BUMS, Christian Tétreault

*<Bum> est l’un des mots que nous, les francophones d’Amérique, avons piqué à l’anglais. <Bum> ça sonne. C’est court, c’est clair et c’est comme le citron en cuisine, ça s’adapte à tout plein de recettes…

…Quelques 150 ans plus tard, le mot a multiplié ses significations et s’apprête à plusieurs sauces… *

Extrait : BUMS, de Christian Tétreault. Édition de papier et format numérique : Les éditions de l’homme éditeur, 2020, 328 pages. Version audio : Vues et Voix éditeur, 2021. Durée d’écoute : 10 heures 9 minutes. Narré par l’auteur

Dur, émouvant

LES PERSONNAGES :

D’abord, Ti-gars. Un prénom très euphémique pour un gars de 6 pieds, 200 livres. Ti-Gars a 14 ans à la mort de son père. Il ne manifeste aucune tristesse et s’empresse plutôt de mettre le pied dans l’engrenage du crime. Sa vie sera une suite de mauvais coups et de fréquentations hasardeuses avec des mafieux, des motards et des importateurs de drogue… 

Adolescent, Rusty Cat délaisse l’école pour plonger dans la petite criminalité avec ses amis membres d’un gang de rue. En leur compagnie, il se perdra dans la consommation de cocaïne et d’alcool… Rusty a ceci de particulier que son père a joué un rôle important sur le chemin de la rédemption.

Enfin, Jeep est le prototype même du rebelle avec son caractère singulier : dès la fin de l’enfance, il trouve refuge dans l’ivresse, à l’arrière d’un club de danseuses nues. Insensible et prétentieux, il aura tôt fait de sombrer dans l’enfer du jeu. Découragé, alcoolique et ruiné, il passera à un cheveu du suicide…

Ce fut pour moi un magnifique moment de lecture, quasi magique. Christian nous raconte l’histoire de trois mauvais garçons, c’est ainsi qu’on pouvait traduire le mot BUM dans les années 1960-70 mais ici, on a trois mauvais garçons dotés d’une nature sensible et extrêmement attachante.

Pourquoi ai-je l’impression d’avoir connu Ti-gars, Rusty Cat et Jeep personnellement ? Parce que Christian Tétreault a raconté leur histoire avec une étonnante sincérité et un réalisme tout naturel car ce sont des personnages que l’auteur a côtoyés pendant ses thérapies. Et puis, Christian est un excellent conteur autant sur papier qu’en audio, cette dernière version, donnant encore davantage l’impression que l’auteur parle avec le cœur.

C’est un livre fort, porteur de fortes émotions et de leçons. Au début de l’ouvrage, l’auteur nous propose une analyse étymologique du mot *BUM*, sans prétention, je le précise. J’ai trouvé cette idée géniale car la suite vient nous rappeler que notre Société a le jugement rapide et facile sur ces écorchés de la vie qu’on appelle les bums et que chaque personne portant ses erreurs comme une croix ont un sauf-conduit pour la rédemption à la condition que le désir de s’en sortir soit sincère.

Christian Tétreault est venu me chercher rapidement avec son récit que j’ai trouvé intense et émouvant car si les personnages se présentent au tout début comme étant du tout-venant, ils portent chacun une étincelle, Une *fureur de vivre* qui poussent les lecteurs/lectrices à l’attachement et à l’empathie. À la lumière de BUMS, je me suis créé de nouveaux petits frères issus du magnétisme d’un auteur qui ne l’a pas eu toujours facile lui-même et qui a misé sur l’authenticité.

Vous aurez compris que BUMS a été pour moi un coup de cœur.

Suggestion de lecture : OSTI DE TABARNAK de Ghislain Taschereau

Du même auteur


L’auteur Christian Tétreault

 

Bonne lecture
bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 14 février 2026

LA CAGOULE, livre de François Gravel

*Les gardiens ont sans doute l’air de bandits, mais les psys ont vraiment l’air de psys. Sont-ils dangereux eux aussi? À qui puis-je me fier?* (Extrait : LA CAGOULE, François Gravel, Québec Amérique jeunesse, 2009, papier, 240 pages)

Maxime, un adolescent de 16 ans vient de terminer un séjour en centre d’accueil après avoir été reconnu coupable de trafic de drogue. Juste avant sa libération, la juge offre à Maxime  de participer à un programme expérimental de réhabilitation. Ce qui l’amène dans un centre mystérieux, perdu en forêt. Il s’apercevra bien vite que ce centre use de méthodes étranges et peu rassurantes. Caché sous une cagoule, et perturbé par le message de sa psy qui lui recommande d’aller  au bout de sa violence, Maxime sera confronté à un nouveau choix : s’extirper de la délinquance ou y plonger encore davantage. Qu’est-ce qui se cache dans ce camp?

LE CERCLE VICIEUX DE LA DÉLINQUANCE
*Dix mille questions se bousculent dans ma
tête, mais il y en a une qui revient sans
cesse et qui finit par éclipser toutes les
autres : Qu’est-ce que je fais ici? J’ai
l’impression d’être manipulé depuis le
début, mais je ne sais pas par qui, ni
pourquoi.*
(Extrait : LA CAGOULE)

C’est un livre intéressant qui donne la parole à Maxime, un adolescent de 16 ans qui raconte un épisode plutôt éprouvant de sa vie dans un mystérieux centre de réadaptation perdu dans les bois à quelques minutes de la frontière américaine. Tout y est étrange.

Les jeunes ont tous reçu une consigne stricte de silence et se voient imposer des activités qui ne riment à rien comme par exemple, transporter des sacs à dos fermés hermétiquement sur de longs parcours… très bizarre. Pire, on leur offre quotidiennement de la marijuana à fumer tranquillement autour du feu de camp.

Maxime, qui ne consomme pas malgré le fait qu’il avait été condamné pour trafic de drogue est poussé par un mystérieux personnage appelé le Mohawk à faire comme les autres et de laisser aller les choses. Alors, portant sa cagoule qui n’est rien d’autre qu’un manteau surmonté d’un capuchon, il observe, de plus en plus intrigué et irrité par une impression très forte d’être manipulé.

C’est une histoire touchante mettant en scène des personnages attachants. Elle a comme thème la délinquance juvénile et la drogue mais elle explore aussi des thèmes plus profonds comme l’estime de soi, la volonté et la fragilité de l’adolescence face à une société manipulatrice.

On trouve tout ce que les jeunes apprécient dans un livre : du suspense, de l’intrigue, du mystère, de l’imagination, une finale spectaculaire et j’ajoute que l’auteur a développé son histoire de façon à ce qu’elle ne soit pas moralisatrice même s’il est difficile d’éviter les allusions sur les grands dangers de déviation que présente le monde de la drogue. Mais l’histoire est davantage un message d’espoir qu’un jugement sur la jeunesse.

L’écriture est soignée, sensible et équilibrée. L’histoire est développée avec intelligence et amène le jeune lecteur tout doucement à une réflexion sur sa qualité de vie actuelle et future. C’est un beau défi que François Gravel a relevé je crois.

Les épisodes d’introspection de Maxime constituent selon moi les plus beaux passages de l’histoire et donnent à l’ensemble une évidente touche de réalisme. En effet Maxime sera confronté à un choix qui décidera finalement de sa vie future et le récit met en perspective cette capacité qu’ont les jeunes, règle générale, à raisonner, analyser, distinguer le bien du mal et les choix auxquels ils sont souvent confrontés : écouter le cœur ou la raison…

Un récit bien construit aux rebondissements surprenants…parfait pour les 12 ans et plus.

Suggestion de lecture : L’OEIL DE CAINE, de Patrick Bauwen

François Gravel est un écrivain québécois né en 1951. Il écrit pour les petits et les grands. Son œuvre littéraire est gratifiée par de nombreuses récompenses dont le prix TD de littérature canadienne pour l’enfance et la jeunesse en 2006. Ses romans décrivent avec justesse la réalité sociale de la jeunesse en particulier avec bien sûr une touche de fiction, de rêve et d’humour. Il a créé entre autres pour les jeunes la série KLONK et la série DAVID, toutes deux rehaussées des magnifiques illustrations de Pierre Pratt

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
MARS 2016