STEEL BROTHERS

livre 1, CHÂTIMENT

Commentaire sur le livre de
MANON DONALDSON

<Il fait si noir autour de moi. Je suis tapie dans l’ombre et j’attends. Je n’entends que mon pouls battre à mes tempes. La main devant la bouche, j’essaie de respirer sans laisser échapper le moindre bruit susceptible de me trahir. Je sais à présent qui il est… J’ai passé sept ans à le traquer sans relâche pour mieux comprendre, et maintenant que je touche enfin au but, je suis cachée dans un minuscule cagibi, terrorisée. J’aurais dû les écouter, j’aurais dû abandonner. Je suis maintenant prise au piège, et cette nuit est probablement ma dernière.>

Extrait : STEEL BROTHERS T1, LE CHÂTIMENT, Manon Donaldson, Black Ink éditeur, 2018, 496 pages. Version audio : Audible Studios éditeur, 2019, durée d’écoute : 16 heures 35 minutes. Narratrice, Arianne Brousse.

Quand Evelynn, adolescente de 14 ans, découvre sa famille massacrée, son traumatisme se transforme en haine qui alimente son désir de vengeance. Evelynn devient Ivy. 7 ans après le drame, elle réussit à s’infiltrer et à se faire accepter par les Steel Brothers, gang de bikers aux mœurs peu recommandables.

Ils sont responsables de la mort de sa famille, ils doivent payer, et Ivy a mis sur pied un plan infaillible. À leur tête, le ténébreux Dante pourrait bien tout remettre en question. Dangereux, sans foi ni loi, le puissant chef de gang va tenir un rôle inattendu.

Ivy pourra-t-elle jouer cette partie dont elle ne connaît pas toutes les règles ?

 

Une plume à subjuguer

C’est un ouvrage à tension élevée dont le ton et le rythme forcent l’attention. Le sujet est simple : une ado appelée Evelynn découvre sa famille massacrée. Une fois développée la question de savoir pourquoi elle a échappé à l’hécatombe, son traumatisme se transforme en une insatiable soif de vengeance. Les Steel Brothers, des motards criminalisés seraient responsables de cette tuerie.

Son plan est d’infiltrer les Steels, découvrir la vérité, identifier le ou les tueurs et d’exercer une implacable vengeance. Simple le plan ? Pas tant que ça.

LE CHÂTIMENT est le premier tome d’une trilogie. C’est avant tout une histoire de vengeance assortie d’alliances, d’aventures sentimentales et sexuelles et où la mort est omniprésente. Le lecteur est balloté je dois dire de rebondissement, en fausse piste, en revirement. Au cœur de l’intrigue : traîtrise, guerre de motards, infiltration, règlements de compte et des découvertes étranges qui n’ont pas fini de surprendre Evelyne devenue Ivy, mue par l’obsession de la vengeance.

C’est un roman puissant. Sa première force est son personnage principal, Ivy que l’auteur a doté d’une trempe et d’une audace extraordinaires et attachante au point que le lecteur est poussé à l’empathie pour elle. Je suis toujours sensible à l’attraction d’un personnage approfondi et bien travaillé.

Autre force, l’histoire évolue dans le monde des *bikers* avec lequel l’auteure nous familiarise non sans une retenue recherchée. C’est violent sans être excessif. Aussi, les revirements rythment le récit. L’auteure réserve de nombreuses surprises bien réparties dans l’évolution du récit. Pas de temps morts, pas de longueur et malgré la violence, l’histoire est porteuse d’émotions, particulièrement dans la finale que je n’aurais du reste jamais pu prévoir.

C’est bien fait, bien écrit et bien pensé. L’auteure m’a amené exactement là où elle voulait et ne m’a pas ménagé. Les personnages ne sont jamais ceux qu’on pense. Je me suis senti agréablement brassé et si vous êtes comme moi, vous vous accrocherez au personnage central, une tête dure comme j’en ai rarement vu. Soit dit en passant, j’ai adoré la performance de la narratrice Arianne Brousse dans la version audio.

Enfin, l’auteure a savamment mis en place tous les éléments nécessaires pour la suite. Je recommande donc STEEL BROTHERS 1, le Châtiment. Pas d’erreur, ça décoiffe.

Suggestion de lecture :  POUR SEUL REFUGE, de Vincent Ortis


L’auteure Manon Donaldson

LA SUITE

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le dimanche 23 mars 2025

NOA, de Marc Levy

*La cupidité est une tare que l’on peut pardonner, mais trahir son pays pour de l’argent, c’est un acte inacceptable. Le XXIe siècle est l’histoire de la victoire progressive de la démocratie sur les idéologies fascistes, communistes et nationalistes, le XXIe siècle est l’histoire inverse. *

Extrait : NOA, de Marc Levy. Versions papier et numérique:  Robert Laffont/Versilio éditeur, 2022, 367 et 332 pages.  Version audio : Lizzie éditeur, 2022, durée d’écoute : 7 heures 43 minutes. Narratrices : Audrey Sourdive et Marie Bouvier.

9 hackers combattent un dictateur.

Des vies sont en danger.

Une reporter d’investigation va s’infiltrer en terrain ennemi.

Le temps est compté.

Le Groupe 9, plus uni que jamais, repart en mission.

L’avenir de tout un peuple est en jeu.

Le pouvoir du hacking

NOA est un drame d’espionnage extrêmement bien ajusté à la réalité géopolitique des années 2021-22 et 23. Peut-être même trop selon une partie de la masse critique. Mais moi, j’ai passé un bon moment.

Une entité que je vous laisse découvrir, crée un groupe de 9 hackers qui doivent s’infiltrer dans un vaste complot international visant à détruire les démocraties. Le tout premier membre recruté fut une femme appelée NOA. La mission des 9 : utiliser leur génie technologique pour empêcher les russes d’arriver à leur fin.

Dans ce troisième tome, les 9 veulent protéger un reporter d’investigation infiltré en Biélorussie où le dictateur Loutchine met le pays à feu et à sang pour s’enrichir, foulant du pied le moindre droit humain.

Pas besoin d’être sorcier pour deviner que Loutchine est en fait le nom compressé de deux despotes tristement célèbres : Loutchenko, dictateur biélorusse et Poutine président de la fédération de Russie.

Même si le roman a été écrit avant l’invasion de l’Ukraine, le récit fait référence à des évènements qui ont fragilisé le monde, mettant à mal, l’équilibre géopolitique, la liberté de la Presse, les droits de la personne.

Dans ce roman aux multiples facettes, ce n’est pas l’action qui manque et elle se déroule partout dans le monde. Toutes les recettes du genre sont réunies : dessein hégémonique, meurtres à glacer le sang, énigmes, poursuites sans oublier ce qui fait la grande force du récit : une incroyable technologie de pointe dans laquelle se déploient les génies du piratage.

C’est riche en rebondissements, en revirement, en action, en vitesse et en trouvailles de toutes sortes. C’est un récit électrique qui se dévore et qui n’est pas sans rappeler les grands *James Bond* du cinéma.

Les petites faiblesses maintenant… la principale n’est pas forcément une faiblesse. Ça dépend de vos attentes et de la perception que vous avez eue des deux premiers tomes.

Ici, Marc Levy nous rapproche beaucoup trop d’une réalité alors qu’habituellement, il nous en éloigne. J’avais parfois l’impression de lire un grand reportage. Moins romanesque, plus réaliste. Moi ça m’a plu.

Il y a beaucoup de personnages. La galerie est même imposante. Il est facile de s’y perdre. Je note aussi dans la série un certain essoufflement…quelques idées qui s’étirent ou se répètent. Enfin toute bonne chose a une fin. De toutes façons, ça n’arrêtera pas les inconditionnels des nouvelles technologies.

J’ai trouvé fascinant le déploiement d’imagination dont l’auteur a fait preuve dans cette histoire. C’est un livre qui fait beaucoup réfléchir sur les effets de l’hégémonie, les droits humains et sur la valeur de la vie humaine…des grands principes dont les besoins de domination et de pouvoir ne s’encombrent pas tellement.

Une très bonne lecture.

Suggestion de lecture : LE CRÉPUSCULE DES DIEUX, de Stéphane Przybylki


L’auteur Marc Levy

Autres livres de Marc Levy

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 15 mars 2025

MALFOSSE

Commentaire sur le
collectif audio multicast

Lugubre…opaque…captivant

Entre 1948 et 1949, dans un petit village français, des meurtres d’une rare violence ont été commis. 70 ans plus tard, cette affaire reste un mystère. Thomas Loreau, chroniqueur judiciaire, compte la résoudre et partage ses recherches sur les réseaux sociaux. Après un an de travail méticuleux, il décide de se rendre enfin au village de Malfosse pour élucider le mystère.

Version audio : Audible originals éditeur, durée d’écoute : 5 heures 41 minutes.

Une série sonore audio en 13 épisodes.

Épisode 1
Un chroniqueur judiciaire, Thomas Loreau, débarque à Malfosse pour tenter d’éclaircir un épais mystère
Épisode 2
Le cadavre de Thomas Loreau est retrouvé dans la forêt, des symboles païens sont gravés sur son corps et sa tête a été coupée. La chroniqueuse judiciaire Anna Gélis décide de mener une enquête parallèle
Épisode 3
Franck Beaumont et David Chalmer assistent à l’autopsie du corps de Thomas Loreau. Lors de leur visite ils croisent une célèbre profileuse et essayent de dresser le portrait psychologique du tueur.
Épisode 4
Anna Gélis s’intéresse de près à l’écrivain et philosophe Bernard Cloisot, qui habite depuis peu Malfosse. Collectionneur de livres anciens dont un fameux exemplaire du manuel d’invocation satanique, il partage sa terrible histoire qui débute à Venise en 1666.
Épisode 5
Juillet 1947. Jeanne Gaillard (42 ans), mère de 4 enfants, accusée de sorcellerie et de propagation de paganisme, la jeune voit s’ouvrir un procès dont l’issue semble s’annoncer abominable.
Épisode 6
Beaumont et Chalmer interrogent les derniers habitants de Malfosse en les réunissant tous ensemble dans une seule et même pièce. De lourds secrets ne tardent pas à se révéler.
Épisode 7
Le folkloriste Patrick Baud, s’intéresse à Nathaniel Huntingdon. Personnage étrange débarqué à Malfosse en 1669. Depuis lors d’étranges événements y surviennent par la suite tous les 70 ans.
Épisode 8
L’enquêteur Chalmer apprend que le lieu du rituel final ne sera pas choisi par hasard. En parallèle, Franck Beaumont découvre dans l’église et le cimetière quelque chose de suspect.
Épisode 9
Enquête sur les meurtres. De nouveaux suspects apparaissent dont un livre, un terrible secret gardé depuis 70 ans.
Épisode 10
Le tueur décide de commencer son rituel afin de changer le monde de demain. Il adresse un message aux internautes…
Épisode 11
Mars 1949, Lucien Morin est jugé pour les 6 meurtres de Malfosse. Acte de barbarie, actes de violence, etc. Mais est-il vraiment coupable ?
Épisode 12
Dans le château qui domine le hameau de Malfosse, un passage secret est découvert. Il mène dans une salle où est exposée l’horrible reconstitution d’un corps hybride. Une traque s’organise
Épisode 13
Franck Beaumont comprend tout et décide de rencontrer la seule personne qui à Malfosse sait tout. Il découvre alors l’identité des trois meurtriers mais surtout la triste histoire qui les lient entre eux…

Auteurs : Patrick Baud, Christian Carayon, Jérôme Camut, Cédric Sire, Elise Costa, Ingrid Desjours, Nathalie Hug, Sophie Loubière, Anne-Sophie Martin, Gipsy Paladini, Laurent Scalese, Franck Thilliez.

Comédiens et comédiennes : Cyrille Artaux, Patrick Baud, Nathalie Bleynie, Bernard Bollet, Jean-Paul Bordes, Mathieu Buscatto, Pascal Casanova, Philippe Catoire, Georges Caudron, Frédéric Cerdal, Guy Chapellier, Catherine Davenier, Hubert Drac, Michel Dupuis, Bernard Gabay, Yvan Garouel, Amaury Guilley, Jochen Hägele, Peter Hudson, Odile Jacqmin, Morgan Jacqmin, Mathias Kozlowski, Margaux Laplace, Virginie Ledieu, Christophe Lemoine, Charlie Lenormand, Gilbert Levy, Sophie Loubiere, Damien Maric, Marie Martine, Anne Rochant, Philippe Roullier, Odile Schmitt, Julien Sibre, Audrey Sourdive, Barbara Tissier, Vincent Violette.

3 années, 3 affaires, 3 meurtriers

 

C’est une histoire étrange, glauque. La production est omni sonore avec voix, effets sonores, bruits d’atmosphère, musique. Il y a au moins un point en commun dans ces 13 épisodes, l’atmosphère est lourde de mystère et m’a rappelé un peu ma lecture de L’EXORCISTE de William Peter Blatty ou mon visionnement de DAMIEN LA MALÉDICTION de Richard Donner (novellisé en anglais). L’atmosphère et le jeu des acteurs sont ce qu’il y a de plus réussi dans l’œuvre. Pour ce qui est de l’histoire…eh bien…c’est une autre histoire.

L’œuvre évoque l’obscurantisme si longtemps entretenu par l’église avec ce que ça comporte d’hérésie, de chasse aux sorcières et d’inquisition. Dans MALFOSSE, on parle de démonologie, de messes noires, d’invocation du démon. Bref, on parle du mal. Rien de neuf. Il y a beaucoup d’irritants : en particulier des sauts temporels qui m’ont donné le vertige, de brusques changements de rythme, un fil conducteur déficient laissant à entendre que les auteurs ne se sont pas entendus entre eux. Les chapitres sont disparates, inégaux en longueur et en intensité comme un enchaînement de nouvelles différentes mais qui parlent de la même chose.

Enfin, j’aurais souhaité qu’Audible présente la série en un seul livre et en respectant la chronologie au lieu de télécharger chaque épisode et de repérer l’ordre de ces épisodes à chaque fois qu’on veut en écouter un. Je n’ai pas compris l’ordre dans lequel les épisodes sont inscrits. La présentation éditoriale est bâclée et ne prête pas, dans l’ensemble, à une présentation satisfaisante.

Les acteurs m’on tenu dans le coup. Leur jeu, parfois impressionnant mais sans jamais tomber dans l’excès a donné à l’ensemble un petit quelque chose d’immersif.  Voix et expression agréables. Autrement dit, ils ont sauvé les meubles. Pour le reste, ou bien quelque chose m’a échappé dans le concept ou bien le concepteur devrait refaire ses devoirs. C’est dommage car le premier épisode était prometteur et la finale, intéressante…improbable. Au final, je crois que le jeu des acteurs vaut l’écoute.

Suggestion de lecture : L’Exorciste, de William Peter Blatty

Deux des auteurs participants

                                   Frank Thilliez                                     Patrick Baud

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 24 novembre 2024

 

 

 

MAFIA INC.

Grandeur et misère du clan sicilien au Québec

Commentaire sur le livre d’ANDRÉ CÉDILOT ET ANDRÉ NOËL

*L’écoute électronique étalait au grand jour les graves dissentions entre mafiosis calabrais et siciliens. Ces révélations connurent un dénouement sanglant alors qu’éclata une série de règlements de compte qui culminèrent avec l’exécution spectaculaire en janvier 1978 de Paolo Violi. *

(Extrait : MAFIA INC. André Cédilot et André Noël, version audio, Vues et voix éditeur. À l’origine, Les Éditions de l’Homme, 2020. Durée d’écoute : 20 heures 51 minutes. Narrateur : Marco Calliari)

Montréal, 1978. Alors que survient l’assassinat du parrain calabrais Paolo Violi, nul ne devine l’ampleur de la «machine» mafieuse qui se cache derrière ce meurtre. Pour le clan adverse des Siciliens, c’est le début d’une épopée qui va durer plus de 30 ans. Après avoir échappé à la justice pendant des décennies, les chefs mafieux Nicolò et Vito Rizzuto sont arrêtés et condamnés au milieu des années 2000, l’un à Montréal et l’autre aux États-Unis. Or, dans le cœur du clan sicilien, frappé d’une série de meurtres stratégiques, la débandade continue.

UNE GRANDEUR QUI FINIT EN MISÈRE

C’est le fameux livre qui a inspiré le film éponyme qui a connu une notoriété intéressante. En effet, MAFIA INC. réalisé par Daniel Grou a été présenté en première au Festival international du film de Sao Paulo en 2019.

C’est un documentaire qui raconte comment deux parrains montréalais ont bâti, par la corruption et la violence un empire comptant parmi les plus puissants du crime organisé en Amérique du Nord. Tous les grands noms y passent : les Violi, Cotroni, Rizzuto, Lo Presti, Cuntrera et autres.

Les auteurs expliquent aussi les ramifications de la Mafia québécoise avec celle des États-Unis. Là aussi, les grands noms de la Cosa nostra y passent : les Genovese, Lucky Luciano, Capone, Maranzano, Anastasia et autres. J’avais au départ, une certaine connaissance de ces noms grâce au film de Terence Young sorti en 1972, COSA NOSTRA, LE DOSSIER VALACHI.

J’ai choisi la version audio mais j’ai trouvé ça long et redondant parce qu’en fait, le livre est un enchaînement de variations sur le même thème : meurtres, carnage, règlements de compte, guerres de gangs, vengeances, corruption, blanchiment d’argent, drogues, prostitution, paris et jeux et j’en passe…tout ça au nom du pouvoir, du contrôle, de l’enrichissement, sans oublier le Code d’Honneur, la famille et bien sûr l’omerta, à l’origine de temps de morts.

J’ai trouvé l’écoute ardue. Il y a tellement de personnages qu’on s’y perd. J’aurais souhaité un style un peu plus télégraphique avec moins de noms secondaires. La chronologie à la fin est une bonne idée. Outre le fait que le livre passe de manœuvre mafieuse en manœuvre mafieuse, je retiens de l’œuvre que dès qu’un mafioso est éliminé, il est remplacé, simplement. Le recrutement ne semble pas posé de problème. La roue tourne et le Québec n’échappe pas à cette influence.

La narration m’a posé quelques problèmes. Marco Callieri est avant tout un chanteur et spécialiste des tendances musicales émergeantes. C’est un québécois d’origine italienne. Bien qu’il ait une voix très agréable en lecture, sa narration est truffée d’erreurs de prononciation, de liaison (exemple *les cinq-z-années suivantes). L’emphase sur la prononciation des termes et noms italiens est sensiblement exagérée et souvent, la respiration se fait au mauvais endroit.

Le tout est un peu monotone et *grafigne* l’oreille. Ajoutons à cela que le sujet développé me rebute. Je voulais écouter ce livre pour comprendre le développement de la Mafia au Québec et son histoire. Cet aspect est assez bien développé mais malheureusement noyé dans un luxe de détails sur les méthodes de la mafia…violence, cruauté, intimidation, extorsion et élimination. Bref, cet ouvrage ne m’a pas vraiment emballé et j’ai abandonné l’idée de regarder le film issu de ce livre.

Suggestion de lecture : LES GESTIONNAIRES DE L’APOCALYPSE, de Jean-Jacques Pelletier

Les auteurs André Noël et André Cédilot
Photo : Les Éditions de l’Homme

Pour en savoir plus sur le journaliste André Noël, cliquez ici. Pour en savoir plus sur André Cédilot, je vous réfère aux Éditions de l’Homme. Monsieur Cédilot raconte également quelques anecdotes sur Radio-Canada.ca

Mafia inc. au cinéma

Marc-André Grondin, Gilbert Sicotte (à gauche) et Sergio Castellito (à droite) sont à la tête d’une imposante distribution dans ce film québécois réalisé en 2020 par Podz. Pour parcourir le casting complet et la fiche technique, cliquez ici.

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 2 novembre 2024

LE CRI, Nicolas Beuglet

<Comme on le pensait, cette affaire nous emmène bien plus loin que prévu.>

<Sarah croisa le regard de Christopher. L’un comme l’autre mesurait leurs très faibles chances de réussite. Mais leurs mains ne se séparèrent pas.>

Extraits : LE CRI, Nicolas Beuglet, Poscket éditeur, papier, 2018. Version audio : Audiolib éditeur, 2017. Durée d’écoute : 13 heures 52 minutes, narrateur : Olivier Prémel

Hôpital psychiatrique de Gaustad, Oslo. À l’aube d’une nuit glaciale, le corps d’un patient est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche ouverte dans un hurlement muet. Dépêchée sur place, la troublante inspectrice Sarah Geringën le sent aussitôt : cette affaire ne ressemble à aucune autre… Et les énigmes se succèdent : pourquoi la victime a-t-elle une cicatrice formant le nombre 488 sur le front ? Que signifient ces dessins indéchiffrables sur le mur de sa cellule ?

Pourquoi le personnel de l’hôpital semble si peu à l’aise avec l’identité de cet homme interné à Gaustad depuis plus de trente ans ? Soumise à un compte à rebours implacable, Sarah va lier son destin à celui d’un journaliste d’investigation français, Christopher, et découvrir, en exhumant des dossiers de la CIA, une vérité vertigineuse…

Les dérives de la science

LE CRI est un thriller psychologique et techno-médical sur fond de religion, d’une forte intensité. L’auteur a tout mis en place pour me saisir et me garder sous son influence tout le long du récit. Tout va vite. Même très vite. Ça commence par la mort d’un patient interné dans un hôpital psychiatrique depuis 30 ans. Le directeur dit que c’est un suicide, l’inspectrice pense tout le contraire et se demande d’abord pourquoi l’homme est marqué au front du chiffre 488.

Le directeur sait des choses. Démasqué, il se sauve et met le feu à l’institution, tuant des dizaines de personnes. Il en réchappe, mais il est gravement blessé. Il est interrogé. L’inspectrice apprend des choses surprenantes et elle n’est pas au bout de ses peines car elle a mis le doigt dans un engrenage malsain et terrifiant, allant de découverte en découverte pour plonger finalement dans un cauchemar.

Tout y est et attendez-vous à avoir le vertige : des énigmes complexes à résoudre, un enfant en danger de mort, des révélations fracassantes, des poursuites effrénées, des expériences barbares et cruelles, des menaces, des morts et j’en passe…tout cela pour aboutir à la révélation d’un inimaginable secret que les êtres humains ne doivent absolument pas connaître. Ce fameux secret fait suite à une obscure recherche faite sur l’île de l’Ascension ou la CIA a déjà commandité d’obscures recherches.

L’idée centrale de ce polar est la vie après la mort qui obnubile un milliardaire tordu. C’est un thriller fortement anxiogène, développé sur des chapeaux de roues et qui ne laisse aucun répit au lecteur/auditeur. Cette fébrilité se manifeste au détriment de la profondeur malheureusement. Trop rapide, trop chronométré et par moment, abracadabrant.

On a mis de côté la psychologie des personnages, les questions d’éthique scientifique, pas beaucoup d’émotions, sauf dans le dernier quart du récit. Le fil conducteur est solide mais l’ouvrage manque définitivement de ventilation.

Je suis d’accord avec les critiques sur plusieurs points, plus particulièrement sur le fait que le thème de la vie après la mort est en surchauffe sur le plan littéraire. Mais on ne doit pas s’arrêter là. C’ici que je deviens un peu plus à contre-courant de la critique car l’auteur a déployé une imagination incroyable appuyée par une recherche sérieuse et crédible sur le plan scientifique ce qui lui a permis d’être efficace sur le plan de la fiction.

C’est ainsi que Beuglet a redéfini la nature des neutrinos et de la matière noire au bénéfice de l’intrigue. Il y a dans l’histoire de remarquables trouvailles.

Un autre fait très intéressant fortement imbriqué dans l’intrigue concerne la religion. Il ne s’agit pas ici de guerres de religion mais de LA religion peu importe l’étiquette. L’auteur propose une conclusion aussi osée que troublante sur le sort de l’âme après la mort physique et le rôle de Dieu dans le cycle. C’est à glacer le sang. Vous comprendrez alors pourquoi l’auteur a choisi LE CRI comme titre.

Donc c’est un roman très fort, addictif, très rapide, recherché et angoissant. Variation sur un thème très répandu en littérature. Impressionnant déploiement d’imagination. Récit puissant sur le plan évènementiel mais plus pauvre sur le plan psychologique. Les personnages sont peu approfondis et la question du sort de Simon, l’enfant pris en otage est plutôt sous-développé. Il n’y a pas de longueur mais quelques passages sont…disons tirés par les cheveux.

C’est un livre qui agrippe et qui ne laisse pas indifférent. J’ai beaucoup aimé. En passant, la version audio est excellente. Superbe performance du narrateur Olivier Prémel

Suggestion de lecture : LA MORT HEUREUSE, de Hans Küng



L’auteur Nicolas Beuglet

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le dimanche 19 mai 2024

LE VAISSEAU-MONDE HUMILITÉ, de R.R. Haywood

 

*La flotte existe car notre planète la Terre, celle sur laquelle
notre espèce a évolué, fut détruite par une météorite il y a
de cela plus de cent-vingt ans. Cette météorite avait été
détectée un peu moins de soixante ans avant l’impact. En
quête d’un nouveau foyer, les scientifiques de la terre
commencèrent par tourner leur regard vers les étoiles. *
(Extrait : LE VAISSEAU-MONDE MUMILITÉ, la trilogie du code
1, R.R. Haywood, Audible studios éditeur, 2019. Durée d’écoute :
13 heures 40 minutes. Narrateur : Loïc Houdré)

Cela fait 120 ans que les 50 vaisseaux-mondes contenant les quelques millions de survivants ont décollé après la destruction de la planète Terre par un météore.

À bord du Vaisseau-monde Humilité, Sam s’ennuie. Vivre dans l’espace devrait être une vie trépidante, mais ce n’est pas le cas, et il passe son temps à hacker des posters 3D de films. Yasmine Émile Dufont, petite voleuse, elle, ne s’ennuie pas. Après avoir grandi dans le Quatuor, les niveaux inférieurs du vaisseau où nulle loi ne règne, et avoir été confrontée à la violence et la pauvreté depuis sa naissance, elle souhaite désormais y échapper.

Elle veut accéder au luxe du Ab-Spa, au niveau supérieur du VM Abstinence, où les passagers mangent de la vraie nourriture et non des rats ou des cubes synthétiques. Pendant ce temps-là, le Gagarine, vaisseau autonome parti en éclaireur à la recherche d’une nouvelle planète où habiter, est revenu de sa mission avec un code d’information qui suggère qu’une planète habitable a bel et bien été trouvée. Cette nouvelle devrait être partagée avec l’ensemble de la flotte, mais quelques capitaines véreux souhaitent garder cette information secrète et coloniser eux-mêmes cette nouvelle planète.

Quand Yasmine vole le code par inadvertance, Sam et elle se retrouvent au milieu d’un jeu dangereux mêlant meurtres, corruption, querelles politiques et pire encore

ÉGOTISME ET HOMMERIE
*…avant de découvrir ce que cette courageuse petite sonde
a trouvé là dehors, dans l’étendue noire et solitaire de
l’espace…qu’a-t-elle vu ? *
(Extrait)

J’ai été attiré par la page couverture. Observez-la. Elle semble promettre une grande aventure, en route pour une vie différente et possiblement meilleure. Le concept de couverture laisse croire à un récit de science-fiction pure alors que ce que j’ai lu est plutôt une intrigue passablement banale, truffée de nombreux épisodes sexuels et de dialogues insipides.

Pour résumer très brièvement : la terre a été détruite. Des millions de rescapés ont été répartis dans cinquante vaisseaux-monde. L’histoire ce concentre sur un de ces vaisseaux: Humilité, un vaisseau colossal : 40 étages appelés *niveaux*. On y trouve des rues, centres commerciaux, maisons closes et toutes commodités. La mafia y fleurit, en particulier dans les quatre niveaux du bas, 37 à 40, appelés LE QUATUOR.

L’intrigue, qui semble secondaire et sous-développée dans le récit est à l’effet que le vaisseau de repérage GAGARINE aurait découvert une planète habitable qu’on espère depuis plus de 123 ans. Or les capitaines, soucieux de garder l’information pour eux, font crypter tous les détails de la découverte. Une jeune femme, Yasmine vole le code qui devient fortement convoité et source de complot et de meurtre.

J’ai trouvé cette histoire très ordinaire et par moment ennuyante. Il a été plus question des fameux et célèbres flocons d’avoine à la confiture de Sven que de la planète découverte par le Gagarine qui est quand-même la Terre Promise. Très peu d’informations sur la planète, sur le Gagarine, sur la construction et l’instrumentation des vaisseaux-monde, sur les étages V.I.P. et en particulier le ou les étages de commandement.

Aucune donnée scientifique ne serait-ce que sur la propulsion ou la communication. Le développement du récit vise surtout la crasse de la Société avec beaucoup de sexe, de scandales et de passages grossiers et vulgaires au pire, prosaïques au mieux.

En admettant que ce livre soit le premier d’une trilogie, j’aurais souhaité que l’auteur y inclut des éléments qui nous permettent de comprendre où il s’en va. Je m’attendais à de la science-fiction, j’ai eu droit à une comédie lascive. Je veux rendre hommage enfin à Loïc Houdré pour la version audio. Cet excellent narrateur a sauvé les meubles et m’a surpris par la vigueur de sa performance.

Suggestion de lecture : ESPERANZA 64, de Julien Centaure

Internet livre peu d’informations sur l’auteur mais il faut tout de même rappeler qu’il est auteur et créateur de L’HUMILITÉ DU MONDE et de THE UNDEAD, la série culte devenue la plus vendue au Royaume-Uni.

Bonne écoute
Claude Lambert
Le samedi 23 mars 2024

TORNADE SUR LA VILLE, de Steve Thayer

<On aurait pu entendre craquer les petits os de son cou. Son visage devint rouge violacé. La vie s’écoula par sa bouche. Mais son parfum émettait toujours de chaudes senteurs de chèvrefeuille. Un crime ne devrait pas sentir aussi bon. La créature qui ahanait sous son masque ressentit alors l’irrépressible envie de murmurer quelque chose, d’expliquer son geste. Trop tard. Elle était morte. Qui qu’elle fût.> Extrait : TORNADE SUR LA VILLE, Steve Thayer, Libre Expression éditeur, 1. Édition de papier, 445 pages.

Une femme est assassinée au cœur de la ville, en plein jour, sur la terrasse d’un parking. Les indices ? Des plus minces.  Quelques heures après le meurtre, une tornade d’une violence inouïe dévaste la ville, un cataclysme que l’Office national de la météorologie n’avait pas prévu mais que Dixon Bell, le Monsieur Météo de Canal 7, la chaîne de TV locale, avait annoncé parce qu’il l’avait vu dans sa tête.

Quelques jours après le premier crime, une jeune fille est étranglée, elle aussi sur un parking. Puis une troisième. La liste s’allonge, la police demeure impuissante même si elle a constaté un phénomène étrange : le tueur agit à chaque changement de saison, et à chaque événement climatique majeur…

La colère populaire gronde, le gouverneur de l’État est contraint de rétablir la peine de mort, et la police trouve enfin un suspect : Dixon Bell, le Monsieur Météo de Canal 7 !

Météo assassine

Je ne m’attarderai pas beaucoup sur ce livre, non parce qu’il a fait l’objet d’une certaine indifférence dans les milieux littéraires mais plutôt parce que le sujet est gonflé et que l’ensemble ne m’a pas apporté grand-chose.

L’aspect catastrophiste du livre est élimé et largement surexploité surtout au cinéma. Son originalité tient surtout dans le fait qu’un tueur opère au gré des évènements climatiques extrêmes. Ça suppose toutefois un côté prévisible.

Malgré tout, ça peut plaire à un certain lectorat. L’histoire a un rythme rapide, l’écriture est nerveuse malgré les longueurs et les répétitions. Tout n’est pas perdu car le modus operandi du tueur peut parfois surprendre.

Je ferai bref en disant que ce livre est une variation sur un thème connu et qui ne bousculera pas vraiment la littérature. À vous de voir. La publication du livre remonte à 1997 et il n’a pas été réédité. Il se pourrait donc qu’il soit difficile à trouver.

Je précise en terminant que ce livre, même si je l’ai trouvé plutôt ordinaire n’est pas nécessairement à l’image de la bibliographie de Steve Thayer car en général, ses livres ont été bien accueillis par la critique même s’ils sont loin des records de vente.

Suggestion de lecture : LIEUTENANT ÈVE DALLAS, de Nora Roberts

Steve Thayer est né à Saint Paul, Minnesota. Il a travaillé comme scénariste pendant plusieurs années. Il a déménagé à Edina, Minnesota dans les années 1980, où il a commencé à écrire des romans. Il a commencé à écrire des romans à suspense avec Saint Mudd en 1988, et a continué avec une série de six autres romans, pour la plupart bien accueillis par la critique. Les sujets de son travail comprennent les enquêtes criminelles, les complots, les meurtres et les enlèvements. L’écriture de Thayer a été décrite comme granuleuse et rapide.

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 1er mars 2024

SOLEIL NOIR, de CHRISTOPHE SEMONT

Alors que Maria s’apprêtait à interpeller la jeune fille pour
la forcer à réagir, une déflagration lui déchira les tympans.
La tête de sa collègue fut projetée en arrière, son corps
dégringola de la chaise. La jeune femme sentit des milliers
de gouttelettes s’écraser sur son visage, comme si on
avait braqué un brumisateur sur elle.
(Extrait : SOLEIL NOIR
Christophe Semont, éditions Critic 2015, format numérique,
264 pages)

Promu sergent dans le nord de l’Argentine, Esteban Pantoja s’apprête à fêter son avancement en compagnie de sa femme et de sa fille. Pour eux, ce soir-là, tout va basculer… Adela est serveuse dans un bar de nuit de La Paz. Un boulot comme un autre, en attendant mieux. Depuis quelques mois, elle se bat contre des visions qui la hantent jour et nuit. Ils s’appellent Sergio, Kamila, Federico et Diego. Ils sont jeunes, ils ont la vie devant eux. La vie… et un énorme conteneur, abandonné au cœur de la jungle. Rien ne les vouait à se rencontrer. Et pourtant, leurs destins sont liés. Tous vont être les témoins de la folie d’un homme. Car au plus profond de la forêt amazonienne, tapi dans son antre, un serpent attend son heure…

Noir foncé
Le guide bolivien regarda le jeune policier
disparaître dans le boyau étroit, avalé par
l’obscurité, et ne put retenir un frisson.
Pachamama ne rendait jamais les offrandes
qu’on lui adressait.
(Extrait)

C’est un récit très sombre, noir, voire lugubre, et qui pourtant vient donner un coup de fouet dans l’univers du polar que je trouvais stagnant depuis quelques années. Voici l’histoire d’Esteban Pantoja, un jeune policier argentin, heureux professionnellement et en amour avec sa femme et sa fille. Mais bientôt, sa vie va basculer complètement alors que pendant un braquage de banque, la maman et sa fille seront abattues.

À travers larmes et douleurs, Esteban entrevoit un détail sur la peau d’un des meurtriers, un tatouage montrant un soleil…un soleil noir fendu d’un glaive. À partir de ce moment, Esteban a juré de ne consacrer sa vie qu’à venger sa femme et sa fille et sa vie devient alors un véritable road-movie qui l’amènera, avec l’aide de quelques alliances, en Amérique latine. Parallèlement à ces évènements dramatiques, dans un autre point du globe, une jeune fille, Adela est obsédée par des visions morbides.

Des jeunes garçons qui avaient la vie devant eux réduits à l’état de cadavres empilés dans un conteneur à déchet qui s’ajoute au décor inquiétant de l’Amazonie : <Le spectacle qui s’offrit à lui était au-delà de tout ce qu’il avait pu imaginer. Les portes du conteneur vomissaient un flot de cadavres pourrissants. Ceux qui tenaient encore debout semblaient impatients de se frayer un chemin vers l’extérieur. Cette vision dépassait l’entendement et allait le hanter longtemps. > Extrait

Sans le savoir, les destins d’Adela et d’esteban son liés et vont convergeant vers une incroyable réalité qui va les ramener, et le lecteur par la bande, dans l’insupportable réalité des camps de concentration nazis. Dans un périple qui l’amènera au cœur de la Bolivie et de l’Argentine, Esteban mettra le pied dans un monde d’horreur, de torture, de meurtres, univers saturés d’exactions et de basses humaines qui vont au-delà de tout entendement.

L’auteur amène graduellement le lecteur à faire des liens avec une implacable efficacité. En effet, l’argentine et la Bolivie sont des pays réputés pour leurs dictatures sanglantes et meurtrières et aussi tristement réputés pour avoir accueilli et protégé des semeurs de mort nazis tels Klaus Barbie, le boucher de Lyon et cette erreur de la nature appelée Joseph Mengele, médecin au camp d’extermination d’Auchwitz et qui exerça sur des milliers de juifs des expériences innommables, d’indescriptibles horreurs médicales pratiquées sans aucun état d’âme.

Que découvrira Esteban? Il n’a qu’un lien : le soleil noir…symbole de ce qui allait peut-être raviver un nazisme qui étouffait alors que les forces russes approchaient de Berlin. Je n’aime pas beaucoup ce terme, mais j’ai été scotché par le récit. Ça se lit bien, rapidement, ça va droit au but, sans trop d’élégance ni de mise en contexte. Ce n’est pas de la grande littérature. SOLEIL NOIR est l’histoire d’une vengeance élaborée davantage dans l’action que dans la recherche.

Mais si vous vous laissé guider par le style de l’auteur qui est direct, vif, implacable, vous pourriez être surpris par l’efficacité de la plume. Principale faiblesse : trop direct, peu de mise en contexte, pas suffisamment d’encadrement historique sans compter les personnages que j’ai trouvé sous-développés et peu attachants. J’ai trouvé aussi que la finale ne bouscule rien. Elle m’a laissé perplexe et j’ai refermé le livre sans que j’aie vraiment compris le choix de l’auteur. Cette finale pourrait peut-être supposer une suite…

Suggestion de lecture : IL N’EST SI LONGUE NUIT, de Béatrice Nicodème

Propos autobiographiques de Christope Semont rapportés par Amazon :

À force d’écouter les légendes qui se chuchotent sur le marché aux sorcières de Mexico, les contes qui s’échangent dans les bars de Bangkok, ou les histoires extraordinaires qui circulent dans les rues de La Havane.  À force de prêter l’oreille aux appels de Cthulhu, de se perdre dans les couloirs déserts de la maison Usher, de passer ses vacances à Castle Rock, ou de guetter les bruits du grenier de Malpertuis.  À force de passer des heures dans des salles obscures à suivre des légions perdues, combattre des invasions de zombies, contrer des attaques extra-terrestres ou fuir des tueurs indestructibles. À force de tourner les pages du Livre de Sang, de veiller Milles et une Nuits, d’essayer de déchiffrer le Nécronomicon, d’arriver au bout des Contes et Légendes Inachevés, de relire en boucle les derniers contes de Canterbury. Un jour ça devait arriver, j’ai eu envie moi aussi de raconter des histoires.


Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 2 février 2024

L’INSTITUT, le livre de Stephen King

*C’est un abîme vous voyez ? Parfois
j’en rêve ! Un gouffre sans fond…
rempli de tout ce que je ne sais pas…
Mais il y a un pont qui enjambe cet
abîme. *
(Extrait : L’INSTITUT, Stephen
King, version audio, Audiolib éditeur, 2020,
narrateur : Benjamin Jungers. Or. A. Michel
durée d’écoute : 19 heures 11 minutes)

Bienvenue à l’Institut. Quand les enfants y entrent, ils n’en sortent plus. Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent dans la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ? Aussi angoissant que Charlie, d’une puissance d’évocation égale à Ça, L’Institut nous entraîne dans un monde totalitaire… qui ressemble étrangement au nôtre.

 

Les infortunes de la surdouance
*On était tenté de croire qu’il s’agissait d’une installation
gouvernementale… mais comment pouvaient-ils cacher une
 telle entreprise ? Contraire à la loi et à la Constitution. Qui
reposait sur le rapt d’enfants. *
(Extrait)

On l’a vu plus haut, une mystérieuse, sombre et puissante organisation secrète kidnappe des enfants après avoir tué brutalement leurs parents. Ces enfants ont un point en commun, ce sont des surdoués, dotés de pouvoirs psychiques exceptionnels comme la télépathie, la psychokinésie ou la précognition. Ils sont enfermés dans un bâtiment appelé L’INSTITUT où les scientifiques mènent sur eux toutes sortes d’expériences dont plusieurs ne sont rien d’autres que de la torture.

Rien n’est expliqué aux enfants à part les règles de l’institut dont le non-respect entraîne des sévices corporels. Il est évident que l’organisation qui semble disposer de fonds illimités a un but mais lequel? Un de ces enfants semble se démarquer par sa remarquable intelligence : Luke Ellis. L’institut est dirigé par une marâtre appelée Julia Sixsby qui elle-même travaille pour un consortium ultra-secret dirigé par un énigmatique homme qui zézaie.

C’est un autre livre de King dont les protagonistes sont des enfants. C’est récurrent dans l’œuvre du grand auteur. Je me demande pourquoi d’ailleurs depuis que j’ai lu LA TOUR SOMBRE. Est-ce que c’est parce que la formule est gagnante ou est-ce pour d’obscures raisons autobiographiques. Toujours est-il que le <Jake> de LA TOUR SOMBRE a des caractéristiques semblables à celles du <Luke> de L’INSTITUT : un dosage équilibré de courage et de réserve. Le premier volet de l’histoire est semé de longueurs, de redondances et de déjà-vu.

Le second volet devient très intéressant au fur et à mesure que sont dévoilées les motivations de l’organisation secrète. Là j’avoue que j’ai senti en moi comme un petit conflit intérieur. Ce seul aspect vaut à L’INSTITUT le mérite d’être lu ou écouté. C’est un récit angoissant, violent au seul regard du sort réservé aux enfants. J’ai trouvé exagérée la prétention de l’éditeur de parler de terreur et de comparer <L’INSTITUT> à <ÇA> Au contraire, j’ai senti de la réserve chez King. C’est rare mais il faut dire que la corde est sensible. Je pense que ça mérite d’être lu et écouté.

Suggestion de lecture : LE SPECTRE DU LAC, de Hervé Desbois

Pour tout savoir sur Stephen King, biographie, bibliographie, filmographie et les actualités entourant l’auteur, je vous invite à visiter le CLUB STEPHEN KING.

BONNE LECTURE
BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le samedi 9 décembre 2023

LES ORCHIDÉES DE STALINE

Commentaire sur le livre de
CORINNE DE VAILLY
et
NORMAND LESTER

*…d’autres questions concernaient son partenaire.
Le croyait-il coupable du meurtre de Geneviève ?
Pourquoi ce mouvement de recul ? Et puis il y avait
ces images latentes qui revenaient constamment le
hanter depuis qu’il avait vu le cadavre. Geneviève
souriante, Geneviève dans son lit. Geneviève morte
…dépecée…*
(Extrait : LES ORCHIDÉES DE STALINE, Corinne De
Vailly et Normand Lester, Les Éditions du 38, 2016, 316
pages num. Éd. Originale sous le titre CHIMÈRES, chez
Libre-Expression 2006)

À Montréal, des corps mutilés de jeunes femmes sont découverts toutes sans utérus. Tueur en série ? Secte satanique ? Les investigations du sergent-détective Pierre Dumont le mèneront à la rencontre de Jeremy Powell, charismatique dirigeant du  Mouvement animaliste mondial, amateur d’orchidées. Un complot d’envergure se prépare, qui s’attaque aux fondements mêmes de la nature humaine. Les auteurs ont puisé leur inspiration entre autres, dans les archives secrètes de l’époque stalinienne rendues publiques depuis l’effondrement de l’URSS : Moscou a tenté dans les années trente de réaliser le projet démoniaque décrit dans ce livre.

Un *quatre-mains* sur l’éthique
*Il croyait que ces expériences, si elles portaient
leurs fruits, seraient un instrument de propagande
extraordinaire dans sa lutte contre la religion. Il
pensait avoir trouvé l’arme absolue pour s’attaquer
au fondement même de toutes les croyances. Si
nous réussissions, il serait difficile de croire à

l’âme humaine. *  (Extrait)

C’est une histoire intéressante et très bien tissée. Le sujet, sans être original n’en n’est pas moins très sensible. Les auteurs puisent l’origine de l’histoire dans les archives secrètes de Staline rendu publiques après l’effondrement de l’URSS, Moscou aurait en effet tenté de réaliser un projet démoniaque : une manipulation génétique de série totalement contre nature : *Une expérience qui allait bouleverser les religions, la morale, les philosophies, la condition humaine elle-même*. (Extrait)

Dans ce décor maudit se trouvait entre autres un scientifique tordu : Duncan Powell qui rêvait de l’abolition des religions et bien sûr, vers la pratique de l’eugénisme, il n’y avait qu’un pas. Dans un régime meurtrier et instable, le projet devait être étouffé. Puis les auteurs font un bond dans le temps…jusqu’en 2002 : des corps mutilés de femmes sont découverts sans utérus. Entre en scène alors le personnage principal de l’histoire, Jeremy Powell.

Peut-être avez-vous déjà fait le lien de famille. Jeremy Powell est un adonis charismatique, voire magnétique assis sur une énorme fortune. C’est un grand amateur d’orchidées, cueillies dans le monde entier et qui font l’objet d’expériences d’hybridation. Powell est aussi protecteur d’un singe bonobo appelé Nietzsche doué d’une extraordinaire intelligence. *Cet homme inspire la crainte, mais dans des moments comme celui-ci, je pourrais lui confier un enfant* (Extrait)

Les auteurs dévoilent graduellement l’esprit tordu de Powell dont la passion pour les orchidées est à la fois prétexte et précurseur d’un projet qui définit le pire de la bassesse humaine :

*Les orchidées, la fertilité et même l’éternité, tu vas le voir, sont pour moi reliées dans le grand ordre des choses de l’univers. Tu vas être le couronnement de ma carrière de chercheur, et de ma vie d’animaliste. Avec moi, tu vas passer à l’histoire. Tu vas me permettre de réaliser un attentat contre l’humanité. Un attentat contre la nature elle-même. L’ultime acte de terrorisme pour la défense des animaux. Pour mettre fin au spécisme.* (Extrait)

Le personnage du savant fou est courant en littérature. Malgré tout, ce livre est un tourne-page angoissant. Le rythme est soutenu et on suit les enquêteurs de page en page avec anxiété car le temps est compté. Le roman est fort et profond. Il y a toutefois quelques irritants, souvent nécessaires dans les thrillers scientifiques dignes du titre, mais pas toujours.

L’intrigue, qui est heureusement puissante, est souvent diluée dans des explications historiques et scientifiques indigestes. Il y a des passages qui traînent en longueur comme celui sur l’époque de Staline ou encore ce long chapitre dans lequel Powell explique les origines de son singe Bonobo. Je n’ai pas tout à fait saisi ce que ça apporte de plus au récit. Mais je peux vous dire que je considère Bonobo comme un personnage important de l’histoire, sympathique, attachant et je vous suggère de vous accrocher à lui.

Donc c’est la principale faiblesse du récit : l’enquête est un peu diluée par des éléments qui confinent parfois à l’errance. Mais bon l’ensemble a l’avantage d’être bien documenté et crédible. Ce détail n’a toutefois pas empêché, chez moi, une forte production d’adrénaline.

Est-ce qu’on peut modifier la nature humaine? Le livre pousse à la réflexion sur le pouvoir actuellement entre les mains des généticiens, sur les limites qu’on devrait imposer à la science par l’élaboration d’un code d’éthique rigoureux, des protocoles de contrôle. Le récit propose aussi une réflexion intéressante sur le spécisme et la protection des animaux.

Et puis, sommes-nous à l’abri de malades et d’illuminés comme Powell. Je pense que vous allez vous laissez aller dans ce thriller scientifique. En ce qui me concerne, il m’a un peu ébranlé. C’est un livre qui fait de l’effet. Est-ce que la nature aura toujours le dernier mot?

Suggestion de lecture : HIVER ROUGE, de Dan Smith

Française, arrivée au Québec à 14 ans, Corinne de Vailly est un auteur jeunesse reconnu Outre-Atlantique. Journaliste puis auteur de comédies musicales, parolière pour les productions Disney et divers artistes québécois, elle dirige l’équipe éditoriale de l’émission jeunesse Le Petit Journal, pour laquelle elle remporte plusieurs prix.
Elle publie son premier livre jeunesse en 1993, Miss Catastrophe (pour les 4-6 ans) aux Éditions du Raton-Laveur. Suivent plusieurs romans ainsi qu’une série fantasy à succès Celtina (Éd. Les Intouchables). Elle écrit également des romans policiers pour adultes avec Normand Lester

Journaliste d’investigation, Normand Lester se spécialise dans les questions internationales, les affaires militaires et les activités des services secrets.Ancien stagiaire du Centre d’études de politique étrangère de Paris, Normand Lester a été correspondant du journal télévisé de la SRC dans la capitale française, au siège de l’ONU à New York et à Washington où il était accrédité à la Maison-Blanche. À titre d’envoyé spécial, il a réalisé des reportages en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine. Il s’est vu décerner le prix Olivar-Asselin pour « son courage et son excellence en journalisme d’enquête » et il est récipiendaire de la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 28 octobre 2023