fluide. Soit dit en passant, les faits relatés ne font pas très bien paraître les services de police.

Un dernier mot sur les supports. Je vous suggère fortement la version papier car pour la version audio, la narratrice met autant d’émotion dans sa présentation que si elle lisait une liste d’épicerie. Il faut juste se rappeler la différence entre lire et narrer, c’est-à-dire communiquer.

Suggestion de lecture : AFFAIRES ÉTRANGES de Joslan F. Keller


L’autrice Victoria Charlton

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche premier novembre 2026

Meurtres chez les cordistes

Commentaire sur le livre de
MARC LENTON

*La victime endormie, il était facile de l’encorder autour du cou, de la hisser sur un tabouret avant de le faire basculer. Une analyse classique de la scène du meurtre démontrerait un suicide sous ecstasy, un mauvais trip, et la police était censée ne pas chercher plus loin. *

Extrait : MEURTRES CHES LES CORDISTES, de Marc Lenton. Édition de papier et format numérique chez ISEdition, 2013, 282 pages.

Une série de meurtres mystérieux vient semer le trouble aux cours de colloques scientifiques réunissant l’élite des astrophysiciens de la planète. Les controverses théoriques (théorie des cordes, gravitation quantique), entre gens de bonnes compagnies, se régleraient-elles maintenant par des meurtres ? Ou faut-il chercher un mobile dans l’argent, la gloire, voire le sexe ? Alors que la science continue d’avancer avec son lot de hauts et de bas, deux journalistes décident d’enquêter.

Aux quatre coins du monde, aidés par Interpol finalement saisie du dossier, leurs stupéfiantes découvertes les guideront jusqu’au commanditaire que de puissants intérêts protègent. Mais au soir du 21 décembre 2012, un phénomène étrange se produit. Il pourrait bien sceller le sort de l’humanité et rendre futile toute cette aventure. Les Mayas avaient-ils finalement raison dans leurs prédictions ?

 Science et assassinats

C’est une coïncidence étrange et macabre qui m’a attirée dans ce livre et qui a retenu mon attention : une personne est retrouvée morte pendue dans sa chambre d’hôtel pendant que ses collègues, astrophysiciens de haut niveau, débattent de la théorie des cordes, un cadre théorique extrêmement complexe de la physique des particules, pendant un colloque scientifique dont les enjeux sont tout aussi complexes. :

*Gravitation quantique dans la théorie des cordes. Un titre approprié pour un pendu qui avait gravité au-dessus du sol. * (Extrait)

Ici, l’auteur n’a pas manqué d’humour mais ne vous méprenez pas. Il n’y a aucun humour dans ce livre, un thriller policier sur fond de science et de machination politique.

Parlons d’abord de l’aspect scientifique car si l’œuvre et les personnages sont fictifs, les théories scientifiques développées dans ce livre sont bien réelles et toujours débattues entre spécialiste : théorie des cordes, théorie de la relativité, univers parallèles, trous noirs, trous blancs, etc.

J’ose ici un exemple d’idée débattue, celle qui veut que la théorie des cordes expliquerait la toute première seconde de l’univers après le big bang. Pour être plus précis, la théorie expliquerait la chaîne d’évènement 10 exposant moins 43 seconde après le big bang, un temps infinitésimal inimaginable mais apparemment mesurable qu’on appelle le temps de Planck ou ère de Planck

Sur le plan scientifique, ce livre est opaque, voire hermétique. Pour en saisir ne serait-ce qu’une partie, il faut avoir des notions de physique quantique, d’astrophysique, de cosmologie, de mécanique et de mathématiques quantiques, de physique des particules. Sinon, on ne peut pas suivre un tel étalage de connaissances malgré les magnifiques efforts de vulgarisation de l’auteur qui a même prévu un glossaire en annexe. Ce qui a pour moi, changé peu de choses.

Sur le plan policier, l’histoire est intéressante mais elle est complexe parce que l’enquête est internationale et limitée par de lourdes disparités diplomatiques et administratives. Complexe, mais agréable à suivre grâce à des chapitres courts, une très bonne ventilation et des personnages bien travaillés, je dirais même que c’est la principale force du livre. Les journalistes y sont particulièrement brillants.

Malgré ces forces, j’ai trouvé l’ensemble frustrant car je n’ai jamais pu saisir le mobile de ces meurtres. Je n’ai pas compris non plus pourquoi l’auteur a gardé aussi énigmatique le personnage qui semble tirer toutes les ficelles, le russe Manchik, un puissant oligarque. Je ne sais pas d’où il vient, où il s’en va. J’ai compris qu’il est fort en machination, mais ses objectifs sont demeurés pour moi obscurs.

Tout aussi obscur fut pour moi le lien entre la science et les meurtres. Bref, les lecteurs et lectrices auront à travailler fort pour démêler tout ça. Quoiqu’étrange et énigmatique, la finale m’a fait vibrer car elle vient nous rappeler que si l’univers a un début, il s’en va forcément vers sa fin…

Suggestion de lecture : MEURTRES EN SOUTANE de Phyllis Dorothy James


Un modèle de la théorie des cordes

Un mot sur l’auteur
Marc Letton est un pseudonyme. Cet expert en technologie, en fonction dans un grand ministère français, tient absolument à son anonymat et n’autorise même pas la publication d’une photographie de lui.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 18 janvier 2026