WILD WHISPER, Collectif

Robots aux angoisses existentielles, mission polaire schizophrène, ruches humaines, plantes envoûtantes et laboratoires de viande de synthèse, Wild Whispers nous plonge dans un univers futuriste, où la Nature a décidé de reprendre le contrôle.

Quand les arbres ne seront plus que des monceaux de poussière, et quand l’air aura l’odeur et le goût de la suie : qu’allons-nous devenir ? Nous n’avons pas la réponse à cette question. Peut-être simplement parce qu’elle ne peut pas venir de nous…

Wild whisper explore la qualité de nos liens avec la nature.

Wild Whispers, auteurs : Amélia Adelin, Selim Azzazi, Latishaka Babel, Sarah Brau-Mouret, Loïc Flameng, Noémie Landreau, Valérie Maureau, Romain Protat.
Comédiens : Bérénice Béjo, Béatrice Dalle, Dominique Pinon, Finnegan Oldfield, India Hair et Amaury de Crayencourt.

Uniquement en version audio. Audible originals éditeur, 2022. Durée d’écoute : 4 heures 55 minutes

Des dystopies sonores immersives

C’est du bon cinéma audio, un multicast de grande qualité avec une impressionnante distribution, Dominique Pinon en tête. Wild whispers est un recueil de cinq nouvelles séparées chacune en deux chapitres. C’est un mélange de thriller, d’horreur, de comédie, le tout lié par un même thème : la maltraitance de l’environnement et l’avenir qu’on lui réserve.

Sur le plan du choc environnemental, rien n’est vraiment nouveau mais le multicast, le scénario de type cinéma est développé avec un tel réalisme avec les effets sonores, bruitages, musique et mises en contexte percutantes qu’il m’a ébranlé d’une certaine façon. L’interprétation est en effet magistrale et on ne peut faire autrement que de se demander quel est notre rapport avec la nature. Qu’est-ce qu’on fait pour ? Qu’est-ce qu’on fait contre ?

L’intensité dramatique est forte un peu partout mais diffère tout de même d’une nouvelle à l’autre. Les récits abordent la révolte de la nature, l’intelligence artificielle, le futur de l’humanité, la philosophie avec en bout de ligne le sens de la vie et les dérives psychologiques.

Sur ce dernier thème, la cinquième nouvelle m’a particulièrement fasciné. Elle raconte l’histoire de Patrick Langevin qui anime le soir, une émission radiophonique appelée LE BOUDOIR qui permet des échanges de confidences et d’indiscrétions.

Patrick, qui demeure dans une maison dont l’intendance est assurée par un ordinateur, a vécu une séparation douloureuse avec Catherine et force dangereusement sur sa consommation de whisky, jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance d’une plante et dialogue avec celle-ci. Une violette appelée violette et qui a la même voix que celle de Catherine. Patrick plonge-t-il dans la folie ?

Les dialogues semblaient raisonnés jusqu’à ce que je comprenne que Violette reprochait à Patrick d’être un *consommateur d’environnement* et que l’homme ne peut changer son rapport avec la nature s’il ne change pas lui-même en profondeur en quête d’harmonie et d’équilibre.

Bien sûr, Patrick se parlait à lui-même, mais s’en est-il sorti, je croyais que oui jusqu’à la conclusion du récit qui m’a laissé pantois.

J’ai beaucoup aimé WILD WHISPERS, cinq épisodes d’environ une heure, développés dans le style *black mirror*, cette série d’anthologie britannique, créée par Charles Brooker qui développe chaque épisode dans des environnements dystopiques et met en perspective différents problèmes sociaux en utilisant surtout les supports de la technologie et de la science-fiction.

Je vous recommande chaleureusement WILD WHISPERS. C’est bien fait, fortement immersif. Petit bémol, les nouvelles sont inégales. La principale faiblesse réside dans les dialogues qui manquent parfois d’imagination. Les nouvelles ne brillent pas toutes par leur originalité mais sont porteuses d’émotions et de questionnements.

Suggestion de multicast : ASTÉRIX GLADIATEUR/LE TOUR DE GAULE D’ASTÉRIX, par Albert Uderzo et René Goscinny.


Le réalisateur de Wild Whispers Sélim Azzazi


Musique originale par Étienne Forget

 

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 22 février 2026

L’ESSAIM… le livre de FRANK SCHÄZING

*Ils étaient en train de subir les symptômes
d’une maladie dont le déclencheur était
caché partout et qu’on ne voyait nulle part…
un chef d’œuvre de camouflage.*
(Extrait : L’ESSAIM, Frank Schätzing, Presses de la
Cité, t.f. 2007, rééd. France Loisirs, 1040 pages,
édition de papier)

L’ESSAIM est un thriller écologique. Un peu partout dans le monde, on retrouve la traduction française sous le titre ABYSSES, un peu plus réaliste. On y décrit une série de catastrophes écologiques étranges qui ont les apparences d’attaques planifiées dans les abysses océaniques : des méduses toxiques qui envahissent les plages par bancs, des crabes qui envahissent New York par millions… Alarmés par l’ampleur des évènements, des scientifiques enquêtent et tout laisse croire que la nature se révolte. L’humanité est appelée à se serrer les coudes. Une apologie contre la surexploitation planétaire.

TERRE À LA DÉRIVE
*Le tourbillon ne tourne plus comme avant,
et quand on examine les images spectrales,
on s’aperçoit que la chaleur a reculé dans
la même proportion. Il n’y a aucun doute.
Nous nous acheminons vers une
nouvelle ère glaciaire. Le Gulf Stream
s’est arrêté. Quelque chose l’a stoppé.*
(Extrait : L’ESSAIM)

L’ESSAIM est un thriller c’est certain. Quant à préciser davantage, ça devient une question de point de vue. Il pourrait être biologique, scientifique, apocalyptique et même documentaire. Vous allez comprendre pourquoi.

D’abord, avant d’entreprendre la lecture de L’ESSAIM, vous devez savoir que le livre a 1030 pages. Sur ces 1030 pages, plus de 400 pages sont à connotations hautement scientifiques et plus de 200 pages sont à saveur philosophique et pour cause : l’homme découvre qu’il n’est pas la seule espèce intelligente sur cette planète et même qu’il pourrait ne pas être l’espèce dominante. Alors vous vous rendez bien compte du chamboulement que ça créerait dans l’esprit humain. Il y a de quoi philosopher un peu.

Donc, il reste environ 400 pages pour l’aspect thriller. Et c’est là que ça pourrait déplaire à beaucoup de lecteurs. C’est un pavé très long et l’action est diluée dans la science et les schémas de pensée. Ce n’est pas la science qui manque dans ce livre fortement documenté. L’auteur le précise lui-même à la fin du volume : *Il semble évident qu’un ouvrage de plus de mille pages bourré à craquer de savoir scientifique n’a pu être écrit que sous l’influence de personnes très callées. C’est le cas ici.* (Extrait)

Si cet aménagement vous convient, il se pourrait que vous gouttiez d’excellents moments de lecture. Moi en tout cas, malgré le petit caractère labyrinthique de l’ensemble, j’ai savouré chaque page. D’abord, l’idée qu’une seconde intelligence vienne des profondeurs de l’océan est une trouvaille. Ensuite, le côté trop scientifique me convient. J’aime la science et j’aime surtout comprendre ce qui se passe.

Il y a aussi ce que je recherche dans un thriller : de l’action, même si elle n’est pas toujours soutenue, des rebondissements parfois surprenants, plusieurs personnages sympathiques et quelques-uns qui sont pourris et qui me rappellent un thème que j’aime beaucoup explorer à savoir la démesure militaire car vous vous en doutez peut-être ce sont les militaires avec leur soif de pouvoir et de suprématie qui sont au cœur du drame et leurs homologues des services secrets américains.

Ce livre n’est pas vraiment moralisateur, mais il pointe du doigt, pose et suscite des questions et surtout, lance un appel non seulement à la protection de l’environnement mais aussi à la compréhension de la nature.

J’ai trouvé la finale intéressante quoiqu’un peu étrange, très philosophique et laissant place à l’interprétation des lecteurs. En effet le voyage introspectif de Karen va jusqu’à remettre en question le Dieu unique et nous pousse à nous demander si une humanité au bord de l’extinction gagnerait à repenser ses attitudes, ses croyances, ses comportements et à mettre au pas son égo et ses religions.

L’ESSAIM est plus qu’un livre-catastrophe. C’est une source extrêmement crédible de réflexion, une passionnante exploration de l’inconnu mise en perspective par une écriture puissante. Le livre devrait vous intéresser à la condition de ne pas se limiter au strict plan littéraire. Si vous réagissez comme moi, vous ne verrez plus notre bonne vieille planète bleue de la même manière.

Suggestion de lecture : A COMME APOCALYPSE, de Preston & Child

Frank Schätzing est un écrivain allemand né à Collogne en 1957. Il se lance dans l’écriture au début des années 1990. Il se spécialise en science-fiction et publie son premier grand roman en 1995 : LA MORT ET LE DIABLE suivi de EN SILENCE en 2000 et ABYSSES/L’ESSAIM en 2004, un thriller écologique devenu célèbre. Traduit en 2008 aux Presse de la Cité, ce livre a connu un grand succès éditorial et s’est inscrit rapidement dans la liste des best-sellers…récipiendaire du prix allemand de science-fiction en 2004.

À lire : histoire, causes et conséquences de la surexploitation planétaire.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 19 novembre 2017