ANÉANTIR, Michel Houellebeck

<Ce qui est inquiétant dans le troisième message, ce n’est pas son contenu, c’est sa diffusion. Cette fois, ils ne se sont pas attaqués à un site administratif, ils ont visé Google et Facebook; des gens qui, en principe, ont les moyens de se défendre. Et ce qui est stupéfiant, c’est la violence et la soudaineté de l’attaque.>

Extrait : ANÉANTIR, Michel Houellebecq, Flammarion éditeur, 2022, édition de papier, 732 pages.

Le roman suit Paul Raison, un fonctionnaire du Ministère de l’Économie et des finances, attaché au Cabinet du Ministre Bruno Juge, avec lequel il entretient également des liens d’amitié. Le climat politique est marqué par des attentats terroristes extrêmement sophistiqués, faisant appel à des moyens militaires importants, sans qu’on connaisse vraiment les motivations des auteurs. Paul entretient des liens distants avec sa femme Prudence. Le couple vote ouvertement pour le Rassemblement national. Enfin, le frère cadet de Paul travaille comme restaurateur d’œuvres d’art et est marié à une femme détestable.

Vivre et déchanter

Ce livre était dans mes projets de lecture depuis sa sortie. J’ai procrastiné là-dessus. J’hésitais parce que Houellebecq n’est pas un auteur spécialement facile à lire et à digérer. J’ai eu le même sentiment avec Charles Bukosvsky. Même si ce dernier est plus errant et tourmenté, ces deux auteurs, quoique très différents, ont un point en commun : s’ils se laissent désirer au début de leur histoire, ils gagnent des cœurs au fil des pages.

En effet, si ANÉANTIR démarre sur l’élan d’un escargot, il est très vite devenu pour moi un coup de cœur. ANÉANTIR raconte l’histoire de Paul Raison, fonctionnaire français, attaché politique et ami du ministre Bruno Juge. Son mariage est précaire, sa sœur est dévote, son frère est instable et son père, un ancien agent secret est mourant,

L’histoire se déroule sur fond de campagne électorale à la présidence française dans laquelle son ami est impliqué. C’est un livre en deux parties. Dans la première partie, il faut comprendre un peu le fonctionnement de la politique en France, mais c’est optionnel. L’auteur met ses personnages en place et les approfondit dans un monde où le terrorisme se fait sérieusement menaçant et pousse à l’agitation sociale.

Cette première partie est une série de petites intrigues qui s’imbriquent. Elles ne sont ni abouties ni expliquées. Ce choix m’a semblé voulu par l’auteur qui n’a fait, finalement, que me préparer à la deuxième partie qui, elle précise le destin tragique de Paul.

J’ai été profondément remué par ce récit. Oui, Houellebecq peut être cinglant par moment, cynique et même tordu mais le regard qu’il jette sur la Société est d’une désarmante justesse. Il m’a poussé à une profonde réflexion sur le sens de la vie, la mort et la vieillesse.

*…nous ne supportons plus les vieux, nous ne voulons même par savoir qu’ils existent, c’est pour ça que nous les parquons dans des endroits spécialisés, hors de la vue des autres humains. La quasi-totalité des gens aujourd’hui considèrent que la valeur d’un être humain décroit au fur et à mesure que son âge augmente; que la vie d’un jeune homme et plus encore celle d’un enfant, a largement plus de valeur que celle d’une très vieille personne… * (Extrait)

L’auteur y va de sa notion du nihilisme. C’est du Houellebecq…souvent acide dans ses propos mais toujours sur fond de vérité. C’est ma façon de voir mais une chose est sûre, il ne laisse pas indifférent. Ses ombreux passages sur le cancer en phase terminale ont eu sur moi l’effet d’un coup de poing :

*Il était au milieu des condamnés, des incurables, dans une communauté qui n’en serait jamais une, une communauté muette d’êtres qui, peu à peu se dissolvaient autour de vous, il marchait <dans la vallée de l’ombre de la mort>, selon l’expression qui lui apparaissait, pour la première fois, dans toute sa force. Il découvrait une forme de vie étrange et résiduelle, complètement à l’écart, aux enjeux absolument différents de ceux qui agitent les vivants. * (Extrait)

Malgré tout, j’ai perçu dans ce livre du positif, de l’espoir. J’ai développé le sentiment que tout n’était pas perdu comme si ce pavé de Houellebecq faisait bande à part. ANÉANTIR est une œuvre magnifique de Houellebecq qui, dans sa muflerie a dévoilé une grande sensibilité dans son analyse de la condition humaine. À lire absolument.

Suggestion de lecture : LE FLAMBEAU, de Philippe Lançon


L’auteur Michel Houellebecq. Voir sa biographie.

DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 28 mars 2025

L’ANOMALIE, Michael Rutger

Tout le monde a conscience que c’est censé être un sujet crucial, et soit on y croit, soit on n’y croit pas. Quoi que l’équipe puisse trouver en Alaska, ça ne changera pas la donne. Nous, en revanche… on sera peut-être en mesure de prouver à l’establishment … que toute notre histoire officielle est biaisée.

Extrait : L’ANOMALIE de Michael Rutger, format numérique, Bragelone éditeur, 2020, 375 pages.

Oppression sans plus

Un explorateur, Nolan Moore et son équipe publient sur YouTube une série d’émissions intitulée AUX FRONTIÈRES DE L’ANOMALIE :

<Nous avons besoin qu’une voix décisive combatte le portrait mensonger que les scientifiques, le gouvernement et l’autocratie libérale brossent de notre monde, cette interprétation erronée de l’histoire humaine, cette façon de tomber à bras raccourcis sur tout ce qui ne colle pas avec leurs desseins. > Extrait

L’équipe de Moore décide de frapper un grand coup en réalisant un documentaire sur une mystérieuse grotte, découverte en 1909 par l’explorateur Kincaid, dans le grand canyon en Arizona. Une gigantesque formation rocheuse s’étendant sur 446 km de longueur avec une profondeur moyenne de 1 600 mètres. Longé à sa base par le vigoureux fleuve Colorado.

*Nous avions ‘impression d’avoir pénétré dans un lieu secret, étrange et ancien… un environnement antérieur aux attentes humaines, et où l’inhabituel pouvait devenir réalité. * Extrait

Il fallait donc trouver cette caverne à partir des maigres données de Kincaid dans ce colossal univers de roche. L’histoire raconte comment, de peine et de misère, Moore a découvert la grotte comment l’équipe y a pénétré et comment elle s’est trouvée piégée.

Pas de lumière, peu d’eau, peu de nourriture, impossible de sortir, une immense sphère s’étant déplacée pour bloquer la sortie. Pire, l’équipe semble épiée par d’étranges créatures. Sont-ils sur les lieux qui cachent le mystérieux secret de nos origines ou pourrait-il y avoir comme une odeur de complot ? Ou les deux ?

Malgré l’ambiance mystérieuse de l’histoire et son caractère imprévisible, le livre raconte tout mais ne dit à peu près rien. Beaucoup d’évènements surviennent dans la grotte mais très peu sont expliqués. Le mystère est continu et linéaire. Presque rien sur les origines de cette mystérieuse grotte. Beaucoup de descriptions, mais pas d’explications.

Sur ce plan, je me suis retrouvé un peu comme une coquille vide avec une histoire qui nous fait dire en fin de compte *Tout ça pour en arriver là*

Toutefois, l’histoire n’est pas dénuée d’intérêt. J’ai été piégé par son atmosphère oppressante au point d’avoir l’impression de manquer d’air. J’ai été aussi sensible à cette espèce de rayonnement surnaturel omniprésent dans la grotte mais jamais affirmé. Un peu surpris aussi de la débrouillardise de cette équipe d’archéologues amateurs peu préparés et mal équipés. Même si les personnages sont plus ou moins travaillés, j’ai réussi tout de même à développer un peu d’empathie.

L’idée de base est bonne mais malheureusement, la plume est beaucoup plus descriptive qu’explicative. Ce manque d’équilibre nuit à la crédibilité de l’ensemble. La finale est à l’image de l’histoire. On sait ce qui se passe mais on ne sait pas pourquoi, Ça force le lecteur à spéculer sans jamais être sûr de rien.

Dommage parce qu’il y a dans cette histoire de très bonnes idées qui font tout de même qu’elle vaut la peine d’être lue.

Michael Rutger, auteur de L’ANOMALIE

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 14 mars 2025

Les livres de Jimmy Guieu # 2

Commentaire sur la collection SF

2e partie

*<La Maison Blanche a mis en alerte toutes les bases de l’Air Force et des escadrilles de chasseurs ionosphériques dotés de missiles à ogives nucléaires sont prêtes à décoller à tout instant…pour, si possible, intercepter l’engin et le forcer à se poser sur l’une de nos bases militaires. Au cas où il serait … <habité>, M. Barclay, votre concours, en tant que biologiste et en raison de votre odyssée avec mon ami Ronald Morton <au-delà de l’infini>, nous sera très précieux pour étudier les êtres qui, peut-être, se trouvent à son bord. >*

Extrait : L’INVASION DE LA TERRE, de Jimmy Guieu, Fleuve Noir éditeur, 1952 pour l’édition original. Pour la présente, réédition : Plon-GECEP-Fleuve Noir, 1979, format numérique chez Plon, 146 pages.

Une nuit de réveillon, faite de rires et d’embrassades, un engin mystérieux cinglait vers la Terre. Un engin pacifique qui annonçait pourtant la plus terrifiante des agressions… Jerry Barclay rallierait-il à temps un peuple ami… à plus de deux millions d’années-lumière ?

—-

-Grand prix du Roman Science-Fiction 1954
-Prix du roman Ésotérique 1969
-Grand Prix du roman S.F. Claude Auvray, 1973

*<Cette quatrième expérience prouve surabondamment l’effroyable danger que font peser sur le monde ces folies. Il faut jeter un cri d’alarme et insister. Dans notre papier, sur les risques incalculables que peuvent entraîner ces essais d’armes thermonucléaires.

-Nous pouvons d’ores et déjà en conclure que de nouveaux faits insolites et d’autres disparitions vont vraisemblablement se reproduire…*

(Extrait : LES ÊTRES DE FEU, Jimmy Guieu, édition originale : Fleuve noir éditeur, 1976, pour la présente, réédition : Plon éditeur-GECEP-Fleuve Noir 1980. Format numérique, 153 pages)

Quand des savants atomistes disparaissent de par le monde et que s’ouvrent des puits insondables engloutissant avions, bases militaires et centres atomiques, il y a tout lieu d’être inquiet, d’invoquer une attaque venue de l’espace… Et l’on peut ainsi se tromper lourdement sur l’origine de la terrible menace…

———————————————-

-Grand prix du Roman Science-Fiction 1954
-Prix du roman Ésotérique 1969
-Grand Prix du roman S.F. Claude Auvray, 1973

 

La passionnante SF des sixties

C’est la science-fiction d’un autre temps, une autre époque. C’est en effet au milieu du XXe siècle que la SF allait se forger une forte identité. À l’époque, les romans étaient porteurs de science mais il n’y avait pas d’hyper-technologie comme celle qui empreint la SF d’aujourd’hui ce qui la rend moins attrayante pour le jeune lectorat en particulier.

C’est vrai, ces livres ont un caractère vieillot. Mais ils se distinguent par leur caractère visionnaire qui ne se démentira jamais grâce à l’influence de Jules Verne, Isaac Asimov, Georges Orwell, René Barjavel, HG Wells et de plusieurs autres. Ces livres ont une aura particulière. Leur auteur étaient d’abord des créateurs d’atmosphère, puis des inducteurs de mystères et dans une certaine mesure, des sources prophétiques.

Personnellement, je me suis laissé bercé dans une bienfaisante nostalgie, comme je l’ai fait avec l’œuvre de Maurice Limat à qui j’ai consacré mon tout premier article sur ce site en 2012.

Les livres de Jimmy Guieu suivent la tendance de son époque. Les histoires sont brèves, se lisent vite et bien et sautent très vite dans le vif du sujet. Plusieurs de ces récits parlent d’invasion comme L’INVASION DE LA TERRE, un thème très récurent de nos jours :

*Ils perçurent un ronronnement léger et se reculèrent prudemment, levant le nez dans la direction de ce bruit bizarre : des hublots trapézoïdaux apparurent, démasqués par l’escamotage d’une plaque de blindage, à quatre mètres au-dessus du sol. -Attention, lança une voix venant de derrière l’astronef. Un portillon vient de s’ouvrir ! * (Extrait : L’INVASION DE LA TERRE, Jimmy Guieu)

Les auteurs de l’époque ont ouvert un bal, développant des thèmes qui sont encore privilégiés de nos jours : les ovnis, les créatures monstrueuses, le surnaturel, les mondes parallèles, les dérèglements temporels.

Plusieurs thèmes développés dans les années 1950-1970 sont encore aujourd’hui d’une brûlante actualité comme la peur viscérale des armes nucléaires, sujet développé avec une étonnante intensité dans LES ÊTRES DE FEU :

* … Il semble donc bien établi que les nombreuses disparitions d’atomisticiens et électroniciens, les non moins nombreux faits bizarres et inexpliqués que nous enregistrons sur la Terre …depuis le début des expériences atomiques durant ce mois de juillet, sont en corrélation avec lesdites expériences. Il ressort logiquement de ces constatations… dans les jours à venir, nous enregistrerons de nouvelles disparitions de savants et techniciens et que nous assisterons à de nouveaux phénomènes inexplicables. * (Extrait LES ÊTRES DE FEU, Jimmy Guieu)

Aujourd’hui, j’explore avec délice la science-fiction moderne…James Dashner, Richard Morgan, Alexis Aubenque, Catherine Fisher sans oublier George R.R. Martin, Suzanne Collins et beaucoup d’autres mais j’aurai toujours un faible pour la SF des sixties et j’aime à y revenir souvent. Elle a une saveur particulière.

La science-fiction se combine aisément avec la créativité. Jimmy Guieu en est un exemple. Enfin entre la SF du passé et celle d’aujourd’hui, il y a un pont commun : Cette tendance anticipe l’avenir de l’homme et prend parfois un aspect philosophique. Elle annonce presque toujours des temps difficiles et souvent elle a eu raison. La SF appelle à l’imagination et à la raison.

J’explore toutes les tendances littéraires en général mais entre la science-fiction et moi, il y a un élastique.



L’auteur Jimmy Guieu

Suggestions de lecture : Les 25 meilleurs livres de science-fiction de tous les temps, d’après coollibri

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 9 mars 2025

Les livres de Jimmy Guieu, # 1

Commentaire sur la collection SF
1ère partie


Chaleureuses salutations amis lecteurs et amies lectrices. Ceux et celles qui me suivent depuis mes débuts sur ce site savent que je suis généraliste dans mes choix de lectures mais ils savent aussi que j’ai toujours eu un penchant pour la science-fiction.

C’est d’ailleurs avec ce courant littéraire toujours adulé que j’ai inauguré ma série de commentaires avec un article sur la collection sf de Maurice limat (1914-2002) (voir l’article) écrivain extrêmement prolifique qui  a écrit près de 500 livres et fut un des piliers des célèbres éditions fleuve noir.

Celui dont je vais vous parler aujourd’hui fut aussi prolifique sur le plan littéraire que controversé pour ses convictions d’ufologue. Il s’agit d’Henri-René Guilleu. Pseudonyme : JIMMY GUIEU

Henri-René Guieu était un écrivain de science-fiction, ufologue, essayiste, vidéaste et communicateur français. Il a versé aussi dans les romans d’espionnage, policiers et même dans les romans érotiques. Comme Maurice Limat, il a publié abondamment chez Fleuve Noir. Il a emprunté plusieurs pseudonymes.

Outre Jimmy Guieu, il a publié sous le nom de Jimmy G. Quint, Claude Rostaing, Dominique Verseau et Claude Vauzière. Comme ufologue, il était très proche de la théorie conspirationniste en vogue aux États-Unis dans la deuxième moitié du XXe siècle et d’ailleurs encore très actuelle.

C’est de l’écrivain dont je veux surtout parler.

Les avis sur Jimmy Guieu sont très mitigés. Chose sûre, il n’a laissé personne indifférent. Je suis tombé sur ses livres, comme beaucoup de monde, dans les années 1960 et 1970 alors qu’ils étaient partout et bien en évidence avec des couvertures tape-à-l’œil et des titres accrocheurs. La présentation était typique de l’époque et très proche des concepts cinématographiques qui commençait à envahir les écrans.

Moi ça me plaisait beaucoup. Même aujourd’hui, je suis encore accro à ce style devenu vieillot, je dois l’admettre mais qui continue à frapper de plein fouet l’imaginaire des amateurs de sf, spécialement quand il est question de paranormal, d’ovnis et des mystères de l’espace. Guieu croyait dur comme fer aux ovnis et ça transpirait dans son œuvre.

En ce qui me concerne, j’ai lu une trentaine de volumes de la collection SF et pour autant que je sache, comme la collection est quelque peu linéaire, aucun chef d’oeuvre ne figure dans la longue bibliographie de Guieu. J’ai aimé ces livres pour le contexte, la situation et surtout l’atmosphère de chaque histoire, en harmonie avec le mystère, l’intrigue, l’obscur, l’incompréhensible même si le tout rappelle parfois le papier mâché. Guilleu a tout de même frappé mon imagination.

On peut facilement entrer dans l’univers de Guilleu si on surmonte les nombreux irritants qui jalonnent son œuvre. Ici je rejoins la pensée de Richard D. Nolane, écrivain, traducteur, anthologiste et scénariste qui a rédigé un excellent dossier sur Jimmy Guilleu paru en 2004 sur sfmag.net :

À la lecture des romans de Jimmy Guieu, on découvre vite que celui-ci n’est pas un grand styliste et qu’il a un penchant un peu trop prononcé pour les digressions et les explications qui cassent l’action. Quant aux intrigues, il arrive assez souvent que leur déroulement ne soit pas à hauteur de ce que laissait espérer leur début, Jimmy Guieu étant plutôt habile pour capter l’attention du lecteur dans les premiers chapitres. Enfin, les personnages ne sont que très rarement nuancés : les bons sont aussi parfaits que les méchants sont abjects. (Extrait : JIMMY GUIEU, itinéraire d’un franc-tireur de la SF française, Richard D. Nolane, 2004)

Le succès éditorial de Guieu s’explique par le fait qu’il atteint son lecteur avec le pouvoir de faire vibrer ses cordes sensibles et il m’a donné l’impression de participer à l’aventure.

Je poursuivrai dans ma prochaine publication, avec la deuxième partie de mon commentaire sur la collection SF de Jimmy Guieu, deux livres en particulier.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 8 mars 2025

 

LE FEU DE DIEU

Commentaire sur le livre de
PIERRE BORDAGE

*Le fleuve se vida tout à coup dans un bruit prolongé de succion, l’eau s’évanouit à une vitesse sidérante, comme aspirée par la gueule béante d’un monstre, dévoilant un lit tapissé d’une végétation luisante et de poissons frétillants, des bateaux se retrouvèrent plantés dans la vase, d’autres se renversèrent dans un fracas de bois et de vitres brisées. *

Extrait : LE FEU DE DIEU, Pierre Bordage, Audvauvert éditeur, 2009 et 2012, respectivement pour les versions papier et numérique, 480 pages. Version audio :  Audible studios éditeur. Durée d’écoute : 10 heures 3 minutes, narrateur : Emmanuel Lemire

Franx a anticipé le cataclysme planétaire qui s’apprête à détruire une grande partie de l’humanité. Il a réalisé une arche avec trois autres familles dans un coin du Périgord. Ce domaine, appelé le Feu de Dieu, doit bénéficier d’une autonomie totale de sept ou huit ans. Quand le cataclysme se déclenche sous ses yeux, à Paris, Franx rentre immédiatement chez lui, accompagné d’une étrange petite fille autiste qu’on lui a confiée, et dont les dons de voyance pourraient lui être bien utile.

Une recette du genre

 

Premier point, faites attention à l’interprétation du titre. Le récit ne décrit pas la fin du monde ni une catastrophe. Il est développé dans un contexte essentiellement post apocalyptique. LE FEU DE DIEU est une arche fortifiée et isolée dans laquelle prennent place trois familles qui devraient pouvoir survivre quelques années à une catastrophe mondiale.

L’arche a été imaginée par un homme qui a anticipé le cataclysme, Franx, qu’on suit tout au long de l’histoire. Mais lors du désastre, Franx est piégé à Paris. Il entreprend de marcher les 500 kilomètres qui le séparent de l’Arche et frôlera souvent la mort de très près.

En chemin, Franx adopte une petite fille autiste appelée Sauria. Cette jeune fille, confiée à Franx par sa mère juste avant de mourir, a un don particulier : celui de la voyance. Pendant ce temps, un homme habitant l’Arche et surnommé le Grax prend le contrôle de l’abri avec une main tyrannique.

C’est un récit post apocalyptique de plus qui n’apporte pas grand-chose de neuf au genre. Je n’ai trouvé aucune originalité quant au thème de la fin du monde qui est carrément sous-développé et je n’ai développé aucune sympathie pour les personnages sauf peut-être Franx sur lequel l’auteur donne peu de détail.

Du déjà vu à tous égards y compris le personnage-cliché, monstrueux, exécrable, celui pour lequel on aime se lever de bonne heure pour le détester plus longtemps.

La force du récit tourne autour de Sauria, une jeune autiste qui *parle par son silence* et qui a le don de voyance. Ça va même un peu plus loin. Sauria apporte au récit une petite touche de surnaturel qui force quelque peu l’attention. Franz doit se dépenser sans compter pour la protéger. C’est un élément intéressant qui enrichit l’intrigue.

Il est même très intéressant de suivre le lien qui se développe entre Franx et Sauria. Franx y puise de l’inspiration et même de la force. On peut dire que c’est le point fort de ce récit survivaliste.

L’histoire est développée en deux formes narratives alternées : les évènements tragiques qui se déroulent dans l’Arche et ce qu’on pourrait appeler la route de la mort empruntée par Franx qui sera bientôt rejointe par une héroïne en devenir, Sauria.

LE FEU DE DIEU est un road trip noir, violent, variation sur un thème usé mais qui tient en haleine malgré tout avec une plume efficace et facile à suivre. Le récit met en perspective ce dont l’homme est capable lorsqu’il croit sa dernière heure arrivée. Sujet intéressant mais usé.

Suggestion de lecture :

WARDAY, de W. STRIEBER et J. KUNETKA 


L’auteur Pierre Bordage

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 2 mars 2025

Le destin du magister

Commentaire sur le livre de
EVA ORBELUNE

Un râle de douleur et d’incompréhension fit écho à son geste tandis que les yeux clairs du vieillard s’obscurcissaient. Un centyre s’écoula. Puis, sur la peau presque translucide des poignets du défunt, s’effacèrent les marques qui le désignaient jusqu’alors comme le meneur des Sept Provinces. Désormais, il n’était plus le Magister.

Les Dieux nommeraient un nouveau porteur, un Aspirant. La création de la Marque du Magister générait une énergie particulière que la meurtrière devait localiser avant de partir à sa rencontre.

Extrait : LE DESTIN DU MAGISTER, tome 1 : LA MARQUE, Eva Orbelune, Beta publisher éditeur, 2022, format numérique, 408 pages

Les Sept Provinces sont ébranlées par l’assassinat de leur meneur spirituel, le Magister.  Malgré l’instabilité du territoire, les Dieux doivent désigner un remplaçant, tandis que les habitants traquent le meurtrier qui a disparu sans laisser de traces.

Contre toute attente, le choix des Dieux se porte sur des jumeaux qui, pour la première fois de l’histoire, sont contraints de devenir les deux faces d’une même pièce.  Malgré leur jeune âge, Yaellin et Wyll devront faire face ensemble à un sombre complot. Seront-ils à la hauteur de leur destin ?

 SOLIDARITÉ GÉMELLAIRE

 

C’est une histoire originale qui se déroule dans un univers composé de sept provinces réunies en un genre de fédération dirigée par ce que l’on appelle un magister qui est nommé par les dieux, parmi les élus. Celui qui est visé reçoit une marque des dieux sur un bras.

Or, au début de l’histoire, le magister en titre est assassiné. Pour le remplacer, les dieux choisissent des jumeaux : Wyll et Yaellin, deux adolescents de 14 ans. Pourquoi un tel choix ? Deux jumeaux pour une seule marque, et pourquoi aussi jeunes ? Et pourquoi ici, deux personnes ne peuvent être qu’une ?  Les dieux ont leurs raisons que la raison ne connait pas…

Eva Orbelune nous plonge dans un univers de fantasy riche de trouvailles et d’imagination dans lequel on trouve des magiciens, deux jumeaux télépathes, des sorciers et des dieux dont il est difficile de comprendre les motivations.

La première partie est particulièrement immersive. On se familiarise avec la culture des sept provinces, son gouvernement, son fonctionnement et on fait la connaissance de deux jumeaux ados, attachants, humains et *appelés à n’être qu’un* pour gouverner les sept provinces sous la tutelle de dieux capricieux.

Le mandat du nouveau magister commence d’ailleurs sur des chapeaux de roues, car il doit éclaircir un mystère, un complot ourdi par une redoutable sorcière et qui menace la vie des habitants.

L’autrice a bien travaillé je crois pour rendre attrayant un sujet assez usé en exploitant de nouvelles idées comme par exemple l’exploitation des courants énergétiques pour expliquer la magie et son fonctionnement. Elle a eu aussi l’idée d’utiliser la signature énergétique d’un magicien, l’équivalent des empreintes digitales pour déterminer qui menace le royaume. Ce sont des idées qui rendent l’ensemble crédible et stimulent l’intrigue. Les runes sont aussi omniprésentes.

Elle a aussi beaucoup travaillé sur les personnages en général et sur la personnalité des jumeaux en particulier. Leur interdépendance est par moment inutilement compliquée mais leur bonne nature et leur complicité pousse le lecteur à l’empathie.

J’ai trouvé la plume empreinte d’émotion, une qualité rare dans la littérature de fantasy. Il faut dire qu’à ce chapitre, je suis assez difficile. Un autre bon point pour Eva Oberlune.

Je signale enfin deux petites faiblesses. L’action est très souvent en baisse au profit de l’intrigue. Ça compromet l’équilibre du récit. Dans cette histoire, les sorcières apparaissent comme le diable d’une boîte. Leur origine et leur rôle ne sont pas bien définis tout comme d’ailleurs la différence entre un magicien et une sorcière. À ce titre, Hélisa est sans doute le personnage le moins abouti de l’histoire.

Je n’ai pas tout à fait compris non plus les motivations des dieux et leur choix porté sur des jumeaux et leur participation apporte peu d’éclairage. Mais en général, j’ai beaucoup aimé ce livre qui a été pour moi une belle découverte.

Suggestion de lecture : L’OEIL DU MONDE, de Robert Jordan

L’AUTRICE EVA ORBELUNE

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 1er mars 2025

Pour seul refuge

Commentaire sur le livre de 
VINCENT ORTIS

*Il y a trois entités dans un procès: la victime, l’accusé et la douleur des proches. La victime a existé, l’accusé existe, la douleur existera. *

Extrait : POUR SEUL REFUGE, Vincent Ortis. Version papier et numérique: ROBERT LAFFONT éditer, 2019, 336 pages. Version audio : LIZZIE éditeur 2021, durée d’écoute 9 heures 19 minutes. Narrateur : Bernard Gabay.

Duel dans le froid

C’est un livre intéressant. L’histoire, à connotation psychologique est tentaculaire quoiqu’extrêmement intrigante. Mais attention au quatrième de couverture Il ne met pas du tout en place les éléments essentiels qui sont nécessaires pour vous introduire à l’histoire. Aussi, il faut bien saisir les éléments suivants.

Un jeune amérindien, Allan Marocco est jugé pour meurtre et viol. Dans un jugement considéré erratique par le policier Ted Cortino, le juge Edward McCarthy déclare Marocco innocent et le relâche. Cortino, devenu schizophrène suite au meurtre et au viol de sa femme, décide de rendre justice lui-même.

Il piège le juge et l’enferme dans un chalet isolé où il termine de concocter une vengeance minutieuse et tordue. Le juge sera par la suite lâché dans une nature cruelle à la recherche forcée du jeune indien. La première partie du livre repose sur cette mise en situation. Maintenant, pour la deuxième partie, vous pouvez vous référer au quatrième de couverture.

Le caractère intrigant de l’histoire prend le pas et heureusement car les personnages sont difficiles à cerner. Le dévoilement de leurs motivations se fait avec une lenteur désespérante. Mais lorsque le jeune indien et le juge sont lâchés dans la nature glaciale et troublante du Montana, le lecteur vit une espèce d’oppression qui le met sur les dents.

Le rythme devient alors constant. La véritable psychologie des personnages est dévoilée car ils sont amenés à s’affronter eux-mêmes, individuellement, avant de s’affronter entre eux. Le jeune Marocco est un personnage particulièrement bien développé même si ça ne le rend pas forcément facile à comprendre.

Ce livre m’a gardé captif à cause entre autres de la beauté de son écriture et de sa trame captivante. On ne peut que suivre d’une façon soutenue les déboires du juge et du jugé dans une nature hostile, glaciale qui intensifie l’intrigue rendant le récit addictif.

C’est un roman très fort qui opposent deux êtres humains que tout sépare et qui sont pourtant réunis par un complot minutieusement ourdi dans un cerveau malade.

La description de la nature montanienne est superbe, ce qui est étonnant si on tient compte du fait que l’auteur est français. L’histoire dans son ensemble m’a semblé invraisemblable et elle n’échappe pas aux longueurs et aux redondances. Les personnages sont froids comme le décor et peu attachants.

C’est un polar et ce qui le rend attractif malgré les bémols cités plus haut est son caractère intriguant et un peu glauque : est-ce que le juge reviendra sur son jugement comme le souhaite Ted? 

C’est un bon polar qui couve rebondissements et revirements et des…frissons…dans les deux sens du terme.

Suggestion de lecture : UNE FORÊT OBSCURE, de Fabio M. Mitchelli


L’auteur Vincent Ortis

DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 28 février 2025

NATIVE, livre 1

Commentaire sur
LE BERCEAU DES ÉLUS
de LAURENCE CHEVALIER

*ISABELLE CASTELLANE !
cria l’inquisiteur dont la voix forte fit taire l’assemblée.
-Reconnais-tu devant le peuple les accusations de sorcellerie dont tu fais l’objet ? La femme fixa son bourreau franciscain d’un regard acéré puis toisa la foule massée autour d’elle. Ces gens qui souhaitaient sa mort et dont les yeux fiévreux révélaient le désir impatient d’assister à une exécution…* (prologue)

Extrait : NATIVE, tome 1 : LE BERCEAU DES ÉLUS, de Laurence Chevallier. Format relié : Independantly published éditeur, 2021, 430 pages. Format numérique : Black Queen édition, 2013, 432 pages. Support audio : Audible studio éditeur, 2021, durée d’écoute 9 heures 18 minutes. Narratrice : Ana Piévic.

Gabrielle est une lycéenne de 18 ans, dont une sale rumeur, lancée par son ex, a détruit toute vie sociale. Seule son amie, Olivia, reste fidèle à ses côtés, lorsque deux frères, aussi mystérieux qu’ensorcelants, débarquent au lycée. Gaby découvre alors l’existence des natifs, une élite d’êtres doués d’étonnants pouvoirs dont elle semble faire partie. Destructrice et tentatrice, Gabrielle n’est pas qu’une élue, c’est la seule en son genre…

La maîtrise du pouvoir

Ce livre est le premier opus d’une saga de sept tomes. Je n’ai lu que le livre 1. L’histoire ne m’a pas emballé. Elle est superficielle, manque de profondeur et est beaucoup trop axée sur le sexe à un point que l’histoire est diluée et le fil conducteur est tordu.

Toutefois, si vous passez à travers le premier quart du live, vous pourriez trouvez des éléments intéressants qui pourraient être prometteurs pour les autres tomes. Disons qu’une bonne partie du livre est constituée d’un vigoureux brassage d’hormones qui pourrait plaire au lectorat adolescent quoique j’hésite un peu à classer ce livre *littérature jeunesse* .

Ceci dit, l’autrice tente tant bien que mal, de mettre en place les éléments de la série. Avec l’arrivée des mystérieux frères Valériens dans son lycée, beaux, ombrageux et sexuellement attirants, Gabrielle découvre l’existence des natifs. Ce sont des êtres humains dotés de pouvoirs extraordinaires : télépathie, télékinésie, lévitation et j’en passe.

Gabrielle découvre qu’elle est elle-même une native et apprendra très vite que les natifs se reconnaissent et s’attirent sexuellement entre eux seulement. Prétexte évident de descriptions de nombreuses scènes torrides.

À travers les tribulations des lapins en chaleur, j’ai fini par mieux comprendre la légende des natifs, guerres de clans, lutte de pouvoirs, combats de coqs et au milieu de tout ça, une jeune fille qui se découvre native et dont les pouvoirs pourraient dépasser tout ce qui existe dans l’élite des natifs dont je vous laisse découvrir le but ultime.

Rien de neuf. Variation sur un thème connu. Je n’ai pas trop compris le choix du titre de la série : NATIF, quelle réalité ça représente exactement ?

En ce qui concerne les points positifs, avec les éléments mis en place dans LE BERCEAU DE L’ÉLUE, les prochains tomes s’annoncent meilleurs. Dans le premier quart, l’héroïne est d’une insignifiance navrante mais elle prend par la suite une place beaucoup plus marquante selon une intrigue à évolution en dents de scie. L’écriture est fluide, le style est intéressant.

Le mystère va s’épaississant. Quant à la finale…décevante sur le plan contextuel mais intrigante sur le plan de la continuité. Le fil conducteur est très instable du fait de l’omniprésence de scènes et d’allusions sexuelles.

Enfin, l’idée de base est bonne, il y a quelques trouvailles intéressantes. Je ne regrette pas ma lecture mais je n’irai pas plus loin dans la série.

Suggestion de lecture : LES AILES D’ALEXANNE d’Anne Robillard


L’autrice Laurence Chevallier


La série

Pour parcourir la série NATIVE, cliquez ici

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert

le vendredi 31 janvier 2025

FENÊTRE SUR CRIME

Commentaire sur le livre de
LINWOOD BARCLAY

*- Tu dois partir, a répété Howard sur un ton suppliant.
 C’est ça que je fais pour toi, Morris. Je te laisse en dehors
de certaines choses que je fais. Je fabrique des saucisses.
 Personne n’a envie de savoir ce qu’il y a dedans. Je fais ça
pour toi…*
(Extrait : FENÊTRE SUR CRIME, Linwood Barclay. À l’origine : Belfond
éditeur, 2014, papier, 472 pages. Version audio : Thélème éditeur, 2016,
durée d’écoute : 14 heures 3 minutes, narrateur : Bertrand Suarez-Pazos)

À la suite du décès de son père, Ray doit abandonner ses activités pour retourner dans la maison familiale. Il y retrouve Thomas, son cadet atteint de schizophrénie, qui passe ses journées devant un programme de cartes interactives sur son ordinateur. Convaincu de l’imminence d’une attaque terroriste, celui-ci mémorise les plans des grandes villes jusqu’au jour où il pense avoir surpris une scène de meurtre. Il ne cesse de harceler son frère pour qu’il aille vérifier sur place. De guerre lasse, Ray se rend à Manhattan, déclenchant malgré lui une spirale tragique…

La peur et la traque
*Personne n’avait vu le garçon quand il était à la fenêtre.
Personne n’avait levé les yeux.
Personne ne l’avait aidé. *
(extrait)

Vous avez lu sûrement le synopsis. Je veux juste aller à l’essentiel, Thomas Kilebried est un homme dans la trentaine, atteint de schizophrénie mais très intelligent et doté d’une mémoire colossale. En explorant un logiciel de cartes interactives appelé *world 360*, branché à des milliers de caméras dans les grandes villes du monde, Thomas est témoin d’un meurtre perpétré dans un appartement de New-York et capté par une caméra qui transmet le tout sur internet.

Thomas harcèle son frère Ray, illustrateur professionnel venu régler la succession de son père, mort des suites d’un accident avec sa tondeuse à gazon. À partir du moment où Ray se rend à New-York pour enquêter, le récit se corse et l’auditeur/auditrice est attiré irrésistiblement dans l’enchevêtrement de plusieurs intrigues qui finiront par converger dans une finale tout à fait captivante.

Si l’auditeur-auditrice peut passer à travers les deux premières heures qui sont passablement monotones et introduisent beaucoup de personnages, il n’en aura aucun regret car l’auteur met habilement ses pions en place.  Quand j’ai réalisé le caractère suspect de la mort du père de Ray et Thomas et que ce dernier gardait enfoui en lui un secret de famille pas forcément très propre, le récit m’a pris comme une mouche se fait prendre dans une toile d’araignée.

Même s’il y a plusieurs intrigues qui s’entrelacent dans cette histoire, elle est facile et agréable à suivre grâce à un fil conducteur solide. Le roman, bien que noir, est empreint d’une grande sensibilité et évite l’étiquetage de la schizophrénie mais suggère plutôt le respect des différences.

La première moitié comprend des longueurs, un peu de redondance, quelques dialogues creux. Le rythme prend un peu de place à s’installer. Mais à partir du milieu, l’imagination de l’auteur explose, ça devient haletant et fortement intrigant. C’est bien bâti et le texte a un petit caractère angoissant qui n’est pas sans rappeler FENÊTRE SUR COUR du célèbre Alfred Hitchcok. Évidemment, dans FENÊTRE SUR CRIME, Linwood Barclay mise beaucoup sur les technologies et ça lui réussit.

Sans être au pied de la lettre, c’est tout le récit qui repose sur un logiciel manipulé d’ailleurs par un schizophrène d’une remarquable intelligence. Thomas est le personnage le plus réussi et le plus fini de la distribution…à en être attachant. Le reste est un amalgame de chantage, de meurtres, de règlement de compte, de dérèglement sexuel et de poursuites. C’est cohérent, c’est fort. Un bon moment d’écoute.

Suggestion de lecture du même auteur : CETTE NUIT-LÀ

Linwood Barclay est un auteur et ancien éditorialiste.  En 1959, il émigre à Toronto au Canada avec sa famille alors qu’il est tout juste âgé de quatre ans. Il commence à écrire des livres en 1995 et publie quatre ouvrages humoristiques de 1996 à 2000 ainsi que quatre thrillers de la série Zack Walker de 2004 à 2007. Auteur de polars incontournable, Linwood Barclay a déjà publié seize romans chez Belfond, dont Cette nuit-là (2009) et sa trilogie consacrée à la ville fictive de Promise Falls – Fausses promesses (2018), Faux amis (2018) et Vraie folie (2019). Tous sont repris chez J’ai lu.

du même auteur

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 19 janvier 2025

SEAWOLF, Michael Dimercurio

<Ahmed sentit un soupir de soulagement monter en lui, jusqu’à
ce que les écrans des ordinateurs s’arrêtent, que les lumières
s’éteignent et que les derniers ventilateurs cessent de fonctionner.
À 5 mètres sous la surface de la mer, le bâtiment avait perdu toute
source d’énergie. >
Extrait : SEAWOLF de Michael Dimercurio, L’Archipel éditeur pour la
traduction française, 1997. Édition de papier, 460 pages.

 

2002 : Mohammed al-Sihoud, maître absolu des pays musulmans coalisés, déclare la guerre sainte à l’Occident. Son principal atout : l’Hégire, un sous-marin équipé d’un missile au plutonium. Son plan : rayer Washington de la carte. A bord du Seawolf, le commandant Michael Pacino sait qu’il doit tout faire pour intercepter l’Hégire. Et que le compte à rebours qui déclenchera le feu nucléaire est déjà commencé…

 

Dernière chance
Aucune mission ne se déroule jamais parfaitement.
La seule différence entre une opération réussie et
un raid raté réside dans l’ampleur des imprévus.

<extrait>

C’est un techno-thriller assez efficace si je tiens compte du fait que j’avais l’impression de manquer d’air en lisant le récit de cette poursuite ultime de sous-marins qui se lancent des missiles meurtriers et destructeurs. Donc, en ce qui me concerne, l’auteur a trouvé le ton juste même si le roman est ultra-technologique…trop pour moi en fait même s’il a eu la bonne idée d’annexer un glossaire à la fin du volume. Toutefois, l’histoire comme telle est simple.

Le FIU, front Islamique uni, déclare la guerre aux pays occidentaux et son chef suprême, le général Al-Sihoudf souhaite lâcher sur les États-Unis un missile d’un nouveau genre qui tuerait tous les américains par l’effet de radiations rapidement envahissantes. Ce missile unique serait lancé à partir d’un super sous-marin de classe Destiny appelé Hégire. Au-Moins deux sous-marins américains vont se casser les dents sur l’Hégire. Finalement, le Seawolf se lance dans une mission de la dernière chance mais son destin n’a rien de réjouissant.

Au-delà des irritants qui parsèment cet ouvrage, j’ai été impressionné par les stratégies et contre-stratégies des capitaines qui connaissent à fond les incroyables possibilités de leur bateau. Malgré un langage technique complexe, l’auteur a entretenu chez moi une certaine anxiété. C’était haletant. Et bien sûr une chasse aveugle a toujours un caractère angoissant.

Il y a quelques points qui m’on agacé. L’introduction est très longue. Il est difficile d’entrer dans l’histoire et de comprendre sa structure car le Seawolf embarque dans la course tardivement. De plus, l’état du sous-marin est précaire, ayant été retiré prématurément d’un chantier de réparation. J’ai remis continuellement en question son efficacité. Tout ça nous amène vers une finale étrange qui m’a rappelé des scènes au ralenti. J’ai été un peu déçu par la conclusion qui m’a semblé un peu bâclée.

Enfin, ça parait que l’auteur DiMercurio a servi à bord d’un sous-marin à titre d’officier. D’une part, il traîne dans ce livre la trame de ses deux livres précédents : OPÉRATION SEAWOLF et LE SOUS-MARIN DE L’APOCALYPSE. J’ai trouvé les liens timides, ténus. Il eut été peut-être préférable de les lire avant LA MISSION DE LA DERNIÈRE CHANCE. Peut-être mais je suis sceptique.

Le problème n’est pas de saisir l’histoire et de savoir où l’auteur s’en va. Le problème c’est de passer à travers tout le jargon technologique qui dilue l’intrigue et l’action. L’auteur a fait certains efforts pour vulgariser mais j’avais quand même l’impression d’avoir en main le canevas d’un cours de sous-marin 303. Je maintiens toutefois que ce thriller a été suffisamment efficace pour maintenir chez moi cette espèce de stress grisant qui me rive aux pages. Le livre a la note de passage. À vous de voir.

Suggestion de lecture : PANIQUE À LA MAISON BLANCHE, de Clive Cussler

Formé à l’Académie navale d’Annapolis dans le Maryland, et diplômé du MIT en ingénierie mécanique, plongeur et ancien officier à bord du sous-marin USS Hammerhead, Michael DiMercurio est un spécialiste des technologies de pointe en matière d’armement.

Huit romans ont paru aux éditions de l’Archipel, parmi lesquels Opération Seawolf (1994, rééd. 2003), Coulez le Barracuda ! (1998) Menace en haute mer (2001), La Dernière Torpille (2003), Alerte plongée immédiate (2005). Il vit à Princeton, dans le New Jersey. <L’Archipel>

Du même auteur

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 13 décembre 2024