Jésus video

Commentaire sur le livre
d’ANDREA ESCHBACH

*Que s’était-il passé ? Ou plutôt qu’allait-il se passer ? Un jour, d’ici quelques années, l’inconnu entamerait son grand voyage, équipé d’un caméscope. Un saut de deux mille ans à rebrousse-temps, sans espoir de retour. Il ferait ses enregistrements, conserverait la caméra et la déposerait à l’endroit convenu avec ses compagnons dans le futur – son présent d’origine – avant de terminer sa vie dans le passé. Une fois le transfert effectué, ses camarades, eux, n’auraient plus qu’à arrêter la machine, se rendre tranquillement jusqu’à la cachette et y déterrer la caméra envoyée depuis quelques minutes deux millénaires en arrière. *

Extrait : Jésus vidéo, d’Andreas Eschbach. Édition de papier et format numérique: Atalante éditeur, 2016, 608 pages. Version audio : Lübbe audio 2016, durée d’écoute : 21 heures 45, narrateur : Emmanuel Dekoninck.

Non loin de Jérusalem, dans une tombe inviolée depuis deux mille ans, une mission d’archéologie exhume le manuel d’utilisation d’une caméra vidéo dont la sortie sur le marché est prévue- dans trois ans. Un homme muni d’un caméscope aurait-il visité la Palestine du Ier siècle ? Si oui, que sont devenus l’appareil et les enregistrements ? Et, surtout, qu’a-t-on, qui a-t-on filmé ? S’agit-il de la plus redoutable découverte archéologique de tous les temps ou d’un canular de génie ?

En terre de Palestine et d’Israël, sur fond d’expertises scientifiques, de négociations acharnées et de sectes obscurantistes, s’engage une course effrénée où s’affrontent chercheurs, médias avides de sensationnel et services spéciaux du Vatican. Tandis que trois jeunes gens téméraires poursuivent leur quête parallèle et s’approchent pas à pas de révélations que tous ne jugent pas bon de rendre publiques.

 Un Jésus numérique ?

Cette œuvre de science-fiction. m’a atteint parce qu’il développe le thème du voyage dans le temps qui m’a toujours fasciné depuis LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS le roman-phare de H.G. Wells  Malgré tout, mon attention s’est beaucoup centrée sur l’aspect théologique de l’œuvre. J’y reviendrai. Pour le moment, imaginez le scénario suivant. Par un temps magnifique, vous vous promenez sur un site touristique avec votre caméra vidéo de pointe SONY.

Soudain, vous êtes happé par une distorsion temporelle qui vous fait revenir en arrière dans le temps, plus précisément 2000 Ans en arrière, en terre Sainte. Donc, en naufragé du temps que vous êtes, vous devenez contemporain de Jésus.

Comme vous connaissez un peu son histoire, on peut supposer que vous utiliserez votre caméra vidéo pour suivre Jésus et filmer les grands moments de sa démarche de prophète et vérifier en même temps si ce que disent les écritures est exact. N’oubliez pas. Vous êtes naufragé du temps, vous ne pouvez plus revenir à votre époque. Vos cassettes vidéos sont maintenant pleines. Que faites-vous.

Dans cette histoire, notre homme pourrait cacher son matériel dans un endroit qui deviendra dans 2000 ans le site d’une découverte archéologique capitale. Il suffit de le cacher dans un endroit qui n’a pas encore été visité, par exemple dans un angle bien précis et profond du mur des lamentations.

J’arrête ici au moins pour le plaisir de faire chauffer à blanc votre imagination. Pour profiter de ce livre et savourer cette histoire passionnante, il ne faut pas chercher à tout comprendre et à se passer de certaines explications car sur le plan scientifique, l’ensemble est plutôt faible.

Par contre, l’intrigue est intéressante. Par exemple. De nos jours, qu’est-ce qu’un magnat en mal de fortune ferait de ces cassettes vidéos s’il les avaient en main. Ça serait tentant d’extorquer l’église. C’est ici que se développe brillamment l’aspect archéologique et théologique de l’histoire. On a qu’à penser à la réaction de l’église s’il s’avère par exemple que Jésus n’est pas mort sur la croix.

J’ai trouvé l’histoire palpitante, bien documentée, un peu tirée par les cheveux quant à son aspect scientifique (Aspect qui sera amélioré dans la suite : L’AFFAIRE JÉSUS) Les personnages ne sont pas fouillés, manquent de profondeur. Je crois aussi que le rôle de l’Église est sous-développé. Je ne peux dire ce qu’il y a sur la cassette vidéo, mais l’Église pourrai bien trembler. Je n’ai pas senti cette urgence dans l’histoire.

On sait toutefois que, par le biais d’un cardinal exécuteur de basses œuvres, l’Église joue son rôle de clique.

Dans mon rapport de forces et de faiblesses, je penche pour une bonne appréciation en général à cause, entre autres, d’une excellente convergence des évènements nous amenant à une finale dans laquelle toutes les idées et hypothèses théologiques et archéologiques s’imbriquent et s’entrechoquent et dans laquelle la tension politico-religieuse est explosive, préparant ainsi la voie à L’AFFAIRE JÉSUS. Je n’hésiter pas à vous recommander ce livre.

Suggestion de lecture : L’AFFAIRE JÉSUS, d’Andreas Eschbach

LA SUITE


L’auteur Andreas Eschbach



Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 21 mars 2026

 

 

LE CRI, Nicolas Beuglet

<Comme on le pensait, cette affaire nous emmène bien plus loin que prévu.>

<Sarah croisa le regard de Christopher. L’un comme l’autre mesurait leurs très faibles chances de réussite. Mais leurs mains ne se séparèrent pas.>

Extraits : LE CRI, Nicolas Beuglet, Poscket éditeur, papier, 2018. Version audio : Audiolib éditeur, 2017. Durée d’écoute : 13 heures 52 minutes, narrateur : Olivier Prémel

Hôpital psychiatrique de Gaustad, Oslo. À l’aube d’une nuit glaciale, le corps d’un patient est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche ouverte dans un hurlement muet. Dépêchée sur place, la troublante inspectrice Sarah Geringën le sent aussitôt : cette affaire ne ressemble à aucune autre… Et les énigmes se succèdent : pourquoi la victime a-t-elle une cicatrice formant le nombre 488 sur le front ? Que signifient ces dessins indéchiffrables sur le mur de sa cellule ?

Pourquoi le personnel de l’hôpital semble si peu à l’aise avec l’identité de cet homme interné à Gaustad depuis plus de trente ans ? Soumise à un compte à rebours implacable, Sarah va lier son destin à celui d’un journaliste d’investigation français, Christopher, et découvrir, en exhumant des dossiers de la CIA, une vérité vertigineuse…

Les dérives de la science

LE CRI est un thriller psychologique et techno-médical sur fond de religion, d’une forte intensité. L’auteur a tout mis en place pour me saisir et me garder sous son influence tout le long du récit. Tout va vite. Même très vite. Ça commence par la mort d’un patient interné dans un hôpital psychiatrique depuis 30 ans. Le directeur dit que c’est un suicide, l’inspectrice pense tout le contraire et se demande d’abord pourquoi l’homme est marqué au front du chiffre 488.

Le directeur sait des choses. Démasqué, il se sauve et met le feu à l’institution, tuant des dizaines de personnes. Il en réchappe, mais il est gravement blessé. Il est interrogé. L’inspectrice apprend des choses surprenantes et elle n’est pas au bout de ses peines car elle a mis le doigt dans un engrenage malsain et terrifiant, allant de découverte en découverte pour plonger finalement dans un cauchemar.

Tout y est et attendez-vous à avoir le vertige : des énigmes complexes à résoudre, un enfant en danger de mort, des révélations fracassantes, des poursuites effrénées, des expériences barbares et cruelles, des menaces, des morts et j’en passe…tout cela pour aboutir à la révélation d’un inimaginable secret que les êtres humains ne doivent absolument pas connaître. Ce fameux secret fait suite à une obscure recherche faite sur l’île de l’Ascension ou la CIA a déjà commandité d’obscures recherches.

L’idée centrale de ce polar est la vie après la mort qui obnubile un milliardaire tordu. C’est un thriller fortement anxiogène, développé sur des chapeaux de roues et qui ne laisse aucun répit au lecteur/auditeur. Cette fébrilité se manifeste au détriment de la profondeur malheureusement. Trop rapide, trop chronométré et par moment, abracadabrant.

On a mis de côté la psychologie des personnages, les questions d’éthique scientifique, pas beaucoup d’émotions, sauf dans le dernier quart du récit. Le fil conducteur est solide mais l’ouvrage manque définitivement de ventilation.

Je suis d’accord avec les critiques sur plusieurs points, plus particulièrement sur le fait que le thème de la vie après la mort est en surchauffe sur le plan littéraire. Mais on ne doit pas s’arrêter là. C’ici que je deviens un peu plus à contre-courant de la critique car l’auteur a déployé une imagination incroyable appuyée par une recherche sérieuse et crédible sur le plan scientifique ce qui lui a permis d’être efficace sur le plan de la fiction.

C’est ainsi que Beuglet a redéfini la nature des neutrinos et de la matière noire au bénéfice de l’intrigue. Il y a dans l’histoire de remarquables trouvailles.

Un autre fait très intéressant fortement imbriqué dans l’intrigue concerne la religion. Il ne s’agit pas ici de guerres de religion mais de LA religion peu importe l’étiquette. L’auteur propose une conclusion aussi osée que troublante sur le sort de l’âme après la mort physique et le rôle de Dieu dans le cycle. C’est à glacer le sang. Vous comprendrez alors pourquoi l’auteur a choisi LE CRI comme titre.

Donc c’est un roman très fort, addictif, très rapide, recherché et angoissant. Variation sur un thème très répandu en littérature. Impressionnant déploiement d’imagination. Récit puissant sur le plan évènementiel mais plus pauvre sur le plan psychologique. Les personnages sont peu approfondis et la question du sort de Simon, l’enfant pris en otage est plutôt sous-développé. Il n’y a pas de longueur mais quelques passages sont…disons tirés par les cheveux.

C’est un livre qui agrippe et qui ne laisse pas indifférent. J’ai beaucoup aimé. En passant, la version audio est excellente. Superbe performance du narrateur Olivier Prémel

Suggestion de lecture : LA MORT HEUREUSE, de Hans Küng



L’auteur Nicolas Beuglet

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Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le dimanche 19 mai 2024