MICRO, de MICHAEL CHRICHTON et RICHARD PRESTON

N’ayant envie ni de se retrouver arrosés
Ni de servir de repas au scarabée, ils
Cessèrent de parler et restèrent immobiles
Pendant que l’insecte poursuivait son chemin,
Visiblement en quête d’une proie. Soudain…
(extrait de MICRO de Michael Crichton et
Richard Preston, éditions Robert Laffont, 2012)

Après la mort de Michael Crichton en 2008, on a découvert sur son ordinateur, la première ébauche du roman MICRO, un document incomplet mais très riche en possibilités. L’éditeur a demandé à un grand admirateur de Crichton, Richard Preston, d’écrire la suite de l’histoire.

Preston y a vu une possibilité de rendre hommage à l’auteur prolifique et d’un talent exceptionnel qu’est Michael Crichton, le père de JURASSIC PARK. Le livre a été publié à titre posthume à la fin de l’année 2011 et a rapidement été classé Bestseller.

À Honolulu, une mystérieuse société de bioprospection : Nanigen,  attire dans ses filets de recrutement sept étudiants venus de Harvard. En réalité, cette société opère un mystérieux appareil qui lui permet de réduire objets et créatures vivantes à l’état microscopique.

Le directeur de Nanigen, Vin Drake, corrompu et sans scrupules, cache aux nouveaux venus les véritables raisons de leur venue à Nanigen, entre autres la fabrication de micro robots qui peuvent devenir rapidement meurtriers et hors de contrôle.

Très vite, les étudiants en savent trop. Ils sont miniaturisés et abandonnés dans la forêt tropicale. Commence alors pour les jeunes scientifiques une lutte impitoyable pour survivre à une nature cruelle et échapper à Vin Drake, prêt à tout pour se débarrasser de témoins gênants.

Ce livre est une variation d’un thème déjà largement exploité dans la littérature de science-fiction, au cinéma (avec entre autres le classique de Richard Fleischer LE VOYAGE FANTASTIQUE sorti en 1966) et à la télévision (avec la série-culte créée par Irwin Allen dans les années 60 : AU PAYS DES GÉANTS et bien sûr l’œuvre immortel de Jonathan Swift LES VOYAGES DE GULLIVER, adapté une nouvelle fois à l’écran par Rob Letterman en 2010.) Ce thème est celui de la miniaturisation.

Même si Richard Preston  a écrit à peu près les deux tiers du roman, on reconnaît aisément l’empreinte littéraire de Michael Crichton quant à l’esprit et à l’écriture. Le thème développé est aussi cher au cœur de l’auteur d’origine. MICRO me rappelle d’ailleurs à plusieurs égards JURASSIC PARK : des êtres humains continuellement confrontés au gigantisme d’une nature jugée cruelle et impitoyable.

Il n’y a pas de dinosaures ici mais c’est tout comme…les étudiants réduits à quelques millimètres doivent affronter les insectes, des plantes naturellement équipées pour se défendre et sont menacés aussi par les cruels effets de la désaturation, ce qu’on appelle LA MALADIE DES CAISSONS, conséquence directe de la miniaturisation.

Ajoutez à cela une crapule prête à vendre son âme au diable et vous obtenez un mélange explosif. Le thème est usé évidemment mais Crichton  a ce don, magnifiquement entretenu par Preston, de garder captif le lecteur en l’entraînant de rebondissement en rebondissement et en maintenant constante l’intensité de l’intrigue. J’ai aussi été séduit par la description de l’environnement dans l’infiniment petit.

L’auteur ne se limite pas aux extrêmes dangers que représente cet environnement mais aussi à sa beauté. L’histoire est crédible du seul fait d’un équilibre parfait entre la fiction et la réalité scientifique auquel s’ajoute une intensité dramatique *accrochante* .  Preston ne pouvait rendre plus bel hommage à Michael Crichton.  Vous ne serez pas déçu.

Pour en savoir plus sur les auteurs, consultez le site officiel de Michael Crichton. Il est en anglais, mais il vaut le coup d’œil :    http://www.crichton-official.com/

Et pour Richard Preston, consultez http://richardpreston.net/

Suggestion de lecture : A COMME APOCALYPSE de Preston et Child

BONNE LECTURE
Claude Lambert

LE RASOIR D’OCKHAM, livre d’HENRY LOEVENBRUCK

« …Mais en gros, le centre de la terre reste

Suffisamment inconnu pour que des

Occultistes puissent imaginer n’importe quoi… »

Extrait de *LE RASOIR D’OCKHAM* par Henri Loevenbruck, Flammarion 2008 


RASOIR D’OCKHAM :

Vieux principe philosophique et mathématique qui veut que lorsque deux hypothèses entrent en compétition pour la solution d’un même problème, l’hypothèse la plus simple est la meilleure…

L’histoire est celle d’Ari Mackenzie, policier analyste controversé de la Direction Centrale des renseignements Généraux. Mackenzie doit enquêter sur des meurtres en série particulièrement sordides commandités par une secte sanguinaire surgie du passé.

Pour avancer dans cette affaire, probablement la plus complexe et la plus violente de sa carrière, Mackenzie doit interpréter six pages d’un célèbre manuscrit du XIIIe siècle : le célèbre carnet de Villard de Honnecourt.

Ce document énigmatique aurait un lien avec les Compagnons du Devoir, un groupe occulte prêt à tout pour redécouvrir ce secret oublié du Moyen-âge et susceptible de déchaîner une incroyable violence. Le défi de Mackenzie :  arrêter ces fanatiques  sans scrupules avant qu’ils ne mettent en place leur sinistre dessein.

Rien de neuf et de vraiment original dans cette saga de Loevenbruck qui rappelle étrangement les histoires de Dan Brown … exactement la même recette :  un personnage principal spécialiste des sectes et de l’occultisme, des meurtres dégueulasses, un secret dangereux que veut percer une secte d’illuminés, des héros qui passent d’une énigme à l’autre, évoquant un jeu de piste et bien sûr, la femme de l’histoire qui vient ajouter une petite touche romantique. 

J’aime mieux vous le dire tout de suite, bien que le livre de Loevenbruck ait quelques forces, Brown est infiniment supérieur,  plus subtil, plus intriguant, et un peu plus réaliste. Ma déception vient principalement de trois faits qui m’ont sauté aux yeux : le style est beaucoup trop emprunté, l’histoire est un peu tirée par les cheveux, et la finale, bien qu’elle annonce une suite, évoque ce que je pourrais qualifier de superbe queue de poisson.

Mais tout n’est pas noir… il y a quand même des éléments intéressants qui m’ont gardé le nez dans le livre. Les chapitres sont assez courts et plusieurs sont d’une grande intensité. Il y a de l’action et du mystère ainsi qu’une description intéressante des lieux historiques.

Si vous êtes amateurs d’occultisme, de mystères et d’intrigues évoquant un péril possible de l’équilibre mondial, vous pourriez  apprécier ce livre à la condition de ne pas avoir trop d’attente car toute l’intrigue repose sur un secret qui doit être protégé même au prix de la vie. C’est une variation très ordinaire sur un thème archi connu.  Si c’est votre baptême du genre, vous pourriez vous en tirer avec une petite déception sur le manque d’envergure et sur le ptit coté *guerre de gang*. C’est lisible, mais ça s’arrête là

Suggestion de lecture : AU FIL DU RASOIR de Karin Slaughter.

JAILU
FEVRIER 2013

(En Complément…)

CODE ZÉRO, le livre de KEN FOLLETT


*Écoutez, monsieur Carroll,
L’armée n’emploierait pas Un cinglé pour un projet
Ultrasecret. En temps normal,
Luke est aussi sain d’esprit que Vous et moi. De toute évidence, Quelque chose l’a déstabilisé…* (
Commentaire sur le livre CODE ZÉRO de Ken Follet, version française de CODE TO ZERO, paru en 2001)

1958, en pleine guerre froide, un scientifique, Claude Lucas, concepteur de la fusée américaine EXPLORER 1, perd la mémoire dans des circonstances mystérieuses et se retrouve vêtu en clochard dans un milieu malfamé. Cherchant à retrouver son identité,  Lucas, surnommé Luke comprend petit à petit qu’il a été drogué et qu’il est accusé d’espionnage par un agent de la CIA prêt à tout pour l’empêcher de reconstituer son passé. Avant que sa mémoire bascule, Luke avait découvert que le lancement d’EXPLORER allait être saboté.

Pour Luke, le défi  est de taille : convaincre le Pentagone d’annuler le décollage d’Explorer, identifier le saboteur, sauver sa vie, empêcher une catastrophe majeure et remettre les États-Unis en selle dans la course à la conquête de l’espace. Mais voilà…le compte à rebours  est très mince.

Voici un livre que j’ai beaucoup aimé. Il se lit bien et vite. Les chapitres sont en réalité des séquences temporelles (temps réel), intenses, sans longueur, à part peut-être quelques inclusions sentimentales qui sont du reste toujours en lien avec le drame. Cette façon d’écrire de Follet me rend automatiquement captif…c’est une force irrésistible qui caractérise l’auteur.

Fidèle à sa tradition, Follet s’est basé sur un évènement historique pour imaginer son histoire. En effet, il faut se rappeler que le 29 janvier 1985, le lancement d’Explorer avait été annulé et reporté, soi-disant pour des raisons météorologiques, alors que le temps était magnifique sur Cap-Canaveral.

J’aimerais préciser aussi que ce livre est bien documenté politiquement et scientifiquement. En effet, Follet met très bien en perspective le contexte de la guerre froide, l’intensification de l’espionnage et les moyens fantastiques déployés pour développer le contre-espionnage.

D’autre part, Follet met aussi en évidence le défi scientifique extraordinaire que représente la conquête de l’espace en donnant des caractéristiques de la fusée au début de chaque séquence temporelle du roman. Pour moi ça a un ptit coté génial parce que le déroulement de l’histoire est libre de détails scientifiques et techniques encombrants et compliqués.

C’est un livre non seulement divertissant, mais crédible…une lecture agréable que je n’hésite pas une seconde à vous recommander.

Suggestion de lecture : APOCALYPSE SUR COMMANDE de Ken Follet

Bonne Lecture

Claude Lambert
Février 2013

(En Complément…)

LE DERNIER DES MOHICANS, FENIMORE COOPER

En fait, il ne nous a jamais vraiment quitté, le grand JAMES FENIMORE COOPER qui vécut de 1789 à 1851 et qui nous a laissé entre autres un des plus beaux fleurons de la littérature américaine dont je veux vous parler aujourd’hui :

L E   D E R N I E R   D E S   M O H I C A N S

« Ce que c’est, ce que ce n’est pas, nul ici ne saurait le dire. Pourtant, Chingachgook et moi, depuis trente ans que nous parcourons la forêt, avons entendu toutes les sortes de cris de bêtes sauvages ou d’indiens. Mais là, je suis pris de court… » 

Œil de Faucon Longue Carabine
Extrait de *LE DERNIER DES MOHICANS
Par Fenimore Cooper (1826)
(Gallimard)

LE DERNIER DES MOHICANS est le tome 2 du cycle des histoires de BAS-DE-CUIR de Fenimore Cooper. Le cycle comprend 5 romans historiques parus entre 1823 et 1840 : Le tueur de daim, Le dernier des Mohicans, Le lac Ontario, Les Pionniers et La Prairie

L’œuvre raconte l’histoire du chasseur blanc Natthaniel Bumppo, surnommé Natty, dit Bas-de-cuir, dit Longue Carabine dit Œil-de-Faucon.

LE DERNIER DES MOHICANS met en scène, outre Œil-de-Faucon, deux personnages forts attachants : Chingachgook, le chef Sagamore, dernier des Mohicans et son fils Uncas.

Timbres évoquant les 5 romans de la pentalogie BAS DE CUIR : Le tueur de daim, Le Dernier des Mohicans, Le Lac Ontario, Les Pionniers et La Prairie. (Wikipédia.org)

Au XVIIIème siècle, la guerre fait rage pour la conquête du Nouveau Monde entre les anglais commandés par le Général Monro et les Français commandés par le Marquis de Montcalm. Dans cette guerre sans merci, les Français ont conclu une alliance avec les Hurons, des guerriers féroces inspirés par un chef cruel et cupide.

Cette alliance donne un avantage indéniable aux Français. C’est dans ce contexte qu’un jeune officier anglais, Duncan Heyward est chargé de conduire deux jeunes filles : Alice et Cora, chez leur père, le général Monro dans son fort assiégé.

Trahi par leur guide, un indien Huron nommé Magua, dit Renard Subtil, laissés à eux-mêmes en pleine forêt, ils ne doivent leur vie qu’à un chasseur nommé Longue-Carabine par ses ennemis et Œil-De-Faucon par ses alliés, un vieux chef indien Sagamore, Chigachgook, et son fils, Uncas, le dernier des Mohicans.

Comment peuvent-ils échapper à la lutte sans merci que se livrent les Européens dans la conquête de la jeune Amérique ainsi qu’au rôle cruel que jouent les Hurons dans ce drame.

La prise de Québec, huile sur toile par Hervey Smyth, 1797

Dans LE DERNIER DES MOHICANS, Fenimore Cooper a placé ses héros dans un contexte de vécu. En effet la prise de Fort William-Henry (bastion britannique dirigé par le général Munro) en 1757 par les Français du Marquis de Montcalm est une réalité historique.

Le fait qu’un grand nombre d’anglais furent massacrés après leur  capitulation par des indiens alliés des français (Montcalm aurait fermé les yeux là-dessus ce qui a gâché un peu sa victoire et entaché son honneur de soldat) est aussi une réalité historique.

Et, faut-il le rappeler, deux ans après ces évènements dramatiques, Louis de Saint-Véran, dit Marquis de Montcalm trouvera une mort héroïque lors de la bataille des Plaines d’Abraham qui marquera le début de la conquête britannique et la fin du régime Français en Nouvelle France.

J’ai lu l’ensemble de la quintalogie BAS-DE-CUIR mais j’ai été subjugué par le tome 2 : LE DERNIER DES MOHICANS. 

Plusieurs éléments m’ont fasciné dans ce roman. Outre le fait que Cooper décrit un évènement qui participe activement au tissage d’une toile qui deviendra énorme (la naissance des États-Unis d’Amérique en 1783), l’écrivain donne à ses personnages une force de caractère remarquable.

Bien sûr, je ne peux pas vous le cacher, Œil-De-Faucon est énervant par moment. Il est vantard, il est bavard mais il est d’une loyauté indéfectible, doté d’un sens de l’amitié poussé, voire altruiste. Il peut être mufle, mais il est d’une bravoure sans faille. Il sait même se montrer sensible. La façon dont il décrit son pays de lacs, de rivières de forêts riches en gibiers et en essences pousse parfois à la poésie.

Chingachgook, le grand Sagamore et son fils Uncas, le personnage le plus attachant du roman de Cooper sont les derniers Mohicans, amis d’œil de Faucon, vénérant tous les fruits du créateur sauf les Hurons et les Français. Ce sont des êtres intérieurs d’une très grande sagesse, forts, habiles et  fidèles en amitié. Ils parlent peu mais leurs actes témoignent de l’amour de leur terre et de leur peuple et d’un sens développé de la justice et de la loyauté.

Comment ne pas être subjugué par la qualité de ces personnages. Bien qu’elle frôle parfois l’invraisemblance et la naïveté, l’écriture est simple mais détaillée et elle a surtout le don extraordinaire de plonger le lecteur au cœur du décor, et de lui faire adopter une contrée merveilleuse que les belligérants anglais et français s’arrachent avec peine et qui est appelé à devenir le pays le plus puissant du monde. L’auteur nous amène aussi à mieux saisir la mentalité et l’état d’Esprit des grands perdants de cette histoire : les Amérindiens.

Je vous recommande avec chaleur la lecture de LE DERNIER DES MOHICANS, une histoire aux nombreux rebondissements mais gardant fidèlement du début à la fin un caractère romanesque.

Dépaysement garanti.

Suggestion de lecture : TERRES DE SANG ET DE LUMIÈRE de Jocelyne Godard

JAILU
Janvier 2013
(En Complément…)

LE RETOUR DE FENIMORE

Bonjour à tous et à toutes,

Aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous, mon engouement pour un des
écrivains les plus cotés du XIXe siècle : Fenimore Cooper.

Admiré de ses pairs dont Balzac et Victor Hugo, Cooper a créé un des
personnages les plus populaires de la littérature américaine : Bas-de-cuir.

Je vous invite à lire mon article et plonger avec moi dans un cadre aussi dur
qu’enchanteur : le monde d’œil-de-Faucon et du Dernier des Mohicans…

Aller lire LE RETOUR DE FENIMORE

JAILU
JANVIER 2013

 

CONTRE DIEU, le livre de PATRICK SÉNÉCAL

Éditions COUP DE TÊTE, 2010

Un homme perd sa femme et ses deux enfants dans un accident de la route. Dès lors, son esprit basculera complètement, ne cédant la place qu’au chaos et à une vertigineuse descente aux enfers. Au cours de cette errance infernale, l’homme se liera d’une amitié étrange et froide avec une jeune femme qui souffre elle aussi. Violence et noirceur pourraient atteindre leur paroxysme si l’homme apprend la véritable identité de la femme.  

C’est le livre le plus étrange qu’il m’a été donné de lire. Ce livre est une longue phrase d’une centaine de pages (pas de points, pas de majuscules mais une tonne de virgules) et essentiellement livrée à la deuxième personne du singulier de l’indicatif présent dans un texte peu ventilé…une conscience qui narre à son propriétaire ses actes insensés, ses pensées détraquées.

Je me suis senti comme le lecteur transformé en une minuscule molécule injectée dans un cerveau malade et à qui on demande de trouver le fameux grain de sable qui rend patraques tous les rouages de l’esprit.. un voyage fantastique mais d’une noirceur à donner des cauchemars dans un esprit troublé.

Ce n’est pas le meilleur de Patrick Sénécal, mais ça reste du Patrick Sénécal : un récit sombre au possible, peu de répit pour le lecteur, une écriture parfois complexe qui a ce don inné chez Sénécal de créer et d’entretenir la peur et l’horreur et qui pousse inévitablement le lecteur à se demander comment un être humain peut descendre aussi bas.

C’est un récit fascinant qui risque de terroriser les cœurs sensibles. Le point culminant du livre est totalement imprévisible et relève du coup de maître.

Je recommande ce livre à ceux et celles qui, comme moi, ne dédaignent pas à l’occasion, un petit exercice de torsion intellectuelle. Traduction : c’est tordu, mais c’est génial.

Bonne Lecture

Lecture suggérée, du même auteur : LE VIDE

JAILU
Janvier 2013

(En Complément…)

CRÉATURE, le 6e livre de JOHN SAUL

Gratifié d’une promotion au travail, Blake Tanner s’installe dans la petite ville de Silverdale avec sa femme Sharon et ses enfants Mark et Kelly…cadre paisible, ville propre voire impeccable et où il ne se passe à peu près jamais rien…une ville où le sport règne en roi et maître, particulièrement le football, l’équipe locale faisant la pluie et le beau temps. Tout est parfait dans cette ville…en fait trop parfait…

Sharon développe des doutes sur ce cadre enchanteur et commence à se poser des questions sur des hurlements de douleur et de rage qu’on entend dans la nuit et sur ce qu’on fait dans les laboratoires d’une entreprise qui a tellement à cœur le bien-être de ses employés que c’est trop beau pour être vrai. 

Dans les faits, la petite ville modèle cache un secret troublant. La vie heureuse d’une petite famille sympathique pourrait bien se transformer en cauchemar.

J’ai lu plusieurs critiques négatives sur ce livre entre autres parce qu’il comporte du déjà vu, ce qui n’est pas entièrement faux. Toutefois, je vais aller à contre-courant aujourd’hui parce que ce livre m’a plu. Il se lit vite et bien grâce à l’excellente traduction de Dominique Wattwiller mais aussi parce que l’écriture est simple et directe. En effet, dans son livre, Saul va droit au but…il entre rapidement dans le vif du sujet et maintient une tension constante.

Bien que l’ouvrage ait un petit côté prévisible, il laisse peu de répit et aboutit à une conclusion originale. De plus, l’auteur a créé des personnages attachants…

Je pense en particulier auzx les mères qui passent un sale quart d’heure dans cette histoire où tout est trop parfait au départ et où on fait du sport une étrange obsession et qui amène la famille Tanner à déchanter rapidement.

Évidemment, c’est vite lu, mais je pense que vous allez passer un bon moment.

Suggestion de lecture : CELUI QUI BAVE ET QUI GLOUGLOUTE de R.C. Wagner

JAILU
Décembre 2012

(En Complément…)

LA TOUR SOMBRE, septologie de STEPHEN KING

Attends que ta légende t’ait précédé. D’autres
Que toi se chargeront de la répandre. Les idiots
ne manquent pas. Laisse-toi devancer par ta
réputation. Que grandisse ton ombre. Qu’elle
s’étoffe. Laisse-là se faire diffuse…Avec le temps,
les mots peuvent enchanter jusqu’à un enchanteur.

Le pistolero, La Tour Sombre no 1, 1993, J’ai lu

TOUR D’HORIZON

LA TOUR SOMBRE est une septologie qui m’a permis d’atteindre un peu mieux l’esprit de Stephen King. C’est une œuvre à part. Non qu’on ne reconnaît pas King, au contraire. On trouve dans LA TOUR SOMBRE de nombreux liens, et évidents encore, avec de nombreuses œuvre de KING. Pourtant, LA TOUR SOMBRE, c’est différent…comme un aboutissement où on découvre, entre autres, une symbiose parfaite entre l’auteur et ses personnages, en particulier, le personnage principal, le Héros : Rolland Deschain de Gilead, le dernier pistolero, qui rappelle un peu les personnages des films de Sergio Leone : un dur, typique du far-ouest américain et qui ne se sépare jamais de ses révolvers.

C’est une œuvre complexe, très élaborée, avec un petit quelque chose d’autobiographique et dont la réalisation a un peu souffert de procrastination…en effet, poussé au départ par sa fascination pour le Seigneur des anneaux, King a mis près de 35 ans pour réaliser LA TOUR SOMBRE. C’est très long pour un auteur aussi prolifique.

LA TOUR SOMBRE est inspirée du
Poème de Robert Browning Le Chevalier
Rolland s’en vint à la Tour Noire, publié
À la fin du dernier tome.

L’œuvre comprend donc 7 tomes :

Globalement, suite à sa rencontre avec le mystérieux homme en noir, porteur de visions d’un avenir chaotique, Rolland réalise que la Tour Sombre est malade et même en péril. La tour est un espèce de pivot central qui maintient tous les mondes en équilibre. Tous les univers sont en péril parce que la Tour est régentée par un dément qu’on appelle LE ROI CRAMOISI. Rolland entreprendra alors une quête longue et très dure : atteindre la Tour et régler le problème. Cette quête deviendra une obsession qui forcera Rolland à faire des choix très pénibles.

1)     LE PISTOLERO : C’est ici que Rolland rencontre Walter, le mystérieux homme en noir. C’est ici que Rolland décide d’entreprendre sa quête : atteindre la Tour Sombre et ramener l’équilibre entre les mondes. Il se verra attribuer trois cartes maîtresses pour l’accomplissement de cette quête.

2)     LES TROIS CARTES : Les trois cartes représentent trois personnages que Rolland devra arracher à leur monde d’origine, par le biais de portes spatio-temporelles : un toxicomane nommé Eddie, une femme aux prises avec une double personnalité nommée Suzannah et un ado nommé Jake. Ils formeront équipe avec Rolland (Ce que Rolland appelle un ka-tet) pour cheminer vers la Tour Sombre. En réalité, il sera plus compliqué de récupérer Jake. Ce n’est que dans le tome 3 que le ka-tet sera formé définitivement.

3)     TERRES PERDUES :  Ici, Rolland réussit à sauver Jake d’une mort certaine en l’arrachant à son monde pour le ramener dans le monde de Rolland. Il y parviendra en grande partie grâce à Suzannah qui devra distraire sexuellement un démon. Il s’ensuivra une grossesse qui influencera de façon importante le reste du récit. Par la suite, le nouveau Ka-tet fera la rencontre de Blaine Le Mono, un train doté d’une intelligence artificielle mais rendu fou par la dégradation de ses systèmes. Blaine menace de s’autodétruire et de tuer tout le Ka-tet si celui-ci ne réussit pas à vaincre Blaine dans un concours de devinettes.

4)     MAGIE ET CRISTAL : Dans ce tome, Rolland entreprend un long palabre. En effet, il raconte sa jeunesse à ses compagnons. Après ce discours qui dure des heures, Rolland et ses compagnons poursuivent leur quête en suivant le sentier du rayon non sans avoir déjoué le piège que leur a tendu un mystérieux personnage malfaisant : Randall Flagg. Dans MAGIE ET CRISTAL, l’auteur s’étend surtout sur la psychologie de ses personnages.

5)     LES LOUPS DE LA CALLA : Dans son cheminement sur le sentier du rayon, le Ka-tet de Rolland est intercepté par une délégation dirigée par le Père Callahan. Celui-ci demande à Rolland de les aider à combattre les Loups de Tonnefoudre, des créatures monstrueuses qui doivent bientôt venir enlever des enfants de la Calla pour les renvoyer peu de temps après à leur famille complètement décérébrés. Rolland accepte d’aider la Calla, ce qui fera faire au Ka-tet un pas de géant vers la Tour Sombre. À la fin de cet épisode, Suzannah disparaît.

6)     LE CHANT DE SUZANNAH : Les Loups de la Calla sont vaincus. Le Ka-tet doit reprendre la route non sans régler des problèmes majeurs : retrouver et récupérer Suzannah qui partage son corps avec Mia, un ancien démon, retrouver Calvin Tower, propriétaire du terrain abritant la rose qui est la représentation de la Tour dans notre monde, et retrouver un certain auteur nommé Steven King qui relate la quête de Rolland dans un livre intitulé LA TOUR SOMBRE afin de le persuader de ne pas abandonner.

7)     LA TOUR SOMBRE : après de nombreuses péripéties le ka-tet est réuni, mais péril et mort l’attendent. De nombreux devoirs sont nécessaires avant d’atteindre la tour : Mia accouche d’un monstre, il faut protéger la rose, donc la Tour Sombre elle-même, échapper aux hommes du Roi Cramoisi qui détraque les rayons de la Tour, sauver Stephen King qui est sur le point d’avoir un accident mortel (ce qui  l’empêcherait d’amener son livre LA TOUR SOMBRE à sa conclusion…inutile de dire que ce serait dramatique. Enfin, c’est au nom de ses amis morts que Rolland pénètrera enfin dans la tour.

Évidemment, ces résumés sont coupés au couteau car il serait trop long d’entrer dans les détails ici, mais ça donne une bonne idée. Il y a une grande quantité de sites qui offrent des synopsis complets. Je vous propose quelques liens à la fin de cet article.

LE MONDE À PART DE STEPHEN KING

C’est vraiment pas facile de critiquer une œuvre aussi magistrale que la Tour Sombre, mais je me lance. Pour apprécier l’ensemble, j’ai dû surmonter quelques petites manies qui m’agacent chez King, en particulier le temps et l’espace considérables qu’il investit dans la psychologie de ses personnages, spécialement dans MAGIE ET CRISTAL…j’avais parfois l’impression de me noyer dans la description des personnages, dans l’allure des décors et de l’environnement, dans la description de l’état d’esprit des héros, spécialement quand ils passent d’un monde à l’autre…pas toujours facile à suivre…je perdais le fil…il fallait parfois lire et relire. Mais j’ai été récompensé pour plusieurs raisons.

D’abord, il ne faut pas oublier que LA TOUR SOMBRE a 35 ans d’histoire. Certains chroniqueurs pensent que l’œuvre a souffert de procrastination, moi je serais plutôt enclin à penser qu’il en a bénéficié. En cours de lecture j’ai réalisé que LA TOUR SOMBRE est au Centre de l’œuvre de King. En fait la carrière littéraire de King est comparable à la TOUR SOMBRE elle-même. Si la tour est un pivot qui garde les mondes en équilibre, elle est aussi le centre référentiel de l’ensemble de l’œuvre de King car elle est liée à la plupart de ses livres, directement ou indirectement. Il me vient à l’esprit des titres comme LE FLÉAU (1978), SALEM (1975) et INSOMNIE (1994). Ce sont les exemples les plus frappants peut-être, mais pour faire bref, je crois que dans tous les livres de King, il y a un petit peu de la TOUR.

Autre élément important dans l’œuvre de King : la force de caractère de ses personnages, on s’y attache vite, même à l’imprévisible Suzannah. S’ils sont forts et racés, ils sont aussi profondément humains, même Rolland qui est probablement le personnage le plus complexe. Je pense en particulier à Jake, un jeune ado à qui on demande de *maturer* un peu trop vite. La nature même de ses personnages nous plonge et nous maintient dans l’histoire. On pense à eux, on tremble pour eux, on a de l’affection pour eux…et on espère pour eux… (attendez-vous à des moments déchirants dans le tome 7).

Mon dernier élément majeur réside dans le fait que King s’est immiscé personnellement dans son œuvre. Au départ, ça m’a agacé de le voir apparaître dans l’histoire, mais en lisant consciencieusement l’histoire, j’ai compris qu’à défaut d’être géniale, c’était une excellente idée. En effet, si King a pris autant d’années pour conclure son œuvre (35), c’est que l’histoire était en danger…le danger de ne jamais aboutir. Donc si Rolland était obsédé à l’idée de sauver la Tour, il devait forcer l’auteur à boucler la boucle….c’est bien pensé…

Enfin brièvement, malgré des longueurs et l’étendue des détails, l’écriture est vivante, les personnages intenses et dans l’ensemble, le lecteur ne peut qu’être captif…c’était mon cas.

Enfin, je rappelle que LA TOUR SOMBRE a été adapté à l’écran. Voir les détails ici.

Suggestion de lecture : LA CHAMBRE DES MERVEILLES de Julien Sandrel

Bonne lecture

Claude Lambert
Décembre 2012

(En Complément…)

LE MONDE À PART DE STEPHEN KING

Bonjour amies lectrices. Bonjour amis lecteurs.

Je vous propose cette fois la lecture d’une œuvre qui sort vraiment de l’ordinaire.

LA TOUR SOMBRE, œuvre de Stephen King en sept volumes est un long et passionnant voyage dans des mondes accessibles par des brèches spatio-temporelles…des mondes bouleversés et chaotiques.

LA TOUR SOMBRE, c’est aussi et surtout une odyssée dans l’esprit humain, une recherche constante de l’équilibre.

LA TOUR SOMBRE, c’est *L’œuvre qui explique l’œuvre*.

De tout ce qui est issu du génie de King, LA TOUR SOMBRE est vraiment un monde à part.

Je vous invite à lire mon article pour partir à votre tour à la découverte de LA TOUR SOMBRE. Il se pourrait que ça vous occupe les yeux et l’Esprit un bon moment en 2013…

Aller lire l’article LA TOUR SOMBRE DE STEPHEN KING

JAILU
DÉCEMBRE 2012

MAGICIEN L’APPRENTI, LA GUERRE DES FAILLES

Commentaire sur le livre de
Raymond E. Feist

L’histoire est celle de PUG, un ado orphelin recueilli au duché de Crydee. Un jour, alors qu’il a 15 ans, il est choisi par le magicien Kulgan pour être son apprenti. Après avoir sauvé la vie de La princesse Carline, il est anobli et devient châtelain. Il s’entraîne à la magie et développe graduellement des pouvoirs inimaginables.

La vie de Pug deviendra beaucoup plus aventureuse à partir du jour où son royaume sera menacé par le monde Tsuranni : un peuple conquérant et sans pitié. Avec son ami Tomas, son maître Kulgan et le duc Borric, PUG aura fort à faire pour organiser la défense du royaume. Le destin de PUG est donc de sauver le monde de cette menace qui n’est rien d’autre que la guerre, la destruction, le chaos.

Dans ce livre, tous les éléments classiques sont réunis pour un bon roman *fantasy*. Ce sont les ingrédients d’une recette qui n’est pas sans rappeler LE SEIGNEUR DES ANNEAUX : des magiciens, des Elfes, des nains (ils sont mineurs eux-aussi et creusent dans une montagne comme dans les mines de la Mauria du Seigneur des Anneaux), des dragons, des créatures étranges et bien sûr, la menace constante de plonger le monde libre dans les ténèbres. Bien sûr, c’est un ouvrage moins complexe, moins raffiné et moins poétique que celui de Tolkien, mais cette histoire de Feist comporte une belle somme de forces intéressantes.

Ce livre m’a plu à plusieurs égards. En premier lieu, l’authenticité des personnages. D’abord PUG, le genre qu’on aimerait avoir comme ami ou petit frère, intelligent, d’abord vulnérable mais gagnant graduellement en courage et en audace au cours de l’histoire. On ne peut faire autrement que de le trouver sympathique et attachant. Il y a aussi son ami Tomas, soldat en devenir et qui force lui aussi la sympathie et l’admiration, et Carline, jeune princesse au caractère capricieux et imprévisible.

On y trouve aussi quantités d’autres personnages qui ont tous un petit quelque chose qui mobilise la sensibilité du lecteur, de la lectrice.

Autre élément intéressant : je crois que l’auteur a donné du corps à son récit en détaillant (sans excès) l’environnement du royaume, sa politique et les intrigues de cour, son actualité et surtout la pensée et la façon de faire de ses stratèges militaires.

L’écriture de Feist est simple, sans jamais sombrer dans la naïveté. Il a su empreindre à son récit de l’émotion et de la chaleur et donner à ses personnages un caractère profondément humain.

Je crois que vous ne serez pas déçu.

Suggestion de lecture : AGRIPPA, M. Rossignol et J.P. Sainte-Marie

JAILU
NOVEMBRE 2012

(En Complément…)