Commentaire sur le livre de
FREDRIC BROWN

*Mais tous, autant qu’ils étaient, se montraient acariâtres, arrogants, atrabilaires, barbares, bourrus, contrariants, corrosifs, déplaisants, diaboliques, effrontés, exaspérants, exécrables, féroces, fripons, glapissants, grincheux, grossiers, haïssables, hargneux, hostiles, injurieux, impudents, irascibles, jacasseurs, korriganesques. Ils étaient lassants, malfaisants, malhonnêtes, maussades, nuisibles, odieux, offensants, perfides, pernicieux, pervers, querelleurs, railleurs, revêches, ricanants, sarcastiques, truculents, ubiquistes, ulcérants, vexatoires, wisigothiques, xénophobes et zélés à la tâche de faire vaciller la raison de quiconque entrait en leur contact… *
Extrait MARTIENS, GO HOME! de Frederic Brown. Edition de papier : Folio éditeur, 2016, 224 pages (poche). Version audio : SonoBook éditeur 2006, durée d’écoute : 4 heures 22 minutes. Narrateurs : Victor Vestia, Antoine Blanquefort, Philippe Ledem, Sabrina Tassel.

La sf humoristique
ou le comique sans âge

1964 : Dans une région isolée de la Californie, Luke Devereaux, un auteur de science-fiction en mal d’inspiration s’isole dans une cabane pour affronter la page blanche. Soudain, il lui vint une idée mettant en scène des martiens. À ce moment précis, tout bascule. On frappe à la porte. Luke a la surprise de sa vie : un martien et il ne sait pas encore que les martiens envahissent la terre par millions, se répandant comme un virus et semant un indescriptible chaos.
Pour décrire les attributs de ces petits hommes verts, consultez la liste dans l’extrait au début de l’article. Exaspérants et exécrables sont mes descriptifs préférés mais tous les termes conviennent. Ces êtres sont invivables même s’ils ne sont pas violents. Luke voit ici la possibilité de relancer sa carrière d’écrivain dans un domaine littéraire redondant et essoufflé.
Pour des raisons que je vous laisse découvrir, il se produit comme une espèce de déclic qui a pour effet de forcer Luke à occulter toutes ces créatures et à en nier l’existence. Pourtant les martiens sont partout dans le monde et empoisonnent la vie de milliards de personnes.. Aussi Luke déclare tout le monde fou sauf lui. Le monde a un énorme problème et certains sont persuadés que seul Luke est capable de le régler.
Ce livre est en fait une parodie de science-fiction, un genre littéraire difficile à renouveler, à rafraîchir. Même si le livre a été publié en 1957 avec les réalités politiques et sociales de l’époque, l’histoire n’a pas vieilli et Brown s’amuse à jeter sur la Société un regard humoristique quoique parfois caustique. Et cette critique des tendances humaines s’appliquerait encore aujourd’hui je crois.
Ce petits hommes verts prétentieux, grossiers et cabochards sont les instruments de Brown pour mettre à mal l’humanité et viser malicieusement les sempiternels clichés qui caractérisent la science-fiction, largement amplifiés par le cinéma mais surtout, et c’est là que le livre m’a vraiment accroché, le récit met en perspective l’extraordinaire pouvoir de l’imagination d’un écrivain, les mécanismes de sa pensée, l’exploitation poussée d’une idée brute au départ.
L’ouvrage est loin d’être un manifeste de psychologie mais il pose des questions intéressantes. Par exemple, quelle est la nécessité pour les gouvernements de garder secrètes certaines choses. Est-ce que toutes vérités sont bonnes à dire. Il y a là-dessus, un passage très explicite dans le livre. Il y en a au moins un qui donne le tournis :
*Ah ! oui, si quelqu’un dit qu’il peut mentir et ne ment pas en disant cela, alors il peut effectivement mentir ; mais dans ce cas, il ment peut-être en affirmant qu’il peut mentir, et alors il ne peut pas mentir ; et s’il ne peut pas, il est impossible qu’il ait menti en disant qu’il pouvait mentir… *
C’est un roman amusant dans lequel Brown tourne tout en dérision. Ça m’a plu. C’est bien ficelé. Je l’avoue *les bibittes vertes* m’ont porté sur les nerfs mais c’est en accord avec les principes de la parodie et de la dérision. Pas de doute. Le récit est en équilibre et la finale, un peu spéciale est cohérente.
Un excellent divertissement, encore très actuel.
Suggestion de lecture : CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE, de R.C. Wagner

Images de l’adaptation cinématographique du livre MARTIENS, GO HOME! une comédie de science-fiction sortie en 1990 mettant en vedette Randy Quaid, réalisée par David Odell

L’auteur Frederic Brown
Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 23 août 2026