Les aventures de Tintin

Commentaire sur les albums de
HERGÉ

Malgré les efforts de Tintin pour les protéger, six membres d’une expédition scientifique consacrée à la civilisation Inca sont mystérieusement plongés dans une profonde léthargie. Lorsque le dernier scientifique tomba en léthargie, le professeur tournesol disparait, enlevé après s’être paré du bracelet de la momie Rascar Capac. Tintin et le capitaine Haddock concluent que leur enquête devra se poursuivre au Pérou d’où origine la momie. Pendant ce temps, les scientifiques endormis font régulièrement et simultanément le même cauchemar. Un rêve fou dans lequel la momie est vivante.

LE TEMPLE DU SOLEIL est la suite de l’aventure amorcée dans LES 7 BOULES DE CRISTAL. Nos amis Tintin et Hadock sont au Pérou, à la poursuite du professeur Tournesol, après avoir appris que ce dernier a commis le sacrilège de porter le bracelet de la momie Rascar Capac. Ils auront l’aide inespérée d’un jeune indien Quishua appelé Zorrino qui leur apprend l’existence d’un temple, très loin dans les montagnes péruviennes où pourrait être mis à mort le professeur Tournesol. Ils entreprennent un long et périlleux voyage qui pourrait bien conduire nos amis au sacrifice de leur vie…

Riche et indémodable

Ma première lecture à vie fut celle d’un album de Tintin. Par la suite, j’ai dévoré rapidement la collection complète et j’y suis revenu régulièrement au fil des ans. C’est comme plus fort que moi. Tintin fut mon premier ami. C’est lui qui m’a introduit à la lecture. Même après soixante ans, j’y reviens à l’occasion.

Cette fois, j’ai profité de l’arrivée sur le marché d’un nouveau format d’édition, plus petit mais tout aussi attractif et qui se glisse bien mieux dans une bibliothèque. En fait, ce nouveau format est sorti en 2007, toujours chez Casterman pour souligner le centenaire de la naissance de Hergé.

Il était temps pour moi de m’y remettre. J’étais dû comme on dit. Pour me replonger dans l’univers du jeune reporter, j’ai choisi les diptyques de la collection, c’est-à-dire les aventures de Tintin déployées sur deux albums. Il y a quatre diptyques en tout dans la collection : LES CIGARES DU PHARAON et LE LOTS BLEU, LES 7 BOULES DE CRISTAL et LE TEMPLE DU SOLEIL, LE SECRET DE LA LICORNE et LE TRÉSOR DE RACHAM LE ROUGE et le diptyque lunaire : OBJECTIF LUNE et ON A MARCHÉ SUR LA LUNE.

J’ai réalisé peut-être encore davantage aujourd’hui la richesse de ces albums avec leurs graphismes recherchés, leur caractère initiatique en géographie, histoire, sciences et phénomènes de toutes sortes et ce magnifique équilibre que Hergé a toujours jalousement conservé entre mystères, énigmes, enquêtes et l’humour avec les attachants personnages qui entourent Tintin dont bien sûr le tonitruant capitaine Haddock.

Toutes ces qualités sont toujours recherchées par les jeunes lecteurs à qui on propose encore plus car Hergé a su insuffler à son jeune héros un inexplicable pouvoir attractif comme une aura qui tend un irrésistible filet gardant les jeunes lecteurs dans le coup.

Je constate aujourd’hui que Tintin demeure une icône de la francophonie internationale. Un incontournable. Il n’a pas vieilli. Et après toutes ces années, je le redécouvre encore.

Quant au diptyque en rubrique, c’est mon préféré. Il est teinté de véracité et de crédibilité qui supposent une recherche sérieuse et beaucoup de documentation. Il y a aussi les personnages secondaires qui sont venus me chercher en particulier Zorrino dans LE TEMPLE DU SOLEIL, une attachante petite racine péruvienne. Il y a aussi Tchang le jeune chinois qui fut au centre de mon attention dans LE LOTUS BLEU et TINTIN AU TIBET.

Chaque album a un petit quelque chose, une particularité, un personnage ou une situation, susceptible de vous atteindre personnellement. Pour moi, dans les   boules de cristal, ce fut un petit cachet fantastique, personnifié par Rascar Capac. Quoiqu’il en soit, encore aujourd’hui, Tintin ne laisse personne indifférent.

C’est donc avec un plaisir renouvelé que je vous recommande un des fleurons du neuvième art : LES AVENTURES DE TINTIN, créé par Hergé.

Suggestion de lecture : FINGERS,  une aventure de Lucky Luke, de Lo Hartog Van Banda et Morris


L’auteur : Georges Remi, dit HERGÉ

Les autres suites

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 22 mars 2025

FINGERS

Une aventure de Lucky Luke par
Lo Hartog Van Banda et Morris

Extrait : LUCKY LUKE FINGERS, scénario : Lo Hartog Van Banda, dessins : Morris. Lucky comics éditeur, 2001, bande dessinée, 47 pages. Numérique et papier.


Lucky Luke apprend que cinq (!) Dalton viennent de s’évader. En effet, un habile prestidigitateur du nom de Fingers a participé à l’évasion des Dalton mais c’est aussi lui qui va permettre de les renvoyer en prison. Se prétendant injustement condamné, ce « gentleman cambrioleur » a besoin de l’appui de Lucky Luke pour son recours en grâce. Il obtiendra gain de cause mais Lucky Luke gardera un œil sur lui car ses mains échappent à tout contrôle !

 

Le parfait héros

J’ai adulé Lucky Luke pendant de nombreuses années. Je l’aime toujours mais mon intérêt a baissé d’un cran. Comme tous les inconditionnels de l’homme qui tire plus vite que son ombre, j’ai dû subir deux sevrages avec cette série de BD qui réussit à garder la tête hors de l’eau. D’abord, Morris a troqué la cigarette pur une brindille de paille. Je peux comprendre Morris, il ne faisait que devancer les exigences de la loi Elvin, adoptée au début des années 1980 en France et encadrant sévèrement la publicité sur le tabac. C’est un détail, loin d’être malsain mais je ne m’y suis jamais fait.

Autre sevrage important, le décès de Goscinny en 1977. Depuis ce jour, la série a perdu un peu de ses étincelles et a commencé à vieillir à mes yeux. La subtilité et la spontanéité de Goscinny manquent cruellement au scénario de FINGERS. Ça reste une bonne histoire, drôle par moment, pas désagréable à lire au contraire. Malheureusement, le personnage de Lucky Luke s’est affadit avec le temps. Il reste stoïque, sûr de lui mais il est devenu prévisible et sans éclat. Toujours vedette, mais d’une série essoufflée. Dans FINGERS, Luke est plus effacé, trop,  en fait, par rapport au prestidigitateur à qui le scénariste a donné des pouvoirs surdimensionnés

Morris, très différent aussi de son prédécesseur Uderzo a fait quand même de son mieux pour rehausser le scénario de Van Banda et a réussi à rendre l’ensemble plus rigolo. L’histoire de Lucky Luke est quand même extraordinaire.

Plus de 80 albums. Malgré une certaine baisse d’intérêt, j’ai apprécié la lecture de FINGERS. Je sens que je n’en ai pas terminé avec le <poor lonesome cowboy> car j’aime particulièrement l’environnement dans lequel il évolue, une espèce de carricature du far ouest qui m’a toujours fait rire.

À gauche, le scénariste Lo Hartog Van Banda, à droite, le dessinateur Morris, créateur de la série LUCKY LUKE

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT

Le vendredi 17 janvier 2025

 

LE MENHIR D’OR

De Albert Uderzo et René Goscinny

Les comédiens : Bernard Alane, Guillaume Briat, Julien Chatelet, Emmanuel Curtil, Jean-Claude Dondat, Caroline Klaus.

Assurancetourix a décidé de participer au célèbre concours de chant des bardes gaulois pour remporter le menhir d’or. Pour le protéger dans cette compétition suivie de près par les romains, Astérix et Obélix sont chargés de l’accompagner : ils ne doivent pas quitter Assurancetourix des yeux ; quitte à y perdre une oreille !

Les plus vieux se rappelleront qu’au départ, LE MENHIR D’OR est sorti en 1967 en livre-disque de vinyle. Cette aventure a été rééditée en album hors-collection en octobre 2020. Ce sera la dernière incursion d’Albert Uderzo dans l’univers d’Astérix.

Cette petite aventure est axée sur le personnage le plus farfelu du village d’Astérix : ASSURANCETOURIX . Les bédéphiles du monde entier savent qu’Assurancetourix chante mal. Ce sont les auditeurs et auditrices qui vont en avoir maintenant la preuve.

Bref et différent

Il faut donc prendre cet album pour ce qu’il est, c’est-à-dire une œuvre à part qui tranche à mon avis avec les standards habituels de la collection. C’est beaucoup plus court, plus spontané, moins subtil et aussi, toujours selon moi, moins recherché. En fait, c’est la subtilité et la finesse de l’humour qui m’ont manqué.

Cet épisode n’a pas vraiment créé d’images dans mon esprit mais plutôt une certaine nostalgie du graphisme de Goscinny. Notez, c’est une production de qualité avec les effets sonores, les comédiens qui ont semblé avoir un plaisir fou dans leur interprétation. C’est très criard évidemment.

À quoi peut-on s’attendre d’autre quand le principal personnage est un barde qui *éternue* ses chansons. J’ai trouvé original que les auteurs parodient la chanson de Charles Trenet publié en 1938 MÉNILMONTANT, devenue depuis, un grand classique de la chanson française. Inutile de dire que cette chanson d’or a été proprement massacrée par ASSURANCETOURIX, caricaturalement interprété par Emmanuel Curtil.

Il faut mentionner enfin que le livre qui accompagne cette production sonore est un livre illustré et non une bande dessinée. C’est très différent et il est plus difficile de ressentir cette espèce de magie qui se dégage des aventures d’Astérix. Donc en général, je n’ai pas vraiment accroché à cet épisode. Mais l’idée serait bonne je crois d’écouter cette aventure avec un enfant et de lui faire explorer en même temps le livre illustré car je ne perds jamais de vue que le livre audio peut être une excellente façon d’introduire les enfants à la lecture.

Extrait : LE MENHIR D’OR (version audio, Astérix, livre 6, éditions Albert René, 2020, durée d’écoute : 31 minutes)

Suggestion d’écoute des mêmes auteurs : ASTÉRIX LE GAULOIS/ASTÉRIX LA SERPE D’OR

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 11 mai 2024

LE PETIT LÉONARD DE VINCI, BD de William Augel

Extrait : LE PETIT LÉONARD DE VINCI, bande dessinée de William Augel, La Boîte à bulles éditeur, 2020. Format numérique.  82 pages.

Avant d’être un grand génie, Léonard de Vinci a été un petit génie ! Tout ce qui l’entoure est prétexte à réflexion, apprentissage et invention des oiseaux à la poterie, en passant par la récolte des olives ou la fabrication des spaghettis. Sa curiosité le pousse à avoir des idées à propos de tout, et à voir la beauté partout. Il ira même jusqu’à dire que « le plus petit des félins est une œuvre d’art ». À la fois peintre, ingénieur, philosophe, architecte, musicien, le voilà désormais personnage de bande dessinée ! Sous la plume de William Augel, c’est drôle attendrissant, et même instructif ! Que demander de plus pour ravir à la fois parents et enfants ?

Une belle collection en marche

Pour avoir beaucoup lu sur le sujet, j’avais une bonne idée de la vie et du génie de Léonard De Vinci. Après avoir découvert la bande dessinée de William Augel, qui a pris soin de bien se documenter, je réalise maintenant à quel point Léonard De Vinci aimait la vie et était animé par le besoin de l’enjoliver, l’embellir, l’adoucir en créant, en inventant. Pour ce génie, la moindre activité était matière à apprentissage.

Cette bande dessinée m’a amusé, détendu, attendri même car de Vinci voyait de la beauté partout et tout pour lui était matière à inspiration. Ajoutez à cela le talent naturel de De Vinci, bien mis en évidence dans la BD, Augel a fait de lui l’homme-orchestre que l’on connait : architecte, peintre et ingénieur, entre autres et même poète car le génie magnifiait la beauté et l’exprimait…*Même le plus petit des félins est une œuvre d’art*.

Je suis certain que De Vinci avait le sens de l’humour. On ne peut pas être acariâtre avec une aussi bonne nature. Une chose est sûre, la BD d’Augel ne manque ni d’humour, ni de spontanéité.

La bande est montée de la même façon que LE PETIT MOZART signé par Augel, paru en 2017 à La Boîte à Bulles et dont j’ai déjà parlé sur ce site…même technique du comics trip et du gag indépendant. Même virtuosité, même désir d’introduire en douceur, avec humour et couleur les enfants à la lecture. Il y a même, à la fin de l’ouvrage, une petite section ludique qui devrait intéresser les petits.

L’ouvrage comporte, je crois, une petite faiblesse, la même que j’ai déjà rapportée dans mon article sur LE PETIT MOZART. L’auteur aurait dû à mon avis, publié un petit texte, destiné aux enfants toujours et expliquant QUI était Léonard De Vinci.  Ça vaut pour les parents aussi parce que beaucoup d’entre eux croient toujours à la transmission orale et aiment raconter des histoires. 

Ce n’est pas bien grave. La BD demeure géniale. Mais comme dans LE PETIT MOZART, je suggère aux parents de faire une petite recherche afin d’introduire l’enfant à la BD, accroître son intérêt. Encore une fois, Augel m’a comblé sachant surtout qu’il utilise la forme de bande dessinée la plus exigeante, celle qui conclue une histoire imagée dans une seule et même page. En cette matière, je crois qu’Augel est devenu un virtuose.

Je recommande chaleureusement ce petit bijou aux parents pour offrir à leurs enfants. Personnellement, je l’ai lu en format numérique, dans une présentation impeccable qui fait environ 80 pages. La question que je me pose maintenant, c’est *avec qui William Augel va-t-il nous surprendre* dans sa prochaine BD.

Suggestion de lecture : ASTÉRIX LE GAULOIS/ASTÉRIX LA SERPE D’OR de René Goscinny et Albert Uderzo

Du même auteur



  1. William Augel crée un petit frère à son livre jeunesse LE PETIT MOZART, créé en 2019. Pour lire mon commentaire, cliquez ici



William Augel est né au Mans, en 1973. Dessinateur et illustrateur indépendant, il signe plusieurs ouvrages pour la jeunesse et travaille régulièrement pour des magazines tels que, « La Salamandre ». Il publie en 2011 aux éditions de l’Oeuf Atomes Crochus puis, en 2012, Monstrueuse Cathy dans la collection BN des éditions Jarjille, qui sera suivi d’un second album, en grand format cette fois, mettant en scène le même personnage. En 2016, toujours chez Jarjille, paraissent Zoostrip et Pinard mon nectar puis, l’année suivante, c’est à La Boîte à Bulles que William publie son nouvel album Le Petit Mozart et maintenant en 2020, Le PETIT LÉONARD DE VINCI » et ça continue


Léonard De Vinci

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le vendredi 22 mars 2024

DANS LA SECTE, P. Henri, L. Alloing

Commentaire sur la bande dessinée de
PIERRE HENRI et LOUIS ALLOING


(Extrait : DANS LA SECTE, Pierre Henri. Illustrateur : Louis Alloing. La Boîte à bulles éditeur, 2005, 96 pages. Format numérique)

Dans la nuit, une jeune fille court afin d’attraper son train. Elle désire partir au plus vite. Mettre des kilomètres entre elle et cette secte où elle vient de passer plusieurs mois, éprouvants, éreintants. Dans la tranquillité du train qui file vers Paris, Marion se souvient de l’itinéraire qui l’a amenée jusqu’ici : publicitaire aux soirées aussi remplies que les jours, en rupture amoureuse et familiale, elle suit les conseils d’un ami qui lui propose de venir se ressourcer, s’épanouir grâce à des techniques scientifiques parfaitement éprouvées. Marion met, avec espoir, le doigt dans un engrenage – celui de l’Église de Scientologie – dont il lui faudra des années pour s’extirper entièrement.


Rescapée de la scientologie

DANS LA SECTE est un petit roman graphique, une bande dessinée d’une centaine de pages numériques dans laquelle une jeune fille, Marion, raconte son expérience dans la secte de la scientologie. Comment elle a été recrutée, puis embrigadée, comment elle a fini par en réchapper, non sans être tourmentée, harcelée, pour finalement être confrontée à un choix qui va la marquer.

C’est un petit livre-témoignage dénonciateur des abus et des arnaques des sectes. La secte visée dans ce petit livre est l’Église de la Scientologie qui regroupe différentes croyances, pratiques et applications douteuses réunies sous l’appellation dianétique, une trouvaille du très haut gourou Ron Hubbard. Plusieurs qualifient l’église de la Scientologie de secte, d’autres de religion ou d’autres encore de simple entreprise commerciale.

Je pense que c’est tout bon. L’Église de La Scientologie serait donc une religion sectaire à but lucratif, un des mouvements les plus controversés du XXe siècle à cause de la polémique sur ses méthodes de recrutement et d’embrigadement basées sur le lavage de cerveau et l’escroquerie.

Comme toute les victimes, Marion s’est enserrée dans la Scientologie qui rappelle un peu la toile d’araignée et ce en quatre étapes simples qui pourraient s’appliquer à toutes les sectes. 1) Une rencontre par hasard. Marion se confie sans qu’elle le sache à un adepte de la scientologie. Elle est amère, triste et en questionnement. *Comment éviter d’être utilisée, manipulée, meurtrie par les autres ? Comment ne pas se tromper sur la valeur des gens ? (Extrait)

2) Marion entre dans la secte qui s’applique à la valoriser, à l’encadrer et à lui offrir produits et services pour le développement de sa personnalité. *Le but de cette formation est de vous entraîner, en dominant votre ego à résister aux agressions verbales et aux tentatives d’intimidation, …pour vous affirmer dans votre rapport à l’autre ! Vous allez acquérir un tel pouvoir sur l’autre que vous pourrez le faire changer d’avis. * (Extrait)

3) L’embrigadement : Après la signature du fameux contrat qui lie Marion à la secte, apparitions de contraintes, d’interdits, l’obligation de travailler. La personnalité n’est plus développée, elle est écrasée.

4) La sortie. Un déclic poussera Marion vers la sortie non sans subir une arnaque qui va la marquer pour sa vie.

C’est une histoire vraie. Le prénom a été changé. C’est tout. C’est la première fois à ma connaissance que ce sujet est développé en bande dessinée. Ça lui confère une certaine originalité et ça pourrait mieux préparer les jeunes en particulier qui sont plus fragiles à ce genre d’influence. Faire passer ce type de message dans une BD devait relever du défi car les concepteurs doivent éviter surtout la moralisation que les jeunes en général ont en horreur.

C’est un bon petit livre…un livre-avertissement qui ne se contente pas de raconter le vécu d’une victime mais qui explique comment contourner les pièges dans des textes en préface et en postface. On y indique également des ressources d’aide pour les victimes d’embrigadement ainsi que des coordonnées utiles.

C’est un bon petit-livre graphique qui se lit vite. J’ai trouvé un peu agressants les graphismes en noir bleu et blanc, durs pour les yeux, en mode numérique en tout cas et ça m’a obligé à faire plusieurs pauses. Enfin, je m’attendais à quelque chose de plus dramatique.

Mais finalement, je crois que l’auteur a fait un bon choix en évitant le piège du spectacle et du misérabilisme. DANS LA SECTE est une histoire très simple de monsieur et madame Tout le monde qui ne voit pas toujours les nombreux pièges tendus par une société mue par le pouvoir et le lucre. Les sectes sont des pièges et particulièrement virulents encore. Un ouvrage à lire et à regarder.

Suggestion de lecture : LE GLAIVE DE DIEU, de Hervé Gagnon

Scénariste, dessinateur et coloriste, Pierre Henri, de son vrai nom Patrice Guillon (photo de gauche) débute sa carrière dans les années 1990 avec, entre autres « Mon Quotidien », un journal pour ados. Il atteint la notoriété en 2006 avec la secte, un récit témoignage sur la scientologie sous le pseudonyme de Pierre Henri (La boîte à bulles, prix de la BD citoyenne). Sur cette lancée, il co-scénarisera, avec sa fille, le Journal d’une bipolaire. 

Louis Alloing (à droite) a déjà une longue carrière d’illustrateur jeunesse, de publicité et de dessinateur BD derrière lui, notamment pour les publications du groupe Bayard. Sur scénario de Rodolphe, on lui doit notamment les 8 tomes de la série Les Moineaux. Impressionné par le récit que lui fait une amie publicitaire de son parcours dans une secte, il y voit le sujet idéal à la réalisation d’un roman graphique.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 28 janvier 2024

LES INDES FOURBES, roman graphique

Commentaire sur la BD de
ALAIN AYROLES et JUANJO GUARDINO

(Dessin extrait de : LES INDES FOURBES, scénario d’Alain Ayroles, dessins de Juanjo Guardino, Éditions Delcourt 2019. Formats papiers et numérique. Numérique pour la présente, 160 pages.)

 *Seigneur, je suis de Ségovie. Je vous épargnerais le récit de mes premières années et de la vie que je menai en Castille. Sachez simplement qu’elles furent placées sous le sceau de l’indigence, de la fourbe et de la friponnerie. En dépit de mes constants efforts, malgré des trésors d’astuce et des joyaux d’imagination, je ne parvins jamais à m’élever au-dessus de ma misérable condition. * (Extrait)

Fripouille sympathique, don Pablos de Ségovie fait le récit de ses aventures picaresques dans cette Amérique qu’on appelait encore les Indes au siècle d’or. Tour à tour misérable et richissime, adoré et conspué, ses tribulations le mèneront des bas-fonds aux palais, des pics de la Cordillère aux méandres de l’Amazone, jusqu’à ce lieu mythique du Nouveau Monde : l’Eldorado !

 

2020 – Prix des libraires de bande dessinée,
2020 – Prix BD Gest’ du meilleur récit court Europe, 2019 – Prix Landerneau, 2020 – Prix Le Parisien de la Bande dessinée

Flamboyant mariage
de la plume et du pinceau

Parmi les nombreuses légendes qui ont enrichi la littérature au fil des siècles, celle de l’Eldorado figure en bonne place. Je parle bien sûr de cette contrée mythique d’Amérique du sud qui supposément, regorge d’or et qui a conduit beaucoup d’hommes à la mort ou à la folie. Ce mythe remonte au XVIe siècle. L’Eldorado constitue la toile de fond d’une œuvre géniale d’Alain Ayroles et Juanjo Guarnido qui fait une entrée triomphale dans l’univers du 9e art, l’enrichissant avec un talent qui force l’admiration.

L’histoire se déroule pendant le siècle d’or espagnol, c’est-à-dire la période où le rayonnement culturel de la monarchie catholique espagnole atteint son apogée. L’histoire est celle d’un sympathique bon à rien, Don Pablos de Ségovie, paresseux, ratoureux, profiteur et qui, au fil du récit alterne entre l’extrême pauvreté et l’extrême richesse. Ce coquin de Pablo naviguera avec une simple carte à destination des Indes. C’est ainsi qu’on appelait l’Amérique du sud au XVIe siècle.

Le but est simple quoique pas facile à atteindre : Devenir riche en appliquant les lois paternelles, la deuxième loi en particulier : *Tu ne travailleras point*. C’est ainsi que Pablo vivra toute une série d’aventures rocambolesque. Au départ, jeté à la mer pour avoir triché aux cartes, réchappé sur une petite île et recueilli par des hommes noirs, il vivra toute une série de quiproquos qui l’amènera jusqu’à la cour d’Espagne.

La première chose qui m’a sauté aux yeux dans cette bande dessinée est l’extraordinaire richesse du graphisme. J’y ai décelé un grand souci du détail dans les traits et les jeux de couleurs. De plus, qu’une bande dessinée puisse m’émerveiller autant sur le plan graphique que sur le plan littéraire est un phénomène relativement rare. Même si LES INDES FOURBES est un récit à flash-backs, le fil conducteur de l’histoire est solide.

L’histoire comporte en effet toute une série de retours dans le temps ou si vous voulez, des allers-retours temporels. Ce type de développement donne parfois des récits compliqués et mêlants qui peuvent pousser au décrochage. Ici, l’auteur, Alain Ayroles maîtrise le développement de son histoire avec une remarquable habileté et la fait fondre en douceur dans les superbes aquarelles de Juanjo Guarnido.

Donc, nous avons ici une belle et grande aventure, pour ne pas dire une véritable fresque historique, d’un filou sympathique et attachant qui fait avaler des couleuvres aux esprits faibles en faisant le moins d’efforts possibles dans le but de devenir riche…sans rien faire, un rêve encore très actuel. Donc, pour se résumer : la BD comprend de l’humour, des revirements, des rebondissements, un peu de violence aussi mais tout à fait inévitable si on saisit bien la folie de l’Eldorado.

L’effet visuel est d’une beauté presqu’hypnotique et la synergie entre le récit et les dessins est parfaite. J’ai vu cette BD sur support numérique dans une excellente édition. C’est mieux sur papier toutefois car l’éditeur a publié le livre en grand format. On peut sans doute mieux apprécier toutes les subtilités graphiques. Je vous recommande chaleureusement LES INDES FOURBES. Ce fut pour moi un enchantement.



(Extrait : LES INDES FOURBES, dessin de Juanjo Guardino)

Suggestion de lecture : ABSCONCITÉS, par le dessinateur Klub

Alain Ayroles (à gauche sur la photo) est un scénariste français de bandes dessinées né en 1968. Il est auteur de deux séries publiées en parallèle chez Delcourt : GARULFO et DE CAPE ET DE CROCS. Juanjo Guardino est dessinateur de bandes dessinées et dessinateur chez Disney à Montreuil. Il a participé entre autres à la conception de plusieurs FANZINE et publié des illustrations pour les versions espagnoles des *comic books Marvel*

(photo : Éditions Delcourt 2020)

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 11 novembre 2023

 

ABSCONCITÉS, par le dessinateur Klub

Tordant

ABSCONCITÉS

Le noir et l’absurdité sur planches

Extrait du tome 4 des absconcités crées par le dessinateur KLUB. Bande dessinée publiée chez Rouquemoute éditeur. 85 pages. Format numérique pour la présente.

La série ABSCONCITÉS compile des dessins du dessinateur KLUB, à l’humour absurde et publiés dans PSIKOPAT, périodique libre et indépendant de bandes dessinées fondé par Carali au début des années 1980. Dans LES PETITS MIQUETS (blog BD du  Monde), Yves Frémiont définit les ABSCONCITÉS ainsi : *Humour noir, rosserie ravageuse et décomplexée.

Sens du titre choc : l’originalité de KLUB consiste à ne pas viser un évènement précis, un individu précis, un fait précis, mais à rester dans les problématiques générales, universelles, durables. Ses dessins tiennent dans le temps. Graphiquement, il reste dans un style tout public et revisite les lieux désormais communs à tous. Il joue sur les mots, prend les expressions au pied de la lettre et pratique le décalage à tous les degrés. Mais pour autant, il ne manque pas de moquer une société en effervescence pour ne pas dire en perdition.

Dans cette série, moi j’ai lu le livre deuxième : LA MORT. Il n’y a pas deux avis pareils sur un sujet aussi grave, sur une corde aussi sensible de la société. Ça fait peur parce que c’est de l’inconnu, la mort est inéluctable et souvent, les êtres chers nous précèdent. Personnellement, la mort ne m’empêche pas de vivre. Je sais qu’un jour, elle viendra me chercher. Je ne la provoque pas et je préfère me joindre à KLUB pour en rire.

Si je reviens à la bande dessinée, il faut l’aborder avec ouverture d’esprit et pourquoi pas, avec humour. Ça peut sembler noir mais les planches de KLUB ont provoqué chez moi de nombreuses séquences de fou rire. Humour jubilatoire, spontané, instantané, décalé, insolent. Il m’est arrivé d’avoir envie de rire dans un salon funéraire. Je me suis toujours retenu bien sûr mais ici, je vous suggère simplement de vous laisser aller. Je crois qu’il est impossible de parcourir les dessins et de ne pas rire.

Le rire sera aussi au rendez-vous je crois bien pour les autres livres de la série parcourue d’un bout à l’autre d’un humour insolent, magnétique voire surprenant. À essayer. Moi j’ai passé un moment très spécial avec les ABSCONCITÉS.

——-

 Visitez le blog de KLUB. Je crois que vous ne serez pas déçu. Cliquez ici.

Suggestion de lecture : CAPITAINE STATIC, d’Alain Bergeron et Sampar

Amusez-vous bien
Claude Lambert
le dimanche 18 juin 2023

 

ASTÉRIX LE GAULOIS / ASTÉRIX LA SERPE D’OR

Astérix, la bd audio

D’après René Goscinny et Albert Uderzo

*Par tous les dieux! Que vous est-il arrivé à tous les quatre ? Avez-vous été attaqués par une force supérieure en nombre ? Supérieure en nombre…on peut pas dire…il était…eeuuh…un et pas bien gros avec ça…*
(Extrait : ASTÉRIX LE GAULOIS, ASTÉRIX LA BD AUDIO, d’après René Goscinny et Albert Uderzo, Audiolib éditeur, 2019. Durée d’écoute, 1 heure 20 min.)

Avec les voix de Jean-Claude Donda, Guillaume Briat, Bernard Alane, Feodor Atkine, Emmanuel Curtil et Benjamin Bollen. Raconté par Dominique Pinon.

À l’occasion du 60e anniversaire du plus célèbre des Gaulois, retrouvez les deux premières aventures d’Astérix dans une création sonore exceptionnelle et irrésistible, fidèle aux albums originaux ! Musiques et bruitages inédits accompagnent les voix de 7 comédiens d’envergure.
Astérix le Gaulois : Panoramix est enlevé par les Romains, qui veulent lui soutirer le secret de la potion magique ! Astérix part à son secours.
Astérix – La serpe d’or : Astérix et Obélix se rendent à Lutèce pour acheter une serpe d’or à leur ami le druide mais le fabricant de serpes, Amérix, a disparu.

Un nouveau support
*Nous allons rattraper l’arverne sur la route
de Gergovie. Bon. Il ne doit pas être loin. Et
à pied on va aussi vite que les bœufs…-Bien sûr
les bœufs sont à pied eux aussi…*
(Extrait)

Voilà donc les deux premiers épisodes des aventures d’Astérix adaptées au support audio et je sais que les deux suivants sont déjà disponibles : ASTÉRIX GLADIATEUR et LE TOUR DE GAULE D’ASTÉRIX. C’est une bonne nouvelle car ce que j’ai entendu constitue une assez bonne adaptation des BD de René Goscinny et Albert Uderzo. Les acteurs y ont mis du cœur et offrent, je crois un bon spectacle…du cinéma d’animation…sans image. J’ai apprécié la prestation. Toutefois, j’ai trouvé ça court. Chaque épisode dure un peu plus d’une demi-heure.

Le seul film original d’ASTÉRIX LE GAULOIS dure 70 minutes. Après une dizaine de minutes d’écoute du format audio, j’ai l’impression que quelque chose m’échappe…des détails, des dialogues et ce petit quelque chose d’indéfinissable que seul le dessinateur Albert Uderzo peut mettre en évidence. Je ne pouvais pas m’enlever de la tête la bande dessinée. Je crois, et c’est très personnel que le livre audio ne détrônera jamais la bande dessinée. Toutefois ça n’enlève rien à la qualité de la production que j’ai écoutée et je crois que, comme je l’évoque dans le titre, la collection est prometteuse.

On reconnaît tout de même dans cette production l’esprit des auteurs. Il imprègne assez bien les dialogues. Peut-être pas tout à fait comme ce à quoi nous a habitué Dargaud, mais il y a un bel effort. J’aimerais noter au passage qu’Astérix est un de mes personnages préférés. J’ai lu tous ses albums, vu tous ses films.

Il est probablement normal qu’un auditeur du troisième âge qui écoute un livre audio d’Astérix ait une certaine nostalgie de la bande dessinée. Mais ce qui est plus important est que la production audio pourrait permettre aux enfants et premiers lecteurs à faire connaissance, sans aucun avant-goût avec les personnages principaux de la bande dessinée européenne la plus vendue dans le monde, soit près de 400 millions d’exemplaires cumulés en cent onze langues. Et c’est sans compter sur cette espèce d’amitié qui lie le Québec à Astérix.

Donc, l’idée d’une production audio est excellente et davantage l’idée d’en faire une série. Je souhaite toutefois, comme évoqué plus haut que les épisodes soient enrichis, bonifiés et traduisent davantage, si la chose est possible cette forme d’humour spontané à laquelle René Goscinny nous a habitué. Je crois que c’est un beau défi à relever et avec ce que j’ai entendu des deux premiers épisodes, je n’ai aucun doute sur la capacité des comédiens à tendre vers cet objectif. Je suis content de ce premier opus. C’est du beau travail. Ça ne mettra jamais la bande dessinée dans l’ombre mais ça pourrait la compléter d’une magnifique façon.

Le point le plus important sinon le plus positif est que le premier lectorat adopte le livre audio qui, à son tour développera le goût des jeunes pour la lecture.

Jeunes et moins jeunes trouveront réunies toutes les caractéristiques d’un *cinéma audio* : musique, bruitage, effets sonores de bagarres et les dialogues assurés par des comédiens chevronnés sans compter le talent du maître narrateur Dominique Pinon. La qualité audio est excellente. Les enfants pourraient y prendre goût dès l’âge de 7 ans. Ça les fera sourire c’est certain.

René Goscinny (1926-1977) (à gauche) a marqué l’histoire de la bande dessinée européenne. Tous albums et livres confondus, ses œuvres se sont vendues à 500 millions d’exemplaires. Lorsque Goscinny meurt, Uderzo (à droite) décide de continuer seul Astérix,. Ses albums, au fur et à mesure des sorties, seront de plus en plus critiqués, et son dernier, Le Ciel lui tombe sur la tête, brisant volontairement et avec une certaine désinvolture les codes de la série, recevra une avalanche de commentaires négatifs.

Uderzo signera tout de même en 2009 un dernier volume, considéré comme meilleur, qui est en réalité un hors-série pour fêter les cinquante ans d’Astérix : L’Anniversaire d’Astérix et Obélix – Le Livre d’or, avant de confier Astérix à Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. Pour plus d’infos sur Goscinny, cliquez ici. Pour plus d’infos sur Uderzo, cliquez ici.

Suggestion de lecture : RENÉ GOSCINNY RACONTE LES SECRETS D’ASTÉRIX

Écoutez la suite…

BONNE ÉCOUTE

Claude Lambert

LE PETIT MOZART, la BD de William Augel

*-Bimperl, ne touche pas à cette trompette.
Ce n’est pas parce qu’elle fait un bruit de pet
que tu as le droit de renifler ses fesses.*
(Extrait : LE PETIT MOZART, William Augel,
La Boîte à bulles éditeur, 2019, BD en format
numérique, 50 pages)

Pour l’instant connu sous le sobriquet de Wolferl, le petit Wolgang Amadeus Mozart ne vit que pour la musique. Et il sait déjà l’apprécier sous toutes ses formes, même les plus inattendues ! Le jeune virtuose cherche — et trouve ! — l’inspiration partout où elle se cache, jusque dans les cris de Nannerl, sa soeur… Qu’elles proviennent des oiseaux ou des grillons, toute note est bonne à prendre, car pour ce génie en herbe, tout n’est que musique ! De l’Autriche à l’Angleterre, en passant par la France, notre petit Wolgang, bien que promis à la postérité, n’est pas encore mûr pour garder ses réflexions pour lui et ce, pour notre plus grand plaisir !

Génie en devenir
*…-‘LE BAVON DE LA QUEUE DE COCHON’ ? –C’est
quoi cette nouvelle signature sur ta partition?
C’est mon nouveau pseudonyme. Génial hein?
Amadeus, c’est un peu prétentieux.*
(Extrait)

LE PETIT MOZART est un adorable petit livre proposant un récit humoristique sur l’enfance du célèbre compositeur Wolfgang Amadeus Mozart. Dans le récit, on l’appelle Wolferl. C’est un enfant. Ce n’est pas encore un génie mais on sent que la graine va germer et produire un des fruits les plus appréciés du monde.

Entre temps, le petit Wolferl développe une passion pour la musique qu’il sait déjà écrire. Il joue du clavecin. Il a même terminé son premier menuet. Il est très intelligent, a une répartie spontanée. Et surtout, il est drôle. Dans cette trop courte mais savoureuse BD, William augel, auteur-concepteur-dessinateur, nous raconte ce qu’il imagine comme le quotidien du petit Mozart : sa famille, son clavecin et son violon.

Il ne faut pas oublier non plus ses petits concerts et une incroyable quantité de situations drôles, rigolotes qui s’enchaînent à la queue leu leu comme sur une feuille de musique. Wolferl n’a pas vraiment de vie sociale dans le sens qu’on lui donne aujourd’hui. Sa société, c’est la musique dont l’enrichissement à l’échelle universelle n’est plus qu’une question de temps.

En lisant cette petite bande dessinée, j’ai beaucoup ri et je me suis senti aussi attendri à cause de l’amour qui se dégage du récit et de la pétillante personnalité de Wolferl. Ma lecture ma aussi rappelé des souvenirs de mon enfance  car la bande dessinée est présentée un peu comme ce que j’appelais les *Comics* qui étaient publiés en planches simples dans les quotidiens de l’époque.

Tous les jours, j’allais dans les dernières pages du Nouvelliste pour voir Henri, Philomène, Mandrake, etc  évoluer quotidiennement dans un bref strips. On appelle une série de quatre ou cinq cases dessinées et disposées horizontalement un strip. Certains de ces strips racontent une histoire à suivre, mais plusieurs, comme dans le petit Mozart, se concluent dans une seule et même série.

C’est ce que la presse bédéiste appelle un *gag indépendant*. C’est sûrement la forme la plus exigeante pour un auteur-dessinateur car sa petite série de cases doit être conclue intelligemment et avec humour à la quatrième ou cinquième case. À ce titre, je considère William Augel comme un virtuose.

Ce petit opus est plein de bonne idées, des situations très cocasses, inattendues et surprenantes. Au-delà du génie, de l’intelligence supérieure et de la virtuosité, le petit garçon est attachant et fort sympathique. Ce livret est une magnifique façon non seulement d’introduire les enfants à la lecture mais aussi les introduire au panthéon des personnages célèbres.

Toutefois, si vous proposez cette BD à un enfant, je vous suggère de faire une petite recherche afin d’expliquer à l’enfant qui était Mozart et comme il serait intéressant de voir de quoi il avait l’air quand il était enfant.

Ça aurait été une bonne idée d’inclure en introduction un petit texte en ce sens, destinés aux parents parce que beaucoup d’entre eux aime raconter des histoires. Mais je ne considère pas cette absence comme une faiblesse. Le petit Mozart m’a diverti au-delà de toute attente.

Donc offrir LE PETIT MOZART à un enfant est une bonne idée. Pour l’adulte que je suis, c’est définitivement trop court. Mais pour les jeunes lecteurs, 48 pages, c’est juste parfait, insuffisant pour se décourager et le thème développé plait généralement aux enfants, C’est comme une introduction toute en douceur et en humour dans le monde de la musique. J’ai trouvé ça génial.

Suggestion de lecture : LE VILLAGE, de Karl Olsberg

 

William Augel est né au Mans, en 1973. Dessinateur et illustrateur indépendant, il signe plusieurs ouvrages à destination de la jeunesse et travaille régulièrement pour des magazines tels que, par exemple, « La Salamandre ». Il publie en 2011 Atomes Crochus puis, en 2012, Monstrueuse Cathy dans la collection BN des éditions Jarjille, qui sera suivi d’un second album, en grand format cette fois, mettant en scène le même personnage. En 2016, paraissent Zoostrip et Pinard mon nectar puis, l’année suivante,  Le Petit Mozart.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 2 octobre 2022

LES MONDES CACHÉS, bandes dessinées

Commentaire sur la série en bd de
DENIS-PIERRE FILIPPI et SILVIO CAMBONI

Réalisant que la magie ne peut tout résoudre, Grégoire a décidé de ne plus faire usage de ses pouvoirs. Mais lorsque son amie Itsuki disparaît au sein du mystérieux Arbre-Forêt, il s’élance sans hésitation à sa poursuite. S’ensuit une haletante course contre le temps qui l’entraine au plus profond d’un monde merveilleux et sauvage. La quête de Grégoire s’étend sur trois tomes : 1 : L’ARBRE FORÊT, 2 : LA CONFRÉRIE SECRÈTE, 3 : LE MAÏTRE DES CRAIES.

Ci-bas, extrait de LES MODES CACHÉS, tome 2, LA CONFRÉRIE SECRÈTE de Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni. Les Humanoïdes associés éditeur, 2016. Le tome 1 est sorti en 2015 et le tome 3 en 2019. Édition de papier, 46 pages. Aussi disponible en numérique. Coloristes : Joëlle Comtois (tomes 2 et 3) Chantal Boudreau, Jessica Bodart, Valérie Martineau (tome 2) Yvan Gaspard (tome 1).

 
Plus fort que la magie

Eh oui ! C’est, pour moi, une nouvelle incursion dans l’univers de la bande dessinée et ma foi, j’ai l’impression d’y prendre goût. J’ai observé quand même attentivement son évolution depuis mon enfance. L’enrichissement de ce genre littéraire s’est fait plus rapidement que pour les autres. Explosion de talents, autant que de couleurs. Cette fois, je me suis intéressé à une œuvre de Denis-Pierre Filippi et Sylvio Camboni, les créateurs de Gargouilles. Il s’agit de LES MONDES CACHÉS qui raconte l’histoire d’un jeune mage : Grégoire. Ceux qui ont suivi Gargouilles connaissent bien Grégoire.

C’était encore un enfant quand il a été admis mage dans sa dernière aventure au royaume de Gargouilles. Aujourd’hui, dans LES MONDES CACHÉS, Grégoire est un ado. Et il est de retour dans son p’tit monde ordinaire. Enfin, façon de parler. Pour une vie ordinaire, Grégoire accepte de renoncer à ses pouvoirs. Mais la donne change quand son ami Itsuki disparaît dans l’arbre-forêt. La quête de Grégoire comportera beaucoup de danger.

Dans le tome 2, LA CONFRÉRIE SECRÈTE, Grégoire travaille à protéger les mondes merveilleux de l’hostilité des hommes et empêcher la magie de prendre le pas sur la réalité. Dans le tome 3, Grégoire retrouve sa cousine Edna. Ils se retrouvent malgré eux dans le monde caché, happé par un dessin. Ils en reviendront avec une magnifique surprise.

Depuis ce jour où il est devenu mage, Grégoire est garant de la bonne cohabitation entre le monde des hommes et celui des créatures magiques. Il est le gardien des mondes cachés. Cette mignonne petite série m’a beaucoup plus.

En fait, le seul petit reproche que je peux faire est que Grégoire fait montre d’une sagesse qui n’est pas compatible avec son âge. Mais les auteurs ont pris soin de rendre le pétillant jeune homme sympathique et attachant.

Cette série m’a surpris par la qualité de ses graphismes. On dirait que la créativité crayonnée a pris le pas sur la facilité informatique. Chapeau aux coloristes qui ont donné à leurs planches un indéniable petit caractère magnétique qui fait évoluer Grégoire et ses amis dans un monde pastel qui rend la lecture confortable et attirante.

Quoique le travail soit abouti, j’aurais souhaité plus de détails sur Edna et une plus lente évolution des personnages dans le monde du dessin. Quoiqu’il en soit, LES MONDES CACHÉS constituent une suite évolutive de GARGOUILLES, un peu plus mûre alors que le personnage principal se dirige allègrement vers l’âge adulte, tout en gardant une bonne nature et une générosité toute naturelle.

Le texte est de nature à amener les jeunes lecteurs/lectrices à se poser des questions. Par exemple pourquoi Grégoire renoncerait-il à la magie. Que ferions-nous à sa place. Ce texte véhicule de belles valeurs comme l’empathie, l’amitié et même l’esprit de famille.

Je ne peux pas dire que le récit tranche par son originalité, son thème étant très récurent mais j’ai été séduit par la présentation, la fluidité de la plume, l’imagination des auteurs et la qualité du graphisme.

Dans LE MAÎTRE des craies, tout semble en place pour une suite…Je suis curieux de voir ce que réserve la vie à Grégoire et ses amis. J’ai passé plus qu’un beau moment de lecture, ce fut pour moi un beau moment d’évasion.

Suggestion d’écoute : ASTÉRIX LA BD AUDIO, d’après René Goscinny et Albert Uderzo

Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni lors d’une entrevue vidéo sur leurs albums mettant en scène les personnages de Disney dont Mickey bien sûr. Nourri très tôt au Spirou, Denis-Pierre Filippi (photo à droite) est l’auteur-scénariste. Il excelle dans les scénarios où une pointe d’imaginaire vient enchanter le récit. Il trouve sa place aussi bien dans des récits pour la jeunesse, que dans l’érotisme, dans les histoires de marins que dans celles de policiers, dans le thriller que dans le fantastique…

Silvio Camboni (photo à gauche) naît le 4 septembre 1967 à Santadi en Italie. C’est le dessinateur. Dès 1989, il collabore sur plusieurs films de Walt Disney dont Mickey, Monster Allergy… En 1998, Silvio Camboni fonde la « Sardinian School », l’école de bande dessinées de Caglieri, dans laquelle il enseigne la BD et l’illustration. En 2001, il reçoit le prix de la revue Fumo di China, dans la catégorie BD d’humour, jeunes auteurs. 

 Quelques BD de Filippi-Camboni


NOTE : ne pas confondre GARGOUILLES qui sont des personnages créés par Filippi et Camboni et GARGOUILLE (sans *s*), un personnage de BD créé par le québécois Tristan Demers.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 5 juin 2022