SIGNE DE VIE, de J.R. Dos Santos

*- Un signal ? Le numéro deux du Vatican afficha un sourire nerveux, comme si lui avait du mal à croire ce qu’il était sur le point d’annoncer. *
(Extrait : SIGNE DE VIE, J.R. Dos Santos, HC éditeur, 2018, 700
pages, papier. Version audio : Lizzie éditeur, 2019. Durée
d’écoute : 20 heures 8 minutes. Narrateur : Philippe Allard)

Les immenses radiotélescopes de l’institut SETI en Californie viennent de capter un signal inhabituel venu de l’espace sur la fréquence 1,42 GHz. Un signe de vie. La Nasa, l’Agence spatiale européenne et la CNSA en Chine préparent une mission internationale pour découvrir qui émet ce signal. En tant que cryptanalyste reconnu dans le monde entier, Tomás Noronha est recruté pour faire partie de l’équipe des astronautes qui seront à bord de la navette Atlantis. Loin de s’imaginer ce qu’ont déjà découvert les scientifiques sur la vie extra-terrestre, il plonge alors au cœur du plus grand mystère de l’univers. Le mystère de la vie.

 

À la recherche du premier contact
*Il m’arrive d’avoir envie de tout larguer et de ficher le camp.
-Et pourquoi vous ne le faites pas ?
C’est un jeu de
Patience Tommy ! Nous devons être conscients que des
décennies et des décennies peuvent s’écouler sans qu’on
ne trouve rien d’intéressant. Mais quand on captera
quelque chose, ce sera extraordinaire. Je veux participer
à cette découverte…*
(Extrait)

E.T. a téléphoné… <extrait>

Comme beaucoup de livres de J.R. Dos Santos, SIGNE DE VIE est un mélange de science-fiction, thriller et science vulgarisée expliquée dans de longs dialogues qui constituent autant d’intermèdes dans le roman. J’avais l’impression par moments d’être au banc de l’école et de suivre un cours de science. Quand on lit ou on écoute J.R. Dos Santos, il faut accepter cette réalité qui introduit, de façon fluide, la science, la philosophie, la théologie, le darwinisme et l’évolution, l’ufologie et j’en passe.

J’ai trouvé que l’effort de vulgarisation est magistral. J’ai appris ou compris beaucoup de chose, sur les mathématiques par exemple, le nombre pi 3.1415 suivi d’un tas de décimal, nombre sur lequel repose pratiquement la vie, l’évolution, la physique et évidemment, ce besoin très humain de scruter le ciel. Mais attention, si SIGNE DE VIE a une tendance manifestement documentaire, c’est aussi un roman à haute tension qui m’a accroché dès le départ alors que les immenses radiotélescopes de Seti captaient un signal inhabituel venu de l’espace.

Dès la conclusion à l’effet que le signal est intentionnel et donc qu’il y a signe de vie, les choses se précipitent, le rythme augmente, l’intrigue s’intensifie, les lecteurs-auditeurs deviennent captifs, mus par une brochette d’émotions rendues encore plus intenses par la performance extraordinaire du narrateur Philippe Allard pour la version audio.

Il y a donc signe de vie. Son interprétation est à l’effet qu’un vaisseau approche de la terre. Houston envoie une expédition pour le rencontrer. Les russes s’en mêlent. L’intensité dramatique est en crescendo et atteint son paroxysme au quatrième quart de l’ouvrage avec une surprise inattendue. Toute la finale est inattendue.

Ne vous attendez pas à un vaisseau spatial du genre Enterprise ou Independance day ou Rencontre du troisième type. En fait, ne vous attendez à rien. Laissez-vous aller car ce qui approche de la terre dans SIGNE DE VIE est simplement inimaginable. Donc en bref : livre très bien écrit et fort bien imaginé. Les personnages ne sont pas tous travaillés en profondeur, mais le personnage principal, Thomash Nohrona est très attachant et profondément humain.

Le rythme monte en flèche. L’ouvrage est fortement documenté et bien entendu, l’histoire est ventilée par des palabres scientifiques. Certains sont trop longs mais tous sont en accord avec l’esprit du texte et je les ai trouvés clairs et accessibles. Je vous suggère, même si vous n’aimez pas les sciences, de prendre le temps de bien écouter les dialogues. Personnellement je les ai trouvés passionnants.

Intégrer un documentaire dans un roman est un défi, mais le risque était calculé avec comme facteur-clé l’intensité de l’intrigue et surtout, une façon enrichie de définir et de comprendre la vie. Ce fut un précieux moment d’écoute pour moi.

Suggestion de lecture :  À L’INTÉRIEUR DES VAISSEAUX DE L’ESPACE, de Georges Adamski

Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du 20H au Portugal depuis plus de vingt-cinq ans, Joseph Rodriguez dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers. La saga Tomás Noronha, traduite en 18 langues, s’est fait connaître en France avec La Formule de Dieu, vendue à près de 500.000 exemplaires (2 millions dans le monde) et dont les droits d’adaptation au cinéma ont été acquis par Belga Films.
Avec Signe de vie, il signe le 7e roman de la saga.

 

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le dimanche 3 décembre 2023

LES MONSTRES, le livre de Lauren Beukes

*Dans sa tête, tout était confus. Les souvenirs s’enfuyaient
 dans des recoins sombres tels des poissons d’argent. Mieux
valait les ignorer que de chercher à les attraper. *
(Extrait : LES MONSTRES, Lauren Beukes, à l’origine, papier,
Pocket éditeur, 1975, 609 pages. Version audio : Audible Studios
éditeur, 2015, durée d’écoute : 14 heures 10 minutes, narratrice :
Gaëlle Savary.)

Depuis qu’elle travaille à Detroit, département des Homicides, l’inspectrice Gabriella Versado ne s’était jamais trouvée face à une telle monstruosité : un jeune garçon mutilé, le haut de son corps mêlé aux membres inférieurs d’un cerf. Profondément remuée, Gabi se lance à la recherche du macabre sculpteur.
Pendant ce temps, sa fille, Layla, qu’elle délaisse trop souvent, se met en tête de débusquer des pervers sur Internet avec sa meilleure amie. Sa mère ne se doute pas un instant que l’adolescente est à deux doigts de tomber entre les mains du psychopathe, un fou qui se rêve artiste…

 

Un art glauque
*Gabriella s’accroupit à côté du banc. -Bob ! À son ton
urgent, il fait volte-face. Là ! elle désigne une fine éclaboussure
brune sur le plexi. -Il l’a tuée ici…en pleine rue…*
(Extrait)

La version audio de ce récit m’a particulièrement impressionné. C’est un chef d’oeuvre de performance vocale de la narratrice Gaëlle Savary. Elle a su actualiser et envelopper une histoire qui en avait grandement besoin, créant un registre vocal précis pour chacun des principaux personnages. La prestation est excellente en particulier pour le principal monstre de l’histoire, Clayton, un tueur psychopathe sans conscience.

Le récit a quelques forces. L’auteur frappe fort dès le départ avec le meurtre d’un enfant que le tueur a coupé en deux pour le fusionner avec un cerf. En général, les personnages ont peu de profondeur sauf peut-être celui de l’inspectrice principale, Gabriella Versado qui doit composer avec ce que je pourrais appeler la folie intelligente d’un tueur insaisissable.

Si je déleste le récit de son enquête des nombreux et ennuyants passages inutiles qui diluent l’intrigue, j’ai trouvé l’enquête intéressante, dirigée par un personnage créé pour faire preuve de courage et se débattre avec l’énergie du désespoir. Puisque je suis dans les forces, je signale enfin que la présentation générale est bonne : des chapitres courts, un ensemble bien ventilé avec un bon sens de l’intrigue.

Malheureusement, l’intrigue est affaiblie par une grande quantité de palabres inutiles, de dialogues vides. L’histoire est longue. L’intrigue est assez bien construite mais l’action est lente. Le fil conducteur est fragile. Le modus operandi du tueur force l’attention et laisse libre cours à l’expression de l’auteure, à savoir que plusieurs passages sont à soulever le cœur et la corde est sensible car parmi les victimes, il y a des enfants.

Ma plus grande déception est la finale qui m’a donné l’impression d’un parfait remplissage laissant supposer que le mal à l’état pur a besoin d’une enveloppe pour se répandre. C’est ainsi que l’auteure a introduit le paranormal ou le fantastique si vous préférez. J’ai l’impression que l’auteure n’avait pas prévu sa finale et qu’elle a improvisé. Autre questionnement : après la conclusion, c’est-à-dire la lecture du rapport de police, l’auteure annexe des extraits d’un forum fictif lié à l’histoire, extraits précédés et suivis de chiffres et du nombre de commentaires.

Je n’ai pas compris l’utilité de cette annexe. Encore du remplissage. Donc en résumé, l’histoire connait un bon départ mais ça se dégrade jusqu’à la conclusion qui est elle-même tirée par les cheveux. Pardonnez-moi ce cliché, mais les meubles ont été sauvés par la narratrice qui a fait un excellent boulot. Ça donne un tout probablement très supérieur à la version papier.

Suggestion de lecture : NÉBULOSITÉ CROISSANTE EN FIN DE JOURNÉE, de Jacques Côté

Lauren Beukes est née en 1976 à Johannesburg, en Afrique du Sud. Journaliste, scénariste, auteur de documentaires et de bandes dessinées, elle s’est fait connaître grâce à ses romans : Zoo City, qui lui a valu le prix Arthur C. Clarke en 2011, et Les Lumineuses, qui a reçu le prix British Fantasy en 2014. Depuis, elle a écrit Moxyland (2014) et Les Monstres (2015). Tous les ouvrages de Lauren Beukes sont publiés aux Presses de la Cité.
Pour tout savoir sur Lauren Beukes, visitez son site. Cliquez ici.

Notez toutefois que le site en en anglais.

Bonne lecture
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Claude Lambert
le dimanche 12 novembre 2023

LES AVENTURES EXTRAORDINAIRES D’ARSÈNE LUPIN

COMMENTAIRE SUR LE RECUEIL
L’AIGUILLE CREUSE et autres histoires

De Maurice Leblanc

*Est-ce qu’il ne s’agit pas d’Arsène Lupin ? Est-ce que nous ne devons pas, avec lui, nous attendre justement à ce qui est invraisemblable et stupéfiant. Ne devons-nous pas nous orienter vers l’hypothèse la plus folle ? Et quand je dis la plus folle, le mot n’est pas exact. * (Extrait :  Les aventures extraordinaires d’Arsène Lupin, tome II, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2012, édition de papier, 370 p.)

Arsène Lupin évoque des énigmes, des secrets enfouis et des cachettes mystérieuses, des machinations, des courses-poursuites et des coups de théâtre. Un héros désinvolte et raffiné, cambrioleur mais gentleman, hors-la-loi autant que justicier, Arsène Lupin, en passionnant des générations de lecteurs par sa verve et ses exploits, figure en bonne place au panthéon de la littérature populaire. »

Le voleur honnête

Je me suis finalement décidé à lire LES AVENTURES EXTRAORDINAIRES d’Arsène Lupin dans leur version originale. Sur le personnage lui-même, je suis un peu mitigé en ce sens que j’ai eu de la difficulté à m’y attacher. Lupin est une légende plus grande que nature, presque trop parfait, arrogant, mufle à ses heures, prétentieux, manipulateur et imbu mais tellement brillant, subtil, intelligent et malin.

Ce sont les histoires qui m’on subjugué, la plume incroyablement maîtrisée de Maurice Leblanc qui a créé un *gentil bandit* tellement magnétique, travaillé en profondeur et si génial qu’il est devenu un monstre sacré, un immortel incontournable de la littérature et de l’écran. Le tome 2 des aventures de Lupin est particulièrement important car on y retrouve un chef d’œuvre de la littérature policière : L’AIGUILLE CREUSE, un roman phare qu’il faut absolument lire si on veut pénétrer en profondeur l’âme de Lupin et saisir l’esprit de l’auteur.

J’ai beaucoup aimé L’AIGUILLE CREUSE pour plusieurs raisons. Il est question, dans ce récit, d’un épais mystère comportant un secret que les rois de France se transmettaient et dont Arsène Lupin s’est approprié. La fameuse « aiguille » contient le plus fabuleux trésor jamais imaginé. Voilà qui explique, en partie seulement, la puissance du personnage et ses moyens d’agir.

J’ai trouvé le récit aussi particulièrement captivant parce qu’il introduit un personnage à la fin de son adolescence : Isidore Beautrelet, élève de rhétorique surdoué, ce qui est incongru au départ. Il se trouve qu’Isidore est devenu mon héros dans cette aventure parce qu’il a tenu tête à Lupin et a fait la barbe à un policier obsédé par la capture du célèbre voleur : le détective Ganimard.

L’ouvrage comporte plusieurs petites curiosités. J’en citerai une dernière, qui donne une saveur particulière à L’AIGUILLE CREUSE : Leblanc parodie Sherlock Holmes. L’antihéros devient Herlock Sholmès, un détective particulièrement antipathique et imbu. J’ai adoré.

L’œuvre, parue entre 1908 et 1909 n’a pas vieilli. Ça se lit sans prendre conscience du temps qui passe et j’ai compris très vite pourquoi, à travers les mystères, revirements et rebondissements, par sa manière d’être et sa psychologie, Arsène Lupin est devenu le GENTLEMAN CAMBRIOLEUR, terme qui sera consacré d’ailleurs par la célèbre chanson de Jacques Dutronc et qui deviendra le thème de la célèbre télésérie.

Je vous souhaite sincèrement de lire ces aventures avec le même enchantement que je celui que j’ai ressenti et les émotions qui l’accompagnent évidemment.

C’est le plus grand des voleursOui, mais c’est un gentlemanEt chaque femme à son heureRêve de voir son visage
De l’actrice à la danseuseÀ l’épouse la meilleureGentleman cambrioleurA gagné le cœur
C’est le plus grand des voleursOui, mais c’est un gentlemanIl s’empare de vos valeursSans vous menacer d’une arme
Quand il détrousse une femmeIl lui fait porter des fleursGentleman cambrioleurEst un vrai seigneur
Extrait de la chanson GENTLEMAN CAMBRIOLEUR : Yves Dessca/Jean-Pierre Bourtayre/Frank Harvel
 
Suggestion de lecture : LE CHIEN DES BASKERVILLE, d’Arthur Conan-Doyle
 

Explorez la biographie de Maurice Leblanc ici.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 27 août 2023

LES JUMEAUX DE PIOLENC, de Sandrine Destombes

*Faits divers : toujours aucune trace des jumeaux de Piolenc, ces deux enfants âgés de onze ans et disparus depuis samedi dernier lors de la fête de l’ail…Notre envoyé spécial Mathieu Boteau, a pu recueillir le témoignage de Plusieurs voisins qui comptent participer aux recherches. *
(Extrait :  LES JUMEAUX DE PIOLENC, Sandrine Destombes, Hugo thriller éditeur, 2018. Format numérique, 320 pages, 2 350 kb)

Août 1989. Solène et Raphaël, des jumeaux de onze ans originaires du village de Piolenc, dans le Vaucluse, disparaissent lors de la fête de l’ail. Trois mois plus tard, seul l’un d’eux est retrouvé. Mort.
Juin 2018. De nouveaux enfants sont portés disparus à Piolenc. L’histoire recommence, comme en macabre écho aux événements survenus presque trente ans plus tôt, et la psychose s’installe.
Le seul espoir de les retrouver vivants, c’est de comprendre enfin  ce qui est arrivé à Solène et Raphaël. Au risque de réveiller de terribles souvenirs.

 

Cette noirceur qui nous fige
*Monsieur Mougin, la vie de deux enfants
est en jeu ! Tout ce que je vous demande,
c’est de me parler des jumeaux.  – Je n’aime
pas dire du mal des morts. *
(Extrait)

Il se pourrait bien que ce soit le thriller le plus tordu que j’ai lu jusqu’à maintenant. J’ai trouvé ce roman très noir. Les victimes et les accusés se confondent et nonobstant les policiers, aucun personnage n’est ce qu’il parait être. Résultat : un énorme défi pour l’intelligence des lecteurs-lectrices. Ce récit est un sac de nœuds :

*Tout nouvel élément dans une enquête était toujours le bienvenu. Sauf que dans ce cas précis, il ne faisait qu’épaissir le mystère. Le capitaine ne cessait de récolter des informations sans réussir à leur donner un sens. * Cet extrait résume bien l’état d’esprit dans lequel je me suis retrouvé comme lecteur. Il ne s’agit pas ici de la complexité de l’enquête, de revirements ou de fausses pistes. Tout ça est courant dans la littérature policière.

Le problème est que le fil conducteur est presqu’inexistant… trop de personnages, des situations invraisemblables. De plus, l’auteur ne joue pas forcément avec les mots mais il joue avec les prénoms qu’il lie entre eux en leur donnant certains sens.  Qui est qui ? J’ai trouvé très difficile de me positionner dans ce récit un peu erratique malgré l’excellence de son idée de base.

Cette idée, il faut la capter et la comprendre dès le début : août 1989, les villageois de Piolenc sont secoués par la disparition de deux jumeaux de 11 ans : Solène et Raphaël. Un des deux est retrouvé mort, on n’a jamais retrouvé l’autre. Près de trente ans plus tard, deux autres enfants disparaissent. Le lien semble évident et il pourrait bien faire sauter au visage du lecteur et de la lectrice toute la noirceur de l’être humain. Ici, la surprise fait place au pur délire.

Je ne peux rien dévoiler mais peut-être cet extrait vous mettra sur la piste … *Des enfants de onze ans, aux visages d’ange. Cette dualité dépassait l’entendement de l’homme de raison qu’il était…* (Extrait) Attendez-vous à des passages choquants, ce récit touchant une corde très sensible : les enfants.

Le livre n’est pas sans forces. En effet, malgré la fragilité du fil conducteur, le lecteur peut s’accrocher au capitaine Fabregas obsédé par cette enquête, noyé dans des découvertes improbables, impuissant devant une masse aussi complexe d’indices dont plusieurs ne mènent nulle part, et en bout de ligne, écœuré par les innommables bassesses dans lesquelles des êtres humains peuvent sombrer.

Ce portrait rend l’homme très proche du lecteur et de la lectrice qui peut donc compter sur la seule véritable référence de ce récit. Pour résumer : J’ai trouvé le récit intrigant, haletant jusqu’à un certain point, énigmatique à outrance. L’idée du récit est excellente mais surdéveloppée. Vous pourriez vous sentir obligé de relire certains passages, revenir en arrière, démêler les personnages et vous assurer de *qui est qui*.

Donc le défi est de démêler l’écheveau de l’intrigue. Une fois que j’ai accompli cette mission complexe, je me suis rendu compte que le roman est aussi noir que fort. Pour faire simple, il s’agit de se rendre au bout.

Suggestion de lecture : LE MYSTÈRE MENGELE, de Jorge Camasara

Née en 1971, Sandrine Destombes a toujours vécu à Paris. Elle travaille dans la production d’événements depuis plus de vingt ans et profite de son temps libre pour écrire des polars, son domaine de prédilection. Bien que française, Sandrine Destombes est attachée à ses origines italiennes, elle instille dans ses écrits son amour des Abruzzes, une belle région située à l’est de Rome.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 26 août 2023

 

LES PENDULES, le livre d’Agatha Christie

*Si. Il y a toujours quelqu’un qui a vu quelque chose, c’est ma théorie. – Mais aberrante dans cette affaire. D’ailleurs, j’ai des nouvelles à vous donner : un autre meurtre. – Vraiment ? Si vite ? C’est passionnant. *

(Extrait : LES PENDULES, Agatha Christie, librairie des Champs-Élysées éditeur, 1964, format numérique. 163 p.)

Miss Pebmarsh a bien failli mettre le pied dessus. Même ; elle l’aurait piétiné, ce cadavre, si Sheila n’avait crié. Que voulez-vous : Miss Pebmarsh est aveugle et elle a été bien surprise d’apprendre qu’il y avait le corps d’un inconnu derrière son canapé. Et d’abord, que fait Sheila chez elle : jamais, au grand jamais, elle n’a demandé à l’agence où travaille la jeune fille qu’on lui envoie une dactylo. Et d’où viennent toutes ces pendules – toutes en avance d’une heure – qui encombrent les meubles de son salon : Avec Hercule Poirot comme conseiller technique, un jeune et beau garçon, mystérieusement attaché à quelque service secret, saura tirer de cet inextricable imbroglio le fil qui mène au meurtrier.

L’art du roman policier
*Je me suis senti un tel besoin de poursuivre une enquête
dernièrement, que j’ai eu recours aux romans. <Tenez,
continua-t-il en s’emparant d’un volume : LE MYSTÈRE
DE LA CHAMBRE JAUNE*… avec quelle logique c’est
mené. *
(Extrait)

Un livre intéressant qui fait un peu bande à part dans la bibliographie d’Agatha Christie comme si le style était dépoussiéré. Et de plus, Hercule Poirot ne fait que de rares apparitions et encore à titre de consultant. Voyons le contenu : Une jeune dactylo, Sheila Webb, est envoyée par son agence chez Mlle Pebmarsh pour y travailler. Personne n’est là pour l’accueillir mais suivant les instructions reçues, elle entre dans la maison. Bizarre, 6 pendules se trouvent dans le salon où Sheila Webb découvre le cadavre d’un homme.

Elle sort dans la rue pour demander du secours et tombe sur Colin Lamb. Le jeune homme qui est un agent secret court jusqu’à une cabine téléphonique pour appeler la police qui envoie sur place l’inspecteur Dick Hardcastle, un ami de Colin. Mlle Pebmarsh, qui est aveugle, nie avoir demander qu’une dactylo vienne chez elle et affirme que 4 des pendules du salon ne lui appartiennent pas.

Pour couronner le tout, personne ne connaît l’identité du cadavre et une des pendules inconnues disparaît. Colin Lamb, décide d’aider son ami inspecteur dans son enquête. Mais devant la complexité de l’affaire, devinez qui Colin Lamb va consulter ?

Première chose, ça m’a fait tout drôle qu’Hercule Poirot, ce parangon d’orgueil un peu snobinard décroche un rôle secondaire dans une enquête où il tient habituellement le rôle principal. Mais même au second plan, saura-t-il faire la différence ? Je vous laisse le découvrir. Je vais répéter ici ce que j’ai déjà écrit en mars 2020 sur ce site (voir commentaire sur DIX PETITS NÈGRES) :

La technique d’écriture d’Agatha Christie me surprendra toujours. Car, comme toujours, le coupable est le dernier personnage qu’on pourrait soupçonner… Effectivement, dès le départ, Agatha Christie réunit rapidement tous les ingrédients d’une intrigue solide avec un nouvel enquêteur, Dick Hardcastle qui est loin d’avoir l’habileté d’Hercule Poirot.

Rares sont ceux qui ont l’habileté d’Hercule Poirot, mais je connais un certain Sherlock Holmes qui se débrouille pas mal. Donc, grâce au savoir-faire habituel d’Agatha Christie, les lecteurs et lectrices sont captifs de l’intrigue.

Toutefois, j’ai déchanté un peu dans le dernier quart du récit que j’ai trouvé un peu glissant. Par exemple, le rapport de Colin Lamb ne m’a pas semblé tout à fait conforme à celui d’Hercule Poirot. Quelque chose n’est pas clair ou ça m’a simplement échappé. Mais alors que tout est présenté simplement et en bonne évolution dans le récit, tout se complique à la fin.

Il m’a semblé aussi que Poirot errait un peu dans ses conclusions compte tenu de ce qu’il savait de l’affaire. Le fait aussi que Colin Lamb soit agent secret et confie ses petites anecdotes qui s’insèrent plutôt mal dans le récit. Ça n’ajoute rien à l’histoire à part un peu d’encre.

Pour terminer, je précise qu’encore une fois, Agatha Christie manie habilement et subtilement le suspense et l’intrigue mais j’ai trouvé que l’enquête s’enlisait, que le tout manquait de cohésion et que Poirot dans cette histoire a été imaginé plus grand que nature. On est loin je pense des meilleurs d’Agatha Christie, mais ça se laisse lire.

Suggestion de lecture, de la même autrice :
LE CHAT ET LES PIGEONS, DIX PETITS NÈGRES, À L’HÔTEL BERTRAM

Agatha Mary Clarissa Miller (son nom de jeune de fille) est née le 15 septembre 1890 à Torquay en Angleterre. Sa mère est anglaise et son père américain. Elle se marie en 1914 à un colonel Archibald Christie. Séparée de lui par la Première Guerre mondiale, elle travaille comme infirmière dans un hôpital. En même temps, elle s’inspire de ce travail pour écrire son premier roman policier, La Mystérieuse Affaire de styles.

Sa fille Rosalind Christie nait en 1919. Ce n’est pourtant qu’en 1926 qu’elle connaît le succès avec le livre Le Meurtre de Roger Ackroyd. Par la suite, elle prend l’habitude d’écrire deux livres par an. Ses voyages lui apportent l’inspiration pour plusieurs romans devenus célèbres. Elle continue d’écrire toute sa vie jusqu’à sa mort, en 1976… 79 romans et vingt pièces de théâtre.

À droite, portrait d’Hercule Poirot par Brainfree sur Stars Portraits

 

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 13 août 2023

LA LIBRAIRIE DES OMBRES, de Mikkel Birkegaard

*Brusquement, l’expression du visage de Luca passa de
l’enthousiasme à la stupeur, il recula, vacilla, et son corps
vint percuter la vitrine derrière lui. Il continua sa lecture,
les yeux rivés sur le texte, tandis que des éclats de verre
lui pleuvaient dessus. *

(Extrait : LA LIBRAIRIE DES OMBRES,
Mikkel, Birkegaard, Fleuve Noir éditeur, 2010 pour la traduction
française. Édition de papier, 507 pages.)

Dans la ville de Copenhague, Luca Campelli, propriétaire de la librairie Libri di Luca spécialisée dans les livres anciens, meurt subitement. Son fils Jon hérite du magasin et découvre rapidement un secret fabuleux. Son père était à la tête d’un groupe de « lettore », des personnes dotées du pouvoir exceptionnel d’influencer la lecture des autres et même de pratiquer des manipulations mentales fort dangereuses. Dans ce contexte, la mort du père n’a plus l’air d’être naturelle, de même que le suicide de la mère qui s’est jetée par la fenêtre alors que Jon était encore enfant. Une société secrète existe-t-elle vraiment ? Quelqu’un cherche-t-il à s’emparer de ce don incroyable dans de mauvais desseins ? Jon se lance dans une enquête risquée.

Méfiez-vous de vos livres
*Le corps de Luca atterrit dans un bruit sourd
au milieu d’une étroite travée, où il fut
immédiatement enseveli sous un tas de livres,
de bois et de poussière. *
(Extrait)

Pour bien saisir la portée de cette histoire, imaginons la situation suivante. Vous êtes dans votre chambre et vous lisez un livre. Moi, je suis dans la chambre voisine et je peux capter mentalement ce que vous lisez. Je peux modifier, amplifier voire dramatiser la perception que vous avez de votre lecture, l’image que vous vous créez dans votre esprit avec en plus, la possibilité de modifier l’environnement physique. Souhaitons que vous ne lisiez pas TITANIC ou autres drames du genre ou pire.

Il y a un passage dans le livre ou un lecteur lit FRANKESTEIN de Mary Shelly. Je vous laisse deviner un peu comment devient le décor. Alors aux fins de l’histoire, en tant que lecteur, vous êtes l’émetteur, et moi, je suis le récepteur. Je reçois, je capte ce que vous lisez et j’en fais ce que je veux.

Cette histoire de Birkegaard se déroule à Copenhague et finit en Égypte. Elle a pour origine la *libri di luca* dont le propriétaire, Luca, meurt subitement. Sa librairie abritait une société secrète de *lettore*. Son fils, John, qui deviendra un puissant émetteur devient convaincu que la mort de son père n’est pas naturelle. Il y aurait complot. Il enquête et ça va le mener assez loin.

J’ai été séduit par la photo de la première de couverture, par le synopsis et je me disais que j’allais savourer un livre qui parle de livres. Le sujet est original. Mais j’ai été déçu car son intrigue est noyée dans la technique de lecture qui permet tant de merveilles. En fait, l’auteur a choisi de verser dans le fantastique, le surnaturel. La trame est prévisible et peu vraisemblable. L’ensemble manque de crédibilité. Par exemple, il y a eu mort d’homme, incendie…on n’entend jamais parler de la police ou d’enquête.

L’Idée de départ est bonne mais elle verse presque dans la carricature en ce sens que l’atmosphère de l’histoire prime davantage que la psychologie et même le rôle des personnages qui sont nombreux, suffisamment pour se perdre un peu. J’ai été déçu aussi de la finale que j’ai trouvée bâclée. Aussi, on perd la trace d’un jeune personnage-clé dans l’issue de l’histoire appelé PAW et dont on n’entendra plus parler.

Finalement, les véritables héros de ce livre sont…les livres même si on leur prête un rôle bizarre, disons tiré par les cheveux : *La douleur de voir Katherina soumise à ce genre de supplices lui aurait paru bien plus insupportable que d’en être lui-même victime. Mais lorsqu’il vit ce que contenait la valise, il fut pris de panique. Le petit homme aux lunettes avait plongé lentement les deux mains et extirpé un objet avec la plus grande précaution. C’était un livre. * (Extrait) Loin de moi l’idée de démolir ce livre.

C’est un bon roman mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Il ne m’a pas beaucoup atteint. J’ai aimé certaines idées comme le fait par exemple que plus un livre est lu plus il est chargé d’énergie. Intéressant comme concept et il y en a quelques autres mais dans l’ensemble, il manque un petit quelque chose, une étincelle qui aurait pu tout changer.

Peut-être est-ce le facteur humain qui est sous-exploité dans cette histoire…trop de surnaturel peut-être. On peut prêter aux livres certains pouvoirs mais celui de vie ou de mort…là je déchante un peu.

Suggestion de lecture : CRIMES À LA LIBRAIRIE,  collectif québécois

Mikkel Birkegaard est un auteur danois vivant à Copenhague et spécialisé dans la littérature fantastique. Il y a très peu d’informations disponibles sur cet auteur. Il faut dire qu’un seul de ses livres a été traduit au moment d’écrire ces lignes et c’est LA LIBRAIRIE DES OMBRES.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 5 août 2023

LE NOM DE LA ROSE, le livre d’Umberto Eco

*Puisse ma main ne point trembler au moment
où je m’apprête à dire tout ce qui ensuite arriva. *
(Extrait : LE NOM DE LA ROSE, Umberto Eco,
origine : Grasset éditeur, 1990, 550 pages. Version
audio : Audiolib éditeur, 2012, durée d’écoute :
22 heures 4 minutes, narrateur : François d’aubigny)

Au début du XIVe siècle, une abbaye située aux confins de la Provence et de la Ligurie. Un lieu voué à la prière et à l’étude avec sa bibliothèque qui fait l’admiration de tout l’Occident chrétien, à l’écart des violences et des luttes de pouvoir qui déchirent les royaumes voisins. Jusqu’au jour où un moine est trouvé mort au bas des murailles. C’est le début d’une sanglante série que devra élucider Guillaume de Baskerville Alors qu’une délégation papale est sur le point de faire son entrée au monastère, dirigée par un farouche adversaire de Guillaume, le grand inquisiteur envoyé par le pape Jean XXII, le dominicain Bernardo Gui.

Les envoyés du pape sont venus débattre de la pauvreté du Christ mais son dirigeant ne tarde pas à instruire un procès bâclé condamnant le meurtrier présumé, pour sorcellerie.

La terrifiante bibliothèque
*Jusqu’alors j’avais pensé que chaque livre parlait des choses,
humaines ou divines, qui se trouvent hors des livres. Or je m’apercevais
 qu’il n’est pas rare que les livres parlent de livres, autrement dit,
 qu’ils parlent entre eux. À la lumière de cette réflexion, la bibliothèque
 m’apparut encore plus inquiétante. *
(Extrait)

LE NOM DE LA ROSE est, pour moi, une œuvre monumentale de Umberto Eco. Ma façon de le présenter peut sembler grandiose mais c’est un roman psycho-philosophico-mystico-théologique développé dans un contexte médiéval, le tout sur fond d’intrigue qui prend, du moins au départ, l’allure d’un polar. C’est mon impression. Ce n’est jamais allé plus loin.

Je dois vous dire d’entrée de jeu que, si j’ai été subjugué par ce fleuron de la littérature, je n’ai jamais pu m’enlever de l’esprit l’adaptation cinématographique du livre signée en 1986 par Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle de Guillaume de Baskerville et Christian Slater dans le rôle d’Adso de Melk. Ce film, que je considère comme un chef d’œuvre du septième art a le grand mérite de vulgariser et rendre accessibles les nombreuses exégèses, théories et explications philologiques contenues dans le livre.

Notez toutefois que l’adaptation est relativement libre car le livre et le film ne finissent pas vraiment de la même façon. Quant à l’Église, elle est comme elle a toujours été…dans le champ. Le film m’a permis de rendre très recevable le livre d’Eco que j’ai trouvé très savant, érudit, pas toujours facile à suivre avec entre autres une impressionnante quantité de citations latines… irritantes mais probablement nécessaires.

Maintenant, un petit rappel du contexte : Nous somme en 1327. L’autorité du pape Jean XXII et celle de l’empereur Louis IV déchirent la chrétienté qui est secouée par un débat émotif, houleux et profond, suscité par les franciscains et visant la pauvreté de l’Église.

Dans ce contexte, le franciscain Guillaume de Baskerville et son pupille Adso de Melk, qui est le narrateur du récit, se rendent dans une lointaine abbaye aux confins de la Provence, se joindre à une légation papale dirigé par un inquisiteur agressif : Bernardo Gui, pour débattre de la pauvreté du Christ, un débat de torts et de raison qui ne sert finalement qu’à occulter le conflit politique entre le pape et l’empereur.

Dès son arrivée à l’abbaye, Guillaume se voit demandé par l’Abbé de la communauté d’enquêter sur une mort très suspecte. C’est finalement une série de meurtres que le bon Guillaume devra résoudre.

Je crois qu’Umberto Eco a relevé un défi colossal en nous plongeant dans le cœur de l’obscurantisme alors qu’on voyait l’hérésie partout, en suivant un cœur pur quoiqu’orgueilleux sur le plan intellectuel et duquel jaillit la lumière qui manquait tant à cette époque. Considérons Guillaume comme un précurseur de la période des lumières.

Dans cette histoire, l’intrigue est noyée dans les palabres théologiques et philosophiques. Toutefois, cette intrigue est intéressante car elle est en lien avec les livres contenus dans la plus grande bibliothèque de la chrétienté, riche, mais cauchemardesque.

Toute la richesse de l’œuvre repose sur les échanges et les débats entre autres sur une question qui a conservé toute son actualité : la pauvreté du Christ et les richesses de son Église. Il y a aussi de longues et intéressantes discussions sur le rire, objet de sciences sociale, objet de déchirement sur le plan théologique. Le rire est-il générateur de mal ou porteur de vérité. Est-ce que Jésus riait? Personne n’a prouvé le contraire.

J’ai trouvé l’histoire un peu complexe. Elle m’a imposé des recherches, de la réflexion, de la concentration. J’ai fait de magnifiques trouvailles. Et au final, ce livre est un délice, une fresque remarquable de l’époque médiévale…un vibrant plaidoyer en faveur de la tolérance et de l’éducation à la façon de Guillaume de Baskerville, par opposition au fanatisme et à l’obscurantisme personnifiés par Bernardo Gui.

L’ensemble est très dense, l’intrigue est originale et même passionnante même si elle semble souvent secondaire. Le contenu est savant, tentaculaire et farci de latin. On est loin du roman de gare. Considérez ce livre comme un défi, une grande aventure, un passionnant exercice intellectuel. Un livre incontournable qui m’a subjugué par sa richesse et son atmosphère.

Suggestion de lecture : LE SICARIER, de Danny-Philippe Desgagné

Né dans le Piémont en 1932, titulaire de la chaire de sémiotique de l’université de Bologne, Umberto Eco a enseigné à Paris au Collège de France ainsi qu’à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Il est l’auteur de sept romans, parmi lesquels le célèbre Nom de la rose, et de nombreux essais, dont Comment voyager avec un saumon et À reculons comme une écrevisse. Umberto Eco est décédé le l9 février 2016 à Milan. 

Le nom de la rose au cinéma

L’adaptation cinématographique du roman LE NOM DE LA ROSE sortie en 1980 est signée Jean-Jacques Annaud. Le film met en scène l’acteur Sean Connery dans le rôle de Guillaume de Baskerville, aux côtés notamment de son pupille, incarné par Christian Slater, on retrouve également F. Murray Abraham, Michael Lonsdale, Valentina Vargas et William Hickey dans les rôles principaux.

Le film est sorti aux États-Unis le 24 septembre 1986 puis sur les écrans français le 17 décembre 1986. Il a remporté de nombreuses récompenses, dont le César du meilleur film étranger à la 12e cérémonie des César en 1987.

Bonne lecture
Bonne écoute
le dimanche 4 juin 2023

MALAVITA, le livre de Tony Benacquista

*Dans les films, si on aime que la force soit mise au service du juste, c’est parce qu’on aime la force, pas le juste. Pourquoi préfère-t-on les histoires de vengeance aux histoires de pardon ? Parce que les hommes ont une passion pour le châtiment. *
(Extrait du livre de Fred, MALAVISTA de Tonino Benacquista, Gallimard éditeur, 2004, édition de papier, 318 pages.)

Ils prirent possession de la maison au milieu de la nuit. Une autre famille y aurait vu un commencement. Une nouvelle vie dans une nouvelle ville. Une famille d’Américains s’installe à Cholong-sur-Avre, en Normandie. Fred, le père, se prétend écrivain et prépare un livre sur le Débarquement. Maggie, la mère, est bénévole dans une association caritative. Belle, la fille, fait honneur à son prénom. Warren enfin a su se rendre indispensable pour tout et auprès de tous. Une famille apparemment comme les autres en somme. Une chose est sûre, s’ils emménagent dans votre quartier, fuyez sans vous retourner…

Quand la mafia délire
Fred s’interrogeait sur les mystères du point-virgule. Le point, il savait,
la virgule, il savait, mais le point-virgule ? Comment une phrase pouvait-elle
à la fois se terminer et se poursuivre ? Quelque chose bloquait mentalement,
la représentation d’une fin continue, ou d’une continuité qui s’interrompt, ou
  l’inverse, ou quelque chose entre les deux, allez savoir.
(Extrait)

Techniquement, MALAVITA est un terme italien dont la traduction directe est *mauvaise vie*. C’est un des noms que les siciliens donnent à la mafia. COSA NOSTRA en est une extension. Accessoirement, MALAVITA est aussi le nom d’une chienne sans signe vraiment distinctif sinon qu’elle connaîtra aussi un genre de règlement de compte à la sauce Malavita. Il faut voir dans quelles circonstances.

Le tout donne un livre original ayant comme toile de fond le programme américain de protection des témoins (WITSEC) créé pour protéger les témoins menacés avant, pendant, et après un procès. En échange de leurs témoignages contre le crime organisé, on leur offre la protection, une nouvelle identité, un changement de pays, bref : un anonymat. C’est ainsi que la famille Manzionni devient la famille Blake, nouvellement débarquée (sans jeu de mot) à Cholong-sur-Avre en Normandie.

Le Père, Fred qui devient écrivain, La mère, Maggie, une philanthrope et les enfants, Belle, une suicidaire potentielle et Warren, une mauvaise graine potentielle. Tout ce beau monde est surveillé de près les les chiens de garde du programme, en particulier Quintiliani, qui ne l’aura pas facile…

Malgré la violence, inévitable quand il est question de mafia, ce livre m’a fait sourire surtout quand un ignorant tordu passe de la gestion du crime au statu d’écrivain et encore, son style littéraire pousse plutôt au burlesque. L’aspect le plus intéressant dans ce récit est la relation entre Fred et son ange gardien Quint. Monsieur Blake est ce qu’on pourrait appeler un ingérable qui donnera beaucoup de fil à retordre aux G-men. Ça donne lie à des situations cocasses et de belles migraines pour Quintiliani.

Tout ça pour démontrer qu’il y en a pour qui changer est impossible, que quand on porte la graine de malfaisance, il y a de fortes chances qu’on la fasse fructifier. Ça nous amène à une finale que j’ai trouvé fort spectaculaire, quoique peu crédible.

Benacquista a bien ficelé son récit et a beaucoup travaillé sur ses personnages, Fred en particulier. Il a un côté humain et attachant qui se cherche dans une vie nouvelle qu’on lui impose et qui s’improvise écrivain, ce qui n’est au fond qu’une simple contenance. Autre personnage fort bien approfondi : Tom Quintiliani, le G-Men qui s’assure que les Blake respectent le *contrat*, Fred le décrit très bien dans sa tentative de livre : *Tom est le pire des flics parce qu’il est le meilleur, quatre ans, il avait mis, pas un jour de moins, avant de m’enchrister…* (Extrait)

C’est un roman qui fait diversion. Un récit déjanté, un peu surfait, divertissant et qui met davantage l’accent sur les personnages que sur l’histoire comme telle. J’ai trouvé la plume légère, fluide. Attention, il y a beaucoup de personnages. C’est parfois mêlant et ça fragilise le fil conducteur. Il y a évidemment des passages violents. C’est inévitable quand la pègre est dans le décor.

Mais l’auteur vient nous rappeler qu’il y a moyen d’en rire comme Billy Wilder l’a fait avec son film CERTAINS L’AIMENT CHAUD avec Tony Curtis et Jack Lemmon. Je ne serai jamais attiré par les romans qui traitent de la mafia mais MALAVITA m’a procuré un bon divertissement.

Suggestion de lecture : LE BIEN DES AUTRES, de Jean-Jacques Pelletier


Tonino Benacquista est né en 1961 dans une famille d’émigrés italiens. Il publie son premier roman en 1985 au Fleuve Noir, les suivants à la Série Noire et aux éditions Rivages. Il écrit des nouvelles, des scénarios pour le cinéma. Parmi ses principaux ouvrages, Malavita encore (Gallimard, 2008), Malavita (Gallimard, 2005), Saga (Gallimard, 1997), La machine à broyer les petites filles (Rivages, 1993), La commedia des ratés (Série Noire, 1990) ou La maldonne des sleepings (Série Noire, 1989).

Le livre MALAVITA de Tonino Benacquista a été adapté au cinéma en 2013 par Luc Besson, produit par Martin Scorsese. Ce thriller policier réunit sur grand écran une prestigieuse distribution : Robert de Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones et Diana Agron.

 

Bonne lecture
Claude Lambert

 

3001 L’ODYSSÉE FINALE, d’Arthur C. Clarke

<Ici GOLIATH, dit Chandler à l’intention de la terre,
avec dans la voix un mélange de fierté et de solennité.
Nous ramenons à bord un astronaute vieux de mille
ans. Et je crois savoir qui c’est. >
Extrait : 3001 L’ODYSSÉE FINALE, Arthur C. Clarke, 1997,
Albin Michel éditeur. Édition de papier, 285 pages.

Après une longue hibernation, le corps de Frank Pool, l’un des deux pilotes de l’astronef Discovery, est restitué à la vie. Persuadé que Dave Bowman, son compagnon d’odyssée, se trouve sur la lune Europe, il brave l’interdiction qui est faite d’y atterrir. Cet héroïsme mettra en perspective le grave danger que les monolithes font peser sur Europe et sur la terre. Peut-on changer le cours du destin ?

Les deux soleils
<Soudain, il avait trouvé une raison de
vivre. Il était temps ! Il lui restait un
travail à accomplir dans ce monde
qu’on appelait autrefois Jupiter.>
Extrait

Gary Lockwood à gauche et Keir Dullea incarnent respectivement les docteurs Frank Pool et David Bowman, les deux personnages principaux du film culte 2001 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE réalisé en 1968 par Stanley Kubrick. Ces deux héros se retrouvent au cœur de la grande finale de l’Odyssée : 3001.

3001: L’ODYSSÉE FINALE est le dernier opus de la célèbre tétralogie d’Arthur C. Clarke qui a commencé par 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE immortalisé par le septième art,

Dans ce chapitre final, Après 1000 années de dérive dans l’espace, le corps de Frank Poole est récupéré puis ramené à la vie. Ce dernier peut désormais contempler la planète Terre du haut de la tour Afrique, une des quatre tours construites par les humains. Poole, persuadé que David Bowman se trouve sur la mystérieuse Europe, le satellite interdit, va transgresser l’interdiction et s’y poser.

C’est une bonne histoire malgré mon ressenti d’un certain essoufflement et d’une surexploitation du thème. En fait, j’ai ressenti sensiblement la même chose qu’après la lecture de 2010 qui a été aussi adapté au cinéma. Dans ce deuxième volet,  le Dr Heywood Floyd accompagne un équipage russo-américain vers Jupiter à bord du Leonov dans le but d’étudier l’étrange objet satellisé, le fameux monolithe *stationné* entre Io et Jupiter.

Je sais. Mon commentaire peux ressembler étrangement à ce que j’ai écrit en mars 2023 sur ce site à propos du livre 2010 : ODYSSÉE 2 à savoir Une grande crédibilité sur les plans littéraire et scientifique même si ce dernier aspect m’a paru parfois très lourd, une représentation chaude et bucolique de l’environnement de la majestueuse Jupiter, mystère tenace et intrigue maintenus sur le monolithe, une plume riche malgré une certaine redondance par rapport aux tomes précédents et le fait, un peu navrant, que le film a laissé dans mon esprit une impression plus forte que le livre.

Quant aux personnages, j’ai eu de la difficulté à m’y attacher. Bowman en particulier. La série se tient et son caractère environnemental est criant : nous sommes les locataires de la terre. Quand le bail sera échu, on aura des comptes à rendre.

J’ai aimé ce livre mais je crois qu’il était temps que la série se termine. J’ai l’impression que, comme dans beaucoup de séries et de collections, le premier opus n’a jamais été battu.

Suggestion de lecture : HISTOIRE DE LA SCIENCE FICTION, de James Cameron

Arthur C. Clarke (de son nom complet Arthur Charles Clarke) est un auteur et un inventeur britannique. Il se consacre pleinement à l’écriture’à partir de 1951.C’est avec <2001, l’odyssée de l’espace> que vient la célébrité pour Sir Arthur C. Clarke. Son oeuvre comporte de nombreux autres titres, notamment des suites à 2001 et des essais.

L’écrivain vivait sur un fauteuil roulant depuis 30 ans, suite à une poliomyélite contractée pendant son enfance. Il s’était retiré au Sri Lanka, où il est mort le 19 mars 2008. Une académie y porte son nom. La plupart de ses essais (entre 1934 à 1998) sont rassemblés dans le livre Greetings, Carbon-Based Bipeds! (2000). La plupart de ses nouvelles sont réunies dans le livre The Collected Stories of Arthur C. Clarke (2001). Ces deux ouvrages forment une bonne sélection du travail de l’écrivain.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 20 mai 2023

APRÈS LES TÉNÈBRES, de Martine Delomme

*<Tu vas bien sœurette ? Appelle-moi dès que tu peux.
En cherchant sur Internet, je suis tombée sur la vente
de certains tableaux par la galerie Goldberg. Il y a
quelque chose qui me tracasse. Il faut qu’on en parle. *
(Extrait : APRÈS LES TÉNÈBRES, Martine Delomme, à
l’origine L’Archipel, 2017, pour la présente, France-Loisirs
éditeur, édition de papier, 400 pages)

En posant les yeux sur ce tableau de Matisse, Marion ignorait quels terribles secrets elle allait déterrer… Étudiante en droit et en histoire de l’art, Marion revient auprès de ses parents à l’occasion d’un stage chez Fabien Goldberg, notaire et homme politique à la carrière prometteuse. Troublé par le charme et l’enthousiasme de la jeune fille, celui-ci l’invite dans le domaine familial et lui fait admirer quelques peintures de grands maîtres. Une toile de Matisse retient l’attention de Marion. Ce Soleil couchant à Collioure ne fait-il pas partie des œuvres d’art disparues pendant la Seconde Guerre mondiale ? Quel que soit le mystère qui se cache derrière cette découverte, il va bouleverser le destin de Marion et de ceux qu’elle aime…

Le secret du galeriste
*À ces mots, Marion se souvint. C’était en travaillant
avec Béatrice qu’elle avait entendu parler de ce
tableau. Il faisait partie des œuvres référencées
par l’association <Dernière Chance> comme n’ayant
jamais refait surface depuis la fin de la guerre. *
(Extrait)

C’est une histoire assez originale ayant comme toile de fond un sujet relativement rare en littérature d’intrigues, le trafic des œuvres d’art et plus spécifiquement les œuvres faisant partie d’une longue liste de toiles disparues au cours de la deuxième guerre mondiale.

L’histoire est celle d’une jeune étudiante en art, Marion Tourneur qui accepte un stage d’été dans un cabinet de notaires. Elle y rencontre Fabien Goldberg. Fabien invite Marion chez son père, Simon Goldberg et lui fait découvrir la célèbre collection de toiles de la famille Goldberg. Une de ses toiles l’intrigue. Après recherche, elle découvre que cette toile est disparue lors de la deuxième guerre mondiale, supposément détruite lors d’un raid ou d’un incendie.

On sait aujourd’hui que les nazis détournaient ces toiles à leur profit. Après hésitations et autres recherches, Mario et sa sœur Béatrice décident d’alerter les autorités. *Désormais, elle avait l’intime conviction que le tableau avait été vendu frauduleusement à la fin de la guerre. Ou bien c’était un faux. Dans l’un ou l’autre cas, elle ne pouvait pas en rester là. * <Extrait> Toutefois, Marion devient graduellement hésitante, ralentie et gênée dans cette démarche parce que, graduellement elle tombe amoureuse de Fabien. Or, il se trouve que la famille Goldberg a beaucoup de choses à cacher.

Je ne peux pas dire que j’ai été emballé par cette histoire qui mêle des techniques d’enquête lourdes avec une histoire d’amour devenant graduellement impossible. J’ai appris toutefois des choses intéressantes sur le trafic d’œuvres d’art et j’ai pu vérifier que le récit est bien documenté. L’enquête présente quelques rebondissements mais la finale est prévisible. Je n’ai malheureusement pas pu m’attacher aux personnages principaux, Marion en particulier, jeune étudiante en amour dont les états d’âme m’ont paru artificiel. Le personnage manque de profondeur et de conviction.

Le récit contient également beaucoup de clichés du genre <sans peur et sans reproche>. L’auteure a quand même réussi à croiser les destins dans un style assez agréable et m’a  accroché en me poussant à me questionner : comment une œuvre d’art disparue ou supposément détruite pendant la guerre peut-elle resurgir comme ça, dans une collection familiale des dizaines d’années après l’évènement. Ce type de trafic est complexe et ça donne au récit un aspect intrigant.

Finalement, c’est le thème du récit qui m’a gardé dans le coup, intéressant et instructif plus que par les croisements d’une histoire d’amour un peu Fleur Bleue avec une enquête qui est de nature à détruire tous sentiments entre les deux protagonistes. L’aspect de la faute des aînés qui pèse sur les épaules des héritiers est intéressant. Il y a des pour…il y a des contre… c’est quand même bien, ça se laisse lire.

Suggestion de lecture : HIVER ROUGE, de Dan Smith

Ancienne chef d’entreprise, Martine Delomme se consacre maintenant à l’écriture. France Loisirs l’a découverte en 2011 grâce à son roman UN ÉTÉ D’OMBRE ET DE LUMIÈRE, qui a connu un énorme succès. Son précédent roman, LE PACTE DU SILENCE a été le livre le plus vendu au Club en 2016.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 11 mars 2023