Soccer mon

Commentaire sur le livre de
MARILOU ADDISON et GENEVIÈVE GUILBAULT

Les prétextes du quotidien

SOCCER MOM raconte, en alternance, l’histoire de deux femmes : Isabella, conceptrice en publicité, mère d’une petite fille et sur le point d’acheter une maison, mais larguée par son mari. Et il y a Bianca, mère de deux enfants. Elle est séparée. Les deux femmes font connaissance au terrain de soccer sur lequel évolue leurs enfants. Prétexte de l’histoire, le soccer est omniprésent dans le récit.

Le reste est un enchaînement de rencontres, de potinage, de problèmes domestiques, et comme bien indiqué dans le synopsis plus haut, trahison, mensonges et tricheries. Ajoutons à cela un brassage d’hormones et quelques passages à caractère sexuel que j’ai perçus comme du remplissage sans intérêt. Et il y a bien sûr l’amour qui tente de se trouver un chemin dans cette course à obstacles. C’est un aspect intéressant de l’histoire

Il n’y a pas d’intrigue comme telle dans SOCCER MON. C’est une chronique racontant le parcours sinueux de deux femmes sur le chemin du bonheur. Ce livre ne révolutionnera pas la littérature mais je l’ai trouvé léger, agréable, rafraîchissant et…drôle. Il m’a en effet arraché rires et sourires à cause du caractère de certains personnages comme Greg, un parfait mollasson et Théo qui campe parfaitement son rôle d’ado.

Ce livre est porteur d’émotion mais surtout, il dépeint deux femmes auxquelles beaucoup de lectrices pourraient s’identifier aisément. Il n’est pas moralisateur mais porte quand même à réfléchir sur la confiance, facile à perdre, difficile à gagner.

Le récit amène aussi à une petite réflexion sur la famille, noyau de la Société, mais tellement fragile, ainsi que le poids énorme que beaucoup de femmes portent sur leurs épaules. C’est toute fois développé sans animosité, avec pétillements et humour.

La grande faiblesse de ce livre tient dans le fait que les deux femmes évoluent à peu près sans distinction. Le récit passe d’une à l’autre sans qu’on s’en rende compte et ça porte à confusion. C’est mêlant, dérangeant. Je m’en suis aperçu au milieu du livre et j’ai dû recommencer afin de garder à l’esprit la différence entre les deux femmes. Je suis surpris que les éditeurs aient laissé passer ce manque de rigueur.

Sinon, c’est un livre plaisant, une belle évasion autant sur papier qu’en version audio.

Les autrices


Marilou Addison (à gauche) et Geneviève Guilbault

 Des mêmes autrices

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 8 mars 2026

La fois où j’ai écrit un livre

Commentaire sur le livre de
ROSALIE BONENFANT

*Féminisme : idéologie choquante selon laquelle les femmes devraient être considérées comme égales aux hommes sur les plans politique, économique et social. C’est tout ! Aucune misandrie, aucun désir de domination mondiale, aucune sorcellerie qui nous fait pousser le poil des jambes ou qui nous rend lesbiennes ! Le seul bémol, c’est qu’on ne pourra effectivement jamais atteindre l’égalité physique. *

Extrait : LA FOIS OÙ J’AI ÉCRIT UN LIVRE, de Rosalie Bonenfant. Édition de papier et format numérique: Hurtubise éditeur, 2018, 256 pages. Version audio : Vues et voix éditeur, 2018, durée d’écoute : 4 heures 43 minutes, narratrice, Rosalie Bonenfant.

D’abord présentées sur les ondes d’Énergie puis de Rouge FM, les chroniques de Rosalie Bonenfant ont conquis des dizaines de milliers d’auditeurs. Tantôt mordantes et cyniques, tantôt intimistes et sensibles, les « humeurs » de Rosalie ne rejoignent pas que les gens de sa génération mais tous les Québécois, de l’adolescent au boomer… à l’exception de quelques « matantes » indignées par son ton direct ou la crudité d’un thème ou d’un mot.

Qu’elle parle d’enjeux sociaux importants (le couple, le consentement, la famille, le féminisme, les préjugés, l’image de soi, le suicide) ou plus légers (le pot, la relâche, les potins, les galas, le temps des fêtes), Rosalie sait extraire de chaque sujet le zeste qui pique et qui fait mouche. (Présentation de l’éditeur)

Une compilation

Peu de choses à dire sur ce livre. Il s’agit d’une série de billets d’humeur déjà diffusés à la radio, au Québec, en 2017 et 2018. Rien de vraiment nouveau. Le livre ne tranche pas par son originalité mais développe toutefois des sujets ajustés à l’actualité et aux tendances de Société.

Pour ce titre, j’ai lu le livre et j’ai écouté la version audio narrée par l’autrice ou devrais-je dire *criée et déboulée*. Valérie Bonenfant parle tellement vite et articule si peu que ça frôle l’escamotage. Bref, ça ne m’a pas réconcilié avec les billets d’humeur qui font souvent office de spectacle, même s’ils atteignent des cordes souvent sensibles. Au moins, la version audio est vivante et dynamique   même si elle trop saccadée.

La version papier m’a fait réaliser à quel point les textes manquent de profondeur. Plus le sujet est brûlant, plus c’est flagrant.

Je mentionne toutefois que ces textes étaient destinés à la radio, donc à la transmission orale. Il faut en tenir compte. Ayant évolué moi-même dans les milieux de la radio, je sais que les communicateurs sont limités dans le temps et que souvent, il faut réduire, voire couper court. Trop, c’est comme pas assez.

Enfin, la crudité du langage dans les chroniques de l’autrice m’a frappé. Je me suis toujours demandé pourquoi les gens de la radio privée au Québec semblent persuadés qu’il est nécessaire de trafiquer la langue française pour être proche de l’auditoire et passer le message. Par exemple, pourrait-on dire *C’est nul* au lieu de *C’est d’la marde* ?

Il y a moyen d’être direct et même frôler la crudité à la rigueur, sans massacrer la langue française. Je vous rassure, en matière de langue, je ne suis pas puritain. Mais je crois qu’il faut déployer un minimum d’efforts pour préserver la langue française. Malheureusement, les billets d’humeur se prêtent peu à cette tendance.

Malgré les points que j’ai défendus plus haut, si vous aimez les propos mordants et cyniques, des billets généralistes, qui touchent tout et tous, même s’ils sont quelque peu superficiels, vous devriez trouver un peu de bonheur dans ce livre.

Suggestion de lecture : EN AS-TU VRAIMENT BESOIN ? de Pierre-Yves McSween


L’autrice et chroniqueuse Rosalie Bonenfant

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 28 février 2026

 

MYTHOS, Stephen Fry

*De nos jours, on explique la naissance de l’Univers par un Big Bang, une singularité originelle qui, en un instant aurait engendré la matière dont tout et tous sont constitués. Les Grecs de l’Antiquité s’en faisaient une idée bien différente. Selon eux, tout n’avait pas commencé par un « bang », mais par le Chaos. Le Chaos était-il à leurs yeux un dieu – un être divin – ou plus simplement, un état de néant ? Ou n’était-ce qu’un mot décrivant, comme pour nous, un foutoir absolu, comme une chambre d’ado, mais en pire? *

Extrait : MYTHOS, de Stephen Fry. Édition de papier : LGF éditeur (poche) 2023, 568 pages. Version audio : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 13 heures 20 minutes. Narrateur : Frédéric Souterelle.

Tout sauf ennuyeux

Ce n’et pas la première fois que j’en parle sur ce site et sans doute pas la dernière. La mythologie grecque a toujours été une de mes grandes passions autant sur le plan littéraire, cinématographique et iconographique. Je croyais tout savoir à ce sujet, mais après avoir lu MYTHOS de Stephen Fry, j’ai dû faire acte d’humilité.

D’abord, j’ai vu que beaucoup de choses ne changent pas d’un livre à l’autre. Le caractère tordu des dieux par exemple. Ils sont toujours aussi torves, hypocrites, cruels et dépravés. J’ai compris dans le livre de Fry que Zeus lui-même pouvait être le pire des obsédés sexuels de tous les panthéons réunis. Une fille dans chaque port comme on dit mais pas seulement. Dans MYTHOS, j’ai appris par exemple beaucoup de détails sur la liaison homosexuelle entretenue par Zeus avec le beau Ganymède.

La liste qui suit n’est pas exhaustive évidemment, mais dans MYTHOS, j’ai appris beaucoup de choses, d’histoires et de détails sur l’origine du nœud gordien, la signification du chant du cygne, l’histoire des constellations comme la Grande Ourse, la Petite Ourse et le Verseau, l’origine des araignées, le terrible secret de la célèbre boîte de Pandore, l’histoire d’amour d’Éros et de Psyché, la mort de Narcisse (à l’origine du narcissisme) et l’origine de l’écho, l’histoire de la pomme de discorde et j’en passe.

Difficile d’être exhaustif dans ce domaine et l’auteur Stephen Fry précise bien que son livre ne l’est pas. Ce qu’il faut retenir, c’est que la mythologie grecque nous a laissé un héritage inestimable et Stephen Fry nous en livre l’essentiel sur un ton décalé, parfois facétieux, d’autres fois mordant, mais jamais ennuyant. Et puisque je parle de ton, je précise en passant que la version audio est une pure merveille. J’ai tout simplement adoré la narration de Frédéric Souterelle.

L’histoire de la mythologie grecque est longue et complexe. Sa généalogie est vaste et lourde. À ce niveau l’auteur a déployé de très beaux efforts de vulgarisation. Tout est présenté clairement en commençant par le départage des acteurs à l’origine de la mythologie : Le chaos, le tartare, les Titans, Gaïa, les géants, les cyclopes et autres.

J’ajoute à cela, en ce qui me concerne du moins, de nouvelles connaissances acquises sur les personnages secondaires de la mythologie : les nymphes, les muses, les centaures, les satyres et autres.

Dans MYTHOS, la mythologie, sans être servie totalement à la moderne comme le ferait Rick Riordan avec son célèbre Percy Jackson, est abordable. Le récit est agréable, fluide, bien ventilé, chapitres courts, à la portée d’un vaste lectorat.

C’est un livre rafraîchissant que je verrais très bien être adapté en télésérie type docu-série.

Pour terminer, je vous propose deux liens qui pourrait intéresser les amateurs de mythologie et qui complèteraient à merveille la lecture ou l’audition de MYTHOS. Premièrement, pour avoir en un seul coup d’œil la généalogie mythologique grecque, allez sur http://andreetgyps.centerblog.net/6331-arbre-genealogique-de-la-mythologie-grecque c’est un peu lourd mais ça répond à beaucoup de questions au premier coup d’œil.

Enfin, le clan du dragon propose un résumé de 30 des contes les plus célèbres de la mythologie grecque. La présentation est très agréable. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt.

Suggestion de lecture : PETITES HISTOIRES DE LA MYTHOLOGIE, de Hélène Montardre


L’auteur Stephen Fry

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 6 février 2026

YOUTUBEURS, Olivier Simard

*Depuis quelques temps, chaque fois que j’allume mon ordi, une fontaine de balles de ping-pong jaillit dans mon ventre : 2,456 amis de Facebook, 13,000 followers sur Instagram, 23 nouveaux messages, 65 notifications. J’ai réalisé mon rêve. Je suis devenu youtubeur. Un vrai de vrai. *

Extrait : YOUTUBEURS 6, de la série YOUTUBEURS signée Olivier Simard., pour les 12-13 ans. Sur papier et en format numérique, aux Éditions de la Bagnole. Série échelonnée de 2016 à 2020

YOUTUBEURS est une Série de romans qui suit l’ascension de Henri Bastien, 15 ans, un garçon impopulaire qui souhaite atteindre la notoriété sur YouTube, mais surtout, se faire remarquer par Noémie, la fille qu’il admire de loin depuis si longtemps. 

Henri OMG regarde le monde d’en haut depuis qu’il a des centaines de milliers de followers. Les contrats s’enchaînent et les cadeaux pleuvent sur lui. Tout le monde veut le toucher. Tout le monde veut lui parler. Mais, au fond, plus on est haut, plus on est seul.

Quand Henri croise un jour la route d’Alicia Joly, une pétillante et charmante influenceuse, il est certain d’avoir trouvé l’âme sœur, tant elle semble comprendre ce qu’il vit. Mais dans ce monde où la renommée est plus importante que tout, peut-on compter sur ceux qui disent vous aimer ?

Les néologismes du siècle

YOUTUBEURS est une série de sept livres qui raconte l’histoire d’Henri Bastien, 14 ans, dont le rêve est de devenir youtubeur. La série est centrée sur son ascension dans le domaine de la création de vidéo, de partage en direct (technique de diffusion en continu défini par un anglicisme courant : streaming) et de communication sociale, avec, en cours de route, les petites incartades sentimentales.

Henri adopte un pseudonyme très révélateur : OMG, un terme très courant, anglais encore qui signifie OH MY GOD. Contrairement aux apparences qui voudraient pousser les jeunes à se lancer dans la création de vidéo et la recherche d’abonnés You Tube, l’objectif de la série, selon les dires mêmes de l’auteur est d’encourager les jeunes à lire. Les garçons en particulier.

Ainsi, Olivier Simard a créé une série rafraîchissante, aérée, profondément ado. Tous les livres de la collection d’une présentation très agréables avec des graphismes accrocheurs, des photos qui illustrent parfaitement le thème développé, sans oublier les émoticônes, langage graphique typique des communications digitales chez les jeunes.

Autre aspect très positif de cette série est son humour. Il est spontané, souvent hilarant. Rires et sourires garantis. L’auteur montre dans cette série une grande connaissance de l’adolescence, sa vie, son rythme, ses besoins et ses codes surtout.

La série donne beaucoup d’explications sur les exigences requises pour être youtubeur, explique ce qu’est un influenceur, le fonctionnement de You Tube, les aspects plus ou moins conciliables de la création vidéo avec la réussite scolaire, sans oublier l’aspect mercantile qui est loin d’être négligeable. Cette série m’a appris beaucoup de choses.

Le principal irritant de cette série tient dans son langage. Et là je suis un peu mitigé. L’auteur a voulu être le plus près possible de la réalité adolescente, en utilisant son langage, ses codes. À ce seul titre, c’est une réussite complète. Toutefois, la langue française y est massacrée. C’est la faiblesse de sa force si je peux m’exprimer ainsi.

C’est ainsi qu’on retrouve dans la série une quantité impressionnante d’anglicismes, de termes anglais, de néologismes pas tous passés dans l’usage, de termes dont le sens est difficile à saisir et d’associations de mots pour définir une fonction comme *youtubeuse-influenceuse-instagrammeuse-snapchateuse-tweeteuse* ou encore *play-list sud-americano-love-beat-groove-mambo-urbain*. Si vous êtes loin de l’adolescence, préparez-vous à lire YOUTUBEURS avec un dictionnaire et des outils de traduction.

L’anglais foisonne avec des followers, background, backdrop, post, vlogs, nice, skills, full, cool, top, power, best, cute, like et disliques et quantité d’autres. Mais la question se pose. Est-ce qu’un livre basé sur une expérience adolescente aurait le même impact sans tous ces termes propres au langage adolescent.

Mise à part la question incontournable du français, j’ai trouvé les histoires divertissantes, relaxantes, agréables et drôles et même motivantes pour les jeunes qui veulent aller au bout de leur rêve.

Suggestion de lecture : FAIRE DES SCIENCES AVEC STAR WARS de Roland Lehouck


L’auteur Olivier Simard

Les autres youtubeurs

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 24 janvier 2026

ANTISÈCHES

Commentaire sur le livre de
SÉBASTIEN L. CHAUZU

*-On ne va pas se mentir. Si tu étais inspiré, ça fait longtemps que tu aurais essayé de me draguer.
J’ai regardé l’animal allongé sur la chaise longue et j’ai évalué les chances que j’avais de sortir vivant de ce combat…elle a croisé les jambes au niveau de ses genoux et a ajouté :
-Tu sais, tu n’es pas mon premier écrivain. *

Extrait : ANTISÈCHES, de Sébastien L. Chauzu. Édition de papier et format numérique : Prise de parole éditeur, 2025, 354 pages.

Ed aurait pu faire face à la réalité. Il a préféré remplir ses poches de rappels absurdes. Antisèches, ou comment rester debout grâce à l’ironie, l’obsession, et une foi discrète en l’humanité. Dans un monde parfait, Ed serait romancier, et l’infidélité d’Ana, il la découvre en recevant une lettre anonyme. Mais Ed est réceptionniste dans une maison d’édition qui refuse de le publier, et plutôt que de se rapprocher de sa compagne, il cherche à tout prix à retrouver l’auteur du courrier.

S’ensuit une longue série de déconvenues qui amène Ed à sillonner son quartier en tracteur, et à bourrer ses poches d’antisèches, qui sont censées lui rappeler ses priorités. Au fil de son périple, il croise entre autres, un Espagnol qui partage la vie de son ami éditeur, et un barbu tireur d’élite.

Ed sait ce qui l’attend au bout du chemin, mais il ne veut pas affronter cette réalité sans se dire, une dernière fois, qu’il peut tout arranger.

 
Ironique, absurde mais touchant

ANTISÈCHES est un roman aussi singulier qu’audacieux. Décalé et relâché sur le plan narratif, à l’image de son héros, Edgar Clauss (qui préfère qu’on l’appelle Ed tout court) un écrivain raté en ce sens qu’il est incapable d’écrire un récit cohérent tout comme il est incapable de structurer sa vie. Réceptionniste dans une maison d’édition qui refuse de le publier, Ed se sent incompris :

*Les gens ne comprennent pas ce qu’est un écrivain, le marché, la publication, une histoire avec un début et une fin, mon égo, des personnages qui essaient de créer du sens alors que la vie n’en a aucun. * (Extrait)

Un jour, Ed reçoit une lettre anonyme qui lui dévoile l’infidélité d’Ana. Dès lors, il n’aura qu’un seul objectif, découvrir l’auteur du courrier anonyme. Il entreprendra alors toutes sortes de démarches absurdes et farfelues. Il a entre autres la manie d’écrire sur des bouts de papier des petits rappels, des notes, réflexions et des pensées sur ses relations en Société et surtout sur ses relations amoureuses. On appelle ces notes des antisèches.

Ed est obsédé par Ana et l’auteur de la lettre anonyme, moteur de l’intrigue. Mais ce qui poursuit les lecteurs et lectrices tout au long du récit, ce sont les antisèches d’Ed. Elles sont au cœur du récit et malheureusement pour notre héros, pour ne pas dire notre antihéros, il est le premier à s’y perdre. Tous les personnages secondaires sont les témoins volontaires ou non, des démarches obsessionnelles d’Ed.

C’est un récit déjanté, balloté dans le burlesque et l’absurde et donnant l’apparence d’une philosophie bon marché avec quantités de phrases et d’expressions étranges et gonflées auxquelles on peut donner le sens qu’on veut si on en trouve un : *Que valait une époque qui imposait le traçage de chaque minute de la vie de notre jambon si c’était pour nous exhorter à effacer de nos mémoires la plus infime de nos déceptions ? * (Extrait) ou encore *Le jugement est la seule chose qui différencie une fleur d’une mauvaise herbe. * (extrait)

Mais au-delà des apparences, j’ai développé de l’affection pour Ed, personnage maladroit et mélancolique évoluant dans un monde qui semble lui échapper. C’est un personnage attachant parce qu’humain, en quête de sens et d’identité, et fragile aussi. En fait, si Ed n’avait pas été un écrivain raté, le roman de Chauzun n’aurait aucune raison d’être. Ed n’est rien de moins que touchant. J’ai été fasciné par sa vulnérabilité et sa sincérité. Ce sont des éléments qui imprègnent le récit d’une finesse  enveloppante.

Pour bien goûter cette œuvre atypique, il faut s’armer de patience car elle comporte des longueurs et des redondances et elle est décousue. La galerie de personnages secondaires est assez abondante et le fait que l’humour absurde s’insère dans une situation personnelle dramatique rend le tout pas très facile à suivre. Il y a aussi la finale qui m’a donné une impression d’inachevé. Le style narratif et le ton utilisé peuvent ne pas convenir à tous les lecteurs et lectrices.

Toutefois, l’ouvrage a des qualités indéniables qui compensent largement les petits bémols…j’ai été surpris par le style de Chauzu qui joue aisément avec l’absurde et le drame. Oui, son univers est loufoque et burlesque mais il a doté son personnage principal d’authenticité. Il est maladroit mais sincère. Tout ce mélange ouvre la voie à une infinie tendresse. L’humour est subtil. La légèreté et la gravité sont en équilibre dans ce roman.

Le récit pousse à la réflexion sur l’échec, la solitude, le besoin de reconnaissance et vient nous rappeler qu’il n’est pas toujours aisé de vivre dans un monde étouffé par les lois et les convenances. Le récit traduit une dérive existentielle. Pour moi il est porteur d’émotion et ça compte beaucoup.

Suggestion de lecture : LE MUR, Jean-Paul Sartre


L’auteur Sébastien L. Chauzu

Du même auteur


Détails ici

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 16 novembre 2025

Défense d’entrer ! 13

Commentaire sur le livre de
 Caroline Héroux, avec la participation de Charles-Olivier Laroche

*Tout ce que je veux. Maman était contente de m’annoncer que j’y allais (au camp d’été) mais elle a fait exprès pour envoyer les jumeaux en même temps, juste pour me faite ch**r. <Je dois faire attention à mon langage, car je me suis échappé devant Mamie l’autre jour et elle m’a ramassé SOLIDE.>

Extrait : DÉFENSE D’ENTRER ! 13 VENDREDI…13 !!! De Caroline Héroux, avec la participation de Charles-Olivier Laroche. Support numérique et édition de papier : : Éditions Défendu 2020, 249 pages.

Charlot, l’authentique ado

Tout récemment, mon petit-fils, Raphaël, me proposait de lire et de commenter un livre extrait d’une série dont il raffole : DÉFENSE D’ENTRER, de Caroline Héroux, écrite avec la collaboration de son fils et d’inclure son opinion dans mon article.

Je connais bien sûr la série, ayant déjà commenter le tome 8 : VOTEZ LOLO. J’étais tombé sous le charme du livre et de la série. Sur la suggestion de Raphaël, j’ai donc sauté sur l’occasion de voir comment la série a évolué.

On continue donc de suivre Charles, appelé gentiment LOLO qui va atteindre ses 14 ans en plein camp d’été alors qu’il développe un *petit sentiment énorme* pour la belle Sarah. Malgré tout son courage, le pauvre Lolo n’est pas au bout de ses peines.

Entre temps, avec ses amis, il aura à résoudre la redoutable légende du camp : LA LÉGENDE DU VENDREDI 13 et il y a des frissons au programme et peut-être la naissance d’une phobie : *Je vais approfondir mes connaissances sur la PARASKEVIDÉKATRIAPHOBIE * (Extrait) le mot existe vraiment. C’est ainsi qu’on appelle la peur irraisonnée du vendredi 13. (Ça se glisse bien dans une conversation avec un peu de pratique.)

L’histoire est très bien bâtie, fidèle à l’image de la série, riche en aventures et en rebondissements et très proche des ados, en particulier les garçons qui, culturellement, ont plus de difficulté à apprécier la lecture. On dirait aussi que le récit semble confirmer sa nature autobiographique avec la participation active de Charles-Olivier Larouche qui connait ça l’adolescence. Au moment d’écrire ces lignes, il a seize ans.

Ici, je me permets de reconduire l’opinion que j’ai émis sur ce site en juillet 2021 concernant le tome 8 de la série DÉFENSE D’ENTRER : VOTEZ LOLO : Ce qui est frappant, à la lecture de ce livre, c’est le ton juste, précis : manière ado, parler ado, attitude ado…ado gossant, flippant, difficile à lever, difficile à coucher, possédant l’art de la réplique et…des gros mots.

Beaucoup de choses m’ont plu dans VENDREDI 13 !!! le récit rend très bien l’atmosphère d’un camp d’été pour jeunes même si les moniteurs sont quelque peu occultés. De plus, la légende du camp touchant le vendredi 13 est particulièrement bien imaginée et pourrait fort bien pousser le jeune lecteur et la jeune lectrice à se poser la fameuse question, celle qui vient consacrer la justesse de la plume: …ET SI C’ÉTAIT VRAI… Je vous laisse découvrir l’intrigue en vous disant qu’elle a été particulièrement bien soignée.

Un point très important est la présentation du livre : la variété dans la grosseur des lettres, l’utilisation des couleurs, du soulignement, des dessins et une forte ventilation du texte contribuent à traduire les émotions, les sentiments et le ressenti des personnages et rend l’ensemble extrêmement attrayant pour le jeune lectorat.

Enfin, la naissance des sentiments chez les ados et le réveil hormonal sont traités avec une infinie sensibilité. Charles est très attiré par Sarah mais il faut voir comment ça va se terminer. Caroline Héroux n’aborde pas seulement le réveil des hormones mais aussi celui de la maturité. C’est bien pensé.

Bien d’autres découvertes drôles vous attendent dans ce treizième tome de la série DÉFENSE D’ENTRER qui prend bien son temps pour vieillir. Une très belle lecture.

Suggestion de lecture : LA RÉBELLION DES CORNICHONS, de Mika


Extrait de DÉFENSE D’ENTRER 13 ! VENDREDI…13 !!!
surtout pour donner un aperçu de l’aménagement des pages.


L’autrice Caroline Héroux et son fils, Charles-Olivier Larouche
qui a collaboré activement à la série DÉFENSE D’ENTRÉE.

La collection

À LA TÉLÉ

La série a été adaptée sur ICITOUT.TV EXTRA par le réalisateur Jason Roy-Léveillée

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 2 novembre 2025

Osti de tabarnak

PREUX CHEVALIER FRANCOL

Commentaire sur le livre de
GISLAIN TASCHEREAU

*…Et à voir les traits de Qing Bloke, tendus comme une arbalète armée, il devine que le roi de l’Unifol ne mijote pas une soirée cervoise avec celui qui a enlevé son fils, S’il concocte quelque chose, c’est plutôt de retrouver cet Osti de Tabarnak et de le suspendre par les pieds au-dessus d’un cloaque à purin jusqu’à ce qu’il expire. Et il rêve probablement de lui annoncer sa sentence lui-même en chair et enculé. *

(Extrait : OSTI DE TABARNAK PREUX CHEVALIER FRANCOL, de Ghislain Taschereau, LAFFONT éditeur 2020, édition de papier, 408 pages. Format numérique, ERL Canada numérique éditeur 2019, version audio : Audible studios éditeur 2020, durée d’écoute : 11 heures 58 minutes. Narrateur : Ghislain Taschereau.)

Nous sommes au Moyen Âge. La cité de Franc, capitale de la Francolie, pays des Francols, a été prise par l’armée de l’Unifolie. Florent de Lys, le roi de la Francolie, a été capturé et mis en geôle. L’armée francole a été décimée et l’on soupçonne son maréchal, porté disparu, de félonie.

La partie n’est toutefois pas gagnée pour les Unifols, primo parce que leur reine est une enfant rebelle de la Francolie, secundo parce qu’ils auront affaire aux chevaliers du Déconcrissage…

Une caricature engagée

*…mais Carisse de calice lève un doigt ! <Je tiens à préciser que si mon frère devait, par malheur, se révéler être un sale traître à la francolie, mon pays que j’aime de tout mon cœur, je le tuerais de mes propres mains ! > Carisse de calice se tait soudain, puis tente de réprimer un sanglot qui, à défaut de pouvoir emprunter le chemin de ses yeux, lui sort par le nez et tombe devant lui sur la table… * (Extrait)

Ce livre, au titre audacieux, drôle pour ne pas dire comique m’a semblé au premier coup d’œil une charge irrévérencieuse contre la noblesse mais surtout un portrait incisif de l’éternelle dualité culturelle entre l’anglophonie et la francophonie., Il pointe du doigt l’absurdité et la bêtise de la politique.

Taschereau a campé son sujet bien solidement dans un contexte médiéval, donnant à ses héros des noms que les puritains jugeront définitivement blasphématoires mais que moi j’ai trouvé dôles et tape-à l’oreille (car j’ai écouté la version audio narrée par l’auteur lui-même).

Ghislain Taschereau a commencé par créer un noyau de héros francols, les chevaliers du déconcrissage, dirigés par le héros du récit, le preux chevalier Osti de Tabarnak, bien secondés par Osti de Tocson, d’Osti de Tough, d’Osti de Peassou, de Quarisse de Câlisse et de Kérisse de Gorlo. Notez *l’exotisme* des noms créés à partir de jurons, patois, termes jouals et blasphèmes.

S’ajoute quantité de personnages secondaires aux noms très signifiants. Baron Mautadine de Tabarouette, Duc Torpinouche de Torvis, Duchesse Torieuse de Bonrienne, Comte Caline de Mosuss, Comtesse Batêche de Calibine et quelques autres.

Il ne faut pas oublier les dignes représentants de l’Unifol avec en tête le roi Qing Bloke dont l’expression linguistique est un tantinet tournée en dérision :  *-Well thi wall you will wrung the well wull? Demande Qing Bloke dont les larmes se sont figées sous la rage. -Thiwol you is Osti de Tabarnac az wall wring youl thi, répond Layshen. (Extrait)

Quoique fort divertissante, l’histoire est difficile à suivre car elle est truffée de phrases à double-sens, jeux de mots, allusions, sarcasmes et sens cachés, sous-entendus.

C’est une faiblesse. Pas nécessairement un irritant. Ça m’a simplement obligé à quelques retours en arrière en cours d’audition. J’ai beaucoup apprécié le contexte médiéval dont notre langue s’est assez bien inspiré et la façon dont l’auteur évoque des tares historiques en passant par l’absurde.

Les allusions directes à des personnages contemporains formellement identifiables sont rares Toutefois, le patronyme PET TRUDEAU m’a surpris et l’image qui s’en dégage est peu flatteuse, ce qui m’a ravi au plus haut point.

Malgré son humour attractif et déridant, il est évident pour moi que ce livre véhicule une pensée sociale et d’actualité qui ne m’a pas laissé indifférent. Si la finale débouche sur une idée de régime politique discutable, j’adhère totalement à sa conclusion qui laisse entendre que c’est en passant par l’éducation, l’acquisition de connaissances et l’enrichissement de la culture qu’un peuple devient fort :

Il n’est
d’erreurs,
de désespoirs
et de complexes
que les Francols n’endurent.

Il n’est
d’erreurs,
de désespoirs
et de complexes
que l’éducation ne cure.

À lire ou écouter. Évasion garantie.

Suggestion de lecture : LA BÊTE CREUSE de Christophe Bernard

Du même auteur

 

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le dimanche 31 août 2025

CÉDRIC

Commentaire sur
La série de bandes dessinées créée par

le scénariste Raoul Cauvin et le dessinateur Laudec
avec la touche du coloriste Vittorio Leonardo


Extrait de COUCHÉ, SALE BÊTE! Le 34e album de la série CÉDRIC

Dur, dur, d’être un petit garçon… Entre la maîtresse, le psychologue de l’école, les parents trop curieux, les copains chahuteurs, une cousine odieuse et une petite copine capricieuse, Cédric a fort à faire pour préserver sa tranquillité. Heureusement, Pépé est toujours là, pour les mauvais coups comme les coups de blues.

Dans le cadre de mon exploration ponctuelle du neuvième art, j’ai découvert avec un rare plaisir la série de BD CÉDRIC signée par le tandem Cauvin-Laudec et présentant, avec une imagination débordante La nouvelle star des enfants. CÉDRIC est déjà un classique de la BD familiale, conçue également pour divertir toute la famille. Personnellement j’ai été séduit par la série qui m’a beaucoup diverti avec un petit tannant bien sympathique et très attachant.



IRRÉSISTIBLE

Extrait : bonne astuce pour faire signer un bulletin

Toute la collection raconte le quotidien de Cédric Dupont, huit ans. C’est un garçon turbulant, rusé, un peu manipulateur et a une tendance évidente à être insolent <baveux>, dirait-on en bon québécois avec les adultes. C’est un petit bonhomme extrêmement intelligent et pourtant mauvais élève à l’école, à cause…des filles…

Il est d’abord préoccupé par son attirance pour sa professeure, mademoiselle Nelly. Mais lorsqu’une jeune chinoise, Chen, s’installe dans son école et dans son univers, à partir du troisième volume, il en tombe amoureux fou et tentera toutes sortes de coups pour la séduire, parfois pendables, souvent bien imaginés. Cette petite passion entraîne beaucoup de moments cocasses.

Toutefois, attention. Cédric n’est pas le petit ange qu’il donne l’impression d’être. C’est un petit caractériel, colérique et machiste. Il est cependant astucieux, imaginatif et ce qu’il est prêt à faire pour séduire la belle Chen est un élément générateur de nombreux moments drôles.

Je ne peux pas qualifier la série d’hilarante mais elle m’a beaucoup amusée, pour la dizaine d’albums que j’ai lue. Je n’ai pas trouvé Cédric particulièrement attachant, mais placé dans son contexte quotidien, dans son milieu d’amis et à l’école et compte tenu de ses pirouettes amoureuses enfantines, j’ai trouvé l’ensemble rafraîchissant, particulièrement enrichi par le talent du dessinateur Tony de Lucas, alias Laudec.

À lire donc pour faire diversion, se détendre, s’amuser, la série CÉDRIC, le produit de deux enfants de la Belgique, le pays qui a donné au neuvième art la place qui lui revient…le pays qui nous a donné Tintin…

Suggestion de lecture : Les aventures de Tintin, de Hergé


À gauche, le scénariste Patrick Cauvin, à droite, le dessinateur Laudec. Ce sont les créateurs de CÉDRIC. Voyez leur parcours biographique ici.

Pour parcourir les 35 volumes de la collection, cliquez ici.

 

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le vendredi 1er août 2025

 

 

Les dieux s’amusent

Commentaire sur le livre de
DENIS LINDON

*Il y a un peu plus de trois mille ans, la Terre était peuplée d’une multitude de divinités qui ne cessaient d’intervenir dans les affaires des hommes. À bien des égards, ces dieux ressemblaient fort à des hommes ordinaires : ils étaient orgueilleux, avides, paresseux, gourmands, menteurs, mesquins, rancuniers, jaloux, frivoles, capricieux et violents ; il leur arrivait aussi quelquefois d’avoir de bons sentiments. Ils se mariaient, avaient des enfants, se disputaient, se trompaient, se vengeaient et se pardonnaient tout comme le commun des mortels. *

Extrait : LES DIEUX S’AMUSENT, Denis Lindon. Support papier : Castorpoch éditeur (rééd.) 512 pages. Version audio : Gallimard éditeur, 2019, durée d’écoute : 9 heures 2 minutes, narrateur : Jean-Paul Bordes. Format numérique : Flammarion jeunesse éditeur, 2019, 469 pages.

Un précis de mythologie aussi savant que souriant. Un livre passionnant, drôle et instructif qui permet de découvrir les plus belles histoires du monde : les amours de Jupiter, les travaux d’Hercule, les colères d’Achille, les ruses d’Ulysse…

Léger et plein d’humour

C’est un livre léger, rafraîchissant et instructif. Il faut prendre son titre au pied de la lettre. L’auteur démystifie (façon de parler) la mythologie grecque. Il raconte l’histoire et l’évolution des dieux jusqu’à leur dernière invention : un genre de marionnette appelé *humain*.

Denis Lindon raconte les dieux grecs sous un angle différent et novateur. Il prend des libertés par rapport à la mythologie officielle pour autant qu’on puisse considérer une mythologie comme officielle. Il ne s’en cache pas d’ailleurs. Peut -être est-ce au nom de cette liberté que Lindon a laissé glisser des erreurs dans l’histoire.

Il dit par exemple que le Cheval de Troie était une offrande à Athéna alors que ladite offrande était faite à Poséidon. Autre exemple, les 12 travaux d’Hercule qui ne sont pas présentés dans le bon ordre. L’ouvrage comporte plusieurs coquilles de ce genre. C’est la raison pour laquelle il faut se rabattre sur le titre et croire que l’auteur s’est aussi amusé.

Il y a quelque chose de paradoxal dans le fait de dire qu’une mythologie est inexacte puisqu’il n’est question que de légende. À ce chapitre, ma base de référence a toujours été et sera toujours Homère, ainsi que L’HISTOIRE DE LA MYTHOLOGIE GRECQUE de Jeremy Haim publié chez AFNIL et réédité en 2021. Si je me base sur ces références et quelques autres, la crédibilité de LES DIEUX S’AMUSENT est quelque peu discutable.

Il reste que le livre est original et divertissant. Sa version audio est superbe. J’ai trouvé l’ensemble drôle et instructif malgré tout. Son titre donne une bonne idée de l’objectif que s’était fixé l’auteur au départ.

Le livre est divisé en trois grandes parties. La première est consacrée à l’histoire des dieux grecs qui sont présentés comme des magouilleurs indolents, capricieux, menteurs, infidèles, sournois et autres gentillesses du genre.

La deuxième partie est consacrée à l’histoire et la guerre de Troie avec Ulysse en vedette, Achille bien sûr, Ajax, Hector, Pâris, la belle Hélène et plusieurs autres. Enfin, la troisième partie est consacrée à l’odyssée d’Homère qui, sous l’emprise de dieux cruels et fourbes, mettra 20 ans pour regagner sa terre d’Itak après la guerre de Troie.

Bien que ce livre dépoussière la mythologie grecque, que sa présentation soit agréable et sa façon d’aborder les dieux soit amusante, ce n’est pas un livre pour les enfants à cause des thèmes qui y sont développés : guerre, meurtres, cruauté, traîtrise, inceste, jalousie, misogynie et j’en passe.

Les dieux n’étaient pas des enfants de chœur. Il est donc exagéré de dire que c’est un livre pour toute la famille. Pour le reste, c’est une histoire énergique, captivante, qui va au-delà des autres versions. Petit bémol, l’humour prend souvent le pas sur la rectitude.

Suggestion de lecture : LE CHANT D’ACHILLE de Madeline Miller

Du même auteur

Après avoir dirigé pendant quinze ans l’une des plus importantes sociétés françaises de conseil en management, fondé et présidé la Sofres, Denis Lindon est devenu professeur de marketing à HEC et consultant d’entreprise dans les domaines de la stratégie marketing et de la formation des cadres marketing. Denis Lindon est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et d’économie de l’Université de Cambridge (G.-B.). Il écrit aussi des livres pour les enfants.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 23 juin 2025

Les malheurs de Sophie

Commentaire sur le livre de
LA COMTESSE DE SÉGUR

*On n’avait jamais vu un enterrement plus gai. Il est vrai que la morte était une vieille poupée, sans couleur, sans cheveux, sans jambes et sans tête, et que personne ne l’aimait ni ne la regrettait. La journée se termina gaiement ; et, lorsque Camille et Madeleine s’en allèrent, elles demandèrent à Paul et à Sophie de casser une autre poupée pour pouvoir recommencer un enterrement aussi amusant. *

Extrait : LES MALHEURS DE SOPHIE, par la Comtesse de Ségur. Publié à l’origine chez Hachette en 1858, collection rose. Réédité plusieurs fois. Pour la présente, CreateSpace éditeur, 2013, 88 pages. Édition numérique libre de droit, 152 pages. Version audio : Audiolud éditeur, 2020, narratrice, Lucille Delanne, durée d’écoute, 3 heures 13 minutes. Disponible en Bd chez Glenat éditeur, 2021, 56 pages. Littérature jeunesse.

Précurseur de la littérature pour enfants

Je lisais récemment sur internet un dossier littéraire qui réactualisait les écrits de la comtesse de Ségur, qualifiant son œuvre d’indémodable. S’il est vrai que la comtesse de Ségur fut précurseur de la littérature moderne pour enfant, je suis heureux de constater que les thèmes qu’elle développe ont été mis au goût du jour par nos auteurs contemporains. L’œuvre de la comtesse a vieilli, il faut bien le dire.

J’ai moi-même lu LES MALHEURS DE SOPHIE quand j’étais à l’école primaire. Je me rappelle que le livre m’avait atteint. Je l’avais apprécié car il correspondait parfaitement aux courants sociaux de l’époque qui mettaient surtout les garçons en valeur. Le machisme couvait.

En effet, Sophie est une petite fille de quatre ans, caractérielle, égoïste, colérique et qui accumule les gaffes et les bêtises parfois cruelles. Le deuxième héros du petit roman est son cousin, Paul, un petit garçon bon, doux, facile et agréable à vivre. Sophie énerve tout le monde et tout le monde magnifie Paul. Classique d’un temps révolu, du moins pour les occidentaux.

Donc par curiosité et soixante ans plus tard, j’ai relu LES MALHEURS DE SOPHIE. J’ai aussi écouté la version audio narrée par Angèle Coutu. J’ai relevé des irritants comme par exemple le niveau de langage de Sophie, 4 ans, beaucoup trop haut perché pour être vraisemblable. L’imagination de ses bêtises est aussi poussée. Il eut été inadmissible que mes parents m’aient laissé jouer avec un couteau et encore moins boire du vin, entre autres.

LES MALHEURS DE SOPHIE est un livre du XIXe siècle et se cantonne encore au XIXe siècle. Toutefois, l’œuvre m’a encore atteint, mais pour des raisons différentes.

L’histoire de Sophie est porteuse de réflexions sur de nombreux thèmes qui ont conservé toute leur actualité : sur les personnes qui ont un irrésistible besoin d’avoir l’attention des autres par exemple, l’inutilité des châtiments corporels, l’équité et l’égalité entre garçons et filles, la place des femmes dans la Société.

L’ouvrage porte également à réfléchir sur des troubles qui n’étaient pas identifiés à l’époque mais qui sont courants aujourd’hui comme les déficits d’attention et l’hyperactivité. C’est un concept d’éducation à parfaire qui sous-tend l’œuvre de la Comtesse de Ségur.

LES MALHEURS DE SOPHIE est un récit intéressant, d’autant qu’il est autobiographique. Il est aussi divertissant même si l’imagination de Sophie est parfois poussée. Je pense qu’on peut faire confiance à l’intelligence des enfants de 7 ans et plus pour faire la part des choses.

Suggestion de lecture : UN VOISIN ÉTRANGE, de Florian Dennisson


Après avoir épousé le comte Eugène de Ségur
Sophie Rostopchine devient
LA COMTESSE DE SÉGUR

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le samedi 7 juin 2025