GHETTO X, Martin Michaud

Ayant démissionné des crimes majeurs, Victor Lessard accepte de donner ses impressions à son ancienne partenaire, Jacinthe Taillon, sur la scène du meurtre d’un journaliste d’enquête. En parallèle, son mentor, Ted Rutherford, lui fait une révélation troublante à propos du passé de son père, Henri Lessard. Pris pour cible dans un attentat, Victor doit bientôt disparaître pour assurer sa sécurité et celle de ses proches. Jacinthe le rejoint en catimini et, ensemble, ils remontent une piste jusqu’à un obscur groupe armé d’extrême droite, lequel semble avoir été dans la mire du journaliste assassiné.

Au péril de leur vie, ils tenteront de freiner les desseins meurtriers de ces extrémistes et ceux de l’homme mystérieux qu’ils protègent. Mais, pour Victor, un enjeu plus terrifiant se dessine : une descente au cœur de la faille qui a modifié la trajectoire de son existence afin de comprendre ce qui s’est réellement joué le jour du drame qui a causé la mort de sa mère et de ses frères.

Victor remet ça

Cette fois, Martin Michaud n’a pas réussi à me garder captif. J’ai trouvé la narration plutôt pauvre mais il y a autre chose. J’ai retrouvé le personnage fétiche de l’auteur, un Victor Lessard plutôt essoufflé, fade, distant et froid. Par contre, j’ai retrouvé le caractère bien trempé de Jacinthe Taillon, toujours bouillante et aussi directe qu’un coup de poing. C’est elle qui m’a gardé dans le coup.

Cette fois, Lessard a décidé de prendre du recul des Crimes Majeurs pour enquêter et essayer de comprendre la mort de sa mère, de ses frères, la disparition de son père. Assis sur une malédiction explosive, Lessard est en danger et pourtant il accepte d’aider Jacinthe Taillon à résoudre le mystère du meurtre d’un journaliste d’enquête.

Cette démarche périlleuse va entraîner nos enquêteurs dans les arcanes du terrorisme et de la radicalisation, en passant par l’espionnage et les activités d’un mystérieux et redoutable camp d’entraînement appelé GHETTO X.

C’est une histoire intéressante mais dont le fil conducteur a été sous-développé. Il y a de nombreux sauts dans le temps, des bonds en arrière et en avant. Difficile à suivre. En général les personnages manquent d’authenticité, sont plutôt abstraits et manque de profondeur. Martin Michaud ne m’a pas habitué à ça. L’évolution du récit est plutôt lente mais elle conserve quand même une certaine intensité.

Il y a de l’action mais peu de rebondissements. Le rythme n’est pas mauvais. La première moitié du récit traîne en longueur mais la seconde moitié devient plus captivante même si le découpage temporel m’a donné des sueurs. L’écriture est relativement épicée, gardant l’empreinte d’un langage québécois très relâché. Ça ne m’a pas déplu, loin de là.

Ce roman fait bande à part dans la bibliographie de Martin Michaud. L’histoire avérée s’imbrique dans la fiction. Sa trame est originale car elle développe un thème qui est en fait, une corde sensible de la Société, c’est-à-dire le phénomène montant de la radicalisation des jeunes. J’ai aussi appris des choses intéressantes sur la guerre froide et ses effets dans le monde. Le Québec n’a jamais vraiment échappé à ces influences et j’ai été sensible à l’argumentaire de l’auteur malgré le fait que la psychologie des personnages ne fait qu’effleurer la surface.

Comme j’ai plutôt été déçu de la narration, je recommande plutôt l’édition de papier. Quoiqu’il en soit, suivre cette histoire nécessite de la patience car les petites étincelles qui nous amènent à comprendre les motivations des radicalisés sont plutôt éparses et centralisées dans la deuxième moitié. Le camp appelé GHETTO X est une bonne idée. Il consacre le caractère intrigant du récit. Cet élément, combiné au caractère explosif de Jacinthe Taillon, attachante malgré tout, furent pour moi des incitatifs à aller jusqu’au bout. Ce n’est pas le meilleur de Martin Michaud, mais ça se laisse lire.

Suggestion de lecture : SIX MINUTES, de Chrystine Brouillet


Affiche de la télésérie VICTOR LESSARD, série
dont est extraite la musique du livre audio.


l’auteur Martin Michaud

Pour en savoir plus sur Martin Michaud ou pour le suivre, cliquez ici. Suivez les liens pour lire les commentaires que j’ai publiés sur ce site concernant VIOLENCE À L’ORIGINE, SOUS LA SURFACE, et LA CHORALE DU DIABLE

BONNE LECTURE
BONNE ÉCOUTE
CLAUDE LAMBERT
le samedi 8 juin 2024

LE VENGEUR, livre de Frederick Forsythe

*La septième fois où ils l’avaient plongé dans les
immondices liquides de la fosse à purin, le jeune
américain n’avait plus été capable de résister. Il
était mort là-dessous, bouche, oreilles, nez, yeux
envahis par l’innommable boue. *
(Extrait : LE VENGEUR, Frederick Forsythem, Albin
Michel éditeur, 2004, édition de papier, 375 pages.)


De l’enfer du Viêt-Nam aux charniers de Bosnie et aux jungles de l’Amérique centrale, ce récit infernal d’une double traque nous entraîne dans les arcanes de la diplomatie. Un cauchemar d’une totale actualité où l’angoisse se mêle au meilleur suspense politique. Le grand retour de Frederick Forsyth.

 


D’un enfer à l’autre
*Pendant ce temps, caché dans une cuvette
broussailleuse sur le flanc de la montagne,
le chasseur observe, prend des notes, observe
encore et attend l’heure qui n’a pas encore
sonné. *
(Extrait)

Le VENGEUR est un roman fort bien ajusté à l’actualité d’une époque pendant laquelle c’est toute la planète qui essaie de vivre avec les séquelles de la Guerre Froide. Le récit est fort bien documenté, tellement qu’il parait plus grand que nature et les lecteurs-lectrices devront prêter bien attention, d’abord pour séparer la fiction de la réalité. Ensuite, l’histoire est un peu complexe car elle décrit le parcours d’une double traque à travers des pays politiquement instables en passant par le milieu très tentaculaire de la diplomatie.

Voyons un peu le contenu. L’histoire commence sur fonds de purification ethnique alors que des criminels assassinent sauvagement un jeune américain. Je vous fais grâce de la cruauté du geste mais elle est malheureusement ajustée à la triste réalité. Le grand-père du jeune sacrifié cherche un homme pour venger son petit fils en ramenant le chef de bande aux États-Unis pour y être jugé. Cet homme, il va le trouver et il se trouve que lui-même cherche à exercer une vengeance. C’est ainsi qu’une traque impitoyable commence et entraînera les lecteurs-lectrices dans les pires poudrières du monde.

Vous pourrez suivre alors l’extraordinaire évolution du personnage principal : Calvin Dexter qui sera propulsé dans un inimaginable enchaînement de violence. Je me suis senti entraîné au cœur de l’actualité alors que tous les évènements de ce récit ont comme toile de fond le fanatisme, l’intolérance, le radicalisme et le terrorisme. Vous avez compris que le Vengeur se frottera à des organisations peu recommandables avec, en tête de liste AL QUAÏDA.

J’ai aussi saisi l’effroyable porté de l’influence d’un des pires terroristes de l’histoire Oussama Ben Laden. Ce qui m’a amené d’ailleurs à une finale très amère mais fort bien pensée. Forsyth nous entraîne aussi dans les pires bourbiers géopolitiques de l’histoire à l’exception peut-être, d’Israël : Le Vietnam, la Bosnie, L’Afghanistan, la Yougoslavie. Ça prend un auteur chevronné comme Forsyth pour démêler ses sacs de nœuds et y faire évoluer ce personnage opiniâtre et courageux qu’on appelle LE VENGEUR.

Le style rappelle un peu Tom Clancy mais la trame est plus complexe et l’histoire plus rattachée à la réalité géopolitique. Beaucoup de rebondissements, de l’action, du suspense. Aussi, beaucoup de violence. Il faut toutefois faire attention car il n’est pas simple de démêler la fiction des faits avérés.

Dans le premier quart du livre, on se demande un peu où veut en venir l’auteur mais il faut voir après comment il s’y prend pour préciser l’intrigue. Je place LE VENGEUR dans la catégorie des grands romans qui n’est pas sans nous faire réfléchir sur le rôle d’unités obscures mais bien réelles qui ont joué un rôle crucial dans les grands conflits.

Peut-être pensez-vous à la Résistance pendant la Deuxième Guerre en France. Vous avez raison mais il y en a beaucoup d’autres qui ont évolué dans l’anonymat aussi complet qu’héroïque comme les *rats* du Vietnam dont on raconte la terrible histoire dans LE VENGEUR. Excellent thriller haletant et intense. Je le recommande. Vous ne serez pas déçu.

Suggestion de lecture: APOCALYPSE SUR COMMANDE, de Ken Follet

Frederick Forsyth est né en 1938 à Ashford. Après avoir servi en tant que pilote dans la RAF, il devient journaliste à la BBC et pour l’agence Reuters. Il couvrira les conflits du XXe siècle. Son premier roman, Chacal, paraît en 1971 ; c’est un succès. Frederick Forsyth a par la suite publié plus d’ une dizaine d’autres thrillers, traduits en plus de trente langues. (Le livre de poche)

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 7 avril 2024

 

LE LIVRE NOIR DE LA CIA, Yvonnick Denoël

*Kennedy esquissa un de ses sourires cyniques.
peut-être était-il une des rares personnes à déjà
savoir que, dans le monde des renseignements,
vérité et CIA étaient bien trop souvent opposées
une de l’autre. *
(Extrait : LE LIVRE NOIR DE LA CIA, YVONNICK DENOËL,
avec la collaboration de Gordon Thomas, Nouveau MND
éditeur, 2017. J’ai lu 2009, 444 pages. Pour la présente,
Nouveau Monde, 2007 en format numérique, 400 pages)

En 1947, le président américain Harry S. Truman fait passer un décret appelé NATIONAL SECURITY ACT qui créée officiellement l’agence centrale de renseignement, appellation officielle américaine : CIA, une des agences de renseignements les plus connues dans le monde. Elle sera chargée de l’acquisition du renseignement, l’organisation et la réalisation des opérations clandestines hors du territoire américain. Elle a le statut juridique d’une agence indépendante du gouvernement.

Selon WIKIPÉDIA, D’après un document fourni par Edward Snowden, le budget alloué à la CIA pour l’année 2012 s’élève à 15,3 milliards de dollars. Son budget en 2010 avait été évalué à 10 milliards de dollars américains, sur un programme de renseignement national s’élevant à 53 milliards. En 2009, l’ensemble des seize agences – aujourd’hui dix-sept – de l’Intelligence Community avait un budget annuel de 75 milliards de dollars et employait quelque 200 000 personnes dans le monde, y compris des entrepreneurs privés.

Assassinats de dirigeants étrangers, coups d’État, trafic d’armes et de drogues, soutien à des groupes terroristes, détentions abusives et tortures, expérimentations d’armes. Depuis sa création, la CIA n’a cessé de multiplier les infractions à la loi. Elle déclassifie une partie de ses archives arguant que les dérapages de la guerre froide sont aujourd’hui révolus. Ce livre montre qu’il n’en est rien. Cet ouvrage dresse un bilan aussi exhaustif que possible des méthodes douteuses de l’Agence, des origines à nos jours. Il reproduit les archives permettant d’approcher la vérité. On trouve ici de nombreuses anecdotes inédites sur des épisodes que l’on croit connaître.

Une évidente dérive
Malgré les 23 000 espions et analyste qu’elle emploie,
la CIA apparait dans ces documents comme une agence
rongée par le doute, les récriminations internes et les
échecs. Cette vérité s’est cachée derrière un demi-
siècle de livres et de films romanesques présentant la
CIA comme le super-espion du monde libre.
(Extrait)

Il est difficile de commenter un tel livre et encore plus de le critiquer. Après tout, ce n’est qu’un recueil de faits avérés. Là où ça peut être intéressant pour les amateurs d’histoire, entre autres, c’est que ce livre réunit la collection complète des coups tordus d’une agence américaine qui dérive depuis sa création.

Il n’y a jamais eu d’enfants de chœur dans cette agence spécialisée dans l’accomplissement des basses œuvres du gouvernement américain et si j’en juge par les succès de l’agence, pas très flatteurs, il n’y a pas eu beaucoup de stratèges efficaces :

*Mais, tout comme il existe des flics véreux, la CIA a eu plus que sa part d’officiers corrompus. Contre toute attente, on a même découvert une taupe en son sein, en pleine ère Gorbatchev. Certains agents sont devenus alcooliques, d’autres sont sortis mentalement malades d’opération secrètes qui furent ensuite encensées pour ajouter à la légende de la CIA. * (Extrait)

Le volume comprend l’historique des opérations et les documents à l’appui… supposés secrets, qui prennent plus de 50% de la place dans le livre. Étonnant que l’agence SECRÈTE ait laissé sortir autant d’informations sensibles. Ceci dit, l’ensemble est très instructif.

Des centaines d’histoires incroyables circulent sur le compte de la CIA. Le livre de Denoël réunit les plus marquantes. Le livre évoque entre autres la protection des criminels de guerre nazis, l’expérimentation de drogues et de la torture sur des innocents, les nombreuses tentatives de meurtre sur la personne de Fidel Castro.

À cela s’ajoutent le *nettoyage* du Vietnam et du Laos, l’affaire Watergate, sans oublier la célèbre fable des armes de destruction massive en Irak…armes qu’on a toujours pas retrouvés. Le livre est divisé par suite de règnes présidentiels : Les années Truman-Eisenhower, Kennedy-Johnson, Nixon-Ford, Reagan-Bush sr et les années Clinton et Bush.

Plusieurs éléments découlant de l’historique des opérations et des témoignages m’ont simplement sidéré. Le fait par exemple qu’on planifie des assassinats avec autant de scrupules que si on planifiait une liste d’épicerie, les sommes colossales d’argent englouties par l’Agence pendant la guerre froide La chasse aux sorcières qui devait empêcher le communisme de gagner du terrain dans le monde a été le prétexte aux pires excès.

J’ai été aussi surpris du peu de contrôle exercé sur la CIA, allant même jusqu’à me demander qui gouverne aux États-Unis. J’ai compris qu’une agence de renseignements est indispensable dans une saine démocratie au moins pour voir venir les coups durs. Mais je m’explique mal une telle série de dérapages.

Les témoignages m’ont donné l’impression, sinon la conviction que la CIA échappait aux lois américaines ou les contournait joyeusement. Pas très reluisant comme palmarès.

Quant à la présentation du livre, à l’écriture et à l’originalité, je dirais que l’ensemble est plutôt indigeste car pour comprendre le positionnement de la CIA, il faut comprendre l’administration américaine et c’est un véritable panier de crabes.

Beaucoup d’instances politiques et administratives, beaucoup d’agences, une bureaucratie lourde et tentaculaire, le tout opacifié par le trafic d’influence, la recherche du pouvoir, l’ambition et j’en passe. Les non-initiés risquent d’y perdre leur latin.

Par contre, je le rappelle, l’ouvrage est instructif et s’annonce très intéressant pour les amateurs d’histoire, particulièrement ceux qui s’intéressent aux enjeux de la guerre froide. Personnellement, j’ai perdu mes illusions. Comme vu plus haut, le livre est très documenté, tellement qu’il devient opaque, difficile à lire.

À lire dans le calme, avec des pauses et de la patience. Livre intéressant spécialement sur le plan historique.

Suggestion de lecture : MOMENTUM, Patrick de Friberg

Spécialiste du renseignement, Gordon Thomas photo , est l’auteur de plus de quarante ouvrages traduits dans le monde entier, dont les best-sellers Histoire secrète du Mossad et Les armes secrètes de la CIA. Il est également journaliste d’investigation, collaborant avec le Sunday Express ou la BBC. Yvonnick Denoël est historien et éditeur.

Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 15 octobre 2022

LE SIÈCLE, la trilogie de KEN FOLLET

*Si la guerre éclatait, les américains déchaîneraient une tempête atomique qui annihilerait toutes les grandes villes d’Union Soviétique. Les morts se compteraient
par millions. La Russie mettrait plus d’un siècle à s’en relever. Et les Soviétiques avaient sûrement prévu une intervention  du même genre contre les États-Unis.*
(Extrait : LE SIÈCLE 1, AUX PORTES DE L’ÉTERNITÉ, Ken Follett, t.f. : Éditions Robert Laffont, 2014, édition de papier, 1215 pages.)

LE SIÈCLE est une longue saga qui s’étend sur plusieurs générations et est présentée en trois tomes. Dans la CHUTE DES GÉANTS, Ken Follet introduit cinq grandes familles : américaine, russe, allemande, anglaise et galloise. Ces familles se sont imbriquées, aimées et ont fini par s’entredéchirer dans le cadre dramatique de la première guerre mondiale et de la révolution russe. L’HIVER DU MONDE raconte la vie des enfants de ces familles qui verront Hitler accéder au pouvoir absolu en Allemagne, tissant la toile dramatique de la deuxième guerre mondiale.

Les destinées toujours enchevêtrées de ces familles se poursuivent dans AUX PORTES DE L’ÉTERNITÉ dans les années troublées de 1960 à 1990 : temps forts de l’influence soviétique et de la guerre froide. La saga montre comment tous ces personnages ont affronté les grandes tragédies du XXe siècle.

UNE FRESQUE AMBITIEUSE
*L’arrogance précède la chute*
Extrait : LE SIÈCLE 1, LA CHUTE DES GÉANTS)

Avec LE SIÈCLE il m’a encore une fois été permis d’admirer l’audace de Ken Follet. Il a créé, imaginé cinq familles : américaine, russe, allemande, anglaise et gauloise et leur a fait traverser le vingtième siècle, elles et les générations suivantes, à travers ses propres observations.

Tout y est : les deux guerres mondiales sans compter les guerres civiles, la guerre froide et la guerre du Vietnam, le règne périlleux de John F Kennedy et la crise des missiles de Cuba, la révolution russe. Dans son regard qui s’étend sur une centaine d’années, Follet nous parle de ces familles qui se sont croisées, aimées, déchirées à travers les plus grandes tragédies de l’histoire.

LE SIÈCLE réunit trois tomes : TOME 1, LA CHUTE DES GÉANTS : l’auteur présente et installe graduellement les familles dans son roman. Elles devront faire face dans un premier temps à la première guerre mondiale qui laissera derrière elle un sillage de mort et de désolation.

La révolution russe marquera aussi cette époque. TOME 2, L’HIVER DU MONDE : la génération suivante constate tristement l’arrivée au pouvoir des Nazis, la montée d’Hitler et enfin les drames et abominations de la deuxième guerre mondiale.

TOME 3 : Les générations qui s’enchevêtrent affrontent cette fois d’énormes troubles sociaux et politiques localement et aussi à l’Échelle internationale alors que le monde vient à un cheveu de la confrontation nucléaire, la construction du mur de Berlin et la création d’Israël et la guerre froide…la liste pourrait s’allonger…

Ce roman est monumental. Il se démarque je crois par la qualité de sa recherche historique. Il y a bien sûr quelques faiblesses, typiques des grandes sagas, pour ce que j’ai pu observer personnellement.

Chaque tome accuse quelques longueurs, je pense entre autres aux aventures amoureuses des familles offrant un luxe de détails souvent inutiles, ou la crise de Cuba qui aurait pu être un peu plus condensée. le rythme est parfois en dents de scie et j’observe un essoufflement dans le troisième tome où les personnages deviennent plus froids et la description des évènements légèrement plus relâchée.

Malgré ces petites faiblesses, je continue à penser que cette œuvre est gigantesque et je salue le travail de titan abattu par Ken Follett en matière de recherche historique. Il y a investi énormément de temps pour apporter à sa trilogie un maximum de précision. Je trouve aussi qu’il a inséré la fiction aux histoires réelle avec finesse et intelligence. Les faits historiques et les éléments biographiques sont d’une grande précision.

Il y a un petit extra que j’aime bien dans LE SIÈCLE. C’est qu’à travers les pérégrinations des 5 familles, Follett y va de ses observations sur les différentes tendances d’époque :la musique, la mode, le cinéma, les arts et beaucoup d’autres tendances sociales. La démarche principale de l’auteur étant historique, ça vient alléger et agrémenter l’œuvre qui compte quand même 3350 pages.

J’apprécie la capacité de Ken Follett de s’investir à fond dans ses œuvres. Il me rappelle un peu Stephen King, Fenimore Cooper et plusieurs autres auteurs qui ratissent large dans le temps et l’espace et qui s’étendent sur les tendances des lieux et des époques, qui détaillent abondamment leur sujet quitte à poursuivre sur plusieurs tomes.

Je recommande toute la série mais je terminerai en disant que la trilogie est nettement inférieure au livre LES PILIERS DE LA TERRE qui, selon moi demeure l’œuvre majeure de Ken Follett et une de mes meilleures lectures à vie. Mais si vous aimez le style de l’auteur et si vous aimez l’histoire dans le genre de la chronique, vous aimerez LE SIÈCLE.

Ken Follet est un écrivain gallois spécialisé dans les thrillers politiques. Il est né le 5 juin 1949. Follet a grandi avec les histoires que lui racontait sa mère, ce qui l’a amené très tôt à développer une forte imagination ainsi que le goût de lire. Alors qu’il était étudiant pendant la guerre du Vietnam, il s’est pris peu à peu de passion pour  la politique et le journalisme. L’écriture suit rapidement. Si le succès tarde un peu à venir, déjà en 1978, son livre L’ARME À L’ŒIL connait un succès foudroyant et devient le premier d’une longue série de best-sellers.

Le point culminant de sa carrière est atteint avec LES PILIERS DE LA TERRE qui devient rien de moins qu’un succès planétaire. Fort de ce succès, il entreprend dès 2009 l’écriture de la trilogie LE SIÈCLE. Parallèlement, Follet dirige un institut de dyslexie et soutient une association de lutte contre l’analphabétisme.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 20 mai 2018

LA COMPAGNIE, le livre de ROBERT LITTEL

*Avec un sourire amer, le sorcier releva
le chien et colla l’extrémité du canon
sur le ventre du russe. «On dirait que
les dindes qui vous protègent se sont
endormies.» Puis il tira.*
(Extrait : LA COMPAGNIE, Robert Littell,
Peter Mayer 2002, t.f. : Buchet/Chastel
2003, édition numérique, 1075 pages)

En 1950 à Berlin, Harvey Torriti, dit «le sorcier», et sa nouvelle recrue, Jack McAuliffe, préparent le départ du transfuge russe Vichnievski Pour les États-Unis. Mais à la *Compagnie*, -mieux connue sous le nom de CIA-, ses supérieurs semblent mettre en doute les capacités de leur agent, plus porté sur le whisky que sur l’étude des relations géopolitiques…

Entre agents doubles et traîtres déclarés, personnages de fiction et personnages réels (Kennedy, Castro, Eltsine, mais aussi Ben Laden), Robert Littel dévoile, à travers ce thriller politique un demi-siècle de notre histoire.

Il nous entraîne sur les traces de ses héros, en plein cœur de la guerre froide, des chars soviétiques de Budapest à la Baie des Cochons, de l’assassinat supposé du pape Jean-Paul premier au complot contre Gorbatchev. Une grande saga.

Après l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le président américain Harry Truman constatant avec regret que les services secrets ont été incapables de prévoir l’offensive Japonaise, décide que Dorénavant, le FBI et J. Edgar Hoover opéreront seulement sur le territoire américain et l’espionnage à l’étranger sera confié à une nouvelle agence qui sera placée directement sous l’autorité du président des États-Unis. C’est la naissance de la CIA, principal élément de la politique de l’endiguement du communisme.

Les coulisses historiques
De la CIA

*Gorbatchev secouait la tête d’un côté, puis
de l’autre en signe de dégoût. «Croyez-vous
vraiment que les gens soient tellement las
qu’ils seraient prêts à suivre n’importe
quel dictateur? »
(Extrait : LA COMPAGNIE)

 Quand j’ai commencé à m’intéresser à l’actualité mondiale, Nikita khrouchtchev était premier secrétaire de l’Union Soviétique et Dwight Eisenhower était président des États-Unis et il s’apprêtait à laisser sa place à John F Kennedy. Comme les deux plus grandes puissances du monde se détestaient singulièrement, il y avait dans l’air un relent de catastrophe, de fin du monde.

C’est à peu près à cette époque qu’Eisenhower a créé la Compagnie, qui deviendra la CIA. Alors que cette agence de renseignements et d’espionnage en était à son recrutement de *James Bond* et à ses premiers balbutiements, elle s’entourait déjà d’une aura pompeuse : *En entrant dans cette pièce, vous êtes entrés dans ce que les sociologues appellent une culture fermée* (Extrait)

On libérait aussi de tous doutes les nouvelles recrues avec des formules plutôt directes et pas très recherchées… *La seule règle, c’est qu’il n’y a pas de règles* (Extrait)

LE ROMAN DE LA COMPAGNIE commence là et cette histoire s’étend sur quarante ans et sur plus de onze cents pages. Les principaux thèmes de ces quarante ans sont développés avec un remarquable respect de la dimension historique des évènements.

Le récit commence par une imposante opération d’exfiltration qui s’est soldée par un échec, puis le complot contre Castro, l’affaire des missiles, la Baie des Cochons, La CIA aurait souhaité que les États-Unis combattent le communisme en territoire cubain, mais l’administration Kennedy, plutôt timorée a préféré se rabattre sur le Vietnam, puis l’Afghanistan : échec sur échec.

Puis est arrivé Mikhaïl Gorbatchev qui menaçait dangereusement la ligue du vieux poêle soviétique avec sa perestroïka. La CIA a quand même contribué à dénoncer et combattre le complot contre Gorbatchev en faisant pression sur Boris Eltsine qui présidera finalement au démantèlement de l’Union Soviétique et à la mise au rancart du KGB.

L’auteur explique aussi plus brièvement l’arrivée de personnages qui s’inscriront dans l’histoire comme Ben Laden, Sadam Hussein et bien sûr Vladimir Poutine. Avec la fin de la guerre froide, la CIA n’allait pas chômer pour autant avec la montée de l’extrémisme islamiste.

C’est un roman fascinant qui m’a entraîné dans le temps et dans l’histoire jusqu’au début de la guerre froide alors que la Russie se remettait à peine des horreurs de Staline, cet esprit tordu. Ça n’allait pas s’arrêter là : le communisme allait faire l’objet d’une chasse aux sorcières avec, au cœur de la tourmente les services de renseignements : le KGB contre la CIA.

L’auteur de la COMPAGNIE tend à démontrer si on lit un peu entre les lignes que le communisme était une idée intéressante, déformée à la base par des chefs erratiques, incohérents et violents…Lénine, Staline et autres génies du genre :

*L’URSS n’était pas un pays dit Jack. C’était la métaphore d’une idée qui pouvait paraître bonne sur le papier, mais qui, dans la pratique, s’est révélée terriblement défectueuse. Et les métaphores défectueuses sont plus difficiles à abattre que les pays défectueux*. (Extrait)

The Company a été adapté à la télévision par Mikael Salomon en 2007. Donc c’est une série américaine en trois épisodes avec Chris O’Donnel, Alfred Molina et Michael Keaton, entre autres.

Parce qu’on ne m’a pas démontré le contraire, j’ai toujours été d’avis que la CIA a accumulé les fiascos. L’auteur n’a pu éviter cet aspect de la CIA mais sur les côtés sombres de l’agence, Littel est plutôt timide. C’est une faiblesse que j’attribue à ce roman.

Il faut aussi faire attention car ce récit met en perspective les dualités du monde de l’espionnage : infiltration / exfiltration, espionnage / contre-espionnage, agent / agent double / agent triple / taupe, conflit / détente. C’est plus ou moins bien expliqué. Il s’agit d’être attentif.

Pour moi, LA COMPAGNIE est un excellent roman historique et même quelque uns de ses personnages sont particulièrement attachants. Je pense en particulier au seul espion qui apparait tout au long du récit : Harvey Torriti, dit le sorcier, un gros bonhomme obèse, balourd, traînard et alcoolique mais doté d’une intuition extraordinaire et qui imprègne toute l’histoire.

C’est un livre évidemment très long et pourtant, je n’ai pas trouvé le temps long. Il se lit très bien. Je pense que l’auteur, Robert Littel, a couvert 40 ans d’histoire avec brio. J’ai apprécié aussi la présence d’une taupe tout au long du récit et qui n’a été identifiée qu’à la fin…ça donne une touche de mystification et ça renforce l’intrigue.

Bref c’est un roman tranchant, un peu acide par moment. La plume est quand même fluide et nous fait oublier un peu la piètre ventilation du roman. Ce thriller politique aussi appelé avec raison roman d’espionnage est une réussite. Je le recommande.

Suggestion de lecture : LE LIVRE NOIR DE LA CIA, de Yvonnick Denoël

Robert Littell est un auteur et journaliste américain né en 1935 à New York. Il a commencé dans le journalisme au Newsweek en 1964 et s’est spécialisé dans les questions sur le Moyen et le Proche Orient. Son expérience de reporter lui a donné le goût du voyage et plusieurs lieux qu’il visite serviront de cadre à quelques-uns de ses grands romans. Son premier roman, Robert Littell l’a écrit en 1973 sous forme de feuilleton.

Les grands romans d’espionnage vont suivre dont LA COMPAGNIE en 2003, LÉGENDES en 2005, LE FIL ROUGE en 2007 et L’HIRONDELLE AVANT L’ORAGE en 2009 pour ne nommer que ceux-là… En tout douze romans.  Observateur minutieux de l’univers géopolitique, Robert Littel partage aujourd’hui son temps entre la France, Le Maroc, l’Espagne, l’Italie et dans une moindre mesure, les États-Unis. (Source : overblog.com )

 BONNE LECTURE

JAILU/Claude Lambert

Le dimanche 8 octobre 2017

 

O.T.A.N. EN EMPORTE LE VENT, Patrice Dard

*Je ne suis ni humble ni orgueilleux. Ni soumis,
ni initié. Je crois en ma raison mais l’accuserai
néanmoins d’être défaillante avant de soupçonner
l’évènement d’être surnaturel. Et pourtant…les
rapports que je suis en train de parcourir jetteraient
le trouble dans l’esprit le plus rationnel…*
(extrait de Alix Karol 11, O.T.A.N. EN EMPORTE LE VENT,
Éditions de Vauvenargues, 1977, éd. Numérique i book,
250 pages)

Deux agents enquêtent sur de mystérieuses disparitions signalées entre la Crète, Chypre et le port d’Alexandrie dans la Méditerranée. Un bateau de pêche, cinq avions chasseurs de l’O.T.A.N. et un Jumbo Galaxy renfermant plus de 70 militaires et cent tonnes de matériel disparaissent corps et bien. Les agents doivent-ils attaquer le problème comme on l’a fait jadis pour le vieux mystère du triangle des Bermudes ou y aurait-il anguille sous roche étant donné que les disparitions concernent essentiellement des hommes et du matériel américains. Karol et Bis entreprennent donc une angoissante enquête, quoiqu’ils ne s’empêcheront nullement de profiter de la vie au passage…

100% DARD
*Croyant à une soudaine crise de folie de leur
employé, les deux grecs se hâtèrent d’obéir,
forts du préjugé qu’il ne faut jamais
contrarier un dément.*
(extrait : O.T.A.N. EN EMPORTE LE VENT)

Ayant déjà lu un livre de la série SAN ANTONIO initiée par le père de Patrice Dard, Frédéric, j’étais curieux de connaître le style du fils et j’ai fait l’essai d’un titre de la collection ALIX KAROL très en vogue dans les années 70. La plupart des livres ont été réédités et sont encore lus aujourd’hui.

Moi je n’ai pas été impressionné. La série initiée par Frédéric Dard met en scène San Antonio et son compère Berurier, celle de Patrice Dard suit les aventures d’Alix Karol et de son compère Bis. La première est une série d’espionnage, l’autre policière. Le style des personnages est le même : farfelu.

O.T.A.N. en emporte le vent est une variation sur un thème archi-connu : la guerre froide entre les États-Unis et l’union Soviétique comme toile de fond, l’énigme n’est pas plus originale à cause de son analogie avec le triangle des Bermudes. Ici, il est question du triangle du démon dans lequel on signale d’étranges disparitions : chasseurs et autres avions, navires etc…tous américains.

Pas facile à suivre cette histoire. Il m’aurait fallu un dictionnaire spécialisé tellement le langage est argotique…voici deux exemples :

*Une onde de traczir me cigogne la boyasse.*   *Comme je ne dispose pas de fromtogome pour appâter l’animal, force m’est donc de le brutaliser un chouïa pour lui introduire la bande dans le corps. En poussant du médius, je lui enfonce le blot jusque dans l’estogome*

Si vous avez une bonne connaissance de l’argot et que vous pouvez passer outre sur un humour un peu usé, vous aurez probablement plus d’agrément à lire ce livre que j’en ai eu et vous pourrez alors mieux profiter d’une finale intéressante, sans être géniale, ce qui constitue à peu près la seule force de cette histoire.

Je rappelle que la collection, qui comprend plus d’une vingtaine de titres a été rééditée. C’est donc qu’elle a été appréciée quelque part, probablement par la francophonie européenne surtout.

J’ai pas beaucoup aimé, même si j’ai trouvé ce livre meilleur que ce que j’ai lu de la série San Antonio.

Suggestion de lecture : LA COMPAGNIE, de Robert Littel

Patrick Dard est un écrivain et scénariste français  né en 1944 en banlieue Lyonnaise.  Il est le fils de Frédéric Dard, créateur de la série SAN ANTONIO. Très jeune, il s’intéresse à l’écriture, fait carrière au Fleuve Noir où il crée les personnages de Vic St Val et d’Alix Karol. Il poursuit l’œuvre de son père en écrivant ses propres aventures du commissaire San-Antonio et de son fidèle comparse Bérurier. Énergique et prolifique,  Il écrira aussi plusieurs livres de cuisine ainsi qu’une grande quantité de scénarios pour des téléfilms et des dessins animés.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
NOVEMBRE 2015

CODE ZÉRO, le livre de KEN FOLLETT


*Écoutez, monsieur Carroll,
L’armée n’emploierait pas Un cinglé pour un projet
Ultrasecret. En temps normal,
Luke est aussi sain d’esprit que Vous et moi. De toute évidence, Quelque chose l’a déstabilisé…* (
Commentaire sur le livre CODE ZÉRO de Ken Follet, version française de CODE TO ZERO, paru en 2001)

1958, en pleine guerre froide, un scientifique, Claude Lucas, concepteur de la fusée américaine EXPLORER 1, perd la mémoire dans des circonstances mystérieuses et se retrouve vêtu en clochard dans un milieu malfamé. Cherchant à retrouver son identité,  Lucas, surnommé Luke comprend petit à petit qu’il a été drogué et qu’il est accusé d’espionnage par un agent de la CIA prêt à tout pour l’empêcher de reconstituer son passé. Avant que sa mémoire bascule, Luke avait découvert que le lancement d’EXPLORER allait être saboté.

Pour Luke, le défi  est de taille : convaincre le Pentagone d’annuler le décollage d’Explorer, identifier le saboteur, sauver sa vie, empêcher une catastrophe majeure et remettre les États-Unis en selle dans la course à la conquête de l’espace. Mais voilà…le compte à rebours  est très mince.

Voici un livre que j’ai beaucoup aimé. Il se lit bien et vite. Les chapitres sont en réalité des séquences temporelles (temps réel), intenses, sans longueur, à part peut-être quelques inclusions sentimentales qui sont du reste toujours en lien avec le drame. Cette façon d’écrire de Follet me rend automatiquement captif…c’est une force irrésistible qui caractérise l’auteur.

Fidèle à sa tradition, Follet s’est basé sur un évènement historique pour imaginer son histoire. En effet, il faut se rappeler que le 29 janvier 1985, le lancement d’Explorer avait été annulé et reporté, soi-disant pour des raisons météorologiques, alors que le temps était magnifique sur Cap-Canaveral.

J’aimerais préciser aussi que ce livre est bien documenté politiquement et scientifiquement. En effet, Follet met très bien en perspective le contexte de la guerre froide, l’intensification de l’espionnage et les moyens fantastiques déployés pour développer le contre-espionnage.

D’autre part, Follet met aussi en évidence le défi scientifique extraordinaire que représente la conquête de l’espace en donnant des caractéristiques de la fusée au début de chaque séquence temporelle du roman. Pour moi ça a un ptit coté génial parce que le déroulement de l’histoire est libre de détails scientifiques et techniques encombrants et compliqués.

C’est un livre non seulement divertissant, mais crédible…une lecture agréable que je n’hésite pas une seconde à vous recommander.

Suggestion de lecture : APOCALYPSE SUR COMMANDE de Ken Follet

Bonne Lecture

Claude Lambert
Février 2013

(En Complément…)