MOZARELLA, livre-jeunesse de DAMIELLE SIMARD

*Mes frères, commence-t-il, si je nous
ai réunis ce soir, c’est que l’heure tant
attendue est enfin arrivée…Wolfgang
a enfin répondu à nos supplications.*
(Extrait : MOZARELLA, écrit et illustré par
Danielle Simard, Éditions Pierre Tisseyre,
1994, édition de papier, 140 pages)

MOZARELLA est l’histoire d’un jeune pianiste sympathique et très doué : Émile Ladouceur. Un jour, son père réalise le rêve d’Émile en lui achetant le synthétiseur d’Amadé Trazom, un compositeur excentrique qui vient de mourir. Dans le synthétiseur, Émile trouve une disquette oubliée et y découvre l’enregistrement d’une musique extraordinaire qui pourrait- être une sonate de Mozart, composée puis oubliée, donc inconnue. Mais par un curieux concours de circonstance, on croira qu’Émile est l’auteur de cette œuvre fantastique. Ce malentendu jettera Émile dans les filets d’une étrange société secrète et lui fera vivre une aventure très particulière. 

PRISONNIER DES ILLUMINÉS
*Soudain, il se rappelle ses deux visiteurs
de la veille, le chiffon puant…son cœur
se met à battre très vite. Il saute du lit
et se jette sur la porte. La poignée refuse
de tourner…
(Extrait : MOZARELLA)

Voici un petit livre des plus rafraîchissant et qui réunit beaucoup d’éléments que les jeunes lecteurs apprécient : une intrigue, une société secrète, un enlèvement et beaucoup de mystère autour d’une mystérieuse musique découverte par hasard.

Bien sûr, ici il s’agit de musique classique qui ne fait pas nécessairement tendance chez les jeunes. Mais qu’un jeune lecteur s’imagine un instant se retrouver sous les projecteurs et devenir un héros à cause d’une musique classique, c’est une toute autre histoire.

MOZARELLA est le récit du jeune Émile Ladouceur, 12 ans, un petit prodige du piano qui excelle particulièrement dans l’interprétation des sonates de Mozart. Pour stimuler le potentiel de création de son fils, monsieur Ladouceur lui achète un synthétiseur usager.

L’instrument était anciennement la propriété d’un musicien : Amédée Trazom. Or, Émile découvre à l’intérieur du synthétiseur une disquette oubliée contenant une musique qui a toutes les caractéristiques d’une signature de Mozart.

Émile interprète cette musique au synthétiseur et l’aventure commence…le danger aussi car ayant eu vent de cette histoire, une mystérieuse société secrète s’intéresse de très près à Émile.

C’est une belle petite histoire très bien ficelée pour les jeunes. J’ai particulièrement apprécié la vigueur des dialogues et la spontanéité de la plume, tout à fait compatible avec celle des pré-ados et des ados :

*En parlant d’oreilles, reprend Émile sur le même ton, je crois qu’il serait grand temps que tu ailles te les faire déboucher, les tiennes d’oreilles! Peut-être que tu pourrais enfin écouter autre chose que des hurlements de chats égorgés avec des solos de scie électrique sur fond de tremblement de terre!* (Extrait)

Il y a aussi dans ce livre, outre les péripéties inhérentes à l’aventure d’Émile, un petit quelque chose d’instructif puisqu’on y parle de WOLFGANG AMADEUS MOZART qui fut l’un des plus grands maîtres de tous les temps dans les principales formes de la musique classique : le concerto, la symphonie et la sonate.

Mozart fut aussi un des musiciens les plus prolifiques de l’histoire de la musique. On sait aussi que beaucoup de légendes ont proliféré autour de Mozart et c’est là que ça devient intéressant relativement au récit de Danielle Simard car c’est une légende qui va entraîner notre sympathique Émile dans son époustouflante aventure.

MOZARELLA est aussi porteur d’une petite réflexion sur les idoles et les enfants prodiges. Enfin, On trouve dans ce petit livre beaucoup d’humour. J’ai particulièrement apprécié le passage où les membres de l’ordre des Illuminés se chicanent comme des enfants alors qu’Émile s’aperçoit très vite d’une grotesque supercherie.

C’est donc un bon petit livre qui ne vieillit pas et que je recommande chaudement aux jeunes de 9 à 12 ans

LE HÉROS DANS L’OMBRE :

Notre talentueux Émile partage la vedette de ce roman avec son ami François et aussi avec celui que j’appelle le héros dans l’ombre : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), symbole historique de génie et de virtuosité. Beaucoup de secrets entourent la vie de Mozart.

À la fin de son histoire, l’auteure Danielle Simard précise, dans une note spéciale, qu’en 1784, Mozart adhère à la franc-maçonnerie, une société secrète très répandue à l’époque.

Les francs-maçons se divisent alors en groupes parfois très différents : chez certains on invoque les esprits et les rituels frisent parfois la sorcellerie.

Mais dans l’Ordre des Illuminés, dont fait partie Mozart, on remplace la superstition par la raison, et on travaille à instaurer un monde de liberté, d’égalité et de fraternité pour tous les hommes. Cet idéal se reflète dans l’ensemble de l’œuvre de Mozart.

Danielle Simard est une auteure québécoise née à Montréal en 1952 et spécialisée dans les romans pour la jeunesse. Détentrice d’un baccalauréat en design 2D de l’Université du Québec à Montréal, elle a œuvré plusieurs années comme graphiste et illustratrice à Radio-Canada avant de se consacrer à plein temps à l’écriture et à l’illustration de ses livres. Récipiendaire du prix du Gouverneur Général du Canada en 2003, elle a publié à ce jour près de 70 livres.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 4 novembre 2918

 

MOBY DICK, le classique d’HERMAN MELVILLE

*Les terriens ont une idée en vérité fort
imprécise de la taille énorme de la
baleine et de son énorme puissance, et
lorsqu’il m’est arrivé de leur fournir des
exemples formels de cette double énormité,
je fus, de manière significative, félicité
pour ma bonne plaisanterie…*

(Extrait : MOBY DICK, Herman Melville, classique
ebook, édition originale, 1851, rééd. En numérique
2015, libre de droit, 700 pages)

MOBY DICK est le récit d’Ismaël, homme solitaire et de son expérience à bord du PEQUOD, un baleinier commandé par le capitaine Achab, homme têtu et tyrannique qui, jadis, s’est fait arracher une jambe par MOBY DICK, un gigantesque cachalot blanc. Depuis, il ne pense qu’à se venger en le tuant et il n’hésite pas à entraîner ses matelots dans un voyage autour du monde à la poursuite de la baleine particulièrement belliqueuse et féroce. Ce classique de Melville est considéré comme un des dix plus grands romans de l’histoire de la littérature.

LA MYTHOLOGIQUE TERREUR BLANCHE DES MERS
*Mais vous n’avez pas pu la harponner?
-Je n’ai pas eu envie d’essayer! Un membre,
n’est-ce pas suffisant? Que deviendrais-je
sans cet autre bras? Et je croirais volontiers
que Moby Dick avale plutôt qu’il ne mord.*

Comme je l’ai déjà mentionné sur ce site, j’aime à l’occasion partir à la découverte d’un classique. Ayant déjà beaucoup entendu parler de Moby Dick et ayant vu les adaptations à l’écran, j’ai donc opté pour le classique de Herman Melville : MOBY DICK.

Je m’attendais à une longue et colossale bataille épique entre MOBY DICK, un énorme et monstrueux cachalot blanc, futé et agressif et le capitaine Achab, vieux loup de mer endurci qui a perdu une jambe jadis broyée par Moby Dick. Depuis, sa seule raison de vivre est la vengeance.

J’ai été déçu. Le livre de Melville est un long pavé de 700 pages et la colossale bataille n’occupe qu’une trentaine de pages à la fin du volume. Le récit d’Ismael le matelot me rappelle plutôt une encyclopédie de la cétologie à ses premiers balbutiements.

Tout y passe : les espèces de baleine, leur classement, leur anatomie, leurs différents comportements, les produits qu’on en tire, l’art de la chasse à la baleine, les rôles de chacun dans une baleinière, les mythes et folklore entourant la baleine y compris l’odyssée de Jonas, avalé par une baleine et recraché par la suite…la liste est longue…le tout écrit avec les informations dont on disposait au milieu du 19e siècle, c’est-à-dire peu de choses.

Donc les informations qu’on y trouve sont soit inexactes ou dépassées. On précise même que la baleine est un –poisson-souffleur- et on l’appelle LÉVIATHAN en référence au célèbre monstre marin de la mythologie.

Je crois que si ce qui vous intéresse est la confrontation entre MOBY DICK et Achab, je vous dirais : voyez le film tout simplement. En particulier la version réalisée en 1956 par John Huston et dans laquelle Gregory Peck campe à merveille le vieil Achab.

Pour en revenir au livre, j’aimerais préciser qu’il n’a pas que des défauts. En fait, le récit est empreint de philosophie. Outre le fait qu’en haut de la pyramide, on retrouve l’éternelle lutte du bien contre le mal, Melville enrichit son récit de nombreux éléments encore très actuels et qui sont de nature à nous faire réfléchir.

Il y a les mythes et la religion bien sûr, mais au-delà de l’histoire, l’auteur aborde des thèmes qui nourrissent la réflexion de l’ensemble de la Société encore de nos jours : l’écologie, l’amitié, la solidarité et autres valeurs humaines et la folie qui semble habiter le vieil Achab qui devient ici un personnage symbolique.

Le récit a donc une grande valeur symbolique à savoir que le drame qui s’y joue est un peu le lot quotidien de l’humanité. Ce côté un peu prophétique m’a plu.

Ce livre, truffé de symboles, de paraboles et d’images prêche l’harmonie. L’écriture de Melville est puissante et complexe. Les phrases sont très longues et le langage confine parfois à la poésie. Je signale aussi que dans l’édition que j’ai lue, il n’y a pas de glossaire et je me suis senti un peu perdu dans le langage maritime.

Donc, l’ensemble est un peu difficile à lire et demande de la concentration mais j’ai trouvé le défi intéressant et j’ai beaucoup appris.

Herman Melville (1819-1891) est un écrivain américain né à New-York. Avant d’écrire, il a exercé plusieurs métiers : comptable, instituteur, arpenteur, matelot, baleinier. Comme écrivain, il prend son envol en 1845 en publiant son premier récit d’un séjour aux Marquises. Il atteint la notoriété en 1851 alors qu’il publie MOBY DICK qui deviendra un des grands classiques de la littérature à l’échelle de la planète, encore lu de nos jours et plusieurs fois adapté au cinéma et pour la télévision. En 1864, il publie un ouvrage de poésie. Très affaibli par une violente crise d’épilepsie, maladie mal connue à l’époque, Herman Melville meurt des suites d’une attaque cardiaque en 1890.

MOBY DICK AU CINÉMA

Il y a eu plusieurs adaptations de MOBY DICK au cinéma et à la télévision…plus d’une douzaine…adaptations de l’œuvre ou inspiration.

La plus célèbre adaptation au cinéma remonte à 1956 :


Sortie le 4 novembre 1956, cette version a été réalisée par John Huston et réunit une impressionnante distribution : Gregory Peck, Richard Basehart (qui incarne l’amiral Nelson dans la série VOYAGE AU FOND DES MERS), Leo Genn, Harry Andrews et Orson Wells. Le budget de la production était aussi impressionnant pour l’époque : 4,500,000.00$ avec près de 2 millions d’entrée en salle. Le DVD du film est sorti en août 2006.

Cette version est une coproduction américaine, britannique et australienne  de Francis Ford-Coppola, réalisée pour la télévision en 1998 par Franc Roddam. Elle réunit également une intéressante distribution, Patrick Stewart en tête : Dominic Purcell, Henry Thomas, Ted Levine, et un héros de la production de 1956 : Gregory Peck qui incarne ici le Père Mapple. Cette version a reçu un prix et une nomination.

Je citerai enfin la version réalisée en 2010 par Trey Stokes et réunissant à l’écran Barry Bostwick, Renée O’Connor, Matt Lagan et Adam Grimes. Malheureusement ce film confirme un *essoufflement* du thème de la vilaine baleine. La critique est passablement négative voire acerbe, plusieurs considérant la production comme un échec total.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 28 octobre 2018

MÊME PAS PEUR, le livre de LUC VENOT

*Des verres se cassent, des assiettes aussi.
L’homme sursaute et embrasse la scène :
tous ces ados, son fils qui pleure…il n’est
pas tout à fait sûr de lui…*
(Extrait : MÊME PAS PEUR, Luc Venot, version
intégrale révisée, 2015, Éditions Humanis, num.
200 pages)

Deux policiers enquêtent sur des meurtres sordides précédés de torture. Toutes les pistes amènent les deux limiers à enquêter dans un foyer qui héberge à la fois des adultes en réadaptation sociale et des ados en difficulté. Les policiers n’ont pas le choix de s’immiscer dans la vie de ce lieu hautement improbable pour de telles atrocités. L’auteur plonge graduellement et inexorablement le lecteur dans l’univers sordide de la maltraitance envers des enfants en s’attardant  sur la vie de quatre personnages du centre : un adulte et trois adolescents.

CRU, DÉCAPANT ET EFFICACE
*Écoute-moi bien gros fils de pute. Ton enfant,
ta chair, a mon numéro de téléphone. Si tu le
touches, ne serait-ce qu’une seule fois, je vous
tue, toi et ta grosse. Cappice? Je ne te menace
pas, je te promets. Tu fais la différence?*
(Extrait : MÊME PAS PEUR)

C’est une histoire très dure, mais c’est une belle histoire. Au centre du drame : un quatuor qui évolue dans un foyer d’accueil où se côtoient des adultes et des adolescents. Pour apprécier toute la richesse du récit, il faut bien saisir la nature et la profondeur des interactions entre les principaux personnages de l’histoire .

Il y a d’abord Antoine, 15 ans, garçon attachant, meurtri par la vie et qui cherche maintenant une vie normale incluant l’aide et la présence d’un père. Rio, un petit voyou sympathique, 11 ans, enfant de la rue, sous la protection d’Antoine qui le considère comme son petit frère, Émilie, 15 ans, à la recherche de l’équilibre et de l’exploration sexuelle et qui a un sentiment pour Antoine.

Et puis il y a Michel, l’adulte du quatuor, dans la quarantaine, divorcé, ayant un fils du même âge qu’Antoine. Dans le groupe, Michel est un instrument d’équilibre. Lui-même soucieux de remettre sa vie sur une voie positive, il exerce une influence positive sur les autres.

Ne soyez pas surpris, on connait l’auteur des meurtres dès le début de l’histoire. Le cœur du drame est dans le ressenti des jeunes et des atrocités subies. Quoique d’une forte intensité dramatique, cette histoire en est une d’amitié avant tout, et même d’amour. Même s’il est parsemé de passages crus et violents, le récit est épuré de tout sensationnalisme. L’auteur a su éviter ce piège pour s’attarder à la profondeur des liens et aux blessures du cœur.

Bien que j’ai beaucoup aimé ce livre, je soulignerai tout de même deux petites faiblesses : d’abord pour enquêter sur les assassinats, Vennot a créé trois personnages peu sympathiques et vraiment pas attachants : le commissaire Hercule Mapèch et ses adjoints Fabulous Fab et Biggy.

Quand je lisais les passages sur l’enquête, j’avais l’impression de pénétrer dans un autre monde tellement les personnages sont agaçants, teigneux et insignifiants. J’ai noté aussi un changement drastique dans les niveaux de langage. Au strict niveau policier, j’aurais souhaité une approche différente.

Le deuxième point faible n’est qu’une question de perception. Elle concerne la finale. Elle est extrêmement dramatique et déchirante, ça, ça va, mais j’ai trouvé sa mise en scène peu vraisemblable et même quelque peu démesurée.

Enfin, puisque le cœur du problème est de punir (dans ce cas-ci des batteurs et des violeurs d’enfants) par une mort atroce, Venot nous amène à réfléchir sur la loi du Talion. Jusqu’où peut-on vraiment s’engager dans la haine et le besoin de faire justice soi-même. MÊME PAS PEUR est un récit sensible, profond et touchant. L’écriture, forte et efficace, est venue me chercher rapidement.

Luc Venot est un écrivain français de l’ère numérique. MÊME PAS PEUR est son premier roman. Il a déjà connu un succès fulgurant dès les premiers mois de sa parution en édition numérique…considéré comme un livre-phénomène à saveur autobiographique. 

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 21 octobre 2018

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU, de KEN KESEY

*Le martyr de McMurphy est aussi un martyr
chrétien. Ce livre noir est aussi un livre
rayonnant de joie de vivre et un plaidoyer.
Il s’agit de mieux comprendre, de mieux
prendre conscience du monde fou dans
lequel nous vivons.*

(Extrait : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU,
Plus précisément le texte AVERTISSEMENT signé
André Bay et précédent le récit  de Kesey, Ken
Kesey, Édition Stock de 2002, réédition, édition
numérique, 290 pages)

Dans une maison de santé, une redoutable infirmière fait régner, grâce à un arsenal de « traitements de choc », un ordre de fer, réduisant ses pensionnaires à une existence quasi-végétative avec des psychotropes, des électrochocs et même des lobotomies. Surgit alors McMurphy, un colosse irlandais, braillard et remuant, qui a choisi l’asile pour échapper à la prison. Révolté par la docilité de ses compagnons, il décide d’engager une lutte qui devient peu à peu implacable et tragique. McMurphy sera à l’origine non seulement d’un sentiment de révolte chez les internés, mais aussi d’une prise de conscience de leur personnalité et de leurs conditions de vie.

AVANT-PROPOS

Les origines du titre VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU  sont contestables pour plusieurs. Pour moi, ce titre pourrait très bien symboliser la lobotomie. Mais la version la plus courante laisse à penser que le *nid de coucou* représente l’asile et le *vol* représenterait la seule personne qui a réussi à s’échapper de l’asile : l’indien, le chef Bromdem, c’est-à-dire le narrateur.

UN CLASSIQUE INDÉMODABLE
*Ne reconnaissez-vous pas l’archétype du
psychopathe? Je n’ai jamais vu un cas de
psychopathie aussi manifeste. Cet homme,
c’est Un Napoléon, un Gengis Khan, un
Attila.*
(Extrait : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU)

C’est un livre très dur, une histoire à haute intensité dramatique que j’ai fini par lire peut-être une vingtaine d’années après avoir vu le film, adaptation remarquable du réalisateur Milos Forman.

Même si ce livre a été un des plus commenté et critiqué dans l’histoire de la littérature américaine, force est de constater qu’il a été un mis dans l’ombre par le film, à cause, en particulier de l’interprétation magistrale de Jack Nicholson qui s’est approprié le rôle du rebelle McMurphy avec un naturel désarmant.

Mais le livre vaut la peine d’être lu, je le considère même meilleur que le film car la plume extrêmement puissante de Ken Kesey appelle à l’angoisse dès le début et vient nous rappeler, grâce à un sordide jeu de pouvoir, cette fâcheuse tendance de toutes les sociétés à vouloir contrôler leurs sujets.

Le fil conducteur est simple à suivre : dans un asile psychiatrique, une redoutable infirmière fait régner une discipline de fer grâce à toute une panoplie de traitements de choc, réduisant les pensionnaires à une existence quasi végétative. Les choses vont changer dès le jour où Randal McMurphy, personnage subversif, exubérant et rebelle arrive à l’asile parce qu’il a choisi cette solution pour échapper à la prison.

Pendant un certain moment de lecture, je me suis demandé qu’est-ce que McMurphy faisait dans ce décor, me disant qu’il était loin d’être fou. Mais j’ai compris assez vite que, révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de l’infirmière, qui est une véritable peau de vache, McMurphy s’est engagé dans une lutte qui devient graduellement implacable et dramatique :

*…eh bien, j’ai été étonné de constater à quel point vous êtes sains d’esprit, tous autant que vous êtes. Pour autant que je puisse en juger, vous n’êtes pas plus fous que le trou-du-cul moyen qui se balade en liberté.*(Extrait)

Dès lors, le récit se concentre sur un impitoyable jeu de pouvoir qui retiendra définitivement l’attention du lecteur allant jusqu’à prendre une très intéressante valeur de symbole révélatrice de la vie actuelle : d’un côté la répression et la coercition et de l’autre, un appel à la tolérance, à l’ouverture d’esprit et à la liberté.

Autre fait intéressant et magnifiquement mis en mots dans le récit de Kesey, l’agitateur devient, aux yeux de ses pairs, un héros…une solution au conformisme crasse qui caractérisait la société des années 60 en général et les institutions psychiatriques américaines en particulier:

*Il était un géant descendu du ciel pour nous libérer du système qui ligotait le monde de son réseau de fils électriques et de cristaux, un être de trop d’envergure pour se soucier de mesquines questions d’intérêt.*(extrait)

Le récit est narré par un vieil indien, un géant qui fait semblant d’être sourd depuis son arrivée à l’asile il y a des années. Tout comme le lecteur, l’indien est témoin et raconte les tentatives habiles de McMurphy pour donner aux pensionnaires de l’asile de la personnalité, une raison de vivre, de se battre.

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU est un livre en quatre parties. Il n’y a pas de chapitres, pas de temps mort, peu de diversions. C’est un crescendo de révolte et de frustrations. Le livre m’a fait vibrer et passer par toute une gamme d’émotions.

Tantôt j’étais choqué et triste, tantôt fasciné et admiratif. Ce fût pour moi un moment de lecture intense et touchant…le temps s’est arrêté, effet d’une plume habile et sans compromis qui ne laisse pas indifférent.

Je vous recommande la lecture de VOL AU-DESSUS d’un nid de coucou. Une œuvre de premier plan…une grande lecture…

Ken Kesey (1935-2001) était un écrivain américain natif du Colorado. Il s’est prêté à des expérimentations de drogues entraînant temporairement des états de psychose. Continuellement sous acide, Kesey est embauché dans un hôpital. C’est de cette étrange expérience que naîtra son premier roman : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU, un succès immédiat qui sera adapté au cinéma par Milos Forman. D’autres titres à succès suivront dont SOMETIMES A GREAT NATION, adapté au cinéma en 1963 sous le titre : LE CLAN DES IRRÉDUCTIBLES.

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU AU CINÉMA
Le livre de Ken Kesey a été adapté au cinéma par Michael Forman. Le film est sorti en 1976 et a fait époque avec 15 prix et 5 nominations.
Le film met en vedette Jack Nicholson

Et Louise Fletcher…la redoutable infirmière

La presse a salué ce film. Le journaliste Jacques Doyon écrivit, peu après la sortie du film en 1976 : *Voilà un film qui est grand parce que fait à l’intérieur d’un système, il nous atteint et nous transforme*.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 20 octobre 2018

Les invraisemblables aventures de …

MONSIEUR TOUT LE MONDE

Commentaire sur le livre de
MAHRK GOTIÉ

*Honnêtement, baillai-je, je n’en ai strictement rien à cirer de ta vie, de ton pouvoir, ni de tout ce qui constitue ta particularité intrinsèque qui, j’en suis convaincu, n’a rien à envier à celle de n’importe quel autre abruti ordinaire. Mais puisque tu ne sembles pas comprendre que tu me dérange, crache ton venin!*

(Extrait : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE, Mahrk Gotié, IS Éditions 2014, édition numérique, 160 pages)

Monsieur Tout le monde est comme tout le monde ou presque : il a un travail qu’il déteste, une femme moche, et deux adolescents dont le premier but dans la vie est de ne surtout pas devenir comme lui. Mais Monsieur Tout le monde veut changer tout ça. Il veut rêver, vibrer. Alors, un beau jour, il décide de s’affranchir de ses barrières mentales, et part à la découverte d’un monde beaucoup plus déjanté qu’il ne l’avait soupçonné… Il plaque femme et enfants, bien décidé à vivre. Il se lance ainsi dans des aventures invraisemblables qui seront tout sauf ordinaires, à la découverte d’un monde tordu et débridé. 

VIRAGE DANS LA VIE
D’UN CASSE-PIED FAINÉANT
*Je n’aime pas les gens et ils me le rendent à
l’identique. Je pisse sur tout le monde et ça
me fait jouir. Détestez-moi, je ne demande
que ça. Je souhaite votre haine et votre
mépris, ma mauvaise réputation me fait
bander comme un âne. Insultez-moi,
salissez mon image, n’hésitez pas…
(Extrait : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES
DE MONSIEUR TOUT LE MONDE)

J’ai choisi ce livre par curiosité. Le titre n’est pas banal et puis je croyais trouver un monsieur qui me ressemblait un peu. Tel ne fut pas le cas…loin de là. LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE est un livre déjanté et affublé d’une surdose de cynisme, de machisme et d’égocentrisme.

Le sujet était pourtant prometteur : Monsieur tout le monde n’aime pas sa vie, il déteste son travail, il croit que sa femme ne l’aime plus et trouve ses deux ados insignifiants. Il décide donc de tout plaquer, décidé à vivre avant de mourir.

C’est là que l’auteur aurait pu être original. Au contraire de l’originalité et d’un goût recherché, il nous a laissé un récit aux limites du trash : *La médiocrité, moi je vous la sublime, je la divinise, je l’incarne au plus haut point, parce que je suis monsieur-tout-le-monde, comme vous. Et vous savez très bien que nous ne triomphons pas.* (Extrait)

Il est certain que ce livre va plaire aux amateurs de trash qui recherche dans un livre la plume directe et provocante : le trash, l’indécence, la vulgarité et bien sûr la crudité qui ne manque pas dans le livre de Gothier :

*Sur cette annonce pour le moins alléchante, une grosse pute d’au moins soixante ans, vieille, immonde et snobe, un gros tas de graisse puant et dégoulinant, un déchet humain repoussant à l’excès avec des yeux enfoncés dans les fentes, un nez porcin, une bouche dégueulasse, s’assit en face de moi avec la prestance d’un tas de merde…* (Extrait)

Le titre du livre a un petit quelque chose qui évoque un peu l’arnaque. À partir du moment où notre monsieur tout-le-monde choisit de dissoudre sa vie, il n’est plus monsieur Tout-le-Monde, mais tombe dans une minorité indigente selon son propre choix.

Quel lecteur ou lectrice va se reconnaître là-dedans. Ce genre de monsieur tout-le-monde ne prend même pas le temps de lire un livre. Vous ne devez pas vous attendre à vous reconnaître dans ce genre de vie délabrée.

Ce livre est un peu comme son personnage principal. Il n’a pas de but. Ça raconte, un peu comme dans une chronique, mais avec plus d’errance, des pirouettes sexuelles qui relèvent de l’obsession et surtout avec une philosophie de supermarché facile mais bien tournée toutefois. Par exemple :

*Ouais, je rate toutes ces choses qui valent le coup et ça me plait, parce que c’est moi et personne d’autre qui décide de les rater. J’apprécie la beauté de l’inutile.*
*Au final, chaque homme se révèle minable. Faut juste attendre le moment où il ne dissimule plus sa véritable nature.*

*J’aime la décadence et la saleté, et tout ce qui ne tourne pas comme vous le voulez. Parce que je ne suis qu’un vieux con qui n’en a plus rien à foutre car il sait qu’il va bientôt crever.* (Extraits)

Ce sont des phrases bien tournées mais qui n’ajoutent pas grand-chose à l’intérêt du livre sauf peut-être à la psychologie du personnage principal. Je terminerai en disant qu’au moins le livre est bref, très ventilé, il se lit vite et bien et annonce peut-être une suite…je ne commenterai pas. Conclusion, ce livre ne deviendra sûrement pas un fleuron de la littérature.

Mahrk Gotié est un jeune auteur émergent, un peu philosophe mais surtout provocateur. Pendant un séjour de quelques années sur l’Île de la Réunion, il décide d’écrire nouvelles et poèmes qui apparaîtront ici et là dans quelques revues littéraires jusqu’à la publication de son premier roman : modeste mais se voulant comique et tout à fait cynique voire dérangeant : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 14 octobre 2018

LES FLEURS DU MAL, recueil de CHARLES BAUDELAIRE

*L’horrible soif qui me déchire
aurait besoin pour s’assouvir
d’autant de vin qu’on peut tenir
Son tombeau; -ce n’est pas peu dire*
(Troisième strophe du poème LE VIN DE
L’ASSASSIN, extrait de LE VIN, troisième
partie du recueil LES FLEURS DU MAL,
Charles Baudelaire, 1861, Bibebook,
édition numérique libre de droits)

LES FLEURS DU MAL constituent l’œuvre majeure de Baudelaire, une des plus importantes de la poésie moderne, à cause de son esthétisme novateur, publiée en 1857, visée par une accusation d’outrage à la morale publique et religieuse. L’œuvre aurait pu être acceptable vues les mœurs parisiennes de l’époque, mais les poèmes visés frisaient la pornographie. Baudelaire et ses éditeurs sont  condamnés pour délit d’outrage à la morale publique,  et à la suppression de 6 pièces de l’œuvre qui a influencé de grands poètes comme Arthur Rimbaud, Paul Verlaine.

UN FLEURON DE LA LITTÉRATURE
*La nuit voluptueuse monte,
Apaisant tout, même la faim,
Effaçant tout, même la honte,
le poète se dit : «Enfin !
(Extrait du poème LA FIN DE LA JOURNÉE,
Sixième partie de LES FLEURS DU MAL,
LA MORT…Charles Baudelaire)

Eh oui! Le goût du classique me revient régulièrement. Cette fois-ci, j’ai choisi un livre très très spécial. Je ne suis pas un grand amateur de poésie. C’est la notoriété de Baudelaire qui m’a attiré surtout, son prestige et aussi l’admiration et l’attachement qu’il éprouvait pour Edgar Alan Poe (1809-1849) un écrivain américain que moi-même j’aime beaucoup et dont j’ai déjà parlé sur ce site.

Baudelaire est même devenu le traducteur officiel de Poe et il en éprouvait une grande fierté. On ne peut pas vraiment critiquer Baudelaire. Mon avis est qu’il était simplement génial. Je peux vous dire aujourd’hui ce que je ressens après la lecture du chef d’œuvre qui réunit l’essentiel de la poésie de Charles Baudelaire : LES FLEURS DU MAL.

LES FLEURS DU MAL est un  recueil en six parties :
1) SPLEEN ET IDÉAL
2) TABLEAUX PARISIENS
3) LE VIN
4) FLEURS DU MAL
5) RÉVOLTE
6) LA MORT

Cet ouvrage m’a fasciné. Peut-être à cause de son côté sombre. On y voit le mal sous différents aspects : la souffrance, vue comme une nécessité d’expiation du mal, Une idée bien précise voire un goût du mal, goût qu’il partage avec Edgar Alan Poe qu’il admirait tellement qu’il a entrepris de le faire connaître aux français en traduisant ses œuvres. Aussi, partout dans LES FLEURS DU MAL, j’ai vu, j’ai senti une profonde obsession de la mort de la part de l’auteur :

 Ô vers! Noirs compagnons sans oreille et sans yeux
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
À travers ma ruine allez donc sans remord,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts !
            (Extrait : LE MORT JOYEUX)

Faut-il s’en surprendre ? Baudelaire était un poète écorché, une âme torturée qui allait complètement à contre-courant de la morale de son époque.

Outre les thèmes récurrents du recueil : la mort, la souffrance, le néant, outre le fait que par son œuvre, Baudelaire fait un constat navrant de la réalité de son monde, de son époque, moi j’ai vu aussi de la beauté dans LES FLEURS DU MAL, de l’espoir, des poèmes sur la pureté, la musique, les chats, les saisons et son hymne à la beauté est un texte, sans jeu de mot, de toute beauté :
Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
qui font le héros lâche et l’enfant courageux.
             (Extrait : HYMNE À LA BEAUTÉ)

La crudité de la réalité s’oppose à la beauté, mais dans plusieurs poèmes, j’ai l’impression que les deux s’amalgamaient. Plusieurs poèmes sont très directs. On voit que Baudelaire n’avait peur ni de la critique ni de la vindicte :
            Puissé-je user du glaive et périr par le glaive!
            Saint Pierre a renié Jésus…il a bien fait!
            (Extrait : LE RENIEMENT DE SAINT PIERRE)
            Gloire et louange à toi, Satan, dans les hauteurs
Du ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs
De l’Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence !
            (Extrait : PRIÈRE)

Qu’à cela ne tienne, il a dû faire face à la censure. Il n’aura rien gagné de son vivant. Aujourd’hui, il est considéré comme un génie. Pour moi, il n’y a pas de doute, son œuvre est géniale aujourd’hui, et elle l’était à son époque, peut-être trop pour être comprise, trop audacieuse pour être acceptée intégralement sur le plan de la religion, de la morale, de l’éthique et même de la bonne Société qui pourtant, ne se gênait pas au XIXe siècle pour se laisser aller au libertinage.

En ce qui me concerne, ce recueil, LES FLEURS DU MAL m’a beaucoup plus. Bien au-delà de la *beauté extraite du mal* selon les dires même de Charles Baudelaire, j’ai vu la beauté des mots, de l’expression, la richesse des vers, rythmées selon certaines règles qui sont propres à Baudelaire. Ces vers m’ont entraîné dans le raisonnement de l’écrivain, une tempête d’émotions.

J’ai développé l’impression que LES FLEURS DU MAL sont devenues une valeur intrinsèque de la littérature du monde, elles sont partout, elles constituent un phare. Les Fleurs du mal sont fiel et miel, le mal, le désespoir puis la souffrance rédemptrice et enfin la reconstruction du monde idéal.

Je pense qu’il faut lire les FLEURS DU MAL au moins une fois. J’en senti et apprécié l’audace de Baudelaire, son sens de la provocation, la variété dans le style, son mépris pour le jugement de ses contemporains dont plusieurs n’allaient pas hésiter à crier à l’immoralité du recueil, le caractère du titre allant à contre-courant de l’éthique et qui pourrait supposer que les fleurs naissent du mal ou le contraire mais qui nous rappelle aussi que les FLEURS DU MAL auront autant d’interprétations que de lecteurs, la substance des mots.

Baudelaire m’a surpris, mais à la lumière de nombreux livres et articles publiés à son sujet, je dirais qu’il a surpris tout le monde, qu’il surprend encore aujourd’hui et que son œuvre est devenu un phare de la poésie moderne. Je vous recommande cette lecture à la fois douce et amère. Si comme moi, vous n’êtes pas amateur de poésie, abordez LES FLEURS DU MAL comme une expérience nouvelle, originale, singulière…sortie des sentiers battus.

Charles Baudelaire (1821-1867) est un des grands poètes du XIXe siècle. Après une enfance et une adolescence agitées qui seront finalement à l’image de sa vie d’adulte, Baudelaire fera ses débuts littéraires dans la traduction. En effet, en 1847, il découvrira l’œuvre de l’écrivain américain Edgar Alan Poe avec qui il se découvre des affinités comme une certaine opinion sur le goût du mal.

Ainsi, Baudelaire entreprend la traduction de nombreuses œuvres de Poe afin de le faire connaître aux français. Toujours en 1847, Baudelaire tombera sous le charme de Marie Daubrun qui lui inspirera plusieurs poèmes.

Auteur bohème à l’esprit torturé, Charles Baudelaire ne publiera qu’une seule œuvre de son vivant, son œuvre majeure : LES FLEURS DU MAL, un recueil de poèmes fait de paradoxes : le bien et le mal, la beauté et la laideur, le ciel et l’enfer…

Le recueil a été condamné et censuré dès sa sortie parce que trop choquant pour la morale bourgeoise. Notez que ça ne l’a pas empêché de passer à la postérité. Une deuxième édition est produite en 1861 après la suppression de six poèmes. L’œuvre ne sera réhabilitée qu’en 1949.

En 1864, croulant sous les dettes, Charles Baudelaire part pour la Belgique comme conférencier. Mais il sera déçu par cette expérience. Sa santé se dégrade rapidement. Il retourne à Paris en 1866 et y meurt un an plus tard après un long combat contre la syphilis, sans compter ses abus de drogues et d’alcool.

Un an après, LE SPLEEN DE PARIS et LES CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES sont publiés à titre posthume. Baudelaire, qui a mené une vie en total désaccord avec la morale de son époque, n’a jamais été reconnu de son vivant et il en a toujours été attristé. Il peut toutefois reposer en paix car son œuvre introduira graduellement la poésie moderne.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 7 octobre 2018

LES 1001 LIVRES qu’il faut avoir lus dans sa vie

COLLECTIF

Commentaire sur le livre réalisé
sous la direction de
PETER BOXALL

*Ce n’est pas encore tout à fait le paradis de
la lecture qui vous est offert aujourd’hui :
c’est son programme nécessaire et très
précieux, ses échantillons, son délicieux
avant-goût.

(Extrait, LES 1001 LIVRES qu’il faut avoir lus dans
sa vie, sélection de romans réalisé sous la direction
de Peter Boxall avec un avant-propos de Peter
Ackroyd, 2008, Éditions du Trécarré pour la traduction
Canadienne Française. Édition de papier, 960 pages.)

Voici une liste de 1001 livres considérés comme les plus importants à lire dans sa vie. Il s’agit essentiellement de romans, présentés de façon chronologique à partir des 1001 NUITS publié au 9e siècle. Pour chaque titre recensé, l’éditeur propose des détails de l’édition, des prix littéraires, un synopsis et un bref commentaire. LES 1001 LIVRES constitue une sorte de catalogue pour un éventuel plan de lecture…une énorme bibliographie qui, sans être exhaustive, donne d’intéressantes pistes de lecture.

UN INVENTAIRES DE RÊVES ET D’AVENTURES
*…d’une façon ou d’une autre, le bonheur de lire
est demeuré. C’est un plaisir silencieux né de la
solitude et de la concentration, qui produit rêves
et réflexion, flirte avec la passion, entraîne
aventures et transformations. Un roman peut
littéralement changer une vie.*
(Extrait : LES 1001 LIVRES QU’IL FAUT AVOIR LUS DANS
SA VIE.  De la préface de Peter Ackroyd )

                     

À gauche : LES CONTES DES 1001 NUITS, auteurs anonymes,  première parution au IXe siècle vers 850, langue arabe. Au centre : VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE, de Jules Verne, première parution en 1864. À droite, LE DOCTEUR ZHIVAGO de Boris Posternak, première parution en 1957.

C’est un livre qui réunit…des livres, tout simplement…essentiellement des romans…un long pavé de près de 1000 pages dans lequel l’équipe de rédaction propose sa liste de 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie. Évidemment, ce genre d’ouvrage qui est un genre de catalogue a toujours un petit côté arbitraire.

Si j’avais à faire ma propre liste des meilleurs romans de l’histoire de l’humanité, elle différerait sans doute de celle proposée par Peter Boxall. Si vous aviez à faire la vôtre, elle différerait de la mienne sans doute. Mais on s’entend pour dire qu’une grande quantité de titres sont définitivement incontournables.

                    

À gauche : TROPIQUE DU CANCER de Henry Miller, première parution en 1934. Au centre : CASINO ROYALE d’Ian Flemming avec son fameux personnage James Bond, agent 007, première parution : 1953. À droite : LE PETIT PRINCE d’Antoine de Saint-Exupéry, première parution : 1943.

J’ai lu ce livre en entier et je crois que les passionnés en feront autant car on se pose tous la même question : QU’EST-CE QUI M’A ÉCHAPPÉ? Dans cet ouvrage, j’ai trouvé une grande quantité de livres que j’ai déjà lus. Aussi, je l’avoue franchement, j’ai trouvé une grande quantité de titres qui ne m’intéressent pas.

J’ai trouvé surtout une grande quantité de titres qui sont devenus pour moi des projets de lecture. Voilà ce qu’est ce livre, un vaste tour d’horizon des grands moments de la littérature mondiale qui rappelle un peu l’histoire du roman avec ses errances et ses débordements.

                 

À gauche : DON QUICHOTTE de Miguel De Cervantès Saavedra, Espagne, première parution : 1605-1615. Au centre : DES SOURIS ET DES HOMMES de John Steinbeck, États-Unis, première parution : 1937, prix Nobel de littérature en 1962. À droite : L’HISTOIRE DE PI de Yann Martel, Espagne, première parution en 2001.

Voilà ce qu’est ce livre, un florilège de titres de romans qui ont marqué l’histoire de la littérature. Je pourrais aussi la qualifier «d’anthologie suggérée». Pour moi cette liste n’est évidemment pas exhaustive.

Aucun ouvrage de ce genre ne peut être exhaustif car *Des livres naissent d’autres livres dans un processus ininterrompu de pollinisation croisée, et il est parfois difficile de savoir où s’arrête l’inspiration d’un ouvrage et où débute la source d’un autre.* (Extrait  de l’avant-propos de Peter Ackroyd)

C’est une chaîne sans fin. Comme le dit Jean d’Ormesson, 1001 livres, c’est beaucoup. Même les plus cultivés n’ont pas la connaissance précise de chaque livre inscrit dans la liste. Aussi, j’ai pris ce livre pour ce que je crois qu’il est en réalité : un instrument de découverte et ça m’a pleinement satisfait.

Peter Boxall a dirigé la réalisation et la publication de LES 1001 LIVRES QU’IL FAUT AVOIR LUS DANS SA VIE. Il a publié une vingtaine d’ouvrages critiques sur la littérature du XXe siècle. Après la publication des 1001 LIVRES, il a commencé une monographie consacrée à la fiction contemporaine. Pour les 1001 LIVRES, Boxall a travaillé avec la complicité de Jean D’Ormesson, auteur de plusieurs best-sellers, et Peter Ackroyd, auteur de plusieurs romans historiques et des biographies de T.S. Eliot, Charles Dickens et William Blake.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 30 septembre 2018

LEGEND, tome 1, le livre de MARIE LU

*L’espion nous observe les uns après les autres.
Une lueur de rage brille dans son regard. Des
filets de sang s’échappent de sa bouche et
coulent sur son front et ses cheveux avant de
tomber par terre. Dès qu’il s’agite, le
commandant marche sur la chaîne qui lui
enserre le cou.*
(Extrait : LEGEND, tome 1, Marie Lu, édition originale
XIWEI LU, 2012, traduction française chez Bragelonne,
2012. Littérature-jeunesse. Éd. Num. 290 pages.)

LEGEND est le récit de June, brillante jeune femme dont l’avenir est prometteur dans les hauts rangs de l’armée, et Day, le criminel le plus recherché du pays. Il sévit depuis des années sans que les autorités puissent lui mettre la main dessus. Un jour, le frère de June, Métias, officier de l’armée, est assassiné. June, persuadée que Day est responsable de ce meurtre, le traque sans relâche. June et Day vont finir par se rencontrer, d’abord sans rien savoir de leur identité, le temps que s’installent attirance et sentiments et avant que la vérité éclate. 

JUNE Vs DAY
*Le garçon jaillit de derrière la cheminée avant que
la malheureuse ait le temps de s’effondrer. Je me
fige. Le contrôle de la situation m’a échappé.
Personne ne devait être blessé ou tué. Le
commandant Jameson ne m’a jamais dit qu’elle
ferait abattre un prisonnier…*
(Extrait : LEGEND)

LEGEND est une dystopie. L’action se déroule dans un pays où les libertés individuelles sont étouffées. Le livre raconte l’histoire de deux jeunes ados de 15 ans que tout oppose…qui vivent dans des mondes complètement opposés et à qui pourtant l’auteur a attribué une nature et un caractère auxquels beaucoup de jeunes se reconnaissent ou s’identifient.

Il y a d’abord June paris, une jeune fille considérée comme un prodige, brillante, astucieuse, patriote jusqu’au bout des ongles et vouée à un avenir fort prometteur dans l’armée. Et puis il y a Daniel Wing, appelé DAY…un jeune hors-la-loi issu d’un taudis des bidonvilles qui entourent la ville. Day est intelligent, futé, plutôt beau garçon et il a soif de ce que sa société lui refuse résolument : la liberté.

Un jour, June est appelée à remplacer son frère Métias assassiné comme officier de l’armée. Elle est convaincue que c’est DAY le meurtrier. L’histoire est un crescendo d’action soutenue qui dirige graduellement les deux jeunes héros vers la vérité. Au départ, il s’agit d’une histoire de vengeance.

En fait, l’histoire se compose de deux récits en alternance…DAY…June…DAY…June…jusqu’à la fin. Chacun se raconte à son tour. Ici, la les mécanismes de la convergence sont tout à fait prévisibles. C’est la faiblesse du livre.

Mais il faut voir de quelle façon les sentiments de June envers DAY et aussi envers le système se modifieront, pour ne pas dire s’inverseront, au fur et à mesure que la vérité se précisera. Ça, c’est le côté génial du livre : la psychologie et la force de nos jeunes héros.

De sa plume alerte et intelligente, Marie Lu a lancé comme un défi au lecteur en semant, à des moments judicieusement choisis des indices sur ce qui, finalement transformera June dans tout son être.

LEGEND est une belle histoire qui met donc en scène deux jeunes personnages séparés par une raison d’état pourrie et sans scrupule, mais qui finissent par se comprendre… il faut voir comment…c’est plus qu’une simple amourette. Il y a dans ce récit la recherche d’une vérité qui m’a agrippé.

J’ai été enthousiasmé par la lecture de ce livre. Il n’est pas très long, il se lit en quelques heures. Malgré ses petits aspects prévisibles, c’est un livre fort. J’ai déjà noté que d’une dystopie à l’autre, les mêmes thèmes reviennent souvent.

Mais dans LEGEND, j’ai relevé deux points intéressants : Marie Lu plonge le lecteur rapidement et avec un remarquable savoir-faire dans l’atmosphère et le contexte social de l’histoire et elle livre ici et là dans son récit d’intéressantes réflexions qui manquent souvent dans cette tendance littéraire qui souffre d’épuisement : la dystopie.

Le récit ne présente aucune longueur ni redondance. L’écriture est fluide, directe et laisse absorber au lecteur beaucoup d’émotion. En passant, je me suis demandé pourquoi Daniel Wing est surnommé DAY et pourquoi ce surnom est devenu le titre.

C’est brièvement mais clairement expliqué vers la fin de l’histoire. C’est comme si ça venait résumer toute l’existence de Day…bien pensé… J’ai vraiment passé un bon moment de lecture. Vivement…les deux autres tomes…

Marie Lu est une romancière américaine née en 1984 née à Wuxi en Chine. Elle n’avait que 5 ans quand sa famille s’est installée aux États-Unis. Passionnée de lecture, elle s’est mise très tôt à l’écriture et s’est spécialisée dans les dystopies. C’est sa série LEGEND en trois tomes qui lui a valu la renommée. On dit que le film LES MISÉRABLES a inspiré Marie Lu pour la création de DAY, un jeune hors-la-loi de génie. Elle continue d’écrire autant pour les jeunes que pour les adultes.

 

Bonne lecture,
Claude Lambert
le 23 septembre 2018

LE SPECTRE DU LAC, livre d’HERVÉ DESBOIS

*Même si elle n’a aucune explication, Mégane
est maintenant persuadée que ce qu’elle a vu
va se produire ici même, dans ce village. Oui
mais quand? Demain? Dans une semaine?
Dans un mois? Cette nuit?*

(Extrait : LE SPECTRE DU LAC, Hervé Desbois,
Éditions de Mortagne, 2016, édition de papier,
377 pages, littérature jeunesse québécoise)

Pour fêter la fin de l’année scolaire, une classe de jeunes élèves se retrouve pour une semaine entière dans un centre de plein air des Hautes Laurentides au Québec. Pour Mégane et son meilleur ami Nicolas, ce séjour , qui s’annonçait pourtant très bien , pourrait bien tourner au cauchemar car depuis qu’elle a 12 ans, l’adolescente est hantée par des visions sur lesquelles elle n’a aucun pouvoir. Or, dès son arrivée, Mégane est hantée par des rêves terrifiants qui deviennent de plus en plus réels. Avec l’aide de Nicolas, Mégane va tenter de résoudre ce mystère entourant l’arrivée de ce fantôme et qui coïncide bizarrement avec la mort suspecte d’un habitant du village. 

UNE CONNEXION DE MONDES PARALLÈLES
*…le corps soudain agité de violents tremblements,
Mégane prend conscience qu’elle est en train de
sombrer dans une obscurité plus opaque que la
pire des nuits sans lune. Comme on se noie dans
les eaux noires et glacées d’un lac. Est-ce ça la mort?
(Extrait : LE SPECTRE DU LAC)

Je sais que les histoires de fantômes, de spectres et d’ectoplasmes sont très répandues en littérature. À ce titre, le livre d’Hervé Desbois peut ne pas paraître très original et pourtant, je lui ai trouvé un cachet particulier. Je crois que ce récit devrait plaire aux jeunes à cause de ses personnages.

Le personnage principal est Mégane Prégent. Elle a 13 ans. Cette jeune fille a un don très spécial…un don médiumnique et même kinésique. Elle fait des rêves à caractère prémonitoire. Depuis près d’un an, elle a des visions sur lesquelles elle n’a aucun pouvoir. À ses côtés : le meilleur ami de Mégane, Nicolas.

Dans le récit, un spectre semble bel et bien avoir choisi Mégane pour étancher sa soif de vengeance. C’est pendant un voyage de fin d’année scolaire dans un camp de vacance que le spectre va pousser Mégane et Nicolas à aller au bout de cette histoire.

Il y a de tout dans ce livre pour plaire aux jeunes lecteurs : un phénomène paranormal avec du danger, une histoire captivante avec des revirements et des rebondissements et surtout, des personnages attachants, Mégane, Nicolas, Cassandre et même le dur de dur de l’école Jean-Christophe qui ne manque pas une occasion d’embêter nos jeunes héros.

Il y a de tout donc pour que les jeunes lecteurs se reconnaissent à une exception près : Mégane fait partie d’un très faible pourcentage de la population possédant un don médiumnique.

En cours de lecture, je me suis posé des questions : qu’est-ce que je ferais avec un don pareil? Est-ce que ça gâcherait ma vie? Est-ce que ça me permettrait de sauver des vies? Et qu’en serait-il de ma qualité de vie? Donc, je me suis senti interpelé par le livre, par l’histoire et l’étrange atmosphère qui s’en dégage.

Alors je me suis laissé glisser dans cette histoire qui se passe au Québec, je le rappelle, grâce à une écriture fluide et un langage accessible dépourvu de tout caractère infantilisant. J’ai accroché dès le début d’ailleurs :

*Ça veut dire quoi être normale? Avoir beaucoup d’amis avec qui parler et rigoler? Sortir avec un gars qui porte des jeans en bas des fesses et des espadrilles pas lacées?…se chicaner avec ses parents…?…Ou peut-être avoir le dernier téléphone intelligent…? … Et si c’était ne surtout pas être comme moi? (extrait)

La conclusion laisse supposer une suite ou tout au moins fait place à l’idée d’une suite, car au moment d’écrire ces lignes, je ne connais pas les intentions de l’auteur. Mais l’idée serait très intéressante. Je n’hésite donc pas à recommander LE SPECTRE DU LAC une histoire captivante qui devrait beaucoup intéresser les ados et tous les âges en fait.

Hervé Desbois est comédien et écrivain né en France. Ancien fonctionnaire, il a fait un saut heureux en 1998 dans l’univers de la musique, du cinéma et de la littérature ce qui l’a amené à côtoyer de nombreuses stars dont David Bowie, et Angelina Joli. Installé au Québec, Hervé Desbois fait preuve d’une remarquable polyvalence, œuvrant à la production de publicité, films, téléséries, écrivant des chansons entre autres pour Bruno Pelletier et Véronic Dicaire en plus d’une quinzaine de livres dont un en littérature jeunesse avec LE SPECTRE DU LAC, le prix Victor-Martyn-Lynch-Stauton 2015.

BONNE LECTURE

Claude Lambert
le samedi 22 septembre 2018

 

LE CERCLE DE DANTE, de MATTHEW PEARL

*Il remarqua des traces de sang sur le plancher
et autre chose aussi…d’étranges fragments
d’insectes qu’il ne reconnut pas- les ailes et les
troncs de ces mouches aux yeux de feu que
Nell Ranney avaient découpés en morceaux
au-dessus du corps du juge Healey*
(Extrait : LE CERCLE DE DANTE, Matthew Pearl,
t. f. Éditions Robert Laffont, 2004, édition papier)

Boston, 1865. Un tueur en série inflige à ses victimes des supplices inspirés par L’ENFER DE DANTE. Dès lors, quatre hommes comprennent qu’ils deviennent les premiers suspects…en effet, ils sont tous réunis dans LE CERCLE DE DANTE dont le but est de faire connaître LA DIVINE COMÉDIE, du même poète florentin. Les membres du CERCLE DE DANTE savent qu’ils seront suspectés si quelqu’un fait le rapprochement entre les meurtres et les supplices racontés dans L’ENFER. Pour se disculper et pour sauver leur ville, les érudits s’improvisent détectives et une étrange chasse à l’homme commence. 

Dans LE CERCLE DE DANTE, Matthew Pearl s’est largement inspiré de LA DIVINE COMÉDIE tout comme l’a fait Dan Brown pour son livre INFERNO . LA DIVINE COMÉDIE est ce célèbre poème, le plus célèbre de Dante, composé quelque part au XIVe siècle. Chef d’œuvre de la littérature, il est considéré comme le plus important témoignage de la civilisation médiévale. D’ailleurs, Dante Alighieri est un poète majeur du Moyen-âge. Il a joué aussi un rôle très actif dans la vie politique de sa ville natale : Florence.

LA MENACE DE LA DIVINE COMÉDIE
*Expulsé du royaume d’en haut, il tombe sur la
terre, au sens physique du terme, et, sous son
poids, un abîme se creuse : L’Enfer. C’est cet
abîme souterrain que Dante explorera. Donc,
la guerre a créé Satan, la guerre a créé L’Enfer*
(Extrait : LE CERCLE DE DANTE)

D’entrée de jeu, je vous dirai d’abord que le CERCLE DE DANTE (Dante club) est une réalité historique. En 1865, Henry Wadsworth Longfellow, premier poète américain de calibre international, fonda un cercle restreint consacré à la traduction intégrale de LA DIVINE COMÉDIE, poème célèbre et complexe de Dante Alighieri qui se voit admis à observer le supplice des damnés dans différents niveaux de l’enfer.

Outre Longfellow, le *club* réunit des personnages tout aussi authentiques : le poète James Russel Lowell, le docteur Oliver Wendell Holmes, l’éditeur James T. Fields et l’historien George Washington Greene. Il s’est aussi avéré que le Cercle a connu beaucoup d’opposition.

Dans son livre, Matthew Pearl met en scène les personnages historiques du Cercle et imagine une chaîne d’évènements se déroulant en 1865 autour de la célèbre université de Harvard.

Au lendemain de la guerre de Sécession, alors que les soldats connaissent de graves difficultés de réinsertion, un tueur en série exécute une série de meurtres particulièrement sordides en s’inspirant des supplices décris dans LA DIVINE COMÉDIE de Dante. Évidemment, ces meurtres n’ont aucune authenticité historique même si la recrudescence de la criminalité au lendemain de la guerre a été historiquement démontrée.

Donc dans ce livre, l’histoire côtoie la fiction. C’est un livre intéressant mais lourd et complexe à plusieurs égards : d’abord, il y a beaucoup de palabres sur Dante et la Divine Comédie qui est une œuvre difficile à aborder. Il y a des passages intéressants mais aussi beaucoup de longueurs et ces longueurs diluent l’intrigue.

Ensuite, comme les meurtres sont inspirés de Dante, les membres du Cercle décident de faire l’enquête eux-mêmes pour éviter les soupçons. Malheureusement le brouillard s’épaissit pour le lecteur. L’enquête est tentaculaire. Le lecteur est balloté de fausse piste en fausse piste…compliqué, d’autant que le rôle de la police est mal défini.

L’écriture est puissante mais elle ne contribue en fait qu’à préserver l’esprit de Dante. À mon avis, il y a trop de répétitions, de digressions, de longueurs et de passages superflus pour garder le lecteur dans le coup à l’exception peut-être d’un questionnement qui a entretenu ma curiosité et m’a permis *d’accompagner le Cercle* jusqu’au bout : Quel être à l’esprit aussi tordu a pu se servir de Dante pour supplicier de façon aussi horrible des êtres humains?

C’est un livre très dense qui pêche par une absence de fluidité. Les chapitres sont longs et l’ensemble est peu ventilé. Sa lecture nécessitera donc beaucoup de patience et d’attention. Je mentionne toutefois qu’il est richement documenté d’imposants travaux de recherches réalisés par Pearl sur le fameux poète florentin. Le livre a figuré quelques temps sur la liste des best-sellers, surtout en Italie, pays d’origine de Dante Alighieri.

La lecture a été ardue mais Pearl m’a donné le goût d’en savoir plus sur la Divine Comédie….peut-être un jour en entreprendrais-je la lecture.

Matthew Pearl est un écrivain américain né en Floride. Diplômé de Harvard en littérature anglaise et américaine et de Yale en droit, Pearl est reconnu comme un spécialiste de Dante. Ses travaux sur le célèbre poète florentin lui ont valu en 1998 le prix Dante décerné par la DANTE SOCIETY OF AMERICA.  Son second roman, L’OMBRE D’EDGAR POE a figuré sur la liste des best-sellers dès sa parution. Dans ce livre consacré aux derniers jours d’Edgar Allan Poe, Pearl développe une des plus grandes énigmes de l’histoire littéraire.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 16 septembre 2018