Jurassic Park

 

Commentaire sur le livre de
MICHAEL CRICHTON

*Vous créez de nouveaux êtres vivants dont vous ignorez tout. Votre Dr Wu ne connaît même pas le nom des animaux qu’il fabrique… Il n’a pas de temps à perdre avec des détails de ce genre. Vous en créez un grand nombre en très peu de temps, vous n’apprenez rien sur eux et, malgré cela, vous exigez d’eux une docilité totale sous prétexte que, les ayant fabriqués, vous considérez qu’ils vous appartiennent.

Vous oubliez qu’ils sont vivants, qu’ils ont leur intelligence propre et qu’ils ne seront peut-être pas dociles. Vous oubliez que vous en savez très peu sur eux et que vous êtes totalement incompétent pour accomplir ces choses que vous qualifiez inconsidérément de simples…*

Extrait : JURASSIC PARK, de Michael Chrichton. Édition de papier : Robert Laffont éditeur, 2006, 448 pages. Version audio : Lizzie éditeur, 2022 : Durée d’écoute : 15 heures 48 minutes. Narrateur : Laurent Blanpain

Que s’est-il donc passé sur Isla Nublar, durant ces deux jours d’août 1989, pour obliger l’armée à venir  » faire le ménage  » ? Le programme dont cette île est le théâtre avait pourtant tout du paradis scientifique : un immense complexe naturel où s’ébattent, aux yeux de tous, les plus féroces sauriens du Jurassique, génétiquement ramenés à la vie… Quelques jours avant le chaos, le paléontologue Alan Grant et Ian Malcolm, mathématicien de renom, chargés de délivrer une caution universitaire au projet, embarquent pour ce bout de terre perdu au large du Pacifique.

Bientôt, le petit groupe invité par le créateur du parc doit se rendre à l’évidence : au cœur d’une jungle primitive et farouchement hostile, l’être humain n’est plus l’espèce dominante, mais la proie… Et la science se révèle vite impuissante face à la sauvagerie d’un écosystème disparu, un monde oublié qui cherche à reprendre ses droits. Dès lors, l’évolution impose sa loi, unique, éternelle, terrifiante : survivre…

 

La vie trouve toujours son chemin
phrase devenue célèbre du professeur Ian Malcolm incarné
par Jeff Goldblum dans l’adaptation cinématographique de JURASSIC PARK 1

Ça peut paraître incroyable, mais je me suis enfin décidé à lire le livre culte de Michael Crichton plus de 30 ans après la sortie du film que j’ai vu peut-être plus de 10 fois. Si l’intensité dramatique du film m’a saisi, celle du livre m’a littéralement mis les nerfs à vif. J’utiliserai avec justesse le vieux cliché : j’ai été cloué à mon siège, je n’ai pas vu le temps passer. Le quatrième de couverture tient déjà en haleine mais je ferai quand-même un résumé un peu plus cartésien.

Un milliardaire un peu excentrique, John Hammond réunit une équipe de généticiens de haut niveau pour redonner vie à des dinosaures à partir de leur ADN fossilisé. Le but est de peupler un parc jurassique située au large du Costa Rica.

Avant l’ouverture officielle, qui ne se fera jamais d’ailleurs, Hammond réunit cette fois une équipe de scientifique afin de cautionner le parc, de le valider sur le plan de la sécurité et de la viabilité. L’équipe comprend le paléontologue Allan Grant, une paléobotaniste, Élie Satler et le mathématicien Ian Malcolm, spécialiste de la théorie du chaos qui étudie le comportement des systèmes dynamiques sensibles. Cette théorie sera au centre du drame que vivra le parc jurassique.

À cette équipe s’ajoute le milliardaire John Hammond lui-même, un avocat qui veille aux intérêts des actionnaires et les deux petits enfants de Hammond, Tim et Lex. Alors que la visite s’amorce, un informaticien véreux dérobe des embryons de dinosaures pour les vendre à une entreprise concurrente. Pour ce faire, il désactive les systèmes de sécurité. Les dinosaures exploitent la faille et s’échappent de leur enclos.  Un chaos total menace l’île et peut-être le monde.

Première observation et elle est importante car vous vous poserez sans doute la question si vous ne connaissez pas Jurassic Park : la trame du livre est différente de celle du film. C’est un simple détail car en bout de ligne, le résultat est le même. Toutefois, comme ça se voit toujours dans les adaptations, le livre est beaucoup plus détaillé, profond et dense.

Le livre est aussi porteur de réflexion sur les dangers de la manipulation génétique exempte d’éthique. Le film accorde moins d’attention à ce détail. C’est plus un spectacle. Autre qualité qui m’a frappé dans ce livre, c’est son accessibilité. La paléontologie y est présentée de façon claire, démystifiée, vulgarisée. Donc en plus de donner des frissons, le livre est instructif.

Non seulement Michael Chrichton a bâti un thriller époustouflant avec une technique parfaitement maîtrisée, mais il a créé pour mon plus grand plaisir une impressionnante galerie de personnages tous bien travaillés, façonnés. Le plus intéressant est sans doute Ian Malcolm le mathématicien, l’empêcheur de danser en rond, celui qui *en a marre d’avoir toujours raison*.

Il peut casser les oreilles de tout le monde avec sa théorie du chaos, mais tous les évènements valident son raisonnement. Toute la cohésion scientifique du livre passe par ce personnage brillant et par Grant qui a conservé tout son sens de l’émerveillement.

PARC JURASSIQUE a été pour moi un grand moment de lecture dévorée en trois jours, aussi angoissant qu’instructif. Quant à savoir s’il faut préférer le livre ou le film, je vous le dis sans hésiter, prenez les deux, ça décoiffe.

Suggestion de lecture : MICRO, de Michael Chrichton et Richard Preston


Image du film JURASSIC PARK 1, adaptation cinématographique du livre de Michael Chrichton, par Steven Spielberg, sorti en 1993, avec Sam Neil, Laura Dem, Jeff
Goldblum et Richard Attenborough


L’auteur Michael Chrichton


Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 31 janvier 2026

La porte d’Abaddon

Commentaire sur le livre de
MATHIEU BERTRAND

*-En premier lieu, ce ne sont pas des prisonniers classiques mais des hommes qui vont être transformés en âmes damnées pour permettre à un démon de venir sur terre et en second lieu, nous devons capturer Bune vivant pour qu’il nous permette de mettre la main sur deux choses : un grimoire et, surtout, la position exacte de la porte noire pour que nous la détruisions. *

Extrait : LA PORTE D’ABBADON, de Mathieu Bertrand. Format numérique et édition de papier : M+ éditeur, 2021-2022, Version audio : Saga Egmont éditeur, 2022. Duré d’écoute, 8 heures 7 minutes., narrateur : Bastien Nicolaï.



Un thriller ésotérique oppressant

Deux histoires complètement différentes entrent en conjonction pour offrir aux lecteurs/lectrices un mélange de thriller policier, activités paranormales, sorcellerie et même possession. D’une part, au début du XVIe siècle, en France, Le capitaine Philippe d’Alesani a pour mission de débarrasser le pays des sorcières qui échappent toujours à l’inquisition. Un sorcier appelé Bune tente d’ouvrir la porte d’Abaddon, l’Ange exterminateur désigné dans l’Apocalypse.

Bune sera tué avant d’avoir dévoiler l’emplacement de la porte. D’autre part, cinq cent ans plus tard, une officière de la gendarmerie affectée aux phénomènes inexpliqués, Patricia Lagazzi, enquête dans les landes sur de nombreuses disparitions très étranges.

L’auteur frappe fort dès le départ en racontant comment Isabelle et son fils Franck doivent affronter quotidiennement le mari et père, un alcoolique extrêmement violent, sans conscience, empathie ou scrupule. Une erreur de la nature… Frank songe sérieusement à assassiner ce monstre au moment où les disparitions se multiplient dans les landes.

*«Il est violent, con, méchant, mais en plus, il est dégueulasse», songe le jeune homme avant de se retourner de nouveau vers la table de nuit en réalisant que le rejet de son père, un peu plus chaque jour, transpirait par tous les pores de sa peau. *

Entre temps, Patricia prend conscience du retour du sorcier Bune et réalise que la porte d’Abaddon fait peser un danger réel sur le monde entier. L’assassinat du père sonne le départ d’une course contre la montre.

LA PORTE D’ABADDON est donc un thriller fantastique à saveur ésotérique et il est efficace. C’est le moins que je puisse dire. Une histoire de sorcellerie, servie à la moderne, avec de la crédibilité. C’est aussi un roman d’atmosphère oppressante et angoissante. L’ambiance y est glauque et tout à fait ajustée au thème développé.

C’est un roman très noir, violent mais ficelé avec précision. L’auteur y réactualise le thème de l’exorcisme en le dépoussiérant et en le rendant plus crédible, et ce faisant, plus angoissant, plus stressant.

*Pour commencer, ôtez-vous de la tête les images des films, notamment L’EXORCISTE… ce n’est jamais aussi violent même si certaines choses vont néanmoins vous étonner. -Comme quoi ? questionna Eva, -Comme se mettre à parler une langue qu’il n’a jamais apprise ou vous attaquer verbalement de façon extrêmement méchante. *  (Extrait)

Ce livre est un mélange de genres mais j’ai beaucoup apprécié la façon dont l’auteur démarque le fantastique tout en gardant l’accent sur le thriller policier, ce qui n’est pas sans me rappeler Edgar Allan Poe. Ceux et celles qui me connaissent bien comprendront alors l’opinion très favorable que je porte sur LA PORTE D’ABADDON.

Ma seule déception sur ce livre est sa finale qui est pour moi à la limite de l’insignifiance. À moins que l’auteur ait imaginé un obscur lien avec la logique du texte, ce qui n’est pas impossible mais que je n’ai vraiment pas ressenti, ça sent le remplissage, un happy ending qui sonne faux.

Sinon, l’ensemble est fluide, ça se lit bien et c’est très captivant.

Suggestion de lecture : HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, recueil d’Edgar Allan Poe


L’auteur Mathieu Bertrand et quelques-uns de ses livres

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 25 janvier 2026

 

YOUTUBEURS, Olivier Simard

*Depuis quelques temps, chaque fois que j’allume mon ordi, une fontaine de balles de ping-pong jaillit dans mon ventre : 2,456 amis de Facebook, 13,000 followers sur Instagram, 23 nouveaux messages, 65 notifications. J’ai réalisé mon rêve. Je suis devenu youtubeur. Un vrai de vrai. *

Extrait : YOUTUBEURS 6, de la série YOUTUBEURS signée Olivier Simard., pour les 12-13 ans. Sur papier et en format numérique, aux Éditions de la Bagnole. Série échelonnée de 2016 à 2020

YOUTUBEURS est une Série de romans qui suit l’ascension de Henri Bastien, 15 ans, un garçon impopulaire qui souhaite atteindre la notoriété sur YouTube, mais surtout, se faire remarquer par Noémie, la fille qu’il admire de loin depuis si longtemps. 

Henri OMG regarde le monde d’en haut depuis qu’il a des centaines de milliers de followers. Les contrats s’enchaînent et les cadeaux pleuvent sur lui. Tout le monde veut le toucher. Tout le monde veut lui parler. Mais, au fond, plus on est haut, plus on est seul.

Quand Henri croise un jour la route d’Alicia Joly, une pétillante et charmante influenceuse, il est certain d’avoir trouvé l’âme sœur, tant elle semble comprendre ce qu’il vit. Mais dans ce monde où la renommée est plus importante que tout, peut-on compter sur ceux qui disent vous aimer ?

Les néologismes du siècle

YOUTUBEURS est une série de sept livres qui raconte l’histoire d’Henri Bastien, 14 ans, dont le rêve est de devenir youtubeur. La série est centrée sur son ascension dans le domaine de la création de vidéo, de partage en direct (technique de diffusion en continu défini par un anglicisme courant : streaming) et de communication sociale, avec, en cours de route, les petites incartades sentimentales.

Henri adopte un pseudonyme très révélateur : OMG, un terme très courant, anglais encore qui signifie OH MY GOD. Contrairement aux apparences qui voudraient pousser les jeunes à se lancer dans la création de vidéo et la recherche d’abonnés You Tube, l’objectif de la série, selon les dires mêmes de l’auteur est d’encourager les jeunes à lire. Les garçons en particulier.

Ainsi, Olivier Simard a créé une série rafraîchissante, aérée, profondément ado. Tous les livres de la collection d’une présentation très agréables avec des graphismes accrocheurs, des photos qui illustrent parfaitement le thème développé, sans oublier les émoticônes, langage graphique typique des communications digitales chez les jeunes.

Autre aspect très positif de cette série est son humour. Il est spontané, souvent hilarant. Rires et sourires garantis. L’auteur montre dans cette série une grande connaissance de l’adolescence, sa vie, son rythme, ses besoins et ses codes surtout.

La série donne beaucoup d’explications sur les exigences requises pour être youtubeur, explique ce qu’est un influenceur, le fonctionnement de You Tube, les aspects plus ou moins conciliables de la création vidéo avec la réussite scolaire, sans oublier l’aspect mercantile qui est loin d’être négligeable. Cette série m’a appris beaucoup de choses.

Le principal irritant de cette série tient dans son langage. Et là je suis un peu mitigé. L’auteur a voulu être le plus près possible de la réalité adolescente, en utilisant son langage, ses codes. À ce seul titre, c’est une réussite complète. Toutefois, la langue française y est massacrée. C’est la faiblesse de sa force si je peux m’exprimer ainsi.

C’est ainsi qu’on retrouve dans la série une quantité impressionnante d’anglicismes, de termes anglais, de néologismes pas tous passés dans l’usage, de termes dont le sens est difficile à saisir et d’associations de mots pour définir une fonction comme *youtubeuse-influenceuse-instagrammeuse-snapchateuse-tweeteuse* ou encore *play-list sud-americano-love-beat-groove-mambo-urbain*. Si vous êtes loin de l’adolescence, préparez-vous à lire YOUTUBEURS avec un dictionnaire et des outils de traduction.

L’anglais foisonne avec des followers, background, backdrop, post, vlogs, nice, skills, full, cool, top, power, best, cute, like et disliques et quantité d’autres. Mais la question se pose. Est-ce qu’un livre basé sur une expérience adolescente aurait le même impact sans tous ces termes propres au langage adolescent.

Mise à part la question incontournable du français, j’ai trouvé les histoires divertissantes, relaxantes, agréables et drôles et même motivantes pour les jeunes qui veulent aller au bout de leur rêve.

Suggestion de lecture : FAIRE DES SCIENCES AVEC STAR WARS de Roland Lehouck


L’auteur Olivier Simard

Les autres youtubeurs

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 24 janvier 2026

L’homme aux papillons

Commentaire sur le livre de
DAVID MOITET

*Étrange…conclut la jeune femme. En résumé, le type est assassiné d’un coup
au cœur, puis on s’amuse à briser presque tous ses os, pour ensuite
le congeler ? *

Extrait : L’HOMME AUX PAPILLONS, de David Moitet. Édition de papier et format numérique : Les Nouveaux auteurs, éditeur, 2010. 372 pages, 2794 Kb

Mené en bateau

C’est un roman fort. Une histoire solidement bâtie, avec beaucoup d’habileté et surtout beaucoup d’imagination. Et…oui…l’auteur m’a mené en bateau car chaque fois que je croyais avoir trouvé une clé de l’énigme, on m’aiguillait sur une piste plus plausible à laquelle m’accroché…alors, je m’accrochais. C’est ainsi que de revirement en rebondissement, le livre est devenu addictif.

L’histoire est celle d’Alex Ablance, un policier de la brigade criminelle, brillant, sans histoire et dont les relations sentimentales sont tortueuses. Un jour, un appel anonyme place Alex devant une mise en scène pour le moins macabre : un cadavre, vêtu d’un costume neuf, tenant dans ses mains une enveloppe portant le nom d’Alex Ablance et contenant une photo déchirée et un poème étrange.

Le poème laisse à penser qu’il faut raisonner le mystère comme on raisonne dans une partie d’échecs. Un pion menace…dangereux parce que porteur de vérité. À partir de cette découverte, la vie d’Ablance deviendra une véritable descente aux enfers, le chasseur devenant le chassé dans une histoire qui n’a pas de sens…et pourtant, l’auteur a tout mis en place pour amener le lecteur où il veut.

L’intrigue est un calcul parfait, l’écriture bien maîtrisée au point de me donner le goût de protéger Ablance. Je ne peux pas dévoiler l’intrigue ni vous dire le lien entre l’histoire et les papillons que j’ai trouvé brillant. Mais je peux vous dire que le mystère est épais et agrippe les lecteurs/lectrices au collet :

*Une autre question commençait à prendre forme dans l’esprit du policier. Il avait l’impression d’avoir été entraîné dans un tourbillon sans pouvoir à aucun moment se raccrocher à quelque chose. Et plus il y réfléchissait, plus il était convaincu que cet enchaînement d’évènements qui l’avaient peu à peu transformé en homme à abattre ne devait rien au hasard. * (Extrait)

Mais il y a quand même une raison pour laquelle la vie d’Alex Ablance bascule à un tel point :

*Alors oui, d’une certaine manière, quand on se projetait quinze jours en arrière, le commandant Alex Ablance, jeune limier de la crim, était bel et bien perdu… Mais en deux semaines, tant de choses avaient changé. Il était passé de traqueur à traqué, sans même s’en apercevoir. * (Extrait)

Cette raison est expliquée vers la fin dans un déploiement comparable à une fontaine. Je ne peux en dire plus sauf peut-être ce détail : L’HOMME AUX PAPILLONS est surtout une histoire de famille d’une horreur sans nom. Notre sympathique Alex a un lien avec cette famille, à découvrir. Ça risque d’occuper les lecteurs-lectrices pour quelques heures.

Voilà L’HOMME AUX PAPILLONS. De l’action, un rythme rapide, une trame angoissante, une intrigue ficelée au quart de tour, une finale surprenante. Le personnage central est d’une trempe singulière, obligé qu’il est de se méfier de tout le monde

Et dire que c’est un premier thriller pour Moitet, un auteur émergent déjà détenteur d’un grand prix et qu’il faudra surveiller de près car à mon avis, il démarre sa carrière sur des chapeaux de roues

Suggestion de lecture : ENFERS, d’Ismaël Lemonnier


L’auteur David Moitet


Du même auteur


BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT

le vendredi 23 janvier 2025

Meurtres chez les cordistes

Commentaire sur le livre de
MARC LENTON

*La victime endormie, il était facile de l’encorder autour du cou, de la hisser sur un tabouret avant de le faire basculer. Une analyse classique de la scène du meurtre démontrerait un suicide sous ecstasy, un mauvais trip, et la police était censée ne pas chercher plus loin. *

Extrait : MEURTRES CHES LES CORDISTES, de Marc Lenton. Édition de papier et format numérique chez ISEdition, 2013, 282 pages.

Une série de meurtres mystérieux vient semer le trouble aux cours de colloques scientifiques réunissant l’élite des astrophysiciens de la planète. Les controverses théoriques (théorie des cordes, gravitation quantique), entre gens de bonnes compagnies, se régleraient-elles maintenant par des meurtres ? Ou faut-il chercher un mobile dans l’argent, la gloire, voire le sexe ? Alors que la science continue d’avancer avec son lot de hauts et de bas, deux journalistes décident d’enquêter.

Aux quatre coins du monde, aidés par Interpol finalement saisie du dossier, leurs stupéfiantes découvertes les guideront jusqu’au commanditaire que de puissants intérêts protègent. Mais au soir du 21 décembre 2012, un phénomène étrange se produit. Il pourrait bien sceller le sort de l’humanité et rendre futile toute cette aventure. Les Mayas avaient-ils finalement raison dans leurs prédictions ?

 Science et assassinats

C’est une coïncidence étrange et macabre qui m’a attirée dans ce livre et qui a retenu mon attention : une personne est retrouvée morte pendue dans sa chambre d’hôtel pendant que ses collègues, astrophysiciens de haut niveau, débattent de la théorie des cordes, un cadre théorique extrêmement complexe de la physique des particules, pendant un colloque scientifique dont les enjeux sont tout aussi complexes. :

*Gravitation quantique dans la théorie des cordes. Un titre approprié pour un pendu qui avait gravité au-dessus du sol. * (Extrait)

Ici, l’auteur n’a pas manqué d’humour mais ne vous méprenez pas. Il n’y a aucun humour dans ce livre, un thriller policier sur fond de science et de machination politique.

Parlons d’abord de l’aspect scientifique car si l’œuvre et les personnages sont fictifs, les théories scientifiques développées dans ce livre sont bien réelles et toujours débattues entre spécialiste : théorie des cordes, théorie de la relativité, univers parallèles, trous noirs, trous blancs, etc.

J’ose ici un exemple d’idée débattue, celle qui veut que la théorie des cordes expliquerait la toute première seconde de l’univers après le big bang. Pour être plus précis, la théorie expliquerait la chaîne d’évènement 10 exposant moins 43 seconde après le big bang, un temps infinitésimal inimaginable mais apparemment mesurable qu’on appelle le temps de Planck ou ère de Planck

Sur le plan scientifique, ce livre est opaque, voire hermétique. Pour en saisir ne serait-ce qu’une partie, il faut avoir des notions de physique quantique, d’astrophysique, de cosmologie, de mécanique et de mathématiques quantiques, de physique des particules. Sinon, on ne peut pas suivre un tel étalage de connaissances malgré les magnifiques efforts de vulgarisation de l’auteur qui a même prévu un glossaire en annexe. Ce qui a pour moi, changé peu de choses.

Sur le plan policier, l’histoire est intéressante mais elle est complexe parce que l’enquête est internationale et limitée par de lourdes disparités diplomatiques et administratives. Complexe, mais agréable à suivre grâce à des chapitres courts, une très bonne ventilation et des personnages bien travaillés, je dirais même que c’est la principale force du livre. Les journalistes y sont particulièrement brillants.

Malgré ces forces, j’ai trouvé l’ensemble frustrant car je n’ai jamais pu saisir le mobile de ces meurtres. Je n’ai pas compris non plus pourquoi l’auteur a gardé aussi énigmatique le personnage qui semble tirer toutes les ficelles, le russe Manchik, un puissant oligarque. Je ne sais pas d’où il vient, où il s’en va. J’ai compris qu’il est fort en machination, mais ses objectifs sont demeurés pour moi obscurs.

Tout aussi obscur fut pour moi le lien entre la science et les meurtres. Bref, les lecteurs et lectrices auront à travailler fort pour démêler tout ça. Quoiqu’étrange et énigmatique, la finale m’a fait vibrer car elle vient nous rappeler que si l’univers a un début, il s’en va forcément vers sa fin…

Suggestion de lecture : MEURTRES EN SOUTANE de Phyllis Dorothy James


Un modèle de la théorie des cordes

Un mot sur l’auteur
Marc Letton est un pseudonyme. Cet expert en technologie, en fonction dans un grand ministère français, tient absolument à son anonymat et n’autorise même pas la publication d’une photographie de lui.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 18 janvier 2026

 

Les jeux de Némésis

Commentaire sur le livre de
JAMES S. A. COREY

*Il semblait être une vérité universelle que plus on se rapprochait des choses, plus elles s’enlaidissaient. Prenez la plus belle personne du système solaire, choisissez le juste grossissement pour l’examiner et elle devenait alors un paysage apocalyptique couvert de cratères et grouillant d’horreurs. Voilà ce qu’était la Terre. Un joyau étincelant vu de l’espace. De près, un décor dévasté peuplé de mites qui survivaient en dévorant les mourants. *

Extrait : EXPANSE, livre 5 : LES JEUX DE NÉMÉSIS, de James S.A. Corey. Formats papier et numérique : Acte sud ÉDITEUR, 2018, 608 PAGES. Version audio : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 20 heures 16 minutes. Narrateur Thierry Blanc

Une transition dans la série
(pause réparation)

THE EXPANSE est une série de 9 romans de type space opera. L’œuvre a été adaptée à la télévision dans une série encore fortement adulée. Le cycle débute avec L’ÉVEIL DU LÉVIATHAN qui met habilement en place tous les éléments de la série.

Pour faire bref, c’est tout le système solaire qui a été colonisé par l’humanité. La ceinture d’astéroïdes comprend de nombreuses stations minières pour fournir en particulier les deux grandes puissances en présence : MARS et la TERRE. Les habitants de la ceinture sont appelés les CEINTURIENS. Farouchement indépendantistes et agressifs. Cette situation est au cœur de la série où s’entremêlent mafia, terroristes, jeux de pouvoir, pressions politiques et bien sûr militaires.

Une chaîne d’évènements issue du cœur de la ceinture pourrait conduire l’humanité à une inimaginable catastrophe.

LES JEUX DE NÉMÉSIS est au cœur de la série. C’est le cinquième épisode. C’est un peu comme une porte qui s’ouvre dans l’ombre. On ne sait pas trop ce qu’il y a de l’autre côté. On pourrait appeler LES JEUX DE NÉMÉSIS un épisode charnière dans lequel l’auteur baisse sensiblement le rythme et calme le jeu tout aussi sensiblement, afin de s’attarder aux personnages.

C’est là toute l’histoire au fond. L’équipage du Rossinante se disperse pour des raisons de maintenance et aussi pour d’autres raisons timidement expliquées. Retour sur les épisodes précédents, en particulier le quatrième : LES FEUX DE CIBOLA. L’auteur étale les états d’âme de chaque ressortissant. Pour la moitié du livre, l’auteur laisse couver quelques étincelles pour un éventuel déploiement d’action dans la seconde moitié et laisse rôtir les lecteurs à savoir si les acteurs du Rossinante seront réunis à nouveau.

Chaque personnage a son histoire et sa psychologie relativement bien travaillée. Mais dans l’ensemble, j’ai trouvé l’histoire ennuyante et par moments tirée par les cheveux. J’ai eu une impression de remplissage.

Toutefois, l’ouvrage réunit de très bonnes idées qui donne à l’ensemble un certain caractère attractif. Par exemple l’idée d’une géopolitique spatiale, et aussi celle que la ceinture d’astéroïdes soit habitée et même politisée. Ce qui en résulte est un triangle TERRE-MARS-CEINTURE parfois cauchemardesque à gérer, C’est cette imagination de l’auteur qui m’a maintenu dans le récit.

En tant que lecteur, il sera intéressant, je crois, de poursuivre l’aventure.
pour parcourir la série, cliquez ici.

Suggestion de lecture : LES NETTOYEURS, de Julien Centaure


James S. A. Corey est le pseudo utilisé par Daniel Abraham et Ty Franck,

 

Les quatre volumes précédant LES JEUX DE NÉMÉSIS

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 17 janvier 2026

 

LE LIVRE DU DÉSERT, Mo Hayder

*-Vous vous souviendrez sans mal de ce terme, jeune homme, car le Sarkpont ne tardera pas à devenir votre obsession. C’est un terme hongrois, il me semble, qui signifie « pivot ». Le sarkpont se trouve dans une piscina, à l’angle nord-ouest d’un rectangle, et je vous promets qu’à la fin de cette aventure c’est une phrase que vous pourrez vous réciter à l’envers jusque dans vos rêves. *

Extrait : LE LIVRE DU DÉSERT, de Theo Clare. Version papier et numérique : Presses de la Cité éditeur, 2022, 556 pages. Format audio : Lizzie éditeur 2022, durée d’écoute : 16 heures 20 minutes. Narratrice : Valérie Muzzi.

Ils sont treize, originaires des quatre coins du monde, et bien qu’issus de milieux différents, ils forment une famille : *les Sensitive*. Ensemble, ces hommes, femmes et enfants parcourent le Cirque, vaste désert dont ils sont prisonniers, à la recherche du Sarkpont, leur porte de sortie. Ils n’ont pour cela que douze chances et leur temps est compté… Dans un environnement hostile où des créatures assoiffées de sang sillonnent les nuits grises, leur quête peut s’avérer fatale.

Quête dans un cirque de sable

C’est un livre étrange qui développe en parallèle deux histoires : celle de McKenzie, une jeune fille obsédée par les déserts et tourmentée par des hallucinations centrées spécialement sur un lézard. D’autre part, on suit un groupe de treize personnes issues d’un peu partout dans le monde et réunies pour des raisons obscures dans un vaste désert appelé cirque. En fait, cet environnement malsain est postapocalyptique.

L’âme dirigeante du groupe s’appelle Spider qui est aussi le personnage central du récit. Les errants du désert recherchent une porte de sortie. Cette porte précieuse qui leur permettra de sortir de cet environnement de poussière et extrêmement hostile  s’appelle SARKPONT et elle se trouve dans une espèce d’enclave de sable appelée PISCINA.

Ici encore, pour des raisons que je peine à comprendre, les prisonniers du désert n’ont que douze chance d’atteindre le Sarkpont, autant de cycles appelés RÉGYRE. Le groupe s’appelle LES SENSITIVE et sont talonnés par un autre groupe, malveillant celui-là, appelé LES ÉLÉPHANTS.

Le but est simple : sortir du désert et comprendre ce qui arrive à la jeune McKenzie. Malheureusement, le fil conducteur est tordu, l’histoire prend toutes sortes de direction, accuse du remplissage et de l’errance. Je peux me tromper, mais j’ai perçu de l’autrice une volonté d’étirer pour assurer une suite, une continuité, bref, une série.

Le parallèle entre la jeune fille et les *Sensitive* est bizarre. Bien sûr, on a quelques réponses en cours de lecture mais je suis resté sur ma faim.

Toutefois, l’intrigue est là, entretenue par une bonne description de l’environnement et la recherche désespérée du Sarkpont qui est devenue tellement urgente pour les Sensitive.

L’autrice m’a entraîné dans son récit moins moins à cause de l’intrigue, que par son atmosphère et son vocabulaire. Pour cette raison, l’histoire ne manque pas d’originalité même si le thème du post apocalyptique est en surchauffe sur le plan littéraire.

L’histoire n’est pas dépourvue d’intérêt, mais je n’y ai pas suffisamment adhéré pour entreprendre la suite. J’espère toutefois que l’autrice présentera une forme de préquelle expliquant comment des personnes venant des quatre coins du monde se sont retrouvés au beau milieu d’un désert à la recherche d’une porte de sortie, précisera leurs motivations, l’avenir de McKenzie, ce qui justifie l’existence des régyres et bien sûr, ce qu’il y a de l’autre côté de la porte.

suggestion de lecture : LA LUNE DES FEUILLES ROUGES de waubgeshig rice


L’autrice Theo Clare

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 11 janvier 2026

ANAN T1, Lili Boisvert

*…La foudre éclaire l’objet qui émerge enfin des flots. C’est un coffret incrusté de coquillages. Un marin en brise le loquet avec le pommeau d’un poignard et l’entrouvre dans la pénombre revenue. Une lueur bleue, patiente, en émane. *

Extrait : ANAN, tome 1, LE PRINCE, de Lili Boisvert. Édition de papier et numérique : VLB éditeur, 2020, 376 pages, 2211 KB. Version audio : Vues et voix éditeur, 2021, durée d’écoute : 7 heures 30 minutes, narratrice, Macha Limonchik.

UN UNIVERS MATRIARCAL

ANAN est un livre écrit à la façon d’un conte et on y retrouve les ingrédients habituels de la recette fantasy : Une quête, le bien et le mal, les bons et les méchants, beaucoup de machinations, de complots et bien sûr l’alliance classique entre deux royaumes avec un mariage princier. Il y a toutefois une petite exception à la règle. Le royaume d’Anan est essentiellement matriarcal. Les femmes dirigent absolument tout.

Notre société d’aujourd’hui est malheureusement toujours en retard sur le plan de l’égalité des sexes. Mais dans ANAN, tous les clichés ont été remplacés…par d’autres clichés. Exemple cité dans le livre : on ne peut pas éduquer un homme parce qu’il préfère les travaux manuels. Lili Boisvert a complètement inversé les rôles sans nuances, sans subtilité et dans la complète absence de sentiments faisant de son livre un roman féministe.

En principe, le féminisme tend vers l’amélioration et l’extension du rôle, des droits et des privilèges des femmes dans la Société et non à la domination. Le vrai féminisme est une tendance que, personnellement j’approuve et j’encourage. Dans ANAN, j’aurais de beaucoup préféré une gestion stricte de l’égalité à une inversion complète des rôles. Ce n’est guère mieux et ça joue négativement sur la qualité des personnages.

J’ai eu en effet beaucoup de difficulté à m’attacher aux personnages, en particulier la capitaine Chaolih, personnage principal. Je l’ai trouvé froide et antipathique.

Quant à l’histoire, outre le manque d’originalité et d’équilibre, il y a de l’action. C’est parfois même étourdissant. Enchaînements rapides, rythme élevé, revirements, tout ça pour protéger un prince timoré, à la limite insignifiant afin de lui permettre d’épouser une princesse dont on n’entend jamais parler dans le tome 1.

Je dirais que L’action et la logique militaire sont les points forts de l’histoire ainsi que la description des enjeux géopolitiques et celle des combats qui est fort bien détaillée.

Principaux points faibles : le récit est tellement féminisé qu’il en est lourd et pas toujours cohérent. Manque d’équilibre et de réalisme, C’est ce dernier élément manquant qui fait, je crois que Lili Boisvert est passée à côté d’un chef d’œuvre.

Suggestion de lecture : ANAVÉLIA, de Kim Fournelle


L’autrice Lili Boisvert

LA SUITE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 10 janvier 2026

L’affaire Jésus

Commentaire sur le livre
d’ANDRES ESCHBACH

*Samuel Barron n`est pas un dingue isolé avec ses lubies. Bien au contraire. Il fait partie du mouvement évangélique, la religion qui connait la croissance la plus rapide à notre époque. Ce n`est pas l`islam comme beaucoup le croient. Je parle d`une fédération mondiale de groupes chrétiens qui, malgré leurs différences, attendent tous le retour prochain de Jésus. Je parle de plus de cinq cents millions de personnes qui attendent l`Armageddon de pied ferme, et certaines d`entre elles siègent dans les plus hautes sphères de l’État. *

Extrait : L’AFFAIRE JÉSUS, d’Andres Eschbach. Édition de papier et numérique : Atalante éditeur, 2016, 672 pages. (1020 KB) Version audio Lübbe éditeur, 2017. Durée d’écoute : 21 heures 40 minutes. Narrateur : Emmanuel Dekoninck.

LE PRÉSENT DU FUTUR

L’AFFAIRE JÉSUS est un savant mélange de science-fiction, de politique, de médecine et surtout de religion chrétienne poussée jusqu’au fanatisme. Ce livre est la suite de JÉSUS VIDÉO mais peut se lire indépendamment. Avant d’aller plus loin, je vous propose ici, un bref résumé de JÉSUS VIDÉO :

Non loin de Jérusalem, dans une tombe inviolée depuis deux mille ans, une mission d’archéologie exhume le manuel d’utilisation d’une caméra vidéo dont la sortie sur le marché est prévue- dans trois ans. Un homme muni d’un caméscope aurait-il visité la Palestine du Ier siècle ? Si oui, que sont devenus l’appareil et les enregistrements ? Et, qu’a-t-on ou qui a-t-on filmé ? Découverte archéologique du siècle ou canular ?

En terre de Palestine et d’Israël, sur fond de science, de négociations acharnées et de sectes obscurantistes, s’engage une course effrénée où s’affrontent chercheurs, médias avides de sensationnel et le Vatican. Tandis que trois jeunes gens téméraires poursuivent leur quête parallèle et s’approchent pas à pas de révélations que tous ne jugent pas bon de rendre publiques.

L’histoire est celle de Michael Baron, fils de Samuel, un multimillionnaire américain, chrétien intégriste qui n’hésite pas à utiliser sa fortune pour soutenir les organisations évangéliques les plus radicales. Samuel s’est emparé de la mystérieuse vidéo où apparaîtrait Jésus au premier siècle de notre ère, témoignant ainsi qu’un voyage dans le temps a bel et bien eu lieu.

Mais ce n’est pour Samuel Barron qu’une étape dans une entreprise colossale mûrie de longue date et dont le but n’est rien moins que de se faire l’instrument du Tout-Puissant et de hâter l’accomplissement de la prophétie… l’Armageddon.

Michael se prépare donc à une odyssée qui dépasse l’entendement :  remonter le temps avec une équipe de scientifiques grâce à une technologie pointue, aller à la rencontre du Christ, préparer et hâter son avènement en revenant à sa propre époque. Jouer avec le temps est loin d’être simple et les conséquences peuvent être brutales.

C’est un roman solide, très fort, dans lequel le fanatisme religieux, surtout chrétien dans ce cas-ci s’imbrique avec les paradoxes temporels et l’exploration d’un esprit tortueux et même torturé par son obsession pour le retour de Jésus et le jugement des vivants et des morts.

Je suis devenu captif du récit dès le début car il intègre deux antagonismes de notre Société qui m’ont toujours fasciné : la science (et ses dérives) et la religion (qui ne manque pas de dérives non plus). Le tout a comme toile de fond le voyage dans le temps.

Impossible de s’ennuyer avec un tel livre mais il faut souvent creuser les effets de nos actes sur le temps, soit les paradoxes, les nombreux aller-retours du passé au présent.et une finale un peu rapide sur ce que j’appellerais une *sentence* du temps que vous aurez à découvrir. Cette ventilation timide d’un thème aussi complexe est la principale faiblesse du récit.

Mais l’histoire demeure passionnante, bien documentée, spécialement sur le plan religieux et riche en information. Le livre pose beaucoup de questions qui sont toujours d’une brûlante actualité ? Par exemple : Pourquoi, dès qu’il est question de religion, les hommes versent dans l’aberration ? Qu’est-ce qui se passerait si Jésus revenait aujourd’hui ?

Quant à la fin du monde, L’Armageddon et le jugement dernier, le livre d’Eschbach m’a conforté sur l’opinion que je m’en fais depuis mon enfance :  on ne sait pas quand ça se produira. Personne ne le sait. J’ai au moins retenu ça du Catéchisme. Et entre vous et moi, on est passé à côté de combien de fins du monde depuis que le monde est monde ?

L’histoire est bien structurée, développée avec une intelligence remarquable. Je note une légère faiblesse dans la limpidité, je pense en particulier à la vulgarisation scientifique, mais les personnages sont forts et la psychologie très bien travaillée, en particulier celle des Baron, père et fils.

J’ai adoré ce livre. Sans faire de jeux de mots, je dirais que pour moi, le temps s’est arrêté pendant près de 700 pages. Allez-y…vous ne vous ennuierez pas.

Suggestion de lecture :
L’ODYSSÉE DU TEMPS, d’Arthur C. Clarke


L’auteur Andreas Eschbach

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le vendredi 9 janvier 2026

 

 

 

PEUR SUR LA CROIX

Commentaire sur le livre de
JEAN-MARC FAYOLLE

*ces pseudos journalistes qui nous abreuvent à longueur d’année d’articles critiquant nos institutions qu’ils considèrent blasphématoires… Ces pseudos croyants qui sont à la solde du Vatican ou de l’opus-Dei. Ces individus, chers frères, sont à faire disparaître de la circulation.

On ne peut tolérer de tels propos insultants envers nos soldats. Rappelez-vous mes frères que nous combattons cette église… depuis que la vérité a été occultée lors du concile de Nicée en l’an 325…Rappelez-vous toutes ces horreurs que nous a infligées le clergé durant ces deux millénaires, tous nos soldats brûlés vifs sur le bûcher pour hérésie. *

Extrait : PEUR SUR LA CROIX, de Jean-Marc Fayolle. Édition de papier et format numérique: Erato éditeur, 2016, 330 pages. (923 KB)

Une menace à fuir

Je ne sais pas trop comment classer ce roman. Sa structure est étrange et ses changements de direction sont frustrants. Je trouve même que le titre et le quatrième de couverture ne remplissent pas leur office.

L’histoire, du moins dans sa première partie repose sur le terrorisme religieux. Rien à voir avec l’Islam. Il s’agit d’une secte chrétienne appelée SARAH qui combat l’Église Catholique prétendant que les deux mille ans d’histoire de cette Église repose sur le mensonge et qu’il est grand temps de scander la vérité à la face du monde.

Comme c’est trop souvent le cas dans les conflits religieux, la secte se radicalise et décide d’utiliser des moyens musclés pour se faire entendre. Résultat : violence et terrorisme.

Une chaîne d’évènements amène un expert en compétitions automobiles à combattre cette secte et tenter d’empêcher une inimaginable catastrophe.

Si je me base sur la première moitié du récit, le roman aurait pu être très intéressant, captivant même. Mais vers la fin du troisième quart, l’histoire accuse une chute vertigineuse de l’action et de l’intrigue et verse mielleusement dans le romanesque avec de longs palabres courtois, des propos explicites et des descriptions sexuelles à peine voilées.

Puis vers la fin, un revirement de situation que j’ai trouvé assez insignifiant pour me rendre compte finalement qu’il était parfaitement inutile. Mais je l’admets, il a quand même attisé ma curiosité, croyant que l’aspect dramatique de la première moitié allait revivre et me donner quelques frissons. À la place, j’ai simplement eu l’impression que l’auteur s’adonnait au remplissage.

J’ai trouvé ça dommage car l’introduction de l’histoire était vraiment prometteuse et s’ajustait avec les réalités du terrorisme et du fanatisme religieux. J’ai déchanté quand le texte a pris les allures d’un drame d’espionnage où tout s’imbrique un peu trop facilement pour finir enfin par une passion amoureuse avec, au passage, une petite chicane de ménage, le tout, entremêlé de courses automobiles.

Autre facteur qui ne m’a pas vraiment aidé à aimer ce roman, c’est qu’il est bourré de fautes. L’orthographe y est malmenée, des mots sont escamotés, d’autres sont glissés par erreur. Je crois que l’éditeur ne s’est pas trop forcé.

Il faut donc considérer la première partie du récit comme une base de roman, mais ça s’est arrêté là. Pas fort.

Suggestion de lecture : LA RELIGION, de Tim Willocks

Du même auteur

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 21 décembre 2025