LA TOUR SOMBRE, audio


Commentaire sur l’octalogie
de Stephen King

LA TOUR SOMBRE
version audio

LA TOUR SOMBRE, Stephen King, série de huit livres écrits sur une période de trente ans. T.F. Éditions J’ai lu, 1991-2012. Version audio : livres 1 à 4 : Gallimard éditeur, 2017-2018, livres 5 à 8, Audible éditeur, 2021. Narrateurs : voir ci-bas. Durée totale d’écoute : 179 heures


NARRATEURS : Jacques Frantz ―à gauche― pour les tomes 1, 2, 3,
4 et 5. Nicolas Justamon ―à droite― pour les tomes 6, 7 et 8.

Bonjour à tous et à toutes. Un peu comme je l’ai fait avec la trilogie de Tolkien LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, récemment sur ce site, je viens réactualiser la célèbre octalogie de Stephen King LA TOUR SOMBRE. Cette fois, je commente la version audio éditée par Gallimard et Audiolib et lue par Jacques Frantz pour les cinq premiers livres et Nicolas Justamon pour les cinq derniers.

Comme je ne commenterai que la version sonore, je vous invite à lire ou relire le commentaire que j’ai publié en décembre 2012.

L’article comprend mon opinion sur l’histoire, les notes biographiques et cinématographiques. À cette époque, la série était une septalogie.

Comme on le sait, un huitième livre s’est ajouté à la série : LA CLÉ DES VENTS. Sur le plan chronologique, cette histoire se déroule entre le livre 4, MAGIE ET CRISTAL et le livre 5, LES LOUPS DE LA CALA. Ce qui fait qu’on aurait pu alpha-numéroter le livre 4―B. Quoiqu’il en soit, mon opinion n’a pas changé.

Sur le plan littéraire, LA TOUR SOMBRE est un chef d’œuvre et demeure un monde à part dans l’œuvre de Stephen King. Donc, cette fois, je commenterai seulement la version sonore.

 

<Si tu as renoncé à ton cœur pour la Tour, Roland, tu as d’ores et déjà perdu. Un être sans cœur est un être sans amour, et un être sans amour est une bête. Être une bête est peut-être supportable, encore que l’homme qui accepte de se ravaler à ce rang finira sûrement par payer son tribut à l’enfer, mais pourquoi pas, si atteindre son objectif est à ce prix ? Si, sans cœur, on réussit à investir la Tour et à la conquérir ? Mais si tu n’as en toi que noirceur, que peux-tu faire sinon régresser de l’animal au monstre ?> Extrait du livre 2 : LES TROIS CARTES

Voici l’histoire de Roland de Gilead, dit <le pistolero>, dernier justicier et aventurier d’un monde destiné au chaos et dont il cherche à inverser la destruction programmée. Pour ce faire, il doit trouver l’homme en noir et lui arracher les secrets qui le mèneront vers la Tour Sombre, pivot central de tous les mondes où convergent tous les temps, toutes les dimensions et tous les lieux.

La Tour est malade parce qu’elle est régentée par un fou aussi puissant que dément et qui se fait appeler le Roi Cramoisi. Roland devra éviter quantité de pièges diaboliques et suivre son destin inscrit dans trois cartes d’un jeu de tarot très particulier. Sachant depuis le commencement que les voies de la Tour sont impénétrables, Le Pistolero devra faire le pari de les découvrir, et d’affronter la folie et la mort.

Les aperçus

1)     LE PISTOLERO : C’est ici que Rolland rencontre Walter, le mystérieux homme en noir. et décide d’entreprendre sa quête : atteindre la Tour Sombre et ramener l’équilibre entre les mondes. Il se verra attribuer trois cartes maîtresses pour l’accomplissement de cette quête.

2)     LES TROIS CARTES : Les trois cartes représentent trois personnages que Rolland devra arracher à leur monde d’origine, par le biais de portes spatio-temporelles : un toxicomane nommé Eddie, une femme aux prises avec une double personnalité nommée Suzannah et un ado nommé Jake. Ils formeront équipe avec Rolland (Ce que Rolland appelle un ka-tet) pour cheminer vers la Tour Sombre.

3)     TERRES PERDUES :  Ici, Rolland réussit à sauver Jake d’une mort certaine en l’arrachant à son monde pour le ramener dans le monde de Rolland. Il y parviendra en grande partie grâce à Suzannah qui devra distraire sexuellement un démon. Il s’ensuivra une grossesse qui influencera de façon importante le reste du récit. Par la suite, le nouveau Ka-tet fera la rencontre de Blaine Le Mono, un train doté d’une intelligence artificielle mais rendu fou par la dégradation de ses systèmes. Blaine menace de s’autodétruire et de tuer tout le Ka-tet si celui-ci ne réussit pas à vaincre Blaine dans un concours de devinettes.

4)     MAGIE ET CRISTAL : Dans ce tome, Rolland entreprend un long palabre. En effet, il raconte sa jeunesse à ses compagnons. Ici, l’auteur s’étend surtout sur la psychologie de ses personnages.

5)     LES LOUPS DE LA CALLA : Le Ka-tet de Rolland doit combattre les Loups de Tonnefoudre, des créatures monstrueuses qui doivent bientôt venir enlever des enfants de la Calla pour les renvoyer peu de temps après à leur famille, complètement décérébrés.

6)     LE CHANT DE SUZANNAH : Les Loups de la Calla sont vaincus. Le Ka-tet doit maintenant retrouver et récupérer Suzannah qui partage son corps avec Mia, un ancien démon, retrouver Calvin Tower, propriétaire du terrain abritant la rose qui est la représentation de la Tour dans notre monde, et retrouver un certain auteur nommé Stephen King.

7)     LA TOUR SOMBRE : De nombreux devoirs attendent le ka-tet avant d’atteindre la tour : Mia accouche d’un monstre, il faut protéger la rose, donc la Tour Sombre elle-même, échapper aux hommes du Roi Cramoisi qui détraque les rayons de la Tour, sauver Stephen King qui est sur le point d’avoir un accident mortel (ce qui l’empêcherait d’amener son livre LA TOUR SOMBRE à sa conclusion. Enfin, c’est au nom de ses amis morts que Rolland pénètrera enfin dans la tour.

8       LA CLÉ DES VENTS : Alors qu’ils arpentent le Sentier du Rayon, une terrible tempête oblige Roland de Gilead et son ka-tet à s’abriter dans une bourgade abandonnée. Les quatre compagnons écouteront alors le Pistolero lever le voile sur deux épisodes troubles de son passé…

Le chevalier Roland s’en vint à la tour noire
titre d’un poème célèbre de Robert Browning
qui a inspiré Stephen King dans la création de
LA TOUR SOMBRE

C’est une série qui vaut la peine d’être entendue. L’histoire est aussi passionnante qu’en version papier avec, en prime, une qualité narrative exceptionnelle. Dans mon esprit, LA TOUR SOMBRE demeure un monde à part dans l’œuvre de Stephen King,

J’ai encore une fois été fasciné par ces restes d’une haute technologie, symbolisée par la North Central Positronics, omniprésente dans la série et chevauchant la désolation symbolisée par les dérèglements temporels issus de LA TOUR SOMBRE.

Aussi, je ne sais pas pourquoi il fallait la version audio pour me faire réaliser une capacité extraordinaire de Stephen King : celle d’inclure dans son récit tous les âges et conditions : petits, adolescents, adultes, vieillards, hommes, femmes, handicapés et surtout, celle de créer des personnages irrésistibles auxquels on s’attache  instantanément, en particulier Jake et Eddie.

La version audio m’a aussi fait réaliser à quel point la finale de LA TOUR SOMBRE est décevante. Je suis même retourné un temps à la version papier pour vérifier et m’apercevoir finalement que la conclusion est relâchée et frustrante. Mais ce n’est pas une première dans l’œuvre de King et ça n’enlève rien au développement de cette histoire extraordinaire.

Enfin, j’ai écouté LA CLÉ DES VENTS, le tome 8, qui n’était pas publié au moment d’écrire mon commentaire sur l’édition de papier en 2012. Il s’immisce entre MAGIE ET CRISTAL (tome 4) et LES LOUPS DE LA CALA (tome 5)  Intéressant, mais ça n’ajoute pas grand-chose d’original. Une quête de plus, de longs palabres, rien de neuf.

Je veux surtout dire, et c’est le plus important ici que LA TOUR SOMBRE AUDIO est un chef d’œuvre de narration. Par leur voix *orchestre*, Jacques Frantz et Nicolas Justamon ont forcé mon attention, ma fascination et mon sens de l’émerveillement. L’œuvre est très longue. On connait King pour sa manie de s’étendre très longtemps sur ses sujets et prendre un soin particulier à la psychologie de ses personnages.

Malgré le nombre d’heures d’écoute, le temps a coulé sur mon dos, fasciné entre autres par la voix *multipiste* des narrateurs. Je recommande chaleureusement l’audition de LA TOUR SOMBRE.
Suggestion de lecture du même auteur : 22/11/63


L’auteur Stephen King

Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 5 juin 2026

LES CLOCHES DE L’ENFER, de JOHN CONNOLLY

*Longtemps Mme Abernathy avait partagé
le désir de son maître de voir la terre
transformée en une autre version de
l’enfer, mais quelque chose avait changé.*
(Extrait : LES CLOCHES DE L’ENFER, John Connoly,
T.F. Éditions l’archipel, 2012, papier, 340 pages)

À 11 ans, Samuel Johnson déjoue les plans machiavéliques de l’horrible Ba’al, un démon qui prépare l’invasion de la terre et l’avènement de son maître : le mal Suprême. Deux ans plus tard, Ba’al n’a toujours pas digéré son échec quand arrive enfin l’heure de la revanche. Et c’est ainsi que Samuel et son chien Boswell se retrouvent propulsés en enfer… Ba’al n’en fera qu’une bouchée ! Promis, juré.

Mais il oublie un peu vite les ressources insoupçonnées de Samuel et de ses compagnons d’infortune : quatre nains énervés, deux agents de police tatillons et un marchand de glaces. Et puis Samuel pourra aussi compter sur le soutien d’une vieille connaissance : Nouilh, petit démon aussi gaffeur que poltron. Qui donc, à la fin, se fera sonner les cloches ?

ENFER HORS-SENTIER
*Dans le chaos et le fracas qui avaient suivi l’échec de
l’invasion, personne n’avait remarqué que deux
phacochères nommés Shan et Gath avaient disparu,
et qu’il y avait donc deux paires de bras en moins
pour jeter des pelletées de charbon dans les grands
brasiers de l’enfer.*
(Extrait : LES CLOCHES DE L’ENFER)

LES CLOCHES DE L’ENFER est un livre aussi étrange que fascinant. Le titre ne prend sa véritable signification que vers la fin du récit. Ce livre est la deuxième partie de la saga de Samuel Johnson. N’ayant pas trouvé la première partie (LES PORTES), je me suis rabattu sur la deuxième qui peut se lire indépendamment. Je précise aussi que l’auteur fait un retour sur le premier volet donc le confort avec l’histoire s’installe rapidement.

Voyons rapidement l’histoire. Deux ans après avoir déjoué les plans diaboliques de Ba’al, incarné dans le récit par l’horrible madame Abernathy, Samuel et son chien Boswell sont subitement propulsés en enfer par Abernathy, fort désireuse de finaliser son plan de vengeance afin de se réconcilier avec le Mal Suprême.

Mais Samuel a des ressources et des amis aussi : quatre nains énervés, deux agents de police, un marchand de glace et Nouilh, un petit démon maladroit mais très sympathique. Il est évident que tôt ou tard, quelqu’un quelque part va se faire sonner les cloches.

C’est un livre très original et comme je le précise au début, il est un peu étrange, mettant en scène des personnages disparates dans un univers peuplé de créatures bizarres et où règne le mal évidemment avec le grande Maître du Mal et ses lieutenants dont Abigor et Abernathy.

Ce sont des noms qui évoquent la trahison, la soif de pouvoir et un ardent désir d’envahir la terre pour en faire une prolongation de l’enfer. Cet univers a été bien imaginé. Il y a un petit quelque chose de folklorique dans le récit. L’auteur étant Irlandais, il ne faut peut-être pas trop s’en surprendre,

Ce n’est pas un livre qui va vous donner des cauchemars bien au contraire. Le sens de l’humour de Connolly est particulièrement aiguisé partout : le titrage, le texte et les renvois en bas de pages qui à eux seuls consacrent le caractère rafraîchissant de l’ouvrage :

*Pas même le travail des démons les plus nuls comme Dhïnhg-Dhônhg, le démon des gens qui sonnent à la porte quand on est sur le point de passer à table; Woüa, le démon des choses mortes qui flottent dans la soupe (et du proverbial cheveu dans la soupe)…Plouf, le démon des choses qui coulent quand il vaudrait mieux qu’elles remontent à la surface et grrrin’s’Äbl, le démon qui bloque les engrenages.* (Extrait)

Donc l’humour est omniprésent. À cela s’ajoute une plume fluide et très descriptive, beaucoup d’imagination, un fil conducteur efficace et le concept de l’enfer imaginé par l’auteur m’a agréablement surpris. L’enfer est au cœur de l’aventure mais Connolly y a laissé un petit message à l’effet qu’il y a toujours de l’espoir et même lorsqu’elle devient des plus improbable, la rédemption est toujours possible :

*…Il arrive même que le Bien naisse du Mal…Et le Mal, comme l’épisode du forgeron l’a démontré, contient toujours en lui-même la possibilité de sa propre rédemption.* (Extrait)

Côté faiblesse : le récit est bien structuré mais l’émotion manque à l’appel. La finale m’a semblé expédiée. Le récit accuse aussi quelques longueurs et le début est un peu lent. À part, peut-être Samuel, j’ai eu de la difficulté à m’attacher aux personnages. Mais en général l’originalité a le dernier mot avec l’humour omniprésent et souvent subtil de l’auteur.

Quant aux Cloches de l’enfer, je vous laisse découvrir ce qu’elles annoncent. Ce n’est vraiment pas un livre méchant bien au contraire. LES CLOCHES DE L’ENFER est un livre jeunesse mais les adultes y trouveront aussi de quoi se divertir.

Suggestion de lecture : LES NEUF CERCLES, de R.J. Ellory

John Connolly est un écrivain irlandais. Il est surtout connu pour sa série de romans mettant en vedette le détective privé Charlie Parker. Avant de devenir un romancier à temps plein, John Connolly travaille comme journaliste, barman, fonctionnaire du gouvernement local, serveur et coursier au grand magasin Harrods à Londres.

Il devient rapidement frustré par la profession, et commence à écrire « Every Dead Thing » (Tout ce qui meurt) pendant son temps libre qui obtient un Shamus Award. Le site officiel de John Connelly est en anglais mais j’ai beaucoup apprécié ma visite, en particulier l’imposante bibliographie du créateur de Charlie Parker. Allez voir.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 2 février 2020