LE CLUB DES VEUFS NOIRS, livre d’ISAAC ASIMOV

*Vous avez trop lu Agatha Christie, dit Rubin.
En fait, il s’avère que pour presque tous les
crimes, on s’aperçoit que la personne la plus
équivoque est celle qui est coupable…*
(extrait de RIEN QUE LA VÉRITÉ, du recueil LE CLUB
DES VEUFS NOIRS, Isaac Asimov, 10/18, 1974, éd.
num.)

Le CLUB DES VEUFS NOIRS est une incursion d’un maître de la science-fiction, Isaac Asimov dans le domaine policier. Ce recueil regroupe 12 récits évoquant les rencontres mensuelles de 6 hommes : LE CLUB DES VEUFS NOIRS. En effet, une fois par mois, ces 6 hommes, pas nécessairement veufs mais particulièrement érudits se réunissent pour diner. À chaque rencontre, un des six hommes invite une connaissance qui a une énigme complexe à résoudre ou une affaire étrange à soumettre, toujours de nature policière ou judiciaire.

Aidés par leur maître d’hôtel, Henri, particulièrement brillant, les six hommes s’emploient à résoudre l’énigme et chaque rencontre devient rapidement un marathon de déductions, de raisonnement et de concentration. Chaque nouvelle a le même cadre mais avec une situation et des acteurs différents.

Sept fois Hercule Poirot…
*J’en suis arrivé à un point où je dois en appeler
au grand principe de Sherlock Homes :
«Quand l’impossible a été éliminé, ce qui
reste, même si ça paraît improbable,
est la vérité »*
(extrait LE CLUB DES VEUFS NOIRS)

D’Isaac Asimov, je connais surtout l’œuvre de science-fiction. C’est un maître dans ce type de littérature. Par exemple, ses livres mettant en scène les robots et les *positroniques* sont remarquables. J’étais curieux d’en savoir un peu plus sur la contribution d’Asimov dans l’univers du roman policier. Je me suis donc mis en quête d’un titre et un ami lecteur m’a suggéré LE CLUB DES VEUFS NOIRS.

C’est un livre intéressant mais j’ai l’impression que le véritable pouvoir de la plume d’Asimov, c’est encore dans la science-fiction qu’on le trouve. Avec LE CLUB DES VEUFS NOIRS, j’avais l’impression de me retrouver en terrain connu, dans du déjà-vu. En effet le cadre me rappelle beaucoup LE CLUB DU MARDI d’Agatha Christie.

Le style et la profondeur des raisonnements n’est pas sans rappeler le grand Hercule Poirot, célèbre détective créé également par madame Christie. Il y a toutefois plus de palabres dans LE CLUB DES VEUFS NOIRS. Après tout, les limiers sont au nombre de 6, ou plutôt 7 devrais-je dire car il faut tenir compte du fameux Henri, le brillant maître d’hôtel qui, à lui seul, m’a tenu dans le coup.

Même si le livre n’est pas sans intérêt, je ne suis pas tellement amateur de ce style littéraire. Le contexte est statique. Il n’y a pas d’enquête, pas de déplacement, pas d’action. Sur les 7 principaux personnages, il y en a 6, ultra-rationnalistes, bavards et un peu machistes qui s’invectivent et s’écoutent parler.

Le septième personnage est celui qui m’a gardé captif du livre : Henri, le serviteur, estimé Maître d’hôtel des veufs noirs. C’est Henri qui, invariablement, à chaque récit, apporte les solutions, résout les énigmes et ce, avec une humilité désarmante :

*Ce n’était pas difficile dit Henry. Il se trouve que vous avez examiné toutes les possibilités qui ne pouvaient pas marcher. J’ai simplement suggéré celle qui restait.*
*…Vous êtes un détective remarquable. –Ce sont les Veufs Noirs qui le sont. Ils explorent le problème dans tous les sens. Je me contente ensuite de proposer la seule solution qui reste, dit Henry.*
(extrait de LE CLUB DES VEUFS NOIRS)

Donc il faut prendre le livre pour son principal aspect positif. Chaque nouvelle du recueil est un exercice de logique, de raisonnement. Asimov imagine une intrigue, lui donne au départ un aspect banal, insignifiant qui se complexifie pendant le développement. Sa plume pousse inévitablement le lecteur à raisonner, à déduire. Pour aider le lecteur, Asimov parsème ses récits d’indices. C’est intelligent, efficace.

Et toujours, le dernier mot va à celui qui sait écouter et prendre les choses avec suffisamment de recul pour y voir clair. Ce cher Henri…il gagne à être connu.

En fin de compte, j’ai trouvé le livre agréable à lire. Je craignais de sombrer dans la monotonie parce que le cadre et l’environnement ne changent à peu près pas dans les nouvelles, mais l’auteur a apporté une variété intéressante dans la nature des intrigues.

Quoique j’aie encore une forte préférence pour l’œuvre de science-fiction d’Isaac Asimov, je vous invite à noter ce titre : LE CLUB DES VEUFS NOIRS.

Suggestion de lecture, du même auteur : LE CYCLE DE FONDATION

Isaac Asimov (1920-1992) était chimiste, écrivain et vulgarisateur scientifique, natif de Russie et naturalisé américain en 1928. En littérature, Asimov a été extrêmement prolifique avec plus de 500 ouvrages publiés. Il a touché tous les genres, surtout la science-fiction. Dans une moindre mesure, Isaac Asimov a manifesté son intérêt pour la fiction policière. Il n’a jamais caché son intérêt pour Hercule Poirot qui est pour lui l’image parfaite du détective idéal. C’est donc en s’inspirant du célèbre limier qu’Isaac Asimov a imaginé le CLUB DES VEUFS NOIRS, véritable bijou d’ingéniosité, d’imagination et d’humour.

La carrière d’Isaac Asimov a connu un parcours tout à fait remarquable rehaussée d’une extraordinaire récolte de récompenses et de prix littéraires dont plusieurs prix LOCUS, NEBULA ET HUGO. Je signale enfin que trois films célèbres ont été réalisés d’après l’œuvre d’Asimov. LA MORT DES TROIS SOLEILS de Paul Mayersberg en 1988, L’HOMME BICENTENAIRE de Chris Columbus en 1999 et I, ROBOT d’Alex Proyas en 2004.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
août 2015

L’ANGE, le livre de MICHEL RIETSCH

*Les quelques dents qui pendaient encore aux
gencives furent éjectées par un ultime hoquet
de douleur…il était mort en catastrophe, trop
vite en tout cas pour que ses terreurs puissent
être convenablement créditées.*
(Extrait : L’ANGE, Michel Riestsch, Éditions Black-ebook,
octobre 2013, version num. 220 pages)

Dans les Vosges (France région Lorraine) un dangereux psychopathe, tueur en série, monstre sans pitié s’évade d’un hôpital où il était suivi par le docteur Sonnenfeld, un psychiatre au professionnalisme douteux. En liberté, Wilfried devient comme un fauve et s’adonne avec délectation à son activité préférée : tuer, massacrer. Parallèlement aux forces policières, Sonnenfeld décide de traquer sans relâche le tueur. Cette quête amènera le psychiatre aux sommets de l’horreur, aux limites de l’imaginable. C’est une traque contre la montre et le temps fait défaut.

Terrifiant. Rien de moins
*…la barre effectua un arc de cercle de golfeur
et arriva à toute vitesse en plein sur la
bouche qui éclata en une gerbe de sang.
Sous le choc, la tête heurta violemment le
mur arrière et l’homme perdit
connaissance.
Déjà dans les pommes? Petite nature va!
(Extrait : L’ANGE)

C’est un livre étrange, un récit noir, glauque, développé dans une écriture typique de Rietsch qui agrippe le lecteur sans lui laisser de répit ou très peu. Il est très difficile de résumer un tel livre, car dévoiler ne serait-ce qu’une bribe amènerait rapidement le lecteur à la conclusion.

Il faut le lire et se laisser aller dans ce récit aux développements imprévisibles, récit qui est aussi un voyage dans les méandres visqueux d’un esprit torturé qui ne tire jouissance que dans le meurtre et la torture autant physique que psychologique. Bref, l’esprit d’un monstre.

On ne peut pas vraiment résumer une telle descente dans l’horreur mais je peux mettre le lecteur sur le sentier en dévoilant, très partiellement, comment l’auteur dévoile la nature de Wilfried : *…car ses méfaits étaient soutenus et organisés par une intelligence structurée su service d’une perversité démoniaque.*

Ou plus habile encore : *Mais avant d’avoir été véritablement en contact avec la vie, … la beauté de la mort l’habitait déjà. Qu’y pouvait-il? C’est une des raisons qui l’avait décidé à opter pour une distraction un peu différente de l’idée qu’on s’en faisait habituellement : tuer. Un loisir qui en vaut un autre.* (Extraits)

Je pourrais aussi mettre le lecteur sur le sentier d’une compréhension partielle en disant que le titre du livre est justifié : *Les anges n’ont pas de sexe mais ils ont de l’imagination.* (Extrait) …il y a là une petite saveur de surnaturel, de fantastique et aussi de recherche sur le plan psychologique.

C’est un thriller efficace, une course contre la montre qui entraîne malgré lui le lecteur qui ne peut absolument pas imaginer la suite des évènements. L’intensité de l’écriture et le rythme parfois effréné bousculent le lecteur mais le *laisse difficilement s’échapper*.

Quant aux versions du livre : censurée et non censurée, préférant ne pas trop penser qu’on puisse me prendre pour une poire, je vous dirai que ça ne change pas grand-chose, car si vous avez l’âme sensible, je vous déconseille tout simplement la lecture de ce livre que ce soit en version censurée ou pas. Vous éviterez ainsi de tomber dans le petit piège d’une banale opération de marketing.

En conclusion, je suis bien conscient que je n’ai pas dévoilé grand-chose de l’intrigue, mais si vous êtes d’attaque et pas trop sensible, je vous recommande la lecture de ce livre qui n’est pas très long. Laissez-vous simplement guider par l’auteur dans une atmosphère opaque, bizarre, teintée d’un humour pour lequel je serais tenté d’utiliser les mêmes qualificatifs.

…un livre fort avec, au programme humour noir et mort blanche…

Suggestion de lecture : L’HEURE DE L’ANGE, d’Anne Rice

Michel Rietsch est un auteur français né à Strasbourg en Alsace (est de la France) en 1956. Dès son adolescence, il s’intéresse aux livres et aux auteurs susceptibles d’exacerber ses rêves de voyage et de liberté. C’est pendant cette période qu’il apprendra son métier de cuisinier. Par la suite il réalisera ses rêves de voyage qui l’amèneront d’aventure en aventure avant qu’il se réinstalle en Alsace, 17 ans plus tard, pour y exercer son métier de cuisinier et…pour écrire… dans différentes maisons d’édition.

Il a publié entre autres LA NOTATION, bien sûr L’ANGE en deux versions, censurée et non-censurée, parues chez Black-Ebook en 2013, je cite aussi DU SEL ET DES HOMMES qui relate la grande aventure qui a marqué l’histoire et l’économie de l’Alsace. Rietsch réside dans les Vosges en Lorraine.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
AOÛT 2015

PANIQUE À LA MAISON BLANCHE, Clive Cussler

*Les hélicoptères de l’armée et de la marine
grouillent comme des sauterelles et on
pourrait presque traverser le fleuve à sec
tellement les garde-côtes sont nombreux.
Vous ne m’avez pas tout dit Amiral, loin de là.*
(extrait de PANIQUE À LA MAISON BLANCHE,
Clive Cussler, t.f. Grasset et Fasquelle 1985,
463 pages en édition numérique)

Le Catawba, navire garde-côte reçoit un SOS dans le golfe de Cook, Alaska. Les garde-côtes arrivent trop tard. Tout le monde est mort à bord de l’Amie Marie. Plusieurs évènements graves vont s’enchaîner : entre autres, le Président des États-Unis disparaît et réapparaît plusieurs jours plus tard avec un comportement anarchique qui échappe à toute logique. Plusieurs autres personnalités disparaissent et les morts s’accumulent.  Ainsi commence le défi le plus dramatique de la carrière de Dirk Pitt : mettre fin à une effroyable machination destructrice qui risque de rompre irrémédiablement l’équilibre mondial. 

Implacable machination

*L’eau s’engouffra aussitôt par les énormes
brèches de la coque. Le VENICE frémit et
entama son agonie. Il ne lui fallut que
huit minutes pour mourir…*
(extrait de PANIQUE À LA MAISON BLANCHE)

C’est du grand Cussler, fidèle à son style et la force de son écriture : intrigue solide, évolution et enchaînements rapides, action, héroïsme, nombreux rebondissements, imprévisibilité et bien sûr, l’omniprésence de la mer et des fonds marins sans oublier l’évocation d’une passion de l’auteur, et par ricochet de son personnage fétiche Dirk Pitt pour les vieilles voitures.

J’ai reconnu aussi Cussler dans son habitude de vouloir parfois trop en mettre. Ça donne de nombreux passages peu vraisemblables et plutôt arrangeants sur le plan littéraire.

Bien que ce roman n’invente pas la roue, son idée de base est intéressante et soulève une question non moins intéressante : Qu’est-ce qui arrivera à l’humanité le jour où on pourra manipuler et programmer à sa guise un cerveau humain? Pour l’instant c’est de la science-fiction mais au rythme où évoluent la science et la technologie il faut croire que rien n’est impossible.

J’ai noté une phrase en cours de lecture qui illustre bien le côté dramatique de la question…*Le secrétaire d’État pianota sur son bureau : -le président disparaît pendant 10 jours, et quand il revient, il perd les pédales*.
Il y a là une fort intéressante matière à débat.

Autre élément intéressant dans ce livre est qu’il nous met le nez dans l’incroyable complexité de l’administration américaine et de ses services secrets, de ses coulisses militaires, des relations internationales, des effets pervers de la ruse politique, de la corruption et de la recherche du pouvoir à tout prix.

L’ensemble est un peu classique, mais c’est un thriller efficace qui se lit vite et bien et dont l’évolution est très rapide ce qui a pour effet de garder le lecteur captif. Les habitués de Cussler ne seront peut-être pas surpris.

Suggestion de lecture : DÉSAXÉ, de Lars Kepler

Clive Cussler est un romancier américain né en Illinois le 15 juillet 1931. Sa passion pour la vie sous-marine, le patrimoine marin international et les épaves transparaît dans l’ensemble de son œuvre. Il a entamé sa carrière d’écrivain en 1965 avec VORTEX (difficile à vendre au départ) Puis MAYDAY, suivi de ICEBERG où il introduit un personnage qui deviendra récurent dans la suite de son œuvre : DIRK PITT l’aventurier. Le premier grand succès littéraire de Cussler fût RENFLOUEZ LE TITANNIC. Cussler est aussi réputé pour son impressionnante collection de voitures reconstituées.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
AOÛT 2015

NOIRE RÉVÉLATION, le livre de BRENDA NOVAK

trilogie de Stillwater tome 3

*Intéressant qu’elle tombe sur un magazine de
cul dans le bureau de son père, vous ne trouvez
pas? Demanda Hunter. Pour quelqu’un qui


promet l’enfer dimanche après dimanche à
ceux qui commettent le péché de chair, ça fait
un peu désordre non?*
(extrait de NOIRE RÉVÉLATION, le tome 3 de la
trilogie STILLWATER de Brenda Novak. Éditions
Harlequin, coll. Mira, 2010, édition. Numérique)

Vingt ans après la mystérieuse disparition de son père dans la petite ville de Stillwater, Madeline voit son existence à nouveau ébranlée par ce drame : la voiture de son père est retrouvée dans un recoin d’une carrière abandonnée. Madeline engage Hunter Solozano, un détective privé pour enquêter et remonter la piste. Ce dernier découvre de sérieux indices dans la voiture. Madeline veut pousser l’enquête et éclaircir le mystère, ce qui rend sa famille mal à l’aise. Ses proches tentent en effet de détourner Madeline de son investigation et garde un silence plutôt culpabilisant sur les mystérieux évènements d’il y a 20 ans. Il y en a semble-t-il, qui ont beaucoup à cacher.

Après NOIR SECRET et NOIRS SOUPÇONS,
NOIRE RÉVÉLATION…
Tout ce qu’il y a de plus noir…
*Norman jeta un coup d’œil vers le
cadavre ballonné et de nouvelles
gouttes de sueur se formèrent sur
son front plus pâle que jamais.*
(extrait de NOIRE RÉVÉLATION)

Premier point important, même si NOIRE RÉVÉLATION est le troisième volet d’une trilogie, il peut se lire indépendamment des deux autres. C’est ce que j’ai fait. Les retours dosés sur le passé sont suffisants pour nous plonger et nous maintenir dans l’atmosphère pesante du récit.

Dans ce récit, Madeline, jeune journaliste de Stillwater se morfond parce que la disparition de son père 20 ans plus tôt n’a jamais été élucidée. Son père était pasteur, un homme apprécié, aimé, respecté. Au début du récit, une voiture est retirée d’une rivière…la voiture du pasteur…l’enquête est relancée mais Madeline, ne faisant pas confiance à la police locale engage un détective privé : Hunter Solozano. Et voilà que tout le monde devient nerveux et mal à l’aise.

C’est un récit dur qui dévoile à la petite cuillère la personnalité d’un véritable monstre. C’est un roman efficace en particulier parce que dans le récit, tout le monde dans la famille de Madeline a quelque chose à cacher, et ce quelque chose a toutes les apparences d’une collusion visant à empêcher l’éclatement de la vérité. Ça complique terriblement l’enquête de Solozano. Le fil conducteur est assez serré et fige l’attention du lecteur.

Un point m’a singulièrement agacé dans le récit : c’est un cliché répandu…la belle jeune femme, à cheval sur sa pudeur et mêlée dans ses sentiments engage un détective de type adonis, récemment divorcé et…surprise…une amourette couve dès la première rencontre et se développe avec l’enquête. Les deux éléments finissent par s’imbriquer et évoluer ensemble et il est très facile de deviner comment ça va finir…c’est ordinaire et agaçant.

Heureusement, Novak garde son lecteur dans le coup et l’attire inexorablement dans l’horreur car ce qui sera révélé s’inspire de la cruauté et de la folie insoutenable.

Je vous dirai en terminant que Brenda Novak ne fait pas dans la dentelle avec NOIRE RÉVÉLATION. Plusieurs passages sont de nature à soulever le cœur. Ne lisez pas ce livre si vous avez l’âme très sensible car la brutalité, la perversité et la cruauté y sont révélées souvent de façon crue et directe.

Puisqu’il est question de pédophilie, le livre suscite une réflexion sérieuse sur une corde extrêmement sensible de la société et semble vouloir nous livrer le message classique et trop souvent oublié : ne jamais se fier aux apparences.

Suggestion de lecture : LES MYSTÈRES D’AVEBURY de Robert Goddart

Brenda Novak est une auteure américaine spécialisée dans les romans sentimentaux et les thrillers. Elle publie son premier livre chez Harper Collins en 1999 : OF NOBLE BIRTH traduit en français sous le titre DE NOBLE NAISSANCE et depuis, sa notoriété est grandissante avec plus d’une trentaine de titres et de nombreuses nominations à de prestigieux prix littéraires.

Elle a affiné son art en imprégnant ses ouvrages d’une forte intensité psychologique. Brenda Novak qui a déjà vendu plus de 4 millions de livres dans le monde est mère de 5 enfants et vit à Sacramento en Californie. Elle œuvre comme bénévole dans le financement de la lutte contre le diabète.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
JUILLET 2015

CHIMÈRE, le livre de TESS GERRITSEN

*…Elle regardait l’abdomen de Kenichi, dont la peau semblait se plisser et se rider comme en proie à une ébullition intérieure. -Il y a quelque chose qui bouge…sous
sa peau…
(extrait de CHIMÈRE de Tess Gerritsen, t.f. Presses de la Cité, 2000, éd. Num. 436 pages)

Emma Watson,  est désignée pour une mission : étudier des organismes vivants dans l’espace,  observer en apesanteur l’évolution d’archéobactéries rapportées des profondeurs marines et dont la nature mortelle n’a jamais été révélée à la NASA. Dès son arrivée à bord de la station spatiale internationale, tout tourne mal.

Sous l’effet de la microgravité, les cellules contaminent chaque membre de l’équipage qui agonise dans d’horribles souffrances. S’engage alors une angoissante course contre la montre pour stopper la fureur de la Chimère et empêcher sa prolifération…compte à rebours médical d’une tension poussée à l’extrême d’autant que ces cellules peuvent absorber  l’ADN de leurs victimes…

Pas de quartiers…
*Nathan Helsinger avait enfin cessé de bouger.
Ce qui restait de sa tête gisait dans un lac de sang.
Il y en avait une telle quantité que, pendant un
moment, Roman ne vit rien d’autre. Puis, il
réussit à poser son regard sur le visage du mort.
Sur la masse bleu-vert frémissante qui adhérait
à son front. Des kystes. La Chimère.
(extrait de LA CHIMÈRE)

Je dois dire d’entrée de jeu qu’il est très difficile d’abandonner ce livre une fois qu’on en a entrepris la lecture. À partir du moment où la toxine est libérée dans la station spatiale internationale, le récit devient une suite pratiquement ininterrompue de catastrophes, de conséquences dramatiques…un implacable effet domino…une course haletante contre la montre.

LA CHIMÈRE est un thriller médical puissant, dans la lignée de Robin Cook et qui n’est pas sans nous faire réfléchir sur l’incroyable pouvoir de l’infiniment petit…les micro-organismes.

Ce que j’appelle le fil conducteur de l’histoire est simple, facile à suivre. L’histoire commence au fond de l’océan où des chercheurs découvrent des archéobactéries qu’ils remontent en surface et soumettent par la suite à des expériences en microgravité dans l’espace à bord de la station spatiale internationale.

Ces micro-organismes, au départ inoffensifs pour l’être humain, et passant d’une condition extrême à l’autre, vont devenir un effroyable cauchemar et le lecteur est captif de ce cauchemar car dans le récit,  tout dégénère rapidement. Ça va vite…ça va très vite.

On dirait qu’à travers toute cette escalade, l’auteure s’est arrangée, par la force de son imagination et de sa plume, pour pousser le lecteur à s’interroger : Comment les choses font-elles pour en arriver là? Vont-ils s’en sortir? Y a-t-il de l’espoir?

Est-ce vrai que la vie trouve toujours son chemin? Gerritsen le précise bien dans son récit : *depuis le commencement des temps, les plus redoutables ennemis de l’humanité ont toujours été les plus petites formes de vie*. Le lecteur est pris et bien pris dans une infernale chaîne d’évènements jusqu’à la toute fin du récit…car la Chimère n’est rien d’autre qu’une branche à part de la vie…une abomination.

CHIMÈRE est un thriller haletant, percutant, extrêmement efficace, pas forcément original mais très habile et plongeant le lecteur dans des moments de forte tension. Une petite amourette allège à peine le tout et c’est tant mieux.

L’idée développée par Gerritsen dans son roman est loin d’être nouvelle, mais la logique qu’elle y déploie est tellement implacable qu’elle a réussi à me *figer*. En fait, je place CHIMÈRE dans une courte liste de livres qui m’ont fait passer par toute une gamme de fortes émotions et qui m’ont arracher des frissons (phénomène assez rares en ce qui me concerne).

Suggestion de lecture : CHIMAERIS, d’Éric Tourville

Tess Gerritsen est une écrivaine américaine née en 1953. Elle exerce la médecine à Hawaii. Parallèlement, elle s’adonne à l’écriture. Un jour elle envoie une nouvelle à un concours littéraire mis sur pied par le Honolulu magazine. Elle gagne le premier prix. Emballée par cette reconnaissance, elle quitte la médecine et se met à l’écriture à plein temps, des suspenses romantiques d’abord, mais c’est son premier thriller médical, DONNEUR SAIN qui lui apportera succès et notoriété. Entre autres distinctions, Tess Gerritsen a reçu le Nero Ward du meilleur roman policier en 2006 avec AU BOUT DE LA NUIT.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
AVRIL 2015

BOB MORANE ALIAS M.D.O. de HENRI VERNE

*C’est alors que, derrière le battant,
un rire retentit. Un rire grinçant,
désagréable, faisant songer au
bruit provoqué par une feuille de
métal froissé…*
(extrait de BOB MORANE ALIAS M.D.O.
Henri Verne, Pocket Marabout # 45, 1968,
Éditions Gérard & co, Verviers, num. 116 p.)

Le SMOG, organisation criminelle qui fait la pluie et le beau temps à Hong Kong détenait en otage les clients de l’hôtel Ylang Ylang. SMOG a fini par libérer tout le monde sauf une personne : Louis Nordham, alias M.D.O… qui a été retrouvé mort dans le vieux quartier de la ville. Avant de mourir, M.D.O. avait eu le temps de contacter Bob Morane pour lui demander de l’aide, mais c’était trop tard. Morane et Bill Ballantine se mettent en quête de la présumée auteure de l’assassinat, nulle autre  que Miss Ylang Ylang, la grande patronne de SMOG. Nos amis seront aidés par un des rois de la pègre de Hong Kong.

Qui est Bob Morane?

Bob Morane est un personnage créé par Henri Verne en 1953 à la demande de Marabout Junior dont le directeur de la collection était soucieux d’offrir à la jeunesse un héros, aventurier et justicier et dont elle pourrait suivre les aventures de livre en livre. Verne écrit donc un premier *Morane* en 1953 : LA VALLÉE INFERNALE. Les jeunes sont emballés. Plus de 180 romans suivront jusqu’en 2000. Bob Morane est un personnage attachant. Il court après les ennuis, ou les ennuis courent après lui. Il donne parfois l’impression d’être un peu brouillon, mais il est sans peur, il a un sens aigu de la justice. Bob Morane est un sportif, passionné de livres, de films d’horreur et de bains chauds. Bien qu’en général son attitude soit celle d’un don quichotte redresseur de torts, courageux voire téméraire, ses nombreuses qualités et ses petits travers en ont fait un personnage extrêmement attachant. Les jeunes l’ont adopté rapidement.

La guerre aux vilains…
*Si vous n’étiez pas une femme,
je vous briserais la nuque
comme une malfaisante volaille
que vous êtes…*
(extrait de BOB MORANE ALIAS M.D.O.)

Dans les livres de Verne consacrés à Bob Morane, et ils sont nombreux comme vous l’avez vu plus haut, le gentil justicier va donc d’une aventure à l’autre. Comme plusieurs personnes de ma génération, des hommes surtout, j’ai lu les aventures de Morane pendant mon adolescence, mais je n’ai pas pu vraiment m’attacher au personnage. J’ai apprécié plusieurs récits mais mon intérêt était limité.

40 ans plus tard,  avec le recul du temps et sachant que les aventures de Bob Morane sont encore lues un peu partout dans le monde, j’ai à nouveau fait la lecture de quelques aventures du héros. J’ai choisi de parler de ALIAS M.D.O. toutefois mes commentaires s’appliqueraient je crois à n’importe quels titres de la série.

Les critiques décrivent Morane comme un personnage attachant. C’est vrai qu’il est sympathique mais comme je l’ai dit plus haut, *il n’est pas vraiment venu me chercher*.
Bob Morane est un peu justicier, agent secret, espion, policier, défenseur des opprimés…il évolue d’un récit à l’autre avec un personnage créé pour le seconder et parfois ramener un peu son esprit brouillon à l’ordre, il s’agit de Bill Ballentine.

Morane rencontre dans ses aventures des personnages parfois surréalistes comme on en voit par exemple dans la série James Bond. Il donne des rossées mais il en reçoit aussi. Il subit des échecs mais il en sort plus fort et il a une qualité que j’apprécie beaucoup dans ce genre de roman, il a la capacité de s’enrichir de ses erreurs. Ce n’est pas un invincible qui a réponse à tout. Il est très doué et fort mais il est humain. Pas étonnant donc que Bob Morane ait été tant apprécié des ados des sixties et il l’est encore aujourd’hui.

Les aventures de Bob Morane s’étalent sur 180 livres. Ce sont des livres assez courts, entre 100 et 200 pages. Ce sont des récits sans trop de profondeur. Toutefois la profondeur n’est pas une qualité que les ados cherchaient particulièrement dans les sixties. Donc les récits sont assez brefs, bien ventilés avec des chapitres courts et qui sont imprégnés d’un fort caractère aventurier, le tout en accord avec les caractéristiques culturelles des adolescents  d’hier et d’aujourd’hui.

Tous ces éléments s’appliquent évidemment au récit choisi pour ce commentaire : ALIAS M.D.O . Dans ce récit, Henri Verne ballote son personnage dans une société de gangsters et en profite au passage pour donner de la CIA une image peu flatteuse. Un petit livre qui manque un peu de substance mais qui constitue un bon divertissement…assez agréable à lire…ou à relire.

Suggestion de lecture : 35 MM, de Christophe Collins

MORANE EST AUSSI UN HÉROS DE LA BD

Charles-Henri-Jean Dewisme est un auteur belge né à Ath le 16 octobre 1918. Dès sa préadolescence,  il prend goût à la lecture. Il écrit ses premières nouvelles à l’âge de 17 ans. Après la guerre, il devient journaliste de terrain pour une agence de presse américaine, et il écrit des feuilletons pour des magazines. Son premier livre, LA PORTE OUVERTE est publié en 1944. En 1953,  il crée le personnage de Bob Morane. La première aventure du héros, LA VALLÉE INFERNALE est publiée le 16 décembre 1953 et connaît un succès immédiat. C’est à ce moment-là que Charles-Henri-Jean Dewisme choisit un pseudonyme : Henri Verne.

Entre autres adaptations de Bob Morane, je citerai une très bonne télésérie tournée en 1963 et comprenant 26 épisodes avec Claude Titre dans le rôle principal (photo à gauche) et Billy Kearns dans le rôle de Ballantine, le meilleur ami de Morane, personnage récurrent dans les romans de Verne. Pour en savoir plus sur l’auteur, son œuvre, sur Bob Morane et sur les adaptations, consultez le site internet  http://imaginaire.ca/BobMorane/

BONNE LECTURE
JAILU
AVRIL 2015

AU FIL DU RASOIR, le livre de KARIN SLAUGHTER

*La pureté, lui dit Tolliver, dis-moi
ce que ça signifie dans les relations
pédophiles…-J’ai eu ta dame au bout
du fil tout à l’heure, elle aussi elle
m’a parlé de pureté…c’est une affaire
de castration, exact?*
(extrait de AU FIL DU RASOIR, Karin Slaughter,
t.f. Éditions Grasset et Fasquelle, 2004, éd.
num. 344 pages)

AU FIL DU RASOIR est le récit d’un enchaînement dramatique : une adolescente nommée Jenny pointe une arme sur un garçon de son âge et menace de le tuer. Un policier abat la jeune fille. Entre temps, Sara, un médecin légiste, découvre dans les toilettes de l’établissement où se déroule le drame, le corps d’un fœtus d’à peine quelques semaines. Pour Sara et son ex-mari, le chef de la police Jeffrey débute une enquête complexe et éprouvante pour tenter de comprendre le comportement de Jenny et savoir de qui est le fœtus. Sara et Jeffrey croyaient avoir une idée de ce qu’est l’horreur. En fait, ils n’en avaient qu’un tout petit aperçu. Comprendront-ils comment on peut descendre aussi bas?

Dérangeant mais réaliste…
(âmes sensibles et fragiles s’abstenir)
*-Putain de pervers beugla-t-il, puis il
froissa le magazine entre ses mains
et le lança contre le mur. Qu’est-ce qui
se passe par ici,  bordel?  Cria-t-il. Elle
vit palpiter une veine de son cou. –Combien
de gosses sont impliqués dans cette histoire?
(extrait de AU FIL DU RASOIR)

AU FIL DU RASOIR est un récit très noir, d’autant qu’il touche des cordes extrêmement sensibles de la conscience collective : pédophilie, viol de mineurs, inceste, agressions, mutilation. L’ambiance y est sordide, opaque. Malgré tout, l’auteur a bâti son histoire en évitant de tomber dans le piège du sensationnalisme à outrance.

Au début du livre et jusqu’au milieu à peu près, j’étais irrité par de nombreux passages qui me semblaient vides, exagérément étirés. Dans la deuxième moitié du livre j’ai compris que ces passages permettaient au lecteur de respirer un peu et de se remettre un peu des horreurs auxquelles il est soumis. C’est un livre qui ébranle, qui prend à la gorge mais je crois qu’il a été écrit avec finesse et intelligence.

La plume puissante voire impitoyable met en perspective l’originalité du sujet développé. Karine Slaughter  a réussi à imprégner à son roman de la sensibilité, de l’humanisme et de l’empathie, ce qui apporte un bel équilibre par rapport au caractère terrifiant du sujet traité : la pédophilie, un thème complexe, d’autant que dans AU FIL DU RASOIR, les agresseurs sont des femmes. Cet angle de la pédophilie est peu connu et très rarement développé dans les romans. C’était sans doute pour l’auteure un gros défi à relever.

Je dois vous prévenir que la finale du livre risque de vous choquer, moi elle m’a carrément enragé.  Je ne peux évidemment pas vous dire en quoi elle consiste mais je préciserai tout de même que la conclusion apportée au récit est tout à fait plausible, réaliste.

Bien que je ne conseille pas ce livre aux lecteurs sensibles ou fragiles, je veux préciser que l’auteure a évité les descriptions juteuses et suggestives. Le livre est très bien écrit et n’est pas sans suggérer une profonde réflexion sur un travers humain particulièrement aberrant qui s’écarte complètement de toute logique et de toute cohérence morale : la pédophilie.

En conclusion, AU FIL DU RASOIR est un polar aussi excellent que terrifiant mettant en scène des personnages dont quelques-uns sont d’une authenticité désarmante. J’ai apprécié  la lecture de ce livre même si elle m’a un peu ébranlé.

Suggestion de livre : LE RASOIR D’OCKHAM de HENRY LOEVENBRUCK

Karin Slaughter, née le 6 janvier 1971 est une écrivaine américaine originaire de Géorgie  qui s’est spécialisée dans le roman policier. Au moment d’écrire ces lignes, elle vit à Atlanta Son premier roman MORT AVEUGLE publié en 2003 devient rapidement un best-seller traduit dans plusieurs pays. Elle y installe une intrigue puissante qu’elle développera par la suite dans AU FIL DU RASOIR, À FROID et INDÉLÉBILE avec ses personnages fétiches : Jeffrey Tolliver, le chef de la police et Sara Linton, médecin légiste. Ces deux héros évoluent dans une région imaginaire : Grant county. 

BONNE LECTURE
JAILU
MARS 2015

A.N.G.E 1, ANTICHRISTUS d’ANNE ROBILLARD

*Le jeune agent se mit à saigner du nez,
car les ondes générées par les couleurs
attaquaient maintenant son cerveau…
-En fait, je suis le seul à présent qui
puisse te sauver. Si tu ne viens pas vers
moi, tu mourras au bout de ton sang.*
(extrait de ANTICHRISTUS, a.n.g.e no 1,
Anne Robillard, Michel Lafont, 2007, é. Num.
285 pages)

Pendant une enquête de routine sur les enseignements d’un prétendu gourou, les agents de l’A.N.G.E découvrent que de graves évènements de nature apocalyptique pourraient se produire à court terme. Mais l’enquête est complexe car l’A.N.G.E se heurte à la mystérieuse puissance du faux prophète et d’autre part, l’Alliance, mystérieuse et redoutable organisation maléfique prépare la venue de l’antéchrist.  L’implication d’un mystérieux envoyé du Vatican rend la situation encore plus énigmatique. L’A.N.G.E aura fort à faire pour préserver l’humanité d’une fin qui semble très proche.

L’AGENCE NATIONALE DE GESTION DE L’ÉTRANGE

L’A.N.G.E. est une agence fictive créée par l’auteure québécoise Anne Robillard : une société secrète basée à Montréal et formée par des personnages choisis pour leurs qualités spéciales dans le but de protéger l’humanité contre les forces du mal.

Les principaux personnages sont  Cédric Orléans, directeur de la base de Montréal, Yannick Jeffrey, un des meilleurs agent de l’A.N.G.E, spécialiste de la mythologie, Océane Chevalier, agente, Vincent McCleod, agent et Cindy Bloom, spécialiste des faux prophètes. De nombreux autres personnages viennent soutenir l’Agence qui opère dans le monde entier. A.N.G.E. est une grande saga ésotérique en 10 tomes.

La mystérieuse puissance du faux prophète
*Hadès arriva de nulle part au milieu du salon,
un poignard à la main. Vincent recula vers la
fenêtre avec l’intention de s’y élancer. Le
démon l’agrippa par derrière et le plaqua
contre sa poitrine puante, ramenant la lame
de sa dague sur sa gorge.*
(extrait de A.N.G.E tome 1, ANTICHRISTUS)

C’est avec LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE que j’ai découvert la plume d’Anne Robillard. J’y reviendrai sur ce site. Par la suite, j’ai été attiré par la série A.N.G.E. Il s’agissait pour moi de lire le premier tome pour évaluer si ça valait la peine de continuer et effectivement, j’ai mis toute la saga dans mes projets de lecture.

Le thème de l’apocalypse a été développé dans une multitude de livres et à peu près dans tous les styles littéraires. Mais l’originalité de A.N.G.E réside dans une organisation secrète, implantée dans le monde entier, qui utilise des moyens et des technologies ultrasophistiqués.

L’agence fait intervenir sur le terrain des agents surentraînés dont certains sont même dotés de pouvoir surnaturels (les fameux témoins annoncés par la bible, à découvrir dans le tome 1) et aidés par d’autres mystérieux personnages. L’objectif de l’A.N.G.E : lutter contre l’Alliance, une contre-organisation qui prépare la venue de l’Antéchrist.

Malgré les clichés devenus sans doutes inévitables car il n’y a pas plus classique que la lutte du bien contre le mal, j’ai trouvé l’ensemble assez imaginatif.

En effet, développer une histoire dans laquelle la haute technologie s’oppose au surnaturel, c’est inventif et très captivant.

Ne vous attendez pas à un suspense qui atteint des sommets insoutenables. En fait je devrais dire pour être plus exact que le suspense est allégé par le côté prévisible de l’histoire. C’est un phénomène inévitable quand on connait ne serait-ce qu’un petit peu, les prophéties de l’apocalypse.

Mais dans cette histoire, la lutte du bon contre le méchant est originale, bien bâtie, relativement bien documentée (le sujet aurait pu être fouillé un peu plus et traité avec un peu plus de profondeur). Les chapitres sont courts, l’ensemble est captivant et aisé à lire. Je pense qu’Anne Robillard a atteint son objectif : bâtir une bonne histoire, autant pour les jeunes que pour les adultes et donner le goût de lire la suite.

Suggestion de lecture, de la même autrice : LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE

Anne Robillard est une écrivaine québécoise née le 9 février 1955. Tôt dans son adolescence, elle découvre Tolkien et développe un goût prononcé pour le surnaturel dont elle imprégnera l’ensemble de son œuvre. Auteure prolifique adorant le *fantasy*, Anne Robillard a écrit une grande saga en 12 tomes qui se déroule dans un monde magique que des Chevaliers doivent protéger contre les forces du mal : LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE. On lui doit la série A.N.G.E. et de nombreux livres dont QUI EST TERRA WILDER (2006), CAPITAINE WILDER et la série LES HÉRITIERS D’ENKIDIEV.

Pour en savoir plus sur l’œuvre d’Anne Robillard, consultez son site officiel : www.annerobillard.fr .

BONNE LECTURE
JAILU
MARS 2015

INTERNET REND-IL BÊTE ? De NICHOLAS CARR

*Le contenu d’un média a moins d’importance que
le média lui-même pour son influence sur notre
façon de penser et d’agir.*
(Marshal McLuhan extrait de POUR COMPRENDRE LES
MÉDIAS : LES PROLONGEMENTS TECHNOLOGIQUES DE
L’HOMME, cité dans INTERNET REND-IL BÊTE de Nicholas
Carr,   éd. Robert Laffont, t.f. 2011, éd. Num. 280 pages)

INTERNET REND-IL BÊTE est un essai dans lequel Nicholas Carr, critique et spécialiste des nouvelles technologies dévoile les effets collatéraux d’internet sur le cerveau, la pensée, l’intelligence et la vigueur intellectuelle. Carr décrit en détail la fragmentation provoquée par l’avènement et la progression extrêmement rapide de l’ère numérique. Suite à ses constats sur l’emprise d’Internet et des réseaux sociaux , il pose une question cruciale : qu’est devenue notre façon de penser, de lire et d’écrire? Il y a un prix à payer pour l’engouement de la société à Internet et aux nouvelles technologies car l’incidence d’Internet sur l’intelligence humaine est évidente.

*…Il s’est avéré que quand les gens font des
recherches sur le Net, le schéma de leur
activité cérébrale est très différent de
celui qu’ils ont quand ils lisent du texte
semblable à ceux des livres…*
(extrait de INTERNET REND-IL BÊTE)

C’est un ouvrage costaud et rigoureux dans lequel Nicholas Carr développe un long argumentaire visant à démontrer les effets collatéraux d’internet sur notre intelligence et notre raisonnement. L’auteur se base sur des études et des expériences scientifiques sérieuses pour expliquer les répercussions neurologiques de la surutilisation d’Internet et ce, même si, comme Carr le dit lui-même : *L’évolution nous a donné un cerveau capable littéralement de changer d’esprit à tout bout de champ.*

Carr entre dans les moindres détails du fonctionnement des cellules cérébrales, de leur chimie et de leurs interactions pour démontrer la *plasticité du cerveau* et le fonctionnement de la programmation mémorielle. Le raisonnement qui s’ensuit tend à démontrer que les énormes possibilités du Net font de nous des penseurs plus superficiels.

L’auteur vise entre autres les hyperliens, ces fameux liens sur lesquels on clique et qui nous amène vers d’autres liens qui nous amènent encore vers d’autres liens et ça n’a plus de fins. Pour Carr, cette façon de lire (qui n’a aucune espèce de profondeur, contrairement à la lecture linéaire, soit celle d’un bon vieux livre) éparpille totalement notre attention et même notre discernement.

Ce n’est qu’un exemple pour amener le lecteur à comprendre les changements que provoque Internet dans notre façon de lire d’écrire et de penser. La fréquente utilisation d’Internet est d’autant affaiblissante que notre dépendance à cette ressource inépuisable qu’est le web est grandissante et frôle l’irréversibilité.

C’est un livre très crédible malgré certains irritants : le titre d’abord, pompeux et inapproprié par rapport au contenu. Je ne crois pas que je sois devenu bête et je suis toujours capable de m’adonner à une lecture linéaire, de dévorer un bon livre fait de papier et de le lire en profondeur.

Les chapitres sont très longs et la profondeur du sujet traité rend l’ensemble parfois difficile à suivre d’autant que le ton est un peu doctoral. Mais il demeure que ce livre est porteur d’une profonde réflexion concernant les effets d’Internet sur notre physiologie et notre esprit, notre humanité. À ce sujet, Carr cite le célèbre informaticien Joseph Weizeanbaum :

*Le grand danger qui nous menace quand nous devenons plus intimes avec notre ordinateur…c’est de commencer à perdre notre humanité, à sacrifier les qualités mêmes qui nous distinguent des machines. La seule façon de l’éviter, c’est d’avoir la lucidité et le courage de refuser de déléguer à l’ordinateur les plus humaines de nos activités mentales…*

Le raisonnement de Nicholas Carr va dans plusieurs directions, mais pour moi, il y a convergence vers l’inévitable conclusion que la surutilisation du WEB amène à la paresse intellectuelle et touche de façon importante notre psychologie cognitive.  Enfin, est-ce que le livre est alarmiste?  Je dirai simplement qu’il est empreint d’un alarmisme sain.

Suggestion de lecture : SANS UN MOT, de Harlan Coben

Nicholas Carr est un auteur américain,  journaliste,  chroniqueur, éditeur et critique très actif, parfois virulent des nouvelles technologies. Il s’est rendu  célèbre avec THE SHADOWS : INTERNET IS DOING TO OUR BRAINS, nominé pour le PULIZER américain. Il y décrit les effets neurologiques d’Internet sur le cerveau. On lui doit aussi BIG SWITCH : REWIRING THE WORLD, FROM EDISON TO GOOGLE traduit en 20 langues. Il a aussi créé un blog mais il est en anglais. On peut le consulter au www.roughtype.com

BONNE LECTURE
JAILU
FÉVRIER 2015

LE BERCEAU DU CHAT, livre de KURT VONNEGUT Jr

*Soit dit en passant, Bokonon nous apprend que
lorsqu’un des membres d’un duprass meurt,
l’autre le suit dans la semaine. Quand vint pour
les Minton le temps de mourir, ils le firent tous
deux à la même seconde.*
(extrait de LE BERCEAU DU CHAT de Kurt Vonnegut Jr,
Éditions J’ai lu, t.f. Éditions du Seuil, 1972, num. 160 pages)

Un journaliste appelé Jonas projette l’écriture d’un livre sur Hiroshima et un des inventeurs de la bombe qui a détruit la célèbre ville, le docteur Hoeniker qui a aussi inventé la *glace 9*, un redoutable produit qui solidifie tout ce qui est liquide. Ses recherches l’amènent à San Lorenzo,  une île des caraïbes dirigée par un dictateur aidé d’un prophète appelé Bokonon qui annonce une imminente apocalypse. Jonas découvre que la famille a conservé le secret de cette terrifiante invention qu’est la *GLACE 9*. Jonas se rend compte que sur une toute petite île, une invention de fin du monde et la présence d’une secte agressive, ne font pas ce qu’on appellerait  un ménage idéal…

En hommage à la stupidité humaine

*Faite par une femme, une telle musique
ne pouvait s’expliquer que par un cas de
schizophrénie ou de possession
démoniaque…
(extrait de LE BERCEAU DU CHAT)

LE BERCEAU DU CHAT est un récit à l’évolution lente et constante qui met en perspective la stupidité humaine et l’absurdité de la démarche de l’homme et de son caractère destructeur qui le pousse à l’intrigue, à l’indifférence et au cynisme.

Par bonheur, j’ai bien toléré les nombreuses longueurs du récit dans les trois premiers quarts du livre en essayant de comprendre la démarche de l’auteur, où il voulait en venir. Ma patience a été récompensée. Le dernier quart du récit plonge le lecteur, la lectrice dans une finale spectaculaire et dramatique dans laquelle l’auteur semble vouloir préciser toute sa pensée sur l’incroyable puissance de la bêtise humaine.

Dans LE BERCEAU DU CHAT, la bêtise humaine est décriée par Vonnegut par sa plume dense et incisive qui apparente son récit à un réquisitoire. Il pointe sévèrement du doigt la connerie humaine.

Il faut être patient je le rappelle, pour lire ce récit qui accuse un crescendo lent. Toutefois, il y a un élément dans le récit qui a gardé mon intérêt constant : l’omniprésence de la *glace9*, cette invention monstrueuse de fin du monde, heureusement fictive, enfin pour l’instant je suppose, et qui, dans la finale du récit montre tout ce qu’elle peut faire, ou, devrais-je dire, défaire. Pour faire un petit jeu de mot un peu ampoulé, je dirais que la glace 9 m’a gardé chaud.

Je précise aussi que Vonnegut n’a pas fait d’efforts particuliers pour rendre ses personnages attachants. Dans un contexte de mise en lumière de la stupidité, c’était probablement secondaire.

Je recommande la lecture de ce livre. Il est un peu picaresque et a un petit côté humoristique, mais surtout, il est porteur d’une réflexion profonde sur la stupidité humaine, au danger que représente l’homme pour lui-même, à son caractère ravageur, même si j’aime à penser que l’humanité a de belles qualités qu’elle devrait mettre davantage en valeur. Malheureusement, le récit ne développe qu’un seul côté de la médaille.

Suggestion de lecture : CARBONE MODIFIÉ, de Richard Morgan

Kurt Vonnegut (1922-2007) est un écrivain et journaliste américain. Sa vie est une suite de drames en commençant par le suicide de sa mère, et surtout le fait qu’il a été fait prisonnier par les allemands pendant la bataille des Ardennes, qu’il a goûté aux camps de travail et qu’il a échappé de justesse au plus grand carnage de la seconde guerre : le bombardement de Dresde.

Il s’en inspirera  pour écrire en 1969 ABATTOIR 5 qui deviendra le livre phare de son œuvre. Vonnegut trouvera sa voie en 1959 avec LES SIRÈNES DE TITAN, en adoptant un style incisif, acide, parodique et très engagé.

BONNE LECTURE
JAILU
FÉVRIER 2015