LE VER À SOIE, Robert Galbraith

*— Je n’imagine pas une femme capable de commettre de telles atrocités, rétorqua        Robin en regardant le portable de Strike, posé sur le bureau.
— C’est que vous ne connaissez pas l’histoire de cette Australienne qui a écorché son amant, lui a coupé la tête et les fesses et les a fait cuire en ragoût. Elle a poussé le vice jusqu’à servir le plat aux enfants de sa victime.
— Vous plaisantez ?
— Pas du tout. Vous n’avez qu’à regarder sur Internet. Quand les femmes s’y mettent, elles n’y vont pas de main morte. *

Extrait : LE VER À SOIE, UNE ENQUÊTE DE CORMORAN STRIKE, de Robert Galbraith. Édition de papier : Le Livre de Poche éditeur, 2015, 696 pages. Format numérique, Grasset éditeur, 2014, 574 pages, 1 237 KB. Version audio : Audiolib éditeur 2014, durée d’écoute : 17 heures 5 minutes, narrateur : Philippe Résimont.

VITRIOLIQUE

Robert Galbraith récidive avec un autre opus ayant comme héros le détective privé Cormoran Strike et sa débrouillarde assistante Robin Ellacot. Un célèbre écrivain, Owen Quine a disparu. Faut-il s’en surprendre ? Quine a écris un roman pour le moins acide, caricaturant des personnalités bien connues et très chatouilleuses.

Le livre, intitulé BOMBIX MORI (traduction : LE VER À SOIE) publié suite à une maladresse d’une éditrice contient du matériel suffisamment explosif pour énerver beaucoup de personnalités en vue. Son corps est retrouvé complètement éviscéré, tel que Décrit d’ailleurs dans une scène macabre de BOMBIX MORI. Œuvre d’un tueur particulièrement cruel tel que Strike n’en a jamais vu dans sa carrière.

Pour résoudre cet horrible crime, Cormoran et sa fidèle Robin devront remonter une filière complexe : pénétrer le monde hermétique de l’édition dont Galbraith donne une image peu flatteuse. En fait, dans LE VER À SOIE, le portrait que dresse Galbraith des auteurs et des éditeurs est carrément négatif, noir.

C’est une histoire complexe, un peu lourde mais je l’ai trouvé originale parce que, comme je l’ai exprimé dans mon commentaire sur SANG TROUBLE, le cinquième volume de la série Cormoran Strike, elle repose davantage sur l’intuition que sur le dialogue ainsi que sur le caractère glauque de son atmosphère.

C’est bien écrit, avec beaucoup d’imagination, encore faut-il tolérer les états d’âme de Strike. C’est parfois lourd mais je maintiens que la force de ce roman réside dans la force de caractère de Strike et Ellacot. Je les ai trouvé attachants. Cormoran est un fils de star, unijambiste dont la prothèse le fait souffrir et ça se sent tout le long du récit. Ça peut paraître énervant mais j’ai fini par développer de l’empathie. Robin est une débutante qui rêve de devenir détective et qui donne un soutien inconditionnel à son bourru collègue.

J’ai trouvé ces deux héros humains et ça donne à ce roman particulièrement gore, un très bel équilibre. Autre point positif, malgré la complexité du sujet et une certaine lourdeur, il n’y a pas de longueur. Le rythme est élevé et constant jusqu’à la finale que j’ai trouvé très bien imaginée quoiqu’abrupte.

Une petite curiosité soit-dit en passant. Il m’est venu à l’idée de relire le livre, ne serait-ce que pour compter le nombre de fois où Strike prononce le mot *merde*. J’ai renoncé évidemment. Disons que son utilisation est abondante…peut-être un peu trop.

Donc, LE VER À SOIE est une très bonne histoire avec des personnages forts et des couteaux qui volent bas.

Suggestion de lecture : UNE PLACE À PRENDRE, de J.K. Rawling


L’autrice Robert Galbraith

LA TRILOGIE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 16 mai 2026

Sang trouble

Commentaire sur le livre de
ROBERT GALBRAITH
Cinquième volume de la série CORMORAN STRIKE

*Strike avait du mal à résister à l’envie de savoir. C’était un besoin impératif chez lui, comme une démangeaison. *
Extrait : SANG TROUBLE, Robert Galbraith, Grasset éditeur 2022, édition de papier, 906 pages. VERSION AUDIO : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 33 heures 2 minutes. Narrateur Philippe Résimont.

Cormoran Strike est en visite dans sa famille en Cornouailles quand une inconnue l’approche pour lui demander de l’aide. Elle aimerait retrouver sa mère, disparue dans des circonstances jamais éclaircies en 1974. Intrigué, Strike accepte, malgré la longue liste des cas sur lesquels lui et son associée Robin Ellacot travaillent déjà.  Petit à petit, l’enquête apparaît comme très complexe. Sur leur chemin, Robin et Strike rencontrent des témoins peu fiables, s’interrogent sur des jeux de tarots, tout en poursuivant des pistes qui semblent mener vers un serial killer psychopathe. Ils apprendront bientôt, à leurs dépens, que même des affaires classées peuvent se révéler dangereuses…

Un duo attachant

C’est une enquête très complexe, un défi de lecture dans la mesure où on peut rester concentré. Car comment une enquête pourrait ne pas être complexe quand elle reprend une affaire insoluble depuis 40 ans.

En effet, un soir, la docteure Margot Bamborough quitte son cabinet médical pour un rendez-vous auquel elle ne se présentera jamais. En fait, on ne l’a jamais revue. L’enquête sera confiée à un policier nommé Talbot, mentalement instable et fortement influencé par l’astrologie et le tarot.

Résultat : l’enquête n’aboutira jamais et Talbot finira à l’hôpital psychiatrique. 40 ans après la disparition de Margot Bamborough, sa fille Anna Phillips demande au détective privé Cormoran Strike et à son adjointe Robin Ellacott de reprendre l’enquête et de trouver le fin mot de l‘histoire.

La force du récit réside dans le parcours des détectives qui doivent reprendre une enquête qui fut un véritable gâchis… un parcours labyrinthique qui leur fera croiser le chemin de deux psychopathes, tueurs en série d’une inimaginable cruauté dont un raconte en détail à Strike son palmarès de meurtres avec une légèreté choquante.

Ce qui m’a captivé particulièrement dans cette lecture fut les personnages particulièrement bien travaillés avec une psychologie bien développée, peut-être un peu trop car la vie privée des détectives est compliquée et ça se ressent beaucoup dans leurs interactions. Cela provoque beaucoup de longueurs et un peu d’errance, malgré toute la force et la conviction de la plume.

C’est effectivement bien écrit. De plus, malgré les nombreux étalements d’états d’âmes de Strike et Ellacott, l’auteure a créé un contexte fort de nature à rendre les détectives attachants. Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé malgré les longueurs et le fait que j’ai été un peu déçu par la finale, un peu simpliste.

Détail intéressant : Chaque chapitre est précédé d’une citation de LA REINE DES FÉES, un célèbre poème épique d’Edmund Spenser (1552-1599). Le lien avec SANG TROUBLE n’est pas évident, d’autant que l’œuvre de Spenser est essentiellement dédié à la vertu. Un défi de plus pour la compréhension des lecteurs et lectrices et aussi les auditeurs et auditrices (car je dois le dire en passant, la version audio est excellente).

En résumé c’est un bon roman, long et complexe en partie parce qu’il repose davantage sur l’intuition que sur le dialogue d’où l‘impression d’une histoire qui ne finit pas de finir. Heureusement, l’enquête est passionnante, intrigante et j’ai développé une belle empathie pour les détectives, Robin en particulier pour qui le bourru Cormoran n’est pas toujours facile à suivre même si l‘auteure l’a doté d’une belle sensibilité.

Malgré la lenteur de son développement, SANG TROUBLE est une très bonne histoire à lire ou à écouter.

Suggestion de lecture : L’APPÂT, de Sylvie G.


Robert Galbraith est un pseudonyme de la célèbre J.K.Rawling

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