LE BILLETS GAGNANT, de Mary Higgins Clark

*Cynthia revit la nuit où elle était entrée
dans cette pièce pour trouver Stuart
étendu sur le tapis…elle sentit ses mains
devenir moites. Des gouttes de
transpiration perlaient sur son front.
Dehors, elle entendait le vent gémir en
forcissant…*
(extrait de MEURTRE À CAPE CODE, du recueil
LE BILLET GAGNANT de Mary Higgins Clark,
éd. Albin Michel, collection SPÉCIAL SUSPENSE
num. 1993, 250 pages)

Le recueil comprend trois nouvelles : LE BILLET GAGNANT : Ernie Gagne 2 millions de dollars à la loterie. Au lendemain d’une beuverie, il se rend compte que son billet a disparu…MEURTRE À CAPE COD : Willie et Alvira découvrent que leur voisine vient d’être libérée de prison après avoir purgé une peine pour le meurtre de son beau-père. Or la jeune femme a toujours clamé son innocence. Alvira décide de mener une enquête afin d’innocenter sa jeune voisine…LE CADAVRE DANS LE PLACARD : pendant leurs vacances à Londres, Willy et Alvira ont prêté leur appartement à Brian, un jeune écrivain.

À leur retour, Ils découvrent le cadavre de l’ex petite amie de Brian dans un placard. Brian est évidemment soupçonné de meurtre. Alvira n’en croit rien et décide d’aller au fond de cette affaire.

DES NOUVELLES DE MARY

*Anticipant le plaisir qu’il éprouverait bientôt
à faire des largesses, Ernie commanda son
quatrième whisky-soda. C’est alors que son
attention fût attirée par l’étrange manège
de Loretta…*
(extrait de LE BILLET GAGNANT)

Il y a longtemps que je voulais lire Mary Higgins Clark. Elle m’intriguait, elle qui semble sortir des livres à la chaîne. J’ai donc satisfait ma curiosité et j’ai choisi au hasard LE BILLET GAGNANT ET AUTRES NOUVELLES.

Dans ce recueil, Mary Higgins Clark fait revivre deux personnages qu’elle a créé dans  le roman NE PLEURE PAS MA BELLE : Alvirah et Willy Meehan, respectivement femme de ménage et plombier, les deux à la retraite après avoir gagné 40 millions de dollars à la loterie. Les évènements ont conduit Alvirah à faire du journalisme et à devenir détective amateur.

C’est le genre de personnage qui a à peu près toujours raison et qui se mêle d’un peu de tout. Notez que DANS NE PLEURE PAS MA BELLE, l’auteure avait fait mourir Alvirah. C’est la fille de Mary, Carol qui l’a persuadé de faire revivre ce personnage. Je me demande encore si c’était une bonne idée.

Il semble que je n’ai pas choisi le bon livre pour apprécier l’auteure. Alvirah est une femme très intelligente, extrêmement curieuse qui joue les détectives en faisant passer les inspecteurs professionnels pour des amateurs sans envergure…trop beau pour être vrai…mais les personnages qu’elle croise n’ont aucune dimension psychologique.

Il y a 3 nouvelles dans cet ouvrage et elles ont toutes un point en commun : le fil conducteur est fragile, les intrigues prennent toutes sortes de direction. Il n’y a pas de suspense et peu de rebondissements. On est très loin de Miss Marple là…

Plusieurs conclusions sont bâclées comme ça se produit souvent dans les nouvelles qui manquent de développement. Aucune de ces nouvelles n’a vraiment capté mon intérêt. Je dirais même que j’ai trouvé ces récits ennuyeux et très prévisibles, l’écriture sans profondeur et sans conviction.

Pour une première lecture de Mary Higgins Clark, j’ai été déçu. Je m’attendais à beaucoup mieux, connaissant la notoriété de l’auteure, son talent sans compter ses statistiques de vente…

Je veux croire que LE BILLET GAGNANT ET AUTRES NOUVELLES n’est pas le reflet fidèle de l’œuvre de Clark. Il faudra simplement que j’essaie autre chose.

Suggestion de lecture : AGATHA RAISIN, LA QUICHE FATALE, de M.C. Beaton

Mary Higgins Clark est une écrivaine  américaine, née à New-York le 24 décembre 1927. Elle a cinq enfants issus de son mariage avec Warren Clark décédé en 1964. Elle publie son premier livre en 1969, une biographie de George Washington : LE ROMAN DE GEORGE ET MARTHA. C’est un échec.

Elle changera alors de style et adoptera le suspense. Elle connaîtra alors  un succès sans faille avec de nombreux prix et distinctions. Mary Higgins Clark a écrit près de 60 romans et nouvelles. Plusieurs de ses histoires ont été adaptées à l’écran.

Pour connaître sa biographie complète de Mary Higgins-Clark, visitez son site officiel 

http://www.m-higgins-clark.com/

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
JANVIER 2015

MEURTRES EN SOUTANE, Phyllis Dorothy James

*…Pendant deux secondes, la tête restait
en place avant de basculer lentement, et
la grande fontaine rouge jaillissait, ultime
célébration de la vie. Telle était l’image
que dev
ait endurer le Père Martin nuit
après nuit.*
(extrait de MEURTRES EN SOUTANE de P.D. James
Le livre de poche,  t.f. Arthème  Fayard, 2001, 341
pages, éd. Num.)

L’intrigue se déroule à St-Anselm, un modeste séminaire qui forme de futurs candidats à la prêtrise anglicane et situé sur une falaise isolée de la côte Anglaise. Cette étrange institution dont l’avenir est déjà très incertain est ébranlée par une série de meurtres : un séminariste, une employée, un invité et la sœur d’un prêtre trouvent la mort dans des circonstances troublantes. L’enquête est confiée au commandant Adam Dalgliesh de Scotland Yard déjà familier des lieux pour y avoir séjourné quelques temps dans le passé. Cette enquête s’annonce rude et beaucoup plus complexe que Dalgliesh le croyait au départ.

MORTS MYSTÉRIEUSES DANS LA
SOLITUDE DE ST-ANSELM
*Travaillant tous deux en silence,
nous avons dégagé le haut du corps…*

Sans être à proprement parler un chef d’œuvre, MEURTRES EN SOUTANE est un livre très intéressant, un polar solide dont j’ai trouvé la lecture agréable et captivante. L’intrigue est serrée et évolue dans un angoissant crescendo de violence et d’étrangeté. Je suis demeuré captif de ce livre jusqu’à la dernière page.

Dès le début, j’ai été enveloppé par le contexte, l’atmosphère et surtout par l’environnement de l’intrigue : une institution religieuse située sur une falaise isolée et venteuse face à la mer du nord, un manoir solitaire, un peu sinistre mais chargé d’histoire et dont l’église anglicane tirerait profit de la fermeture, peut-être à cause des inestimables œuvres d’art qui s’y trouvent ou peut-être à cause du peu d’importance de l’institution dans la hiérarchie de la Haute Église.

Les premiers meurtres donnent l’apparence d’accidents mais le caractère sordide de l’intrigue ne tarde pas à se dévoiler. Là-dessus, le lecteur n’a d’autres choix que d’évoluer au même rythme que le commandant Dalgliesh, tellement attachant qu’on aurait envie de l’assister. C’est une force de PD James : un fil conducteur solide et évolutif mais peu prévisible.

Le petit côté un peu lassant de l’œuvre tient du fait que nous avons là un suspense à l’anglaise…les bonnes manières avant tout et le thé bien sûr. Si les œuvres de PD James sont empreintes d’analyse sociale, on ne peut sans doute lui reprocher d’être profondément anglaise et ça transpire dans l’écriture. Heureusement, l’intensité de l’écriture et de l’intrigue donnent le ton et forcent l’attention.

L’évolution de l’intrigue, le dénouement et surtout, le style très british de l’ensemble ne sont pas sans rappeler la grande Agatha Christie à la différence près que dans MEURTRES EN SOUTANE il y a plus de questionnements que de déductions avec en plus, un petit quelque chose d’ésotérique.

Saint-Anselm est un monde secret et l’auteure en dévoile très graduellement les mystères dans cet excellent polar avec son personnage fétiche, Galgliesh, confronté à une des affaires les plus lugubres de sa carrière. Beaucoup de rebondissements au programme.

Passionnant…tout simplement.

Phyllis Dorothy James est née à Oxford en 1920. Ses diverses fonctions à la section criminelle du ministère anglais de l’intérieur ont sans doute influencé cette auteure prolifique dans son goût d’une écriture amalgamant sadisme, analyse sociale, mystère et intrigue. Ses romans lui ont valu des prix fort prestigieux dont le prix français de la littérature policière.

Elle  crée en 1962 son personnage préféré : Adam Galgliesh, policier de Scotland Yard, hanté par le décès de sa femme, morte en couche en même temps que son bébé, évènement dramatique qui ne sera pas sans influence sur l’évolution du personnage et ses motivations psychologiques. Anoblie par la reine en 1990, PD James a écrit plus d’une quarantaine de romans.

Suggestion de lecture : MEURTRES POUR RÉDEMPTION de Karine Giébel

BONNE LECTURE
Claude Lambert
NOVEMBRE 2014

 

FUNÉRARIUM, le livre de BRIGITTE AUBERT

*…Elle s’est logée sur le côté de la deuxième
cervicale, le long du nerf pneumo-gastrique.
Elle vous a chatouillé le rachis, ajouta-t-il,
débonnaire, le genre de caresse qui peut vous
laisser aussi frais qu’un légume congelé pour
le restant de vos jours.*
(extrait de FUNÉRARIUM de Brigitte Aubert,
Éditions du Seuil, 2006)

Voici l’histoire de Léonard Moreno, appelé Chib, la quarantaine, un peu introverti, renfermé, et vivant confortablement de sa profession d’embaumeur. Un jour, Moreno est approché par une femme : Blanche Andrieu qui lui demande d’embaumer sa petite fille Élizabeth-Louise, appelée  Elilou, morte accidentellement et de l’installer dans un cercueil de verre. Attiré par cette femme, Chib accepte et fait la connaissance de sa famille, des nobles très riches. Au cours de l’embaumement, Chib s’aperçoit que la petite a été victime de mauvais traitements allant jusqu’à l’agression. Troublé, Chib enquête discrètement sur les sévices infligés à la jeune fille et s’apprête à pénétrer très graduellement dans un horrible secret de famille.

Avec FUNÉRARIUM, ne vous attendez pas à plonger dans l’eau de rose, Étant donnée la nature du sujet. En effet, Brigitte Aubert a exploité tout son talent et sa force d’écrivaine pour *installer* le lecteur dans une atmosphère oppressante et morbide qui n’est pas sans rappeler, à certains égards, L’EXORCISTE de William Peter Blatty.

En fait, Brigitte Aubert a relevé un défi intellectuel exigeant mais à la hauteur de son talent : elle a créé un personnage, Léonard Moreno,  sans talent particulier à part celui qu’il déploie dans l’exercice de sa profession, embaumeur.

Et c’est justement comme embaumeur qu’il s’aperçoit que la dépouille d’une jeune fille a été agressée et que sa mort est suspecte. *Tiraillé* par sa conscience professionnelle, Moreno entreprend une enquête et s’immisce dans la famille Andrieu qui est rien de moins qu’un nid de vipère.

Pendant son enquête, Moreno aura à jongler avec des indices de pédophilie, de zoophilie, de nécrophilie, de satanisme et autres bassesses, sans compter les morts qui s’empilent.

L’auteure  laisse peu de répit au lecteur et à peu près aucun élément lui permettant d’identifier la personne coupable de ces monstrueuses déviations. L’écriture est puissante et sa fluidité ne nuit en rien à l’intensité dramatique de l’histoire.

Malgré l’incroyable morbidité qui caractérise le roman et qui ne ménage pas le lecteur, j’ai été séduit par un certain sens de l’humour de l’auteure qui m’a arraché plusieurs sourires.

Malgré tout, je mentionne que la trame sinistre est non seulement entretenue tout au long du récit, mais est accentuée par de petits intermèdes intercalés entre les chapitre et que Brigitte Aubert appelle des *INTERMEZZOS*. Voici un petit extrait…

*Elle puait.
Elle puait son odeur.
Elle puait l’esclave.
Dans ses yeux, dans sa bouche.
L’odeur sale.
L’odeur des cris entre les draps.
L’odeur mouillée.
Qui fait mal.
Ses lèvres de salope sur les joues des enfants.
…*

Pas très joyeux… bien qu’il baigne dans la dépravation et la haine, ce livre est surprenant. Il ne fait pas dans la dentelle c’est vrai mais l’histoire est bien ficelée, intense, attire irrésistiblement le lecteur dans sa toile…un livre que vous n’oublierez pas.

Suggestion de lecture : AVIS DE DÉCÈS, de Daniel Naud

BONNE LECTURE

Claude Lambert
AOUT 2013

(En Complément…)

GENESIS, le livre de JOHN CASE, Jim/Caroline Hougan

Je viens de terminer GENESIS, le premier roman de John Case (Il s’agit d’un pseudonyme collaboratif, voir le complément). Le quatrième de couverture en parle comme d’un thriller scientifique, ce qui est ridicule. À mon avis le suspense n’y est pas suffisamment intense pour le qualifier de thriller, et la science n’y prend vraiment pas assez de place pour le qualifier de scientifique. Par contre il n’est pas mauvais! Mais  selon moi il s’agit plutôt d’un roman policier. Seul le dénouement nous immerge vraiment dans la science complexe de la génétique et c’est peut-être là où la classification est détournée.

Dans un petit village d’Italie, un vieux docteur fera une confession des plus troublantes au curé de la paroisse. Le sujet de cette confession restera inconnu du lecteur jusqu’à la fin. Une chose est sûre, il s’agit d’une révélation qui bouleversera la face du monde, et la face de la chrétienté. Plus tard à des kilomètres de là, la sœur et le neveu de Joe Lassiter périssent dans un terrible incendie criminel. Lassiter, à la tête d’une agence de détective prospère, fera enquête.

J’ai beaucoup aimé la plume de John Case dans ce livre. Il décrit bien les décors mais juste ce qu’il faut, il étale bien le style de ses personnages mais juste ce qu’il faut, il ajoute de la chair à son récit mais juste ce qu’il faut. Il a cette tendance à « décrire ce qui doit arriver avant que ça arrive ». Par exemple il décrit comment le curé devra obtenir un entretien avec les haut placés du Vatican, ou comment un grand brûlé sera traité à son arrivée à l’hôpital. Ces détails font de GENESIS un roman agréable et léger.

L’histoire est plutôt linéaire, une première intrigue est posée au début (la confession), puis mise en suspens pour laisser place à une autre (l’incendie criminel) qui évoluera très progressivement jusqu’à la fin du roman où, on s’en doute, elle rejoint la première.

Cette double intrigue compense pour le rythme un peu lent et le manque d’action dans la majeure partie du livre. Joe Lassiter, l’unique héros du roman, est un personnage qui gagne à être connu et pour lequel on éprouve de l’empathie, quoique son côté cossu de riche héritier prospère a parfois tendance à briser la magie.

J’ai bien aimé ce livre et je relierai assurément un autre livre de John Case un jour. J’ai lu des extraits assez convaincants de SYNDROME, je crois bien que ce sera le suivant!

Suggestion de lecture : PANDEMIA de Frank Thilliez

Phenixgoglu
Janvier 2013

(En complément…)