Faux amis

Commentaire sur le livre de
LINWOOD BARCLAY

L’inspecteur Duckworth aurait voulu que les crimes soient mieux répartis dans le temps. Il n’avait vraiment pas besoin d’une explosion dans le drive-in là, tout de suite. Quitte à faire sauter le Constellation, pourquoi ne pas l’avoir fait au mois de mars? Ou remettre ça à l’automne? Pourquoi les méchants du nord de l’état de New-York ne le consultaient pas avant de passer à l’acte?

<Extrait : FAUX AMIS, Linwood Barclay, J’ai lu éditeur 2020, 544 pages. Version audio chez Audible studios éditeur, 2018, durée d’écoute 12 heures 17 minutes. Narrateur : Arnaud Romain.

Le mystérieux 23

Dans une petite ville appelée Promise Falls et située au milieu de nulle part, une série d’évènements secoue la communauté : l’écran géant d’un ciné-parc explose, faisant quatre morts. C’est l’évènement avec lequel Barclay démarre son roman sur des chapeaux de roues.

L’inspecteur Duckworth enquête mais ses recherches mettent au jour quantité d’autres évènements : des mises en scène macabres comme 23 écureuils morts fixés sur un grillage à la vue de tous.

Est-ce un hasard si l’explosion du drive in a eu lieu à 23 heures 23 ou encore que l’autobus numéro 23 en feu descende une rue…sans conducteur…au cœur de l’histoire, des mystérieux DVD qui sont activement, voire désespérément recherchés parce qu’ils contiennent les petits intermèdes très chauds d’un club d’échangistes. Enfin, les morts et les agressions s’accumulent.

Ce livre est un enchevêtrement compliqué d’intrigues multiples qui se recoupent ou s’imbriquent, ponctuées de quelques revirements et coups de théâtre. Je dois dire que c’est bien écrit, bien imaginé et bien développé, un peu dur à suivre à cause d’une grande quantité de personnages dont les motivations ne sont pas toujours claires.

Ceux qui connaissent bien Linwood Barclay ne seront pas surpris d’apprendre que FAUX AMIS contient beaucoup d’allusions à d’autres livres du même auteur : évènements, personnages, enquêtes, contextes, etc. C’est une habitude qui m’a toujours énervé. Un casse-tête de plus pour ceux et celles qui découvrirons Barclay avec ce livre.  Même si je n’ai pas été emballé par ce livre, de façon générale, je crois qu’il plaira aux amateurs de suspense, d’intrigues et de thriller. La plume est forte, le rythme est élevé. L’ensemble manque d’originalité mais l’évènement de départ ne laisse pas indifférent.

Deux éléments m’ont plus particulièrement déçu dans la lecture de ce livre. La finale n’est pas aboutie. Je n’ai pas eu toutes les réponses à mes questionnements. Je suis resté comme sur ma faim. Même si ce livre devient le point de départ d’une série comme je crois l’avoir compris, j’aurais souhaité un meilleur éclairage sur les motivations et les mobiles. Enfin, il y a le déroulement de l’enquête comme telle.

Le livre m’a tellement donné l’impression d’une chronique sur les magouilles que l’enquête semble avoir été négligée, laissant un peu dans l’ombre le pauvre inspecteur Duckworth qui est à peu près le seul personnage que j’ai trouvé intéressant.

Je ne regrette pas ma lecture, mais je crois que je vais l’oublier et que pour moi, la série s’arrête là.

Suggestion de lecture, du même auteur : NE LA QUITTE PAS DES YEUX


L’auteur Linwood Barclay

Aussi à lire

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 1er décembre 2024

LE CHUCHOTEUR, Donato Carrisi

*Ce qui le suivait n’était pas là sur cette route.
C’était bien plus proche. C’était la source de
ce bruit. C’était quelque chose auquel il ne
pouvait pas échapper. Cette chose était dans
son coffre. *
(Extrait : LE CHUCHOTEUR, Donato Carrisi,
éditeur Calmann-Lévy, 2010 pour la traduction
française. Édition de papier, 574 pages…Le livre
de poche.)

Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d’enlèvement. Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs. 
Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure… un thriller littéraire inspiré de faits réels

Sombre peut être l’humain
*<Billy était un bâtard un BÂTARD ! et j’ai bien fait de le
tuer je le détestais il nous aurait fait du mal parce qu’il
aurait eu une famille et pas nous…personne n’est venu
me sauver PERSONNE.> *
(Extrait)

Tout est noir dans ce livre. L’histoire, l’atmosphère, l’enquête, les personnages, y compris ceux qui portent en eux un secret terrible comme c’est le cas pour Goran Gavila, le criminologue qui traîne en lui le boulet d’un secret soupçonné par un lecteur désarçonné qui assistera, figé, à son dévoilement dans une finale ficelée serrée.

L’auteur va au-delà du thriller psychologique qui fouille à l’infinitésimale les synapses d’un tueur en série hors-série qui n’a rien contre ses victimes…visant autre chose… : * Des parents, qui pour des raisons différentes, n’avaient eu qu’un enfant, une mère qui avait passé largement la quarantaine, et qui n’étaient donc plus en mesure, biologiquement, d’espérer une autre grossesse…<Ce sont EUX ses vraies victimes. Il les a étudiés, il les a choisis. > (Extrait)

Les victimes ne sont pas les fillettes, ce sont leur famille. Comprendre la psychologie de ce tueur en série incorrectement appelé Albert sera le plus grand défi du lecteur qui aura peut-être même à relire cette sordide histoire en partie et même en tout pour en comprendre toutes les facettes.

Dès le départ, l’auteur frappe fort afin d’emprisonner le lecteur dans son intrigue : cinq petites filles disparues, cinq fosses creusées dans une clairière. Dans chaque fosse, un petit bras…puis par la suite, découverte d’un sixième bras appartenant à on ne sait qui.

Avec une intrigue pareille et les maux de tête qui s’annoncent pour les policiers, Mila Vasquez en particulier, le lecteur pourra bien découvrir que l’auteur les mène en bateau avec des longueurs et même un peu d’errance dans le texte, ce qui est singulièrement agaçant…peu importe. Donato Carrisi nous amène exactement là où il veut qu’on aille.

Comme lecteur, attendez-vous à des allers-retours car il semble que chaque découverte suppose un assassin différent. *Au centre de tout ceci, il n’y avait pas une simple chasse à l’homme, mais l’effort pour comprendre le dessein qui se cachait derrière une séquence apparemment incompréhensible de crimes atroces. La vision difforme d’un esprit malade. * (Extrait) Mais de quel esprit s’agit-il exactement? Là, une surprise attend le lecteur.

Toute l’originalité du récit repose sur le chuchoteur, un tueur en série d’une espèce rare peu ou pas développée en littérature policière : *<Mais vous n’êtes pas le seul à pouvoir entrer dans la tête des gens…Dernièrement, j’ai beaucoup appris sur les tueurs en série. J’ai appris qu’ils se divisent en quatre catégories : visionnaires, missionnaires, hédonistes et assoiffés de pouvoir…mais il y a une cinquième sorte. On les appelle tueurs en série subliminaux.>* (Extrait)

d’une main de maître et avec une plume parfaitement maîtrisée, Carrisi amène ses limiers à adopter une théorie d’apparence tirée par les cheveux mais qui finit par s’imposer inexorablement donnant au livre un caractère absolument diabolique et m’ayant donné, comme lecteur, la bizarre impression d’être manipulé. J’ai dit que l’écriture est maîtrisée, c’est vrai mais elle est aussi d’une grande complexité. Ça demande de la relecture et beaucoup de concentration.

Que penser de ce tueur qui a toujours un pas d’avance sur ses poursuivants? C’est une histoire très complexe. Trop à mon avis. L’auteur aurait pu simplifier un peu. Je suis d’accord pour qu’une lecture lance des défis et même exige une certaine recherche. Je le fais souvent. Quand ça devient un fardeau, c’est différent. Malgré tout, le caractère intriguant de l’ouvrage lui sauve la mise.

Donc Pour faire court : polar complexe mais efficace, personnages très aboutis et froids. Se lit avec un minimum de concentration. Ensemble macabre et noir. Certains passages sont répugnants. Langage cru et direct. Atmosphère oppressante, finale éclairante et bien imaginée. Étude très intéressante d’un fond humain tordu au possible évoquant au passage les travers de la société.

J’ai eu l’impression de lire quelque chose de différent. Ça m’a plu.

Suggestion de lecture : BILLY-ZE-KICK, de Jean Vautrin

Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur d’une thèse sur Luigi Chiatti, le  » monstre de Foligno « , un tueur en série italien. Juriste de formation, spécialisé en criminologie et sciences du comportement, il délaisse la pratique du droit en 1999 pour se tourner vers l’écriture de scénarios. Au moment d’écrire ces lignes, LE CHUCHOTEUR son premier roman, vendu à plus de 200 000 exemplaires en Italie, est en cours de traduction dans douze pays et a déjà remporté quatre prix littéraires.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 22 mai 2022