Insaisissable

Commentaire sur le livre de
CATHERINE MCKENZIE

*J’écoute le rythme de la musique, et cette fois, il semble me bercer. Je suis presqu’endormie lorsque mon téléphone s’illumine sur la petite table, l’écran m’aveuglant tel un faisceau lumineux. Je le prends. Jessica deux m’a répondu. Son texto dit :
«Je suis insaisissable.»
Impossible de trouver le sommeil après ça.

Extrait : INSAISISSABLE, de Catherine Mckenzie. Édition de papier. Goélette éditeur, 2023, 496 pages.

Jessica Williams vient de perdre son emploi. Pour décanter la situation, elle décide de s’envoler vers une plage au Mexique. Alors qu’elle attend à l’aéroport, elle rencontre une autre Jessica Williams, qu’elle surnomme Jessica Deux. Amusées par la coïncidence, les deux femmes apprennent à se connaître et échangent leurs informations. De retour à New York, une semaine plus tard, la voyageuse découvre toutefois que son compte en banque a été dévalisé. Les caméras de surveillance confirment ses soupçons.

 La coupable est Jessica Deux. Frustrée devant l’impuissance de la police, la malheureuse est bien décidée à retrouver elle-même l’arnaqueuse. Or ses recherches lui apprennent qu’il existe des dizaines de personnes portant le même nom qu’elle. Comment repérer la bonne ? Convaincue de ne pas être la première victime de cette fraude, la jeune femme lance un appel à tous sur les réseaux sociaux. Très vite, des pistes surgissent. Mais les menaces ne se font pas attendre non plus.

 

Le chat et la souris

C’est un thriller aussi complexe que captivant. Voyons d’abord le résumé et l’environnement du roman.

Voici l’histoire d’une jeune journaliste, Jessica Williams, viré de son emploi pour plagia. C’est un détail important parce que ça va lui coller à la peau tout au long du récit. Jessica a été élevée dans une secte dont le gourou tordu appelé Todd appliquait des règles dures, bizarres et ritualistes. Ça aussi c’est important car, même mort, Todd est omniprésent dans l’histoire et fait partie d’un calcul extrêmement précis de l’autrice.

Enfin un dernier détail qui n’est pas le moindre, Jessica a été rescapé de la secte par un homme appelé Liam, également présent dans toute l’histoire et dont le rôle est capital.

Un jour, dans le bar d’un aéroport, dans ce qui a toutes les apparences d’un hasard, Jessica rencontre une autre Jessica Williams, même âge, née le même jour. Cette autre Jessica sera appelée dans le récit Jessica deux. Les deux filles s’amusent de cette coïncidence, font connaissance, échangent des informations. Les téléphones cellulaires se touchent. Jessica, version originale ne s’en aperçoit guère.

Quelques jours plus tard, Jessica se rend compte qu’elle a été arnaquée de plus de deux-cents mille dollars. Compte de banque vidé. Elle fait enquête, La coupable est la Jessica deux. Comme la police dit ne pouvoir rien faire, Jessica persévère et découvre que des dizaines de filles portent le même nom qu’elle. Elle part sur les pistes des Jessica Williams. En trouve trois autres. Ce qui nous amène à Jessica cinq.

Ici, l’autrice nous entraîne dans un redoutable jeu du chat et de la souris. Un jeu farci de rebondissements et de revirements dont au moin un fort dramatique qui m’a pris par surprise et m’a poussé à persévérer dans la compréhension de l’histoire avec toutes ces Jessica. Heureusement, Catherine McKenzie a un don exceptionnel pour amener les lecteurs à pénétrer l’esprit de ses personnages. À défaut de cette force, j’aurais avancé dans l’histoire comme dans une pinata.

C’est une histoire extrêmement intrigante, captivante, avec du mystère, de l’action, sans oublier un peu de matière à réflexion sur la fraude numérique et le vol d’identité qui font de plus en plus de victimes. Bien sûr j’ai eu l’impression d’avancer dans le noir plus qu’une fois mais l’autrice nous laisse des pistes qu’il faut savoir saisir au vol.

Le personnage central, la Jessica Williams originale est tout à fait fascinant car tout au long du récit, l’autrice l’a mise en phase de déprogrammation de son passé sectaire. On découvre graduellement toute l’influence que Todd a eu et a toujours dans sa vie, même s’il est mort (reste à savoir dans quelles circonstances). C’est ce que l’autrice appelle le TODDISME. Intéressant barbarisme.

Le seul irritant que je vais signaler ici tient au fait qu’un peu partout dans le récit, l’action est gelée, parfois sur un grand nombre de pages pour parler de Todd, de Liam, et d’un personnage que je vous laisserai découvrir et qui s’appelle Kiki qui a son rôle dans l’intrigue. Alors que le lecteur cherche à savoir qui est qui et comment se débrouille Jessica, temps mort pour parler du passé. C’est parfois irritant et ces intermèdes ont tendance à diluer l’intrigue. Ces intermèdes sont nécessaires pour la plupart. C’est la longueur qui est parfois exaspérante.

Sinon, c’est un roman fort, bien écrit. Un thriller bien dirigé.

Suggestion de lecture : TRAQUÉ, de Ludovic Esmes

De la même autrice


L’autrice Catherine Mckenzie


Bonne lecture
Claude Lambert
le mardi 15 septembre 2026

TOUT EST EN UN, le livre de CHRIS ANDSON

*…j’ai peur que l’on ne puisse pas passer
sur l’île ce soir. Il le faudrait pourtant,
assura Marshal. Je voudrais bien
remettre la main sur notre prophète
avant que quelqu’un s’acharne sur lui
et lui fasse bouffer les versets de la
bible.*

(Extrait: TOUT EST EN UN, Chris Andson,
Plume Noire, collection LES CHRONIQUES
DES NOMBRES. Une édition pour tous, 2015,
version numérique, 288 pages)

La vie avec le commandant Foreste n’était pas vraiment une partie de plaisir. Son côté sombre, sa violence et son caractère étaient de moins en moins gérables. Alors quand Karen Styles lui ordonna de protéger un homme étrange, il s’exclama : – Qu’est-ce qu’il a à dire de si important ce blaireau, que je sois obligé de lui servir de garde du corps ? – Vous ne devez rien savoir commandant. Simplement le protéger. – Mais qui c’est ce mec ? – Vous le découvrirez bien assez tôt. Marshal Foreste sortira terrassé par cette rencontre.

L’ÉNIGME DU SURVIVANT
*Les otages commençaient à comprendre que
l’homme ne les relâcherait pas, tant sa folie
l’entraînait vers l’abîme. Marshal en était d’autant
plus conscient qu’il faisait un rapprochement
avec la présence qu’il trouvait suspecte, du mec
à la veste marron, qui comme par hasard se
trouvait toutes les fois sur les lieux d’un carnage.*
(Extrait : TOUT EST EN UN)

Le héros de cette histoire mouvementée est un personnage très singulier : le commandant de police Marshall Foreste. Près de la moitié du volume est consacré aux états d’âme du policier. Habituellement, je considère cela comme une faiblesse mais ici, il faut voir et comprendre la nature du personnage pour apprécier l’histoire.

En effet, le limier est mufle, mal embouché, extravagant, indiscipliné, excentrique, sombre, violent, impitoyable, incroyablement dur pour son corps, exigeant pour lui et les autres : *Tout lui collait à la peau, tout lui mangeait son oxygène. Comme certaines bêtes, il faisait respecter son territoire. Son énergie, sa vitesse d’exécution et de discernement, son comportement excentrique, cela jouait en sa faveur.* (extrait)

C’est ainsi que la faiblesse est devenue une force. Il est intrigant et extrêmement intéressant de suivre l’évolution de ce personnage malmené par la vie, dans une enquête complexe et très particulière.

Maintenant que nous avons cerné le héros, voyons l’histoire. La police s’intéresse à un mystérieux personnage qui s’est retrouvé sur les lieux de trois tueries et qui s’en est sorti indemne à chaque fois. Il s’appelle Ornet Sens, venu de nulle part et sachant exactement où il s’en va : en guerre contre le gourou d’une secte qui s’en met plein les poches, commanditaire de vol, de violence, et de meurtres.

Son objectif est de livrer aux membres de la secte NOUVEL HOMME un message de paix, d’amour et de liberté et de dévoiler toute la vérité sur l’infâme gourou Jim-Bocker Smiss. Le commissaire ordonne au commandant Foreste de surveiller et de protéger Sens qui n’a, à première vue, aucune idée du danger qui le guette et qui consiste à le faire taire…définitivement.

C’est une histoire accrochante dont le traitement est sans demi-mesure malgré une plume subtile et sensible. L’histoire  est originale parce qu’il n’est pas question ici de pousser une réflexion sur le sens de la vie mais plutôt de donner un sens à une mort. Happy ending ou pas? À vous de juger, mais le dernier quart de l’histoire est d’une forte intensité dramatique. L’auteur a particulièrement bien travaillé ses personnages.

Malgré tout l’étalement des bobos personnels de Foreste, je me suis attaché à ce personnage tout à fait extraordinaire. je vous laisse découvrir Ornet Sens, Jésus des temps modernes, qui se focalise sur une mission de nature à faire comprendre qu’aucune secte n’est justifiable surtout lorsque le gourou exploite ses semblables pour satisfaire sa soif de pouvoir et de confort.

La véritable faiblesse de ce livre que j’ai lu en version numérique est la traduction que j’ai trouvée fort douteuse, de nombreuses fautes d’orthographe, d’accords, de grammaire. Des mots sont manquants. J’ai été obligé plusieurs fois de relire des phrases et de revenir en arrière pour bien saisir le contexte du paragraphe ou du chapitre.

Ce fut pour moi comme un duel : une histoire aussi bien imaginée insérée dans un texte bourré de fautes. Je ne comprends pas qu’une maison d’édition puisse tolérer un tel gâchis. Il ne semble pas y avoir eu de relecture ou de révision. Dommage. Si vous avez la volonté ferme de surmonter le massacre du français, vous lirez tout de même une histoire haletante. Je crois que le jeu en vaut la chandelle.

Suggestion de lecture : IL N’EST SI LONGUE NUIT, de Béatrice Nicodème

Je ne peux pas dire que Chris Andson est très généreuse quant aux détails sur sa vie professionnelle et encore moins personnelle, pas plus sur les photos d’ailleurs… Les cercles littéraires se limitent à dire que c’est une auteure de romans policiers et thrillers à succès avec notamment sa série LA CHRONIQUE DES NOMBRES. Elle adore développer des enquêtes où l’étrange se mêle avec subtilité à la réalité.

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 25 septembre 2020