LE SCANDALE DES EAUX FOLLES, Marie-Bernadette Dupuy

*Nous avons reçu ce matin le message suivant :
Saint Gédéon, LE PROGRÈS DU SAGUENAY, Chicoutimi L’eau du lac est à 24,1 à l’étage ici ce matin. Cinq pelles sur sept, à la Petite Décharge, ont été fermées. L’inondation bloque le chemin, les bâtisses sont envasées, les dommages qui sont causés par la fermeture des écluses sont incalculables.

Nous en appelons aux autorités pour qu’elles forcent la compagnie à ouvrir les pelles. Pareille chose ne s’est jamais vue depuis quarante-cinq ans, même sans les écluses. L’eau monte toujours. Signé chanoine E. Lavoie, Joseph Girard.
(Extrait : LE SCANDALE DES EAUX FOLLES, Marie-Bernadette Dupuy, les Éditions JCL, 2014, édition de papier, 635 pages.)

1928 : des crues très fortes éprouvent les riverains du Lac St-Jean inondant les terres arables, emportant des ponts et forçant l’évacuation de nombreuses habitations. Cette situation serait attribuable à la construction d’un barrage près d’Alma. Alors que les citoyens assistent, impuissants à la montée des eaux, on retrouve le corps de la jeune Emma Cloutier, morte noyée près de la ferme familiale. Ce drame fait naître les pires rumeurs. Rongée par le doute, l’aînée de la famille Cloutier, Jacinthe est déterminée à obtenir des réponses aussi éprouvantes soient-elles. Jacinthe découvre, qu’elle connaissait bien peu sa sœur…

Mort en eaux troubles
*Nous avons pleuré la jeune Emma, devenue
institutrice dans une autre municipalité,
reprit le prêtre. Nous l’avons crue victime
d’un accident, noyée dans les eaux en crue
du lac. Mais il n’en était rien.*
(Extrait : LE SCANDALE DES EAUX FOLLES)

J’en ai peut-être déjà parlé, si oui, j’y reviens brièvement. Il y a des livres, pas beaucoup, qui me font un effet particulier dans le dos : une sorte de frisson, une vibration qui semble influencer les fonctions lacrymales.

C’est étrange, mais c’est agréable. Il y a longtemps que j’ai réalisé que cette sensation est provoquée par l’émotion que j’éprouve à la lecture d’un livre qui a de l’effet sur moi. C’est rare mais ça m’arrive. Le SCANDALE DES EAUX FOLLES a eu cet effet sur moi.

LE SCANDALE DES EAUX FOLLES est l’œuvre d’une romancière brillante et prolifique, spécialiste des grandes sagas : Marie-Bernadette Dupuy, une auteure française passionnée du Québec et cette passion transpire dans l’ensemble de son œuvre.

Dans LE SCANDALE DES EAUX FOLLES, l’auteure situe son intrigue à la fin des années 1920 lors des grandes inondations du Lac Saint-Jean. L’histoire commence à Saint-Prime : la plus jeune de la famille Cloutier, Emma, est retrouvée noyée dans des eaux peu profondes du Lac près de la rive, non loin de la ferme des Cloutier.

Officiellement, Emma s’est noyée. Mais sa sœur Jacinthe a de sérieux doutes et entreprend une recherche qui devient une véritable quête de la vérité. Elle apprendra beaucoup de choses. Entre autres, qu’Emma était loin d’être une fille vertueuse à l’instar de ses sœurs, Jacinthe et Sidonie.

Au cours de sa recherche, Jacinthe apprend qu’Emma a eu un enfant qu’elle a abandonné immédiatement à une famille quelque part. Convaincue maintenant qu’Emma a été assassinée, Jacinthe s’impose deux objectifs : retrouver l’assassin et retrouver l’enfant.

Avec intelligence et sa plume d’une remarquable fluidité, l’auteure raconte le quotidien d’une famille meurtrie non seulement par la mort d’Emma, mais aussi par de lourds secrets de famille qui sont mis au jour.

J’ai suivi l’enquête de Jacinthe avec beaucoup d’intérêt et malgré les longueurs, j’avais beaucoup de difficulté à fermer le livre tellement l’intrigue est captivante. L’histoire a comme toile de fond, les grandes inondations de 1928, même si elles plantent le décor, elles sont d’une grande exactitude historique. En général, l’ouvrage est très bien documenté et l’ensemble est crédible. Pour moi, il est évident que l’auteure a fait une recherche sérieuse.

Le livre comporte toutefois ce que je considère comme une faiblesse. J’ai trouvé le rythme de l’histoire très lent et le récit tourne parfois en rond. C’est peut-être le piège classique des longs pavés. Ce livre fait quand même 630 pages ou c’est parce que Jacinthe va de piste en fausse piste et que son enquête qui est très longue donne l’impression qu’elle ne finit pas de finir.

Après la découverte du corps d’Emma en particulier, le rythme tombe, il n’y a plus d’action sur une centaine de pages et le récit prend l’allure d’une chronique linéaire. Puis, le rythme finit par augmenter avec des hauts et des bas et finalement le dernier quart est génial et on a droit à un *happy ending* de grande classe.

Cette faiblesse est largement compensée entre autres par le côté attachant des personnages, par l’atmosphère que l’auteure a su imprégner à son récit incluant la profondeur des sentiments et les non-dits, les rebondissements dramatiques, le réalisme de l’ensemble en particulier le portrait d’une famille complexe, une fratrie instable qui réussit à sortir plus forte d’un épisode noir d’une puissante intensité dramatique. Ce dernier côté m’a fait particulièrement vibrer…suffisamment pour me donner le goût de connaître la suite.

J’y reviendrai sans doute. Entre temps, je n’hésite pas à vous recommander la lecture de LE SCANDALE DES EAUX FOLLES.

Suggestion de lecture : LA NOBLE MAISON, de James Clavel

LA SUITE

Marie-Bernadette Dupuy est une écrivaine française née à Angoulême en 1952. Après une série de polars et plusieurs livres portant sur la royauté, le succès est enfin au rendez-vous en 2002 avec L’ORPHELINE DU BOIS DES LOUPS qui lui assurera une notoriété internationale. Suivront une trentaine de titres à succès dont certains seront traduits en plusieurs langues. La série la plus populaire est sans contredit celle de L’ENFANT DES NEIGES dont l’action se déroule au Lac St-Jean tout comme c’est le cas pour LE SCANDALE DES EAUX FOLLES. Pour en savoir plus sur l’auteure, consultez son site officiel

Image du site www.pinterest.com  Il s’agit d’une photo prise probablement sur le
boulevard Saint-Joseph à Roberval le 30 mai 1928.

BONNE LECTURE
JAILU
le dimanche 24 septembre 2017

RING (LE CERCLE) livre de KUJI SUZUKI

*Arumi se souvient très bien de la sensation de froid remontant le long de sa colonne vertébrale… -Vous voulez dire que même si la télévision n’était pas branchée vous avez vu des images sur l’écran? …-Tout à fait. J’en tremblais vous savez…* (Extrait de RING de Kuji Suzuki, Pocket Terreur, 1991 édition numérique, 260 pages)

Le journaliste Asakawa Kazayuki enquête sur la mort simultanée de quatre jeunes gens, apparemment d’une crise cardiaque. L’enquête amène le journaliste à la découverte d’une mystérieuse cassette vidéo qui livre un message glacial : celui qui regarde cette vidéo mourra au bout de 7 jours s’il ne suit pas les instructions. Pour éclaircir ce mystère, Asakawa regarde la vidéo et découvre avec horreur que les instructions ont été effacées. S’il veut survivre, il doit comprendre le sens de cette effroyable malédiction, et saisir la signification cachée des images énigmatiques et éprouvantes livrées par la vidéo. 

La cassette qui tue
*Un froid déplaisant entoure ses épaules et descend
le long de sa colonne vertébrale. Son T-shirt est
trempé d’une sueur glacée et elle n’arrive pas à
contrôler les réactions trop violentes de son corps…
Les glaçons dans son verre craquent avec un
bruit sec. Alors, Satoko, comme piquée au vif,
se retourne enfin.
(Extrait : RING v.f. LE CERCLE)

Pour comprendre le lien entre une cassette vidéo maudite et la mort de quatre adolescents, Asakawa, le journaliste ne se donne pas le choix. Il visionne la cassette mortelle, puis son ami Ryuji qui l’aidera dans sa quête la visionne aussi, et, accidentellement, la femme d’Asakawa et ses deux filles.

Résultat : un récit oppressant et horrifiant dans lequel l’auteur garde constamment l’effroi, l’angoisse et la peur sur les talons de son personnage principal qui a une semaine pour élucider le mystère et conjurer le sort.

C’est un récit puissant, bien bâti, qui laisse peu de répit et qui propulse le lecteur dans le monde peu rassurant du paranormal car toutes les questions que se pose Asakawa relèvent de ce domaine : Comment les images étranges de cette cassette ont-elles pu provoquer la mort des jeunes exactement une semaine après leur visionnement?

Serait-ce un sortilège et si oui comment le conjurer? Et l’auteure de cette macabre malédiction, Sadako, qui était-elle vraiment et quelles étaient ses motivations. Le mal pourrait-il se répandre comme un virus?

En fait, RING est une longue enquête journalistique menée avec une incroyable minutie par le journaliste Asakawa. Le but : sauver sa femme, ses filles et son ami d’une mort horrible provoquée par une cassette maudite.

Cette minutie et de nombreux détails aussi pertinents qu’intrigants ne sont pas évidents dans l’adaptation cinématographique. C’est pourquoi je recommande fortement de lire le livre avant de regarder le film. Ring est peut-être une des histoires les plus horrifiantes que j’ai lues.

Avant de conclure, j’aimerais mentionner une chose importante. Je ne crois pas vraiment que Suzuki ait dévié du style habituel de la littérature d’horreur asiatique mais j’ai compris que tous les éléments de son histoire baignent dans une sauce typiquement japonaise et j’ai fait une recherche pour mieux comprendre la culture et la mentalité japonaise en matière de croyances.

D’abord, j’ai découvert que RING est inspiré de faits véridiques et ensuite que la capacité des fantômes à se manifester sur des supports audiovisuels est une croyance tenace encore très répandue au Japon. Cette compréhension de la culture japonaise, qui est loin d’être complète m’a quand même permis d’apprécier davantage cette histoire que je ne suis pas prêt d’oublier.

Enfin, la conclusion de RING laisse la porte ouverte à une suite…

*Il peut se passer n’importe quoi dans le futur. En mettant en œuvre toute la sagesse des hommes, peut-être pourrions-nous trouver une solution. C’est une épreuve pour l’humanité. Les démons apparaissent sous des formes différentes à chaque époque. On a beau essayer de s’en débarrasser, ils reviennent toujours.*

Je vous laisse donc le soin de découvrir la suite DOUBLE HÉLICE de Kôji Suzuki publiée en 1995.

Suggestion de lecture : MALEFICIUM, de Martine Desjardins

Koji Suzuki est un auteur et romancier japonais de science-fiction né le 13 mai 1957. Il a écrit entre autres Double hélice, la boucle, une nouvelle : L’eau flottante (de laquelle a été tiré le film DARK WATER). Ring est son deuxième roman. Sa montée en popularité a été fulgurante et le roman est devenu rapidement un best-seller.

L’adaptation de RING au cinéma par Gore Verbisnky en 2002 a réactualisé l’œuvre de Suzuki, les ventes du livre atteignant plus de 3 millions d’exemplaires. Bien sûr, Ring a une suite. En 1995, Suzuki a publié le deuxième volet de la trilogie : Rasen, DOUBLE hélice en version française, récipiendaire du prix Yoshikama Eiji pour les jeunes écrivains. Loop, le troisième volet a été publié en 1998.

COMPLÉMENT CINÉMA:



LE CERCLE du réalisateur Gore Verbinsky et qui est sorti en 2002 est un *remake* du film RINGU réalisé par le Japonais Hideo Nakata quatre ans plus tôt. Inspiré d’une légende urbaine le film est devenu un classique du cinéma d’horreur. Nakata a aussi réalisé LE CERCLE 2, production americano-japonaise sortie en 2005 et qui reprend à peu près la même recette avec toutefois quelques nuances. Les effets spéciaux de RING sont époustouflants. On y trouve entre autres ce qui est devenu une image-culte du cinéma d’horreur moderne : La fille qui sort de la télévision.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 6 août 2017 

LA PIEUVRE, le livre de JULIE RIVARD

*Après avoir roulé sur l’asphalte, se tordant pour
chasser la souffrance physique, il rouvrit les yeux
et aperçut, non loin, l’agent du SPVM sous
couverture qui regardait la scène sans réagir.
Henrik crispa le visage pour lui communiquer son
impuissance. En guise de réplique, l’agent prit la
fuite.*
(Extrait : LA PIEUVRE, Julie Rivard, VLB éditeur, 2013
édition de papier, 265 pages.)

Dans le petit village de Cap-à-Nipi, l’agent Henrik Hansen, se bat contre un syndrome de stress post-traumatique à force d’avoir repêché des cadavres et il n’est pas au bout de ses peines. Une organisation criminelle d’un nouveau genre prend racine dans la paisible région : la Pieuvre. Le groupe, composé exclusivement de femmes, sévit dans toute la province. chargé de démanteler l’organisation, Henrik commet l’erreur de prendre l’affaire un peu trop à la légère mais il a tort, surtout lorsque le mystérieux leader du groupe l’entraîne dans les eaux les plus sombres qui soient : celles de son passé.  

Pourquoi pas des femmes?
*Issues pour la plupart de familles dysfonctionnelles,
elles avaient modelé leur comportement sur celui
d’un père minable ou d’un conjoint accro aux séjours
en prison…Pour que ses filles puissent agir à leur
guise, la leader avait eu la brillante idée de déléguer
toutes les besognes routinières à…des jeunes hommes!
C’était le monde à l’envers.
(Extrait : LA PIEUVRE)

Je dirais dès le départ que LA PIEUVRE est un roman *bon-moyen*. Il n’y a pas beaucoup d’action ou peut-être a-t-elle été mal pressentie parce qu’elle ne saute pas aux yeux. L’histoire tourne autour d’une organisation criminelle, composée de femmes et qui s’étend à des grandes villes jusque dans les régions éloignées dont Cap-À-Nipi , un village fictif situé sur la Côte-Nord du Québec. Ces femmes prétendent prendre la place des Hells Angels.

Malheureusement, le sujet qui, au départ, était original, a été très insuffisamment exploité et l’auteure a ouvert grande la porte aux clichés et dans une certaine mesure au machisme, je fais ici référence à l’humour qui est passablement mâle.

Et puis j’ai pu encore une fois lire le développement d’une histoire vieille comme le monde : celle du policier aux prises avec ses démons qui rencontre régulièrement son psychologue…policier qui a une sœur pour laquelle il est très protecteur.

Ce n’est pas tout…il se trouve que le bon policier a eu une flamme amoureuse dans le passé avec la cheffe de la Pieuvre : Eva qui se trouve par hasard dans la région de Cap-À-Nipi et que cette flamme se ravive. C’est du déjà vu et revu. En littérature, cette situation amincit considérablement l’intrigue.

Il y a un dernier détail que j’ai trouvé étrange : l’arrivée d’un personnage mal défini dans la vie d’Astrid, la sœur du policier dont j’ai parlé plus haut. Ce personnage s’appelle Marc Bertollini.

Il arrive de nulle part, tombe amoureux d’Astrid, s’installe à toute fin pratique avec elle. D’où vient-il? Qu’est-ce qu’il vient faire dans l’histoire? Il y a une explication à la fin, mais elle m’a laissé sur ma faim par sa minceur. Était-ce pour brouiller les cartes du côté du lecteur? Possible.

Donc nous avons ici l’exemple d’une bonne idée, mais exploitée avec timidité. Je m’attendais au départ à un polar solide et original mais je suis tombé finalement sur un simple suspense.

Le livre a toutefois des qualités intéressantes. Je pense entre autres à ce petit côté convivial et parfois bon enfant qui rend les personnages sympathiques. Par exemple, le policier principal Henryk Hensen fait équipe avec Denis et Danny Dupuis, une paire de jumeaux qui verse parfois dans le comique et qui n’est pas sans rappeler le célèbre duo de policiers créé par Hergé : Les dupond-Dupont.

Ajoutons à cela une relation très rafraîchissante entre le policier et sa sœur et un bel humour parsemé tout le long du récit. Comme je le disais, cet humour peut faire un peu mâle étant donnée la nature de l’organisation criminelle, mais comme c’est le cas pour le langage un peu cru, l’auteure ne pouvait pas vraiment passer outre..

J’apprends, dans le quatrième de couverture que LA PIEUVRE est le premier volet des aventures du fameux policier Henrik Hansen. Comme je l’ai constaté souvent en littérature policière, le personnage principal a besoin d’aide, notre héro se bat contre un syndrome de stress post-traumatique dont il souffre à force d’avoir repêché des cadavres. L’influence de ce syndrome sur le travail du policier n’est pas évidente mais force quelques épisodes chez le psy.

Bien que je n’aie pas trouvé cette lecture emballante, je lui ai trouvé un petit quelque chose de sympa, de la sensibilité, et j’y ai pris un certain plaisir. Je suis sûr qu’avec le temps, l’auteure va raffiner son personnage principal, mieux mettre en perspective son petit côté ténébreux et surtout mieux ligoter son intrigue. Quoiqu’il en soit, je suis partant pour lire le prochain volet des aventures du policier d’origine danoise : Henrik Hansen.

Suggestion de lecture : LE CHAT ET LES PIGEONS, d’Agatha Christie

Julie Rivard est native de Pointe-Claire. Au moment d’écrire ces lignes, elle habite la ville de Québec où elle a étudié en droit, puis en enseignement de l’anglais. Elle dit avoir écrit son roman à l’âge de 12 ans alors qu’elle était en 6e année du primaire.

C’était peut-être mauvais, mais on sait qu’une véritable passion venait de naître. Elle a d’abord écrit des livres pour enfants et trois romans policiers : MEZZA MORTA, DRAMMA (prix des abonnés du réseau des bibliothèques de la ville de Québec), LA PIEUVRE est son troisième roman.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 30 juillet 2017

LE SACRIFICE DU PAPILLON, d’ANDREA H. JAPP

*Quelqu’un cherchait à la manipuler, à la paniquer
pour la contrôler, la maîtriser. Le souvenir d’une
main brutale qui s’abattait sur sa gorge, la poussait
contre le mur d’une salle de bains, cognait sa tête
jusqu’à ce qu’elle se taise, se couche, écarte les
cuisses, tenta de s’imposer…*
(Extrait : LE SACRIFICE DU PAPILLON, Andrea H. Japp,
Éditions du Masque-Hachette, 1997, num. 367 pages)

Des corps d’adolescents sont découverts complètement carbonisés. Dès lors, les questions se bousculent dans l’esprit des spécialistes. Comme les disparitions n’ont pas été signalées, s’agissait-il de clandestins? Est-ce que ça pourrait être des meurtres rituels? L’œuvre d’un nouveau tueur en série? Pourquoi l’immolation par le feu. Devant la complexité de l’affaire, on fait appel à Gloria Parker-Simmons, une femme glaciale qui vit en solitaire avec sa nièce handicapée mentale. Parker-Simmons est une mathématicienne dont la méthode est basée sur le croisement informatique des probabilités et des variantes. Cette fois, sa science pourrait  bien lui faire dépasser les frontières de l’horreur.

MATHÉMATIQUES ET MORT
*Il se retourna rapidement, pas assez. Deux
mains fraîches et potelées s’abattirent sur
son cou et quelque chose de très doux se
serra autour de sa gorge. Il entendit à
peine une sorte de sanglot avant de
mourir.*
(Extrait : LE SACRIFICE DU PAPILLON)

C’est un récit à l’intrigue éparse, un peu engluée dans des affaire sentimentales inextricables qui elles-mêmes interfèrent avec l’enquête policière. C’est dur à suivre parce que le fil conducteur est instable, ce qui amène le lecteur dans toutes les directions.

J’aurais peut-être dû lire tout le cycle Gloria pour comprendre un peu mieux la nature complexe de la mathématicienne. En effet, Gloria Parker-Simmons fait équipe avec James Cagney dans trois autres volumes d’Andrea H. Japp.

J’espère que leurs relations sont moins tendues parce que je dois dire que dans LE SACRIFICE DU PAPILLON, elles sont passablement conflictuelles, faites de sentiments non-partagés. C’est lassant et ça dilue l’intrigue.

Au départ, c’était prometteur. Tout était en place pour une intrigue solide : des meurtres particulièrement sordides, puis le meurtre d’un policier, un tueur en série, puis Gloria fait son apparition, elle-même se met en danger et reçoit de mystérieux fax avec l’illustration d’un énigmatique papillon et…graduellement…rien ne va plus. Comme lecteur, j’ai pris le champ tout simplement.

Toutefois, je n’ai pas regretté ma persévérance à terminer le livre car j’ai réussi à me sentir captivé par sa finale qui en dit long sur le côté obscur de la nature humaine. Mais entre l’introduction et la finale, il y a beaucoup de longueurs à subir et des éclaircissements peu satisfaisants pour le lecteur…

Beaucoup de choses ne sont pas claires comme par exemple le véritable rôle de la mathématicienne dans l’enquête…ça ne m’a pas semblé évident et le fameux papillon qui n’accuse sa présence qu’à quelques reprises…j’ai fini par comprendre qu’on voulait du mal à Gloria en visant Clare, sa fille handicapée mentale. C’est loin d’être évident.

Malgré un style linéaire et une écriture sans tonus, j’ai trouvé la finale assez solide. Si vous-même êtes assez persévérant pour vous y rendre, vous pourriez être poussé, comme moi à une intéressante réflexion sur l’exploitation des enfants dans certains pays, des enfants clandestins surtout, c’est-à-dire des immigrants illégaux dont certaines personnes se soucient peu de la vie.

Il s’agit malheureusement d’une réalité. Dans le livre de Japp, ce sont des enfants qui meurent et d’une horrible façon encore et il faut voir comment et surtout pourquoi. Donc ami lecteur, amie lectrice, la balle est dans votre camp comme on dit. Moi j’ai lu le livre en entier mais j’ai eu beaucoup de difficulté à y adhérer.

Suggestion de lecture : JEU DE MORT, de Jean-Sébastien Pouchad

Andrea H. Japp, de son vrai nom Lionelle-Nugon-Baudon est une biochimiste, toxicologue, chercheuse et auteure française née à Paris en 1957. Véritable femme orchestre, elle s’est lancée dans l’écriture de romans policiers en 1990. Elle publia alors LA BOSTONIENNE. Le succès fut immédiat. L’année suivante, l’auteure remportait le prix du Festival de Cognac.

En 2004, sous le pseudonyme d’Hélène Narbonne, Andrea H. Japp, en plus de toutes ses activités, s’est lancée dans la traduction de certains des romans de Patricia Cornwell ayant pour héroïne Kay Scarpetta. 2006 confirme pour l’auteure une tendance vers le roman policier historique.

BONNE LECTURE

JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 18 juin 2017

L’ÉPREUVE, tomes 2 et 3 de JAMES DASHNER

L’ÉPREUVE
Tome 2 : La terre brûlée
Tome 3 : Le remède mortel

*C’est votre dernière chance. Faites
demi-tour et vous éviterez la découpe*
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 2, LA TERRE BRÛLÉE,
James Dashner, 1ère parution 2010, t.f. 2013,
Éditions Pocket Jeunesse, num. 330 pages)
*…Si vous perdez une partie de votre corps
à la suite d’une rencontre malheureuse avec
un fondu, je vous conseille fortement de faire
une croix dessus et de vous tirer le plus vite
possible. Sauf s’il s’agit d’une jambe
évidemment.
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 3, LE REMÈDE MORTEL,
James Dashner, t.f. 2014, Pocket jeunesse, num.
325 pages)


LES TOMES 2 et 3 de la trilogie L’ÉPREUVE

Ces deux volumes constituent les tomes 2 et 3 de la trilogie L’ÉPREUVE de James Dashner. TOME 2: LA TERRE BRÛLÉE. Après leur incroyable aventure dans LE LABYRINTHE (tome 1 dont j’ai déjà parlé sur ce site) Thomas et ses amis se retrouvent dans un monde apocalyptique, ravagé, brûlé, accablé par un climat ravageur…plus d’ordre, plus de gouvernement et partout, des gens infectés par la braise, une maladie qui provoque une folie meurtrière.

Thomas et ses *blocards* ont donc une 2e épreuve à subir: traverser les terres brûlées et atteindre un refuge prévu par les «créateurs» avant d’accéder à l’épreuve finale.

TOME 3: LE REMÈDE MORTEL. Les blocards arrivent graduellement à la conclusion de leur épreuve mais ce ne sera pas simple. Il semble que ce soit à eux de compléter le plan pour le traitement de la braise. De plus en plus irrités par les machinations du WICKED et suite à une turbulente chaîne d’évènements, Thomas et ses amis décident de se révolter contre les mystérieux créateurs et de faire éclater la vérité. Mais celle-ci ne serait-elle pas trop dangereuse pour la répandre. Thomas n’est pas au bout de ses surprises et le lecteur non plus.

LA BRAISE ET LE CHAOS
*On ne peut plus s’amuser à deviner ce qu’ils
ont derrière la tête. Parfois, ils élaborent des
plans rien que pour m’obliger à faire le
contraire de ce qu’ils croient que je pense
qu’ils veulent*
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 3, LE REMÈDE MORTEL)

Pour bien comprendre la trame des tomes 2 et 3 de L’ÉPREUVE, il est de loin préférable d’avoir lu le tome 1 LE LABYRINTHE et je vous dis N’HÉSITEZ PAS. Vous ne serez pas déçu. Je vous invite d’ailleurs à lire mon commentaire sur le LABYRINTHE.

Faisons d’abord un bref retour en arrière. Pour des raisons inconnues au départ, des jeunes à qui on a enlevé la mémoire sont réunis dans un endroit mystérieux, artificiel, appelé LE LABYRINTHE. Ils sont approvisionnés et leur séjour dure environ deux ans.

Ils ne le savent pas, mais ils vivent la première d’une série d’épreuves infligées par de mystérieux inconnus appelés CRÉATEURS, des scientifiques qui appartiennent à une organisation appelée WICKED. Également sans le savoir, ils se préparent à la deuxième épreuve. Un livre passionnant même si on ne savait pas exactement où l’auteur voulait en venir, ce qui est normal dans le premier tome d’une trilogie.

Dans le second tome, qui amène les jeunes dans LA TERRE BRÛLÉE, le fil conducteur du récit se précise et se solidifie : tout tourne autour de la braise, une maladie créée artificiellement suite aux terribles éruptions solaires qui dévastent la terre et qui enlève aux victimes toute humanité avant de mourir.

Cette deuxième épreuve oblige donc les jeunes à affronter les victimes de la braise qu’on appelle les FONDUS et gagner un refuge indiqué par les agents du WICKED. Ce refuge est un piège grossier qui les amènera au troisième opus : LE REMÈDE MORTEL.

Dans le REMÈDE MORTEL, la plupart des jeunes ont retrouvé la mémoire et doivent maintenant vivre avec car ils comprennent beaucoup mieux les motivations du WICKED, suffisamment en tout cas pour le combattre et le détruire. C’est la mission que les jeunes se sont donnée eux-mêmes, grâce entre autres, à des alliés imprévus, mais plusieurs y laisseront leur peau.

J’ai adoré le tome 2. L’histoire démarre en trombe et l’action va en s’intensifiant. Les rebondissements nombreux et rapides ainsi que le réalisme du récit m’ont rivé au volume. J’ai trouvé l’ensemble légèrement supérieur au tome 1. Ne soyez pas surpris, les raisons qui forcent les jeunes à affronter tellement de cruauté ne sont dévoilées qu’au compte-gouttes. J’ai dû me creuser la tête mais les idées et l’imagination extraordinaire déployées par Dashner nous obligent pratiquement à aller de l’avant.

Je me suis donc senti entraîné, accroché en particulier à Thomas, un personnage attachant autour de qui tout a commencé. Notez toutefois que les nombreux retournements de situation et les multiples directions que prend le scénario rendent la lecture parfois un peu compliquée. Mais c’est surmontable. L’intrigue est complexe et ce n’est pas dans ce tome que j’ai entrevu ne serait-ce qu’une petite partie du fin mot de l’histoire. Rendez-vous donc au tome 3.

J’ai eu un peu plus de difficulté avec LE REMÈDE MORTEL. Quelle série ne souffre pas tôt ou tard d’un certain degré d’essoufflement? Me suis-je demandé. Cette difficulté vient en grande partie des nombreux et imprévisibles changements de direction dans le scénario de l’auteur. Et puis dans le récit, personne ne fait confiance à personne.

Je sais que cette confusion est créée par le WICKED et qu’en principe, sa place est logique, mais il y a beaucoup d’invraisemblance et j’ai trouvé l’ensemble un peu tiré par les cheveux. Je n’ai pas senti le réalisme qui m’avait accroché au tome 2. Plusieurs questions sont restées en suspens. Malgré tout, je me suis laissé emporter par le suspense, l’émotion et la fluidité de la plume.

Bien sûr, j’ai eu le fin mot de l’histoire sur le destin des jeunes et surtout sur les motivations du WICKED et ça c’est un aspect extrêmement intéressant. Le WICKED avait pour mission d’assurer la survie du monde par tous les moyens. A-t-il réussi? Peut-on être d’accord avec les moyens qu’il a utilisés?

Là-dessus, James Dashner ne se prononce pas. Le lecteur doit composer avec son libre arbitre et prendre position, l’auteur nous laissant avec une passionnante question à saveur philosophique à débattre. L’ÉPREUVE a été pour moi une belle et grande lecture.

Je me propose maintenant de lire le préquel de la trilogie L’ÉPREUVE qui raconte les évènements précédant LE LABYRINTHE alors que le soleil menace l’humanité. J’y reviendrai bientôt sur ce site.

Suggestion de lecture : du même auteur, ANTÉPISODE DE LA SÉRIE L’ÉPREUVE

TERRE BRÛLÉE AU CINÉMA

Adapté du deuxième tome de la trilogie L’ÉPREUVE de James Dashner, le film TERRE BRÛLÉE, réalisé par Wes Ball est sorti en 2015. C’est James Dashner lui-même qui a scénarisé le film. Dans la distribution, on retrouve surtout des jeunes évidemment dont Dylan O’Brien, Kaya Scodelario, Thomas Brodie-Sangster et Ki Hong Lee.

Au moment d’écrire ces lignes, la sortie du troisième et dernier film est planifiée pour 2017. 

James Dashner est né aux États-Unis en 1972. Après avoir écrit des histoires inspirées du SEIGNEUR DES ANNEAUX, il a suivi des études de finance. Mais, très vite, James Dashner est revenu à sa passion de l’écriture. Aujourd’hui, il ne cesse d’inventer des histoires, influencé par ses lectures et ses films préférés. Sa série L’ÉPREUVE a rencontré un grand succès aux États-Unis et un film intitulé LE LABYRINTHE adapté du premier volume, est sorti en 2014, suivi de LE LABYRINTHE LA TERRE BRÛLÉE en 2015.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le 5 mars 2017

L’ÉPREUVE, tome 1, LE LABYRINTHE, de James Dashner

*Les griffeurs ont un sale effet sur leurs victimes, un truc très douloureux qui les secouent de la tête aux pieds. Ceux qui sont passés par là ne sont plus jamais les mêmes.* (Extrait : L’ÉPREUVE tome 1, éditions Pocket jeunesse Univers poche, 2013, numérique, 680 pages)

Thomas, un ado de 16 ans reprend graduellement conscience. Il ne se rappelle de rien sauf de son nom. Il est dans un ascenseur qui le conduit dans un labyrinthe aux murs infranchissables où vivent déjà une quarantaine d’ados. La vie y semble bien organisée. Des vivres apparaissent chaque jour.  Des monstres d’acier longent le labyrinthe chaque nuit et empêchent toute activité. Un jour, une jeune fille fait son entrée dans le labyrinthe par l’ascenseur. Elle a un message : *C’EST LA DERNIÈRE*. L’approvisionnement cesse. Une épreuve impitoyable commence. 

VASE CLOS
*Comment peut-on bouger une masse pareille? Ces
murailles sont gigantesques, on dirait qu’elles sont
là depuis mille ans. L’idée de voir ces murs se
refermer et le piéger dans cet endroit qu’on appelait
le BLOC lui glaçait le sang.
(Extrait : L’ÉPREUVE, livre 1, LE LABYRINTHE)

Voici un excellent livre qui vous assurera un extraordinaire moment de lecture. Je viens d’ailleurs de le placer dans le TOP 50 de mes meilleures lectures à vie. LE LABYRINTHE est une dystopie, premier tome d’une trilogie intitulée L’ÉPREUVE, adaptée au cinéma. Idéalement, pour lire ce livre, il faut du temps parce qu’il est frustrant d’en interrompre la lecture.

Mon attention a été retenue dès le départ, saisi et intrigué que j’étais par l’étrange environnement dans lequel le personnage principal, Thomas a été catapulté, ne se rappelant que de son prénom, amené par une **boîte-ascenseur** venant d’on ne sait où.

Thomas venait ainsi rejoindre une communauté de jeunes garçons ados vivant depuis plus de deux ans, approvisionnés à chaque semaine, dans un vase clos comprenant ce que l’auteur appelle un bloc et tout autour, un immense labyrinthe dont les murs se déplacent et se ferment chaque soir. Après deux ans, aucun coureur n’a jamais trouvé de sortie et plusieurs ont subi la transformation suite aux piqures de cruelles bestioles qui rôdent dans le labyrinthe.

Quand j’ai plus de cinq questionnements sérieux dès les premières pages d’un livre, j’en deviens prisonnier, c’est inévitable. C’’est quoi cette «boîte ascenseur» et d’où elle vient? Qui sont ces jeunes et pourquoi ont-ils perdu la mémoire? Pourquoi sont-ils enclavés devant le labyrinthe?

Pourquoi la dernière personne arrivée au bloc est une fille et que veut dire le message qu’elle tient à la main : «c’est la dernière, il n’y en aura pas d’autres». C’est quoi ce labyrinthe et ces créatures meurtrières… j’arrête ici…disons que la liste est très longue.

Bref, ma curiosité a été constamment stimulée. J’ai eu les réponses à mes questions, mais à la petite cuillère seulement. Comment lever le nez d’un livre quand on va de surprise en surprise et de rebondissement en rebondissement.

Je ne peux pas tout dévoiler, mais imaginez un monde désespéré, en perdition, atteint par une maladie provoquant des souffrances qui mènent à la folie, ajoutez-y des scientifiques tarés, des jeunes qui ont un point en commun : une intelligence supérieure et un endroit étrange pour les parquer, vous obtenez LE LABYRINTHE, premier volet d’une expérience tordue qui fera mal…très mal. Vous trouvez que j’en ai beaucoup dévoilé? Vous n’avez rien vu.

En plus d’une intrigue solide qui s’intensifie au fil des pages, le livre a tout pour plaire aux jeunes comme aux moins jeunes : des chapitres courts, des phrases courtes, une plume habile d’une remarquable fluidité, une trame captivante qui enveloppe le lecteur, intensité dramatique en crescendo. Le sujet est original et la finale donne l’EAU À LA BOUCHE.

Vous pouvez lire mon commentaire sur les tomes 2 et 3 ici  et sur le livre de Dashner qui raconte l’histoire qui précède LE LABYRINTHE ici.

Suggestion de lecture  : LE SICARIER, de Danny-Philippe Desgagné

James Dashner est un auteur américain né en 1972. Après avoir écrit des histoires inspirées du SEIGNEUR DES ANNEAUX, il a suivi des études de finances, mais très vite, il est revenu à sa passion de l’écriture. Aujourd’hui, il continue d’inventer des histoires inspirées de ses livres et films préférés. Sa dernière trilogie L’ÉPREUVE connait un immense succès aux États-Unis …tellement qu’après la trilogie, Dashner a écrit un nouveau tome pour éclaircir les derniers mystères du labyrinthe.

LA TRILOGIE ET LE PRÉQUEL

 LE LABYRINTHE AU CINÉMA

                 

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 4 mars 2017

  

SANS UN MOT, livre de HARLAN COBEN

*Un bon coup dans le foie, ça vous neutralise pendant
un moment…il ouvrit la bouche mais aucun son n’en
sortit. Il s’affaissa sur un genou. Un deuxième coup,
oblique, l’atteignit à l’oreille…il tenta de réagir…mais
un coup de pied dans les côtes le fit tomber à la
renverse.*
(Extrait : SANS UN MOT, Harlan Coben, Pocket, pubié à
l’origine chez Belfont, collection NOIR, 2008. Num. 350 pages)

Voici trois histoires convergentes: -On découvre un e mail plutôt troublant et un ado, perturbé par le suicide de son ami disparaît. –un professeur commet un écart de langage psychologiquement blessant à l’endroit d’une adolescente : Yasmin. Le père de celle-ci n’admet pas que sa fille soit la risée de l’école et harcèle le professeur. –La voisine de Mike et Tia,  Suzan Loriman cherche un donneur d’organe pour son fils. Mike et Tia qui sont tous deux médecins découvrent des éléments troublants sur le passé de la mère. Ajoutons à cela la mystérieuse quête d’un tueur en série. Des récits sans lien au début mais qui convergent vers un dénouement surprenant dans ce livre 

UN PUZZLE MACHIAVÉLIQUE
*Salle pauvre conne.
Sa tête retomba en arrière.
Ce beau visage réduit en
bouillie.
Jamais il n’oublierait cette
image.*
(Extrait : SANS UN MOT)

Amener plusieurs histoires en convergence vers une seule et unique finale est un défi en littérature. Avec SANS UN MOT, Harlan Coben a assez bien relevé ce défi. C’est loin toutefois d’être le meilleur thriller que j’ai lu même si l’intrigue est bien ficelée. Je dois avouer toutefois que la finale est excellente mais voilà…il faut s’y rendre…

les liens entre les histoires n’apparaissant que très graduellement et vu l’impressionnante quantité de personnages dont les rôles s’imbriquent dans les récits, le lecteur doit faire preuve de patience et de persévérance. Plusieurs pourraient être tentés d’abandonner la lecture avant même d’atteindre la moitié du récit. Je crois tout de même que ça vaut la peine de persévérer.

La principale faiblesse de ce livre réside dans ses personnages qui sont un peu caricaturaux, idéalisés…parfois trop parfaits. C’est le genre de détail qui me pousse à croire que l’auteur a choisi la facilité dans ce rayon. Le fil conducteur est un peu alambiqué. Mais si le lecteur réussit à persévérer dans le style tentaculaire propre à Harlen Coben, il sera sûrement entraîné dans un rythme allant en crescendo vers une finale où tout s’explique…un dénouement brillant quoiqu’un peu *rose bonbon*.

Je crois que la véritable force de ce livre tient dans son actualité. Il pourrait intéresser les adolescents dans une certaine mesure (le style d’écriture étant un peu coriace). Il pourrait intéresser davantage les parents de jeunes ados et même les pousser à l’introspection étant donnés les thèmes qui y sont abordés.

On parle ici de contrôle parental des activités en ligne des enfants, le respect de la vie privée des ados par leurs parents, le danger global que représente internet sur la fragilité de l’adolescence et les thèmes sous-jacents comme les activités illégales et les téléchargements, la sécurité à la maison, en particulier l’accès libre à la pharmacie familiale.

En fait, que ce soit voulu ou pas, Coben nous pousse à nous interroger sur la délicate frontière qui sépare le contrôle parental de l’ingérence souvent considérée tyrannique par les ados qui sont dans une période de leur vie où la dérive est souvent facile.

Pour ces raisons, le livre vaut la peine d’être lu. Globalement le récit ne m’a causé aucun choc ni frisson. L’ensemble est un peu tiédasse. Le quatrième de couverture parle d’un thriller électrisant… je dirai que j’ai apprécié ce livre…il m’a diverti…mais disons qu’il ne m’a pas *électrisé*…

Suggestion de lecture, du même auteur : INTIMIDATION

Harlan Coben est un auteur américain né en 1962 à Newark, New Jersey. Ses romans, traduits dans une quarantaine de langues, occupent des positions plus qu’avantageuses dans la liste des best-sellers à l’échelle mondiale. Il fût un des premiers auteurs à recevoir les trois prix majeurs de la littérature américaine de type *thriller*, à savoir le SHAMUS AWARD, le prestigieux prix Edgar-Allan-Poe  et le Anthony Award. Il cumule d’importantes distinctions littéraires. Coben a aussi participé à des œuvres collectives. 

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
2 octobre 2016

 

L’EXÉCUTEUR, le livre de CATHERINE DORÉ

*Tu pensais avoir tout compris hein salope?…
J’ai des petites nouvelles pour toi ma beauté.
C’est moi qui dirige! Moi! Michel L’exécuteur!
Je suis le bras armé de Dieu!…J’exécute sa
volonté, et, aujourd’hui, sa volonté réside
dans ton exécution!*
(Extrait : L’EXÉCUTEUR, Catherine Doré, Éditions de
Mortagne, 2005, édition de papier, 500 pages)

Désirant fuir l’agitation des grandes villes, Marie-Paule et Pierre se portent acquéreurs d’une maison de campagne pour y couler des week-ends paisibles. Malheureusement, la paix ne sera pas au rendez-vous car en plus d’avoir des voisins pour le moins étranges et son énigmatique ancien propriétaire qui est souvent sur son chemin, une chaîne d’évènements amène Marie-Paule à se pencher sur le mystérieux passé de la région.

Il y a des disparitions, morts suspectes et même des exorcismes en plus du troublant suicide de la mère d’un enfant jadis rejeté par la communauté. La curiosité et les recherches de Marie-Paule l’amènent à rencontrer Simon Bernard, un détective rebelle à l’autorité qui suit la piste d’un tueur en série. Un genre de collaboration s’installe entre Simon et Marie-Paule mais cette collaboration pourrait bien précipiter la jeune femme vers un destin dramatique.

PASSÉ TROUBLE
*Oh Michel! Michel! Qu’as-tu fait? Ton obsession déraisonnable
pour cette femme! Tes colères incontrôlées…Cette funeste
rencontre avec cette incroyable femme. Les cloisons ne sont
plus étanches…! La terre sacrée a été profanée! Michel est
hors de contrôle. L’enfant se cache, terrorisé par les
évènements. Le porteur commence à se douter de quelque
chose. Nous devons agir…*
(Extrait : L’EXÉCUTEUR)

 L’exécuteur est le premier roman de Catherine Doré et je crois que c’est un bon départ. C’est un thriller intéressant qui amalgame efficacement l’intrigue, les énigmes et l’action. Le rapport de forces et de faiblesses est positif, la principale faiblesse étant que l’histoire est un peu prévisible. C’est dans l’originalité que réside la principale force. L’auteure n’a pas choisi la facilité car elle a attribué à son tueur psychopathe le syndrome dissociatif de la personnalité.

Ce syndrome, appelé aussi *trouble de la personnalité multiple* a toujours été pour la psychiatrie un défi de taille et pas facile du tout à soigner. À une certaine époque où le syndrome n’était pas formellement identifié, on parlait de possession démoniaque. Rien de moins. Le défi pour le lecteur, et c’est là que je me suis régalé, est de démêler toutes les personnalités de l’assassin qui ont chacune leur caractère propre.

Pour que le tout se tienne et amène le lecteur à la compréhension des motivations du psychopathe, l’auteure a du faire une sérieuse recherche, non seulement sur le trouble identifié comme tel mais aussi sur la psychopathologie, la psychiatrie, la parapsychologie et même sur l’exorcisme car cet art est évoqué dans l’histoire.

Le défi était autant intéressant qu’une des personnalités du tueur n’était rien d’autre que le bras vengeur de Dieu. L’Église et des prêtres sont donc impliqués dans cette fiction ce qui n’est pas sans nous inciter à nous questionner sur tout ce que l’église a à cacher. C’est une fiction bien sûr, mais elle a un petit quelque chose de très actuel sur les plans scientifique, psychologique, social et judiciaire.

Donc ça fait beaucoup d’éléments à démêler mais le fil conducteur est solide et la tension dramatique est palpable, spécialement dans le dernier quart du livre ou je réussissais à me mettre à la place du détective Simon Bernard qui naviguait d’énigme en énigme alors que les secondes était comptées. L’ensemble est bien dosé et l’action monte en crescendo.

L’histoire est d’autant intéressante qu’elle m’a fait réfléchir un peu sur les interactions existantes entre le domaine judiciaire et la psychiatrie. Ce n’est pas simple. Disons que dans L’EXÉCUTEUR, un meurtrier reste un meurtrier et rien ne l’excuse. C’est à la cour de trancher et je vous laisse découvrir si on se rendra là.

Bref, j’ai savouré un scénario développé avec intelligence dans lequel on trouve des personnages dotés de caractère fort et où on est appelé à essayer de comprendre ce qui se passe dans un corps qui semble abriter plusieurs âmes…

Divertissant…ça se lit vite et bien.

Suggestion de lecture : AFTER PARTY, de Daryl Gregory

NOTE BIOGRAPHIQUE SUR CATHERINE DORÉ

Malheureusement, au moment de rédiger cet article, je n’ai pu trouver aucune photo acceptable de l’auteure.

Catherine Doré est une écrivaine québécoise. Elle a évolué comme professionnelle de la recherche au département de psychologie de l’UQAM. Son intérêt pour la lecture s’est manifesté dès la préadolescence. Dans la jeune quarantaine, elle se met à l’écriture et produit un recueil expérimental de nouvelles mais le produit fini se transforme en fin de compte par un roman de 450 pages : L’EXÉCUTEUR.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
10 JUILLET 2016

 

VENT D’AVENTURES, de VÉRONIQUE D. BELLEGO

*Je frémissais d’excitation, de joie, d’impatience
et de peur. Elle se tenait debout à l’avant, droite,
et regardait dans notre direction. La Reine des
Océans…*
(Extrait : Le club des Inséparables, VENT D’AVENTURES,
Véronique Delamarre-Bellego, éditions Oskarson,
Oskar jeunesse, 2010, num. 130 pages)

Comme chaque été, Rosalie et Alexandre passent leurs vacances avec leurs grands-parents à Cap Coz en Bretagne. Cette fois, ils sont accompagnés par leurs cousins Clara et Antoine. Un jour, une lettre qui ne leur est pas destinée vient chambouler leurs vacances. Qui est ce mystérieux destinataire : Erwan de Kermadec? Qui a écrit la lettre? Et puis qui sont ces marins qui font soudainement apparition dans leur petit coin tranquille. Il semble que mystère et aventures pourraient bien s’ajouter au menu de leurs vacances. Les inséparables décident d’enquêter. 

Une lettre arrive et tout bascule
Ils nous fascinaient et nous effrayaient
tout à la fois. Si nous les avions croisés
au détour d’un chemin, nous aurions
pris nos jambes à nos cous.
(Extrait : Vent d’aventures)

C’est un bon petit roman pour les enfants à l’esprit aventurier et qui est magnifiquement illustré par Pierre Beaucousin qui en est à sa quatrième collaboration avec l’auteure Véronique Delamarre-Bellégo chez Oskar éditions.

Ce qui m’a plu dans ce livre est qu’il y en a pour tous les goûts que les lecteurs soient garçons ou filles qui aiment en général laisser aller leur imagination dans une histoire pas compliquée sur fond de vacances, de liberté, de courage, d’abnégation, de générosité, de chevalerie…

C’est un roman d’aventure évidemment mais c’est aussi une belle histoire d’amour et de loyauté. L’intrigue est facile à suivre et pousse les jeunes lecteurs à résoudre les énigmes et imaginer la suite.

La véritable force du roman est dans l’altruisme qui s’en dégage. Le livre est en effet porteur de messages très positifs pour la jeunesse. En effet, dans ce récit, Târa et Erwan appartiennent au SHANGRI-LA, un magnifique vaisseau dominant la mer et qui n’a qu’une seule et unique vocation : parcourir les mers, atteindre les continents démunis, aider et soigner les plus pauvres, venir en aide en particulier aux femmes et aux enfants qui ne possèdent presque rien, assister et soutenir les populations victimes des forces de la nature tels séismes, ouragans, épidémies…

Cette caractéristique donne au récit un petit côté autobiographique car l’auteure a elle-même beaucoup voyagé, côtoyé la misère et rencontrer beaucoup de gens qui consacrent leur vie au service des plus démunis. Depuis, elle essaie elle-même d’aider ces personnes généreuses par le biais d’une association de parrainage d’enfants d’Asie : ENFANTS DU MÉKONG. (  www.enfantsdumekong.com  )

Le thème des jeunes inséparables n’est pas nouveau en soi. Il a été abondamment développé en littérature, au cinéma et à la télé, je pense par exemple au club des 5. Mais ce thème a toujours été apprécié par les jeunes pour qui l’amitié et la famille sont des notions extrêmement importantes.

Je recommande aux jeunes VENT D’AVENTURES. C’est un récit sensible, développé intelligemment et qui porte très bien son titre.

Suggestion de lecture : D’ÉTOILE EN ÉTOILE, de Maurice Limat

Véronique Delamarre-Bellégo est une auteure française spécialisée dans la littérature-jeunesse. Après son passage dans les hautes études commerciales et un début de carrière comme femme  d’affaires, elle décide de suivre son mari que le travail amène à s’installer à Singapour et par la suite au Japon.

Pendant tous ses voyages, Véronique Delamarre-Bellégo développe une passion : écrire pour les enfants. C’est ainsi qu’en 2007 elle entame une étroite collaboration avec l’éditeur Oskar et publie LISE, MA CHÉRIE. Depuis, au moment d’écrire ces lignes, 12 autres romans ont suivi, toujours chez Oskar, le plus récent étant BANZAÏ SAKURA, publié en 2014.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
JANVIER 2016

 

PANIQUE À LA MAISON BLANCHE, Clive Cussler

*Les hélicoptères de l’armée et de la marine
grouillent comme des sauterelles et on
pourrait presque traverser le fleuve à sec
tellement les garde-côtes sont nombreux.
Vous ne m’avez pas tout dit Amiral, loin de là.*
(extrait de PANIQUE À LA MAISON BLANCHE,
Clive Cussler, t.f. Grasset et Fasquelle 1985,
463 pages en édition numérique)

Le Catawba, navire garde-côte reçoit un SOS dans le golfe de Cook, Alaska. Les garde-côtes arrivent trop tard. Tout le monde est mort à bord de l’Amie Marie. Plusieurs évènements graves vont s’enchaîner : entre autres, le Président des États-Unis disparaît et réapparaît plusieurs jours plus tard avec un comportement anarchique qui échappe à toute logique. Plusieurs autres personnalités disparaissent et les morts s’accumulent.  Ainsi commence le défi le plus dramatique de la carrière de Dirk Pitt : mettre fin à une effroyable machination destructrice qui risque de rompre irrémédiablement l’équilibre mondial. 

Implacable machination

*L’eau s’engouffra aussitôt par les énormes
brèches de la coque. Le VENICE frémit et
entama son agonie. Il ne lui fallut que
huit minutes pour mourir…*
(extrait de PANIQUE À LA MAISON BLANCHE)

C’est du grand Cussler, fidèle à son style et la force de son écriture : intrigue solide, évolution et enchaînements rapides, action, héroïsme, nombreux rebondissements, imprévisibilité et bien sûr, l’omniprésence de la mer et des fonds marins sans oublier l’évocation d’une passion de l’auteur, et par ricochet de son personnage fétiche Dirk Pitt pour les vieilles voitures.

J’ai reconnu aussi Cussler dans son habitude de vouloir parfois trop en mettre. Ça donne de nombreux passages peu vraisemblables et plutôt arrangeants sur le plan littéraire.

Bien que ce roman n’invente pas la roue, son idée de base est intéressante et soulève une question non moins intéressante : Qu’est-ce qui arrivera à l’humanité le jour où on pourra manipuler et programmer à sa guise un cerveau humain? Pour l’instant c’est de la science-fiction mais au rythme où évoluent la science et la technologie il faut croire que rien n’est impossible.

J’ai noté une phrase en cours de lecture qui illustre bien le côté dramatique de la question…*Le secrétaire d’État pianota sur son bureau : -le président disparaît pendant 10 jours, et quand il revient, il perd les pédales*.
Il y a là une fort intéressante matière à débat.

Autre élément intéressant dans ce livre est qu’il nous met le nez dans l’incroyable complexité de l’administration américaine et de ses services secrets, de ses coulisses militaires, des relations internationales, des effets pervers de la ruse politique, de la corruption et de la recherche du pouvoir à tout prix.

L’ensemble est un peu classique, mais c’est un thriller efficace qui se lit vite et bien et dont l’évolution est très rapide ce qui a pour effet de garder le lecteur captif. Les habitués de Cussler ne seront peut-être pas surpris.

Suggestion de lecture : DÉSAXÉ, de Lars Kepler

Clive Cussler est un romancier américain né en Illinois le 15 juillet 1931. Sa passion pour la vie sous-marine, le patrimoine marin international et les épaves transparaît dans l’ensemble de son œuvre. Il a entamé sa carrière d’écrivain en 1965 avec VORTEX (difficile à vendre au départ) Puis MAYDAY, suivi de ICEBERG où il introduit un personnage qui deviendra récurent dans la suite de son œuvre : DIRK PITT l’aventurier. Le premier grand succès littéraire de Cussler fût RENFLOUEZ LE TITANNIC. Cussler est aussi réputé pour son impressionnante collection de voitures reconstituées.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
AOÛT 2015