La porte d’Abaddon

Commentaire sur le livre de
MATHIEU BERTRAND

*-En premier lieu, ce ne sont pas des prisonniers classiques mais des hommes qui vont être transformés en âmes damnées pour permettre à un démon de venir sur terre et en second lieu, nous devons capturer Bune vivant pour qu’il nous permette de mettre la main sur deux choses : un grimoire et, surtout, la position exacte de la porte noire pour que nous la détruisions. *

Extrait : LA PORTE D’ABBADON, de Mathieu Bertrand. Format numérique et édition de papier : M+ éditeur, 2021-2022, Version audio : Saga Egmont éditeur, 2022. Duré d’écoute, 8 heures 7 minutes., narrateur : Bastien Nicolaï.



Un thriller ésotérique oppressant

Deux histoires complètement différentes entrent en conjonction pour offrir aux lecteurs/lectrices un mélange de thriller policier, activités paranormales, sorcellerie et même possession. D’une part, au début du XVIe siècle, en France, Le capitaine Philippe d’Alesani a pour mission de débarrasser le pays des sorcières qui échappent toujours à l’inquisition. Un sorcier appelé Bune tente d’ouvrir la porte d’Abaddon, l’Ange exterminateur désigné dans l’Apocalypse.

Bune sera tué avant d’avoir dévoiler l’emplacement de la porte. D’autre part, cinq cent ans plus tard, une officière de la gendarmerie affectée aux phénomènes inexpliqués, Patricia Lagazzi, enquête dans les landes sur de nombreuses disparitions très étranges.

L’auteur frappe fort dès le départ en racontant comment Isabelle et son fils Franck doivent affronter quotidiennement le mari et père, un alcoolique extrêmement violent, sans conscience, empathie ou scrupule. Une erreur de la nature… Frank songe sérieusement à assassiner ce monstre au moment où les disparitions se multiplient dans les landes.

*«Il est violent, con, méchant, mais en plus, il est dégueulasse», songe le jeune homme avant de se retourner de nouveau vers la table de nuit en réalisant que le rejet de son père, un peu plus chaque jour, transpirait par tous les pores de sa peau. *

Entre temps, Patricia prend conscience du retour du sorcier Bune et réalise que la porte d’Abaddon fait peser un danger réel sur le monde entier. L’assassinat du père sonne le départ d’une course contre la montre.

LA PORTE D’ABADDON est donc un thriller fantastique à saveur ésotérique et il est efficace. C’est le moins que je puisse dire. Une histoire de sorcellerie, servie à la moderne, avec de la crédibilité. C’est aussi un roman d’atmosphère oppressante et angoissante. L’ambiance y est glauque et tout à fait ajustée au thème développé.

C’est un roman très noir, violent mais ficelé avec précision. L’auteur y réactualise le thème de l’exorcisme en le dépoussiérant et en le rendant plus crédible, et ce faisant, plus angoissant, plus stressant.

*Pour commencer, ôtez-vous de la tête les images des films, notamment L’EXORCISTE… ce n’est jamais aussi violent même si certaines choses vont néanmoins vous étonner. -Comme quoi ? questionna Eva, -Comme se mettre à parler une langue qu’il n’a jamais apprise ou vous attaquer verbalement de façon extrêmement méchante. *  (Extrait)

Ce livre est un mélange de genres mais j’ai beaucoup apprécié la façon dont l’auteur démarque le fantastique tout en gardant l’accent sur le thriller policier, ce qui n’est pas sans me rappeler Edgar Allan Poe. Ceux et celles qui me connaissent bien comprendront alors l’opinion très favorable que je porte sur LA PORTE D’ABADDON.

Ma seule déception sur ce livre est sa finale qui est pour moi à la limite de l’insignifiance. À moins que l’auteur ait imaginé un obscur lien avec la logique du texte, ce qui n’est pas impossible mais que je n’ai vraiment pas ressenti, ça sent le remplissage, un happy ending qui sonne faux.

Sinon, l’ensemble est fluide, ça se lit bien et c’est très captivant.

Suggestion de lecture : HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, recueil d’Edgar Allan Poe


L’auteur Mathieu Bertrand et quelques-uns de ses livres

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 25 janvier 2026

 

1794

Commentaire sur le livre de
Niklas Natt Och Dag

*…Les orbites n’étaient plus que des flaques rouges, la mâchoire pendait de travers et il ne restait plus qu’une bosse pleine d’éclats d’os à la place du nez. Dawis s’accouda au-dessus de lui pour écouter le gargouillis de sa respiration, puis haussa les épaules et lança des regards entendus aux spectateurs, qui tous se retournèrent démonstrativement tandis que l’aubergiste plaquait sa large main sur la bouche et le nez. L’homme à terre, à peine conscient, tenta gauchement de résister, mais Dawis le berça jusqu’à ce que ses talons cessent de marteler le sol et que sa respiration se taise. *

Extrait : 1794, de Niklas Natt Och Dag. Édition de papier : Pocket éditeur, 2022, 640 pages. Format numérique : Sonatine éditeur 2021, 504 pages, Version audio : Lizzie éditeur, 2022. Durée d’écoute : 13 heures 16 minutes. Narrateur : Martin Spinhayer.

Les fosses de la dépravation

Un jeune noble ado, Erik de Trerozar tombe amoureux d’une fille de fermier, Linnea Carlotta et veux l’épouser. Le père d’Erik s’oppose à cette union et envoie son fils à l’île de Saint-Barthélemy, un centre international de transactions esclavagistes. Erik y fait la rencontre d’un truand appelé Tycho Cetton. Erik s’enfuie de Saint-Barthélemy pour retrouver sa belle. Le mariage a lieu mais ne sera jamais consommé.

Le soir, après la cérémonie, la soirée est fortement arrosée. Le lendemain, Linnea est retrouvée morte, assassinée d’une horrible façon. Erik, encore dans les vapeurs, ne se rappelle de rien. On conclut à une attaque de loup, ce qui est parfaitement ridicule. La mère de Linnea n’en croit rien et fait appel à Jean-Michael Cardel, enquêteur invalide de guerre mais talentueux pour faire la lumière sur ce meurtre d’une cruauté barbare.

Cardel, qui doit déjà composer avec un passé tortueux n’aura pas le choix d’affronter ses démons car ses investigations vont le mener vers une secte étrange dans un mystérieux orphelinat sans compter les manœuvres tordues de Cetton. Toute l’horreur de la vérité risque de lui laisser un goût amer.

C’est un roman très noir, glauque qui tranche par son atmosphère opaque. On plonge d’abord dans le quotidien misérable de la Stockholm du XVIIIe siècle, un dépotoir malfamé indescriptible qui n’a rien à voir avec la capitale suédoise d’aujourd’hui, puis dans la fange et les fosses de l’île de Saint-Barthélemy ou les africains débarqués en esclave sont traités comme des marchandises. C’est sans compter sur l’épais mystère qui pousse Cardel vers une découverte lourde et douloureuse.

C’est un roman cru et dérangeant sous plusieurs aspects. Par exemple, l’esclavagisme y est traité avec une légèreté choquante et l’ensemble est plutôt sanglant. Le récit ne laisse pas indifférent mais il est un peu irritant de par sa structure. Je peux comprendre plusieurs lecteurs de la masse critique de ne pas avoir terminé le roman.

On dirait que l’auteur a déployé un concentré d’imagination dans la première moitié de l’histoire. Par la suite, l’intérêt décroît. Le fil conducteur ne tient plus. Ça devient lourd avec des longueurs, des palabres inutiles et de nombreux passages invraisemblables.

Heureusement, j’ai pu m’attacher à Cardel. C’est un boudin. Terme irrévérencieux utilisé à l’époque pour définir un policier un peu comme le terme *poulet*, terme utilisé de nos jours même s’il est devenu archaïque J’ai éprouvé de l’empathie pour ce personnage malmené par la vie, pour sa sincérité, son opiniâtreté et sa clairvoyance.

Enfin, c’est un roman très dur et sa finale m’a un peu laissé sur mon appétit. L’histoire m’a semblé non aboutie. L’ensemble est complexe et accuse parfois de la dilution. La force réside dans les personnages, Cardel en particulier et la reconstitution historique m’a semblé sans faille. Bref, donnez-vous du temps et soyez patient.

Suggestion de lecture : EN SACRIFICE À MOLOCH, d’Asa Larsson

 
La série


L’auteur : Niklas Natt Och Dag

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 15 novembre 2025

Celle qui brûle

*D’accord, Norman Mailer avait poignardé sa femme avec un canif et William Burroughs avait abattu la sienne, mais c’était une autre époque, n’est-ce pas ? Les gens étaient devenus tellement intolérants, on ne pouvait plus faire ce qu’on voulait en toute impunité. *

Extrait : CELLE QUI BRÛLE, de Paula Hawkins. Édition numérique, Sonatine éditeur, 2021, 1480 KB, 247 pages. Même éditeur pour le support papier, 464 pages. Format audio : Audiolib éditeur, 2021, durée d’écoute 9 heures 19 minutes, narratrice : Cachou Kirsch.

FEU MODÉRÉ

C’est une histoire intéressante quoiqu’un peu tirée par les cheveux. La trame est complexe à cause de l’imposante galerie de personnages et comme c’est un thriller psychologique, les personnages principaux ont été particulièrement bien travaillés. Voyons maintenant un peu ces acteurs.

Un jeune homme, Daniel, est retrouvé mort dans sa péniche. Trois femmes sont dans la mire des policiers pour élucider ce meurtre. Laura, principale suspecte, qui a passé la dernière nuit avec Daniel. Miriam, une femme étrange, proche de Daniel puisqu’elle était sa voisine sur la péniche. Il y a enfin Angela, une alcoolique acariâtre, mère de Daniel.

D’autres personnages s’ajoutent au giron comme Carla, la sœur d’Angela, mariée à un écrivain obsédé par la mort de son fils il y a 15 ans. Enfin, il y a Miriam, une femme énigmatique, empathique, bienveillante qui s’est donné comme un rôle de médiatrice. C’est d’ailleurs pour moi un des personnages les plus fascinants de l’histoire.

Un dernier point important : tous les personnages de cette histoire ont une blessure dans l’âme comme l’écrivain cité plus haut. Les femmes soupçonnées par la police ont toutes vécues une injustice qui a fait basculer leur vie. Une colère couve en elles. Tout ça ne simplifiera pas la tâche de l’inspecteur Barker, appelé gentiment *crâne d’œuf* pour des raisons dont vous devez vous douter. Ajoutons à cela que de son vivant, Daniel était loin d’être sympathique.

L’intrigue a une forte intensité psychologique et est assez bien ficelée. La vengeance est au cœur du récit mais il y a aussi des thèmes secondaires intéressants comme l’écriture et L’auteur. À ce titre Theo Mayerson, l’écrivain encore en deuil de son fils 15 ans après sa mort, est un acteur particulièrement intéressant.

Je dois dire toutefois que la trame est complexe et traîne parfois en longueur, nous entraînant dans le passé puis dans le présent. J’avoues avoir écouté la version audio deux fois pour en saisir tous les éléments et ce n’est pas faute de l’excellente performance narrative de Cachou Kirsch.

L’histoire est bien construite et fort intrigante mais il y a trop de non-dits, pas assez d’émotion. Le *thriller redoutablement addictif promis* dans le quatrième de couverture est un peu fort mais il est vrai qu’il est profondément humain.

Certains personnages m’on fasciné dans cette histoire, le bon crâne d’œuf, malgré son rôle un peu effacé, Théo, l’écrivain qui donne au thème de l’écriture une dimension particulière dans CELLE QUI BRÛLE et surtout la bonne vieille Irène qui semble avoir tout compris.

Malgré sa longueur qui donne au lecteur une forte impression de dilution de l’intrigue, CELLE QUI BRÛLE est une bonne histoire et même un roman fort, suffisamment énigmatique pour retenir votre attention même s’il est susceptible de mettre votre patience à l’épreuve.

Suggestion de lecture : LES PASSAGERS, de John Marrs

L’autrice Paula Hawkins

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 6 juin 2025

JE SUIS PILGRIM, de Terry Hayes

<Une chose m’apparaît clairement tout-à-coup,
c’est tout, sauf un banal homicide pour de l’argent,
de la drogue ou une quelconque pulsion sexuelle.
Avec ce meurtre, on est dans le registre de
l’extraordinaire.>
Extrait : JE SUIS PILGRIM, Terry
Hayes, or. JC Lattès éditeur, 2014, version audio : Audiolib
éditeur, 2019, durée d’écoute : 27 heures 53 minutes,
narrateur : Sylvain Hagaësse

Une jeune femme assassinée dans un hôtel sinistre de Manhattan. Un père décapité en public sous le soleil cuisant d’Arabie Saoudite. Un chercheur torturé devant un laboratoire syrien ultrasecret. Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l’humanité. Et en fil rouge, reliant ces événements, un homme répondant au nom de Pilgrim, nom de code d’un individu qui n’existe pas officiellement. Il a autrefois dirigé une unité d’élite des services secrets américains. Il s’est retiré mais son passé d’agent secret va bientôt le rattraper…

Haute tension
<Outre que c’est à désespérer du genre humain,
 je dois dire que je suis encore plus impressionné
 par l’assassin. Il n’a pas dû être facile d’arracher
 trente-deux dents une par une sur un cadavre.>
Extrait

C’est le meilleur thriller que j’ai lu. L’idée du complot contre l’humanité n’est pas nouvelle en soi. Le sujet est même réchauffé en littérature et au cinéma. Toutefois, le développement du récit réserve à l’auditeur et l’auditrice des surprises, des frissons, des revirements, de nombreux rebondissements et possiblement quelques haut-le-cœur.

Le sujet est donc simple : une chaîne d’évènements meurtriers amène les services secrets américains à mettre au jour un complot contre l’humanité susceptible d’éradiquer les États-Unis et par la bande, plus de la moitié de l’humanité. L’affaire est extrêmement sérieuse, le temps restant très minime. Pour sauver la planète, on fait appel à un élite des services secrets. Nom de code : PILGRIM.

Le récit repose sur la recherche et l’enquête de Pilgrim qui est extrêmement pointue, complexe et potentiellement mortelle. Si le développement est simple, le déploiement de l’enquête qui va crescendo, associé au pouvoir descriptif de la plume donne un tout absolument génial. Ajoutons à cela l’intensité du personnage principal, PILGRIM, très bien travaillé avec un équilibre parfait de forces et de faiblesses et une psychologie parfaitement mise au point.

C’est un récit très violent qui a la faiblesse de faire passer les américains pour les gentils bougres sauveurs de la planète et détenteurs de la vérité. Pas étonnant que l’histoire ait, comme toile de fond, la destruction du World trade center et présente une image très sombre de l’Islam. Toutefois, le récit a la force de mettre en perspective des aspects méconnus du terrorisme et présente une image peu flatteuse des services secrets :

*Les évènements de ces douze dernières heures étaient, pour les services de renseignements, une faillite qu’on pouvait qualifier d’historique. La mission première du Renseignement américain dans son ensemble, dont le budget était faramineux, était de protéger la Mère Patrie, et jamais, depuis Pearl Harbor ces organisations toutes puissantes n’avaient foiré à ce point, au vu et au su de tous. * (Extrait)

Je veux signaler enfin que le début de l’histoire est lent. Il a été difficile de s’y accrocher. Mais soyez patient. Ça change vite. Stress garanti, voire addiction. Il y a aussi, après la finale, une forme d’épilogue inutilement longue à mon avis. Donc, JE SUIS PILGRIM est un roman très fort. L’auteur nous amène à nous inquiéter pour l’agent PILGRIM, à penser pour lui, à ressentir toutes ses émotions. L’histoire est bien développée, la finale est surprenante. Le récit bénéficie aussi d’un bel équilibre.

Si la distinction est évidente entre les bons et les méchants, l’auteur détaille autant la démarche de PILGRIM que celle du terroriste Islamiste, appelé le Sarrazin qui a, pour un temps, le pouvoir de mort sur l’humanité. Et puis c’est la première fois que je lis un roman d’espionnage qui me permet de comprendre un peu ce qui se passe dans la tête d’un terroriste et d’observer qu’un terroriste peut-être lui-aussi terrorisé. Très bonne lecture.

Suggestion de lecture : PROJET ANASTASIS, de Jacques Vandroux

Après plusieurs années en journalisme, Terry Hayes rencontre le réalisateur de cinéma australien George Miller avec qui il collabore à la novélisation du scénario de Mad Max. Miller embauche ensuite Hayes pour écrire avec lui le scénario de Mad Max 2 (1981). Hayes, qui devient ensuite scénariste et producteur pour le cinéma et la télévision, s’installe à Hollywood. Il signe, en 1989, les scénarios de Calme blanc (Dead Calm), adapté d’un roman éponyme de Charles Williams, et de From Hell , 2001. Hayes, qui remporte plus de vingt récompenses en carrière, publie en 2013 son premier roman, le thriller Je suis Pilgrim (I am Pilgrim), rapidement devenu un best-seller international. Source : Wikipédia

BONNE LECTURE
BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le dimanche 10 mars 2024

SIX MINUTES, le livre de Chrystine Brouillet

*À côté d’un des pieds de la table, Graham repéra le
goulot de la bouteille. – J’ai l’impression que la
victime a été agressée tout de suite après avoir
ouvert à son visiteur. Qu’il l’a assommée avec la
bouteille. Puis égorgée. *
(Extrait : SIX MINUTES, Chrystine Brouillet, Éditions
Druide, 2017, édition de papier, 380 pages)

Quand Maud Graham est appelée à éclaircir le meurtre d’un homme trouvé gisant dans son sang, elle ne peut se douter des motifs de ce crime. Qui pouvait bien en vouloir à ce point à cet homme sans histoire ? La détective avance en plein brouillard jusqu’à ce que commence à se dessiner une toile complexe. Si l’enquête porte d’abord sur l’assassinat d’un homme, c’est sur la maltraitance subie par des femmes qu’on lèvera le voile en cours d’investigation. Alarmée par le danger qui menace ces femmes devenues des proies malgré elles, Graham se lance sur la trace de l’agresseur. Une poignante course contre la montre démarre…

Ces femmes devenues des proies
*…Maud Graham découvrait avec consternation
pourquoi Nicole n’avait pu identifier instantanément
la blessée. Sa paupière gauche avait triplé de volume,
ses lèvres étaient déchirées, ses joues avaient
tourné au bleu. Un bandage blanc couvrant son nez
indiquait qu’il avait été fracturé et des hématomes
au cou trahissaient la tentative d’étranglement. *
(Extrait)

J’étais très heureux de renouer avec la détective Maud Graham à laquelle je m’étais beaucoup attaché dans LE COLLECTIONNEUR, ouvrage angoissant qui m’a fait aussi connaître des personnages énigmatiques ados attachés aux thèmes préférés de Chrystine Brouillet : Grégoire et Maxime. Ils n’ont pas de rôles signifiants dans SIX MINUTES mais j’ai senti qu’ils avaient maturé…j’étais aussi heureux de sentir une Maude Graham aussi mordante et efficace.

Elle est très justement décrite d’ailleurs dans SIX MINUTES : *…Un genre de vedette ici. Bonne. Trop bonne. Obstinée. Elle ne lâche jamais sa proie. Le pit-bull roux !* (Extrait) Dans SIX MINUTES, Graham est confrontée à un meurtre sauvage et deux femmes en cavale. L’enquête s’annonce coriace. Son instinct affûté et sa curiosité l’amèneront à déduire que tout est lié. Mais l’enquête est extrêmement complexe.

Le lecteur découvre graduellement pourquoi les femmes sont en cavale. En fait, elles fuient, tétanisées par la peur. Ce sont des femmes battues. Eh oui ! SIX MINUTES aborde avec intelligence et force la troublante thématique des *badboys*, la violence conjugale. Une fois établi que Christian Desgagné est un homme violent et dangereux et pourrait être lié au meurtre de Dominique Poitras, tout s’enchaîne rapidement et le récit devient une course contre la montre.

Desgagné était certain que Dominique recevait les confidences de sa femme sur les traitements dont elle était victime. Desgagné a le portrait social assez commun des hommes violents : beaux, intelligents, apparemment sans reproches, calmes, sociables. Il n’y a pas de profil vraiment significatif.

Le narcissisme pervers est caché en toutes circonstances sauf quand il est seul avec sa femme.. Il ne se doute de rien. Ce n’est pas sa faute si sa femme le pousse à bout…il faut apporter des *correctifs*, il se sait sans reproche. Ce n’est pas sa faute. Ce n’est jamais sa faute.

L’intrigue s’appuie beaucoup sur la psychologie des personnages et met en exergue la relation agresseur-agressé. Évidemment, cette nécessité pourrait pousser le lecteur à détester cordialement l’agresseur jusqu’à ce qu’on se rappelle que la violence est une pathologie qu’on peut traiter. Ce type de violence est de moins en moins toléré dans notre société moderne, heureusement. Donc dans son enquête, Graham doit composer avec la peur chronique qui habite les femmes violentées.

J’ai pu encore une fois apprécier le doigté et l’opiniâtreté de la détective : *Tout m’intéresse. Tout ce qui touche à une victime m’intéresse. Tout ce qu’elle était, tout ce qu’elle montrait, tout ce qu’elle dissimulait. Tous ses secrets. Toute sa famille, tous ses proches. Tout ce que vivent ses proches, tout ce que me taisent ses proches. C’est une seconde nature chez moi. Je cherche ce qu’on me cache.* (Extrait)

Fortement inspirée et documentée, Chrystine Brouillet fait remonter à la surface avec un réalisme désarmant la terreur et la solitude des femmes agressées amenant le lecteur à se demander comment les femmes pouvaient vivre avec une telle peur au ventre et trouver le moyen de rejeter la faute sur elles-mêmes.

Le récit est bien structuré. Il a toutefois un petit côté prévisible qui sera surtout évident pour les lecteurs assidus de Chrystine Brouillet. Pour certaines éditions, le quatrième de couverture précise : *Entre le moment où une femme racontait que son mari menaçait de la tuer et celui où elle était entendue par un juge, six mois pouvaient s’écouler alors que six minutes suffisaient amplement pour qu’un homme étrangle sa femme.* (Extrait)  SIX MINUTES est plus qu’un polar. C’est un témoignage crédible.

Suggestion de lecture, de la même autrice : INDÉSIRABLES

Talentueuse et prolifique, Chrystine Brouillet a écrit une cinquantaine de romans, surtout policiers. Sa série mettant en scène la détective Maud Graham connait un énorme succès, avec plus de 700 000 exemplaires vendus. Cette héroïne, que la romancière décrit comme « une femme ordinaire exerçant un métier hors de l’ordinaire », est une enquêtrice de grande expérience au flair et à la ténacité redoutables. Aussi impatiente que généreuse, elle cultive, à l’image de son auteure, un doux penchant pour la gourmandise…


Bonne lecture
Claude Lambert,

Le samedi 2 mars 2024

DEPUIS L’AU-DELÀ, le livre de Bernard Werber

*…l’âme errante du baron remarque l’âme errante de l’écrivain. < Touriste ? Demande-t-il ? -Heu…oui en quelque sorte. Je suis décédé ce matin. -Vraiment ? Alors préparez-vous à beaucoup de surprises. *
(Extrait : DEPUIS L’AU-DELÀ, Bernard Werber, éditeur original : Albin Michel, 2017, papier, 448 p. Version audio : Audible, décembre 2017, narratrice : Carine Obin, durée d’écoute : 13 heures 16 minutes)

Je me nomme Gabriel Wells.
Je suis écrivain de romans à suspense. Ma nouvelle enquête est un peu particulière car elle concerne le meurtre de quelqu’un que je connais personnellement : Moi-même.
J’ai été tué dans la nuit et je me demande bien par qui. Pour résoudre cette énigme j’ai eu la chance de rencontrer Lucy Filipini. En tant que médium professionnelle, elle parle tous les jours aux âmes des défunts. Et c’est ensemble, elle dans le monde matériel, moi dans le monde invisible, que nous allons tenter de percer le mystère de ma mort.

Un esprit à la rescousse
*…<j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Vous
préférez que je commence par laquelle ? – La bonne.
répond Gabriel, passablement irrité. – Je vous ai
menti. Vous n’êtes pas malade. -C’est déjà ça. Et la
mauvaise alors ? -La mauvaise, c’est queeee…vous
êtes mort. *

Voici l’histoire de Gabriel Wells, écrivain, petit neveu d’Edmond Wells qui signe l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu imaginé par Werber et qui est récurrente dans son œuvre, des extraits de l’encyclopédie faisant office d’introduction de plusieurs chapitres.

Une nuit, Gabriel se couche, s’endort et ne se réveillera jamais, ou plutôt si, mais dans l’autre monde, devenu âme errante. De chez les vivants, une médium qui vient à sa rencontre, Lucie Filippini, apprend à Wells qu’il est mort. Ce dernier finit par comprendre qu’il a été assassiné, empoisonné. C’est dit. Wells n’aura de paix que lorsqu’il découvrira qui l’a tué.

Débute alors une enquête complexe menée par le plus improbable des duos d’enquêteurs : une vivante qui communique avec les morts aussi aisément qu’avec des amis qui boivent un verre dans un bar, et un mort, fantôme, âme errante qui ira de surprise en surprise jusqu’à ce qu’il découvre que son assassin est le personnage le plus improbable qui soit.

Vous reconnaîtrez aisément la signature de Werber. Si vous avez lu LA TRILOGIE DES FOURMIS, vous vous demanderez peut-être dans quel monde vous avez atterri. L’après-vie imaginé par Werber rappelle une énorme machine administrée par des fonctionnaires. Je souhaitais au moins un brin d’originalité comme dans les THANATONAUTES ou une certaine essence dramatique comme dans le PAPILLON DES ÉTOILES mais j’ai été déçu.

Werber a misé sur la spontanéité allant jusqu’à exploiter l’écriture automatique, ce qui a donné un récit sans style, une histoire abracadabrante, tirée par les cheveux, sans direction, sans matière à réflexion avec peu ou pas d’essence philosophique et une finale fabulée et sans saveur. À la rigueur, c’est délirant, au pire, ennuyant.

L’ouvrage a quand même des points forts. Je pense à son humour…parfois lourd, parfois noir… : *Le monde est ironique. Je suis mort au moment même où j’avais décidé de rester en vie le plus longtemps possible…* (Extrait) parfois de nature à alléger un peu le texte… : *Cela fait partie des petits inconvénients d’être mort, on ne peut pas demander d’autographes aux célébrités qu’on rencontre dans l’au-delà. (Extrait)

Autre élément encore plus intéressant, l’histoire est développée dans l’univers des écrivains et de la littérature. Werber ne se gêne pas pour faire la promotion du livre en disant, par la bouche d’un de ses personnages que TOUTES les littératures sont dignes d’être défendues en partant du principe qu’aucun livre n’est foncièrement mauvais surtout si on applique un juste rapport de forces et de faiblesses. Ce n’est pas pour me déplaire.

Pour terminer, j’ai beaucoup aimé le clin d’œil fait par l’auteur à ces critiques littéraires tout droit sortis de la cuisse de Jupiter, pontifiants et imbus et qui oublient que le public a le dernier mot. Par exemple, les critiques en général ont plutôt levé le nez sur l’œuvre de Werber. Pourtant, Werber est un des auteurs français les plus lus dans le monde.

Il y a une petite odeur de règlement de compte mais quand-même, Bernard Werber continue de s’interroger sur les mystères de la mort et le don de médiumnité mais il le fait dans DEPUIS-L’AU-DELÀ avec une telle légèreté que ça frôle la dérision. Il y a quelques trouvailles, une suite dans les idées mais peu de profondeur et des personnages pas très fouillés. Le livre n’est pas sans qualité mais Werber a montré qu’il pouvait faire beaucoup mieux. Quant à la version audio, j’ai trouvé la narration de Karine Obin,  ennuyante et soporifique. Rien pour mettre le récit en valeur.

Suggestion de lecture : L’ÉTRANGE DISPARITION D’AMY GREEN, de S.E. Harmon

Bernard Werber fait ses premières armes dans un journal de Cambrai aux rubriques en tout genre, avant de gagner le prix de la fondation News du meilleur jeune reporter qui lui permet de financer son premier vrai grand reportage. A son retour, il devient journaliste scientifique au Nouvel Observateur où il reste 7 ans. Son enquête sur les magnans va lui inspirer son premier roman, Les Fourmis, qui connaît dès sa sortie en 1991, un succès immédiat. Succès qui ira croissant au fur et à mesure de la parution de ses livres (près d’une vingtaine : romans, nouvelles, pièce de théâtre…). Les livres de Bernard Werber sont traduits dans une trentaine de langues.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert

LA CONSTELLATION DU LYNX, Louis Hamelin

*5 octobre 1970, enlèvement du délégué commercial de Grande Bretagne, John Travers par le Front de libération du Québec.
10 octobre, enlèvement du numéro 2 du Gouvernement québécois.
15 octobre, la force mobile de l’Armée canadienne intervient au Québec.
16 octobre, proclamation de la loi sur les mesures de guerre par le gouvernement central du Canada, suspension des libertés civiles…près de 500 citoyens détenus sans mandat.
17 octobre, le corps du numéro 2 est retrouvé dans le coffre d’une voiture… *

(Extrait : LA CONSTYELLATION DU LYNX, Louis Hamelin, à l’origine, papier, Boréal, 2011. Version audio : Audible Studios éditeur, durée d’écoute : 17 heures 5 minutes, narrateur : Maxim Gaudette.)

En 2001: l’écrivain Samuel Nihilo décide de poursuivre les recherches de son professeur sur la crise d’octobre 1970. De Montréal jusqu’au village mexicain de Zopilote, où les chemins de Nihilo et d’un ex-felquiste se croiseront, en passant par l’Abitibi des grands espaces, les recherches de Samuel vont rapidement se concentrer sur le rôle joué en 70 par les services secrets, l’escouade antiterroriste, et toute une panoplie de personnages pas nets, dont le spectre quasi shakespearien du ministre assassiné!

Québec se souvient
d’un certain mois d’octobre
*Ils s’étaient d’abord baptisés les <octobristes> un calque
des <décembristes> russes rencontrés dans Tolstoï. Puis à
force de descendre des rivières et des rivières de bière dans
leurs abreuvoirs de prédilections de la rue Ontario, le mot
<octobiériste> avait fini par s’imposer de lui-même.*
(Extrait)

C’est un premier roman sur la crise d’octobre qui a plongé le Québec dans la noirceur en 1970. Personnellement je le considère essentiellement comme un thriller politique. L’idée de base est intéressante.

Un écrivain décide de poursuivre des recherches sur la crise d’octobre laissée en plan par un ancien prof de l’écrivain, le poète Chevalier Branlequeue. C’est un nom de plume évidemment. Pour moi c’est un choix incompréhensible mais je passe. Chevalier a vu de façon catégorique, la crise d’octobre comme une vaste machination politique.

L’écrivain appelé Samuel enquête afin de savoir s’il doit valider ce jugement ou pas. Son investigation l’amène à croiser des anciens felquistes et apprendra l’existence d’une batterie de personnages qui sont loin d’être des enfants de choeur. Il fera des découvertes parfois surprenantes.

C’est un roman très documenté, un énorme travail de reconstitution historique bien évidemment assorti d’un caractère romanesque qui camoufle toutefois des tendances éditoriales. J’ai senti comme un *parti pris* de l’auteur.

Il faut faire attention dans l’écoute du récit car il est truffé de sauts temporels qui mêlent le passé et le présent. Tous les noms des personnages ont été changés. Le récit est surtout concentré sur Paul Lavoie, le ministre du travail qui comme on le sait finira assassiné et ici l’auteur développe tout un schéma de pensée sur les circonstances de la mort du ministre.

Il passe en revue ses états d’âme pendant sa captivité et le fait que sa mort arrangeait plusieurs hautes pointures du gouvernement. Le diplomate britannique James Cross devenu John Travers dans le récit, n’était pas très net lui non plus mais comme on le sait, il s’en est tiré. Tout le long du récit, l’auteur m’a semblé s’en tenir à la machination, la manipulation et la conspiration politique :

*Nous vivions à une époque où l’idée même de conspiration avait été réduite…à la permanente caricature d’elle-même, discréditant d’avance toute tentative de réflexion un peu soutenue sur le thème des manipulations politiques* (Extrait)

Je sors de cette écoute mitigé mais satisfait du choix de l’auteur d’avoir empreint son récit d’une forme romanesque de préférence à l’essai par exemple. Toutefois, ce n’est pas un récit aisé à suivre à cause de ses multiples flash-backs et imbrications du passé dans le présent dont je n’ai pas vraiment saisi la logique. Cette façon d’écrire dilue l’aspect évènementiel et par la bande, la compréhension de l’histoire.

La grande agitation qui caractérisait la Société est palpable mais je n’ai pu sortir de cette écoute avec une complète compréhension de ce qu’il raconte. La succession des chapitres m’a paru étrange et j’ai noté des redondances et de la répétition. Excellente recherche quant à la psychologie des personnages mais l’histoire est très centrée sur les terroristes.

J’aurais souhaité une meilleure pénétration des coulisses du pouvoir. Je ne peux pas vraiment adhérer à l’opinion de l’auteur et son récit ne m’a pas vraiment permis de m’en faire une. Je crois tout de même que c’est un roman d’une grande valeur. De plus, le narrateur Maxim Gaudette a raconté l’histoire comme s’il ne s’adressait qu’à moi… un enchantement.

C’est d’ailleurs l’énergie narrative de Maxim qui a rendu presque comique à mes oreilles la crudité du langage qui caractérise l’œuvre. Enfin, la Société de l’époque est bien dépeinte  mais pas toujours de façon gentille :

*Dans quelle autre nation du globe vit-on s’édifier des quasi-cathédrales dans des villages dont la population, même en comptant les pas fins et les moitiés de sauvages installés au fond des rangs, n’a jamais excédé 3 000 âmes?* (Extrait) Non seulement le sujet développé est intéressant malgré quelques faiblesses, mais la narration fût une vraie petite fête pour mes oreilles.

Suggestion de lecture :  LA THÉORIE DES DOMINOS, Alex Scarrow

Louis Hamelin est né à Grand-Mère (maintenant Shawinigan) en Mauricie. Dès la fin des années 1980, il se consacre à l’écriture. En 1989, il reçoit le Prix du Gouverneur général pour son premier roman, La Rage. Chroniqueur littéraire au Devoir et à Ici Montréal, ses textes sont publiés en 1999 aux Éditions du Boréal, sous le titre Le Voyage en pot. Louis Hamelin a collaboré à une quinzaine de journaux et de revues et publié près d’une dizaine de livres. Tous s’accordent pour dire que Louis Hamelin occupe une place de choix dans l’univers littéraire québécois. La Constellation du lynx a reçu le prix des libraires du Québec 2011 et le prix littéraire des collégiens 2011.

Pour en savoir plus sur la crise d’octobre 1970, cliquez ici.

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 17 septembre 2022

LE POISON SECRET, Francis Leblanc

Tome 1 : LA FAUX FANTÔME

*Écorché de partout, l’homme émergea dans une flaque d’eau sale et plissa les yeux pour mieux distinguer les silhouettes. L’une d’entre elles était celle de sa mère ; l’autre, derrière elle, était celle de Vysper Salaman, l’un des élites les plus efficace dont disposaient les empoisonneurs. Ce dernier appuyait une lame contre la gorge de sa femme. *  

Extrait du prologue LE POISON SECRET, 1 : LA FAUX FANTÔME Francis Leblanc, Éditions ADA 20018, version numérique, 313 pages.

Depuis 600 ans, le monde est aux prises avec la faux fantôme, une épidémie mortelle qui frappe dès que la population du continent excède les 50 millions d’habitants. C’est pour cette raison qu’ont été créés les Marécages, une organisation d’empoisonneurs dont le rôle est de préserver l’équilibre des morts et des naissances afin de limiter les ravages de la pandémie. Chaque saison, des élections ont lieu partout afin de déterminer quels seront les malheureux élus qui devront être sacrifiés pour le bien commun. Skill Venial, 18 ans, vient tout juste de terminer ses études d’empoisonnement et s’apprête à prendre part à son dernier stage.

Il est envoyé à Syrak, la capitale d’Insectia, afin d’éliminer la famille royale, pour qui la majorité des habitants a voté lors des dernières élections. Mais le jeune réussira-t-il à satisfaire les attentes de son sinistre et dangereux mentor, Vysper Salaman? Résoudra-t-il le mystère du poison secret, dont dépend l’avenir du monde entier?  

Trop de monde dans le monde
*Désormais, que dirait leur mère si elle apprenait
qu’ils savaient extraire le venin des araignées ?
Qu’en cours d’animaux venimeux, ils avaient
passé un examen qui consistait à être ensevelis
sous une horde de mygales, de veuves noires et
d’araignées errantes sans paniquer ?
(Extrait)

LE POISON SECRET est un roman de type fantasy pour les 13-18 ans. Toutefois en tant qu’adulte je l’ai trouvé très intéressant car il développe un thème qui hante les populations en général et les scientifiques en particulier : la surpopulation et les risques potentiels de catastrophes naturelles ou artificielles susceptibles de ramener le nombre d’êtres humains à des proportions acceptables pour la planète.

Selon le professeur Will Steffen de l’Université d’Australie, la population que la Terre peut supporter est estimée à 9 milliards de personnes. Si le thème est récurrent en littérature, voire un peu usé, je dois dire qu’il est développé avec beaucoup d’imagination dans LE POISON SECRET, LA FAUX FANTÔME car il repose sur une intrigue qui donne au récit un cachet très actuel.

Sur une petite planète, dans une société du futur, dès que la population dépasse 50 millions de personnes, une épidémie mortelle frappe pour baisser le nombre d’individus à un niveau acceptable. Pour préserver l’équilibre morts/naissances et limiter la pandémie, on a créé LES MARÉCAGES, une organisation d’empoisonneurs surentraînés.

Les victimes sont choisies au hasard et le hasard a délégué entre autres à la mort la famille royale d’Insectia. C’est curieux à dire mais ce choix va provoquer un spectaculaire affrontement entre empoisonneurs professionnels. Tout ça pour limiter les effets de LA FAUX FANTÔMES qui n’est pas là par hasard.

*Notre continent est surpeuplé, Lydia, ne t’en rends-tu pas compte ? Nous souffrons constamment de guerre et de famine, et la seule raison pour laquelle nous y survivons, c’est justement grâce à la faux fantôme. Parce que chaque famille choisit d’avoir près d’une dizaine d’enfants, malgré toutes les potions contraceptives que nous offrent les Marécages !  (Extrait)

Le cœur du récit est un peu dans ce dernier extrait mais il y a plus, LA FAUX FANTÔME est au cœur de l’intrigue et ça fait de l’histoire quelque chose d’un peu plus complexe et plus abouti qu’une simple guerre de sarbacanes. Histoire intéressante mais un peu difficile à suivre car il y a une grande quantité de personnages qui ne sont pas beaucoup travaillés et le fil conducteur est fragile.

En dire plus sur LA FAUX FANTÔME reviendrait à trahir l’auteur mais j’ai été agréablement surpris. Il y a de bonnes idées, de belles trouvailles. Bien sûr, j’avais parfois l’impression d’être plongé dans le manuel du parfait empoisonneur. Le poison est omniprésent. L’histoire même commence par un match amical d’empoisonneurs.

Éviter l’empoisonnement est un exploit qui relève d’une imagination très fertile et ce n’est pas l’imagination qui manque dans cette histoire. Les humains ne sont jamais allés aussi loin dans ce domaine. Mais le poison ça nous connaît. Lisez l’histoire de Rome, vous allez comprendre.

Vous n’aurez peut-être pas besoin de remonter aussi loin car la finale de cette histoire nous réserve une petite surprise qui nous ramène à notre terrible réalité : le terrorisme. Je ne peux pas en dire plus, mais la finale de cette histoire consacre un caractère des plus actuels à l’ensemble du récit. Ma satisfaction a été complète quand j’ai réalisé que la table avait été mise pour une suite.

Donc un livre intéressant. Faiblesses : psychologie des personnages, parfois difficile à suivre. Je suis un peu mitigé quant au développement contextuel. Forces : Trame originale, beaucoup d’imagination, lien intéressant avec l’actualité, bon rythme, excellente finale. J’ai été satisfait de ma lecture.

Pour en savoir plus sur la surpopulation, visitez levif.be

Suggestion de lecture, sur le thème de la surpopulation : TOUS À ZANZIBAR de John Brunner


L’auteur Francis Leblanc

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 28 août 2022

 

POSSÉDÉS, l’intégrale de Sharon Kena

*Au mobilhome, Sophia exprime à ses parents son
besoin de faire des recherches sur une maison
abandonnée en pleine forêt. Elle leur raconte qu’un
de ses amis vient d’y mourir dans des circonstances
mystérieuses…*

(EXTRAIT : POSSÉDÉS de Sharon Kena, version intégrale
réunissant les quatre tomes de la saga. Éditions Sharon
Kena 2017, Numerikena pour le format numérique, 1148
pages)

Une légende raconte qu’il y a dix ans, les fils Trémor, possédés par un esprit, ont sauvagement assassiné leurs parents. Depuis, tous ceux qui foulent le sol de leur maison trouvent la mort. Tome 1 : PRIS AU JEU, Sophia découvre l’existence de cette maison et est captivée par le mythe. Tome 2 : JEU DANGEREUX, un garçon qui aime Sophie joue un jeu dangereux avec une nouvelle vacancière moins innocente qu’elle ne le paraît. Tome 3 : DÉMON DU JEU, Sophie découvre qu’elle et ses amis sont dans un endroit maudit et développe un acharnement à détruire la malédiction. Tome 4 : ULTIME JEU, l’esprit réunit le clan. Sophia doit mourir. Le dernier jeu est engagé. 

Le sang coule…la mort rôde… tout doit se finir.

Amour paranormal
*-Je suis sa proie pour cet été, je le sais, mais
lui ignore sur qui il est tombé. – Méfie-toi quand-
même, il est très fort. –Je sais à qui j’ai affaire,
mais je suis rusée et j’ai un pas d’avance sur lui.*
(Extrait Tome 3 : DÉMON DU JEU)

Que dire d’une série de quatre livres qui aurait pu être réduite à deux ? Beaucoup de longueurs, de redondances et plusieurs passages insignifiants. Pourtant, Sharon Kena est partie d’une idée très intéressante : Il y a, près du camping où se trouve Sophia et ses parents au début de l’histoire, dans une forêt, une maison hantée.

L’esprit qui squatte la maison aurait poussé, il y a une dizaine d’années, les fils Tremor à assassiner sauvagement leurs parents. Depuis ce temps, tous ceux qui se pointent dans cette maison meurent. Le tout fait l’objet d’un jeu morbide de séduction et de meurtres, dirigé par Alex, son frère Jérôme et un troisième frangin qui fera son apparition beaucoup plus tard dans l’histoire.

Sans s’en apercevoir, Sophia est poussée dans le jeu par Alex. Elle est donc condamnée…sauf qu’il y a un imprévu…Alex tombe amoureux de Sophia. La belle Sophia est passionnée par le mystère entourant la maison et décide d’identifier et de trouver les frères Tremor.

Donc, l’idée de l’auteure était de développer une histoire sur fond de paranormal, avec, à l’origine, l’action d’un savant fou. Malheureusement, cette idée a été sous-développée au profit d’intrigues sentimentales et d’une accumulation de meurtres. Le résultat est un beau dérapage.

Il y a des passages agréables à lire. Il y a un certain intérêt et ça serait évident si on avait réduit la série. Mais il y a tellement d’irritants dans cette série qu’il m’est difficile d’être positif. D’abord cette histoire est une série continue de mensonges, de traîtrise et d’hypocrisie. Impossible de savoir à qui se fier. Même Alex s’enfarge dans ses propres mensonges.

Le lecteur ne sait pas où donner de la tête. Il n’y a pas de points de repère. Il est étonnant que l’auteure elle-même ne se soit pas emmêlée tellement le fil conducteur de l’histoire est en zig zag. On ne peut pas non plus se fier sur Sophia. C’est une vraie girouette qui ne sait pas vraiment ce qu’elle veut. Une autre faiblesse concerne la violence qui est traitée dans l’histoire avec une légèreté qui frôle l’indécence :

*-Je pensais qu’on pouvait passer de bonnes vacances ici, confie-t-il en regardant les dégâts autour de lui. –C’est ce qui s’est passé, on tuait, on était bien.* (Extrait) On est pas loin du genre de phrases prononcées par un demeuré. J’ai été surpris aussi de la facilité avec laquelle l’auteure faisait rouler la police dans la farine. Rien de bien signifiant de ce côté. La crédibilité de l’histoire en souffre.

*Oui dit la brunette, non dit le blondinet.* La brunette c’est Sophia. On l’appelle plus souvent par la couleur de ses cheveux que par son nom. C’est agaçant. Même chose pour le blondinet, c’est-à-dire Jérôme. Ça saute aux yeux…tellement que je me suis demandé si l’auteure s’est relue. Je veux ajouter ici une remarque un peu plus personnelle peut-être. Si vous venez d’arrêter de fumer, abstenez-vous de lire cette série.

Deux de ses acteurs, Sophia et Alex fument comme des pompiers, cigarette sur cigarette. À une époque où on essaie de bannir cette saleté, je crois que l’auteure aurait pu faire preuve d’un peu plus de retenue. Un dernier point, Sophia aura plusieurs enfants d’Alex. Leur participation à l’histoire est pratiquement occultée.

J’ai trouvé que les enfants étaient considérés comme un détail sans importance. Je crois que l’auteure est passée à côté d’une opportunité d’enrichissement de son histoire.

Comme vous voyez, beaucoup de points ont assombri mon intérêt pour cette histoire qui est beaucoup trop longue au vu de son contenu. Toutefois, si, comme moi, vous persévérez jusqu’à la fin, vous trouverez probablement le dernier tome plus riche en action et en imagination avec entre autres l’entrée en scène de deux personnages surprise.

C’est un peu tiré par les cheveux et là encore un mensonge n’attend pas l’autre, mais il y a un peu plus d’action et le dénouement est intéressant et même dramatique.

Suggestion de lecture : L’EXORCISTE, de William Peter Blatty

Née le 11 octobre 1978, Sharon Kena vit dans la petite ville de Morhange entourée de sa famille et 6 chats. Elle aime passer des heures à écrire, même si elle en a moins le temps qu’avant. C’est une fervente lectrice de romans sentimentaux et de Bit-lit. Elle aime malmener ses personnages et rendre incertaine la fin d’un roman jusqu’à la dernière page… Je suis une fervente lectrice de romans sentimentaux, j’adore quand il y a des problèmes, des secrets inavouables… J’aime passer des heures à écrire, en écoutant de la musique. Je ne suis pas du genre à respecter les codes littéraires !

Voir la bibliographie

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 9 avril 2022

 

TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE, Florian Dennisson

*La mine déconfite et le teint blafard, Anna
accueillit quelques minutes plus tard les
gendarmes et s’autorisa enfin à pleurer à
chaudes larmes alors qu’on l’interrogeait
sur les circonstances exactes de la
découverte du corps.*
(Extrait : TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE,
Florian Dennisson, Chambre noire éditeur, 2016
papier : 162 pages, format numérique : 4592 KB)

 

Privé de son quotidien de prédilection, Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, se retrouve à éplucher les faits divers d’un journal de province. Il s’entiche d’une affaire étrange qui va le mener dans la noirceur des secrets d’une des familles les plus puissantes de Courchevel. Un magnat du monde de la nuit laissé pour mort au beau milieu de son chalet de luxe et de vieilles connaissances de Gabriel accusées à tort, c’est le Poulpe au pays de l’or blanc.

 

 

Intrigue sur fond blanc
*Le métal froid de son Beretta se rappela à lui et le
rassura. Il appuya sur l’interphone et sans même
attendre une quelconque réponse, la porte d’entrée
s’entrouvrit lentement sur un couloir sans lumière.*
(Extrait)

TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE met en scène un personnage assez singulier. Il s’agit de Gabriel Lecouvreur, appelé LE POULPE, quelque fois aussi appelé LE CÉPHALOPODE. On dit de lui qu’il a de longs bras tentaculaires. Pourquoi ? Eh bien j’ai découvert que LE POULPE est issu d’un phénomène littéraire relativement rare. Le personnage a été créé par Jean-Bernard Pouy, un auteur qui a dirigé pendant plusieurs années la collection éponyme par Jean-Bernard Pouy aux éditions Baleine.

Par la suite, il a été donné à plusieurs auteurs, émergents ou confirmés, la chance de publier, selon un code d’éthique précis et à certaines conditions, une histoire, un roman avec comme personnage central LE POULPE. Voilà pourquoi, je suppose, on dit du POULPE qu’il est tentaculaire. Parce qu’on le retrouve dans plusieurs histoires crées par des auteurs différents.

L’expérience a tenté un Haut-Savoyards, Florian Dennisson qui a bâti son tout premier roman avec LE POULPE comme héros. Le polar n’a pas été intégré à la collection pour des raisons techniques, donc rien à voir avec la qualité du roman. Ça donne au récit un caractère piraté, ce qui ne m’a pas ému plus qu’il faut.  Dans un petit journal de province, Gabriel lit un article évoquant une affaire étrange.

Un magnat du jeu, issu de la riche famille des Courchevel est assassiné dans son chalet de luxe. Il se trouve que les coupables potentiels sont au nombre des relations de Gabriel. Cette affaire intrigue le POULPE au plus haut point, Il décide de mener lui-même l’enquête avec ses propres méthodes qui ne versent pas toujours dans la dentelle :

* Hercule Poirot se serait assis dans un fauteuil au beau milieu d’un living-room de cottage anglais, pensa-t-il et Sherlock Holmes n’aurait analysé strictement que les faits tangibles. Qu’allait faire LE POULPE ? Partir à la pêche à l’aide de ses tentacules en laissant faire le destin ? Non. Il fallait qu’il ne lâche rien et qu’il continue dans sa lancée. * (Extrait)

À travers l’action, un certain sens de l’humour, une amourette et quelques aventures sexuelles, LE POULPE entraîne le lecteur dans les secrets obscurs d’une famille dont la conscience est loin d’avoir la blancheur de la neige.

C’est une histoire bien bâtie. Son personnage principal est d’une trempe vigoureuse, opiniâtre et assez originale. Autre aspect original du récit est le lien que l’auteur a créé entre LE POULPE et la loi de Murphy développée par Edward A Murphy Jr qui réunit des édits philosophiques dont l’adage principal s’énonce ainsi :

Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal : *Voilà qui correspondait bien à la philosophie de Gabriel. Beaucoup le taxaient de pessimiste…alors que lui se voyait plutôt comme un fataliste voire tout simplement quelqu’un de réaliste. Il se devait d’être paré à toute éventualité et dans le champ des possibles, il lui fallait toujours considérer les dénouements même négatifs de chaque évènement. * (Extrait) Le livre dévoile beaucoup d’éléments intéressants sur la loi de Murphy.

Évidemment ça en dit long sur le personnage mais ça ne dit pas tout. Il aurait été intéressant d’en savoir un peu plus sur ses origines, ses motivations, son statut. L’auteur aurait gagné à enrichir l’introduction de son héros. Si je peux me permettre une autre petite faiblesse, le langage du récit est très argotique. J’aurais préféré évidemment un français un peu plus universel.

Qu’à cela ne tienne. L’enquête se suit bien. Elle est intéressante, intrigante. Le rythme est soutenu. LE POULPE est un original et son sens de l’humour est un élément qui marque tout spécialement le roman. Un humour qui confine parfois à la dérision. Lire TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE est une excellente façon de s’introduire au personnage issu de *l’ingéniosité littéraire* LE POULPE*. Je pense que ce premier roman lance très bien la carrière littéraire de cet auteur émergent qu’il faudra surveiller : Florian Dennisson.

Suggestion de lecture : ENTRE LES LIGNES ou LE JOURNALISTE ASSASSINÉ, de Jérôme Bellay 

Né à Annecy en Haute-Savoie, Florian Dennisson quitte les bancs de la fac pour se consacrer à sa première passion : la musique. Il écumera les salles de concert du monde entier avec pour compagnon fidèle : l’écriture. Les paroles couchées sur des carnets font peu à peu place aux histoires avec l’envie de faire frissonner, de faire vibrer et d’interroger, en silence cette fois.
Fervent adorateur du personnage du Poulpe, c’est avec “Téléski qui croyait prendre” qu’il franchit le pas et vient à bout de son premier roman.

Encouragé par le très bon accueil de ce premier polar, Florian continue dans la même veine et signe “Liberté conditionnelle”, premier volet d’une série qu’il espère longue et pérenne. Au moment d’écrire ces lignes, Il vit à Lyon, là où se déroulent les intrigues de la plupart de ses romans.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 18 décembre 2021