Le destin du magister

Commentaire sur le livre de
EVA ORBELUNE

Un râle de douleur et d’incompréhension fit écho à son geste tandis que les yeux clairs du vieillard s’obscurcissaient. Un centyre s’écoula. Puis, sur la peau presque translucide des poignets du défunt, s’effacèrent les marques qui le désignaient jusqu’alors comme le meneur des Sept Provinces. Désormais, il n’était plus le Magister.

Les Dieux nommeraient un nouveau porteur, un Aspirant. La création de la Marque du Magister générait une énergie particulière que la meurtrière devait localiser avant de partir à sa rencontre.

Extrait : LE DESTIN DU MAGISTER, tome 1 : LA MARQUE, Eva Orbelune, Beta publisher éditeur, 2022, format numérique, 408 pages

Les Sept Provinces sont ébranlées par l’assassinat de leur meneur spirituel, le Magister.  Malgré l’instabilité du territoire, les Dieux doivent désigner un remplaçant, tandis que les habitants traquent le meurtrier qui a disparu sans laisser de traces.

Contre toute attente, le choix des Dieux se porte sur des jumeaux qui, pour la première fois de l’histoire, sont contraints de devenir les deux faces d’une même pièce.  Malgré leur jeune âge, Yaellin et Wyll devront faire face ensemble à un sombre complot. Seront-ils à la hauteur de leur destin ?

 SOLIDARITÉ GÉMELLAIRE

 

C’est une histoire originale qui se déroule dans un univers composé de sept provinces réunies en un genre de fédération dirigée par ce que l’on appelle un magister qui est nommé par les dieux, parmi les élus. Celui qui est visé reçoit une marque des dieux sur un bras.

Or, au début de l’histoire, le magister en titre est assassiné. Pour le remplacer, les dieux choisissent des jumeaux : Wyll et Yaellin, deux adolescents de 14 ans. Pourquoi un tel choix ? Deux jumeaux pour une seule marque, et pourquoi aussi jeunes ? Et pourquoi ici, deux personnes ne peuvent être qu’une ?  Les dieux ont leurs raisons que la raison ne connait pas…

Eva Orbelune nous plonge dans un univers de fantasy riche de trouvailles et d’imagination dans lequel on trouve des magiciens, deux jumeaux télépathes, des sorciers et des dieux dont il est difficile de comprendre les motivations.

La première partie est particulièrement immersive. On se familiarise avec la culture des sept provinces, son gouvernement, son fonctionnement et on fait la connaissance de deux jumeaux ados, attachants, humains et *appelés à n’être qu’un* pour gouverner les sept provinces sous la tutelle de dieux capricieux.

Le mandat du nouveau magister commence d’ailleurs sur des chapeaux de roues, car il doit éclaircir un mystère, un complot ourdi par une redoutable sorcière et qui menace la vie des habitants.

L’autrice a bien travaillé je crois pour rendre attrayant un sujet assez usé en exploitant de nouvelles idées comme par exemple l’exploitation des courants énergétiques pour expliquer la magie et son fonctionnement. Elle a eu aussi l’idée d’utiliser la signature énergétique d’un magicien, l’équivalent des empreintes digitales pour déterminer qui menace le royaume. Ce sont des idées qui rendent l’ensemble crédible et stimulent l’intrigue. Les runes sont aussi omniprésentes.

Elle a aussi beaucoup travaillé sur les personnages en général et sur la personnalité des jumeaux en particulier. Leur interdépendance est par moment inutilement compliquée mais leur bonne nature et leur complicité pousse le lecteur à l’empathie.

J’ai trouvé la plume empreinte d’émotion, une qualité rare dans la littérature de fantasy. Il faut dire qu’à ce chapitre, je suis assez difficile. Un autre bon point pour Eva Oberlune.

Je signale enfin deux petites faiblesses. L’action est très souvent en baisse au profit de l’intrigue. Ça compromet l’équilibre du récit. Dans cette histoire, les sorcières apparaissent comme le diable d’une boîte. Leur origine et leur rôle ne sont pas bien définis tout comme d’ailleurs la différence entre un magicien et une sorcière. À ce titre, Hélisa est sans doute le personnage le moins abouti de l’histoire.

Je n’ai pas tout à fait compris non plus les motivations des dieux et leur choix porté sur des jumeaux et leur participation apporte peu d’éclairage. Mais en général, j’ai beaucoup aimé ce livre qui a été pour moi une belle découverte.

Suggestion de lecture : L’OEIL DU MONDE, de Robert Jordan

L’AUTRICE EVA ORBELUNE

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 1er mars 2025

Pour seul refuge

Commentaire sur le livre de 
VINCENT ORTIS

*Il y a trois entités dans un procès: la victime, l’accusé et la douleur des proches. La victime a existé, l’accusé existe, la douleur existera. *

Extrait : POUR SEUL REFUGE, Vincent Ortis. Version papier et numérique: ROBERT LAFFONT éditer, 2019, 336 pages. Version audio : LIZZIE éditeur 2021, durée d’écoute 9 heures 19 minutes. Narrateur : Bernard Gabay.

Duel dans le froid

C’est un livre intéressant. L’histoire, à connotation psychologique est tentaculaire quoiqu’extrêmement intrigante. Mais attention au quatrième de couverture Il ne met pas du tout en place les éléments essentiels qui sont nécessaires pour vous introduire à l’histoire. Aussi, il faut bien saisir les éléments suivants.

Un jeune amérindien, Allan Marocco est jugé pour meurtre et viol. Dans un jugement considéré erratique par le policier Ted Cortino, le juge Edward McCarthy déclare Marocco innocent et le relâche. Cortino, devenu schizophrène suite au meurtre et au viol de sa femme, décide de rendre justice lui-même.

Il piège le juge et l’enferme dans un chalet isolé où il termine de concocter une vengeance minutieuse et tordue. Le juge sera par la suite lâché dans une nature cruelle à la recherche forcée du jeune indien. La première partie du livre repose sur cette mise en situation. Maintenant, pour la deuxième partie, vous pouvez vous référer au quatrième de couverture.

Le caractère intrigant de l’histoire prend le pas et heureusement car les personnages sont difficiles à cerner. Le dévoilement de leurs motivations se fait avec une lenteur désespérante. Mais lorsque le jeune indien et le juge sont lâchés dans la nature glaciale et troublante du Montana, le lecteur vit une espèce d’oppression qui le met sur les dents.

Le rythme devient alors constant. La véritable psychologie des personnages est dévoilée car ils sont amenés à s’affronter eux-mêmes, individuellement, avant de s’affronter entre eux. Le jeune Marocco est un personnage particulièrement bien développé même si ça ne le rend pas forcément facile à comprendre.

Ce livre m’a gardé captif à cause entre autres de la beauté de son écriture et de sa trame captivante. On ne peut que suivre d’une façon soutenue les déboires du juge et du jugé dans une nature hostile, glaciale qui intensifie l’intrigue rendant le récit addictif.

C’est un roman très fort qui opposent deux êtres humains que tout sépare et qui sont pourtant réunis par un complot minutieusement ourdi dans un cerveau malade.

La description de la nature montanienne est superbe, ce qui est étonnant si on tient compte du fait que l’auteur est français. L’histoire dans son ensemble m’a semblé invraisemblable et elle n’échappe pas aux longueurs et aux redondances. Les personnages sont froids comme le décor et peu attachants.

C’est un polar et ce qui le rend attractif malgré les bémols cités plus haut est son caractère intriguant et un peu glauque : est-ce que le juge reviendra sur son jugement comme le souhaite Ted? 

C’est un bon polar qui couve rebondissements et revirements et des…frissons…dans les deux sens du terme.

Suggestion de lecture : UNE FORÊT OBSCURE, de Fabio M. Mitchelli


L’auteur Vincent Ortis

DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 28 février 2025

Un voisin étrange

Commentaire sur le livre de
FLORIAN DENNISSON

*j’AI ZOOMÉ SUR LES PETITES CAISSES. Sur chacune d’elles, il y avait une sorte d’autocollant carré, jaune et noir, sur lequel était imprimé un logo. Un logo que j’avais déjà vu auparavant. Un logo qui m’a toujours fait peur.

(Extrait : UN VOISIN ÉTRANGE, Florian Dennisson, livre 1 de la série HISTOIRES ÉTRANGES, Florian Dennisson et Chambre noire Éditeurs, 2019, version numérique, équivalence : 130 pages brochées, littérature jeunesse.)

  

Pendant les vacances de la Toussaint, Olivier Leroy pénètre sans en avoir le droit sur le terrain d’une des maisons de son village et fait une découverte étrange ayant peut-être un rapport avec l’une des énigmes les plus célèbres de l’Histoire. Le lendemain, un voisin bizarre vient s’installer en face de chez lui, dans une maison délabrée dont personne n’a jamais voulu depuis des décennies. Puni et ayant interdiction de sortir de chez lui, Olivier va avoir beaucoup de mal à mener son enquête et résoudre les mystères qui s’accumulent autour de lui.

 Olivier et les templiers

UN VOISIN ÉTRANGE est un roman court, léger, agréable à lire, un récit parfait pour introduire les jeunes au polar et pour les encourager à aller plus loin dans leurs lectures. Voici l’histoire d’olivier Leroy, un ado de 13 ans. Un jour, Olivier observe une pelleteuse tomber dans un énorme trou sur le terrain des Imbert, les voisins qui voulaient se faire construire une piscine. Une fois le terrain déserté, c’était plus fort que lui, Olivier s’y est aventuré et a découvert une grande quantité de caisses portant un drôle de dessin sur leurs côtés. C’était un sigle.

Pour sa curiosité, Olivier a été puni par son père qui lui interdit de sortir pendant plusieurs jours, mais décide tout de même de faire enquête avec l’aide de sa nouvelle amie Amanda. Le duo observe également un drôle de voisin dans de mystérieuses activités nocturnes dans sa grange.

Entre temps, la mère d’Olivier, qui est prof d’histoire, apprend à son fils que le sigle qu’il a observé sur les caisses est celui des templiers, un ordre religieux et militaire issu de la chevalerie du Moyen-âge, chargés de protéger les pèlerins sur la route de Jérusalem et ayant accumulé au fil du temps de fabuleuses richesses, jamais retrouvées à ce jour. Amanda et Olivier mettront ainsi à jour un inimaginable complot.

Brillante, l’idée de Florian Dennisson d’introduire dans son récit une notion d’histoire avérée, intrigante et de nature à stimuler l’imagination du jeune lectorat d’autant que l’Ordre des Templiers est encore de nos jours, entouré de mystère, de secrets et d’énigmes.

Les pré-ados et jeunes ados vont se reconnaître dans cette belle aventure et s’identifieront facilement à Olivier et Amanda. Ils découvriront dans ce petit livre ce qu’ils aiment en général : de l’intrigue, du mystère, du danger et surtout, la douceur et l’efficacité d’un bel esprit d’équipe et de l’amitié. Dans cet opus, tous les éléments sont réunis pour donner aux jeunes le goût de la lecture.

C’est un bon roman pour les jeunes qui pourrait être aussi un baume pour le cœur des adultes…à une condition toutefois, il ne faut pas le lire avec des yeux et un esprit d’adulte car vous y découvririez un sérieux manque de profondeur, qualité qui ne figure pas dans les priorités des jeunes lecteurs de 8 à 13 ans et c’est normal. Il faut bien commencer par le commencement. L’important est de lire.

Enfin, dans son livre, l’auteur a bien résumé l’histoire et l’objectif des templiers, mais j’invite les jeunes qui veulent pousser leurs recherches à ce sujet à consulter le dossier publié par Vikidia.

Suggestion de lecture : LE LIVRE QU’IL NE FAUT SURTOUT,SURTOUT,SURTOUT PAS LIRE, de Sylvie Laroche

DU MÊME AUTEUR


L’auteur Florian Dennisson

Bonne lecture
Claude Lambert

Le bureau des affaires occultes

Commentaire saur le livre
d’ÉRIC FOUASSIER

*Selon les témoignages… le fils de la maison s’était jeté volontairement d’une fenêtre de l’hôtel paternel. Il avait été tué sur le coup. De prime abord, le suicide ne semblait pas faire le moindre doute.  Cependant, ce qui rendait la chose peu banale, c’est que Lucien Dauvergne avait mis fin à ses jours en présence de sa mère qui s’inquiétait de son absence prolongée et était montée le chercher à l’étage… Les proches du défunt… avaient tous assuré qu’aucun signe, au cours de la soirée, n’avait pu laisser augurer pareille issue funeste. *

Extrait : LE BUREAU DES AFFAIRES OCCULTES, Éric Fouassier, Albin Michel éditeur 2021, 384 pages, papier. Version audio : LIZZIE éditeur, 2021, durée d’écoute 10 heures 36 minutes, 891 mo, narrateur : Benjamin Jungers


L’auteur Éric Fouassier

Une étincelle dans la Sainte-Barbe

C’est un beau roman, développé dans un contexte historique bien mis en valeur. Nous sommes en 1830. Paris ne s’est vraiment jamais remise de la révolution et elle n’est pas au bout de ses peines. La monarchie absolue n’existe plus. Elle a été remplacée par une monarchie parlementaire.

Celui qui se fait appelé <Le roi des français> Louis-Philippe, patauge dans l’incertitude politique et doit composer avec une opposition virulente et agressive. L’équilibre social est fragile. Nous suivons un jeune inspecteur nommé par le légendaire Vidocq à la brigade de sûreté : Valentin Verne. Un homme au passé tortueux qui accepte d’enquêter surf la mort suspecte d’un homme politique influent.

Mais Verne est surtout obsédé par la traque d’un criminel insaisissable appelé le Vicaire qu’il s’est juré d’épingler. En enquêtant sur la mort du politicien, Verne n’a pas idée de ce qui l’attend…traîtrise, complot, machination, trahison et mise au jour d’une sinistre organisation : le renouveau jacobin qui tente de dupliquer les heures de gloire de la révolution sous Robespierre.

Il faut faire attention au terme <occulte> dans le titre. L’histoire se déroule effectivement à une époque où on prête facilement un caractère surnaturel aux énigmes insolubles. Mais ici le terme a surtout un sens politique. Aussi il est impératif de conclure les enquêtes afin de conserver un équilibre politique déjà précaire car dans la première moitié du XIXe siècle, la France demeure une poudrière.

J’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt, voire de plaisir. Le contexte historique est bien soigné et le personnage central, Valentin Verne est particulièrement bien travaillé. La psychologie des personnages est bien développée et l’intrigue est prenante. Le développement de l’histoire est constant, le fil conducteur assez stable. L’intrigue est double mais si une affaire est résolue avec un bel effet de surprise, l’enquête sur le vicaire n’est pas aboutie et m’a laissé sur ma faim.

Heureusement, tout est en place pour une suite qui permettra sans doute de nous expliquer où l’auteur veut en venir d’autant qu’il nous laisse sur la nomination de Verne au poste de chef du bureau des affaires occultes. Entre temps, j’ai pu profiter d’une plume fluide, agréable et d’une intrigue digne du titre.

En passant, pour la version audio, très belle narration du comédien Benjamin Jungers.

Suggestion de lecture : LES AVENTURES OCCULTES DE LADY BRADSLEY, d’Olivier Saraja

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute
le samedi 28 septembre 2024

L’ESCALIER DU DIABLE

Commentaire sur le livre de
DEAN KOONTZ

*-Le mal à l’état pur, insiste Sanjay. Tous
les fous ne prônent pas le mal, mais tous
 les gens malfaisants sont fous. *
(Extrait : L’ESCALIER DU DIABLE, Dean Koontz,
Archipel éditeur, 2020, édition de papier, 448 pages
Lu en format numérique pour la présente.)

Luttant contre l’étrange épidémie de suicides qui a emporté son mari, Jane Hawk est devenue la fugitive la plus recherchée des Etats-Unis. Tant par le gouvernement que par les responsables d’une confrérie secrète. A présent, elle tient une proie dans son viseur : un homme influent… disposant d’une armée de tueurs. Mue par sa soif de vengeance, Jane rejoint les flancs enneigés du Lac Tahoe, en Californie. Ce qu’elle va y découvrir est terrifiant. D’autant qu’elle va devoir gravir l’escalier du diable ! Jane sait que le temps lui est compté. Que sa vie ne tient qu’à un fil. Mais, elle respire encore… Et une conspiration menace des millions d’êtres humains.

L’ascension de Jane Hawk
*Les experts dont je parle n’ont aucune notion de la vraie
vie, Ce sont des élitistes dans l’âme, pétris de belles
théories, mais sans aucune expérience du monde réel. *
(extrait)

C’est le troisième volet des aventures de Jane Hawk, ex-agente du FBI qui enquête sur la mort suspecte de son mari. En cours d’enquête, Hawk découvre l’existence d’une conspiration qui menace des millions d’individus. Elle met son fils à l’abri car, comme elle en sait trop, tout le monde la recherche. Elle réussit à kidnapper un homme puissant qui est au cœur du complot : Booth Henrikson, rien de moins qu’un monstre.

Il est difficile de parler de ce roman sans tout dévoiler mais vous comprendrez mieux ce qui vous attend avec l’extrait qui suit :

<-Retrouver ton chemin avec une lampe n’est pas compliqué, mon fils, mais tu comprendras mieux ta douleur quand tu devras effectuer la descente dans le noir, à l’aveugle, comme une scolopendre dans une grotte. Cet escalier symbolise la vie, mon fils. Il évoque la triste réalité du monde, la cruauté et la brutalité humaines. Si tu espères survivre, sale petit merdeux, je te conseille de te montrer fort, comme moi. Descend au fond du trou et retiens la leçon, mon fils. Au fin fond du trou.> Extrait.

Vous avez une idée de ce dans quoi veut vous entraîner Dean Koontz, une visite dans les arcanes de la folie, des âmes noires.

C’est un roman solidement bâti mais qui comporte des faiblesses. L’intrigue est excellente et induit même une certaine addiction mais je crois que l’auteur a quelque peu abusé du pouvoir descriptif de sa plume. En effet, plusieurs passages d’une violence extrême n’ajoutent aucune valeur au récit. J’ai trouvé également que le jeune fils de Jane Hawk, Travis est sous-utilisé dans l’histoire. Il se cache.

C’est à peu près tout. Quant à la finale, malheureusement je l’ai trouvé bâclée, expédiée. On sait que L’ESCALIER DU DIABLE a une suite : LA PORTE INTERDITE mais Koontz ne m’a pas tellement donné le goût de poursuivre. Je pense que la finale aurait pu être beaucoup mieux travaillée et contenir quelques indices intrigants de nature à mettre l’eau à la bouche.

La principale force du récit est dans le fil conducteur. L’histoire est facile à suivre et comporte beaucoup d’action et certains passages sont pour le moins surprenants. L’écriture est fluide, ça se lit vite et bien. Jane Hawk fait un peu figure de superhéros mais au moins, l’auteur a veillé à ce qu’elle ne verse pas dans la caricature. Je l’ai même trouvé attachante.

Si vous êtes sensible, vous êtes tout de même prévenu que L’ESCALIER DU DIABLE est un roman très noir et très violent et on n’est pas insensible à la morbidité du questionnement qu’il pose : <et si ça arrivait pour de vrai?>          

Suggestion de lecture du même auteur : DARK WEB

LA SUITE

 

Né en 1945 en Pennsylvanie, Dean Koontz publie son premier roman en 1968 : Star Quest mais attendra jusqu’en 1981 pour atteindre la renommée avec LA NUIT DES CAFARDS. Les livres suivants sont une véritable collection de best-sellers dont MIDNIGHT, LA MAISON INTERDITE, LA CLÉ INTERDITE. Auteur prolifique, Dean Koontz a aussi publié plusieurs livres sous différents pseudonymes.

Bonne lecture

Claude Lambert
Le dimanche 5 mai 2024

LE VAISSEAU-MONDE HUMILITÉ, de R.R. Haywood

 

*La flotte existe car notre planète la Terre, celle sur laquelle
notre espèce a évolué, fut détruite par une météorite il y a
de cela plus de cent-vingt ans. Cette météorite avait été
détectée un peu moins de soixante ans avant l’impact. En
quête d’un nouveau foyer, les scientifiques de la terre
commencèrent par tourner leur regard vers les étoiles. *
(Extrait : LE VAISSEAU-MONDE MUMILITÉ, la trilogie du code
1, R.R. Haywood, Audible studios éditeur, 2019. Durée d’écoute :
13 heures 40 minutes. Narrateur : Loïc Houdré)

Cela fait 120 ans que les 50 vaisseaux-mondes contenant les quelques millions de survivants ont décollé après la destruction de la planète Terre par un météore.

À bord du Vaisseau-monde Humilité, Sam s’ennuie. Vivre dans l’espace devrait être une vie trépidante, mais ce n’est pas le cas, et il passe son temps à hacker des posters 3D de films. Yasmine Émile Dufont, petite voleuse, elle, ne s’ennuie pas. Après avoir grandi dans le Quatuor, les niveaux inférieurs du vaisseau où nulle loi ne règne, et avoir été confrontée à la violence et la pauvreté depuis sa naissance, elle souhaite désormais y échapper.

Elle veut accéder au luxe du Ab-Spa, au niveau supérieur du VM Abstinence, où les passagers mangent de la vraie nourriture et non des rats ou des cubes synthétiques. Pendant ce temps-là, le Gagarine, vaisseau autonome parti en éclaireur à la recherche d’une nouvelle planète où habiter, est revenu de sa mission avec un code d’information qui suggère qu’une planète habitable a bel et bien été trouvée. Cette nouvelle devrait être partagée avec l’ensemble de la flotte, mais quelques capitaines véreux souhaitent garder cette information secrète et coloniser eux-mêmes cette nouvelle planète.

Quand Yasmine vole le code par inadvertance, Sam et elle se retrouvent au milieu d’un jeu dangereux mêlant meurtres, corruption, querelles politiques et pire encore

ÉGOTISME ET HOMMERIE
*…avant de découvrir ce que cette courageuse petite sonde
a trouvé là dehors, dans l’étendue noire et solitaire de
l’espace…qu’a-t-elle vu ? *
(Extrait)

J’ai été attiré par la page couverture. Observez-la. Elle semble promettre une grande aventure, en route pour une vie différente et possiblement meilleure. Le concept de couverture laisse croire à un récit de science-fiction pure alors que ce que j’ai lu est plutôt une intrigue passablement banale, truffée de nombreux épisodes sexuels et de dialogues insipides.

Pour résumer très brièvement : la terre a été détruite. Des millions de rescapés ont été répartis dans cinquante vaisseaux-monde. L’histoire ce concentre sur un de ces vaisseaux: Humilité, un vaisseau colossal : 40 étages appelés *niveaux*. On y trouve des rues, centres commerciaux, maisons closes et toutes commodités. La mafia y fleurit, en particulier dans les quatre niveaux du bas, 37 à 40, appelés LE QUATUOR.

L’intrigue, qui semble secondaire et sous-développée dans le récit est à l’effet que le vaisseau de repérage GAGARINE aurait découvert une planète habitable qu’on espère depuis plus de 123 ans. Or les capitaines, soucieux de garder l’information pour eux, font crypter tous les détails de la découverte. Une jeune femme, Yasmine vole le code qui devient fortement convoité et source de complot et de meurtre.

J’ai trouvé cette histoire très ordinaire et par moment ennuyante. Il a été plus question des fameux et célèbres flocons d’avoine à la confiture de Sven que de la planète découverte par le Gagarine qui est quand-même la Terre Promise. Très peu d’informations sur la planète, sur le Gagarine, sur la construction et l’instrumentation des vaisseaux-monde, sur les étages V.I.P. et en particulier le ou les étages de commandement.

Aucune donnée scientifique ne serait-ce que sur la propulsion ou la communication. Le développement du récit vise surtout la crasse de la Société avec beaucoup de sexe, de scandales et de passages grossiers et vulgaires au pire, prosaïques au mieux.

En admettant que ce livre soit le premier d’une trilogie, j’aurais souhaité que l’auteur y inclut des éléments qui nous permettent de comprendre où il s’en va. Je m’attendais à de la science-fiction, j’ai eu droit à une comédie lascive. Je veux rendre hommage enfin à Loïc Houdré pour la version audio. Cet excellent narrateur a sauvé les meubles et m’a surpris par la vigueur de sa performance.

Suggestion de lecture : ESPERANZA 64, de Julien Centaure

Internet livre peu d’informations sur l’auteur mais il faut tout de même rappeler qu’il est auteur et créateur de L’HUMILITÉ DU MONDE et de THE UNDEAD, la série culte devenue la plus vendue au Royaume-Uni.

Bonne écoute
Claude Lambert
Le samedi 23 mars 2024

JE SUIS PILGRIM, de Terry Hayes

<Une chose m’apparaît clairement tout-à-coup,
c’est tout, sauf un banal homicide pour de l’argent,
de la drogue ou une quelconque pulsion sexuelle.
Avec ce meurtre, on est dans le registre de
l’extraordinaire.>
Extrait : JE SUIS PILGRIM, Terry
Hayes, or. JC Lattès éditeur, 2014, version audio : Audiolib
éditeur, 2019, durée d’écoute : 27 heures 53 minutes,
narrateur : Sylvain Hagaësse

Une jeune femme assassinée dans un hôtel sinistre de Manhattan. Un père décapité en public sous le soleil cuisant d’Arabie Saoudite. Un chercheur torturé devant un laboratoire syrien ultrasecret. Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l’humanité. Et en fil rouge, reliant ces événements, un homme répondant au nom de Pilgrim, nom de code d’un individu qui n’existe pas officiellement. Il a autrefois dirigé une unité d’élite des services secrets américains. Il s’est retiré mais son passé d’agent secret va bientôt le rattraper…

Haute tension
<Outre que c’est à désespérer du genre humain,
 je dois dire que je suis encore plus impressionné
 par l’assassin. Il n’a pas dû être facile d’arracher
 trente-deux dents une par une sur un cadavre.>
Extrait

C’est le meilleur thriller que j’ai lu. L’idée du complot contre l’humanité n’est pas nouvelle en soi. Le sujet est même réchauffé en littérature et au cinéma. Toutefois, le développement du récit réserve à l’auditeur et l’auditrice des surprises, des frissons, des revirements, de nombreux rebondissements et possiblement quelques haut-le-cœur.

Le sujet est donc simple : une chaîne d’évènements meurtriers amène les services secrets américains à mettre au jour un complot contre l’humanité susceptible d’éradiquer les États-Unis et par la bande, plus de la moitié de l’humanité. L’affaire est extrêmement sérieuse, le temps restant très minime. Pour sauver la planète, on fait appel à un élite des services secrets. Nom de code : PILGRIM.

Le récit repose sur la recherche et l’enquête de Pilgrim qui est extrêmement pointue, complexe et potentiellement mortelle. Si le développement est simple, le déploiement de l’enquête qui va crescendo, associé au pouvoir descriptif de la plume donne un tout absolument génial. Ajoutons à cela l’intensité du personnage principal, PILGRIM, très bien travaillé avec un équilibre parfait de forces et de faiblesses et une psychologie parfaitement mise au point.

C’est un récit très violent qui a la faiblesse de faire passer les américains pour les gentils bougres sauveurs de la planète et détenteurs de la vérité. Pas étonnant que l’histoire ait, comme toile de fond, la destruction du World trade center et présente une image très sombre de l’Islam. Toutefois, le récit a la force de mettre en perspective des aspects méconnus du terrorisme et présente une image peu flatteuse des services secrets :

*Les évènements de ces douze dernières heures étaient, pour les services de renseignements, une faillite qu’on pouvait qualifier d’historique. La mission première du Renseignement américain dans son ensemble, dont le budget était faramineux, était de protéger la Mère Patrie, et jamais, depuis Pearl Harbor ces organisations toutes puissantes n’avaient foiré à ce point, au vu et au su de tous. * (Extrait)

Je veux signaler enfin que le début de l’histoire est lent. Il a été difficile de s’y accrocher. Mais soyez patient. Ça change vite. Stress garanti, voire addiction. Il y a aussi, après la finale, une forme d’épilogue inutilement longue à mon avis. Donc, JE SUIS PILGRIM est un roman très fort. L’auteur nous amène à nous inquiéter pour l’agent PILGRIM, à penser pour lui, à ressentir toutes ses émotions. L’histoire est bien développée, la finale est surprenante. Le récit bénéficie aussi d’un bel équilibre.

Si la distinction est évidente entre les bons et les méchants, l’auteur détaille autant la démarche de PILGRIM que celle du terroriste Islamiste, appelé le Sarrazin qui a, pour un temps, le pouvoir de mort sur l’humanité. Et puis c’est la première fois que je lis un roman d’espionnage qui me permet de comprendre un peu ce qui se passe dans la tête d’un terroriste et d’observer qu’un terroriste peut-être lui-aussi terrorisé. Très bonne lecture.

Suggestion de lecture : PROJET ANASTASIS, de Jacques Vandroux

Après plusieurs années en journalisme, Terry Hayes rencontre le réalisateur de cinéma australien George Miller avec qui il collabore à la novélisation du scénario de Mad Max. Miller embauche ensuite Hayes pour écrire avec lui le scénario de Mad Max 2 (1981). Hayes, qui devient ensuite scénariste et producteur pour le cinéma et la télévision, s’installe à Hollywood. Il signe, en 1989, les scénarios de Calme blanc (Dead Calm), adapté d’un roman éponyme de Charles Williams, et de From Hell , 2001. Hayes, qui remporte plus de vingt récompenses en carrière, publie en 2013 son premier roman, le thriller Je suis Pilgrim (I am Pilgrim), rapidement devenu un best-seller international. Source : Wikipédia

BONNE LECTURE
BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le dimanche 10 mars 2024

LES ORCHIDÉES DE STALINE

Commentaire sur le livre de
CORINNE DE VAILLY
et
NORMAND LESTER

*…d’autres questions concernaient son partenaire.
Le croyait-il coupable du meurtre de Geneviève ?
Pourquoi ce mouvement de recul ? Et puis il y avait
ces images latentes qui revenaient constamment le
hanter depuis qu’il avait vu le cadavre. Geneviève
souriante, Geneviève dans son lit. Geneviève morte
…dépecée…*
(Extrait : LES ORCHIDÉES DE STALINE, Corinne De
Vailly et Normand Lester, Les Éditions du 38, 2016, 316
pages num. Éd. Originale sous le titre CHIMÈRES, chez
Libre-Expression 2006)

À Montréal, des corps mutilés de jeunes femmes sont découverts toutes sans utérus. Tueur en série ? Secte satanique ? Les investigations du sergent-détective Pierre Dumont le mèneront à la rencontre de Jeremy Powell, charismatique dirigeant du  Mouvement animaliste mondial, amateur d’orchidées. Un complot d’envergure se prépare, qui s’attaque aux fondements mêmes de la nature humaine. Les auteurs ont puisé leur inspiration entre autres, dans les archives secrètes de l’époque stalinienne rendues publiques depuis l’effondrement de l’URSS : Moscou a tenté dans les années trente de réaliser le projet démoniaque décrit dans ce livre.

Un *quatre-mains* sur l’éthique
*Il croyait que ces expériences, si elles portaient
leurs fruits, seraient un instrument de propagande
extraordinaire dans sa lutte contre la religion. Il
pensait avoir trouvé l’arme absolue pour s’attaquer
au fondement même de toutes les croyances. Si
nous réussissions, il serait difficile de croire à

l’âme humaine. *  (Extrait)

C’est une histoire intéressante et très bien tissée. Le sujet, sans être original n’en n’est pas moins très sensible. Les auteurs puisent l’origine de l’histoire dans les archives secrètes de Staline rendu publiques après l’effondrement de l’URSS, Moscou aurait en effet tenté de réaliser un projet démoniaque : une manipulation génétique de série totalement contre nature : *Une expérience qui allait bouleverser les religions, la morale, les philosophies, la condition humaine elle-même*. (Extrait)

Dans ce décor maudit se trouvait entre autres un scientifique tordu : Duncan Powell qui rêvait de l’abolition des religions et bien sûr, vers la pratique de l’eugénisme, il n’y avait qu’un pas. Dans un régime meurtrier et instable, le projet devait être étouffé. Puis les auteurs font un bond dans le temps…jusqu’en 2002 : des corps mutilés de femmes sont découverts sans utérus. Entre en scène alors le personnage principal de l’histoire, Jeremy Powell.

Peut-être avez-vous déjà fait le lien de famille. Jeremy Powell est un adonis charismatique, voire magnétique assis sur une énorme fortune. C’est un grand amateur d’orchidées, cueillies dans le monde entier et qui font l’objet d’expériences d’hybridation. Powell est aussi protecteur d’un singe bonobo appelé Nietzsche doué d’une extraordinaire intelligence. *Cet homme inspire la crainte, mais dans des moments comme celui-ci, je pourrais lui confier un enfant* (Extrait)

Les auteurs dévoilent graduellement l’esprit tordu de Powell dont la passion pour les orchidées est à la fois prétexte et précurseur d’un projet qui définit le pire de la bassesse humaine :

*Les orchidées, la fertilité et même l’éternité, tu vas le voir, sont pour moi reliées dans le grand ordre des choses de l’univers. Tu vas être le couronnement de ma carrière de chercheur, et de ma vie d’animaliste. Avec moi, tu vas passer à l’histoire. Tu vas me permettre de réaliser un attentat contre l’humanité. Un attentat contre la nature elle-même. L’ultime acte de terrorisme pour la défense des animaux. Pour mettre fin au spécisme.* (Extrait)

Le personnage du savant fou est courant en littérature. Malgré tout, ce livre est un tourne-page angoissant. Le rythme est soutenu et on suit les enquêteurs de page en page avec anxiété car le temps est compté. Le roman est fort et profond. Il y a toutefois quelques irritants, souvent nécessaires dans les thrillers scientifiques dignes du titre, mais pas toujours.

L’intrigue, qui est heureusement puissante, est souvent diluée dans des explications historiques et scientifiques indigestes. Il y a des passages qui traînent en longueur comme celui sur l’époque de Staline ou encore ce long chapitre dans lequel Powell explique les origines de son singe Bonobo. Je n’ai pas tout à fait saisi ce que ça apporte de plus au récit. Mais je peux vous dire que je considère Bonobo comme un personnage important de l’histoire, sympathique, attachant et je vous suggère de vous accrocher à lui.

Donc c’est la principale faiblesse du récit : l’enquête est un peu diluée par des éléments qui confinent parfois à l’errance. Mais bon l’ensemble a l’avantage d’être bien documenté et crédible. Ce détail n’a toutefois pas empêché, chez moi, une forte production d’adrénaline.

Est-ce qu’on peut modifier la nature humaine? Le livre pousse à la réflexion sur le pouvoir actuellement entre les mains des généticiens, sur les limites qu’on devrait imposer à la science par l’élaboration d’un code d’éthique rigoureux, des protocoles de contrôle. Le récit propose aussi une réflexion intéressante sur le spécisme et la protection des animaux.

Et puis, sommes-nous à l’abri de malades et d’illuminés comme Powell. Je pense que vous allez vous laissez aller dans ce thriller scientifique. En ce qui me concerne, il m’a un peu ébranlé. C’est un livre qui fait de l’effet. Est-ce que la nature aura toujours le dernier mot?

Suggestion de lecture : HIVER ROUGE, de Dan Smith

Française, arrivée au Québec à 14 ans, Corinne de Vailly est un auteur jeunesse reconnu Outre-Atlantique. Journaliste puis auteur de comédies musicales, parolière pour les productions Disney et divers artistes québécois, elle dirige l’équipe éditoriale de l’émission jeunesse Le Petit Journal, pour laquelle elle remporte plusieurs prix.
Elle publie son premier livre jeunesse en 1993, Miss Catastrophe (pour les 4-6 ans) aux Éditions du Raton-Laveur. Suivent plusieurs romans ainsi qu’une série fantasy à succès Celtina (Éd. Les Intouchables). Elle écrit également des romans policiers pour adultes avec Normand Lester

Journaliste d’investigation, Normand Lester se spécialise dans les questions internationales, les affaires militaires et les activités des services secrets.Ancien stagiaire du Centre d’études de politique étrangère de Paris, Normand Lester a été correspondant du journal télévisé de la SRC dans la capitale française, au siège de l’ONU à New York et à Washington où il était accrédité à la Maison-Blanche. À titre d’envoyé spécial, il a réalisé des reportages en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine. Il s’est vu décerner le prix Olivar-Asselin pour « son courage et son excellence en journalisme d’enquête » et il est récipiendaire de la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 28 octobre 2023

MALÉFIQUE LE POUVOIR DU MAL (roman du film)

Commentaire sur la novellisation de
ELIZABETH RUDNIK

*…Mais là où il y a de la lumière se trouve aussi
l’obscurité. Et l’obscurité approche de la lande.
Un mal inattendu qui n’a pas fini de se dévoiler… *
(Extrait : MALÉFIQUE, Le pouvoir du mal, le roman
du film, adapté par Élizabeth Rudnik, Hachette éditeur
2019, édition de papier, 222 pages, pour les 10-12 ans)

Cinq années ont passé. Aurore est maintenant reine de la Lande, et Philippe prince d’Ulstead. Il est temps pour les deux amoureux de vivre heureux pour toujours… non ? Eh bien non ! Des fées disparaissent chaque jour dans la Lande, et quelque chose de diabolique semble se tramer. De son côté, Aurore se lie avec la reine Ingrith, la mère de Philippe, et Maléfique se dresse contre cette femme qui méprise toutes les valeurs qui lui sont si chères… L’amour saura-t-il triompher ? La Princesse Aurore pourrait bien être la cible d’une malédiction irrévocable.

 

Une sorcière et une reine
*Philippe n’arrive pas à croire que les choses soient allées
si loin. Son mariage est un massacre : sa mère fait la guerre
aux fées, elle a empoisonné son père, et le voilà qui tombe,
accroché, impuissant, à un cerf-volant tandis que son ami le
plus cher et le plus ancien se cramponne à ses pieds. *
(Extrait)

J’ai choisi cette fois de vous parler d’une novellisation. Il est assez rare que je m’intéresse à ce type de littérature, un scénario de film, écrit par un collectif et adapté en livre. Comme j’essaie de m’intéresser à tout, autant me pencher sur un livre qui adapte un film des studios Disney. Disney m’a toujours fasciné…depuis que je suis tout petit. Notez que je n’ai pas vu le film. Je n’ai pas vu ce qui le précède ni ce qui le suit. Je me suis limité à lire le roman du film.

L’histoire est celle d’Aurore, reine de la lande. Elle doit se marier avec Philippe, prince d’Ulstead. Mais de graves évènements viennent bousculer les préparatifs traditionnels. Des fées disparaissent. Le roi Jean, père de Philippe devient paralysé. La mère du prince, la reine Ingrith, qui cache à peine son mépris des fées, trame quelque chose d’obscur. Maléfique, la grande fée noire se dresse contre la reine Ingrith. Si rien n’est fait, la lande se mourra.

C’est une petite lecture rafraîchissante pour les jeunes lecteurs et lectrices de 10 à 13 ans. Il y a de l’aventure, du fantastique, un complot et une touche de romantisme même si les auteurs n’ont pas prêté au Prince Philippe un rôle vraiment signifiant. J’essaie de juger le récit avec des yeux d’ados mais j’arrive tout de même à la conclusion que le caractère effacé du prince nuit à l’équilibre de l’histoire.

En supposant que l’histoire se lit indépendamment de ce qui la précède ou ce qui la suit, il m’a semblé évident aussi que la Fée noire Maléfique porte plutôt mal son nom. Elle a du caractère c’est vrai mais elle n’est pas vraiment malicieuse et par-dessus tout, elle aime Aurore. Le point fort de ce livre est qu’il introduit intelligemment les enfants à la réalité de l’éternelle dualité entre le bien et le mal. En ce sens, l’histoire est bien écrite et bien développée mais j’ai l’impression qu’elle nous rapporte toujours aux films.

Un dernier fait intéressant pour les enfants c’est que l’histoire démontre que sur la route du bonheur, il y a toujours des obstacles et plusieurs de ces obstacles donnent l’impression d’être plus grands que nature. Il y a toujours moyen de surmonter ces obstacles avec du temps, de la patience de l’amour.

Je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages mais je dois dire que Maléfique m’a beaucoup impressionné. Le titre n’est pas vraiment révélateur du récit mais peu importe. Le livre porte l’empreinte de Disney et comme tout ce qui vient de Disney, l’histoire est porteuse d’une morale saine et est je crois stimulante pour les jeunes lecteurs et lectrices. À lire donc, MALÉFIQUE LE POUVOIR DU MAL

Suggestion de lecture :

LE PETIT PRINCE le roman du film, adaptation de VANESSA RUBBIO-BARREAU

Elizabeth Rudnik est une jeune auteure américaine. Rédactrice en chef chez Disney Press à New York, elle a édité des livres basés sur des films comme Pirates des Caraïbes et Prince of Persia et bien sûr MALÉFIQUE, LE POUVOIR DU MAL et j’en passe.  Quand elle ne travaille pas, elle vit dans le Connecticut avec son chien nommé Jack Dyson. Elle regarde beaucoup la télé aux fins de ses recherches.

Le film

Le film qui a inspiré le roman a été réalisé en 2019 par Joaquim Ronning. On y retrouve une prestigieuse distribution : Angelina Jolie, dans le rôle de Maléfique (photo), Elle Fanning dans le rôle de Princesse Aurore, Harris Dickinson dans le rôle du prince Philippe et Michelle Pfeiffer dans le rôle de la reine Ingrith. Une production Disney.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche premier octobre 2023

ET DIEU SE LEVA DU PIED GAUCHE, d’Oren Miller

*Quand Ambroise Perrin passa le porche menant à l’entrée
du castel Béranger, rue Lafontaine dans le seizième
arrondissement de Paris, il fut convaincu de deux choses :
il haïssait le thé, et il allait mettre fin à ses jours. *
(Extrait :
ET DIEU SE LEVA DU PIED GAUCHE, Oren Miller, HSN
éditeur, 2018, 443 pages en format numérique)

Après avoir avoué à sa femme qu’il avait toujours détesté le thé, Ambroise Perrin se défenestre sous les yeux médusés des personnes présentes. Entre temps, Louise Duval se réveille d’une soirée de gala et découvre que sept de ses collègues sont morts au même moment dans leur lit, de causes inexpliquées. Rien ne lie ces deux affaires. Si ce n’est leur mystère. C’est assez pour intéresser Évariste Fauconnier, enquêteur émérite spécialisé dans les affaires que personne ne peut résoudre. Entre crimes en série, esprits diaboliques et complots politiques, le fin limier va devoir dénouer les fils d’une gigantesque toile qui risque bien d’avaler son âme autant que sa raison. 

Un récit criant
*À mesure qu’Évariste lui parlait, Armand avait cessé
de bouger. Le calme semblait avoir réussi à pénétrer
sa démence, et ainsi, presque tranquille, il donnait
l’impression d’être en capacité d’avoir une conversation.*
(Extrait)

C’est un roman qui frappe très fort dès le départ avec des évènements extrêmement intrigants qui figent le lecteur dans une toile d’araignée et force son attention jusqu’à la toute fin et heureusement car malgré des personnages un peu réchauffés, l’ensemble est génial et l’écriture est redoutablement efficace.

L’histoire met en scène deux personnages récurrents de l’œuvre d’Oren Miller : Évariste Fauconnier, détective brillant, et il le sait, spécialisé dans les affaires impossibles à résoudre, et Isabeau LeDu, bras droit de Fauconnier. Encore un duo du style Sherlock Holmes/Watson, avec un détective brillant, d’une intelligence supérieure, snobinard et prétentieux et l’autre, également très intelligent mais avec une personnalité moins forte et qui évolue dans l’ombre du premier.

La littérature policière nous a habitué à ce style surfait avec des personnages plus grands que nature. Je n’ai jamais pu m’attacher à Évariste mais c’est du déjà-vu. Je m’y suis habitué. Cela mis de côté, c’est ici que s’installe l’originalité.

Maintenant, imaginez que sept personnes meurent exactement au même moment, sans violence, paisiblement. Sept personnes meurent comme on s’endort. Elles cessent simplement d’exister. Évariste et Isabeau ont du pain sur la planche et ne seront pas au bout de leur peine, comme les lecteurs d’ailleurs.

L’histoire tourne autour de la Fondation Sorel, une organisation de haut niveau, vouée à l’avancement de la médecine et qui réunit la crème des scientifiques à l’échelle mondiale. Et fait étonnant, l’État du Vatican est associé à cette démarche et nous verrons que ce n’est pas sans raison.  Nos limiers découvrent que quelques-uns de ces scientifiques décident de reprendre à leur compte des expériences entamées par les Nazis dans les camps de concentration.

Les lecteurs doivent s’attendre à ce que les coulisses de la Fondation Sorel cachent des secrets de nature à faire dresser les cheveux sur la tête. La corde est sensible car des enfants sont visés. Certains passages sont très durs.

L’auteure établit un lien entre les camps nazis de concentrations et les personnes atteintes de troubles psychiatriques. Les lecteurs/lectrices ne sont pas ménagés. Le développement de l’histoire est rapide, redoutable, efficace. La plume est directe, voire acérée. Miller garde le mystère entier et le lecteur sur le qui-vive jusqu’à la grande finale, plutôt surprenante.

J’ai beaucoup aimé la plume d’Oren Miller, au style adapté à toutes les situations et pouvant être aussi élégante que cynique. J’ai aussi aimé l’atmosphère du récit. Aussi lourde qu’énigmatique et ne me donnant aucune possibilité de découvrir moi-même qui est le meurtrier. Une atmosphère chargée qui justifie pleinement le titre :

<Odette se laissa choir sur la première chaise à portée de son corps. Elle plaqua une main devant sa bouche. L’effroi et la sidération se disputaient le règne sur son visage. -Oh mon…dieu -Croyez-moi, dans cette histoire, Dieu s’est levé dès le départ du pied gauche. -Mais…que…> Extrait.

Dans son roman, l’autrice explore l’âme dans ce qu’elle a de plus noire ainsi qu’un rêve vieux comme le monde : la manipulation mentale,  et si ce n’était du caractère guilleret un peu stéréotypé des enquêteurs, il serait d’une lourdeur insupportable. ET DIEU SE LEVA DU PIED GAUCHE est un livre-phénomène. Je le recommande.

Suggestion de lecture : SHUTTER ISLAND, de Dennis Lehane

Juriste de formation, Oren Miller (un pseudonyme) s’est très tôt échappée dans des mondes imaginaires qu’elle décide de mettre par écrit en 2009 avec ses premiers romans. Son terrain de jeu favori reste l’adaptation des grands thèmes de fiction et l’exploration des émotions humaines à l’aide d’une plume colorée et bien taillée en pointe. Elle écrit des romances sous le pseudonyme de Lucie Castel (Harper Collins). En parallèle de ses activités littéraires, elle enseigne certaines matières juridiques dans une prestigieuse école à Lyon.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 6 août 2023