MOBY DICK, le classique d’HERMAN MELVILLE

*Les terriens ont une idée en vérité fort
imprécise de la taille énorme de la
baleine et de son énorme puissance, et
lorsqu’il m’est arrivé de leur fournir des
exemples formels de cette double énormité,
je fus, de manière significative, félicité
pour ma bonne plaisanterie…*

(Extrait : MOBY DICK, Herman Melville, classique
ebook, édition originale, 1851, rééd. En numérique
2015, libre de droit, 700 pages)

MOBY DICK est le récit d’Ismaël, homme solitaire et de son expérience à bord du PEQUOD, un baleinier commandé par le capitaine Achab, homme têtu et tyrannique qui, jadis, s’est fait arracher une jambe par MOBY DICK, un gigantesque cachalot blanc. Depuis, il ne pense qu’à se venger en le tuant et il n’hésite pas à entraîner ses matelots dans un voyage autour du monde à la poursuite de la baleine particulièrement belliqueuse et féroce. Ce classique de Melville est considéré comme un des dix plus grands romans de l’histoire de la littérature.

LA MYTHOLOGIQUE TERREUR BLANCHE DES MERS
*Mais vous n’avez pas pu la harponner?
-Je n’ai pas eu envie d’essayer! Un membre,
n’est-ce pas suffisant? Que deviendrais-je
sans cet autre bras? Et je croirais volontiers
que Moby Dick avale plutôt qu’il ne mord.*

Comme je l’ai déjà mentionné sur ce site, j’aime à l’occasion partir à la découverte d’un classique. Ayant déjà beaucoup entendu parler de Moby Dick et ayant vu les adaptations à l’écran, j’ai donc opté pour le classique de Herman Melville : MOBY DICK.

Je m’attendais à une longue et colossale bataille épique entre MOBY DICK, un énorme et monstrueux cachalot blanc, futé et agressif et le capitaine Achab, vieux loup de mer endurci qui a perdu une jambe jadis broyée par Moby Dick. Depuis, sa seule raison de vivre est la vengeance.

J’ai été déçu. Le livre de Melville est un long pavé de 700 pages et la colossale bataille n’occupe qu’une trentaine de pages à la fin du volume. Le récit d’Ismael le matelot me rappelle plutôt une encyclopédie de la cétologie à ses premiers balbutiements.

Tout y passe : les espèces de baleine, leur classement, leur anatomie, leurs différents comportements, les produits qu’on en tire, l’art de la chasse à la baleine, les rôles de chacun dans une baleinière, les mythes et folklore entourant la baleine y compris l’odyssée de Jonas, avalé par une baleine et recraché par la suite…la liste est longue…le tout écrit avec les informations dont on disposait au milieu du 19e siècle, c’est-à-dire peu de choses.

Donc les informations qu’on y trouve sont soit inexactes ou dépassées. On précise même que la baleine est un –poisson-souffleur- et on l’appelle LÉVIATHAN en référence au célèbre monstre marin de la mythologie.

Je crois que si ce qui vous intéresse est la confrontation entre MOBY DICK et Achab, je vous dirais : voyez le film tout simplement. En particulier la version réalisée en 1956 par John Huston et dans laquelle Gregory Peck campe à merveille le vieil Achab.

Pour en revenir au livre, j’aimerais préciser qu’il n’a pas que des défauts. En fait, le récit est empreint de philosophie. Outre le fait qu’en haut de la pyramide, on retrouve l’éternelle lutte du bien contre le mal, Melville enrichit son récit de nombreux éléments encore très actuels et qui sont de nature à nous faire réfléchir.

Il y a les mythes et la religion bien sûr, mais au-delà de l’histoire, l’auteur aborde des thèmes qui nourrissent la réflexion de l’ensemble de la Société encore de nos jours : l’écologie, l’amitié, la solidarité et autres valeurs humaines et la folie qui semble habiter le vieil Achab qui devient ici un personnage symbolique.

Le récit a donc une grande valeur symbolique à savoir que le drame qui s’y joue est un peu le lot quotidien de l’humanité. Ce côté un peu prophétique m’a plu.

Ce livre, truffé de symboles, de paraboles et d’images prêche l’harmonie. L’écriture de Melville est puissante et complexe. Les phrases sont très longues et le langage confine parfois à la poésie. Je signale aussi que dans l’édition que j’ai lue, il n’y a pas de glossaire et je me suis senti un peu perdu dans le langage maritime.

Donc, l’ensemble est un peu difficile à lire et demande de la concentration mais j’ai trouvé le défi intéressant et j’ai beaucoup appris.

Herman Melville (1819-1891) est un écrivain américain né à New-York. Avant d’écrire, il a exercé plusieurs métiers : comptable, instituteur, arpenteur, matelot, baleinier. Comme écrivain, il prend son envol en 1845 en publiant son premier récit d’un séjour aux Marquises. Il atteint la notoriété en 1851 alors qu’il publie MOBY DICK qui deviendra un des grands classiques de la littérature à l’échelle de la planète, encore lu de nos jours et plusieurs fois adapté au cinéma et pour la télévision. En 1864, il publie un ouvrage de poésie. Très affaibli par une violente crise d’épilepsie, maladie mal connue à l’époque, Herman Melville meurt des suites d’une attaque cardiaque en 1890.

MOBY DICK AU CINÉMA

Il y a eu plusieurs adaptations de MOBY DICK au cinéma et à la télévision…plus d’une douzaine…adaptations de l’œuvre ou inspiration.

La plus célèbre adaptation au cinéma remonte à 1956 :


Sortie le 4 novembre 1956, cette version a été réalisée par John Huston et réunit une impressionnante distribution : Gregory Peck, Richard Basehart (qui incarne l’amiral Nelson dans la série VOYAGE AU FOND DES MERS), Leo Genn, Harry Andrews et Orson Wells. Le budget de la production était aussi impressionnant pour l’époque : 4,500,000.00$ avec près de 2 millions d’entrée en salle. Le DVD du film est sorti en août 2006.

Cette version est une coproduction américaine, britannique et australienne  de Francis Ford-Coppola, réalisée pour la télévision en 1998 par Franc Roddam. Elle réunit également une intéressante distribution, Patrick Stewart en tête : Dominic Purcell, Henry Thomas, Ted Levine, et un héros de la production de 1956 : Gregory Peck qui incarne ici le Père Mapple. Cette version a reçu un prix et une nomination.

Je citerai enfin la version réalisée en 2010 par Trey Stokes et réunissant à l’écran Barry Bostwick, Renée O’Connor, Matt Lagan et Adam Grimes. Malheureusement ce film confirme un *essoufflement* du thème de la vilaine baleine. La critique est passablement négative voire acerbe, plusieurs considérant la production comme un échec total.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 28 octobre 2018

LEGEND, tome 1, le livre de MARIE LU

*L’espion nous observe les uns après les autres.
Une lueur de rage brille dans son regard. Des
filets de sang s’échappent de sa bouche et
coulent sur son front et ses cheveux avant de
tomber par terre. Dès qu’il s’agite, le
commandant marche sur la chaîne qui lui
enserre le cou.*
(Extrait : LEGEND, tome 1, Marie Lu, édition originale
XIWEI LU, 2012, traduction française chez Bragelonne,
2012. Littérature-jeunesse. Éd. Num. 290 pages.)

LEGEND est le récit de June, brillante jeune femme dont l’avenir est prometteur dans les hauts rangs de l’armée, et Day, le criminel le plus recherché du pays. Il sévit depuis des années sans que les autorités puissent lui mettre la main dessus. Un jour, le frère de June, Métias, officier de l’armée, est assassiné. June, persuadée que Day est responsable de ce meurtre, le traque sans relâche. June et Day vont finir par se rencontrer, d’abord sans rien savoir de leur identité, le temps que s’installent attirance et sentiments et avant que la vérité éclate. 

JUNE Vs DAY
*Le garçon jaillit de derrière la cheminée avant que
la malheureuse ait le temps de s’effondrer. Je me
fige. Le contrôle de la situation m’a échappé.
Personne ne devait être blessé ou tué. Le
commandant Jameson ne m’a jamais dit qu’elle
ferait abattre un prisonnier…*
(Extrait : LEGEND)

LEGEND est une dystopie. L’action se déroule dans un pays où les libertés individuelles sont étouffées. Le livre raconte l’histoire de deux jeunes ados de 15 ans que tout oppose…qui vivent dans des mondes complètement opposés et à qui pourtant l’auteur a attribué une nature et un caractère auxquels beaucoup de jeunes se reconnaissent ou s’identifient.

Il y a d’abord June paris, une jeune fille considérée comme un prodige, brillante, astucieuse, patriote jusqu’au bout des ongles et vouée à un avenir fort prometteur dans l’armée. Et puis il y a Daniel Wing, appelé DAY…un jeune hors-la-loi issu d’un taudis des bidonvilles qui entourent la ville. Day est intelligent, futé, plutôt beau garçon et il a soif de ce que sa société lui refuse résolument : la liberté.

Un jour, June est appelée à remplacer son frère Métias assassiné comme officier de l’armée. Elle est convaincue que c’est DAY le meurtrier. L’histoire est un crescendo d’action soutenue qui dirige graduellement les deux jeunes héros vers la vérité. Au départ, il s’agit d’une histoire de vengeance.

En fait, l’histoire se compose de deux récits en alternance…DAY…June…DAY…June…jusqu’à la fin. Chacun se raconte à son tour. Ici, la les mécanismes de la convergence sont tout à fait prévisibles. C’est la faiblesse du livre.

Mais il faut voir de quelle façon les sentiments de June envers DAY et aussi envers le système se modifieront, pour ne pas dire s’inverseront, au fur et à mesure que la vérité se précisera. Ça, c’est le côté génial du livre : la psychologie et la force de nos jeunes héros.

De sa plume alerte et intelligente, Marie Lu a lancé comme un défi au lecteur en semant, à des moments judicieusement choisis des indices sur ce qui, finalement transformera June dans tout son être.

LEGEND est une belle histoire qui met donc en scène deux jeunes personnages séparés par une raison d’état pourrie et sans scrupule, mais qui finissent par se comprendre… il faut voir comment…c’est plus qu’une simple amourette. Il y a dans ce récit la recherche d’une vérité qui m’a agrippé.

J’ai été enthousiasmé par la lecture de ce livre. Il n’est pas très long, il se lit en quelques heures. Malgré ses petits aspects prévisibles, c’est un livre fort. J’ai déjà noté que d’une dystopie à l’autre, les mêmes thèmes reviennent souvent.

Mais dans LEGEND, j’ai relevé deux points intéressants : Marie Lu plonge le lecteur rapidement et avec un remarquable savoir-faire dans l’atmosphère et le contexte social de l’histoire et elle livre ici et là dans son récit d’intéressantes réflexions qui manquent souvent dans cette tendance littéraire qui souffre d’épuisement : la dystopie.

Le récit ne présente aucune longueur ni redondance. L’écriture est fluide, directe et laisse absorber au lecteur beaucoup d’émotion. En passant, je me suis demandé pourquoi Daniel Wing est surnommé DAY et pourquoi ce surnom est devenu le titre.

C’est brièvement mais clairement expliqué vers la fin de l’histoire. C’est comme si ça venait résumer toute l’existence de Day…bien pensé… J’ai vraiment passé un bon moment de lecture. Vivement…les deux autres tomes…

Marie Lu est une romancière américaine née en 1984 née à Wuxi en Chine. Elle n’avait que 5 ans quand sa famille s’est installée aux États-Unis. Passionnée de lecture, elle s’est mise très tôt à l’écriture et s’est spécialisée dans les dystopies. C’est sa série LEGEND en trois tomes qui lui a valu la renommée. On dit que le film LES MISÉRABLES a inspiré Marie Lu pour la création de DAY, un jeune hors-la-loi de génie. Elle continue d’écrire autant pour les jeunes que pour les adultes.

 

Bonne lecture,
Claude Lambert
le 23 septembre 2018