L’ultime expérience

Commentaire sur le livre
de BRUCE BENAMRAM

*Leur idée était donc de mettre au point un système permettant de contrôler ou de modifier la mémoire d’une certaine partie de la population afin de lui retirer du crâne la notion même de subversion ou de rébellion. *

Extrait : L’ULTIME EXPÉRIENCE, de Bruce Benamram. Étion de papier, Flammarion éditeur, 2020, 425 pages. Format audio : Audible studios éditeur, 2021, durée d’écoute : 9 heures 33 minutes. Narrateur : Sylvain Agaësse.

 

LES CLÉS DU PASSÉ

C’est une histoire étrange et complexe. Elle est tellement tirée par les cheveux qu’il est très difficile d’y trouver des éléments crédibles.

Imaginez un instant que votre cerveau reçoit tout le contenu mémoriel d’un autre cerveau. Celui d’un homme sur le point de mourir. Selon une procédure informatique courante, le nouveau contenu écrase l’ancien. Vous avez le même corps avec la mémoire d’un autre. Mais que devient votre personnalité ? Comment votre corps réagira à cette abomination ?

*- Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Demanda-t-elle, incrédule.
-Son profil répondit Sylvain. Il s’est connecté à la machine et a fait une sauvegarde complète de ses propres souvenirs. Toute son histoire se trouve ici, de son premier baiser jusqu’au goût de son repas du réveillon 1976, en passant par chacun de ses brossages de dents. Tout y est. *
(Extrait.)

Toute cette machination est issue d’un savant fou, le docteur André Fournier, complètement dépourvu du sens de l’éthique et dont on ne comprendra les motivations que tard dans le récit. Ce que je peux vous dire, c’est que tout le monde veut sa peau et on se demande jusqu’à la toute fin si quelqu’un l’aura et si oui, qui ??

Pendant ce temps, la pauvre inspectrice Marion Lambert, dont le rôle m’a paru insignifiant dans cette histoire, se trouve devant une inimaginable mystification :  *Elle avait donc une affaire avec une mise en scène d’accident très élaborée, des disparitions inquiétantes, un meurtre sans victime, un nettoyage de scène de crime, le tout sans suspect ni mobile et aucune certitude que Sylvain Guérin soit toujours en vie. * (Extrait)

Le récit s’appuie sur les dérives d’un scientifique tordu et les mécanismes de la mémoire. Malheureusement, il se lance dans toutes les directions et brille par ses imprécisions. C’est plutôt étonnant de la part de l’auteur qui est youtubeur professionnel spécialisé dans le traitement de sujets complexes.

L’idée de départ est originale. Le quatrième de couverture laisse à penser que l’histoire est crédible. Malheureusement, j’ai déchanté dès que j’ai  senti que l’histoire est développée à la façon d’un scénario de film. Le titre est bien choisi car il sous-tend un rêve vieux comme le monde. Le rythme est rapide mis en évidence par des chapitres très courts, peut-être trop, et la plume est fluide. Je ne regrette pas la lecture de ce livre car il contient des trouvailles très intéressantes.

Malheureusement, l’intrigue est en dents de scie. Les personnages sont peu développés et pas très attachants. L’ensemble est froid et sans profondeur. Il a toutefois le mérite de faire travailler l’imagination du lecteur car manipuler la mémoire n’est pas simple.

C’est une histoire compliquée. Un peu trop inutilement. La finale est ouverte mais j’espère qu’on ne donnera pas suite. Beaucoup d’éléments sont de nature à décourager le lecteur, la lectrice. Il eut été plus simple je crois de réaliser directement un film et d’écrire une novellisation par la suite. Ce livre est un brassage d’idées, de science et d’intrigues. Plusieurs de ses trouvailles m’on atteint. Ça pourrait aussi vous arriver.

Suggestion de lecture : POPULATION : 48 d’Adam Sternbergh


L’auteur BRUCE BENAMRAN

DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 8 mai 2026

CAUCHEMAR GÉNÉTIQUE

Commentaire sur le livre de
PRESTON & CHILD

*Tout s’enchaîna très vite alors… Burt se mordait les poignets,
secouait la tête comme un chien déchiquetant un lapin, au
point qu’un jet de sang alla s’écraser sur les lunettes de l’aide-
soignant… et les cris qui n’en finissaient pas…*
(Extrait : CAUCHEMAR GÉNÉTIQUE, Preston & Child, L’Archipel
éditeur, 2011, édition de papier 500 pages. Or. Laffont éd. 1997)

Biologiste, Guy Carson est promu dans un laboratoire de pointe, au Nouveau-Mexique, qui expérimente la recombinaison du virus de la grippe après intégration au génome humain. L’intérêt de la recherche comme le danger qui l’entoure n’échappent pas à Guy, qui se lance avec passion dans l’aventure. Pourtant, le jeune savant comprend rapidement que ses travaux attisent bien des convoitises, et la pression monte lorsque d’étranges symptômes apparaissent chez certains scientifiques, mettant en danger l’équipe, le laboratoire… l’humanité !

Tout est possible
*Mode du décès ? Augmentation massive des facteurs de
stimulation de colonie provoquant œdème et hémorragie
cérébrale. Pour un virus Apocalypse, c’est est un ! Quel
est son nom ? -Cela suffit Levine. Plus de questions.
Tirez-vous… *
(Extrait)

C’est une histoire à faire frémir. Elle suit deux personnages qui étaient au départ deux amis inséparables puis devenus ennemis jurés : Brent Scopes, président d’une puissance société multimilliardaire, GeneDyne, spécialisée dans la manipulation génétique, faisant peu de cas de l’éthique et de la morale, et Guy Carson, biologiste de haut niveau, qui accepte une mission au Mont Dragon abritant un laboratoire, niveau de sécurité 5, propriété de Gene.

Sa mission, isoler le virus de la grippe afin de l’éliminer complètement. Mais comme c’est arrivé pour le docteur Frankenstein dans un autre temps, l’expérience a mal tourné, le virus étant devenu dix fois plus virulent, encore plus que le EBOLA, le pire de tous.

Craignant une mort imminente pour l’ensemble de l’humanité, Carson déclenche une chaîne d’évènement visant à provoquer une explosion stérilisante d’une violence inimaginable, détruisant ainsi tout le complexe du Mont Dragon. Mais Brent Scope a gardé un échantillon du virus dans son bureau octogonal à Boston et planifie de le vendre à l’armée.

Parallèlement à ces évènements, un scientifique du Mont Dragon a mis au point le sang artificiel que GeneDyne se prépare à commercialiser. Or les cobayes, qui sont les scientifiques eux-mêmes ainsi qu’un responsable de la sécurité, commence à montrer des signes de démence, ce qui est loin d’être compatible avec la manipulation génétique.

Je sais que ce thème est réchauffé et surexploité en littérature et au cinéma. Mais ici, il faut tenir compte de deux facteurs : d’abord, j’écris cet article alors qu’on est en pleine crise mondiale du COVID 19. J’ai donc abordé le sujet avec une vision plus ajustée à l’actualité. Ensuite, Preston et Child ont monté leur scénario de fin du monde en maintenant une tension constante. L’écriture est puissante et d’une parfaite cohérence.

Le livre est comme divisé en deux parties : GeneDyne, la recherche et les évènements dramatiques du Mont Dragon d’une part et une longue traque dans le désert de Jordana, Carson et sa collègue poursuivi par Nye, le chef de la sécurité devenu fou sous l’effet du sang artificiel corrompu qu’il s’est fait transfuser. La notion de survie est ici brillamment développée, quoique non sans violence.

Autre trouvaille qui m’a émerveillée et beaucoup touchée : c’est la confrontation finale entre Carson et Scopes dans le *cyferespace* L’espace de réalité virtuelle personnelle de Scopes, une trouvaille décrite en beauté et qui n’est pas sans nous faire réfléchir sur les zones obscures ou méconnues du cyberespace.

Bref, le livre m’a accroché et m’a immergé. Il comporte toutefois des longueurs mais le fil conducteur nous remet vite sur les rails. C’est pointu sur le plan scientifique, un peu lourd sur le plan technique, stressant sur le plan pandémique, ajusté à l’actualité.

Ça ne réinvente pas la roue, mais c’est bien écrit, l’histoire est éprouvante et soulève beaucoup de questionnement sur le contrôle de la recherche, les dérives scientifiques, l’éthique et l’inimaginable puissance des grandes pharmaceutiques. Parfait pour un mordu des thrillers.

Suggestion de lecture : TENSION EXTRÊME, de Sylvain Forge

Douglas Preston (À gauche) est né en 1957, Il est l’auteur de plusieurs romans dans les genres de l’horreur et du techno-thriller. Il a travaillé plusieurs années au « Museum d’Histoire Naturelle » américain avant de se consacrer à l’écriture en équipe avec son meilleur ami, Lincoln Child, déjà auteur de plusieurs anthologies d’horreur.

Lincoln Child est né le13 octobre 1957 à Westport, dans le Connecticut. En 1984, il est promu au poste d’éditeur. En 1987, il devient analyste chez MetLife. C’est là qu’il fera une rencontre décisive avec Douglas Preston, commençant peu après une fructueuse collaboration dans l’écriture de techno-thrillers. Ensemble, ils créeront la série Pendergast dont le premier volume intitulé Relic est paru en 1995. Ils créeront aussi bien sûr la série Gideon Crew.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 17 août 2024