LA LIBRAIRIE DES OMBRES, de Mikkel Birkegaard

*Brusquement, l’expression du visage de Luca passa de
l’enthousiasme à la stupeur, il recula, vacilla, et son corps
vint percuter la vitrine derrière lui. Il continua sa lecture,
les yeux rivés sur le texte, tandis que des éclats de verre
lui pleuvaient dessus. *

(Extrait : LA LIBRAIRIE DES OMBRES,
Mikkel, Birkegaard, Fleuve Noir éditeur, 2010 pour la traduction
française. Édition de papier, 507 pages.)

Dans la ville de Copenhague, Luca Campelli, propriétaire de la librairie Libri di Luca spécialisée dans les livres anciens, meurt subitement. Son fils Jon hérite du magasin et découvre rapidement un secret fabuleux. Son père était à la tête d’un groupe de « lettore », des personnes dotées du pouvoir exceptionnel d’influencer la lecture des autres et même de pratiquer des manipulations mentales fort dangereuses. Dans ce contexte, la mort du père n’a plus l’air d’être naturelle, de même que le suicide de la mère qui s’est jetée par la fenêtre alors que Jon était encore enfant. Une société secrète existe-t-elle vraiment ? Quelqu’un cherche-t-il à s’emparer de ce don incroyable dans de mauvais desseins ? Jon se lance dans une enquête risquée.

Méfiez-vous de vos livres
*Le corps de Luca atterrit dans un bruit sourd
au milieu d’une étroite travée, où il fut
immédiatement enseveli sous un tas de livres,
de bois et de poussière. *
(Extrait)

Pour bien saisir la portée de cette histoire, imaginons la situation suivante. Vous êtes dans votre chambre et vous lisez un livre. Moi, je suis dans la chambre voisine et je peux capter mentalement ce que vous lisez. Je peux modifier, amplifier voire dramatiser la perception que vous avez de votre lecture, l’image que vous vous créez dans votre esprit avec en plus, la possibilité de modifier l’environnement physique. Souhaitons que vous ne lisiez pas TITANIC ou autres drames du genre ou pire.

Il y a un passage dans le livre ou un lecteur lit FRANKESTEIN de Mary Shelly. Je vous laisse deviner un peu comment devient le décor. Alors aux fins de l’histoire, en tant que lecteur, vous êtes l’émetteur, et moi, je suis le récepteur. Je reçois, je capte ce que vous lisez et j’en fais ce que je veux.

Cette histoire de Birkegaard se déroule à Copenhague et finit en Égypte. Elle a pour origine la *libri di luca* dont le propriétaire, Luca, meurt subitement. Sa librairie abritait une société secrète de *lettore*. Son fils, John, qui deviendra un puissant émetteur devient convaincu que la mort de son père n’est pas naturelle. Il y aurait complot. Il enquête et ça va le mener assez loin.

J’ai été séduit par la photo de la première de couverture, par le synopsis et je me disais que j’allais savourer un livre qui parle de livres. Le sujet est original. Mais j’ai été déçu car son intrigue est noyée dans la technique de lecture qui permet tant de merveilles. En fait, l’auteur a choisi de verser dans le fantastique, le surnaturel. La trame est prévisible et peu vraisemblable. L’ensemble manque de crédibilité. Par exemple, il y a eu mort d’homme, incendie…on n’entend jamais parler de la police ou d’enquête.

L’Idée de départ est bonne mais elle verse presque dans la carricature en ce sens que l’atmosphère de l’histoire prime davantage que la psychologie et même le rôle des personnages qui sont nombreux, suffisamment pour se perdre un peu. J’ai été déçu aussi de la finale que j’ai trouvée bâclée. Aussi, on perd la trace d’un jeune personnage-clé dans l’issue de l’histoire appelé PAW et dont on n’entendra plus parler.

Finalement, les véritables héros de ce livre sont…les livres même si on leur prête un rôle bizarre, disons tiré par les cheveux : *La douleur de voir Katherina soumise à ce genre de supplices lui aurait paru bien plus insupportable que d’en être lui-même victime. Mais lorsqu’il vit ce que contenait la valise, il fut pris de panique. Le petit homme aux lunettes avait plongé lentement les deux mains et extirpé un objet avec la plus grande précaution. C’était un livre. * (Extrait) Loin de moi l’idée de démolir ce livre.

C’est un bon roman mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Il ne m’a pas beaucoup atteint. J’ai aimé certaines idées comme le fait par exemple que plus un livre est lu plus il est chargé d’énergie. Intéressant comme concept et il y en a quelques autres mais dans l’ensemble, il manque un petit quelque chose, une étincelle qui aurait pu tout changer.

Peut-être est-ce le facteur humain qui est sous-exploité dans cette histoire…trop de surnaturel peut-être. On peut prêter aux livres certains pouvoirs mais celui de vie ou de mort…là je déchante un peu.

Suggestion de lecture : CRIMES À LA LIBRAIRIE,  collectif québécois

Mikkel Birkegaard est un auteur danois vivant à Copenhague et spécialisé dans la littérature fantastique. Il y a très peu d’informations disponibles sur cet auteur. Il faut dire qu’un seul de ses livres a été traduit au moment d’écrire ces lignes et c’est LA LIBRAIRIE DES OMBRES.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 5 août 2023

LE PUITS D’ANDROMÈDE, de Martin Shenk

<Peter Wiley jeta un coup d’œil circulaire et
ne vit les signes de plus en plus manifestes
de la déchéance-une odeur de moisissure et cette
crasse qui envahit tout lorsqu’on est près de toucher
le fond. >  
Extrait : LE PUITS D’ANDROMÈDE, Martin
Schenk, Presses de la Cité, t.f. 1998. Édition de papier,
 pages.

Une idée mortelle
<Affaissée sur l’épaule de Peter, elle
regardait derrière lui et voyait les
choses comme n’aurait pu le faire
aucune fillette de son âge. >
Extrait

C’est un roman étrange mais qui a une grande qualité : il est intrigant et force la curiosité du lecteur et de la lectrice, captant leur attention jusqu’à la finale qui, elle, m’a un peu déchiré. Voyons d’abord l’histoire en bref. Nous suivons la famille Wiley : Peter, le père, Sandra, la mère et les enfants Will et Andromède, installés à Wihbone, une petite ville du Kansas dans une profonde misère.

Un jour, Sandra entend parler d’une petite fille, surnommée par la presse Baby Carlotta, tombée dans un puits profonds abandonné et mise ainsi en danger de mort. Les journalistes se déploient car le sauvetage n’est pas certain. Les encouragements arrivent de partout ainsi que…l’argent. Sandra se dit pourquoi pas ? Elle élabore un plan avec la complicité de Peter : organiser la chute de Will dans un puits abandonné, inspirer la pitié, assister à un sauvetage problématique. Mais rien ne se passe comme prévu.

D’abord c’est Andromède qui tombera dans le puits et qui vivra un enfer de cinq jours dans les profondeurs de la terre. La presse dramatise l’évènement autant qu’elle le peut. L’argent rentre et plusieurs citoyens de Wishbone profiteront avec avidité de la manne provoquée par la situation périlleuse d’Andromède. Ce que tout le monde apprendra une quinzaine d’années plus tard, c’est que cet évènement a réveillé des forces inimaginables au centre desquelles se trouve maintenant la petite Andromède…devenue grande…

Le roman est développé avec un grand souci du détail. Par exemple, le sauvetage d’Andromède est tellement bien décrit que j’ai l’impression d’être sur place. J’ai eu peur pour elle jusqu’à ce que des changements de sa personnalité me pousse à avoir peur pour tout le monde. On sent que le roman a été écrit par un scénariste car il est développé à la manière d’un film…très descriptif, visuel et finalement addictif.

Le développement m’a donc gardé captif jusqu’à la finale que j’ai trouvée un peu bizarre. Une finale spectaculaire, terriblement meurtrière et totalement démesurée par rapport à l’importance des évènements du puits, d’autant qu’il n’y a pas que les profiteurs qui paieront le prix de leur avidité mais beaucoup d’innocents y passent.

Je ne vous parlerai pas ici du sort de la famille mais vous devez savoir que la conclusion comporte un mélange un peu facile de science, d’ésotérisme, de science-fiction, de surnaturel et de philosophie. Entre le développement et la conclusion, il y a un manque d’équilibre. Trop de détails sont escamotés, comme au cinéma. Tout le pouvoir du roman repose sur les fameuses racines du puits dont je n’ai à peu près rien su finalement.

Si j’ai trouvé la finale expédiée et presque quelconque, elle aura permis au moins une petite réflexion et un questionnement sur le pouvoir de l’esprit, la volonté de vivre et surtout sur cette vie qui, sans qu’on s’en rende vraiment compte, fourmille sous nos pieds, sous la terre.

Peut-être y a-t-il même une intelligence. C’est ce que laisse supposer l’aventure d’Andromède dans le puits, étouffée par la peur et une terrible solitude. Je vous recommande ce livre à cause de la qualité de son développement.

NOTE : Une histoire semblable est développée dans le film de Billy Wilder sorti en 1951 LE GOUFFRE AUX CHIMÈRES avec Kirk Douglas.

Suggestion de lecture : 300 MINUTES DE DANGER, de Jack Heath

NOTE : Martin Schenk est un autre de ces auteurs fantômes sur lesquels il est pratiquement impossible de trouver biographie et photos sur internet. Je sais toutefois que sa carrière d’auteur n’est pas allée très loin. Je lui connais un autre thriller, A SMALL DARK PLACE et ça ne va pas plus loin, du moins à ma connaissance. Martin Schenk demeure cependant un scénariste confirmé d’Hollywood.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 21 juillet 2023

 

L’AFFAIRE DES CORPS SANS TÊTE, de Jean-Christophe Portes

*…il comprit brusquement qu’il allait finir pendu
et égorgé comme le gouverneur de la Bastille,
et sa tête brandie au sommet d’une pique…
pourtant, il résistait encore…*
(Extrait : L’AFFAIRE
DES CORPS SANS TËTE, Jean-Christophe Portes,
or. : City éditions, 2015, 400 pages. Version audio :
Audible studios éditeur, 2018, durée d’écoute : 11
heures 23 minutes. Narrateur : Florent Cheippe. 1er
volet des enquêtes de Victor Dauterive. Thriller)

1771 : On découvre des cadavres dans la Seine, nus et la tête coupée. Malgré l’émoi populaire, Victor Dauterive, jeune officier de la nouvelle Gendarmerie n’a guère le temps de s’en préoccuper : Lafayette, son mentor, l’a chargé d’arrêter Marat, ce dangereux agitateur qui appelle au meurtre des aristocrates. Mais la mission tourne vite au cauchemar.  Peu à peu, Victor Dauterive lève le voile sur un effrayant complot, une conspiration qui pourrait changer le cours de la Révolution…

VARIATION SUR RÉVOLUTION
*Marat s’interrompit brusquement pour dévisager le sous-lieutenant.
Dans son regard brûlait une passion inconnue qui fit frissonner Victor,
et il sentit que, derrière cet homme, tout un peuple réclamait justice. *
(Extrait)

C’est un roman historique très fort. Je dirais même un *policier historique* car on y suit une enquête complexe d’un sous-officier de la nouvelle gendarmerie nationale qui remplace l’ancienne organisation policière qu’on appelait la maréchaussée. Le policier s’appelle Victor Dauterive qui deviendra un personnage récurrent de l’oeuvre de Jean-Christophe Portes.

Nous sommes dans la dernière décennie du XVIIIe siècle. Louis XVI tente l’impossible pour sauver son trône en s’appuyant en particulier sur son plus précieux général : Le marquis de Lafayette, appelé le héros des deux mondes, fait général par George Washington dans la guerre d’indépendance contre le pouvoir colonial britannique, puis revenu en France pour gérer la sécurité du roi.

L’histoire se déroule alors que les figures émergeantes de la révolution française lèvent la voix: Danton, Robespierre, Jean-Paul Marrat. Dans une société instable et chaotique, alors que le roi doit fuir son propre peuple, Dauterive enquête sur la découverte de cadavres dans la Seine, nus, la tête coupée avec une précision chirurgicale. Son enquête l’amène dans les coulisses de la révolution, mettant au jour un complot qui risque de mettre la France à feu et à sang.

J’ai beaucoup lu sur la révolution française, suffisamment pour observer un profond respect de l’auteur pour le contexte historique. C’est très bien documenté. C’est un roman très attractif. J’ai eu l’impression d’avoir été installé à Paris au XVIIIe siècle. C’est vivant et aussi très explosif. Je constate toutefois deux petites faiblesses à cet ouvrage : le début est lent et le lien entre la révolution et les cadavres sans tête n’est pas évident ou tout au moins non-prioritaire tout au long du récit. Deuxièmement, il y a dans le récit, apparence de complots qui, tantôt s’opposent, tantôt s’imbriquent. On s’y perd un peu parce que le fil conducteur du récit devient chancelant par moment.

C’est bien peu de choses devant le caractère de la plume, le réalisme historique, l’intensité des personnages et, si je me réfère à la version audio, les extraordinaires capacités vocales du narrateur Florent Cheippe. J’ai eu du plaisir à suivre Victor Dauterive. J’ai même hâte de le retrouver dans sa prochaine enquête en espérant qu’il continuera à me tenir en haleine et m’entraînera dans les nombreux rebondissements qui ont si bien caractérisé sa première enquête. À suivre et j’ai hâte.

Suggestion de lecture : LA TABLE DE ROBESPIERRE, de Charles Richebourg

Après des études à l’École nationale des arts décoratifs, Jean-Christophe Portes est devenu journaliste et réalisateur pour la télévision. Les précédentes enquêtes de Victor Dauterive, L’AFFAIRE DES CORPS SANS TÊTE, L’AFFAIRE DE L’HOMME À L’ESCARPIN, LA DISPARUE DE SAINT-MAUR et L’ESPION DES TUILERIES ont rencontré un beau succès. Portes a remporté le prix du Polar du Festival de Saint-Maur en 2018. Toutes les enquêtes de Victor Dauterive se déroulent dans le cadre de la France révolutionnaire, alors que le pays est au bord du chaos et que la monarchie tire à sa fin.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 10 juin 2023

PROJET ANASTASIS, le livre de Jacques Vandroux

*Alpha tira trois objets métalliques de son sac. Sans hésiter,
il les lança dans la foule compacte. Il se mit rapidement à
l’abri derrière la colonne. Quand la première grenade explosa,
la stupéfaction gagna la foule. Les deux explosions suivantes
espacées de quelques secondes, transformèrent l’église en un
temple de souffrance.
(Extrait : PROJET ANASTASIS, Jacques
Vandroux, Robert Laffont éditeur, 2017, format numérique, 530
pages en version brochée)

Jean Legarec, responsable d’une agence privée de renseignements, est un expert en affaires sensibles. Mais il est loin d’imaginer ce qui l’attend lorsqu’il accepte d’enquêter sur la disparition d’un enfant, enlevé lors du chaos qui a suivi un attentat perpétré à Notre-Dame de Paris. Très vite, Legarec découvre qu’il ne s’agit pas d’un « simple » kidnapping, mais d’un large complot dont les racines remontent au Troisième Reich. Aidé de Béatrice, la tante du garçon, il va devoir plonger au cœur des heures les plus sombres de l’histoire européenne. Et ce, alors même que son attirance grandissante pour Béatrice menace d’obscurcir son jugement… Parviendra-t-il à  sauver un enfant innocent de cette toile infernale ?

Une brique de chaos
*…Pourtant qui sait ce que ces médecins ont découvert ?
Qui sait à quelles atrocités ils se sont livrés pour
satisfaire leurs fantasmes de toute-puissance ?
Comment pouvons-nous enquêter dans cette
direction?
(Extrait)

Peu de choses à dire sur cette histoire un peu réchauffée et sans grande originalité. Le roman est classé thriller historique parce que l’auteur le fait évoluer dans les heures sombres de l’humanité. Jusque là ça va mais le développement est plutôt abracadabrant et n’offre pas grand-chose de neuf : d’un côté, un ennemi sans états d’âme, le nazisme ressuscité grâce à la génétique et de l’autre, un héros sans peur et sans reproche style James Bond.

Là où ça devient un peu plus intéressant, c’est que, à enquêter sur la disparition d’un enfant, l’auteur va nous faire plonger dans une des périodes les plus dramatiques de l’histoire européenne donnant au récit une dimension historique captivante.

Les personnages sont aussi intéressants car l’enquêteur Jean Legarec va s’entourer d’une équipe de collaborateurs qui donneront de la couleur au récit : un survivant des camps de la mort, encore vigoureux (comme trop beau pour être vrai), un militaire, quelques diplomates, une historienne allemande…disons très ouverte, et une énigmatique alsacienne.

Donc, dans ce thriller, il y a des valeurs sûres malgré une forte impression de déjà vu qui ne ma jamais vraiment laissé en cours de lecture. Le thème central de l’œuvre garde toutefois toute son actualité : Le terrorisme et une batterie de sous-thèmes dont la domination, le pouvoir, l’argent…

Le style de l’auteur favorise une lecture rapide et agréable. Le rythme est rapide et même haletant par moment. On est cependant très loin du chef d’œuvre littéraire. C’est bourré de clichés, naïf et de nombreux passages sont tirés par les cheveux.

Je dois dire cependant que la plume de l’auteur favorise une bonne mise en image dans l’esprit du lecteur. L’écriture me rappelle un peu un scénario de film. Ce roman a donc des forces intéressantes mais il ne bousculera pas la littérature. C’est pour moi le genre de livre qu’on oublie plutôt facilement en attendant un livre qui renouvellera vraiment le genre.

Suggestion de lecture : L’ÉTRANGE DISPARITION D’AMY GREEN, de S.E. Harmon

Ingénieur de formation, Jacques Vandroux a commencé à écrire dans le train et dans l’avion, au cours de ses nombreux déplacements professionnels. Il y a vite pris goût et a décidé de s’autopublier afin de partager ses histoires au grand public. Et le succès a été au rendez-vous puisqu’il est devenu, en moins de cinq ans, un véritable phénomène de l’autoédition, avec plus de 370 000 exemplaires vendus dans le monde.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 28 mai 2023

LA FIN DU MONDE A DU RETARD, de J.M. Erre

*Julius…regarda par l’œilleton, et ne vit personne. Il plaqua
son oreille sur la serrure, mais n’entendit rien. Dans l’état
présent de ses possibilités techniques, il enrageait de ne
pouvoir faire plus. Mais au fond, tout cela n’avait pas
d’importance, car dans quelques heures, Julius serait loin.
Tout était prêt pour le début de l’aventure. À commencer
par son évasion de la clinique Saint-Charles.*
(Extrait : LA FIN DU MONDE A DU RETARD. J.M. Erre, éditeur :
Buchet-Chastel, 2015, édition numérique, 330 pages)

Julius est interné dans un hôpital psychiatrique. Son amnésie partielle ne lui a laissé que peu de souvenirs, mais l’un d’eux est plus vif que les autres : l’organisation Tirésias a planifié la fin du monde pour dans quatre jours ! Mais Julius compte bien révéler leurs manigances au vu et au su de tous. Et pour cela il aura besoin d’alliés. Tout d’abord Alice, qui vit dans la chambre d’en face, amnésique (comme lui) après l’incident qui a interrompu son mariage… en tuant tous les autres convives ! Ensuite Ours, symbole du geek. Le trio va devoir se défaire des policiers qui tenteront de se mettre sur leur route.

*DÉCRET DE CHARLES : *
<Plus on est de fous, moins on rit>
*C’est quoi le plan ? Demanda Alice. -Je vais me fier à mon
instinct. L’instinct ne trompe pas les cœurs purs.
-C’est tiré du Seigneur des Anneaux ? Non, du Club des
Cinq aux sports d’hiver. Un petit blanc dans le dialogue
suivit cette référence culturelle ultrapointue*
(Extrait)

LA FIN DU MONDE A DU RETARD est un petit livre qui ne se prend pas au sérieux. Il suit la cavale de deux personnages très singuliers : Alice, jeune femme seule et malchanceuse dont la vie à basculé le jour de son mariage. *L’heureux* évènement a fait 262 morts, une seule survivante, Alice. Et Julius, un écrivain, doux paranoïaque convaincu de l’imminence de la fin du monde et décidé à prévenir et protéger l’humanité d’un sombre complot :

*Nous serons de la fête chère Alice et nous frapperons un grand coup. Dans cinq jours, le monde tel que vous le connaissez prendra fin. Et un monde nouveau naîtra ! * (Extrait) Ce complot international serait ourdi par une organisation appelée Tirésias qui non seulement mentirait sur la véritable nature de l’humanité mais traquerait certaines personnes pour les faire disparaître.

Étrangement, Tirésias est aussi le nom de l’éditeur de Julius. L’histoire raconte la quête de ce couple très spécial, une contre poursuite qui ira de rebondissements en revirements jusqu’à une surprenante conclusion qui *rappelle une certaine introduction*.

Imaginez maintenant que Julius est un écrivain qui n’a fait que mélanger la fiction et la réalité, que dans cette histoire, Julius joue son propre personnage, son histoire dans son histoire, le tout sur fond de complot international. C’est ce qu’on appelle en littérature une mise en abyme, généralement considérée comme un défi de taille car elle se prête à l’errance et au cafouillage.

Le commissaire Gaboriau, doit enquêter sur la disparition de deux patients qui s’évadent de l’institut psychiatrique et des évènements entourant l’Évènement. LA FIN DU MONDE A DU RETARD, c’est de l’humour en continu. Le burlesque s’échappe des personnages principaux eux-mêmes : Julius, éternel sniffeur de dosettes Nespresso et Alice la dulciné aimante privée d’émotions mais débordante de vitalité. Des personnages loufoques viendront s’ajouter dans la cavale nourrissant d’emblée le caractère burlesque du récit.

Il y a des formes d’humour qui viennent me chercher très rapidement. C’est le cas de l’humour spontané, généralement dépourvu de subtilité et qui me fait réagir au-delà du sourire : *Qu’est-ce que tu attends de moi ? Demanda le maître, agacé. -Je suis en lutte contre le mal ! Sur quelle console ? Playstation ou Xbox ? * (Extrait) C’est drôle, on rit. C’est aussi simple : *Comment on efface une mémoire ? Je vous le dis dès que je la retrouve. * (Extrait)

Jeux de mots, humour déjanté, des gags dignes du stand-up comique, l’auteur ne s’encombre pas de détours contraignants, créant de vigoureuses répliques à ses belligérants mais y va de ses petits clins d’œil personnels d’auteur : *La route était déserte, la forêt impénétrable. On ne voyait rien d’anormal puisqu’on ne voyait rien du tout : il faisait nuit noire. * (Extrait)

Est-ce que ce livre n’est QUE drôle ? Non je ne crois pas. L’humour est une excellente filière pour pousser à la réflexion et ce petit opus de J.M. Erre a quelque chose de philosophique. *À nous trois…nous allons détrôner nos oppresseurs, et surtout, nous allons réenchanter le monde…* (Extrait)

En fait LA FIN DU MONDE A DU RETARD évoque à la fois ce qui fait le malheur et la grandeur de l’être humain : sa capacité de se raconter des histoires, avec comme toile de fond la crainte la plus ancienne de l’histoire du monde : la fin du monde. J.M. Erre en a profité pour faire une petite exploration de l’esprit humain…il est tordu…parfois   dangereusement, souvent gentiment. C’est un livre loufoque qui ne peut que faire du bien.

Je ne le qualifierai pas de sérieux mais je dirai qu’il ne manque pas de profondeur car dès qu’il est question de l’être humain, la comédie fait souvent jonction avec la tragédie. Comme dirait un certain Obélix, ils sont fous ces humains.

Suggestion de lecture : LE DERNIER RESTAURANT AVANT LA FIN DU MONDE, de Douglas Adams

J.M. Erre est né en 1971 à Perpignan. Il a publié quatre romans aux éditions Buchet-Chastel : Prenez soin du chien (2006), Made in China (2008) Série Z (2010) et Le Mystère Sherlock (2012). Ses ouvrages sont une curiosité dans le paysage littéraire français : une narration au rythme soutenu et l’usage d’un humour frisant l’absurde en font toute la saveur. Le comique de langage y côtoie le comique de situation et provoque une avalanche de surprises et de rebondissements. 

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 5 février 2023

LE MYSTÈRE DES JONQUILLES d’Edgar Wallace

*<Je parle à un homme dont la vie toute entière est un
reproche à son titre d’homme !… un homme qui n’est
sincère en rien, qui vit de l’intelligence et de la
réputation de son père ; de l’argent gagné par le dur
labeur d’hommes qui valent mieux que lui.>*
(Extrait : LE MYSTÈRE DES JONQUILLES, Edgar Wallace.
Format numérique, 1439 kb, papier : 294 pages. Ebooks 2016)

Après quelques minutes de conférence, Jack Tarling, le détective fraîchement arrivé de Shanghai avec son second Ling Chu, se rend compte que l’enquête que lui propose le milliardaire Thornton Lyne ne consiste qu’à piéger Odette Rider, l’employée qui a refusé les avances de son patron. Il refuse et pense n’entendre plus parler de cette affaire. Mais deux jours plus tard, le cadavre de Lyne est retrouvé dans Hyde Park, recouvert de jonquilles, avec un billet en chinois dans sa poche évoquant un châtiment. Vu ses compétences, Scotland Yard charge Tarling de résoudre ce « Mystère des jonquilles ».

On découvre très vite que des liens existent avec Odette Rider… Est-elle l’assassin ? Quel rapport y a-t-il avec la danseuse que Lyne avait molestée lors de son dernier séjour à Shanghai ? Ou faut-il soupçonner l’obséquieux Milburgh, le second de Lyne qui puisait dans la caisse depuis des années ?

Il y a encore Sam Stay, qui adorait Lyne et lui avait promis à sa sortie de prison de punir Odette : quelle vengeance va-t-il exercer sur la jeune fille à laquelle Tarling s’intéresse plus qu’il ne le voudrait ?

Des fleurs pour un cadavre
*Réveillez les femmes qui sont dans la maison,
dit Tarling à voix basse,
Mme Rider a été assassinée. *
(Extrait)

Voici une histoire simple avec un fil conducteur rectiligne : Thornton Lyne, richissime, s’amourache d’une jolie fille qui travaille chez lui. Il est habitué à ce qu’on cède à tous ses caprices. La jeune fille repousse ses avances et son humiliation lui fait immédiatement concevoir pour elle une haine féroce. Lyne était un menteur accompli. On le retrouve bientôt assassiné, le cadavre couvert de jonquilles.

Avec LE MYSTÈRE DES JONQUILLES, on voit du premier coup d’œil l’évolution qui s’est opérée avec le temps dans la littérature policière. Publié à l’origine en 1931, ce livre a eu suffisamment de succès pour être réédité quelques fois.

On a ici un format fidèle au style littéraire policier du début du XXe siècle : dépouillé, un peu naïf, avec une galerie de personnages très restreinte, presqu’un vase clos. L’ensemble est peu crédible…l’inspecteur Tarling qui tombe amoureux d’Odette Rider, soupçonnée de meurtre. Ce même Tarling qui, apprend-on au milieu du texte est le seul héritier de celui qui a été tué, le milliardaire Thornton Lyne.

Subitement, monsieur Tarling est devenu un lointain parent de monsieur Lyne. C’est un peu facile. Et puis le bon serviteur Ling Chu qui parle subitement anglais. Aussi, certains détails du récit n’ont jamais été éclaircis comme ceux entourant le meurtre de la mère d’Odette Rider. Quant aux jonquilles, elles sont évoquées dans la première partie parce qu’elles recouvrent le cadavre de Lyne mais elles sont accessoires.

Il n’y a que six personnages actifs dans ce roman : Thornton Lyne, et encore, il est assassiné dans le premier cinquième du livre, l’inspecteur Tarling, frais arrivé de Chine, l’inspecteur Whiteside de Scotland Yard, Ling Chu, serviteur de Tarling et fin limier, Milburg, qui gère les magasins de Lyne et Odette Ryder *pâle fantôme qui passait et repassait dans cette tragédie sans en faire vraiment partie…* (Extrait)

Ryder a eu l’audace de refuser les avances de monsieur Lyne et Sam Stay, un tordu qui adule Thornton Lyne.  Un petit complot ourdi par Lyne pour se venger se retourne contre lui. Ce ne fut pas compliqué pour moi de deviner qui est le coupable. Même si le mystère s’épaissit quelque peu au milieu du récit.

L’histoire demeure dépouillée et prévisible. J’ai été un peu déçu, me rappelant que cette époque a quand même produit d’excellents écrivains comme Arthur Conan Doyle qui publiait LE CHIEN DES BASKERVILLE, 40 ans avant le mystère des Jonquilles. Pourtant, le style littéraire était fidèle à l’époque mais le sens de l’intrigue et du mystère de Conan Doyle était infiniment supérieur.

J’ai lu un article publié après la sortie de l’adaptation cinématographique sortie en 2014 qui dit que le film redresse certains torts du livre. C’est donc à essayer. Sur le plan littéraire, j’aurai plutôt tendance à me rabattre vers des valeurs plus sûres comme Émile Gaboriau, Gaston Leroux, Agatha Christie ou ce bon vieil Arthur Conan Doyle.

Suggestion de lecture : CYANURE, de Camilla Läckberg

Edgar Wallace, intégralement Richard Horatio Edgar Wallace (1875 – 1932)  était romancier, dramaturge et journaliste britannique. Il a pratiquement inventé le moderne « thriller »; ses œuvres ont des intrigues complexes mais clairement développées et sont connues pour leurs climats passionnants.

Sa production littéraire – 175 livres, 15 pièces de théâtre et d’innombrables articles et esquisses de critiques – était prodigieuse ainsi que sa cadence de production. Ses œuvres incluent Sanders of the River (1911), The Crimson Circle (1922), et The Terror (1930). Son dernier travail était en partie le scénario de King Kong, qui a été achevé peu de temps avant sa mort.  (Encyclopaedia Britannica)

 

Le mystère des jonquilles
au cinéma

LE MYSTÈRE DES JONQUILLES est un film français réalisé par Jean-Pierre Mocky et sorti en 2014. Le réalisateur fait partie de la distribution et joue le rôle de Tarling. On retrouve aussi Gérard Bohringer, Denis Lavant et Isabelle Nanty.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 26 février 2022

 

1630 LA VENGEANCE DE RICHELIEU, J.-M. RIOU

L’espion de  la couronne tome 1

Commentaire sur le livre de
JEAN-MICHEL RIOU

*Ces pages captivantes révèlent les dessous des luttes
intestines qui agitèrent l’époque. Mieux. Elles en livrent
les raisons secrètes.*
(Extrait : 1630, LA VENGEANCE DE RICHELIEU, Jean-Michel
Riou, tiré de l’avant-propos de Voltaire, Flammarion 2009, format
numérique. 442 pages.)

1630 :La journée des Dupes se prépare. Richelieu, conseiller du roi, est en danger. Marie de Médicis, mère de Louis XIII, souhaite le faire révoquer. Un complot de plus ? Pire. Car la mise à l’écart du Cardinal constitue la première étape d’une menace plus grave encore. Quo ultimus exigussimus bella evadit cultorem. Cette phrase en latin est-elle la clef d’une conjuration cherchant à éliminer le souverain et à déstabiliser la couronne de France ? Une lutte sans merci s’engage, des rives sauvages du Saint-Laurent aux troubles coulisses du palais du Louvre. Mais qui oeuvre dans l’ombre ? Et qui l’emportera vraiment ?

 

Cette histoire s’appuie sur La journée des Dupes désignant les événements des dimanche 10 et lundi 11 novembre 1630 au cours desquels le roi de France Louis XIII réitère contre toute attente sa confiance à son ministre Richelieu, élimine ses adversaires politiques et contraint la reine-mère Marie de Médicis à l’exil.

Cet épisode de l’Histoire de France intervient pendant la Guerre de Trente ans (1618 – 1648), mais avant que la France ne s’y engage, Louis XIII doit renforcer sa position de souverain face à l’omniprésence des Habsbourg tant sur le plan politique que religieux et familial. Tout le menace. (wikipedia)

Espionnage, complot et Éminence
*En confessant l’un des secrets les mieux gardés les
de Louis XIII…je cherche ni à me venger
ni à me protéger. De même, je renonce à user de ce que
je sais pour faire chanter les puissants. Pourtant, je
vais révéler les dessous du plus vil complot du siècle,
ouvrant ainsi une porte derrière laquelle fourmillent
machinations et cabales.*
(Extrait)

Pour bien comprendre ce récit qui est un habile mélange de fiction et de réalités historiques, il faut bien saisir un évènement historique qui a secoué la France du XVIIe siècle : LA JOURNÉE DE DUPES.

Je résumerai rapidement en précisant qu’en 1630 un complot a lourdement menacé non seulement LOUIS XIII et son plus proche conseiller, le cardinal Richelieu, mais aussi le principe même de la monarchie. Il semble que la Nouvelle-France, déjà appelée QUÉBEC dans le récit serait au cœur de la menace par le biais d’une société moribonde : Les cent associés.

Au-delà de la plume précise, détaillée et respectueuse de l’histoire et séduit par l’imbrication astucieuse de réalités historiques avec des éléments fictifs, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire LA VENGEANCE DE RICHELIEU.

La principale raison est que le récit évoque mon épisode préféré de l’histoire du Canada : l’émergence de la Nouvelle France et la fondation de Québec le 3 juillet 1608 par un de mes héros : Samuel de Champlain dont l’acharnement à vouloir implanter une colonie française en Amérique du nord lui a valu le surnom de Père de la Nouvelle-France.

Le récit est narré par Antoine Petitbois, au départ jeune homme éconduit par la famille de sa belle et qui sera chassé avec une lettre traîtresse de son curé. Étrangement, au lieu d’être victime de la fourberie du curé, Antoine en deviendra bénéficiaire car une chaîne d’évènements l’amènera à devenir l’espion du cardinal Richelieu, premier ministre et conseiller du roi de France Louis XIII.

Parmi ces évènements, la vie d’Antoine sera sauvée par celui qui deviendra pour lui comme un père : Jacques Lemercier, architecte de Louis XIII et du Cardinal Richelieu. Antoine découvre un complot qui risque de faire basculer la France dans un indescriptible chaos. La réaction du Cardinal Richelieu sera tranchante car la Compagnie des Cent Associés, fondée par Richelieu pour exploiter la Nouvelle France, serait compromise dans ces évènements.

Le tout aboutira, comme vu plus haut, sur l’historique journée de dupes : *Vers qui s’inclinerait le glaive tenu par Louis XIII ? Voilà résumé l’affrontement qui se préparait la veille du 10 novembre dans une maison modeste de la Bastille. Si Richelieu pénétrait au Luxembourg et parvenait à exposer son point de vue, il pouvait triompher…il s’agissait de manier habilement l’art vicié de la politique. * (Extrait)

C’est un récit captivant qui fait voyager le lecteur et la lectrice des rives du Saint-Laurent aux coulisses de la Couronne de France. J’ai apprécié l’intrigue qui, au profit de quelques longueurs, prend le temps d’expliquer le contexte historique. Riou prend aussi le temps d’exposer sa vision du cardinal Richelieu, personnage aussi exécré qu’incompris.

Évidemment, des recherches indépendantes sur le cardinal m’ont aidé en ce sens. On sent dans le récit une recherche sérieuse sur la psychologie de Richelieu. Le récit est bien développé spécialement la façon dont Antoine Petitbois a gagné son titre d’espion grâce à un enchaînement subtil et graduel de circonstances et d’évènements.

La principale faiblesse de l’histoire est relative à la Compagnie des cent associés qui fait presque figure d’une société secrète, occulte. Les buts et objectifs de la Compagnie sont mal expliqués, sous-développés et semblent suffisamment secondaires pour nuire à la compréhension du complot.

Le récit prend un peu la forme d’un journal intime. Bien que le personnage d’Antoine Petitbois soit sensiblement naïf et un peu emporté, sa narration apporte un éclairage intéressant sur l’histoire et lui confère un caractère intimiste.

Il est certain toutefois que si vous mettez l’action haletante au-dessus du contexte historique et de l’incessant complotage des coulisses de la Couronne Française, vous risquez de trouver le récit très long.

De plus, l’histoire est assortie d’une lettre de Voltaire au philosophe Jean-Jacques Rousseau qui veut jeter un éclairage sur l’épisode des dupes et ce que Québec vient faire là-dedans. Ça ne simplifie pas les choses si on considère que l’histoire de la monarchie française repose sur le complot et d’incessantes machinations.

Moi j’ai aimé le tout. J’ai retrouvé Champlain, j’ai redécouvert Richelieu et j’ai goûté encore une fois l’opiniâtreté de personnages qui sont au cœur de la mémoire collective, en particulier le premier agriculteur en titre de la Nouvelle-France, Louis Hébert. Un très bon roman historique.

Suggestion de lecture : L’HISTOIRE DU QUÉBEC EN 30 SECONDES, de Sabrina Moisan et Jean-Pierre Charland

Jean-Michel Riou a publié une vingtaine de romans, essais ou récits. Son premier ouvrage, Le Boîtier rouge, a paru en 1995. C’est le début d’une longue série de best-sellers, avec notamment Le Secret de Champollion (2005) – qui a reçu le Prix Littérature de La Nuit du Livre –, L’Insoumise du Roi-Soleil  (2006) et la tétralogie Versailles, le palais de toutes les promesses (2011, 2012, 2013, 2014), couronnée par le prix Cœur de France. 

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 12 décembre 2021

 

 

LE GLAIVE DE DIEU tome 1, livre de HERVÉ GAGNON

VENGEANCE

*Dès que Pierre eut disparu, il prit un chandelier
à sept branches qui trônait sur le grand buffet,
en alluma les bougies et le plaça à la fenêtre.
C’était le signal. Quelqu’un viendrait bientôt.
Il s’assit dans le salon et attendit. Sa tâche se
terminait et celle de son fils débutait. *
(Extrait LE GLAIVE DE DIEU, Hervé Gagnon,
Éditions Hurtubise 2013, édition de papier, 441 p.)

Montréal, 1886. Jeune professeur d’histoire, Pierre Moreau mène une existence simple et paisible jusqu’au jour où son futur beau-père l’entraîne dans une rencontre de francs-maçons. Il est alors loin de se douter que, depuis des siècles, une organisation secrète fonde de grands espoirs sur lui. Il se voit obligé d’entreprendre une quête capitale et mystérieuse, dont l’évocation seule fait trembler les hautes sphères de l’Église. À partir de ce moment, les menaces se multiplient sur son chemin, la mort frappe violemment autour de lui. Sa vie devient un cauchemar. 

LE TEMPS FORT DES MAÇONS
*Grâce à eux, un jour, les traîtres tomberaient, roulés
dans la fange de leurs mensonges puis exposés au
regard des autres pour ce qu’ils étaient vraiment. La
réputation des innocents serait lavée dans la déchéance
des tyrans. La vengeance serait consommée.
(Extrait : LE GLAIVE DE DIEU)

LE GLAIVE DE DIEU est un thriller théologique qui fait pénétrer les lecteurs et lectrices dans l’univers hermétique de la franc-maçonnerie et des templiers. Pierre Moreau, un professeur d’histoire, est entraîné dans une rencontre de francs-maçons. Il y est reçu et fera connaissance avec des personnages célèbres dont Gédéon Ouimet, ancien premier ministre du Québec et Honoré Beaugrand, célèbre journaliste et politicien.

À partir du moment où Moreau est devenu franc-maçon, sa vie bascule violemment car il se retrouve au beau milieu d’une guerre entre deux factions qui veulent s’approprier L’ARGUMENTUM qui contient un secret susceptible de faire imploser l’Église Catholique. Un secret longtemps protégé par les templiers.

Autour de Moreau, les cadavres s’empilent, sa fiancée est enlevée, lui-même est traqué car on le soupçonne d’être porteur d’une clé menant à l’argumentum. Deux factions s’opposent très violemment pour en finir : Le gladius dei veut mettre la main sur l’argumentum pour le détruire afin de protéger l’Église Catholique et l’opus Magnum qui veut récupérer l’argumentum pour le rendre public et discréditer définitivement l’Église.

Même Moreau est traqué je le rappelle. On tente de le tuer plus d’une fois. Les meurtres perpétrés dans cette histoire sont rituels et d’un haut degré de sadisme. Je vous avertis donc que certains passages pourraient vous soulever le cœur.

C’est un livre un peu tourne-page. Il est difficile d’en décrocher. Le ton est donné dès le départ et les évènements s’enchaînent rapidement, parfois imprévisibles, jusqu’à la finale qui m’a laissé pantois. On s’attache rapidement à Pierre Moreau car pour des raisons qu’il ignore complètement, sa vie devient un enfer et le lecteur se surprend presque à espérer fort que ça s’arrête.

Moreau est pris dabs un étau puissant, entre deux sectes qui ont plein de secrets à protéger, des signes pour se reconnaître, des réunions dans des endroits adaptés pour toutes de sortes de rituels parfois absurdes, le tout dans un climat de violence sans nom.

Ce qui est un peu compliqué dans ce livre, c’est de séparer le vrai du faux. Heureusement, l’auteur a écrit une note à la fin de l’ouvrage, une annexe qui départage la fiction des faits historiques. Personnellement, je ne la trouve pas complète, mais elle touche tout de même l’essentiel.

Dans son histoire, le trésor mettant en péril la survie de l’église est imaginaire. De plus, Hervé Gagnon précise :  *Les sources utilisées sont diverses et tiennent davantage de la théorie du complot que de la pratique historienne. * (extrait) Les personnages principaux sont imaginaires et évidemment la franc-maçonnerie existe et elle a même une longue histoire et il est vrai qu’elle a ses rituels.

Je me demande si l’hermétisme mentionné dans cette histoire est toutefois réel. C’est un des nombreux points que Gagnon ne précise pas dans sa note. C’est un bon livre, une histoire solide. Bien sûr, rien n’est réglé dans ce livre, il faut se référer à la suite pour connaître le sort de Pierre Moreau entre autres. L’auteur s’est arrangé pour donner le goût au lecteur de se diriger vers le tome 2 avec une finale assez singulière.

La première moitié du roman accuse des longueurs et le personnage principal est passablement brassé dans cette histoire. L’’auteur m’a fait faire un très beau voyage dans le temps, l’espace, l’histoire par le biais d’une plume nerveuse et magnifiquement documentée. C’est un excellent roman.

Vivement le tome 2 dans lequel Pierre Moreau est résolu à découvrir l’argumentum.

Suggestion de lecture : MORT À CRÉDIT, de Louis-Ferdinand Céline

Hervé Gagnon, né en 1963, a enseigné l’histoire et la muséologie dans diverses universités. Depuis 2000, il a écrit plusieurs romans pour la jeunesse, dont plusieurs ont été primés. Il est l’auteur de la très populaire série Le Talisman de Nergal.  La série Malefica, qui se penche sur les heures sombres de l’Inquisition et le sort des femmes guérisseuses, a paru chez Hugo Roman en 2014 et 2015. Il est également l’auteur de trois romans policiers ou l’enquête est menée par le journaliste Joseph Laflamme . (source)

LA SUITE

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 30 octobre 2020

LA BALLE SAINTE, livre de LUIS MIGUEL ROCHA

*Sache que tous les êtres humains ont leurs faiblesses.
La mienne est l’Église ; la tienne, l’excès de confiance.
Méfie-toi ! C’est souvent une grande erreur. Retire ton
ego de l’équation. Alors seulement tu pourra être sûr de
ne pas faillir.*
(Extrait : LA BALLE SAINTE, Luis Miguel Rocha, Éditions de
L’Aube, 2015, collection l’Aube Noire, COMPLOTS AU
VATICAN, t 2, édition numérique, 490 pages)

Mai 1981, Cité du Vatican. Alors que vingt mille croyants se pressent sur la place Saint-Pierre, attendant l’audience hebdo­madaire du pape Jean-Paul II, un jeune homme ­déambule parmi eux. Lorsque la papamobile passe devant lui, Mehmet Ali Aca sort un pistolet et tire six fois sur le pape avant d’être maîtrisé. Au fil des ans, l’attentat contre Jean-Paul II a fait l’objet d’intenses spéculations. Mais personne n’est parvenu à expliquer ce qui s’est réellement passé, pourquoi le pape a été pris pour cible et par qui exactement. Personne, jusqu’à maintenant, ne s’était approché de la vérité… LA BALLE SAINTE est le 2e tome de la quadralogie COMPLOTS AU VATICAN.

BONDIEUSERIES IMPROPRES
*Le pape sait-il que vous êtes ici ? Pourquoi ne pas le lui
demander vous-même ? -C’est une idée…je vais y
réfléchir. J’ai beaucoup de questions à vous poser
Père Raphaël Santini…un vif éclat brille un instant
dans le regard du russe. Il est temps de montrer ses
armes.*
(Extrait)

He oui, encore des livres avec, comme toile de fond, la face cachée de l’Église catholique ou devrais-je dire plutôt son côté obscur. Ceux qui ont lu le tome 1 retrouveront sans doute avec ravissement Rafael Santini, agent secret du Vatican, Sarah Monteiro, étoile montante du journalisme et l’énigmatique JC maître de la loge P2 qui ne serait pas étrangère à la mort du pape Jean-Paul 1er.

L’histoire suit plusieurs personnages et évènements en convergence, à commencer par l’attentat contre le pape Jean-Paul II sur lequel Mehmet Ali aca tire six fois avant d’être maîtrisé. Une de ces balles, apparemment mortelle, aurait été miraculeusement déviée, ce que Jean-Paul II attribuera plus tard à la Sainte Vierge. Le projectile a été qualifié de balle sainte et le titre laisse à penser qu’on tente encore de comprendre aujourd’hui pourquoi Jean-Paul II a été choisi comme cible et qui a pu commanditer cette tentative d’assassinat.

Dans ce deuxième opus, on retrouve encore des espions, agents secrets, agents doubles, taupes, loges secrètes, la CIA, de mystérieux ecclésiastiques envoyés par d’obscures créatures de l’église dont l’Opus Dei qu’on a appris à connaître un peu dans le livre de Dan Braun DA VINCI CODE.

Cette histoire est un vaste chassé-croisé de personnages qui ne font pas dans la dentelle et dont le but premier est de protéger l’église de tout ce qui pourrait nuire au dogme et à sa pérennité quitte à tuer, harceler, intimider, faire disparaître. Comme des milliers de livres tendent à démontrer que L’Église est historiquement assise sur le mensonge, les justiciers de la foi sont donc très occupés.

Un aspect très intéressant du livre touche la principale menace qui concerne l’église, la plus crédible dans l’histoire. Cela concerne un personnage qu’on retrouvera ici et là au cours du récit. Il s’appelle Abou Rachid. C’est un musulman à qui apparaît quotidiennement la Vierge Marie. Un musulman qui parle à la vierge c’est tout un scandale pour l’Église. Il doit disparaître. Quelqu’un s’y emploie.

Mais la sérénité, le calme et le mysticisme de Rachid opérant quelques miracles, ce ne sera pas simple pour l’église de le mettre à l’écart. L’idée même qu’un musulman soit dans les confidences de la Sainte Vierge m’en dit long personnellement sur l’utilité des religions. L’Église doit suivre un chemin. Que celui-ci mène au diable ou à la trinité Ça n’a pas d’importance. On ne doit pas déroger point. Il y aurait gros à perdre, argent, pouvoir et de colossales richesses.

Dans cette histoire, tout y est…jeux politiques, bondieuseries, manipulation, mensonge, espionnage, meurtres bref un tas de détails qui laissent à penser que l’Église n’est pas propre propre. Donc, tout y est mais il n’y a rien de neuf. C’est bien rythmé, c’est même rocambolesque. C’est une histoire complexe et peu originale avec une galerie de personnages qui donne le tournis.

Deux de ces personnages portent des noms qui rappelleront sans doute des souvenirs aux baby-boomers amateurs de séries culte : Simon Templar (Le Saint) et James Phelps (Mission impossible). Je n’ai pas compris ce choix qui fait un peu ridicule. Je dois admettre que l’auteur imbrique avec grand art l’histoire et la fiction et imprègne à son récit une intrigue assez solide. Donc au thriller s’ajoute une dimension historique.

C’est un bon thriller j’en conviens. Le fil conducteur est un peu pénible et ça manque d’originalité. On ne réinvente pas la roue. Mais bon, j’ai lu tellement de ces histoires qui se ressemblent, je m’attendais simplement à autre chose. Un peu de nouveauté quoi…

Suggestion de lecture : LE ROUGE IDÉAL, de Jacques Côté

Né à Porto en 1976, Luis Miguel Rocha a vécu en Angleterre et au Portugal. Romancier, scénariste, il est devenu le premier écrivain portugais à figurer dans la liste des best-sellers du New York Times. Il décède en 2015, âgé de seulement trente-neuf ans. LA BALLE SAINTE est le deuxième volume de la série « Complots au Vatican », après LE DERNIER PAPE (Folio Policier).

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 3 octobre 2020

DARK WEB, un roman signé DEAN KOONTZ

*En temps ordinaire, on dénombre 38 000 cas de suicide annuellement. Pour l’an dernier, cela représente 4 500 décès supplémentaires. En projection annuelle, on comptera 8 400 suicides de plus au 31 décembre prochain. Tout en citant ces chiffres, elle avait bien conscience de ne pas pouvoir les interpréter. *

(Extrait : DARK WEB audio, Dean Koontz, édition originale : Archipel éditeur,
2018, papier, 418 pages. Édition audio : Audible éditeur, 2018, narration :
Pascale Chemin, durée d’écoute : 12 heures 12 minutes)

Un homme met fin à ses jours. Son épouse, Jane Hawk, du FBI, ne croit pas à la thèse du suicide. D’autant qu’ils sont de plus en plus nombreux à connaître le même sort sur le territoire américain…En cherchant, Jane met au jour – avec l’aide d’un hacker spécialiste du dark web – un complot visant à manipuler mentalement les êtres humains. Très vite, elle devient la fugitive la plus recherchée des États-Unis.

Ses ennemis semblent posséder un secret si terrifiant qu’ils semblent prêts à tout pour l’éliminer. Mais leur influence et leur perversité suffiront-elles pour arrêter cette femme aussi intelligente que déterminée ?

UN KOONTZ DIFFÉRENT
*En parlant de tuer, j’ai découvert le corps d’une morte à
Aspasie. (il fut parcouru d’un frisson) Une ravissante
blonde nue sur une table en innox. Elle a été étranglée,
sans doute au moment où un de vos amis membres
atteignait la jouissance…Ils s’apprêtaient à brûler son
corps dans un four crématoire…
(Extrait)

Tout au cours de l’écoute de ce livre audio, j’ai essayé de reconnaître l’esprit, le caractère habituellement angoissant de Koontz. Il ne faut donc pas chercher le surnaturel auquel Koontz fait habituellement appel. Il faut plutôt prendre le livre pour ce qu’il est : un thriller. Voyons un peu le contenu. Une vague de suicides sans précédant frappe les États-Unis.

Une agente du FBI récemment mise en congé sans solde décide de faire une enquête à titre personnel et elle y mettra un redoutable acharnement pour la bonne raison que son mari s’est suicidé, lui aussi, sans raison apparente, comme des centaines d’autres. Jane Hawk se lance à la découverte d’un complot qui semble toucher l’ensemble du pays.

Ce qui m’a poussé à m’accrocher dès le départ est la nature même des suicides : des gens sans problème en bonne santé mentale et physique et aussi au caractère mystérieux des messages laissés par les auto-sacrifiés : *Quelque chose ne tourne pas rond chez moi, j’ai besoin, un besoin terrible, j’ai terriblement besoin de mourir. *

Il devient facile pour le lecteur de deviner qu’il y a une intervention humaine…un dispositif quelconque qui modifie quelque chose dans le cerveau : *J’ai une araignée dans la tête, qui me parle. * (Extrait) Ça donne au récit un caractère très intrigant.

Bien sûr, c’est un thriller efficace mais sans grande originalité. En fait c’est une variation sur un thème fortement récurrent en littérature : ambition, pouvoir, domination et même, par extrapolation, l’eugénisme, le tout ficelé avec de la science-fiction. Ne vous fiez pas au titre. Le dark Webb a peu à voir avec l’intrigue. Il n’est qu’un prétexte pour Jane Hawk pour se lancer sur une piste précise.

Pour mettre le lecteur, la lectrice sur un début de piste, je miserais plutôt sur la définition que fait l’auteur dans son récit de la singularité : *…du stade où les progrès de l’intelligence artificielle et des nanotechnologies induiront des changements au niveau de l’évolution humaine. * (Extrait)

Il manque quelque chose à ce récit, comme si l’auteur, en s’écartant de son thème de prédilection, le surnaturel, avait péché par la sous-exploitation de son thème principal c’est-à-dire la recherche de scientifiques tordus assoiffés de pouvoir. Le genre *erreur de la nature* qui se distingue par une absence totale d’empathie et une incroyable cruauté.

Pour les forces : le récit est intrigant avec des passages qui font froid dans le dos. Le rythme est élevé. Le fil conducteur est fragile mais le tout se lit assez bien. Le sujet est bien traité, il y a quelques trouvailles intéressantes. L’écriture est efficace, de nature à donner au livre un petit côté tourne-page, l’intrigue un peu paranoïaque poussant le lecteur à la curiosité.

Du côté des faiblesses : sous-exploitation du thème, récit linéaire, pas beaucoup de rebondissements, personnage principal (Jane) plutôt froid et caricatural. C’est long avant de comprendre où l’auteur veut en venir. La finale est peu éclairante. Je n’ai pas été emballée par la narration de Pascale Chemin qui manque d’émotion.

Bref, je préfère le Koontz *d’avant*.

Suggestion de lecture : DISTORSION, d’Émile Gauthier et Sébastien Levesque

Auteur de best-sellers souvent classés nº1 sur la liste des meilleures ventes du New York Times, Dean Koontz réside en Californie. Traduit dans près de quarante pays, l’auteur de Les Yeux foudroyés et Les Étrangers a écoulé plus de 450 millions d’exemplaires dans le monde. Les éditions de l’Archipel ont publié Dark Web (2018), premier volet de cette nouvelle saga d’action et en cours d’adaptation par la Paramount.

DU MÊME AUTEUR SUR CE SITE : LE TEMPS PARALYSÉ. Pour lire mon commentaire, cliquez ici.

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
Le vendredi 2 octobre 2020