CRIMES À LA LIBRAIRIE, collectif de nouvelles

*L’heure est venue. Discrètement, il prend un verre de vin rouge et y laisse tomber
quelques gouttes de funeste poison. Un convive le regarde d’un air réprobateur
mais poli. -C’est pour ma pression artérielle…
(Extrait : UN CADAVRE AU CRÉPUSCULE de Robert Soulières, du recueil CRIMES À LA LIBRAIRIE, Éditions Druide, 2014, 734 pages)

CRIMES À LA LIBRAIRIE est un recueil de seize nouvelles écrites par des auteurs québécois sous un thème unique. La meilleure façon de décrire cet ouvrage est encore de citer le réalisateur du projet Richard Migneault: *Je vous invite donc…à rencontrer ces seize écrivains de chez nous pour nous amener ailleurs au cœur même de leur imaginaire. Pour stimuler leur créativité et votre curiosité, je leur ai donné un devoir pas très facile à réaliser…faire de la librairie une véritable scène de crime, transformant du coup chaque livre qui s’y trouve en témoin de l’énigme, du suspense, de l’insoutenable* 

Cette anthologie regroupe autant d’auteurs de renoms que ceux les plus prometteurs de la relève. La crème de la littérature québécoise y est. Polars, récits noirs et frissons au programme.

LES NOUVELLES :
-PUBLIC CIBLE de Patrick Sénécal
-LE LIBRAIRE ET L’ENFANT de Martine Latulippe
-UNE LONGUE VIE TRANQUILLE de Martin Michaud
-LE PSAUME DU PSOQUE de Benoît Bouthillette
-DES HEURES À LA LIBRAIRIE de Chrystine Brouillet
-UN CADAVRE AU CRÉPUSCULE de Robert Soulières
-L’HOMME QUI DÉTESTAIT LES LIVRES de Sylvain Meunier
-PERINDE AC CADAVER d’André Jacques
-JUNGLE JUNGLE de Jacques Coté
-DERNIER CHAPITRE AU BOOKPALACE de Florence Menay
-MON COMBAT de Mario Bolduc
-233°C de Johanne Seymour
-ROUGE TRANCHANT de Camille Bouchard
-LE PALMARÈS de Richard Ste-Marie
-DEMI-DEUIL d’Arianne Gélinas
-RARES SONT LES HOMMES de Geneviève Lefebvre

La mort entre les livres
*-Oui je vais signer.
-Bon là tu parles. Good man!
Robinson griffonna deux mots
«fuck off»

et remit la feuille à Bennet. En
voyant l’affront de ce jeune
insolent, il devint rouge de colère.
(Extrait de JUNGLE JUNGLE de Jacques
Côté, du recueil CRIMES À LA LIBRAIRIE)

CRIMES À LA LIBRAIRIE est le fruit d’une très intéressante expérience dirigée par Richard Migneault qui a réuni 16 auteurs québécois autour d’un thème bien précis : un crime dans une librairie, sujet original s’il en est car avec son atmosphère tamisée, son calme bucolique et l’attraction qu’elle exerce sur les esprits en quête de mots et d’histoires, la librairie est un endroit qui ne se prête pas beaucoup au meurtre.

Ce thème est une trouvaille qui a mis en lumière tout le talent des auteurs sélectionnés et bien sûr la puissance de leur plume. L’objectif de l’expérience est simple : faire connaître l’univers du polar québécois et le résultat a donné une remarquable anthologie qui m’a accroché car elle m’a permis de faire des découvertes très intéressantes.

Bien sûr j’y ai retrouvé des auteurs avec lesquels j’étais déjà familier comme Patrick Sénécal, Robert Soulières, Christine Brouillet et Martin Michaud, mais j’ai aussi découvert des auteurs qui m’ont surpris et mon donné le goût d’explorer davantage leur œuvre et leur style comme par exemple Geneviève Lefèbvre dont la nouvelle RARES SONT LES HOMMES est particulièrement oppressante.

En ce qui me concerne, la qualité des textes va de très bonne à excellente. Les textes varient beaucoup en intensité, en recherche et en originalité. Comme dans tous les recueils, il y a des bonnes nouvelles, il y en a de moins bonnes. Je ne prétends pas vous dire quelles sont les meilleures mais j’ai particulièrement accroché sur la nouvelle de Martine Latulippe LE LIBRAIRE ET L’ENFANT.

Développer une histoire de meurtre dans une librairie demandant déjà beaucoup d’imagination, y impliquer un enfant rend encore plus complexe le défi littéraire sur le plan contextuel…un défi bien relevé par L’auteure qui se spécialise dans la littérature pour enfants. C’est ce qu’on pourrait appeler une double-vie littéraire.

J’ai aussi beaucoup apprécié la nouvelle d’Ariane Gélinas DEMI-DEUIL, un récit basé sur le parfum de la libraire, qui exhale jusqu’à rendre fou. Cette nouvelle n’est pas sans me rappeler l’œuvre célèbre de l’écrivain allemand Patrick Süskind LE PARFUM dont j’ai déjà parlé sur ce site. Comme je l’ai déjà précisé, décrire une odeur avec justesse et émotion est déjà un énorme défi.

Suggestion de lecture : 17 NOUVELLES ENQUÊTES DE SHERLOCK HOLMES, recueil d’Arthur Conan Doyle


Martine Latulippe à gauche et Ariane Gélinas

Je crois que grâce à l’initiative de Richard Migneault, la littérature québécoise s’est enrichie d’un fleuron qui place le polar québécois au rang de littérature de haut niveau. Il serait intéressant de répéter l’expérience avec des auteurs québécois en émergence. Les résultats pourraient être fort intéressants.

Directeur d’école à la retraite, Richard Migneault est un défenseur de la littérature québécoise. Animateur du blogue POLAR, NOIR ET BLANC et coordonnateur des Prix TENEBRIS des PRINTEMPS MEURTRIERS DE KNOWLTON, il s’est donné pour mission de faire connaître les auteurs québécois de polar en Amérique et en Europe. Il intensifie sa mission en réunissant 16 écrivains québécois autour d’un même thème, ce qui nous a donné l’excellent recueil CRIMES À LA LIBRAIRIE.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
JANVIER 2016

AU FIL DU RASOIR, le livre de KARIN SLAUGHTER

*La pureté, lui dit Tolliver, dis-moi
ce que ça signifie dans les relations
pédophiles…-J’ai eu ta dame au bout
du fil tout à l’heure, elle aussi elle
m’a parlé de pureté…c’est une affaire
de castration, exact?*
(extrait de AU FIL DU RASOIR, Karin Slaughter,
t.f. Éditions Grasset et Fasquelle, 2004, éd.
num. 344 pages)

AU FIL DU RASOIR est le récit d’un enchaînement dramatique : une adolescente nommée Jenny pointe une arme sur un garçon de son âge et menace de le tuer. Un policier abat la jeune fille. Entre temps, Sara, un médecin légiste, découvre dans les toilettes de l’établissement où se déroule le drame, le corps d’un fœtus d’à peine quelques semaines. Pour Sara et son ex-mari, le chef de la police Jeffrey débute une enquête complexe et éprouvante pour tenter de comprendre le comportement de Jenny et savoir de qui est le fœtus. Sara et Jeffrey croyaient avoir une idée de ce qu’est l’horreur. En fait, ils n’en avaient qu’un tout petit aperçu. Comprendront-ils comment on peut descendre aussi bas?

Dérangeant mais réaliste…
(âmes sensibles et fragiles s’abstenir)
*-Putain de pervers beugla-t-il, puis il
froissa le magazine entre ses mains
et le lança contre le mur. Qu’est-ce qui
se passe par ici,  bordel?  Cria-t-il. Elle
vit palpiter une veine de son cou. –Combien
de gosses sont impliqués dans cette histoire?
(extrait de AU FIL DU RASOIR)

AU FIL DU RASOIR est un récit très noir, d’autant qu’il touche des cordes extrêmement sensibles de la conscience collective : pédophilie, viol de mineurs, inceste, agressions, mutilation. L’ambiance y est sordide, opaque. Malgré tout, l’auteur a bâti son histoire en évitant de tomber dans le piège du sensationnalisme à outrance.

Au début du livre et jusqu’au milieu à peu près, j’étais irrité par de nombreux passages qui me semblaient vides, exagérément étirés. Dans la deuxième moitié du livre j’ai compris que ces passages permettaient au lecteur de respirer un peu et de se remettre un peu des horreurs auxquelles il est soumis. C’est un livre qui ébranle, qui prend à la gorge mais je crois qu’il a été écrit avec finesse et intelligence.

La plume puissante voire impitoyable met en perspective l’originalité du sujet développé. Karine Slaughter  a réussi à imprégner à son roman de la sensibilité, de l’humanisme et de l’empathie, ce qui apporte un bel équilibre par rapport au caractère terrifiant du sujet traité : la pédophilie, un thème complexe, d’autant que dans AU FIL DU RASOIR, les agresseurs sont des femmes. Cet angle de la pédophilie est peu connu et très rarement développé dans les romans. C’était sans doute pour l’auteure un gros défi à relever.

Je dois vous prévenir que la finale du livre risque de vous choquer, moi elle m’a carrément enragé.  Je ne peux évidemment pas vous dire en quoi elle consiste mais je préciserai tout de même que la conclusion apportée au récit est tout à fait plausible, réaliste.

Bien que je ne conseille pas ce livre aux lecteurs sensibles ou fragiles, je veux préciser que l’auteure a évité les descriptions juteuses et suggestives. Le livre est très bien écrit et n’est pas sans suggérer une profonde réflexion sur un travers humain particulièrement aberrant qui s’écarte complètement de toute logique et de toute cohérence morale : la pédophilie.

En conclusion, AU FIL DU RASOIR est un polar aussi excellent que terrifiant mettant en scène des personnages dont quelques-uns sont d’une authenticité désarmante. J’ai apprécié  la lecture de ce livre même si elle m’a un peu ébranlé.

Suggestion de livre : LE RASOIR D’OCKHAM de HENRY LOEVENBRUCK

Karin Slaughter, née le 6 janvier 1971 est une écrivaine américaine originaire de Géorgie  qui s’est spécialisée dans le roman policier. Au moment d’écrire ces lignes, elle vit à Atlanta Son premier roman MORT AVEUGLE publié en 2003 devient rapidement un best-seller traduit dans plusieurs pays. Elle y installe une intrigue puissante qu’elle développera par la suite dans AU FIL DU RASOIR, À FROID et INDÉLÉBILE avec ses personnages fétiches : Jeffrey Tolliver, le chef de la police et Sara Linton, médecin légiste. Ces deux héros évoluent dans une région imaginaire : Grant county. 

BONNE LECTURE
JAILU
MARS 2015

REGISTRE DES MORTS, de PATRICIA CORNWELL

*…J’aime les émissions sur les crimes et les suspenses, parce que, en général, je sais toujours qui a fait le coup. Mais après ce qui vient de m’arriver, je ne suis pas
certaine de pouvoir un jour regarder à nouveau des choses violentes…*
(extrait de REGISTRE DES MORTS, Patricia Cormwell, Éditions des deux Terres, 2008)

Kay Scarpetta et sa nièce Lucy, aidées par l’incontournable Pete Marino ouvrent un cabinet de médecine légale à Charleston en Caroline du sud. Scarpetta n’est pas la bienvenue. Elle entre en conflit avec des notables du milieu et le tout coïncide avec une accumulation de meurtres sordides.

Le seul lien susceptible de faire avancer Scarpetta dans sa difficile enquête est une mystérieuse psychiatre : Marylin Self, personnage excentrique et instable qui en sait beaucoup sur l’énigmatique Marchand de sable qui aurait perpétré ces meurtres. Une affaire très nébuleuse pour Scarpetta et surtout, très dangereuse.

UN CASSE-TÊTE POUR KAY

Il y a longtemps que je voulais faire la connaissance de Kay Scarpetta, le personnage central de l’oeuvre de Patricia Cornwell. Voilà…j’ai été servi. Bien que ce ne soit pas obligatoire pour apprécier un livre, il m’a été impossible de m’attacher à ce personnage plutôt froid et à la personnalité complexe.

C’est une femme extrêmement compétente dans son domaine, la médecine légale, mais difficile d’approche et qui entretient des relations compliquées avec son entourage, en commençant par son fiancé, avec sa nièce et avec son environnement en général et je dois dire que l’auteure ne l’a pas doté d’une grande sensibilité.

Je termine toujours mes livres, mais avec REGISTRE DES MORTS, je dois avouer que j’ai trouver le temps un peu long. l’intrigue est tentaculaire. Elle nous entraîne dans toutes sortes de directions, et de fausses pistes en fausses pistes, on s’y perd.

Ce n’est qu’au quatrième quart du livre que j’ai compris où l’auteure voulait en venir et là je suis devenu captif. Il faut être patient et se concentrer car le fil conducteur de l’histoire est plutôt mal entretenu. Il y a des longueurs, notamment sur l’état d’âme des personnages.

Je dois préciser toutefois, au profit de Patricia Cornwell que l’intrigue qu’elle propose n’est pas conventionnelle car elle repose sur la médecine légale, auxiliaire précieux de la justice mais qui est aussi une science poussée, aussi complexe que précise.

J’en ai beaucoup appris à ce sujet en lisant REGISTRE DES MORTS: les techniques d’autopsie, les prélèvements d’ADN et l’analyse de la moindre particule qui peut aider à faire avancer une enquête. Les sciences légales sont devenues capitales pour la conclusion des enquêtes criminelles et en développer les aspects dans un roman est un défi très intéressant.

C’est un bon thriller mais pas plus. Vous l’apprécierez peut-être à la condition d’être patient et ouvert parce que l’histoire est longue et compliquée. Il se pourrait même que, comme moi, vous soyez obligé de revenir en arrière pour mieux comprendre les voies empruntées par l’auteure.

Il est probable que je n’ai pas choisi le livre idéal pour faire la connaissance de Kay Scarpetta car je sais que Patricia Cornwell a habitué ses lecteurs et lectrices à des histoires bien ficelées et captivantes, c’est du moins ce que je conclue à la lumière des chiffres de vente et des critiques.

Si vous voulez aussi connaître Kay Scarpetta, je vous suggère de commencer par autre chose que REGISTRE DES MORTS (même ce titre est étrange car son lien avec l’histoire n’est pas évident). Vous trouverez à la fin de cet article des titres qui pourraient peut-être vous accrocher comme POST MORTEM par exemple, qui semble pour moi, un titre prometteur pour un avenir indéterminé.

Suggestion de lecture : AMERICAN GODS, de Neil Gaiman

Patricia Cornwell est née à Miami en Floride et réside maintenant dans le Massachusetts. Elle a été journaliste mais son poste d’informaticienne à l’Institut médico-légal  de Richmond, Virginie l’a définitivement inspiré dans sa carrière de romancière.

Elle a créé le personnage qui deviendra le pilier de son œuvre : Kay Scarpetta, pathologiste, médecin légiste, une femme énergique et brillante. Son premier roman, POSTMORTEM publié en 1990 a obtenu de nombreux prix dont le prestigieux EDGAR POE AWARD. REGISTRE DES MORTS lui a valu en 2008 le GALAXY BRITISH BOOK AWARD remis pour la première fois à une américaine.

De la même auteur :

BONNE LECTURE

JAILU/Claude Lambert

AOÛT 2014