JEU DE MORTS, Jean-Sébastien Pouchard

*Lorsque Caroline Rioux reprit ses esprits, deux
heures venaient de s’écouler. Elle était assise
sur une chaise, les pieds et les mains entravés
par des colliers de serrage en plastique au mi-
lieu de sa salle de Bain.*
(Extrait : JEU DE MORTS, Jean-Sébastien Pouchard,
l’auteur et Livresque édition pour la présente. 2019.
Numérique. Aussi en version papier, 202 pages.

Lorsqu’un jogger découvre deux yeux dans un bocal sur un banc au lac Kir, avec une énigme à l’intérieur, Arthur Vaillant, commandant de police à Dijon, sent pertinemment au fond de ses tripes que cette découverte n’est pas un canular. Y aurait-il un tueur en série prêt à terroriser la ville et à jouer avec la police? Arthur et ses collègues vont être une nouvelle fois sur les dents, avec une deuxième découverte énigmatique. Pour les aider à résoudre cette enquête au plus vite, le procureur de la République demande de l’aide. Ainsi, Mathilde DANJOU, une ravissante psychologue comportementaliste franco-américaine, va se joindre à Arthur et son équipe. L’enquête s’annonce éprouvante.

Un don pour chaque organe
*L’horreur atteignit son paroxysme lorsque deux
enfants… tomèrent sur un récipient identique à
celui de la veille contenant une langue humaine à
Talant, dans le parc de la Fontaine aux Fées.
(extrait)

JEU DE MORT est un thriller captivant bien développé avec de bonnes idées et des trouvailles issues d’une imagination fébrile. Plusieurs personnages sont attachants dont le commandant Arthur Vaillant de la direction interrégionale de la police judiciaire.

Le théâtre des évènements est Dijon et ses environs, au cœur de la Bourgogne-Franche-Comté. Un jour, près de la plage du lac Kir, un jogger découvre par hasard un bocal contenant deux yeux humains. L’enquête conclut que les yeux appartenaient à une jeune fille de 22 ans, Amélie Brillant, hôtesse dans un club. Son corps sera finalement découvert à son domicile le lendemain.

Suivra une montée vertigineuse de l’horreur alors que deux enfants de 13 et 10 ans découvrent un bocal identique à celui de la veille. Il contient une langue humaine. Pour chaque bocal, une énigme. Avant d’être qualifié de tueur en série, l’assassin sera surnommé par la presse, entre autres : LE CHIRURGIEN.

Le tueur ne s’arrête pas là, mais moi oui…je vous laisse absorber son modus operandi…aussi original qu’horrible. Mais ne comptez pas trop avoir de détails sur ses motivations. J’y reviens plus loin. L’assassin est un tordu…vous en conviendrez très vite.

Il y a beaucoup de points positifs pour ce livre. Bien que son rythme soit très élevé, l’histoire est facile à suivre. La plume est limpide. Il n’y a pas de longueurs. L’auteur développe ici un impressionnant jeu du chat et de la souris. Car il est évident que le tueur se moque des policiers et se joue d’eux.

Une psychologue comportementaliste se joint à l’équipe du commandant Vaillant. C’est une bonne idée qui va alimenter l’enquête et mystifier un peu plus le lecteur. Le tout sera allégé par une petite amourette prévisible entre la psy, Mathilde et le commandant Vaillant…une amourette péniblement installée dans l’histoire et qui prend difficilement sa place.

J’ai beaucoup apprécié la participation très brève mais capitale du fils d’Arthur Vaillant, Ludovic, 14 ans. Il fera une observation qui pourrait changer beaucoup de chose. Je ne peux en révéler davantage, mais j’ai trouvé l’idée géniale. Dans l’ensemble, l’intrigue est bien menée et garde le lecteur captif.

Je parlais plus haut des motivations du tueur. Elles sont livrées mais à la fin seulement. L’auteur ne laisse rien filtrer. Donc les lecteurs et les lectrices peuvent difficilement s’adonner au jeu des déductions. C’est un peu frustrant. Je comprends que l’auteur n’ait pas voulu s’encombrer de détails inutiles mais peut-être en a-t-il fait une obsession. J’ai trouvé la description des scènes de crime et de certains personnages trop sommaires.

Le tueur tue mais on ne saura pourquoi qu’à la fin seulement, sans indices préalables. Ça fait une finale un peu surprenante car il n’y a absolument rien qui en annonce le contenu. Comme si l’auteur lui-même n’en aurait décidé la trame qu’en cours d’écriture. J’ai été un peu frustré, étant dans une totale impossibilité de deviner de qui il s’agit.

Un mot sur cette finale avant de terminer. Elle dévoile tout, tout d’un coup dans une abondance de détails qui occulte le travail des policiers et donne l’impression d’un travail bâclé. Je le précise encore ici, c’est un très bon thriller mais il manque un peu d’équilibre. La suite et la fin des évènements concernent surtout les sentiments entre Arthur et Mathilde.

Ça fait l’objet d’un épilogue que j’ai trouvé plutôt insipide. Pour beaucoup de lecteurs et lectrices. Ce sont détails plus ou moins significatifs. Au final JEU DE MORT est un très bon roman à l’intrigue prenante avec des personnages pour lesquels on est porté à s’inquiéter. Je pense que l’auteur Jean-Sébastien Pouchart, que je ne connaissais pas, est à surveiller.

Suggestion de lecture : MEURTRES EN SOUTANE, de Phyllis Dorothy James

Jean-Sébastien POUCHARD, marié et père de deux enfants, est devenu auteur en écrivant des poèmes sur son environnement et sur ce qu’il ressent face à l’actualité.

Après son recueil de poésie intitulé « Musique de l’âme » aux éditions du net, dont trois poésies ont été récompensées au concours littéraire des clubs de la Défense millésime 2015 et 2016, il publie son premier roman policier : JEU DE MORTS dont l’action se déroule à Dijon en Bourgogne. 

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 18 septembre 2022

LA BRIGADE DES LOUPS, de Lilian Peschet

*Y a comme une bête en nous. Chez les hommes normaux, elle existe aussi, suffit de voir combien de meurtres sont commis chaque jour. Mais chez nous, cette bête, elle est différente : elle est plus sauvage, plus…sanguinaire. C’est comme un monstre. Les médecins disent que nous sommes des malades, que nous sommes atteints d’une altération génétique qui fait de nous ce que nous sommes.* (Extrait : LA BRIGADE DES LOUPS, Lilian Peschet, Éditions Voy’el 2013, Collection E-court, numérique, 278 pages)

Dans un futur pas si lointain, une épidémie de lycanthropie sévit en Europe. L’action de ce récit se déroule à Bucarest en Roumanie, un des rares pays où les Lupins ont le droit de vivre en société à certaines conditions et non sans souffrir d’une cruelle discrimination. Pour enquêter sur les crimes lupins, des unités de police spéciales ont été créées, essentiellement composées de lupins. Ces unités ont pour nom LA BRIGADE DES LOUPS. Dans ce tome, qui est le premier de la série, des jeunes lupins commettent des crimes sordides qui enflamment l’opinion publique. 

LE BOULOT DES LIMIERS LUPINS
*Naresin me séquestrait depuis quinze ans. Il m’a
forcée…il m’a torturée…il voulait une meute, sa
meute…Mais la meute, c’est la mienne. Ils sont à
moi, tous…Alors quand il leur a demandé de tuer
le médecin, ils y sont allés…après ils l’ont retrouvé,
et ils l’ont tué.
(Extrait : LA BRIGADE DES LOUPS)

LYCANTHROPIE : Métamorphose d’un homme en loup-garou

AUX FINS DU RÉCIT
LUPUS : Virus qui déclenche la lycanthropie
LUPIN : Porteur du lupus

LA BRIGADE DES LOUPS est une nouvelle. C’est avant tout une histoire policière mais elle a un caractère fantastique. Les évènements se déroulent en Roumanie, un état d’Europe Centrale qui a décidé de reconnaître la lycanthropie comme une maladie officielle, à déclaration obligatoire.

Les porteurs sont tolérés quoique mis au ban de la société et faisant l’objet d’une forte discrimination. Pour enquêter sur des crimes qu’on soupçonne être commis par des lupins, on fait intervenir une brigade composée essentiellement de lupins. On l’appelle LA BRIGADE DES LOUPS.

J’ai trouvé ce récit assez percutant, voire instructif dans une certaine mesure. En effet, il pousse un peu à l’introspection car il n’est pas sans nous rappeler le traitement réservé aux personnes atteintes du sida dans les premières années suivant l’identification du virus ainsi que la discrimination raciale qui entache depuis toujours l’histoire de l’humanité.

Il y a aussi beaucoup d’autres tares en cause comme les menaces d’éradication, les manipulations génétiques douteuses, la vieillesse pour ne nommer que celles-là. Donc la petite leçon qu’on peut tirer de ce récit en est une de tolérance.

Une autre force du récit est son caractère descriptif entourant la lycanthropie comme telle. *Ce mec, quand il est sous sa forme monstrueuse, il est différent. Il vibre. Il vit vraiment. C’est bizarre, parce que nous, c’est l’inverse, on est éteints.* (Extrait : LA BRIGADE DES LOUPS)

La métamorphose et la psychologie des lupins sont détaillées avec recherche et efficacité. Donc, le thème central est très bien développé. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant des thèmes collatéraux. Ce qui m’amène à parler de la principale faiblesse du récit.

L’histoire est développée beaucoup trop vite. C’est narré à toute vitesse avec comme conséquence que plusieurs grands thèmes ont été escamotés. J’aurais en effet beaucoup apprécié en savoir davantage sur la politique du gouvernement relative aux lupins, les tentatives d’encadrement social, l’environnement, l’historique du virus.

Il aurait aussi été intéressant d’en savoir plus sur la Roumanie, pays qui abrite entre autres la Transylvanie, connue pour sa mythologie entourant Dracula. S’en tenir au strict minimum a un petit côté frustrant et donne souvent une narration superficielle. En fait, il y avait matière à roman.

Je sais bien. LA BRIGADE DES LOUPS est une nouvelle et qu’une nouvelle se bâtit sur l’idée de départ de couper court. Mais ici, je crois qu’une meilleure recherche de l’équilibre aurait grandement enrichi le récit. Mai pour ceux qui aiment passer directement au vif du sujet, l’histoire est concise, on s’y accroche assez rapidement car elle comporte beaucoup d’action et la finale prépare adéquatement à la suite. À vous de découvrir si ça vaut la peine de continuer.

Lilian Peschet est un écrivain français. Il est passionné d’internet et de technologie. Il adore aussi les jeux de rôle et les jeux de figurines. Son thème privilégié est l’adolescence. Il s’intéresse aussi beaucoup aux fondements de la violence. L’auteur, que plusieurs perçoivent comme un peu excentrique déclare, dans la présentation qu’il fait de lui-même : *Si tous ces thèmes ne te parlent pas, inutile de t’attarder. Passe ton chemin. Sinon, prend tes aises. On va passer un sale bon moment.*

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 29 juillet 2018